Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome5.djvu/395

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UN DES JUGES.

Ah ! Il faut du moins l’entendre : nous ne pouvons enfreindre la loi.


ANITUS.

C’est ce que cette bonne dévote voulait dire : il faut l’entendre, mais ne se pas laisser surprendre à ce qu’il dira ; car vous savez que ces philosophes sont d’une subtilité diabolique : ce sont eux qui ont troublé tous les états où nous apportions la concorde.


MÉLITUS.

En prison ! En prison !


Scène X.

Anitus, Mélitus, Les Juges, Xantippe, Sophronime, Aglaé, Socrate, enchaîné, Valets de ville.



XANTIPPE.

Eh, miséricorde ! On traîne mon mari en prison : n’avez-vous pas honte, messieurs les juges, de traiter ainsi un homme de son âge ? Quel mal a-t-il pu faire ? Il en est incapable : hélas ! Il est plus bête que méchant[1]. Messieurs, ayez pitié de lui. Je vous l’avais bien dit, mon mari, que vous vous attireriez quelque méchante affaire : voilà ce que c’est que de doter des filles. Que je suis malheureuse !


SOPHRONIME.

Ah ! Messieurs, respectez sa vieillesse et sa vertu ; chargez-moi de fers : je suis prêt à donner ma liberté, ma vie pour la sienne.


AGLAÉ.

Oui, nous irons en prison au lieu de lui ; nous mourrons pour lui, s’il le faut. N’attentez rien sur le plus juste et le plus grand des hommes. Prenez-nous pour vos victimes.


MÉLITUS.

Vous voyez comme il corrompt la jeunesse.


SOCRATE.

Cessez, ma femme, cessez, mes enfants, de vous opposer à la

  1. On prétend que la servante de La Fontaine en disait autant de son maître ; ce n'est pas la faute à M. Thomson si Xantippe l’a dit avant cette servante. M. Thomson a peint Xantippe telle qu’elle était; il ne devait pas en faire une Cornélie. — Cette note (de Voltaire) a été ajoutée en 1761. Elle a été omise dans plusieurs éditions récentes. (B.)