Page:Wurtz - La théorie atomique, 1886.djvu/12

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
ii
INTRODUCTION

I

Charles-Adolphe Wurtz naquit à Strasbourg le 26 novembre 1817.

Son père était alors pasteur a Wolfisheim, village situé près de Strasbourg, dans la fertile plaine d’Alsace. Fils unique de parents d’une modeste condition bourgeoise, qui mirent leur bonheur et leur gloire à lui donner une culture aussi complète que possible, Jean-Jacques Wurtz avait fait ses études en théologie à Strasbourg, et après la fin de celles-ci, chose rare à cette époque et dans sa situation, avait obtenu de ses parents la permission de faire un voyage en Suisse et dans le nord de l’Italie. Il était d’une nature profonde, intime, silencieuse, quelque peu sévère, disposé à prendre la vie, non du côté facile et riant, mais du côté sérieux. Sa forte culture littéraire apparaissait dans ses sermons, dont le ton était peut-être un peu trop élevé et trop philosophique pour son auditoire de simples cultivateurs.

Il était de ceux qui ne se contentent pas d’une foi de tradition ; il chercha la vérité avec ardeur et persévérance, et sur son lit de mort il put, le visage illuminé d’une assurance filiale, se remettre entre les mains du Père céleste et lui confier ceux qu’il allait quitter. Avant d’occuper la cure de Wolfisheim, il avait desservi pendant quelque temps celle de Bergzabern dans le Palatinat. Il fut nommé en 1826 pasteur à l’église Saint-Pierre-le-Jeune à Strasbourg ; il mourut dans cette ville en 1845, à l’âge de cinquante-trois ans.

On a retrouvé chez presque tous les hommes éminents l’influence prépondérante de la mère. Ad. Wurtz ne fait pas exception à cette règle.

Sa mère, Sophie Kreiss, était d’un caractère fort différent de celui de son mari. D’une grande égalité d’humeur, vive, joyeuse, bienveillante, d’un jugement droit, persévérante, ponctuelle dans l’accomplissement de ses devoirs, elle avait beaucoup transmis de ses qualités à son fils, qui fut de bonne heure sa joie et son orgueil et qui lui témoignait son affection par mille attentions délicates.

L’intimité était grande entre la mère et le fils, et elle a duré longtemps, car c’est il y a peu d’années seulement qu’elle fut rompue par la mort (1878). Mme Wurh avait continué à habiter Strasbourg, avec l’un de ses frères, M. Théodore Kreiss, esprit d’une rare distinction, professeur de grec au Gymnase protestant et plus tard au séminaire de la Faculté de théologie de Strasbourg. Après la mort de celui-ci, elle s’était fixée auprès de son fils Adolphe ; c’était un plaisir de la voir chez lui, s’intéressant à tout, aimable et souriante, malgré sa surdité, seule