Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome36.djvu/143

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vant, quand vous aurez à faire des voyages de cette importance et de cette durée, consulter le conseil d’État, qui se trouvera aussi honoré de vous donner des conseils qu’il serait heureux s’il pouvait recevoir les vôtres.


1516. — À FRÉDÉRIC II, ROI DE PRUSSE.
Juillet[1].

Sire, j’ai reçu des vers, et de très-jolis vers, de mon adorable roi, dans le temps que nous pensions que Votre Majesté ne songeait qu’à délivrer d’inquiétude le maréchal de Broglio, votre ancien ami de Strasbourg. Votre Majesté a glissé dans sa lettre l’agréable mot de paix, ce mot qui est si harmonieux à mon oreille voici une Ode[2] que je barbouillais contre tous vous autres monarques, qui sembliez alors acharnés à détruire mes confrères les humains. Le saigneur[3] des nations, Frédéric III[4], Frédéric le Grand, a exaucé mes vœux, et à peine mon ode, bonne ou mauvaise, a été faite, que j’ai appris que Votre Majesté avait fait un très-bon traité, très-bon pour vous sans doute, car vous avez formé votre esprit vertueux à être grand politique. Mais si ce traité est bon pour nous autres Français, c’est ce dont l’on doute à Paris : la moitié du monde crie que vous abandonnez nos gens à la discrétion du dieu des armes ; l’autre moitié crie aussi, et ne sait ce dont il s’agit ; quelques abbés de Saint-Pierre vous bénissent au milieu de la criaillerie. Je suis un de ces philosophes ; je crois que vous forcerez toutes les puissances à faire la paix, et que le héros du siècle sera le pacificateur de l’Allemagne et de l’Europe. J’estime que vous avez gagné de vitesse

Ce vieillard[5] vénérable à qui les destinées
Ont de l’heureux Nestor accordé les années.

Achille a été plus habile que Nestor ; heureuse habileté si elle contribue au bonheur du monde Voici donc le temps où Votre

  1. Réponse à la lettre 1507.
  2. Ode à la reine de Hongrie. Voyez tome VIII.
  3. Ce mot fait allusion à la fin de la lettre du roi, du 18 juin.
  4. Cette manière de désigner le troisième roi de Prusse n’a pas été reçue, comme je l’ai dit dans le chapitre vi du Précis du Siècle de Louis XV. Le grand Frédéric fut inscrit dans l’Almanach royal, jusqu’en 1760, sous les noms de Charles-Frédéric ; ce ne fut que dans celui de 1761 qu’il figura sous le nom de Frédéric II. (Cl.)
  5. Le cardinal de Fleury.