Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome42.djvu/203

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et qu’il a été un grand sot d’injurier les seuls hommes qui pouvaient lui pardonner !

Est-il possible qu’on n’imprime pas à Paris les Mémoires de Calas ? Eh bien ! en voilà d’autres[1] ; lisez et frémissez, mon frère. On a imprimé ces lettres à la Haye et à Lyon. Tous les étrangers parlent de cette aventure avec un attendrissement mêlé d’horreur. Il faut espérer que la cour sauvera l’honneur de la France, en cassant l’indigne arrêt qui révolte l’Europe. Mon Dieu, mes frères, que la vérité est forte ! Un parlement a beau employer les bras de ses bourreaux, a beau fermer son greffe, a beau ordonner le silence, la vérité s’élève de toutes paris contre lui, et le force à rougir de lui-même.

Espérez-vous la paix ? Tout le monde en parle ; mais j’ai bien peur qu’il n’en soit comme de la pluie que nous demandons, et que Dieu nous refuse. Tout est tari dans notre pays, excepté notre lac.

Ne vous livrez pas, mon frère, au dégoût et au dépit ; et tâchez de tirer parti du passe-droit que vous essuyez.

Thieriot et moi, nous embrassons notre frère.


4989. — À M. DEBRUS[2].

Je vous renvoie, mon cher monsieur, toutes les lettres que vous avez bien voulu me confier, avec la pièce concernant le malheureux accusé d’avoir tué son père. Vous sentez combien il importe de ne point mêler à notre juste cause une cause si étrangère et si mauvaise. Gardons-nous de présenter aux juges la cruelle idée que les parricides sont communs en Languedoc, et que le parlement est aussi sévère envers les catholiques qu’envers les réformés[3].

Laissons aussi dans les anciens recueils de la Ligue l’arrêt rendu contre Henri IV. Le parlement de Paris en fit tout autant. Ne réveillons point ces anciennes horreurs. Il vaut encore mieux songer à rendre notre veuve intéressante qu’à rendre le tribunal

  1. Pièces originales concernant la mort des sieurs Calas ; voyez tome XXIV, page 365.
  2. Éditeur, A. Coquerel. — Autographe.
  3. Nous ne savons de quel accusé il s’agit. Évidemment on se mettait sur le pied de s’adresser à Voltaire, comme à un redresseur de torts, et l’on espérait faire casser, grâce à lui, les arrêts dont on était mécontent ; ici et ailleurs, il refusa de nuire à la cause des Calas en s’occupant d’autres procès criminels. (Note du premier éditeur.)