Page:Wagner - L’Anneau du Nibelung, trad. Ernst.djvu/99

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LITTÉRALITÉ. — LANGUE. — CONSTRUCTION. — VOCABULAIRE.

La fidélité d’une traduction doit être le premier de ses mérites. En regard de la présente version, on lira le texte allemand. J’aurais été plus littéral encore, si je n’avais dû m’astreindre à respecter scrupuleusement le texte musical ; mais ici, il ne faut pas l’oublier, le nombre des syllabes est déterminé d’avance, et, avec lui, la répartition des syllabes fortes et des faibles : le traducteur n’est donc pas libre dans le choix des formes à prendre pour arriver à l’expression du sens exact. Lorsque j’ai dû m’écarter un peu de l’équivalence rigoureuse, je me suis efforcé de conserver cependant, avec l’idée essentielle de la phrase, un ou plusieurs des mots typiques qui la caractérisent.

La langue de Wagner est très sobre et très forte, toute en radicaux. Nous n’avons pas affaire à des livrets d’opéra, mais à des poèmes hautement pensés, puissamment construits, où chaque phrase a une extraordinaire intensité de signification. Le pire des contre-sens artistiques serait d’employer ici les formules et la langue d’un livret, fût-ce du meilleur ; aussi ai-je entièrement renoncé, dans ma traduction, au lyrisme facile, à la rhétorique parfois séduisante des adaptations « littéraires », jaloux de laisser au texte du maître son énergie, sa nerveuse simplicité, sa rude hardiesse. C’est du Wagner que j’ai voulu donner aux auditeurs, dans la mesure du possible, sans aucun sacrifice prémédité aux conventions habituelles.