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LES ROUGON-MACQUART.

tandis que les petits piquaient devant elle, d’un air pressé. Ils étaient adorables d’enfance, demi-nus, la tête ronde, les yeux vifs comme des pointes d’acier, le bec planté si drôlement, le duvet retroussé d’une façon si plaisante, qu’ils ressemblaient à des joujoux de deux sous. Désirée riait d’aise, à les voir.

— Ce sont des amours ! balbutiait-elle.

Elle en prit deux, un dans chaque main, les couvrant d’une rage de baisers. Et le prêtre dut les regarder partout, tandis qu’elle disait tranquillement :

— Ce n’est pas facile de reconnaître les coqs. Moi, je ne me trompe pas… Ça, c’est une poule, et ça, c’est encore une poule.

Elle les remit à terre. Mais les autres poules arrivaient, pour manger le riz. Un grand coq rouge, aux plumes flambantes, les suivait, en levant ses larges pattes avec une majesté circonspecte.

— Alexandre devient superbe, dit l’abbé pour faire plaisir à sa sœur.

Le coq s’appelait Alexandre. Il regardait la jeune fille de son œil de braise, la tête tournée, la queue élargie. Puis, il vint se planter au bord de ses jupes.

— Il m’aime bien, dit-elle. Moi seule peux le toucher… C’est un bon coq. Il a quatorze poules, et je ne trouve jamais un œuf clair dans les couvées… N’est-ce pas, Alexandre ?

Elle s’était baissée. Le coq ne se sauva pas sous sa caresse. Il sembla qu’un flot de sang allumait sa crête. Les ailes battantes, le cou tendu, il lança un cri prolongé, qui sonna comme soufflé par un tube d’airain. À quatre reprises, il chanta, tandis que tous les coqs des Artaud répondaient, au loin. Désirée s’amusa beaucoup de la mine effarée de son frère.

— Hein ! il te casse les oreilles, dit-elle. Il a un fameux gosier… Mais, je t’assure, il n’est pas méchant. Ce sont les