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424 CANONISATION

de sacriiier vos fils et vos filles à vos dieux dans des torrents, sous des rochers. Il vous sied bien, bégueule juive, d'oser ensei- gner votre maître! »

SAtSTS A FAIRE.

Il est démontré que tous les peuples policés ont adoré un Dieu formateur du monde, et que plusieurs peuples ont composé une cour à ce Dieu, qui n'en a pas besoin. Dans cette cour ils ont placé les grands hommes pour avoir des protecteurs auprès du maître.

DivHs Trajanus, Divus Antoninus, ne signifiaient à la lettre que saint Antonin, saint Trajan. Ces saints étaient proposés pour mo- dèles aux empereurs, modèles bien peu imités, Si nous avions saint Bertrand du Guesclin, saint Bavard, saint Montmorency, et surtout saint Henri IV, je ne vois pas qu'une telle apothéose fût si déplacée.

Pourquoi n'aurions-nous pas saint L'Hospital? Ce chancelier fut si modéré dans un temps de fureur! il fit des lois si sages, malgré les horribles démences de la cour!

J'adresserais encore volontiers un oremus à saint de Thou, qui fut le magistrat le plus intègre, ainsi que le meilleur histo- rien.

Le maréchal de Turenne est sûrement en paradis, puisqu'il s'était fait catholique. Le maréchal de Catinat y est aussi sans doute. L'un est mort pour la patrie ; l'autre, après avoir gagné des batailles, a souffert la disgrâce et la pauvreté sans se plaindre. Si on leur dresse des autels, je promets de les invoquer.

Oh ! me disent les banquiers en cour de Rome, on n'a pas des saints comme on veut ; cela coûte fort cher. En voilà huit que vous proposez ; c'est une aflaire de huit cent mille écus pour la chambre apostolique, à trois cent mille francs la pièce ; encore c'est marché donné. Il n'y a guère eu que les Samuel Bernard et les Pàris-Montmartel^ qui aient été en état de faire des saints; mais ils n'ont pas employé leur argent à ces œuvres pies.

Je réponds à ces messieurs que je ne prétends point avoir des apothéoses pour de l'argent ; que c'est une véritable simonie ; que je veux révérer Henri IV, Turenne, Catinat, de Thou, le

I. Le marquis de Brunoi, fils de Montmartel, et héritier de son immense fortune, avait une passion si eflTrénée pour les cérémonies religieuses que ses parents le firent interdire comme trop pie, et notamment pour avoir dépensé un demi-million à une procession. Il existe deux volumes intitulés les Folies du mar- quis de Brunoi. (Cl.)

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