Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome28.djvu/107

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comment tout est-il action de dieu ?

Il n’y a dans la nature qu’un principe universel, éternel, et agissant ; il ne peut en exister deux : car ils seraient semblables ou différents. S’ils sont différents, ils se détruisent l’un l’autre ; s’ils sont semblables, c’est comme s’il n’y en avait qu’un. L’unité de dessein dans le grand tout, infiniment varié, annonce un seul principe ; ce principe doit agir sur tout être, ou il n’est plus principe universel.

S’il agit sur tout être, il agit sur tous les modes de tout être : il n’y a donc pas un seul mouvement, un seul mode, une seule idée, qui ne soit l’effet immédiat d’une cause universelle toujours présente.

Cette cause universelle a produit le soleil et les astres immédiatement. Il serait bien étrange qu’elle ne produisît pas en nous immédiatement la perception du soleil et des astres.

Si tout est toujours effet de cette cause, comme on n’en peut douter, quand ces effets ont-ils commencé ? Quand la cause a commencé d’agir. Cette cause universelle est nécessairement agissante, puisqu’elle agit, puisque l’action est son attribut, puisque tous ses attributs sont nécessaires : car s’ils n’étaient pas nécessaires, elle ne les aurait pas.

Elle a donc agi toujours. Il est aussi impossible de concevoir que l’Être éternel, essentiellement agissant par sa nature, eût été oisif une éternité entière qu’il est impossible de concevoir l’être lumineux sans lumière[1].

Une cause sans effet est une chimère, une absurdité, aussi bien qu’un effet sans cause. Il y a donc eu éternellement, et il y aura toujours des effets de cette cause universelle.

Ces effets ne peuvent venir de rien : ils sont donc des émanations éternelles de cette cause éternelle.

La matière de l’univers appartient donc à Dieu tout autant que les idées, et les idées tout autant que la matière.

Dire que quelque chose est hors de lui, ce serait dire qu’il y a quelque chose hors de l’infini.

Dieu étant le principe universel de toutes les choses, toutes existent donc en lui et par lui.

  1. Voltaire, dans son Traité de métaphysique, admettait la création.