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INTRODUCTION

LA VIE ET LES TRAVAUX DE AD. WURTZ

Par Ch. Friedel,
Membre de l’Institut, professeur à la Sorbonne.

Quand vient à disparaître, en pleine activité, un homme qui a exercé par son intelligence et par son caractère une action puissante et féconde sur ses contemporains et sur la jeunesse qui se pressait autour de lui, c’est un devoir et en même temps un douloureux privilège, pour ceux qui l’ont approché de plus près, de faire, autant que possible, revivre sa figure aimée et de maintenir ainsi son influence. Celle-ci n’est pas, en effet, due seulement aux découvertes et aux écrits du maître ; sa personnalité y a une large part.

Les exemples de persévérance dans le travail, d’activité joyeuse, de simplicité, de bienveillance envers les jeunes, d’amour profond de la vérité, ne doivent pas être perdus.

Dans l’héritage d’un homme illustre, il n’est permis qu’à un bien petit nombre (s’il en est d’assez heureux pour cela) de recueillir les dons éminents, le talent, l’éloquence, la supériorité de l’intelligence, l’esprit d’invention ; mais ce qui est à la portée de tous, ce qui féconde les germes déposés à des degrés divers en chacun, ce sont les qualités morales sans lesquelles il n’est pas de véritable grandeur.

Si nous avons cherché à retracer rapidement la vie et les travaux de notre maître profondément regretté, Ad. Wurtz, c’est à la fois avec le désir de rendre à sa mémoire un hommage que nous voudrions moins imparfait, et de gagner au culte de la science quelques-uns de ceux qui, s’il avait vécu, seraient venus s’enflammer à son ardeur communicative.

Rien ne semble mieux fait que cette existence noble et brillante, remplie par le travail, embellie par les joies de la famille, honorée dans son pays, admirée à l’étranger, pour servir d’idéal aux jeunes gens qui veulent entrer dans la carrière des sciences. Puisse-t-il s’en trouver beaucoup qui l’imitent, et qui viennent combler les vides douloureux faits coup sur coup, par la mort, dans les rangs des chimistes français !