Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome41.djvu/265

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ce n’est guère que dans ce temps que les gens inutiles, comme moi, et qui sont sans affaires, doivent se présenter à ceux qui sont à la tête des affaires publiques. J’ai une passion extrême de profiter du loisir dont jouit monsieur votre père ; quand je songe qu’il y a près de cinquante ans qu’il m’honore d’une bienveillance qui ne s’est jamais démentie, je me regarde comme bien coupable de n’avoir pas encore passé le mont Jura pour venir lui rendre mes très-tendres hommages. Vous entrez, monsieur, pour beaucoup dans mes remords.

Je prends la liberté, monsieur, de vous supplier de l’assurer qu’il n’y a personne au monde qui ait pour lui une vénération plus tendre que la mienne. Regardez-moi, je vous en prie, comme une créature de votre maison, comme une personne attachée à votre nom, et au mérite du père et du fils ; je vous regarde comme mes patrons, quoique je n’aie de procès ni avec mes vassaux, ni avec mes voisins.

J’ai l’honneur d’être avec le plus sincère respect, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.


Voltaire.

4510. — À MADAME D’ÉPINAI.
Avril.

Ma belle philosophe, amusez-vous un moment de ce chiffon[1], et si vous voyez M. Diderot, priez-le de faire mes compliments au cher abbé Trublet. J’aime à mettre ces deux noms ensemble. Les contrastes font toujours un plaisant effet, quoi que le monde en dise.

Amusez-vous toujours des sottises du genre humain ; il faut en profiter ou en rire.

Rousseau Jean-Jacques, que j’aurais pu aimer s’il n’était pas né ingrat ; Jean-Jacques qui appelle M. Grimm un Allemand nommé Grimm[2], Jean-Jacques qui m’écrit[3] que j’ai corrompu sa ville de Genève…, c’est un fou, vous dis-je, avec sa paix perpétuelle ; il s’est brouillé avec tous ses amis. C’est un petit Diogène qui ne mérite pas la pitié des Aristippes.

Adieu, madame. Je suis plus fâché que jamais qu’il y ait cent

  1. Le Rescrit de l’empereur de la Chine, à l’occasion du Projet de Paix perpétuelle ; voyez tome XXIV, page 231.
  2. Voyez la lettre de J.-J. Rousseau, du 17 juin 1760, ci-dessus, n° 4153, tome XL, page 422.
  3. Voyez tome XL, page 423.