Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome27.djvu/477

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sera appelé le Fils de Dieu. Alors Marie, étendant les mains et levant les yeux au ciel, dit : Voici la servante du Seigneur (car je ne suis pas digne du nom de maîtresse), qu’il me soit fait selon votre parole.

(Il serait long, et même ennuyeux, de rapporter ici tout ce qui a précédé ou suivi la naissance du Seigneur. C’est pourquoi, passant ce qui se trouve plus au long dans l’Évangile, finissons par ce qui n’y est pas si détaillé. — Note du faux Jérôme auquel on attribue la traduction latine.)

X. — Joseph donc, venant de la Judée dans la Galilée, avait intention de prendre pour femme la vierge qu’il avait fiancée : car trois mois s’étaient déjà écoulés, et le quatrième approchait, depuis le temps qu’il l’avait fiancée. Cependant le ventre de la fiancée grossissant peu à peu, elle commença à se montrer enceinte, et cela ne put être caché à Joseph : car entrant vers la vierge plus librement comme époux, et parlant plus familièrement avec elle, il s’aperçut qu’elle était enceinte. C’est pourquoi il commença à avoir l’esprit agité et incertain, parce qu’il ignorait ce qu’il avait à faire de mieux : car il ne voulut point la dénoncer[1], parce qu’il était juste, ni la diffamer par le soupçon de fornication, parce qu’il était pieux ; c’est pourquoi il pensait à rompre son mariage secrètement, et à la renvoyer en cachette. Comme il avait ces pensées, voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe, disant : Joseph, fils de David, ne craignez point, c’est-à-dire n’ayez point de soupçon de fornication contre la vierge, ou ne pensez rien de désavantageux à son sujet, et ne craignez point de la prendre pour femme : car ce qui est né en elle, et qui tourmente actuellement votre esprit, est l’ouvrage non d’un homme, mais du Saint-Esprit ; car de toutes les vierges, elle seule enfantera le Fils de Dieu, et vous le nommerez Jésus, c’est-à-dire Sauveur ; car c’est lui qui sauvera son peuple de leurs péchés. Joseph donc, suivant le précepte de l’ange, prit la vierge pour femme : cependant il ne la connut pas[2] ; mais en ayant soin chastement, il la garda ; et déjà le neuvième mois depuis la conception approchait, lorsque Joseph, ayant pris sa femme et les autres choses qui lui étaient nécessaires, s’en alla à la ville de Bethléem, d’où il était. Or il arriva, lorsqu’ils y furent, que les jours pour accoucher furent accomplis, et[3] elle enfanta son fils premier-né

  1. Matth., ch. i, v. 19. (Note de Voltaire.)
  2. Matth., i, v. 25. (Id.)
  3. Luc, ii, v. 6 et 7. (Id.)