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60 PROFESSION DE FOI

insupportable? Est-il bien divin de tordre le cou à un oiseau, de lui casser une aile, de tremper un doigt dans le sang, et d'en arroser sept lois l'assemblée^?

Où est le mérite de mettre du sang sur l'orteil de son pied droit, et au bout de son oreille droite, et sur le pouce de la main droite^?

Mais ce qui n'est pas si puéril, c'est ce qui est raconté dans une très-ancienne vie de Moïse écrite en bébreu, et traduite en latin. C'est l'origine de la querelle entre Aaron et Coré.

(( Une pauvre veuve n'avait qu'une brebis; elle la tondit pour ja première fois ; aussitôt Aaron arrive, et emporte la toison en disant : Les prémices de la laine appartiennent à Dieu. La veuve en pleurs vient implorer la protection de Coré, qui, ne pouvant obtenir d'Aaron la restitution de la laine, en paye le prix à la veuve. Quelque temps après, sa brebis fait un agneau. Aaron ne manque pas de s'en emparer. Il est écrit, dit-il, que tout premier né appartient à Dieu. La bonne femme va se plaindre à Coré, et Coré ne peut obtenir justice pour elle. La veuve, outrée, tue sa brebis. Aaron revient sur-le-cliamp, prend le ventre, l'épaule et la tête, selon l'ordre de Dieu. La veuve, au désespoir, dit anatbème à sa brebis. Aaron dans l'instant revient, l'emporte tout entière : Tout ce qui est anatbème, dit-il, appartient au pontife ^ » Voilà en peu de mots l'bistoire de beaucoup de prêtres : nous entendons les prêtres de l'antiquité, car, pour ceux d'aujourd'bui, nous avouons qu'il en est de sages et de cliaritables pour qui nous sommes pénétrés d'estime.

Ne nous appesantissons pas sur les superstitions odieuses de tant d'autres nations; toutes en ont été infectées, excepté les lettrés chinois, qui sont les plus anciens théistes de la terre. Regardez ces malheureux Égyptiens, que leurs pyramides, leur labyrinthe, leurs palais, et leurs temples, ont rendus si célèbres; c'est au pied de ces monuments presque éternels qu'ils adoraient des chats et des crocodiles. S'il est aujourd'hui une religion qui ait surpassé ces excès monstrueux, c'est ce que nous laissons à examiner à tout homme raisonnable.

Se mettre à la place de Dieu, qui a créé l'homme, créer Dieu à son tour, faire ce Dieu avec de la farine et quelques paroles, diviser ce Dieu en mille dieux, anéantir la farine avec laquelle

��1. Lévitique, ch. iv et v. {Note de Voltaire.)

2. Ibid., ch. VIII, 23. (Id.)

3. Page 165. {kl.)

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