Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome29.djvu/117

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qu’entre les Hottentots et les Lapons, entre les Allemands et les Hurons. Cette prétention ridicule a été entièrement confondue par le P. Parennin[1], l’homme le plus savant et le plus sage de tous ceux que la folie envoya à la Chine, et qui, ayant demeuré trente ans à Pékin, était plus en état que personne de réfuter les nouvelles fables de notre Europe.

Cette puérile idée que les Égyptiens allèrent enseigner aux Chinois à lire et à écrire vient de se renouveler encore ; et par qui ? par ce même jésuite Needham qui croyait avoir fait des anguilles avec du jus de mouton et du seigle ergoté. Il induisit en erreur de grands philosophes ; ceux-ci trouvèrent, par leurs calculs, que si de mauvais seigle produisait des anguilles, de beau froment produirait infailliblement des hommes[2].

Le jésuite Needham, qui connaît tous les dialectes égyptiens et chinois comme il connaît la nature, vient[3] de faire encore un petit livre pour répéter que les Chinois descendent des Égyptiens comme les Persans descendent de Persée, les Français de Francus, et les Bretons de Britannicus.

Après tout, ces inepties, qui dans notre siècle sont parvenues au dernier excès, ne font aucun mal à la société. Dieu nous garde des autres inepties pour lesquelles on se querelle, on s’injurie, on se calomnie, on arme les puissants et les sots qui sont si souvent de la même espèce, on s’attaque, on se tue ; et les savants qui sont persuadés qu’il faut casser les œufs par le gros bout traînent aux échafauds les savants qui cassent les œufs par le petit bout !


ARTICLE VII.


DES BRAMES.


Toute la grandeur et toute la misère de l’esprit humain s’est déployée dans les anciens brachmanes, et dans les brames leurs

  1. Jésuite, mort à Pékin en 1711. On a de lui une Correspondance avec Mairan, 1759.
  2. Voyez une note des éditeurs de Kehl sur l’article xx des Singularités de la nature, tome XXVII, page 100 ; et, dans le Dictionnaire philosophique, l’article Dieu, Dieux, 4e section, tome XVIII, pages 372 et suiv.
  3. Lettre de Pékin sur le génie de la langue chinoise et la nature de leur écriture symbolique, Bruxelles, 1773, in-4°.

    Needham n’est que l’éditeur de cette Lettre, attribuée au P. Cibot. Il répétait ainsi ce qu’il avait déjà dit dans sa brochure De Inscriptione quadam œgiptiaca Taurini inventa, Rome, 1761, in-8° : « Causa finita est, nec ullus dubitabit Ægyptos olim et Sinenses communi societatis vinculo obstrictos fuisse, si non et communi gaudeant origine, et una natio non sit surculus excisus ab altera. » (B )