Page:Walras - Théorie mathématique de la richesse sociale.djvu/11

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(B) sera de 1/2 et que le prix de (B) en (A) sera de 2. Quels sont les éléments constitutifs de ces prix ? Telle est la question qui va nous occuper.

Tout le monde ici dira : — Ces prix seront déterminés par le rapport de l’offre et de la demande. Et c’est, en effet, ce que dit la science actuelle. Malheureusement, c’est là, comme l’a fait observer M. Cournot, une réponse qui n’est pas précisément inexacte tant que les termes en demeurent vagues et indéfinie, mais qui peut devenir et qui devient effectivement tout à fait fausse dès qu’on essaie de la préciser. Qu’appelez-vous l’offre ? Est-ce la quantité totale de la marchandise apportée sur le marché ? Soit. Et qu’appelez-vous la demande ? Est-ce la quantité totale de marchandise qui serait nécessaire pour satisfaire à discrétion les besoins de tous les échangeurs qui sont sur le marché ? Je le veux bien. Seulement, si, après cela, vous donnez au mot de rapport son sens mathématique, qui est celui de quotient, je suis forcé de déclarer que le prix n’est le rapport ni de l’offre à la demande ni de la demande à l’offre. C’est tout autre chose, comme je le montrerai tout à l’heure.

Songeons que ces prix, qui sont les rapports ou quotients inverses des quantités de marchandise échangées, sont des quantités mathématiques. Le prix de l’avoine en blé, ou de (A) en (B), est de 1/2, ce qui veut dire qu’on obtient 1 de (A) à la condition de donner 0.50, et non pas 0.45 ou 0.55, de (B). Le prix du blé en avoine, ou de (B) en (A), est, par cela même, de 2, ce qui veut dire qu’on obtient 1 de (B) a la condition de donner 2, et non pas 1.95 ou 2.05, de (A). Il faut donc faire une théorie qui indique rigoureusement les éléments de ces prix, si on le peut, ou ne rien dire du tout, si cela est impossible ; mais il ne faut, en aucun cas, employer des expressions qui, sous l’apparence d’une rigueur scientifique, ne cachent qu’obscurité et incertitude. Eh bien, je le sais : beaucoup de personnes pensent et disent que les éléments en question nous échappent, ou tout au moins qu’ils échappent au calcul. Mais ici prenons garde aux malentendus. Peut-être l’application des mathématiques à l’économie politique comportera-t-elle un jour ou l’autre la substitution, dans certains cas donnés, du calcul au mécanisme de la hausse et de la baisse sur le marché. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas de telles applications numériques qu’il s’agit ici. Ce que poursuit exclusivement la théorie mathématique de l’échange dont j’expose ici le principe, c’est l’expression mathématique de ce mécanisme de la libre concurrence. Sans doute, et même dans cette opération d’analyse essentiellement abstraite, générale et théorique, il est un point ou le calcul doit s’arrêter