Page:Walter - Voyage autour du monde fait dans les années 1740, 1, 2, 3, 4, 1749.djvu/159

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Rats, ils s’y sont mamtenus en très grand nombre, et nos Tentes en étoient pleines toutes les nuits.

J’aurois grand tort d’oublier l’article des Poissons, puisqu’ils nous ont fourni les meilleurs mêts que nous ayons goûtés dans cette Ile. La Baye en est abondamment fournie, et de plusieurs espèces. Les Morues y sont d’une grosseur prodigieuse, et en aussi grande quantité que sur les Côtes de Terreneuve, au jugement de plusieurs de nos gens qui avoient été à cette peche. Nous y primes aussi de grandes Brèmes, des Anges de mer, des Cavallies, des Tatonneurs, des Poissons argentés et des Congres d’une espèce particulière, et un Poisson noir, qui ressembloit à une Carpe, dont nous faisions plus de cas que de tout autre, et à qui nous avions donné le nom de Ramoneur de cheminée ; A la vérité le rivage est si plein de rochers et de cailloux, qu’il n’y a pas moyen d y tirer la senne ; mais nous pechions à l’hameçon, et nous prenions autant de Poissons que nous voulions, ensorte qu’une Chaloupe, avec deux ou trois lignes, en revenoit chargée en deux ou trois heures de tems. Le seul inconvénient auquel cette peche étoit sujette, venoit des Requins, et autres Poissons voraces, qui suivoient souvent la Chaloupe, et nous enlevoient le Poisson. Les Ecrevisses de mer font un autre mêts exquis, que la Mer nous offroit en plus grande abondance, que peut-être en aucun lieu du monde. Elles y pesent ordinairement huit à neuf livres, sont d’un goût excellent, et en telle quantité vers la rivage, qu’on les perçoit souvent avec le croc lorsque les Chaloupes partoient de terre, ou y abordoient.

Telles sont les principales remarques que j’avois à faire sur le Terrain, les Végétaux, les Animaux et autres produits de l’Ile de Juan Fernandez. Par tout ce que je viens d’en dire, il paroit que nous ne pouvions trouver de lieu de relâche, plus propre à nous refaire, dans l’état déplorable où nous avoit réduit notre malheureuse Navigation autour de l’extrémité Méridionale de l’Amérique. Après une description de cette Ile aussi détaillée, qu’un séjour de trois mois m’a mis en état de la faire, je vais rapporter dans le Chapitre suivant, ce qui nous y arriva, pendant cet intervalle de tems ; et je reprens le fil de mon narré, au 18 de Juin, qui est le même jour que le Tryal, qu’une rafale avoit rejetté en Mer, trois Jours auparavant, regagna l’ancrage, et que nous finimes la fatígante corvée de porter nos Malades à terre, huit jours après que nous eumes mouillé l’ancre dans cette Baye.