Patrimoine et Identité/L’habitat fougerêtais, un patrimoine de « belles pierres. »

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L’habitat fougerêtais,
un patrimoine de « belles pierres »



L’habitat fougerêtais, un patrimoine de « belles pierres »[modifier]

Au sein d’un paysage, la présence de l’homme s’observe à travers son habitat. Cet habitat est étroitement lié à la fois à la nature mais aussi aux activités humaines qui se sont développées dans cet environnement naturel. Il y a aux Fougerêts une importante quantité de maisons qui illustrent ces relations, en raison de leur localisation, des matériaux utilisés et de l’orientation économique. Les maisons dites traditionnelles antérieures au XX ème siècle, les manoirs et châteaux, en sont un parfait exemple. Il apparaît que ce patrimoine fougerêtais est de toute première importance par son existence, sa qualité et ses originalités. Son étude permet également de mieux comprendre la communauté locale sur une longue durée. Je vais pouvoir, au travers de l’habitat, appréhender certaines caractéristiques de la société fougerêtaise.

Le règne du schiste[modifier]

Le schiste des Fougerêts est primordial lorsque l’on prétend présenter le patrimoine architectural de la commune. Sa couleur varie entre le bleu clair et le bleu très foncé, presque noire. La plupart des habitations des Fougerêts est bâtie en pierres locales. Il existe sur le territoire de la commune de nombreuses fosses ou « perrières », exploitations anciennes de l’« arkose de Bains », nom scientifique donné à ce schiste de couleur bleue[1]. A Saint-Jacob, s’étendaient des grandes ardoisières qui ont été exploitées jusqu’en 1860 ; aujourd’hui la végétation y a repris ses droits, et le lieu est particulièrement dangereux en raison de la profondeur des fosses et de l’eau qui s’est accumulée. Il subsiste les traces d’autres ardoisières à la Ville Caro et à la Jouardays mais l’exploitation semble n’avoir été que temporaire et plus récente[2]. L’importance du schiste aux Fougerêts est une réalité qu’il est impossible d’ignorer lorsque l’on parcourt les hameaux de la commune.

  1. C’est ainsi que l’on nomme les exploitations d’ardoise, les travailleurs sont « les périoux. »
  2. Il y a trente ans, un agriculteur est allé chercher des pierres à la Ville Caro pour construire un bâtiment annexe à son exploitation agricole.

Les maisons rurales et paysannes.[modifier]

Il s’agit d’un patrimoine d’une exceptionnelle richesse. Sur le territoire de la commune, j’ai pu observer la quantité et la qualité de ces maisons. La maison « traditionnelle » fougerêtaise telle que je l’entends, c’est une maison caractéristique de son milieu naturel et de la société qui l’a bâtie. Il s’agit en l’occurrence d’une modeste maison en pierre qui n’est jamais isolée mais située au sein d’un regroupement d’habitation, le hameau. Les maisons aux Fougerêts peuvent être aisément datées grâce aux nombreuses inscriptions, aux informations du Cadastre et selon certaines caractéristiques architecturales[1]. Je vais donc exposer les grands traits de cet habitat traditionnel m’attachant tout d’abord à présenter l’aspect de ces maisons, c’est à dire la localisation, les matériaux employés pour la construction et quelques particularités locales. Ensuite, je mettrais en évidence leur organisation intérieure, mais également l’organisation au sein du hameau avec les bâtiments annexes. Ces présentations illustreront le véritable caractère rural de cet habitat, c’est à dire lié à la nature et à son exploitation, mais aussi sa continuité dans le temps.

  1. Par exemple, il faut, pour le XIX ème siècle, comparer les habitations mentionnées sur le Cadastre de 1824 et celles qui sont observables aujourd’hui.

Localisation, matériaux et particularités : des maisons rurales.[modifier]

Une localisation dictée par la nature.[modifier]

La première approche de cet habitat doit être géographique, en ce sens que la localisation n’est pas le fruit du hasard. Les maisons « traditionnelles » sont généralement implantées sur les crêtes et sur les versants. Cette localisation se comprend parce qu’il s’agit souvent « (…) des lieux de passages et d’échanges, qui coïncident avec les zones d’exploitation agricole et de pêche (…) »[1]. Aux Fougerêts, il n’y a pas d’habitations dans la zone des marais, mais certains regroupements humains se sont constitués à proximité de l’Oust. Launay, Marzan, les Loulais et la Grionnais sont d’anciennes fermes et hameaux de pêcheurs qui bénéficiaient de la présence de terres de pâture et de la rivière. Sur les versants de la vallée, la population s’est fixée le long d’anciens chemins bocagers qui reliaient les crêtes aux marais, près des parcelles agricoles, à l’abri des haies et talus. J’ai noté également que la nature a eu pour conséquence d’orienter les façades des maisons vers le sud, afin de profiter au maximum des rayons du soleil. Dans chaque hameau, les habitations s’alignent le long du chemin ou de la route, comme par exemple à la Corbais. L’alignement prévaut partout. Les habitations de la fin du XIX ème siècle ne dérogent pas à la règle.

  1. Groupement Culturel Breton des Pays de Vilaine, Oust et Vilaine, Pays de traditions : la culture populaire, marqueur d’identité, 2000, page 97.
L’ardoise, matériaux de base des différents éléments de la maison fougerêtaise.[modifier]

Qu’elles soient du XIX ème ou plus anciennes, les maisons aux Fougerêts sont toutes construites en schiste. Cette richesse géologique locale a permis le développement d’une certaine qualité dans la construction. L’ardoise est présente dans presque tous les éléments qui constituent une maison, c’est à dire les murs, les jambages, les linteaux, les fenêtres et les cheminées[1].

  1. Les jambages et le linteau sont les deux éléments constitutifs d’une porte. Les jambages sont verticaux et soutiennent le linteau.

Les pans de murs sont constitués de plaques de schiste d’épaisseurs variables et de tailles diverses, entre lesquelles de la terre argileuse, du sable et quelques petites pierres sont insérés. Les plaques de schiste sont assemblées entre elles par un mortier, mélange de terre et de chaux, solidifiant l’ensemble. L’épaisseur des murs est, elle aussi, très variable de cinquante centimètres à presque un mètre selon les maisons. Il est possible de rencontrer des « mixtes », c’est à dire des murs construit en alternance de schiste et de grès ou bien de schiste et de granite. L’exemple, le plus frappant est celui de la maison des Boissières, où de grandes plaques de schiste sans mortier apparent forment les murs, tandis que les ouvertures sont en granite.

Maison des Boissières Les Fougerêts.jpg

Les blocs de quartz sont également utilisés dans les murs mais pour des raisons différentes. Les témoignages que j’ai recueillis aux Fougerêts ne donnent pas de réelles explications, certains pensent que c’est par manque de pierres. Ces pierres portent le nom de « belions ». Ils sont utilisés, en fait sous les murs périphériques, pour empêcher que l’humidité monte. Elles sont aussi placées en « (…) semi de pierres blanches pour équilibrer toutes les vibrations ou résonances venant des matériaux. » [1] Il y a de nombreux exemples de l’utilisation des quartz pour la construction, et de belions pour la protection, comme à la Vigne et même dans un édifice religieux, la chapelle de Saint-Jacob. Toutefois, c’est l’ardoise qui est majoritairement utilisée dans les constructions des maisons à toute époque.

  1. Albert POULAIN, « Quartz ou Belions » in Les Annales de l’A.P.P.H.R, Tome 4, 1999.

Fichier:Belionsvigne.jpg

Les portes sont aussi des traits caractéristiques de l’habitat « traditionnel ». Les deux éléments de la porte peuvent être analysés séparément. Les jambages de ces maisons sont constitués de différents schistes, plus ou moins épais, extraits des carrières des Fougerêts. Le jambage le plus fréquent dans les maisons « traditionnelles » est construit à partir de schiste feuilleté, de faible épaisseur, sur lequel repose le linteau. Il y a rarement de chanfrein sur les jambages de l’habitat aux Fougerêts. Ces jambages permettent une datation assez précise. Les jambages en granite sont rares sauf pour les maisons les plus cossues comme aux Boissières. Les linteaux ont, me semble t-il, une réelle valeur dans ce patrimoine de « belles pierres » en raison de leurs variétés et des nombreuses inscriptions qui y figurent. La partie supérieure des portes est le plus souvent constituée d’un bloc de schiste monolithe d’une épaisseur généralement très importante (près de quarante centimètres dans une maison du bourg), et d’une longueur impressionnante de plus d’un mètre.

Fichier:Maisonbrousse.jpg

Les décorations et les inscriptions sur ces linteaux sont de style très varié. J’ai pu observer des fleurs de lys de petite taille, à la Brousse et dans le bourg face à l’église, gravées au centre ou aux bords du linteau. J’ai relevé de nombreux exemples de linteaux avec chanfrein et accolade, associés quelques fois à d’autres inscriptions comme une date ou bien une fleur de lys.

Fichier:Chanfreinbourg.jpg

Les portes de ces maisons dites traditionnelles ne sont pas toutes constituées de pierre, le bois ou bien le granite remplacent parfois le schiste, comme à Launay. Mais ce sont des cas rares car le granite, aux Fougerêts, est caractéristique des matériaux de construction des demeures plus riches comme les manoirs et châteaux. Les fenêtres de l’habitat rural et paysan sont de faible taille ne laissant entrer que très peu de lumière. Dans les exemples les plus anciens, les ouvertures sont souvent asymétriques. Il y a une petite fenêtre près de la porte, et au-dessus de celle-ci se trouve une gerbière. La gerbière est une ouverture pratiquée dans le toit, sans faîtage, pour permettre l’accès au grenier.

Fichier:Maisonauteperrigue.jpg

C’est par-là que le foin à l’été était stocké après les moissons. Dans les maisons du XIX ème siècle, les petites fenêtres ont été remplacées par des ouvertures symétriques, au rez-de-chaussée et au premier étage. Les gerbières ont disparu, laissant place aux fenêtres modernes du grenier avec un faîtage droit. Les cheminées sont des éléments importants des maisons aux Fougerêts. Les cheminées sont constituées de trois éléments distincts. Il y a, tout d’abord, deux corbelets en schiste de très grande longueur, presque deux mètres. Sur ces corbelets repose une autre plaque de schiste mieux taillée, d’environ cinq centimètres d’épaisseur en moyenne, et qui fait généralement une quarantaine de centimètres de largeur. La hotte qui constitue le conduit de cheminée est également en schiste.

Fichier:Chemineeperrigue.jpg

La majorité de ces cheminées fonctionne encore et est rénovée. Par ailleurs, j’ai pu remarquer à la Brousse que la plaque centrale de schiste était remplacée par une planche de bois.

Les particularités de l’habitat aux Fougerêts.[modifier]

Je vais exposer quelles sont les particularités qui font la richesse de ces maisons dans la commune des Fougerêts. Premièrement, ces maisons sont très nombreuses. Il y a très peu d’habitations construites ces cinquante dernières années, seulement quelques-unes à l’Auté Garel, à Saint-Jacob et au Bourg. Le dossier, de pré-inventaire des Fougerêts, du Service de l’Inventaire de la D.R.A.C réalisé en 1982, recense trois cent trente-cinq maisons de type ancien. Ce patrimoine n’a pas été phagocyté par un développement résidentiel de trop grande importance. Les seuls lotissements, dont l’un en construction, se situent à proximité du bourg. Il existe également un intérêt local pour ces maisons comme l’indique les permis de construire accordés en 2000. En effet, sur un total de trente-huit permis, un seul pour une nouvelle maison d’habitation, quatorze pour des garages, deux pour des vérandas et dix pour des rénovations.

J’ai été surpris par l’importance des inscriptions surtout celles des linteaux. Ces inscriptions indiquent vraisemblablement l’année de construction ou bien le nom du propriétaire ou du constructeur. La plus ancienne date que j’ai recensée est gravée sur le linteau d’une maison du bourg, il s’agit de « 1616. » Malheureusement, cette maison a été restaurée au XIX ème ou XX ème siècle comme l’indique l’élévation en étage et la symétrie des ouvertures. Deux inscriptions à la Brousse et au Préaudor indiquent la même année « 1645. » A celle du Préaudor, « IAN RIVIERE P. WE : AYE IHS » est ajouté mais selon des témoignages, cette pierre aurait été dérobée à une maison de la Vigne incendiée dans les années soixante. A Launay, sur le linteau d’une petite maison l’année « 1669 » est inscrite, mais celle-ci reste relativement difficile à voir. Enfin, l’inscription la plus marquante que j’ai recensée se situe à la Corbais. Sur le monolithe de schiste, la date et le nom du propriétaire de cette maison sont inscrits : « 1687 M : e G : BURBAN. »

Fichier:Maison1687.jpg

L’érudit local, Jean-Marie Royer dans ses Miettes d’Histoire cite un notaire du XVII ème siècle, Guillaume Burban, qui semblerait être celui de l’inscription. D’ailleurs, lors d’une rencontre, les voisins m’ont confirmé cette information. Il existe d’autres inscriptions par exemple une date, un nom et une gravure à la Chesnais, une gravure à l’Auté Pataud. Ces inscriptions montrent que ces maisons ne sont pas toutes « (…) à l’origine spécifiquement paysannes », mais qu’elles « (…) sont souvent des demeures de ruraux fortunés (…) » comme cela semble être le cas à la Corbais et à la Chesnais.

Ces particularités permettent de dater assez facilement l’habitat. Les maisons du XVII ème, les plus anciennes, sont généralement sans étage avec peu de fenêtres. Les murs sont construits en schiste de tailles et d’épaisseurs variées. Parfois une simple cloison de palis de schiste démarque la séparation entre deux pièces, comme à l’Auté Perrigue. Le linteau de la porte est généralement monolithe. Les habitations du XIX ème, où il y a souvent un étage, sont reconnaissables par une symétrie des ouvertures. Le schiste est généralement plus clair, mieux taillé et les linteaux portent rarement des indications. Les éléments communs à ces maisons restent les cheminées, qui n’ont varié ni de style ni de matériaux.

Organisations de la maison, du hameau et des bâtiments annexes : la maison paysanne.[modifier]

J’ai montré que l’habitat aux Fougerêts est fortement lié à la nature par sa localisation et les matériaux employés. Toutefois, le caractère rural de l’habitation prend une signification agricole dans l’organisation intérieure de la maison, de la place de celle-ci au sein du hameau et du rôle des bâtiments annexes.

L’organisation intérieure de l’habitat.[modifier]

Je vais essayer de présenter ce qu’est une maison rurale et paysanne aux Fougerêts, c’est à dire les éléments centraux de l’habitation autour desquels s’organise la vie de l’homme. J’ai pu rassembler ces informations grâce à la quantité d’exemples présents dans la commune, à la fois en ruine mais aussi où habitent encore des personnes âgées. La principale caractéristique de l’habitation, c’est la pièce unique dans laquelle l’homme dors, mange et reçoit. Dans cette petite salle rectangulaire de faible dimension (entre cinq et six mètres de côtés), se trouve la cheminée, la cuisine, la table et le lit. L’étage, c’est le grenier où l’on stockait les moissons. Dans les maisons les plus anciennes, il existe souvent un accès direct à une autre partie de l’habitation destinée à recevoir le bétail. Les bêtes dormaient donc près des hommes, leur fournissant davantage de chaleur. Les maisons les plus récentes qui possèdent un étage étaient organisées différemment, en ce sens que celui-ci servait au couché. Le souci d’hygiène a relégué le bétail dans d’autres bâtiments ne juxtaposant plus spécialement l’habitation humaine. L’organisation intérieure de la maison a donc évolué au cours des siècles tout en conservant son caractère paysan et rural, néanmoins, la place de l’habitation au sein du hameau n’a guère varié. Le hameau regroupait plusieurs maisons d’habitations, ainsi que d’autres bâtiments annexes eux aussi liés à l’activité rurale. Il y a, aux Fougerêts, soixante et un hameaux disséminés sur l’ensemble du territoire de la commune.

La maison au cœur du hameau.[modifier]

Le hameau se définie par la présence d’une ou plusieurs habitations, le plus souvent le long d’un chemin ou bien un peu à l’écart, le tout, formant une cour. Ce hameau se caractérise également par la présence d’un patrimoine, que l’on qualifie de vernaculaire, composé des puits, des auges ou abreuvoirs et des fours.

Fichier:Puitcordonnais.jpg

Il y a dans la toponymie, la preuve que l’habitation humaine est au cœur du hameau. En effet, des noms de famille sont à l’origine de ces regroupements. Ces exemples se situent dans la partie Sud de la commune ; on y observe l’Hôtel Chesnais, l’Auté Garel, l’Auté Perrigue, l’Auté Charuel, l’Auté Pataud et les Rues Nevoux. L’existence de ces hameaux remonte, vraisemblablement, à « l’osté », c’est à dire au lieu d’habitation de ces familles, noyau autour duquel se sont greffées d’autres habitations. Le chanoine Royer propose la création de l’Hôtel Chesnais, à partir de l’étude des registres paroissiaux, par un certain Jacques Chesnais de Peillac vers 1650. La famille Nevou est aussi mentionnée aux Fougerêts au XVII ème siècle. Il n’y a pas de différence entre Hôtel et Auté, si ce n’est qu’il s’agit d’une prononciation gallèse. Le hameau se situe au cœur d’une exploitation agricole comme le prouve sa situation géographique et l’organisation de l’ensemble des éléments qui y est présent. Les maisons, pour les plus anciennes, accueillent les hommes mais aussi les bêtes. La cour permet de parquer quelques fois le bétail et d’y déposer le fumier. Le patrimoine vernaculaire est aussi l’illustration de la vocation agricole du hameau et donc d’une partie de la société. Près du puits construit également en schiste se trouve généralement un abreuvoir en granite comme à la Croix Fourchée et à la Cordonnais, ces abreuvoirs servaient aux bêtes autrefois. A la Brousse et à la Ville Caro, ces puits sont placés entre deux maisons, ce qui les rendent difficilement observables. Le plus souvent, il n’y a qu’un seul puits pour le hameau, l’eau n’est pas une richesse privée mais un bien commun. Dans ces hameaux, il y a aussi un four pour la cuisson du pain de tout le « village ». Il existe à ma connaissance deux types de fours aux Fougerêts mais très peu sont en état de fonctionnement.

Fichier:Foursvillecaro.jpg

La maison fougerêtaise est une maison rurale, souvent paysanne. Elle est située et construite à partir des éléments naturels locaux. Henri-François Buffet souligne que «  (…) les logis traditionnels de Haute-Bretagne sont bâtis avec des matériaux tirés du sol même où ils se trouvent et de là, proviennent leur diversité, leur discrétion et leur charme car ils font partie intégrante du paysage qui les encadre. Leurs murailles (…) sont faites de pierres si quelque « perrière » est proche (…) ». L’organisation de la maison et du hameau met en évidence une société agricole, où certains éléments d’un patrimoine « mineur » jouent un rôle social majeur. En effet, ces puits et fours ont longtemps scellé les liens de solidarité entre les hommes.

Manoirs et châteaux.[modifier]

L’habitat aux Fougerêts n’est pas uniquement constitué de ces maisons rurales et paysannes. Il existe sur le territoire de la commune, un nombre important de résidences d’origine seigneuriale construites au cours des siècles, et qui illustrent un autre pan de la société locale. La localisation et les matériaux ne sont pas autant liés à la nature que l’habitat rural même s’il existe certains points communs. Ces habitations sont de deux types. Il y a les châteaux et ce que l’on appelle couramment les manoirs.

Les manoirs.[modifier]

L’appellation « manoir », telle que je l’entends ici, ne correspond pas uniquement au sens le plus commun qui veut y voir une belle et grande maison ancienne située à la campagne ; mais aussi comme Christel Douard le souligne, avec raison, ce « (…) mot couvre un large éventail de réalités, à la fois juridiques, territoriales, économiques et architecturales. » J’ai pu recenser, grâce aux témoignages et aux autres sources, trois principaux manoirs. Ceux-ci semblent illustrer une implantation de « notables » de longue durée sur le territoire de la commune dont les recherches du chanoine Royer sur l’histoire locale font mention.

La plus ancienne de ces habitations semble être celle de la Cour de Launay.

Fichier:Chateaulaunay.jpg

Située près du hameau du même nom, ce manoir est d’une conception assez simple avec un bâtiment principal rectangulaire au centre duquel s’ajoute une tourelle surmontée autrefois d’un toit. L’ensemble est construit en schiste et en granite. Ce bâtiment, aujourd’hui en très mauvais état, date du XV ème siècle comme le laisse supposer Jean-Marie Royer : « (…) en 1427, on trouve, domicilié à la Cour de Launay, Maître Guillaume Leset, maîstre des écoles du Pont d’Oust (…) ». En outre, il semble que c’est de la Cour de Launay que la famille des Castellan est originaire avant son installation à Saint-Martin-sur-Oust.

Le presbytère situé à la Cordonnais est, lui aussi, à l’origine une demeure d’un seigneur.


Sa partie orientale, la plus ancienne, serait un pavillon de chasse du duc Jean IV de Rieux, dont Guillaume Rio, seigneur de la Cordonnais, était « (…) le grand maître des chasses (…) ». Le chanoine Royer dans ses Miettes d’Histoire en fait une description détaillée : « (…) ce n’est qu’un pavillon, d’une pièce au rez-de-chaussée, avec une chambre et un débarras à l’étage. Mais à l’arrière, une tourelle d’angle au toit pointu lui donne une allure gentilhommière. Les ouvertures s’encadrent de blocs de pierres disposés et travaillés de façon qu’un soupçon d’élégance s’allie à l’impression de solidité un peu massive qui s’en dégage (…) ». Cette habitation devient en 1696, le presbytère officiel ; le nouveau recteur prolonge l’ancienne demeure « (…) par un bâtiment très simple (…) La gentilhommière du temps passé devint ainsi un presbytère de campagne ample et confortable (…) ».

Près de la Cour de Launay, se situe le manoir de Malaquié ou du Préaudor. De la route en direction de Glénac, il est possible d’apercevoir une grande demeure, orientée au sud. L’ensemble est de grande dimension. Certains témoignages m’ont indiqué que la décoration intérieure était d’une exceptionnelle qualité, malheureusement elle a été longtemps laissée à l’abandon et soumises à de nombreuses dégradations. Dès 1427, cette ancienne ferme a été acquise par Pierre Lemarié et transmise à la famille des Le Berruyer, « seigneurs » du Pont d’Oust, dont l’un des membres meurt en 1611 avec le titre « (…) escuyer François Le Berruyer, juge de la Cour de Rieux-à-Peillac ».

Il existe, semble t-il dans l’histoire de la commune, une multitude d’habitations auxquelles le titre de manoir, au sens complet du terme, pourrait être donné. Ces trois cas sont ceux à propos desquels je suis parvenu à rassembler le maximum d’informations et toutes sont des habitations d’officiers seigneuriaux. D’autres recherches sur le Moyen-Age et sur l’époque Moderne affirmeront, je l’espère, certaines hypothèses qui ne peuvent l’être aujourd’hui. Ce patrimoine est d’un accès relativement difficile pour la majorité de la population, puisque ces maisons sont aujourd’hui habitées ou en rénovation.

Les châteaux.[modifier]

Les châteaux sur le territoire de la commune des Fougerêts sont au nombre de trois. Ils sont situés à la Jouardays, à la Ville Caro et à la Ville Chauve et ont pour particularité d’avoir été des lieux de résidence de seigneurs locaux sans être spécialement des seigneuries. Il semble que d’anciens manoirs du XIV ème et XV ème siècle en sont à l’origine notamment pour la Ville Chauve et la Jouardays. Par exemple, une carte postale représentant la Jouardays l’appelle « manoir. » Ces châteaux ont longtemps été les seules représentations touristiques des Fougerêts jusqu’à la Première Guerre Mondiale.

La Ville Caro est le château le plus ancien de la commune. Sa situation s’explique par la présence à proximité d’une route, d’un chemin vers le hameau de Prénoué à Saint-Martin-sur-Oust. La configuration actuelle laisse apercevoir une large surface entourée d’une enceinte encore visible à certains endroits. La disposition des maisons dans le hameau montre l’existence d’une cour avec un pigeonnier, un puits et trois fours. Selon certains témoignages, il y avait un porche, entre les deux premières maisons, qui a disparu au cours du XX ème siècle. J’ai pu observer sur les deux pignons certaines traces qui corroborent ces dires. De nombreux témoignages, dont celui de H1 et de F1, font allusions également à des souterrains. Une personne demeurant dans ce hameau m’a indiqué que lors de travaux de canalisations, les engins ont découvert des fondations de murs à environ un mètre cinquante de profondeur. La Ville Caro a été une seigneurie appartenant à la famille des Mancel. Cette famille possède dans l’église paroissiale une chapelle qui porte aujourd’hui le nom de « la chapelle du Pont d’Oust » où l’on peut observer les armoiries des Mancel : « trois molettes surmontées de deux têtes de loup ». Cette famille s’éteint en 1642 avec la mort de la dernière descendante directe des Mancel mais la seigneurie de la Ville Caro passe aux mains d’autres familles moins « honorables », Burban et Guillart « (…) qui se disaient seigneurs du Pont d’Oust. »

Le second château de la commune des Fougerêts est celui de la Jouardays. Il est constitué de trois bâtiments principaux auxquels s’ajoute une chapelle castrale située un peu à l’écart. Ces constructions sont d’époques différentes ce qui illustre une occupation qui s’étend sur une longue durée. La partie centrale est la plus ancienne. Le Service de l’Inventaire propose que cette partie du château de la Jouardays date du XVII ème siècle. Il s’agit d’une construction assez caractéristique en forme d’équerre où la porte se situe à l’angle droit. Celle-ci est surmontée d’inscriptions et de gravures qui sont aujourd’hui illisibles. L’arrière de cette partie la plus ancienne offre des informations complémentaires. Il est, en effet, possible d’observer une tourelle à mi-hauteur du mur et de petites fenêtres. Les matériaux, uniquement du schiste, sont beaucoup plus grossiers qu’en façade qui est faite de belles pierres de schiste et de tuffeau. Je peux émettre l’hypothèse que ce château a pour origine une demeure plus ancienne et plus modeste dont quelques éléments ont été conservés lors d’agrandissements et de modifications. Le bâtiment axé nord-sud est de datation intermédiaire et de style beaucoup moins recherché. La hauteur de ce bâtiment diffère des autres ainsi que les matériaux employés. Le schiste qui constitue les murs est du même aspect que celui des maisons rurales et paysannes exposées précédemment. Enfin, l’aile ouest est la plus récente et date vraisemblablement de la fin du XIX ème siècle comme peuvent le montrer l’aspect des ouvertures et leur rythme. Le château de la Jouardays possède une chapelle castrale qui est aujourd’hui en ruine. Il y manque le pignon occidental et le toit. Il ne reste que deux portes latérales et des petites fenêtres sur les côtés de l’autel. Les nombreux arbres aux alentours et l’absence de la toiture ont participé au recouvrement du pavage en schiste, par une épaisseur d’humus. Cette chapelle à pans coupés date, elle aussi vraisemblablement, au moins du XVII ème siècle. Les registres paroissiaux des Fougerêts citent, par exemple en 1697, Julien Burban « chapelain et directeur de Messire Charles d’Yvignac », seigneur de la Jouardays. Ce prêtre de la paroisse exerçait dans la chapelle du château mais aussi dans une chapelle de l’église paroissiale qui fait face à celle de la Ville Caro. La chapelle castrale a servi de lieu de sépulture jusqu’au début du XIX ème siècle. Les travaux du chanoine Royer indiquent que dès le milieu du XV ème siècle, la famille de Maigné s’installe aux Fougerêts. Cela peut soutenir l’hypothèse émise précédemment quant à l’existence d’une demeure plus modeste qui serait à l’origine de la partie la plus ancienne du château. De la même manière que la seigneurie de la Ville Caro, celle de la Jouardays s’est transmise « (…) successivement des de Maigné aux Gascher du Rouvre, aux d’Yvignac. A la veille de la Révolution, elle appartenait à une famille étrangère à la paroisse, celle des Dupin de Montmée. » Après la période révolutionnaire, la Jouardais est occupée jusqu’en 1860 par Monsieur Vallée lequel vend sa demeure à la famille de Kersabiec.

Le dernier exemple de château sur le territoire des Fougerêts se situe à la Ville Chauve.

Villechauve.jpg

La Ville Chauve n’a jamais été, selon le chanoine Royer, une seigneurie mais le lieu de résidence de différentes familles seigneuriales. La véritable installation de seigneurs à la Ville Chauve date de la première moitié du XVII ème siècle. A partir de cette date, cette « maison de campagne » de la famille de Launay et de Huchet va évoluer et s’agrandir, illustrant les différences architecturales que j’ai relevées. Au milieu du XIX ème siècle, la Ville Chauve est transmise par héritage direct, des de la Houssaye aux de Freslon qui tiendront une place importante dans la vie de la commune, tout comme les propriétaires de la Jouardays. Ce château a été aussi un des monuments les plus utilisés dans la production de carte postale sur Les Fougerêts. La description des différents éléments de cette demeure n’est pas aisée puisque je ne l’ai observé que de loin. Je ne peux émettre que quelques hypothèses et me référer aux travaux du chanoine Royer. Il me paraît évident d’affirmer que la Ville Chauve présente plusieurs bâtiments qui ont été construits à des époques diverses. La partie la plus ancienne semble être celle qui est à gauche lorsqu’on l’observe depuis la route des Zéreux. Cette hypothèse, je pense, se confirme à partir de l’observation faite depuis Saint-Martin-sur-Oust. En effet, j’ai pu remarquer que cette aile ouest présentait des différences particulièrement dans l’agencement du schiste dans les murs de construction. La partie centrale et l’aile est sont de datation plus récente comme le prouve le rythme des ouvertures, ainsi que les matériaux des murs. Ce château de la Ville Chauve possède également une chapelle privée, à pans coupés comme à la Jouardays. Elle est en très bon état extérieur, récemment restaurée par le propriétaire « (…) sans l’aide de personne (…) ». Ce patrimoine est difficilement abordable pour l’ensemble de la population et pour les visiteurs. Il est également difficile à analyser. Cela s’explique par un accès souvent mal aisé ; la Jouardays et la Ville Chauve sont situés dans des zones boisées en dehors des grands axes de communications. Il n’y a pas de véritables informations concernant l’existence de ces demeures. Heureusement, un sentier de Grande Randonnée (G-R 347) passe à proximité, et il est alors possible de s’en approcher au grand regret des propriétaires. L’habitat aux Fougerêts est diversifié. Il est constitué de simples maisons rurales et paysannes mais aussi de manoirs et châteaux. Ce patrimoine souligne l’influence de la nature dans les matériaux de construction et dans la localisation. Cependant ces « belles pierres » montrent, je pense, ce qu’a été la société des Fougerêts au cours de l’Histoire. Ces maisons, les plus simples, sont souvent des illustrations d’une société ancienne et d’une organisation particulière.

Sommaire:[modifier]