Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome42.djvu/179

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sans pouvoir s’entre-nuire. Je pense, comme M. Crommelin, qu’on peut tenter de présenter une requête au roi par Mme de Pompadour. Cette tentative peut faire un bon effet, et n’en peut faire un mauvais. Si elle ne réussit pas, on sera toujours bien reçu à poursuivre l’affaire en forme. Le grand point est de préparer les esprits, d’avoir des protecteurs et de toucher tous les cœurs en faveur de cette famille infortunée. La publication des lettres de la mère et du fils a produit déjà un prodigieux effet ; j’espère qu’on en fera une édition à Paris, Le libraire Duchêne s’en est chargé ; il faut envoyer chez lui une personne intelligente[1] qui lui dise que le public désire ces pièces, M. Damilaville, premier commis des vingtièmes, quai Saint-Bernard, se charge de son côté de pousser cette édition. Ces pièces ont entièrement convaincu M. de Nicolaï, premier président de la chambre des comptes ; il l’a mandé à M. le docteur Tronchin et à moi, M. d’Auriac, premier président du grand conseil, gendre de monsieur le chancelier, agit de même. Mme Calas peut les aller remercier l’un et l’autre. Elle peut aussi aller chez M. de Saint-Florentin, quand il donne ses audiences à Paris. Ce ministre est très-bien disposé en sa faveur[2]. Je souhaite qu’elle puisse lui être présentêe par M. Chaban, intendant des postes. M. Chaban demeure avec M. Tronchin, rue Saint-Augustin. Il est surtout important qu’elle puisse se présenter à M. Ménard, premier commis de M. de Saint-Florentin, homme de beaucoup de mérite, qui a un très-grand crédit, et qui la protégera.

Elle peut aller aussi chez M. Héron, premier commis du conseil, rue Taranne, à qui j’ai envoyé des lettres imprimées.

J’attends une réponse de M. le duc de La Vallière pour savoir s’il peut présenter notre malheureuse veuve à Mme la marquise de Pompadour[3]. Je vais écrire avant de me coucher à M. le duc de Choiseul pour la seconde fois. — Pour épargner à Mme Calas beaucoup de démarches et d’embarras, je me charge de faire une nouvelle requête où toutes les erreurs minutieuses de la

  1. C’est d’après le manuscrit que nous soulignons. Ces indications semblent destinées à recommander plus particulièrement à Mme Calas les démarches que Voltaire lui conseille. (Note du premier éditeur.)
  2. Ici Voltaire se fait une entière illusion. La correspondance du ministre avec les juges de Toulouse, que Voltaire ne pouvait connaître, montre toute sa partialité. D’ailleurs, par tradition de bureaucrate et par instinct despotique, M. de Saint-Florentin, quoique descendant de huguenots, était très-hostile aux protestants. Du reste, Voltaire se douta bientôt des dispositions réelles du ministre, et en convint à demi. (Id.)
  3. Ce projet de présentation ne paraît pas s’être réalisé.