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ESCALADES DANS LES ALPES.

qu’elle formait avec le travail si parfait des ingénieurs suisses en lit-il mieux ressortir la déplorable infériorité.

Pour achever cette œuvre, il fallait des hommes énergiques, intelligents, dévoués, ils ne tardèrent pas à se produire.

En 1863, M. Adams-Reilly, qui, depuis plusieurs années, voyageait dans les Alpes, entreprit de dresser un plan des parties de la chaîne du Mont-Blanc qui n’étaient qu’imparfaitement connues. Muni d’un bon théodolithe, et prenant une ligne de base mesurée par Forbes dans la vallée de Chamonix, il détermina les positions d’environ 200 points. On peut juger de l’exactitude de son travail par le fait suivant : après avoir recueilli des observations sur un espace de 80 kilomètres, la position qu’il trouva au col Ferret « ne s’éloigna que de deux cents mètres de celle qui lui avait été assignée par le général Dufour ! »

Pendant l’hiver de 1863 et le printemps de 1864., M. Reilly dressa une carte entièrement nouvelle d’après les relevés qu’il avait faits lui-même. Il remplit, à l’aide de photographies et d’une série de vues panoramiques, qu’il avait prises dans ses différentes stations, les vides qui existaient entre les points déterminés trigonométriquement. Cette carte constituait un immense progrès sur celles qui l’avaient précédée, car, pour la première fois, la position exacte des grands pics y était indiquée.

Ce travail, vraiment extraordinaire, me prouva que M. Reilly était un homme d’une résolution et d’une persévérance merveilleuses. Bien que je n’espérasse guère lui voir accepter la proposition que je voulais lui faire, je l’engageai à prendre part à de nouvelles tentatives pour gravir le Cervin. Il s’associa cependant de grand cœur à mes projets et me pria en retour de l’accompagner dans quelques expéditions qu’il avait projetées sur la chaîne du Mont-Blanc. Notre contrat fut ainsi conclu de vive voix : « Je veux bien vous aider à exécuter vos plans, mais, de votre côté, vous me promettez votre concours pour réaliser les miens ? »

J’accédai avec empressement, comme on doit le penser, à un arrangement dans lequel tous les avantages étaient pour moi.