Page:William Morris - Nouvelles de Nulle Part.djvu/35

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que ceci est une sorte de revanche contre l’absurdité de cette époque, où l’on méprisait tous ceux qui savaient se servir de leurs mains. Mais, Dick, mon vieux, ne quid nimis ! N’exagérez pas.

— Allons, voyons, fit Dick, est-ce mon cas ? Ne suis-je pas l’homme le plus tolérant du monde ? Ne suis-je pas parfaitement satisfait, du moment que vous ne me faites pas apprendre les mathématiques ou pénétrer dans votre nouvelle science, l’esthétique, et que vous me laissez faire un peu d’esthétique pratique avec mon or et mon acier, le soufflet et le joli petit marteau ? Mais, attention ! voici un autre questionneur qui vous arrive, mon pauvre Hôte. Dites, Bob, il faut que vous m’aidiez à le défendre maintenant.

— Ici, Boffin, cria-t-il, après une pause ; nous voici, si c’est là ce que vous voulez !

Je regardai par-dessus mon épaule, et je vis quelque chose luire et étinceler à la lumière du soleil qui remplissait la salle ; je me tournai tout à fait, et, à ma joie, je vis une forme magnifique s’avancer lentement sur le plancher ; un homme dont le surtout portait des broderies aussi abondantes d’élégantes, en sorte que le soleil brillait sur lui, comme s’il eût été vêtu d’une armure d’or. L’homme lui-même était grand et extrêmement beau, ses cheveux noirs, et bien que sa figure n’eût pas une expression moins bienveillante que les autres, il marchait avec ce port quelque peu hautain que parfois la grande beauté donne aux hommes comme aux femmes. Il vint s’asseoir à notre table, la