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LES ROUGON-MACQUART.

le renvoyer maintenant… Tiens, il te regarde, il te sent. N’aie pas peur, il ne te mangera pas.

Mais elle s’interrompit, prise d’un rire fou. Le petit cochon, ahuri, venait de se jeter dans les jambes de la chèvre, qu’il avait culbutée. Il reprit sa course, criant, roulant, effarant toute la basse-cour. Désirée, pour le calmer, dut lui donner une terrine d’eau de vaisselle. Alors, il s’enfonça dans la terrine jusqu’aux oreilles ; il gargouillait, il grognait, tandis que de courts frissons passaient sur sa peau rose. Sa queue, défrisée, pendait.

L’abbé Mouret eut un dernier dégoût à entendre cette eau sale remuée. Depuis qu’il était là, un étouffement le gagnait, des chaleurs le brûlaient aux mains, à la poitrine, à la face. Peu à peu sa tête avait tourné. Maintenant, il sentait dans un même souffle pestilentiel la tiédeur fétide des lapins et des volailles, l’odeur lubrique de la chèvre, la fadeur grasse du cochon. C’était comme un air chargé de fécondation, qui pesait trop lourdement à ses épaules vierges. Il lui semblait que Désirée avait grandi, s’élargissant des hanches, agitant des bras énormes, balayant de ses jupes, au ras du sol, cette senteur puissante dans laquelle il s’évanouissait. Il n’eut que le temps d’ouvrir la claie de bois. Ses pieds collaient au pavé humide encore de fumier, à ce point qu’il se crut retenu par une étreinte de la terre. Et le souvenir du Paradou lui revint tout d’un coup, avec les grands arbres, les ombres noires, les senteurs puissantes, sans qu’il pût s’en défendre.

— Te voilà tout rouge, à présent, dit Désirée en le rejoignant de l’autre côté de la barrière. Tu n’es pas content d’avoir tout vu ?… Les entends-tu crier ?

Les bêtes, en la voyant partir, se poussaient contre les treillages, jetaient des cris lamentables. Le petit cochon surtout avait un gémissement prolongé de scie qu’on aiguise. Mais, elle, leur faisait des révérences, leur envoyait des baisers