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Quentin Durward/Chapitre 37

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Traduction par Albert Montémont.
Ménard (Œuvres de Walter Scott, volume 19p. 474-489).


CHAPITRE XXXVII et dernier.

LA SORTIE.


Il regarda, et vit une foule innombrable sortir des portes de la ville.
Milton, Le Paradis reconquis.


Un profond silence régna bientôt dans la grande armée qui campait sous les murs de Liège. Pendant quelque temps les cris des soldats répétant leurs signaux et cherchant à rejoindre leurs nombreuses bannières, retentirent comme les aboiements de chiens égarés qui cherchent leurs maîtres ; mais enfin, accablés par les fatigues de cette journée, ils se réunirent en foule sous tous les abris qu’ils pouvaient rencontrer, et ceux qui n’en trouvèrent aucun s’étendaient de lassitude le long des murs, des haies, partout enfin où ils pouvaient être protégés contre le vent et la pluie, pour attendre le lever du soleil que plusieurs d’entre eux ne devaient jamais revoir. Le sommeil étendit ses ailes sur tous, excepté sur ceux qui, malgré le besoin et la fatigue, étaient de garde devant les maisons occupées par le roi et par le duc.

Les dangers et les espérances du lendemain, les projets même de gloire que beaucoup de jeunes nobles avaient formés en songeant au prix magnifique que l’on offrait à celui qui serait assez heureux pour venger le meurtre de l’évêque de Liège, s’évanouirent de leur esprit à mesure qu’ils cédèrent à la fatigue et au sommeil. Il n’en était pas ainsi de Quentin Durward. La certitude d’être le seul qui pût reconnaître de la Marck dans la mêlée, le souvenir de celle qui lui en avait fourni le moyen, et l’heureux augure qu’il tirait de la manière dont cette information lui était parvenue ; la pensée que le destin l’avait placé dans une crise périlleuse, il est vrai, mais dont la conséquence probable était de lui fournir l’occasion de remporter le plus beau triomphe, chassèrent loin de lui toute envie de dormir, et lui donnèrent une nouvelle force pour résister à la fatigue.

Placé, par ordre exprès du roi, au poste le plus avancé entre le camp français et la ville, qui s’étendait vers la droite du faubourg dont nous avons déjà parlé, il aurait voulu percer de ses yeux les épaisses murailles qui étaient devant lui, et forcer ses oreilles à saisir le moindre bruit qui pourrait annoncer quelque mouvement dans la ville assiégée. Mais les immenses horloges de Liège avaient sonné tour à tour trois heures après minuit, et tout continuait à être calme et silencieux comme le tombeau.

Enfin, à l’instant où il commençait à croire que la sortie projetée n’aurait lieu qu’au point du jour, et qu’il se disait avec joie qu’il pourrait, dans ce cas, reconnaître plus facilement la fâcheuse barre qui traverse les fleurs de lis dans les armoiries du bâtard d’Orléans, il crut entendre dans la ville un bruit semblable au bourdonnement d’abeilles en rumeur, lorsqu’elles se préparent à défendre leur ruche. Il prêta l’oreille : le bruit continuait, mais si sourd et si vague, qu’il pouvait être le murmure du vent qui agitait les branches des arbres d’un petit bois situé dans le voisinage, ou celui de quelque ruisseau gonflé par la pluie de la soirée précédente, et qui se jetait avec plus de rapidité que de coutume, dans les flots paisibles de la Meuse, dont il troublait le cours. Ces réflexions empêchèrent Quentin de donner l’alarme, car c’eût été une grande faute que de la donner inconsidérément. Mais bientôt le bruit devenant plus distinct et paraissant s’approcher de son poste et du faubourg à la droite duquel il était placé, il jugea qu’il était de son devoir de se retirer aussi silencieusement que possible, et d’aller prévenir son oncle, qui commandait un petit corps d’archers destiné à le soutenir. En un moment tous furent sur pied sans le moindre bruit, et bientôt lord Crawford était à leur tête : dépêchant un archer pour donner l’alarme au roi ainsi qu’aux troupes qui entouraient sa maison, il se retira avec son petit détachement à quelque distance derrière les feux que l’on avait allumés pour la nuit, afin que la lueur ne le trahît pas. Enfin le bruit de plus en plus fort qui semblait se rapprocher d’eux cessa tout à coup ; mais ils entendirent encore distinctement la marche pesante et plus éloignée d’une troupe nombreuse qui s’avançait vers le faubourg.

« Ces paresseux de Bourguignons sont endormis à leur poste, » dit Crawford à demi-voix ; « courez au faubourg, Cunningham, et réveillez ces bœufs stupides. — Et pour vous y rendre, faites un détour sur les derrières, dit Durward ; car, si j’ai jamais su reconnaître des hommes en marche, un corps de troupes considérable a passé entre nous et le faubourg. — Bien parlé, Quentin, bien parlé, mon brave camarade ! dit Crawford : tu es un soldat plus expérimenté que ton âge ne devrait le faire espérer. Ces gens-là ne font halte que pour donner aux autres le temps de les rejoindre : je voudrais savoir plus précisément où ils sont. — Je vais me glisser de ce côté, milord, afin de les reconnaître si je puis. — Va, mon enfant : tu as de bonnes oreilles, de bons yeux et de la bonne volonté ; mais ne t’expose pas trop, je ne voudrais pas te perdre pour trois placks[1]. »

Quentin, portant son arquebuse de manière à faire feu au premier besoin, s’avança sur un terrain qu’il avait observé avec soin au déclin du jour précédent, jusqu’à ce qu’il fût certain qu’un grand corps de troupes dont il s’était approché s’avançait entre le quartier du roi et le faubourg, précédé d’un détachement peu nombreux qui avait fait halte à si peu de distance du lieu où il se trouvait lui-même, qu’il entendit les soldats parler ensemble à voix basse comme s’ils se fussent consultés sur ce qu’ils devaient faire. Enfin deux ou trois enfants perdus de ce détachement, qui s’étaient avancés en éclaireurs, s’approchèrent de lui presqu’à la distance de deux piques. Voyant qu’il ne pouvait faire retraite sans être aperçu, Quentin cria : « Qui vive ? — Vive Li…Li…é…ge, c’est-à-dire, Vive la France ! » répondit un soldat, corrigeant aussitôt sa première réponse.

Quentin fit feu de son arquebuse, et un homme tomba en poussant un gémissement ; quant à lui, essuyant une décharge irrégulière et à toute volée, il retourna en toute hâte vers ses camarades. Ces coups de feu, qui partaient de tous les points de la colonne ennemie, montrèrent qu’elle était plus nombreuse qu’il ne l’avait d’abord supposé.

— « Admirablement, mon digne garçon ! dit Crawford ; et maintenant, mes braves, retirons-nous sur le quartier-général du roi : nous sommes trop peu de monde pour leur tenir tête en rase campagne. »

Ils se retirèrent dans la cour et dans le jardin de la maison où était logé le roi, et y trouvèrent tout préparé pour faire bonne défense. Louis lui-même s’apprêtait à monter à cheval.

— « Où allez-vous, Sire ? lui demanda Crawford. Vous êtes plus en sûreté ici, entouré de votre propre garde. — Non pas, répondit Louis ; il faut que je me rende sur-le-champ auprès du duc. Il importe qu’il soit persuadé de notre bonne foi dans ce moment même ; autrement nous aurions tout à la fois sur les bras et les Liégeois et les Bourguignons. »

À ces mots s’élançant en selle, il ordonna à Dunois de prendre le commandement des troupes françaises qui étaient placées hors de la maison, et à Crawford d’en défendre l’intérieur avec ses archers et ses autres gardes. Il fit avancer deux sakers[2] et autant de fauconneaux, pièces de campagne en usage à cette époque, qui avaient été laissés à environ un demi-mille en arrière, et recommanda que chacun tînt ferme à son poste, défendant en même temps que personne ne se portât en avant, quelque succès qu’on pût obtenir. Après avoir donné ces ordres, Louis piqua des deux, et courut vers le quartier-général du duc de Bourgogne.

Le délai qui permit de prendre ces dispositions fut dû à ce que Quentin, par un heureux hasard, avait tué le propriétaire même de cette maison, qui servait de guide à la colonne destinée à l’attaquer ; or, si cette attaque eût été faite par surprise, elle aurait probablement obtenu un plein succès.

Durward, par l’ordre du roi, le suivit chez le duc. Ils trouvèrent ce dernier dans un tel transport de colère, qu’il était presque hors d’état de remplir ses devoirs de général ; cependant le sang-froid n’avait jamais été plus nécessaire ; car indépendamment d’un combat furieux qui se livrait dans le faubourg, sur la gauche de l’armée, et dont le bruit peu éloigné parvenait jusqu’à eux ; outre l’attaque dirigée sur le quartier général du roi, placé au centre, et qui était chaudement repoussée, une troisième colonne de Liégeois, supérieure en nombre aux deux autres, sortie par une brèche plus éloignée, et s’avançant par de petits sentiers, des vignes et des chemins de traverse qui leur étaient bien connus, venait de tomber sur le flanc droit des Bourguignons : ces troupes, effrayées par leurs cris de : Vive la France ! Montjoie ! Saint-Denis ! mêlés à ceux de Liège ! Sanglier Rouge, et soupçonnant que les Français leurs confédérés les trahissaient, ne firent qu’une faible et imparfaite résistance, tandis que le duc écumant de rage, jurant, maudissant son seigneur suzerain et tout ce qui lui appartenait, criait qu’on tirât indistinctement sur tout ce qui était Français noirs ou blancs, faisant allusion aux écharpes blanches par lesquelles Louis avait voulu que ses soldats fussent distingués.

L’arrivée du roi, qui n’était suivi que d’une vingtaine d’archers, parmi lesquels figuraient Quentin et le Balafré, rétablit la confiance. D’Hymbercourt, Crèvecœur et d’autres généraux bourguignons dont les noms étaient alors l’orgueil de leur pays et la terreur de ses ennemis, se précipitèrent, pleins d’un noble dévouement, vers le lieu du combat ; et tandis que les uns se hâtaient de faire avancer les troupes les plus éloignées, auxquelles la terreur panique ne s’était pas encore fait sentir, les autres, se jetant au milieu de la mêlée, ranimaient l’instinct de la discipline. Le duc lui-même se mettant à la tête de ses soldats, combattit comme un simple homme d’armes. À cette vue, les Bourguignons reprirent peu à peu leurs rangs, et firent sur les assaillants un feu bien nourri. De son côté Louis se conduisait en capitaine plein de sang-froid, de calme et de sagacité, qui ne fuit ni ne cherche le danger ; il montra tant de prudence et une telle justesse d’esprit, que les chefs bourguignons eux-mêmes exécutaient comme à l’envi l’un de l’autre tous les ordres qu’il donnait.

Bientôt le combat devint une scène des plus horribles. Après une lutte acharnée à la gauche, le faubourg fut livré aux flammes, et cet immense, cet effroyable incendie n’empêchait pas qu’on s’en disputât encore les ruines. Au centre, les troupes françaises, quoique pressées par des forces immenses, faisaient un feu si continuel et si bien soutenu, que la lust-haus était entourée d’une couronne de lumière, semblable à l’auréole d’un martyr. Sur la gauche, le combat se soutenait avec des succès variés, suivant qu’il arrivait aux Liégeois de nouveaux renforts de la ville ou aux Bourguignons des corps de réserve… On se battit ainsi pendant trois mortelles heures, avec un acharnement toujours égal, jusqu’à ce qu’enfin les premiers rayons de l’aurore, tant désirés par les assiégeants, brillèrent à l’horizon. Alors les efforts de l’ennemi parurent se ralentir sur la droite et au centre, et l’on entendit plusieurs décharges d’artillerie qui parlaient de la lust-haus. — Bénie soit la sainte Vierge ! » s’écria le roi dès que cette détonation eut frappé ses oreilles ; « les sakers et les fauconneaux sont arrivés ; la lust-haus n’a plus rien à craindre. Puis, se tournant vers Quentin et le Balafré : « Allez, ajouta-il, allez dire à Dunois de se porter sur la droite, entre la lust-haus et la ville, mais aussi près que possible de celle-ci, avec tous nos hommes d’armes, en laissant toutefois pour défendre la maison les forces nécessaires, afin d’empêcher qu’il n’arrive plus aucun renfort à ces obstinés Liégeois. »

L’oncle et le neveu partirent au galop, et se rendirent auprès de Dunois et de Crawford, qui, impatients de prendre enfin l’offensive, obéirent avec joie. Sortant donc de la maison à la tête de deux cents gentilshommes français accompagnés de leurs écuyers et choisis parmi les plus intrépides, auxquels se joignirent une partie des archers de la garde écossaise, ils traversèrent le champ de bataille, foulant aux pieds les morts et les blessés, jusqu’à ce qu’enfin ils atteignirent le flanc du corps principal des Liégeois qui avait attaqué la droite des Bourguignons avec une furie extrême. La lumière du jour, qui devenait de plus en plus sensible, leur fit voir que l’ennemi faisait sortir de nouveaux renforts de la ville, soit pour continuer le combat de ce côté, soit pour soutenir les troupes qui étaient déjà engagées.

— « De par le ciel ! » dit le vieux Crawford à Dunois, si je n’étais certain que c’est toi qui es à cheval à mon côté, je dirais que je te vois au milieu de ces bourgeois et de ces bandits, les mettant en ordre et tenant son bâton de commandement à la main ; seulement si c’était toi, tu serais plus gros que de coutume. Es-tu bien sûr que ce chef armé ne soit pas ton wraith, ton homme double, comme disent ces Flamands ? — Mon wraith ! répondit Dunois ; je ne sais ce que vous voulez dire ; mais ce qu’il y a de sûr, c’est que je vois un pendard qui porte mes armoiries sur son bouclier, et je vais le punir de cette insolence. — Au nom de tous les saints ! monseigneur, s’écria Quentin, abandonnez-moi le soin d’en tirer vengeance. — À toi, jeune homme ! dit Dunois ; en vérité, cette demande est très-modeste ! Non, non ; ces sortes d’affaires ne peuvent se faite par substitution. » Et se tournant vers ceux qui l’entouraient : « Gentilshommes français, s’écria-t-il, formez vos rangs, abaissez vos lances ; marchons en avant ! Faisons pénétrer les rayons du soleil levant à travers les bataillons de ces pourceaux de Liège, de ces marcassins des Ardennes, qui se travestissent avec nos anciennes armoiries. »

Tous les chevaliers répondirent par de grands cris : « Dunois ! Dunois ! Vive le fils du hardi Bâtard ! Orléans, à la rescousse ! » et, entourant leur chef, ils chargèrent au grand galop. Ils ne rencontrèrent pas un ennemi timide. Le corps nombreux qu’ils chargeaient consistait entièrement en infanterie, à l’exception de quelques officiers à cheval. Le premier rang mit un genou en terre en appuyant le bout de leurs lances contre leurs pieds ; le second se courba légèrement ; et le troisième, présentant leurs lances par-dessus la tête de leurs compagnons, offraient à la charge rapide des hommes d’armes une résistance semblable à celle que le hérisson présente à son ennemi. Peu d’entre eux réussissent à se frayer un chemin à travers ce mur de fer ; mais Dunois fut de ce petit nombre. Donnant de l’éperon à son cheval, il fit faire à ce noble animal un bond de plus de douze pieds, et pénétra ainsi au milieu de cette phalange ; tout aussitôt il se précipita vers l’objet de son animosité. Mais quelle fut sa surprise en voyant encore Quentin près de lui et combattant au même rang ! La jeunesse, le courage excité par l’espoir, la ferme détermination de vaincre ou de mourir, avaient maintenu le jeune Écossais sur la même ligne que le plus illustre chevalier de ce temps, car telle était la réputation de Dunois en France et par toute l’Europe.

Leurs lances furent bientôt rompues ; mais les lansquenets ne purent résister aux coups de leurs longues et pesantes épées, tandis que les chevaux et les cavaliers, entièrement couverts de leur armure d’acier, sentaient à peine les coups qui leur étaient portés. Ils luttaient à l’envi l’un de l’autre, afin de pénétrer jusqu’au guerrier qui avait usurpé les armes de Dunois, et qui, entouré des siens, remplissait tous les devoirs d’un bon et vaillant capitaine, quand Dunois, en apercevant un autre dans la mêlée, qui portait sur sa tête une hure de sanglier garnie de ses défenses, dit à Quentin : « Tu es digne de venger l’insulte faite aux armoiries d’Orléans, et je t’en laisse le soin. Balafré, soutiens ton neveu ; mais que personne n’ose disputer à Dunois l’honneur de donner la chasse au véritable Sanglier. »

Ainsi qu’on peut bien s’en douter, Durward reçut cette mission avec joie, et chacun d’eux s’efforça de se frayer un chemin vers celui qu’il voulait combattre et vaincre, suivi et soutenu par ceux qui purent rester à ses côtés.

Mais, en ce moment, la colonne que de la Marck se proposait de secourir quand il s’était vu arrêter par Dunois dans sa course, avait perdu tous les avantages obtenus par elle pendant la nuit ; tandis que les Bourguignons, au contraire, avec le retour de l’aurore, avaient reconquis ceux qu’une discipline supérieure manque rarement d’obtenir. La grande masse des Liégeois, forcée de battre en retraite, se mit à fuir en désordre, et vint retomber sur les lignes de ceux qui étaient engagés avec les Français. Alors on ne vit plus qu’une mêlée confuse de combattants et de fuyards se dirigeant vers les murs de la ville, dans laquelle les Liégeois rentrèrent par la brèche immense et sans défense qui avait favorisé leur sortie.

Quentin fit des efforts au-dessus de l’humanité pour atteindre l’objet de sa poursuite, qu’il ne perdait pas de vue un seul instant, et qui, par ses cris et par son exemple, s’efforçait de renouveler le combat à la tête d’une troupe choisie de lansquenets. Le Balafré et quelques-uns de ses camarades, toujours aux côtés de Quentin, s’émerveillaient de la valeur extraordinaire que déployait un si jeune soldat. Sur la brèche, de la Marck, car c’était lui-même, réussit à rallier un moment sa troupe et à repousser ceux des assaillants qui les serraient de plus près. Il tenait en main une massue de fer devant laquelle tout semblait tomber, et il était tellement couvert de sang que l’on ne pouvait plus distinguer sur son bouclier les armoiries dont la vue avait si fortement irrité Dunois.

Quentin trouva alors peu de difficulté à l’aborder, car la position avantageuse qu’il occupait, et l’usage qu’il faisait de sa terrible massue, engageaient le plus grand nombre des assaillants à chercher un point d’attaque moins dangereux que celui où se tenait un défenseur si terrible. Mais Quentin, qui connaissait toute l’importance de la victoire qui serait remportée sur un si formidable antagoniste, se précipita à bas de son cheval au pied de la brèche, et abandonnant ce noble animal, présent que lui avait fait le duc d’Orléans, s’élança au milieu de cette nouvelle mêlée et gravit les décombres, afin d’aller mesurer ses armes avec celles du Sanglier des Ardennes. Ce dernier, comme s’il eût deviné l’intention du jeune Écossais, se tourna vers lui, la massue haute, et ils étaient sur le point d’en venir aux mains, quand des cris tumultueux de triomphe, auxquels se mêlaient ceux de la frayeur et du désespoir, annoncèrent que les assiégeants étaient entrés dans la ville par un autre côté, et qu’ils menaçaient de prendre à revers les défenseurs de la brèche. À ces cris d’alarme, de la Marck abandonna sa position, et rassemblant autour de lui, à l’aide du cor et de la voix, ceux qui voulaient partager son destin désespéré, il s’efforça d’effectuer sa retraite vers une partie de la ville d’où il pourrait gagner l’autre côté de la Meuse. Les soldats qui le suivirent formaient un corps considérable et bien discipliné ; et ces hommes farouches, n’ayant jamais accordé quartier à leurs ennemis vaincus, n’étaient nullement disposés à le demander. Dans ce moment de désespoir, ils se retiraient dans le meilleur ordre : occupant toute la largeur de la rue, de temps à autre ils faisaient face à l’ennemi, et parvenaient quelquefois à l’arrêter ; car plusieurs de ceux qui les poursuivaient commençaient déjà à chercher une occupation moins dangereuse en brisant les portes des maisons afin de les mettre au pillage. Il est donc probable que de la Marck, caché par son déguisement à tous ceux qui se promettaient des honneurs et de la gloire en faisant tomber sa tête, aurait pu s’échapper s’il n’eût été poursuivi par Quentin, son oncle le Balafré, et quelques-uns de leurs camarades. Chaque fois que les lansquenets s’arrêtaient, un combat furieux s’engageait entre eux et les archers, et chaque fois Quentin cherchait à joindre de la Marck ; mais celui-ci, qui n’avait d’autre but que d’effectuer sa retraite, semblait vouloir éviter un combat singulier. La confusion était générale : les cris des femmes, les horribles clameurs des habitants exposés à toute la licence d’une soldatesque effrénée, formaient un tumulte non moins épouvantable que celui du combat : on aurait dit que la voix de la douleur et du désespoir luttait avec celle de la violence et de la fureur, qui se faisait encore entendre avec force, quoiqu’elle s’éloignât de plus en plus.

À l’instant même où de la Marck, faisant sa retraite de cette scène d’horreur, venait de passer devant la porte d’une petite chapelle pour laquelle les habitants de Liège avaient une vénération toute particulière, les cris de « France ! France ! Bourgogne ! Bourgogne ! » lui apprirent qu’une partie des assiégeants arrivait par l’autre extrémité de la rue, qui était fort étroite, et que par conséquent la retraite lui devenait impossible.

« Conrad, dit-il à son lieutenant, prenez avec vous tous ces braves gens, chargez vigoureusement les coquins qui s’apprêtent à nous tomber sur les bras, et tâchez de vous frayer passage à travers leurs rangs. Quant à moi, tout est dit : j’ai toujours combattu en brave, maintenant le Sanglier est aux abois ; cependant je veux encore dépêcher aux enfers quelques-uns de ces vagabonds d’Écossais, afin qu’ils aillent y annoncer mon arrivée. »

Conrad obéit, et, à la tête du petit nombre de soldats qui lui restaient, se précipita vers l’extrémité de la rue, dans le dessein de charger les Bourguignons et de se frayer un passage au milieu d’eux. Cinq ou six des plus braves et des plus dévoués, déterminés à périr avec leur chef, restèrent auprès de de la Marck, et firent face aux archers, qui n’étaient guère plus nombreux, « Sanglier ! Sanglier ! » s’écria celui-ci en agitant sa massue. « Holà ! très-nobles Écossais, qui de vous veut gagner une couronne de comte ? qui veut emporter la tête du Sanglier ? Vous semblez ambitionner cette faveur, jeune homme ; mais il faut gagner le prix ayant de mettre la main dessus. »

Quentin n’entendit ces paroles qu’imparfaitement, parce qu’elles furent étouffées par la visière du casque de de la Marck ; mais le mouvement qui les suivit bientôt ne put lui laisser aucun doute ; car, à peine avait-il eu le temps de crier à son oncle et à ses camarades de se tenir en arrière s’ils étaient de vrais gentilshommes, que de la Marck s’élança sur lui avec le bond d’un tigre, faisant tournoyer sa massue de manière que, retombant au moment même où ses pieds toucheraient la terre, le coup dont il menaçait son antagoniste fût assené avec toute sa force. Mais Durward, qui avait le pied aussi léger que l’œil vif, fit un saut de côté, et esquiva une atteinte qui menaçait de lui être si funeste.

Ils s’abordèrent alors, comme le loup et le chien du berger, leurs compagnons restant de chaque côté spectateurs oisifs du combat ; car le Balafré, saisi d’admiration devant un si beau spectacle, criait de toutes ses forces : « Laissez-les faire ! laissez-les faire ! Mon neveu en viendra bien à bout, car, par ma foi ! il a toute la valeur de Wallace[3] ! »

Sa confiance ne fut pas trompée : quoique les coups du brigand réduit au désespoir tombassent sur le jeune Écossais comme ceux du marteau sur l’enclume, la vivacité des mouvements de celui-ci, son adresse à manier l’épée, lui fournissaient le moyen de les éviter tout en les rendant avec la pointe de son arme, plus sûre quoique moins bruyante ; et il en joua si bien et avec tant de succès, que les forces de son adversaire s’épuisèrent avec son sang qui bientôt couvrit la terre. Cependant, soutenu par le courage et la colère, de la Marck combattait toujours avec la même énergie, et la victoire de Quentin paraissait encore douteuse et éloignée, lorsqu’une voix de femme se fit entendre derrière lui en l’appelant par son nom et en criant : « Au secours ! au secours ! pour l’amour de la sainte Vierge ! »

Durward tourna la tête, et un simple coup d’œil lui fit reconnaître Gertrude Pavillon : son manteau lui avait été arraché de dessus les épaules, et elle était entraînée par un soldat français. Entré avec plusieurs autres dans la chapelle où, remplies d’effroi, s’étaient réfugiées quelques femmes, ce soldat s’était emparé de Gertrude, comme ses compagnons des autres femmes, et chacun d’eux les emmenait pour les sacrifier à sa brutalité.

« Attends-moi un instant, » cria Quentin à de la Marck ; et il courut vers sa bienfaitrice, afin de la tirer d’une situation dont il voyait tout le danger. — « Je n’attends le bon plaisir de personne, » répondit de la Marck en agitant sa massue ; et il se mit à battre en retraite, très-satisfait sans doute d’être débarrassé d’un si formidable adversaire. — « Vous attendrez pourtant le mien, ne vous en déplaise, répliqua le Balafré ; je ne souffrirai pas que mon neveu reste en si beau chemin. » Et, à ces mots, il se précipita sur de la Marck, avec son épée à double tranchant.

Cependant Quentin éprouva pour délivrer Gertrude plus de résistance qu’il n’en attendait. Celui qui l’avait choisie, soutenu par ses camarades, refusait de lâcher sa proie ; notre jeune Écossais fut donc obligé d’appeler à son aide deux ou trois de ses compatriotes, et dans ce court espace de temps la fortune lui ravit la chance heureuse qu’elle lui avait présentée. En effet, lorsqu’il fut parvenu à dégager sa protectrice, la rue était déserte, et il s’y trouva seul avec elle. Oubliant alors quelle serait la situation de sa compagne si elle était sans défense, il se disposait à se mettre à la poursuite du Sanglier des Ardennes, comme le lévrier suit le daim à la piste, quand cette infortunée, dans son désespoir, s’attachant à ses vêtements, s’écria : « Par l’honneur de votre mère, ne me laissez pas ici ! Si vous êtes un véritable gentilhomme, reconduisez-moi à la maison de mon père, qui vous a servi d’asile ainsi qu’à la comtesse Isabelle ! Pour l’amour de cette jeune dame, ne m’abandonnez pas ! »

Cette prière, prononcée avec le désespoir de l’agonie, était irrésistible. Disant adieu, avec une amertume de cœur inexprimable, aux brillantes espérances qu’il avait nourries dans ce jour de carnage, et qui semblaient s’évanouir au moment même où elles allaient se réaliser, Quentin, semblable à un esprit qui obéit à un talisman dont l’influence le pousse malgré lui, reconduisit Gertrude jusqu’à la maison de son père, où il arriva à temps pour la protéger, ainsi que le syndic Pavillon lui-même, contre la fureur d’une soldatesque effrénée.

Cependant le roi et le duc de Bourgogne entraient à cheval dans la ville par une des brèches. Tous deux étaient armés de pied en cap ; Charles, couvert de sang depuis son panache jusqu’à ses éperons, poussa son coursier avec fureur à travers cette brèche, tandis que Louis la franchissait du pas mesuré d’un pontife qui marche à la tête d’une procession. Après avoir envoyé des ordres pour arrêter le sac de la ville qui venait de commencer, et pour rassembler leurs troupes dispersées, ils se rendirent dans la cathédrale, tant pour protéger un grand nombre d’habitants de distinction à qui elle avait servi d’asile, que pour y tenir une sorte de conseil de guerre, après toutefois y avoir entendu une grand’messe.

Occupé, comme l’étaient les autres officiers de son rang, à réunir les soldats placés sous ses ordres, lord Crawford, au détour d’une des rues qui conduit à la Meuse, rencontra le Balafré qui se dirigeait vers la rivière avec un air et une démarche remplis de gravité, portant à la main, avec autant d’indifférence qu’un chasseur porte une gibecière, une tête d’homme qu’il avait saisie par sa chevelure ensanglantée. — Hé bien ! Ludovic, lui dit son commandant, que voulez-vous donc faire de cette charogne ? — C’est le reste d’une besogne que mon neveu avait assez bien commencée, et à laquelle je viens de mettre la dernière main, répondit le Balafré : un brave garçon que j’ai dépêché là-bas, et qui m’a prié de jeter sa tête dans la Meuse. On voit des gens qui ont de singulières idées quand la vieille au petit dos les agrippe, cette vieille qui, bon gré mal gré, nous force à danser chacun à notre tour. — Et vous allez jeter cette tête dans la Meuse ? » dit Crawford en considérant avec plus d’attention cet effroyable emblème de la mort. — Oui, certes, répondit Ludovic ; car celui qui refuse à un mourant sa dernière demande s’expose à être tourmenté par son esprit : et j’aime à dormir tranquillement la nuit. — Il faut que vous vous exposiez à voir l’esprit, dit Crawford ; car, sur mon âme, cette tête a plus de prix que vous ne vous l’imaginez ; venez avec moi… Pas de réplique, suivez-moi. — Volontiers, mon commandant ; aussi bien, je ne lui ai fait aucune promesse, car, en vérité, je lui avais, je crois, coupé la tête avant que sa langue eût fini de me faire cette demande. Après tout, il ne m’a pas fait peur pendant sa vie, et, de par saint Martin de Tours ! il ne me fera pas peur après sa mort. D’ailleurs, si j’en ai besoin, mon compère Boniface, le petit moine de Saint-Martin, me donnera une fiole d’eau bénite. »

Lorsqu’une messe solennelle eut été célébrée dans la cathédrale de Liège, et que la ville, revenant peu à peu de sa terreur, eut vu l’ordre se rétablir dans son sein, Louis et Charles, entourés de leurs pairs, se disposèrent à écouter les réclamations diverses de ceux qui s’étaient distingués durant l’action. Ceux qui croyaient avoir acquis des droits sur le comté de Croye et sur la main de la jeune Isabelle furent appelés les premiers ; mais grand fut le désappointement de chacun d’eux, lorsque après avoir présenté tour à tour les trophées de leur victoire particulière, ils virent leurs prétentions réciproques enveloppées d’un voile de doute et de mystère. Crèvecœur produisit une peau de sanglier semblable à celle que de la Marck portait habituellement ; Dunois présenta un bouclier percé de coups et qui portait les armoiries du Sanglier des Ardennes ; beaucoup d’autres enfin s’attribuaient la gloire d’avoir immolé le meurtrier de l’évêque, s’appuyant tous de preuves semblables : tant la riche récompense promise à celui qui apporterait la tête de de la Marck avait armé de bras contre ceux de ses fidèles soldats qui avaient pris son costume et ses armes !

Des disputes et des contestations s’élevaient parmi les compétiteurs, et Charles se repentait intérieurement d’avoir, par une promesse inconsidérée, disposé au hasard de la main et de la fortune de sa belle vassale ; déjà il méditait sur le moyen d’éluder ce conflit de réclamations, quand Crawford, se faisant jour à travers le cercle, arriva en traînant après lui le Balafré, qui s’avançait de l’air embarrassé et honteux d’un mâtin que son maître tire par la laisse. « Enlevez tous ces cuirs, tous ces morceaux de fer peints, s’écria le vieux lord écossais : celui-là seul a tué le sanglier, qui peut en montrer les défenses.»

À ces mots, il jeta à terre la tête sanglante de de la Marck ; très-reconnaissable à la singulière conformation de ses mâchoires et à leur ressemblance avec celles du monstre dont il portait le nom ; et aucun de ceux qui l’avaient vu ne put faire autrement que de le reconnaître.

« Crawford, » dit Louis, tandis que Charles gardait le silence d’un air triste et rêveur, « je parierais que c’est à un de mes fidèles Écossais que nous devons ce trophée. — Oui, Sire, c’est à Ludovic Lesly, que nous nommons le Balafré, répondit le vieux commandant. — Mais est-il noble ? dit le duc ; de quel sang sort-il ? c’est une condition sans laquelle notre promesse est nulle. — Lesly, j’en dois convenir, est une pièce de bois assez mal taillée, » dit Crawford en jetant un coup d’œil du haut en bas sur l’archer, dont la physionomie et la pose droite et roide révélaient en lui une grande timidité et un extrême embarras ; « mais je puis vous assurer que ce garçon est un rameau de la souche des Rothes, maison non moins noble que celle de France ou de Bourgogne, depuis le jour où l’on a dit de son fondateur :

Entre Les-lee et le pré jaunissant
Il abattit le preux et le laissa gisant[4].

— Il n’y a donc pas moyen de s’en défendre ! dit le duc ; il faut donc que la plus belle et la plus riche héritière de toute la Bourgogne devienne l’épouse d’un soldat mercenaire, d’un soldat grossier, tel que l’est cet homme, ou qu’elle finisse ses jours dans un couvent ?… elle, la fille unique de notre fidèle Reinold de Croye ! Ah ! j’ai agi avec trop de légèreté ! »

Pendant qu’il parlait ainsi, un sombre nuage s’étendit sur le front du duc, à la grande surprise de ses pairs, qui rarement le voyaient donner la plus légère marque de regret lorsqu’une fois il avait pris une résolution.

« Un instant, dit lord Crawford ; le mal est moins grand que ne le pense Votre Grâce[5]. Veuillez seulement écouter ce que ce cavalier a à vous dire… Allons ! parle donc, ou que la peste t’étouffe ! » ajouta-t-il en s’adressant au Balafré.

Mais le vieux soldat, quoiqu’il n’hésitât jamais à s’exprimer assez intelligiblement devant le roi Louis, à la familiarité duquel il était habitué, se trouva en défaut en présence d’une assemblée si nombreuse et si imposante. Tournant une épaule du côté des deux princes, et préludant par un éclat de rire discordant, et par deux ou trois contorsions convulsives, il ne put prononcer que ces mots : « Saunders Souplesaw… » puis il s’arrêta tout court.

« Avec la permission de Votre Majesté et de Votre Grâce, reprit Crawford, je parlerai pour mon concitoyen et vieux camarade : je vous dirai donc qu’un voyant lui a prédit dans son pays que la fortune de sa maison se ferait par un mariage ; mais comme, de même que moi, son temps est passé, et qu’il préfère la taverne au boudoir d’une jolie femme ; en un mot, comme il a certains goûts et certaines habitudes de caserne qui font que l’opulence et la grandeur lui seraient plutôt un embarras qu’un plaisir, il suit l’avis que je lui ai donné, et il cède les prétentions que lui a dévolues le destin en lui livrant la tête de Guillaume de la Marck, à celui par lequel le farouche Sanglier des Ardennes a été mis aux abois, c’est-à-dire, à son neveu, au fils de sa sœur. — Je garantis les bons services et la prudence de ce jeune homme, » dit le roi enchanté de voir que le destin avait gratifié d’un prix inestimable un jeune homme sur lequel il avait quelque influence ; « sans sa vigilance et sa sagacité, c’en était fait de nous. C’est lui qui est venu nous prévenir de la sortie nocturne projetée par l’ennemi. — En ce cas, répondit Charles, je dois lui faire réparation pour avoir eu quelque doute sur sa véracité. — Et je puis attester sa bravoure comme homme d’armes, dit Dunois. — Mais, interrompit Crèvecœur, quoique l’oncle soit un gentillâtre écossais, cela ne prouve pas que le neveu soit de sang noble. — Il est de la maison de Durward, répondit Crawford, et descend de cet Allan Durward qui fut grand intendant d’Écosse. — Oh ! oh ! si c’est le jeune Durward, répartit Crèvecœur, je n’ai plus rien à objecter : la fortune se prononce trop manifestement en sa faveur pour que je me permette de lutter contre cette divinité non moins fantasque et non moins bizarre que son sexe. — Nous avons encore à nous assurer, » dit Charles d’un air rêveur, « si les sentiments de la belle comtesse seront favorables à cet heureux aventurier. — Par la sainte messe ! s’écria Crèvecœur, j’ai plus de raisons qu’il n’en faut pour croire que Votre Altesse la trouvera beaucoup plus docile à votre autorité qu’elle ne l’a jamais été… Mais pourquoi l’avancement de ce jeune homme me mettrait-il de mauvaise humeur ? Après tout, c’est à l’esprit, au courage et à la fermeté, qu’il doit la beauté, la richesse et le rang. »



  1. Monnaie de cuivre écossaise. a. m.
  2. Ce mot allemand signifie proprement ravageur. a. m.
  3. Un des plus illustres champions de la nationalité écossaises. Voyez l’Histoire d’Écosse, par sir Walter Scott. a. m.
  4. Between the Lees-lee and the mair
    He slew the knight, and left him there
    .
    a. m.
  5. Nous laissons quelquefois le titre de Grâce, au lieu de celui d’Altesse, qui lui répond dans notre langue, surtout lorsque c’est un Anglais qui parle. a. m.