Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome6.djvu/73

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Lisez bien vite, et pesez mûrement…
Pauvre jeune homme ! hélas ! comme il soupire…

(Il lui montre l’endroit où il est dit qu’il est frère d’Acanthe.)

Tenez, c’est là, là surtout qu’il faut lire.


LE CHEVALIER.

Ma sœur ! Acanthe !…


LE MARQUIS.

Ma sœur ! Acanthe !… Oui, jeune libertin.


LE CHEVALIER.

Oh ! par ma loi, je ne suis pas devin…
Il faut tout réparer. Mais par l’usage
Je ne saurais la prendre en mariage :
Je suis son frère, et vous êtes cousin ;
Payez pour moi.


LE MARQUIS.

Payez pour moi. Comment finir enfin
Honnêtement cette étrange aventure ?
Ah ! la voici… j’ai perdu la gageure#1.


Scène XII.



les précédents, ACANTHE, COLETTE, OIGNANT




ACANTHE.

OÙ suis-je ? hélas ! et quel nouveau malheur !
Je vois mon père avec mon ravisseur !


DIGNANT.

Madame, hélas ! vous n’avez plus de père.


ACANTHE.

Madame, à moi ! Qu’entends-je ? quel mystère ?


LE MARQUIS.

Il est bien grand. Tout éprouve en ce jour
Les coups du sort, et surtout de l’amour :
Je me soumets à leur pouvoir suprême.
Eh ! quel mortel fait son destin soi-même ?…
Nous sommes tous, madame, à vos genoux :
Au lieu d’un père, acceptez un époux.

[1]

  1. Les comédiens retranchaient cette phrase. « Ce n’est pas la peine de faire une gageure pour n’en pas parler, disait Voltaire ; c’est la discrétion qu’il faut que le marquis paye. » (G. A.)