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LA FAUTE DE L’ABBÉ MOURET.

ses bras nus, ne riant plus, s’irritant d’être dérangée.

— J’espère qu’on ne va pas garder ces oiseaux, s’écria Frère Archangias. Ça porterait malheur… Il faut leur tordre le cou.

Et il avançait déjà ses grosses mains. La jeune fille se leva, recula, frémissante, serrant le nid contre sa poitrine. Elle regardait le Frère fixement, les lèvres gonflées, d’un air de louve prête à mordre.

— Ne touchez pas les petits, bégaya-t-elle. Vous êtes laid !

Elle accentua ce mot avec un si étrange mépris, que l’abbé Mouret tressaillit, comme si la laideur du Frère l’eût frappé pour la première fois. Celui-ci s’était contenté de grogner. Il avait une haine sourde contre Désirée, dont la belle poussée animale l’offensait. Lorsqu’elle fut sortie, à reculons, sans le quitter des yeux, il haussa les épaules, en mâchant entre les dents une obscénité que personne n’entendit.

— Il vaut mieux qu’elle aille se coucher, dit la Teuse. Elle nous ennuierait, tout à l’heure, à l’église.

— Est-ce qu’on est venu ? demanda l’abbé Mouret.

— Il y a beau temps que les filles sont là dehors, avec des brassées de feuillages… Je vais allumer les lampes. On pourra commencer quand vous voudrez.

Quelques secondes après, on l’entendit jurer dans la sacristie, parce que les allumettes étaient mouillées. Frère Archangias, resté seul avec le prêtre, demanda d’une voix maussade :

— C’est pour le Mois de Marie ?

— Oui, répondit l’abbé Mouret. Ces jours derniers, les filles du pays, qui avaient de gros travaux, n’ont pu venir, selon l’usage, orner la chapelle de la Vierge. La cérémonie a été remise à ce soir.

— Un joli usage, marmotta le Frère. Quand je les vois