Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome41.djvu/273

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l’inoculation est mauvaise, mais que ses partisans ont assez mal raisonné jusqu’ici, et ne se sont pas doutés de la question. Ce mémoire, très-clair, à ce que je crois, et très-impartial, a été lu il y a six mois à une assemblée publique de l’Académie des sciences, et m’a paru avoir fait beaucoup d’impression sur les auditeurs. On vient d’imprimer dans une gazette (à la vérité assez obscure) qu’un médecin de Clermont en Auvergne ayant inoculé son fils, le fils est mort de l’inoculation, et que le père est mort de chagrin. Ce fait, s’il est vrai, serait très-fâcheux contre l’inoculation, quoique au fond il ne soit pas décisif. Adieu, mon cher confrère ; je ne vous écrirai pourtant plus de l’Académie française ; je crains qu’il ne faille dire de ce titre-là ce que Jacques Roastbeef dit du nom de monsieur : Il y a tant de faquins qui le portent[1] ! Adieu.


4519. — DE M. LE DUC DE LA VALLIÈRE[2].
À Montrouge, ce 9 avril 1761.

Je vous ai mis dans l’erreur[3], mon cher ami, et j’en suis fâché. Si on vous la reproche, nommez-moi ; je le trouverai certainement très-bon. Je peux, sans rougir, avouer que je me suis trompé ; mais je ne peux avoir la même tranquillité lorsque je sens que je vous ai exposé à la critique des envieux. Votre amitié pour moi, le goût que vous me connaissez pour les livres et pour feuilleter souvent ceux que j’ai, vous ont persuadé que vous pouviez avec sécurité employer une citation que je vous envoyais ; je vous ai abusé, j’en suis honteux, et je l’avoue. Cet aveu simple et de bonne foi vous empêchera sans doute de m’en savoir mauvais gré. Si j’en avais bien envie cependant, je pourrais prêter quelque apparence à ma justification, puisqu’il est très-vrai que je tiens ce passage d’un homme très-éclairé qui me l’apporta pour le faire mettre en vers, et qui me dit l’avoir tiré des sermons de Codrus ; mais puisque je voulais vous l’envoyer, je pouvais auparavant faire ce que j’ai fait depuis que je l’ai trouvé dans l’Appel aux nations, consulter mon exemplaire. J’y aurais sans doute trouvé ce conte ; mais j’aurais vu en même temps qu’Urceus Codrus, loin d’être un fameux prédicateur, était au contraire un fameux libertin ; qu’il avait fait imprimer ses œuvres sous le titre de Sermones festivi, etc. ; qu’elles contiennent quelques discours assez orduriers, et beaucoup de poésies galantes ; qu’il n’a jamais songé à travailler pour la chaire. La première édition parut en 1502, in-folio ; et la seconde, qui est celle que je vous ai citée, est en effet de 1515, in-4°, et le passage qui commence ; par Qiœdam rustici uxo[4], etc., est bien à la page 61. Sans

    matiques, ou Mémoires sur différents sujets de géométrie. (Voyez la note 2, tome XL, page 525) ; le dixième de ces Mémoires était consacré à l’examen du calcul des probabilités, et, par occasion, l’auteur y traitait de l’inoculation. (B.)

  1. Le Français à Londres, de Boissy, scène viii.
  2. Voyez lettre 2886, tome XXXVIII, page 350.
  3. Voyez l’Avertissement de Beuchot en tête de l’Appel à toutes les nations de l’Europe, tome XXIV, page 191.
  4. Voyez tome XXIV, page 215.