Page:Zola - Nana.djvu/322

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Son émotion était si forte, qu’il semblait glacé. Il l’appela madame ; il s’estimait heureux de la revoir. Alors, pour brusquer les choses, elle se montra plus familière encore.

— Ne la fais pas à la dignité. Puisque tu as désiré me voir, hein ? ce n’est pas pour nous regarder comme deux chiens de faïence… Nous avons eu des torts tous les deux. Oh ! moi, je te pardonne !

Et il fut convenu qu’on ne parlerait plus de ça. Lui, approuvait de la tête. Il se calmait, ne trouvait encore rien à dire, dans le flot tumultueux qui lui montait aux lèvres. Surprise de cette froideur, elle joua le grand jeu.

— Allons, tu es raisonnable, reprit-elle avec un mince sourire. Maintenant que nous avons fait la paix, donnons-nous une poignée de main, et restons bons amis.

— Comment, bons amis ? murmura-t-il, subitement inquiet.

— Oui, c’est peut-être idiot, mais je tenais à ton estime… À cette heure, nous nous sommes expliqués, et au moins, si l’on se rencontre, on n’aura pas l’air de deux cruches…

Il eut un geste pour l’interrompre.

— Laisse-moi finir… Pas un homme, entends-tu, n’a une cochonnerie à me reprocher. Eh bien ! ça m’ennuyait de commencer par toi… Chacun son honneur, mon cher.

— Mais ce n’est pas ça ! cria-t-il violemment. Assieds-toi, écoute-moi.

Et, comme s’il eût craint de la voir partir, il la poussa sur l’unique chaise. Lui, marchait, dans une agitation croissante. La petite loge, close et pleine de soleil, avait une douceur tiède, une paix moite, que nul bruit du dehors ne troublait. Dans les mo-