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au col de la Faucille et surmonter de grands obstacles. De Genève à Évian on a conservé l’ancienne route par Thonon ainsi que le pont en pierre sur la Dranse[1]. Entre Évian et St. Gingulphe où est la frontière du Valais, la nouvelle route suit également encore la direction de l’ancien chemin jusqu’à la Tour ronde, en côtoyant le rivage du lac. Ici des rochers immenses[2] dont les parois s’enfoncent presque verticalement dans le lac, fermaient autrefois le passage et laissaient à peine place à un étroit sentier. C’est dans les flancs de ces rochers, rendus célèbres par la description éloquente de l’auteur de la nouvelle Héloïse, que les ingénieurs français ont trouvé moyen d’établir une chaussée large de 24 à 26 pieds, à 32 pieds au-dessus des eaux du lac qui dans cet endroit a 960 pieds de profondeur. Des escarpemens, quelquefois de 100 à 110 pieds de hauteur, des murs de soutenement d’un travail prodigieux, enfin des parapets et des ponts en granit d’une construction élégante attestent que cette entreprise n’a été arrêtée par aucun obstacle. C’est surtout, vu du lac, que
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  1. À un quart de lieue de Thonon. Il est fort long et très-étroit. On avait pensé à en construire un nouveau dans un lieu où le lit de la rivière est plus resserré ; mais ce projet devant changer la direction de la route et lui faire abandonner la ville de Thonon, on y a renoncé. La route de Genève à la Tour ronde avait été construite par Charles Emmanuel III. dans l’espérance de faire renaître le commerce et l’aisance dans cette partie du Chablais qui avait beaucoup souffert des guerres du seizième siècle. Ce prince voulait la continuer et établir une communication avec l’Italie par le grand St. Bernard, mais les Valaisans s’y opposèrent.
  2. Les rochers de Meilleraie.