Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome27.djvu/67

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DES THÉISTES. 59

��DES SI PEF, STITIOXS.

��Que la terre entière s'élève contre nous, si elle l'ose; nous rap- pelons à témoin de la pureté de notre sainte religion. Avons-nous jamais souillé notre culte par aucune des superstitions que les nations se reprochent les unes aux autres? On voit les Perses, plus excusables que leurs voisins, vénérer dans le' soleil l'image imparfaite de la Divinité qui anime la nature; les Sabécns adorent les étoiles; les Phéniciens sacrifient aux vents; la Grèce et Rome sont inondées de dieux et de fables; les Syriens adorent un pois- son. Les Juifs, dans le désert, se prosternent devant un serpent d'airain; ils adorèrent réellement un coffre que nous appelons orche, imitant en cela plusieurs nations qui promenaient leurs petits marmousets sacrés dans des coffres ; témoin les Égyptiens, les Syriens; témoin le coffre dont il est parlé dans VAne d'or d'Apulée^; témoin le coffre ou l'arche de Troie, qui fut pris par les Grecs, et qui tomba en partage à Euripide"',

Les Juifs prétendaient que la verge d'Aaron et un boisseau de manne étaient conservés dans leur saint coffre, deux bœufs le traînaient dans une charrette; le peuple tombait devant lui la face contre terre, et n'osait le regarder, Adonaï fit un jour mourir de mort subite cinquante mille soixante et dix Juifs pour avoir porté la vue sur son coffre, et se contenta de donner des hémorroïdes aux Philistins qui avaient pris son coffre, et d'envoyer des rats dans leurs champs ^ jusqu'à ce que ces Philistins lui eussent pré- senté cinq figures de rats d'or, et cinq figures de trou du cul d'or, en lui rendant son coffre, terre! ô nations! ô vérité sainte! est-il possible que l'esprit humain ait été assez abruti pour imaginer des superstitions si infâmes et des fables si ridi- cules?

Ces mêmes Juifs, qui prétendent avoir eu les figures en hor- reur par l'ordre de leur Dieu même, conservaient pourtant dans leur sanctuaire, dans leur saint des saints, deux chérubins qui avaient des faces d'homme et des mufles de bœuf avec des ailes,

A l'égard de leurs cérémonies, y a-t-il rien de plus dégoûtant, de plus révoltant, et en même temps de plus puéril ? N'est-il pas bien agréable à l'Être des êtres de brûler sur une pierre des boyaux et des pieds d'animaux*? Qu'en peut-il résulter qu'une puanteur

1. Apul., ]iv. IX et XI. {Xote de VulUiire.)

2. Pausanias, liv. VII. (/(/.)

.3. Premier livre des Rois ou de Sanuiel, ch. v et vi. (/c?-) 4. Lévitique, chap. i, v. 7. {Id.j

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