Patrimoine et Identité/Un patrimoine ethnologique

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Un patrimoine ethnologique



S’attacher au patrimoine ethnologique, c’est analyser la culture et le mode de vie d’une société. Ce chapitre va chercher à exposer les différentes productions culturelles qui apparaissent le plus souvent lors des entretiens. J’ai choisi de ne pas m’attarder sur la danse, le chant et la musique puisque ces usages sont omniprésents. Je vais montrer que ce patrimoine ethnologique des Fougerêts s’organise autour de la religion mais aussi des différentes activités humaines.


Le Gallo.[modifier]

Le Gallo est l’appellation, ré-imposée par les folkloristes comme Paul Sébillot au XIX ème siècle, de ce que l’on appelle négligemment dans les campagnes « le patois ». Il s’agit d’une langue à part entière qui caractérise la Bretagne orientale depuis le Bas Moyen-Age. En effet, certains actes du duc Jean IV mentionnent la Bretagne « gallou » ou « gallo » en comparaison de la Bretagne de langue bretonne. Le Gallo qui possède un important fond de vocabulaire commun avec les dialectes d’oïl n’est, néanmoins, pas si éloigné du Breton.[1] Il est, en effet, possible d’observer quelques influences et similitudes entre ces langues. J’ai remarqué, par exemple, lors d’un entretien que les personnes interrogées évoquaient « l’agouvro » qui est un rite avant le mariage consistant à amener chez les futurs mariés un meuble, du linge ou « (…) parfois le lit (…)»[2]. En Basse-Bretagne, ce rite est appelé « argouvro », ce qui montre qu’il existe des similitudes entre le Gallo et le Breton. Le Gallo, considéré comme une sous langue jusque dans les années soixante-dix, devient de plus en plus l’élément linguistique caractéristique de Haute-Bretagne dans le chant et le conte. Aux Fougerêts, le Gallo est omniprésent à la fois dans les conversations, la toponymie et dans les chansons. La toponymie et la micro toponymie sont très fortement marquées par le Gallo. J’ai déjà évoqué les hameaux de la « Cré Fourchée » et de « Crébonne », prononciation gallèse de la Croix Fourchée et de la Croix Borne. Il existe aussi le champ de la Cré Rouge, emplacement actuel du cimetière près duquel s’élève une croix en bois de couleur rouge. Les prénoms illustrent également la présence du Gallo dans la vie quotidienne. Paul Sébillot dresse une liste, non exhaustive, de prénom à la prononciation gallèse . Aujourd’hui encore, les Fougerêtais les utilisent sans le savoir. Par exemple, «José» est utilisé pour Joseph, «Sand’e» pour Alexandre, « Jûlaud » et «Jûlotte» pour Julien et Julienne. La majorité des personnes que j’ai interrogée est largement francisée. Mais lorsque celles-ci se retrouvent entre elles, la conversation est fréquemment ponctuée de termes gallo. H1 dit « soyer » pour évoquer le fait de mourir, « Iena » pour parler de la commune voisine de Glénac et se remémore «les foués d’la Saint-Jean». F3 parle des taureaux qu’elle entendait « beuiller », c’est à dire beugler, toute la nuit et se souvient de « la véprée » quotidienne. Outre ces termes, les Fougerêtais utilisent généralement des pronoms et des formes verbales d’origine gallèse. J’ai pu remarquer certaines différences de prononciation entre les communes voisines. Aux Fougerêts, les habitants disent « j’allons » pour une action future individuelle ou collective, ou bien prononcent « meil » et « teil » pour le « moi » et le « tu » alors qu’à quelques kilomètres, c’est « mail » et « tail ». Le Gallo est aussi une prononciation qui peut varier d’un lieu à un autre pour des mots très simples comme « eau » dont il existe de nombreuses variantes (l’awe, l’iau…). Les concours de chant traditionnel, comme ceux du Groupement Culturel Breton des Pays de Vilaine ou bien de La Bouèze de Rennes, qui fleurissent depuis les années soixante-dix font la part belle au Gallo. Le plus souvent, la chanson gallèse ne se distingue que par une prononciation différente d’un terme français et par l’utilisation des formes verbales précédemment évoquées. Je peux citer le Chant de la Passion ou Pelot d’Hennebont : « J’allons chanter toute la nuit la Passion de Jésus Christ (…) » ou bien « (…) et bout’ lou main a lou chapiau quand ils veulent conter au Pelot (…) » . Le Gallo propose une richesse de vocabulaire indéniable. C’est autour de cette idée qu’il redevient à la mode chez les plus jeunes . Toutefois, je n’ai pas rencontré aux Fougerêts un tel engouement pour cette langue des anciens. Les habitants qui la pratiquent le plus couramment sont les plus âgés et ceux qui sont restés domiciliés dans la commune. La conversation n’est pas entièrement en Gallo mais de nombreux emplois y sont insérés comme les pronoms et certaines conjugaisons au passé antérieur (« j’m’en fut conter (…) »). Les Fougerêtais les plus jeunes utilisent beaucoup moins de termes et de formes verbales gallèses que leurs aînés. Cependant, ils les comprennent bien en général puisqu’ils en ont été largement imprégnés. Cette imprégnation s’est faite à travers le chant et par le contact avec les personnes âgées, généralement les parents et les grands-parents.

  1. Christian LERAY, « Gallo » in Dictionnaire du patrimoine breton, Rennes, Apogée, 2000, page 429.
  2. Entretien H1, F1 et F2.

Les fêtes et les croyances: les manifestations de la culture de la communauté.[modifier]

Aux vues des nombreux entretiens et observations que j’ai pu faire, les fêtes locales (pratiques collectives) et les croyances, ce que l’on appelle couramment « les traditions » sont un aspect majeur du patrimoine de la commune. Il s’agit de références fortes de la communauté locale à la fois pour les habitants des Fougerêts mais aussi pour les personnes extérieures. Ces manifestations, expressions d’une culture héritée, sont de divers ordres en ce sens qu’elles concernent la vie spirituelle, quotidienne et économique de la communauté.

La religion et les pratiques qui y sont liées.[modifier]

La religion constitue un important fond de pratiques et de manifestations collectives. A travers les diverses sources sur lesquelles je me suis appuyé, j’ai rassemblé plusieurs exemples de ces fêtes ou pratiques religieuses qui comptent ou qui ont compté, pour les Fougerêtais. Les traditions religieuses sont le plus souvent liées au calendrier religieux, c’est pourquoi je vais exposer ces pratiques suivant celui-ci.

La Passion du Christ.[modifier]

La première de ces pratiques religieuses qui possède une importance aux Fougerêts, c’est la Passion du Christ. Pour les habitants de la commune, c’est une pratique caractéristique de la culture religieuse locale. Souvent, les Fougerêtais sont orgueilleux d’être ou de se croire être les seuls à pratiquer encore aujourd’hui cette « tradition » dans le pays de Redon. La Passion se déroule quatorze jours avant Pâques, le samedi soir. Les participants se retrouvent à la tombée de la nuit dans le bourg. L’objectif de la Passion du Christ est de chanter une chanson relatant la trahison, le procès et la crucifixion du Christ dans chaque maison de la commune afin de récolter des œufs ou bien de l’argent . Cela permettra d’organiser le dimanche soir une omelette-frites, dans la salle du Foyer des Jeunes, soirée à laquelle les participants et les donateurs sont conviés. L’usage veut qu’à chaque maison qui ouvre ses portes, l’hôte offre un verre de l’eau, de vin ou de bocal (fruits macérés dans de l’eau-de-vie). La chanson de la Passion du Christ est composée de trois parties . Tout d’abord, une introduction de six strophes sert de préliminaire. Elle permet de se présenter : « (…) j’allons chanter toute la nuit la passion de Jésus-Christ (…) » Ensuite, les « chantoux d’la Passion » demandent s’il faut chanter la suite. Si la réponse est positive, trente-quatre strophes décrivent la Passion du Christ. Des intonations variées rendent ce chant difficile pour les novices. L’improvisation est totalement impossible. A la fin de ce couplet, l’hôte ouvre les portes de sa maison et offre ce qu’il souhaite. Les six dernières strophes sont les « remerciements », elles indiquent finalement les intentions des chanteurs et ce pourquoi ils sont venus : « (…) nous prierons le grand St Mathieu pour que vos poules pondent beaucoup d’œufs nous prierons le grand St Bernard pour protéger vos poules du r’nard. » Je n’ai pas pu déterminer avec exactitude depuis quand cette « quête chantée » existe aux Fougerêts. Je peux néanmoins affirmer qu’il s’agit d’une tradition qui date au moins du début du XX ème siècle puisque les personnes les plus âgées s’en souviennent et y ont participé. Les souvenirs des habitants de la commune sont, en effet, les seules et uniques sources que j’ai pu réunir sur la pratique. La Passion du Christ appartient au registre des « quêtes chantées » qui apparaissent au XVII ème siècle en Bretagne. La plus étudiée des « quêtes chantées » est l’Eginane . C’est une chanson qui a pour objectif de célébrer la nouvelle année tout en récoltant quelques offrandes. Cette tradition subsiste encore aujourd’hui en Basse-Bretagne. Une des particularités des « quêtes chantées » est la variété des versions. C’est le cas pour la Passion du Christ puisque dans certaines communes d’Ille-et-Vilaine comme Saint-Médard-sur-Ille et Saint-Gilles certaines personnes se remémorent l’introduction au chant mais celle-ci ne ressemble pas à la version Fougerêtaise. Comme toutes les « quêtes chantées », la Passion a pour but de christianiser davantage la population en la faisant participer à des activités collectives autour de la religion et de ses grandes dates, « (…) c’est une action un peu missionnaire (…) » souligne l’abbé Pierre Royer.

Je me suis questionné également sur les raisons pour lesquelles les « chantoux » récoltaient des œufs. Les Fougerêtais m’ont répondu naturellement que c’était pour les œufs de Pâques, mais cette réponse me paraissait insuffisante. Un des premiers folkloristes du XIX ème siècle, le chanoine Joseph Mahé, dans Essai sur les antiquités du département du Morbihan, évoque un certain usage des œufs dans les communes du Morbihan . Il en relate l’interdiction pendant le Carême, interdiction difficile a respecter lorsque la basse-cour continue à produire, « (…) le seul parti qui restât étoit de faire honneur de ses œufs en les distribuant avec générosité à ceux qui en avoient pas. (…) la coutume de faire ces présents d’œufs est tombée avec l’interdiction d’en user pendant la quarantaine excepté peut-être en des villages écartés ou les vieilles rubriques subsistent plus longtemps. » Cette tradition d’offrir des œufs aurait donc pour origine une générosité

envers les plus démunis. Ces pauvres parcouraient les campagnes et faisaient aumône sous couvert d’un chant sur la Passion. Cette hypothèse permet de mieux comprendre les prières qui sont évoquées pour protéger la basse-cour et les poules dans les « remerciements » du Chant de la Passion. La Passion est, comme je l’ai dit, la « tradition » à laquelle les Fougerêtais sont les plus attachés. Tout d’abord, j’ai pu remarquer que la majorité des habitants de la commune est fidèle à sa pratique. Les plus âgés ne vont plus chanter mais savent qu’ils risquent d’être réveillés pendant la nuit. F4, par exemple, en raison de son âge ne se lève plus mais dépose sur le bord de sa fenêtre un litre de vin blanc et une douzaine d’œufs. D’autres Fougerêtais soulignent qu’ils n’ont pas reçu la visite des « chantoux » et regrettent que les jeunes ne soient pas assez nombreux pour parcourir l’ensemble des hameaux de la commune. Cependant, parce qu’il n’y a pas eu d’interruption jusqu’à aujourd’hui, il existe une réelle fidélité à cette « tradition » de la part de toutes les générations. Enfin, l’attachement au Chant de la Passion du Christ se caractérise par un souci de perfection. Lors des entretiens, j’ai été impressionné par les nombreuses allusions à la qualité du chant et à la conduite des participants. Les Fougerêtais aiment que le Chant de la Passion soit parfaitement chanté donc bien connu, et que ce ne soit pas que des « soulards » davantage en quête d’alcool que d’œufs. F3 résume bien cette opinion lorsqu’elle avoue apprécier ce chant : « (…) quand c’est bien chanté c’est beau, mais quand c’est braillé (…) et puis ils n’en savent pas la moitié (…) ». Participer au Chant de la Passion est une fierté pour les Fougerêtais. J’ai également remarqué que la participation à cette soirée est relativement ouverte aux personnes étrangères à la commune. Certaines années, quelques Fougerêtais invitent des amis à participer. Généralement, ceux-ci apprécient la convivialité et l’ambiance de cette soirée et désirent recommencer l’année suivante .


La Fête-Dieu.[modifier]

Au cours de mes recherches, je suis parvenu à dégager une autre pratique religieuse qui tient une place importante dans les mémoires, et qui a ce titre appartient au patrimoine ethnologique de la commune des Fougerêts. Aujourd’hui, la Fête-Dieu n’est plus fêtée mais son caractère religieux, grandiose et collectif est une référence pour une grande partie de la communauté locale. Au cours de cette journée, la communauté paroissiale affirmait sa ferveur religieuse autour d’éléments symboliques, le Saint-Sacrement et les croix de chemin. La Fête-Dieu rassemblait la communauté autour d’un cérémonial bien réglé au cours duquel la mise en scène faisait la part belle aux paroissiens eux-même. Les souvenirs, que j’ai récoltés, évoquent souvent avec nostalgie la procession qui après la messe accompagnait le recteur et le Saint-Sacrement vers les croix du Bas du bourg, de la Cordonnais ou bien du cimetière. La Fête-Dieu permettait à chaque quartier du village d’honorer le Saint-Sacrement. Les paroissiens disposaient ainsi « (…) des sentiers de sciure colorée et de pétales de fleurs devant les reposoirs (…) » où le Saint-Sacrement était exposé à la vue de tous. Ce symbole religieux était porté « (…) sous le dais par quatre bonhommes (…) » pour qui cette tâche était une véritable fierté . Les quelques photographies en couleur que j’ai pu voir montre cette solennité du cortège. Les paroissiens participaient tous activement à cette journée dans sa préparation (la sciure et les pétales) et dans son déroulement (les porteurs du dais et les membres de la procession). C’est pour ces raisons que la Fête-Dieu demeure fortement présente dans les esprits des Fougerêtais qui y ont participés. Toutefois, ce n’est qu’une partie de la communauté qui se réfère à cette pratique religieuse. La Fête-Dieu n’existe plus depuis 1990, officiellement en raison des problèmes occasionnés par les restrictions de circulation. Mais il est possible de se demander si ce n’est pas en raison de la baisse de la fréquentation religieuse, qui laisserait entrevoir pour cette célébration un moindre engouement de la communauté paroissiale.


«Les foués d’la Saint-Jean.»[modifier]

Même si le syncrétisme de « la fête de la Saint-Jean » est évident, il m’a semblé naturel d’évoquer cette manifestation collective dans les traditions liées à la religion . Les « foués » n’existent plus aujourd’hui mais jusque dans les années soixante-dix, ils ont été l’expression collective d’un attachement au calendrier religieux chrétien. La Saint-Jean, célébrée le 23 juin est l’héritière des fêtes et des rites païens liés à la fertilité agricole au moment du solstice d’été . Les témoignages que j’ai récoltés avec F3, F4, H4 et F6, confirment cette idée puisque « les foués » étaient organisés par hameau et rassemblait une partie des habitants. Cette communauté micro-locale constituait l’ensemble de la main d’œuvre pour les travaux agricoles estivaux. Cette démonstration confirme l’importance du rapprochement entre le calendrier agricole et le calendrier religieux dans les sociétés rurales. J’ai donc choisi d’évoquer la fête de la Saint-Jean à la fois pour son rapport entre les activités agricoles et le calendaire religieux mais aussi par l’existence de pratiques spécifiques à la Saint-Jean. Ces pratiques sont de deux ordres. Il y a tout d’abord les feux ou les « foués » en Gallo, héritiers des bûchés païens autour desquelles les participants dansent toute une partie de la soirée. Les « foués » sont composés de nombreux fagots apportés et offerts par les habitants du hameau pour la communauté. Enfin, la pratique, que j’ai relevée et qui me semble très intéressante, est de « tirer les joncs ». Il n’y a pas de terme précis pour décrire cette pratique. Il s’agit de produire quelques notes de musique ou sons avec des joncs humides qu’une personne glissait entre ses mains, le tout au-dessus d’un bassin de cuivre. Le son qui s’échappait du bassin était « (…) très joli et on l’entendait de loin (…) » selon F4. J’ai relevé que cette pratique était encore, il y a une trentaine d‘année, assez courante dans les « foués d’la Saint-Jean », par exemple à Saint-Perreux. Cette pratique est désormais presque oubliée par ceux qui ont participés aux « foués » et totalement inconnue par une majorité de la population qui n’y a pas participé. En juin 1973, le Foyer des Jeunes organise la soirée ; mais il s’agit de la dernière mention relevée dans les bulletins paroissiaux des Fougerêts .

La culture religieuse de la communauté locale des Fougerêts s’est manifestée ou se manifeste toujours par des pratiques collectives. J’ai choisi d’évoquer seulement quelques-unes de celles-ci, les plus représentatives et celles qui ont marqué le plus les esprits. Toutefois, certaines des manifestations de la culture religieuse liées à un lieu de culte (Rochenais) ou à la célébration de l’appartenance à une communauté religieuse (Fête de la paroisse) n’ont pas été développées.

La vie quotidienne et les activités économiques : les autres espaces de production de pratiques locales.[modifier]

Le patrimoine ethnologique d’une commune, l’ensemble des pratiques qui se réfère à la culture locale et à son mode de vie, s’exprime aussi en dehors du cadre religieux. En effet, il existe d’autres espaces de socialisation dans lesquelles la communauté locale produit d’autres usages ou pratiques qualifiés de traditionnels. Ces productions sociales se construisent dans le cadre de la vie quotidienne et des diverses activités économiques.

Le mariage.[modifier]

Lors des divers entretiens, j’ai pu recueillir de nombreuses pratiques liées au mariage. Je ne vais pas retracer la cérémonie religieuse en elle-même ni la semaine entière consacrée aux noces mais je vais plutôt m’attarder aux différents usages. Toutefois, je tiens à préciser que ces « traditions » ne se rapportent qu’aux mariages célébrés le plus souvent avant le début des années soixante-dix.

Tout d’abord, les préparatifs du mariage sont précédés par le rite de l’agouvro et par le tissage d’une couverture. Pour Paul-Yves Sébillot dans Le Folklore de Bretagne, l’agouvro est le cérémonial de la dot . La famille de la future mariée apporte dans le nouveau logement, le plus souvent une armoire remplie de linge. Les habitants des Fougerêts se souviennent « (…) qu’il y avait des fois des lits (…) », et que ceux-ci pouvaient être construits par le père de la mariée . Le tissage de la couverture demeure également un moment fort avant la semaine des noces. Cette couverture était destinée au futur couple. La couverture est composée d’une toile de chanvre tendue sur laquelle « (…) sept à huit couturières (…) » s’activaient sous les conseils d’une dame d’expérience. Sur la toile de chanvre, les femmes traçaient à la craie « (…) des motifs quadrillés (…) » et cousaient ensuite avec des fils de différentes couleurs. La couverture était ensuite « (…) bourrées à l’intérieure de laine (…) » et offerte aux mariés. Les Fougerêtais ont conservé beaucoup de ces couvertures de mariage de leurs parents. J’ai la chance d’avoir pu récolter une photographie datant des années trente mettant en scène douze personnes devant une maison de la Vigne . Ce document, non daté avec certitude, illustre la fabrication de ces couvertures, mais en outre qu’il s’agissait aussi « (…) d’une véritable fête (…) » . En observant bien les détails de la photographie, j’ai dénombré au moins quatre bouteilles de cidre. Les noces qui ont lieu le mardi rassemblaient, selon les témoignages, plus d’une centaine de personnes. Ce sont les voisins, les amis, la famille proche et éloignée. Pour nourrir les invités, le boucher venait le lundi préparer les cochons et volailles, et le repas était servi dans une vaisselle que la famille avait récolté la veille. Les convives achetaient le plus souvent de la vaisselle pour le ménage au marchand ambulant présent le jour des noces. Quelques jeunes gens du hameau travaillaient à servir les tablées d’invités. De nombreux chants rythmaient les moments forts de cette journée : en allant chercher les mariés, sur le chemin de l’église, en arrivant à table, par les hommes ou les filles de « la classe » et enfin pour le lendemain. Ces chansons sont appelées « chansons à dizaine » ou « chanson de circonstances » selon les paroles et les raisons pour lesquelles elles sont chantées . Le lendemain des noces, les invités « (…) apportaient une bouteille de vin que l’on chauffait dans un grand chaudron, on le sucrait et on y rajoutait de l’eau-de-vie, cela faisait bien cent litres en tout (…) » . Cette recette s’appèle « la pannée » ; elle est citée par Paul-Yves Sébillot comme «  une collecte de vin chaud sucré, parfumé à la cannelle pour la nuit de Noces » dans le canton de La Gacilly . Il y a plus de trente ans, le mariage, moment fort de la vie quotidienne, était encore accompagné de nombreux usages. Toutefois, à l’heure actuelle, ces usages ne sont plus que souvenirs parce qu’ils ne sont plus pratiqués. Seuls les chants sont encore parfois connus et utilisés lors de mariage.

La Tuerie du Cochon et la fabrication du cidre.[modifier]

J’ai choisi d’évoquer dans ce chapitre la « Tuerie du Cochon » et la fabrication du cidre. Il s’agit d’usages «traditionnels » de l’ensemble de la communauté locale, pratiques liées à la vie quotidienne particulièrement aux besoins élémentaires que sont la nourriture et la boisson.

L’expression « Tuerie du Cochon » désigne une coutume consistant en l’abattage d’un porc par une ou plusieurs familles afin de préparer de la nourriture pour quelques mois. Les porcs étaient nourris et engraissés par les déchets de la vie quotidienne afin de pourvoir aux besoins de la famille. L’avantage de ces animaux est de fournir une multitude de pièces de viandes. Il est possible de dire qu’avec le cochon « rien ne se perd, tout se transforme » et tout se mange. La journée, pendant laquelle le cochon était tué, rassemblait toute la famille mais aussi les voisins. Après avoir égorgé le cochon, celui–ci était nettoyé à l’eau chaude, et fixé sur une échelle par deux crochets. Le cochon était entièrement dépecé. Les femmes fabriquaient les boudins à partir du sang et des tripes. Les hommes découpaient d’autres morceaux sur la bête comme les côtes, les bouésaudes, des grillons, etc. Ces pièces de viandes étaient entreposées avec du sel dans plusieurs charniers. Le gras du cochon était transformé en saindoux, graisse utilisée dans la préparation de nombreux plats. Les familles organisaient deux à trois « tueries de cochon » à l’année, mais cela pouvait varier en fonction de la richesse . Les moins aisées ne pouvaient s’offrir qu’une seule bête. F8 m’a également indiqué un usage assez particulier lié à la « Tuerie du Cochon ». Cette femme de quarante-cinq ans se souvient qu’elle amenait à chaque fois quelques morceaux de viande au recteur de la paroisse. Il semble que cela ne soit pas une action isolée puisque, selon cette femme, les autres enfants de l’école faisaient de même.

La fabrication du cidre est également une pratique liée aux besoins élémentaires de la vie quotidienne. J’ai pu, en effet, me rendre compte que la fabrication du cidre reste encore très présente dans les mémoires fougerêtaises. Des nombreux pommiers qui existent dans chaque exploitation familiale, les pommes récoltées servaient principalement à la fabrication du cidre. Le cidre n’est devenu la boisson quotidienne en Bretagne qu’au XVIII ème siècle et l’est resté jusqu’aux années cinquante et soixante. A l’automne, les pommes entreposées à l’air libre sont rassemblées pour être pressées. Le pressoir familial se compose d’une vis verticale et de deux plateaux rectangulaires horizontaux. Le plateau inférieur possède à l’un de ses côtés une goulotte qui permet de récupérer le jus qui s’écoule. Les participants déposent successivement une couche de pomme et une couche de foin. Arrivé à une certaine hauteur, des hommes serrent la vis pour presser les épaisseurs de pommes et de foin entre les deux plateaux. Le jus récolté est conservé dans des tonneaux de différentes contenances. Ensuite, les tonneaux sont entreposés dans la cave pendant plusieurs mois le temps de la fermentation avant que le cidre ne soit mis en bouteilles. La journée pendant laquelle le cidre est fabriqué est une journée de fête. Le repas du midi était l’occasion de servir à table de la morue pour les participants . La morue est bien connue pour stimuler la soif ce qui pouvait rendre les repas et le reste de la journée assez joyeux. Les plus jeunes rejoignaient les participants pour danser et chanter. F3 se souvient, par exemple, des rondes chantées et d’une chanson de circonstance : « (…) le père Julot a dix pommiers qui n’amènent jamais de pommes (…) ». Je pense pouvoir dire que la fabrication du cidre appartient au patrimoine de la commune des Fougerêts car il s’agit, pour les personnes que j’ai interrogées, d’une pratique qui reste fortement ancrée dans les mémoires. La plupart des familles ont possédé un pressoir. Aujourd’hui, les familles ne fabriquent plus de cidre par manque de temps mais surtout parce que le cidre n’est plus aussi primordial : l’eau et le vin sont devenus les boissons quotidiennes. Une majeure partie de la population conserve de nombreux souvenirs de la fabrication du cidre.


Le lin et le chanvre.[modifier]

Je vais, maintenant, évoquer le patrimoine ethnologique qui se rapporte à une activité agricole et économique à laquelle une partie de la population est particulièrement attachée. En effet, lors des entretiens j’ai relevé un intérêt particulier pour la culture du lin et du chanvre aux Fougerêts. Autour de la culture de ces plantes, la communauté locale a mis en place tout un ensemble de pratiques, de production et un vocabulaire particulier. Le lin et le chanvre sont des plantes fibreuses, c’est à dire qu’elles sont constituées pour certaines espèces de multiples fibres utilisées dans le textile. La culture du lin et du chanvre s’est développée en Bretagne au XVII ème siècle pour la production de toile et de cordage, et cette production a été une source de revenus considérable pour les producteurs. C’est, peut-être, dans ce même cadre que la culture de ces plantes s’est développée aux Fougerêts. Il semble d’après quelques documents qu’il s’agisse d’une activité importante. Par exemple, une carte postale de la commune des Fougerêts du début du siècle présente une photographie de la rivière d’Oust . Cette carte postale est intitulée « Le rouissage du chanvre aux Fougerêts ». Jusque dans les années soixante, les exploitants produisaient toujours du lin et du chanvre . Les productions, principalement, de toile et de cordes n’avaient pas le même objectif. Vraisemblablement tournées, à l’origine, vers l’exportation, les cultures locales se sont ralenties pour n’être plus finalement qu’une activité secondaire. Le lin et le chanvre sont semés au mois d’avril. Après avoir été récoltés entre juillet et août, ils sont mis « à roui » (rouir en français) dans l’Oust. Cette méthode consiste à immerger complètement les plantes pendant deux ou trois semaines dans la rivière dans des constructions en palis de schiste. Séchés au « (…) soleil doux (…) », le lin et le chanvre sont finalement broyés pour en retirer la filasse qui servira à confectionner différents produits . Le lin et le chanvre sont utilisés essentiellement dans la production textile, c’est à dire les vêtements de la vie quotidienne comme les pantalons et les chemises. En raison de la nature des matériaux employés, ces habits sont réputés pour leur solidité et non pour l’aspect esthétique. La production de cordage, à partir de ces plantes fibreuses, ne doit pas être minimisée puisque les Fougerêtais utilisaient de nombreuses cordes et ficelles dans les activités agricoles.

Les activités économiques et la vie quotidienne sont des espaces essentiels dans la production de pratiques locales. C’est pour cette raison que j’ai choisi de présenter celles qui apparaissaient le plus souvent dans les entretiens et qui me semblaient avoir une réelle importance pour dégager les aspects de la culture de la communauté locale. Cependant, il reste un autre aspect du patrimoine ethnologique des Fougerêts qui n’appartient pas à ces espaces culturels tels que la religion, la vie économique et quotidienne. Il s’agit, en effet, de croyances liées à une culture du surnaturel qui demeure encore aujourd’hui vivace.

Le surnaturel et ses diverses expressions.[modifier]

J’ai pu me rentre compte qu’aux Fougerêts, il existe de nombreux signes selon lesquels le surnaturel est un aspect culturel à part entière. Les croyances au surnaturel s’expriment de différentes manières. Je vais relater, tout d’abord, les nombreuses évocations des manifestations de sorcellerie que j’ai pu recueillir lors des entretiens ; ensuite je vais exposer certains phénomènes et certaines croyances, plus particulièrement les intersignes.

La sorcellerie.[modifier]

La sorcellerie est un ensemble de pratiques utilisées par un sorcier afin d’agir sur les êtres et sur les choses au moyen de charmes et de maléfices. Il existe aux Fougerêts de nombreuses insinuations de faits de sorcellerie particulièrement la magie noire . Toutefois, la principale difficulté que j’ai rencontrée est qu’il s’agisse d’un sujet tabou. Ces faits de sorcellerie concernent une famille en particulier et les personnes interrogées n’évoquent pas facilement ce thème. Par exemple, une femme révèle uniquement, à propos, des sorciers que «  (…) des jeteurs de sorts, c’est celui qui vous veut du mal (…) il y en a toujours et il y en a toujours eu (…) ». Cette femme ne s’attarde pas sur ce thème, même s’il m’a semblé qu’elle en savait davantage. Je vais donc essayer de relater le plus objectivement possible ce que j’ai recueilli, sans introduire de jugements sur la véracité des faits mais aussi sans localiser précisément les témoignages.


La première manifestation de sorcellerie demeure dans les évocations de livres. Ces livres possèdent la particularité de ne pas brûler lorsqu’ils sont jetés au feu. De nombreux témoignages aux Fougerêts relatent l’existence de tels ouvrages. Ces personnes n’apportent malheureusement pas d’informations sur le nom de ces œuvres . Aujourd’hui encore, certaines rumeurs courent sur l’existence de ces livres. Un témoignage d’un homme de vingt-trois ans relate la mort inexpliquée d’une femme âgée apparemment causée par une jeune femme qui aurait préalablement subtilisé un étrange livre. En second lieu, la magie noire se manifeste par les sortilèges. Je vais ici relater deux exemples qui veulent prouver l’existence de sorciers aux Fougerêts. Tout d’abord, un témoignage explique qu’ « un jour un charretier, passant sur la route vers Glénac, s’arrête pour prendre un homme à pied. Le charretier commence à questionner son passager sur sa réputation de sorcier. Celui-ci lui demande s’il croit à la sorcellerie, le conducteur répond avec assurance que non. « Très bien », dit le passager, « on va voir cela ». Celui-ci marmonne quelque chose et d’un seul coup les chevaux de traits s’allongent sur le flanc au beau milieu du chemin. « Alors, maintenant t’y crois ? », demande le passager, le charretier interloqué répond affirmativement et les chevaux se redressent d’un seul coup. Les deux hommes finissent le trajet sans parler et le conducteur s’en retourne chez lui avec la certitude que les sorciers existent bel et bien. » Cette histoire se serait déroulée, selon les personnes interrogées, il y a environ une quarantaine d’années. Ces mêmes personnes, pour soutenir leurs témoignages, affirment que ce charretier n’est pas un menteur et que son témoignage ne peut pas être mis en doute. La seconde illustration de l’existence de sorcier, réside dans un sort lancé contre du bétail et donc par-là même contre une famille. Cette histoire m’a été contée par divers témoignages et daterait de quarante ans tout au plus. Le sortilège a été jeté contre un champ si bien que les vaches ne produisent plus une goutte de lait, alors que celles du champ voisin continuent à produire et même davantage. Le jeteur de sort visait par son action la famille à qui appartenait le bétail. Lors de mes lectures, j’ai retrouvé un passage très intéressant du chanoine Joseph Mahé dans lequel celui-ci explique que «  (…) dans certaines communes du Morbihan, on croit qu’il existe des gens qui, (…) ont le pouvoir de dépouiller les herbes d’une prairie de leur suc nourricier et de le faire passer dans une autre ; de sorte que les vaches qui paissent dans le pré frappé de maléfice ne donnent ni crème ni beurre (…) » . Ces similitudes sont frappantes entre cet exemple de sortilège collecté sur le terrain et la citation du chanoine Joseph Mahé. La présence du chanoine Mahé aux Fougerêts au début du XIX ème siècle s’expliquerait-il cela? Quoi qu’il en soit, cela prouve en tout cas, que certaines croyances demeurent.

Les autres manifestations et croyances liées au surnaturel.[modifier]

En dehors de la sorcellerie, j’ai collecté auprès des Fougerêtais d’autres manifestations et croyances qui se réfèrent au surnaturel. Tout d’abord, il existe des légendes dans lesquelles apparaissent des fantômes ou revenants. Une légende est un récit qui introduit des faits le plus souvent merveilleux dans des réalités historiques. La plus connue, relate les apparitions nocturnes d’un certain Ville-es-Cart dans sa demeure des Boissières. F3 m’a raconté qu’une parente avait vu cet homme, un soir dans sa maison près de la cheminée, prendre un fusil posé près du foyer, la menacer et disparaître ensuite . A la même époque, une nuit, la famille de F3 entend du bruit dans le grenier. Le chef de famille réveille ses fils et ils montent tous vers ces bruits mais ne trouvent rien . Les quelques récits issus de la tradition orale que rapporte le chanoine Royer, évoquent également ces apparitions nocturnes de Ville-es-Cart, « (…) ce Jean Guillart de la Ville-Es-Carts en Caden -le fameux Ville-es-Cart dont nos anciens contaient à la veillée les exploits terrifiants (…) Mais son fantôme, on le sait, continua de hanter longtemps sa Maison des Boissières et de rôder aux alentours. » Ces apparitions s’appuient sur des réalités historiques. Jean Guillart de la Ville-es-Cart est inhumé le 10 février 1663 dans l’église des Fougerêts. La tradition orale rapporte que cet homme a érigé une croix dans un talus près des Boissières où il avait assassiné, dit-on, un ou deux sauniers . Cette croix est toujours visible mais délabrée ; cependant, peu de Fougerêtais connaissent son existence. Les apparitions et la réputation de Jean Guillart sont liées à son métier de meunier . Il existait effectivement près des Boissières, un ancien moulin, appelé « moulin des seigneurs de Rieux ». Enfin, la principale croyance affectée au surnaturel que j’ai collecté auprès des Fougerêtais concerne des présages de mort . Aux Fougerêts, ces annonces de mort ou intersignes sont tous du même type. Il s’agit de cierge se déplaçant, le plus souvent, de façon horizontale et sinueuse, vers une maison ou un hameau. Ces intersignes apparaissent à la nuit tombante, en pleine nuit ou bien, avant le lever du soleil. La direction des cierges, et ceux à qui ils apparaissent, annonce donc le décès d’une personne comme le souligne Paul Sébillot, « Avant la mort de la femme P.D…, d’Ercé, on vit pendant plusieurs nuits une chandelle qui se promenait sur la route. » Il n’y a néanmoins pas de constante quant à la date de la mort. Celle-ci peut être déjà connue ou bien intervenir dans un laps de temps plus ou moins long. Les témoignages sont très nombreux, certains récents, et peuvent varier d’une personne à l’autre. Cependant, tous soulignent les caractéristiques que j’ai dégagées. A travers différents exemples, je vais tenter de montrer ce que sont les intersignes aux Fougerêts et comment ils sont perçus par la population. Pour H1, F1 et F2, l’apparition de cierge est assez courante. Deux de ces trois personnes affirment avoir été les témoins de telles scènes, elles évoquent un cierge qui « (…) flotte en l’air (…) » mais il y a certaines variantes. Selon F1, le cierge qu’elle a vu «  (…) faisait des bonds (…) », son mari H1 affirme que celui qu’il a pu observer «  (…) faisait du bruit (…) » mais se déplaçait complètement à l’horizontal. Toutes ces apparitions ont annoncé le décès d’une personne dans le hameau vers lequel le cierge se dirigeait mais la mort n’est intervenue que plusieurs jours plus tard. F2 n’évoque pas d’apparitions d’intersignes, non pas parce qu’elle n’y croit pas mais, parce qu’elle a plus ou moins peur d’en parler, «  (…) Je n’aime pas ces choses là (…) », et reste en retrait de la conversation. H1 et F1 discutent sans crainte de ces apparitions plus ou moins mystérieuses, et semblent y croire véritablement malgré les sceptiques et les moqueurs. Par exemple, H1 se souvient du jour où il a pu observer le cierge, «  (…) le poil m’a piqué sur la tête (…) à cette époque, on disait que l’on était resté fanatique (…) ». L’entretien réalisé avec F3 m’a également apporté d’autres illustrations des manifestations des intersignes, « (…) autrefois, ils voyaient des cierges (…) mon père en a vu plusieurs (…) ça marchait en zigzaguant (…) ». Cette version confirme celle de F1. Cependant, F3 n’évoque aucune observation personnelle mais rapporte celles d’autres individus : «  J’ai un cousin, il était de bonne heure à faucher le foin, (…) deux gens sur trois ont vu une lumière, le troisième rien du tout (…) c’est lui qu’est mort (…), il n’avait pas vu son cierge (…) ». F3 ne semble pas croire aux intersignes même si elle a des doutes puisque certains décès se sont avérés. Ces exemples confirment les principales caractéristiques des intersignes à savoir l’annonce d’une mort, le style de déplacement et les heures d’apparition. Pour Anatole La Braz, « (…) les intersignes sont comme l’ombre, projetée en avant, de ce qui doit arriver. » Néanmoins, certaines personnes expliquent ces intersignes comme des blagues faites par des jeunes se déplaçant dans les marais ou sur la rivière avec des flambeaux . Une typologie du patrimoine permet d’aborder la communauté locale dans son environnement naturel et paysager, son habitat et dans sa culture. Il s’agit d’une démarche préliminaire nécessaire avant d’appréhender la vision fougerêtaise du patrimoine qui s’illustre dans les actions locales.


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