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LK TEMPLE DU GOUT. 577

Presque tous les livres y sont corrigés et retranchés de la main (les muses. On y voit entre autres l'ouvrage de Rabelais, l'éduit tout au plus à un demi-quart.

Marot, ([ui n'a qu'un style, et qui chante du même ton les psaumes de David et les merveilles d'Alix, n'a plus que huit ou dix feuillets. Voiture et Sarrasin n'ont pas à eux deux plus de soixante pages.

Tout l'esprit de Baylc se trouve dans un seul tome, de son propre aveu ; car ce judicieux i)hiIosophe, ce juge éclairé de tant d'auteurs et de tant de sectes, disait souvent qu'il n'aurait ])as composé plus d'un in-folio, s'il n'avait écrit que pour lui, et non pour les libraires ^

Enfin on nous fit passer dans l'intérieur du sanctuaire. Là, les mystères du dieu furent dévoilés: là, je vis ce qui doit servir d'exempleà lapostérité : un petit nombre de véritablement grands hommes s'occupaient à corriger ces fautes de leurs écrits excel- lents, qui seraient des beautés dans les écrits médiocres.

L'aimable auteur du Tèlémaque retranchait des répétitions et des détails inutiles dans son roman moral, et rayait le titre de poëme épique que quelques zélés indiscrets lui donnent; car il avoue sincèrement qu'il n'y a point de poëme en prose-.

L'éloquent Bossuet voulut bien rayer quelques familiarités échappées à son génie vaste, impétueux, et facile, lesquelles déparent un peu la sublimité de ses oraisons funèbres; et il est à remarquer qu'il ne garantit point tout ce qu'il a dit de la prétendue sagesse des anciens Égyptiens.

Ce grand, ce sublime Corneille, Qui plut bien moins à noire oreille Qu'à notre esprit, qu'il étonna; Ce Corneille, qui crayonna ^ L'âme d'Auguste et de Cinna, De Pompée et da Cornélie. Jetait au feu sa Pulchérie, Agésilas, et SurénUj

��1. C'est ce que Bayle lui-même écrivit au sieur des Maizeaux. (A"o(e de Voltaire, 1742.)

2. Jamais l'illustre Fénelon n'avait prétendu que son Tèlémaque fût un poëme; il connaissait trop les arts pour les confondre ainsi : lisez sur ce sujet une Dis- sertation de l'abbc Fra^uier, imprimée dans les Mémoires de l'Académie des inscrip- tions. {Id., 1733.) — C'est dans le tome VI de ces Mémoires, page 265, qu'est le Discours pour établir qu'il ne peut y avoir de poème en prose. (B.)

3. Terme dont Corneille se sert dans une de ses épîtres. [Note de Voltaire, 173'J.)

8. — Le Temple DU Go UT. 37

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