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Rig Véda ou Livre des hymnes/Section 1/Lecture 3

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Traduction par Alexandre Langlois.
Bibliothèque Internationale Universelle (p. 61-70).

LECTURE TROISIÈME

HYMNE I.

À Indra, par Hiranyastoûpa.

(Mètre : Trichtoubh.)

1. Venez, allons vers Indra, (qui nous enverra) les vaches (célestes) que nous désirons ; il peut faire le bonheur des hommes sagement pieux. (Dieu) invulnérable, il nous fait goûter tous les plaisirs de l’abondance que procurent ces vaches (merveilleuses).

2. De même que l’épervier vole vers son nid, moi je me rends vers ce maître généreux et invincible, et j’honore par mes justes louanges cet Indra digne de tous les hommages de ses serviteurs.

3. Entouré de son armée[1] il a pris son carquois et ses flèches. Il est pour nous le père de famille[2] qui conduit ses vaches là où il veut. Indra, toi qui donnes la richesse, montre-toi généreux ; ne sois pas pour nous un marchand.

4. Et voilà pourquoi tu as frappé de ton arme (Vritra), le brigand[3] chargé de butin ; Indra, seul tu l’as attaqué, les Marouts étant près de toi. Sous les flèches de ton arc, les Sanacas[4] ont trouvé la mort de mille manières ; ils ont péri, ces êtres qui ne connaissent pas les sacrifices.

5. Ces impies, qui osaient lutter contre des (dieux) amis des sacrifices, tournèrent honteusement la tête, ô Indra, quand du haut des airs, à la face du ciel et de la terre, monté sur ton char, ferme, terrible, tu soufflas sur ces misérables.

6. Ils avaient attaqué l’armée du grand Indra ; les religieux[5] Angiras priaient en détresse. Tels que de vils eunuques qui voudraient combattre contre un héros, vaincus et troublés, (nos ennemis) furent précipités, et s’enfuirent devant Indra.

7. Et toi, Indra, sur les frontières de ton brillant empire tu combattais ces ennemis, qui, après avoir ri, pleuraient leur folie. Du haut du ciel, tes feux venaient consumer le brigand. Tu protégeais celui qui t’offre des hymnes et des libations.

8. Brillants d’or et de pierreries, nos cruels adversaires couvraient la terre, et s’enorgueillissaient de leurs forces. Ils n’ont pu surpasser Indra, qui les a vus s’évanouir à l’éclat du soleil.

9. Indra, tu embrasses également par ta grandeur et la terre et le ciel. (Excité) contre ces mécréants par nos chants respectueux, Indra, tu as soufflé sur le brigand.

10. Le puissant Indra a touché de sa foudre ces (nuages) qui du ciel n’arrivaient pas à la surface de la terre, et qui de leurs voiles magiques semblaient envelopper (le brigand) riche de ces dépouilles. De son trait lumineux, il a fait jaillir le lait des vaches (célestes).

11. Les ondes enlevées à Vritra coulaient au gré de nos souhaits. Cependant (l’impie) reprenait ses forces au sein des rivières. Indra, poursuivant son dessein, a d’un trait vigoureux, durant plusieurs jours, détruit son espoir.

12. Il a brisé la porte de cette caverne, où (Vritra) tenait les eaux enfermées avec lui. Indra a déchiré Souchna[6] aux cornes (menaçantes). Telle fut, ô Maghavan, ta rapidité, telle fut ta vigueur, quand de ta foudre tu frappas ton ennemi avide de combattre !

13. Le trait du dieu tomba sur ces (faibles) adversaires ; fort et acéré, il brisa leurs villes (aériennes)[7]. La foudre atteignit Vritra, et Indra, à la vue de son rival terrassé, livra son âme à la joie.

14. Tu as sauvé Coutsa[8], ton favori. Tu as sauvé dans les combats le vaillant Dasadyou[9]. La poussière soulevée par le pied de tes coursiers s’élevait jusqu’au ciel, (au moment où) le fils de Switrâ se dressait pour lutter contre des héros.

15. Tu l’as sauvé ce vaillant fils de Switrâ, ô Maghavan, lorsque, fort de ta protection, il marchait sur les eaux pour regagner la terre. Daigne aussi faire retomber la douleur et la honte sur nos ennemis, qui depuis longtemps veillent ici pour nous surprendre !


HYMNE II.

Aux Aswins, par Hiranyastoûpa.

(Mètre : Trichtoubh.)

1. (Dieux) intelligents, venez aujourd’hui trois fois[10] vers nous. Merveilleuse est votre course, ô Aswins ! (merveilleux sont) vos bienfaits. Vous êtes liés dans votre carrière comme le jour et la nuit. Les sages vous arrêtent pour vous rendre hommage.

2. Trois roues soutiennent votre char chargé de doux aliments, quand vous venez près de la bien-aimée de Soma[11]. C’est là un mystère connu de tous. Sur ce char s’élèvent trois poteaux d’appui. Âswins, vous venez trois fois la nuit et trois fois le jour.

3. Dans la même journée, trois fois vous daignez couvrir nos fautes du voile (de l’indulgence) ; trois fois aujourd’hui versez une douce rosée sur notre sacrifice ; trois fois, ô Aswins, le soir, (à midi) et le matin, recevez nos offrandes, et faites-les fructifier pour nous.

4. Trois fois visitez notre demeure, venez trois fois vers des hommes pieux, trois fois vers des hommes dignes de votre protection ; faites-leur sentir trois fois votre présence. Apportez-nous trois fois l’heureux fruit de nos sacrifices ; ô Aswins, trois fois répandez sur nous l’abondance, telle qu’une pluie féconde.

5. Ô Aswins, trois fois amenez-nous la richesse ! Venez trois fois partager le sacrifice destiné aux dieux. Trois fois agréez nos prières. Trois fois nous vous demandons le bonheur, trois fois la nourriture. Trois fois la fille du soleil[12] monte sur votre char à trois roues.

6. Ô Aswins, trois fois vous nous donnez les médicaments célestes, trois fois les médicaments terrestres, trois fois aussi les médicaments qui viennent des eaux[13]. Maîtres de la prospérité, donnez à mon fils[14] la fortune de Samyou[15] ; (donnez-lui) cette santé qui résulte de l’harmonie des trois humeurs (corporelles) [16].

7. Trois fois par jour, ô Aswins, amis de nos sacrifices, venez vous asseoir sur notre cousa, attaché par un triple lien. Trois fois, ô (dieux) véridiques, de la région lointaine[17] (qui vous possède), accourez, sur votre char, vers ces trois (autels dressés par nous)[18] ; soyez comme le souffle vital qui anime les corps.

8. Ô Aswins, (venez) trois fois avec ces ondes qui sont les mères des sept rivières[19]. Trois coupes (sont disposées pour vous) ; trois fois l’holocauste doit avoir lieu. Au-dessus des trois mondes, vous poursuivez votre carrière, et, les jours comme les nuits, vous gardez la voûte céleste.

9. Où sont les trois roues sur lesquelles votre char roule (dans les trois mondes)[20] ? où sont les trois sièges unis ensemble ? Quand voulez-vous, ô (dieux) véridiques, atteler à votre char cet âne robuste, qui vous amène au lieu du sacrifice ?

10. (Dieux) véridiques, approchez : voici le moment de l’holocauste. Mouillez vos lèvres avides à ce doux breuvage. Avant l’aurore, Savitri amène au feu du sacrifice votre char magnifique, et tout brillant de notre beurre sacré.

11. Ô Aswins, (dieux) véridiques, venez avec les trente-trois dieux[21] goûter ici de nos douces libations. Prolongez notre vie, détruisez nos péchés, écartez nos ennemis, et restez toujours avec nous.

12. Ô Aswins, sur votre char qui parcourt les trois mondes, apportez avec vous la richesse ; (donnez-nous) une forte lignée. Je vous implore ; écoutez-moi, venez à notre secours, et dispensez-nous l’abondance et la prospérité.


HYMNE III.

À Agni et autres dieux, par Hiranyastoûpa.

(Mètres : Trichtoubh et Djagatî.)

1. J’invoque d’abord Agni, et lui demande sa bénédiction. J’appelle à notre aide Mitra et Varouna. J’invoque la nuit qui enveloppe le monde : je demande le secours du divin Savitri.

2. Le divin Savitri, revenu vers nous sous sa face ténébreuse[22], établit chacun à son poste, dieux et mortels. Il apparaît sur son char d’or, et de son regard embrasse les mondes.

3. Le dieu, ami de nos sacrifices, suivra deux routes, l’une ascendante, l’autre descendante ; il arrive, traîné par deux chevaux brillants. Le divin Savitri vient de la région lointaine (où il a séjourné), pour détruire tout ce qui est mal.

4. Sur ce large char qui s’avance vers nous, tout brillant d’ornements d’or, (attelé de coursiers) que presse un aiguillon d’or, Savitri est monté, (Savitri) resplendissant de mille lumières, digne de nos hommages, possédant la vertu de repousser ses rayons ténébreux[23].

5. Ses (chevaux) noirs, (pendant la nuit), allongent leurs pieds blancs ; et, sur un char dont le train est d’or, ils amènent la lumière aux hommes ; devant le char du divin Savitri se lèvent toujours et les mortels, et tous les êtres créés.

6. Des trois mondes[24] deux appartiennent au domaine de Savitri ; le troisième est la demeure d’Yama et le séjour des morts. Comme le char est soutenu par l’essieu, tout ce qui est immortel est supporté par le soleil. C’est là une vérité que chacun peut proclamer.

7. Le noble (dieu qu’on appelle) Asoura[25] s’élève par un mouvement insensible, et vient, comme porté sur des ailes, se révéler aux cieux. Où est en ce moment[26] le soleil ? qui peut le savoir ? quelle région éclaire son rayon ?

8. Savitri, le dieu à l’œil d’or, éclaire les huit régions de la terre[27] les êtres qui habitent les trois mondes et les sept rivières[28]. Il vient, distribuant ses largesses à ses serviteurs.

9. Savitri, (dieu) à la main d’or[29] (dieu) clairvoyant, s’avance entre le ciel et la terre. Il tue la douleur, il s’unit (au disque) du soleil[30], ou traverse l’air sous sa forme ténébreuse[31].

10. Que le noble Asoura, à la main d’or, qui fait notre bonheur et possède la richesse, vienne vers nous. Éloignant les Rakchasas et les mauvais génies, qu’il soit pour nous un dieu toujours présent, chaque matin célébré par nos hymnes.

11. Ô Savitri, par ces routes antiques et solides, (ces routes) faciles et dépourvues de poussière, que tu suis dans le ciel, viens aujourd’hui pour nous garder et daigne, ô dieu, converser avec nous.


HYMNE IV.

À Agni par Canwa, fils de Ghora.

(Mètre : Vrihatî.)

1. Par des hymnes solennels, nous implorons, au nom de l’assemblée religieuse (ici réunie), le grand Agni, que tant d’autres invoquent comme nous.

2. Agni, augmente la force des mortels ! Nous t’honorons par des holocaustes ; sois-nous aujourd’hui favorable, sois notre protecteur, (ô dieu) qui possèdes la richesse !

3. Nous te choisissons pour être le messager (des dieux) et le sacrificateur, toi qui renfermes tous les biens. Tes feux grandissent et s’étendent : tes rayons touchent au ciel.

4. Pour les dieux Varouna, Mitra, Aryaman, s’allument les feux de leur antique messager. Le mortel qui t’honore, ô Agni, obtient par toi toute l’opulence (qu’il souhaite).

5. Agni, tu es pour les mortels un heureux messager, un sacrificateur, un gardien du foyer domestique, une source de joie. Toutes les œuvres fortes et constantes qu’accomplissent les Dévas se font par ton concours.

6. Par toi, Agni, toujours jeune et fortuné, se consomment tous les holocaustes ; sois-nous favorable et aujourd’hui et dans l’avenir, et, par les sacrifices que nous offrons, augmente la force des dieux.

7. C’est Agni surtout, (Agni) brillant de son propre éclat, que les hommes viennent honorer par leurs hommages ; ce sont les feux d’Agni qu’ils allument par leurs offrandes, quand ils veulent être vainqueurs de leurs ennemis.

8. (C’est avec lui que les autres dieux) ont vaincu Vritra et lui ont donné la mort ; (avec lui qu’ils) ont étendu le ciel, la terre et les eaux, pour en faire le domicile (des êtres). Qu’(Agni) soit pour Ganwa, qui l’invoque, un riche bienfaiteur ; (qu’il le dirige vers la richesse) comme le cheval hennissant (porte le guerrier) vers les vaches (de ses ennemis).

9. Prends place (sur notre cousa) ; tu es noble, grand, et digne de nos hommages. Brille donc, Agni, le bien-aimé des dieux, et enveloppe-toi d’une fumée éclatante et remarquable !

10. Toi que les Dévas ont allumé ici-bas en faveur de Manou, objet précieux du sacrifice et maître des holocaustes ; toi qui nous réjouis par le don de la richesse, et qu’a fêté le Canwa Médhyâtîthi[32] ; toi qu’honorent le généreux (père de famille) et ceux qui chantent des hymnes !

11. Cet Agni, que le Canwa Médhyâtîthi alluma jadis, nos offrandes viennent de le faire briller au foyer du sacrifice. Que nos chants s’élèvent pour célébrer la grandeur d’Agni !

12. Toi qui reçois nos offrandes, comble-nous de biens ; car tu es l’ami des dieux, Agni. Tu es le roi de l’abondance la plus renommée. Fais notre bonheur, toi qui as la puissance.

13. Lève-toi donc, et sois notre protecteur, non moins que le divin Savitri. Lève-toi pour nous accorder l’abondance, à nous qui, par les hymnes de nos prêtres, invoquons ton appui.

14. Lève-toi, et sois notre guide pour nous sauver du mal. Brûle tous nos ennemis, fais que nous nous levions également pour agir et pour vivre. Fais agréer aux dieux nos sacrifices.

15. (Dieu) jeune et resplendissant, Agni, sauve-nous du Râkchasa ; sauve-nous du méchant, étranger à toute générosité ; sauve-nous de l’ennemi cruel, et de celui qui veut notre mort.

16. Comme (le guerrier) armé d’une massue, accable de tout côté nos vils adversaires, ô toi qui es entouré de rayons brûlants ! Ne souffre pas que nous ayons pour maître le mortel qui nous hait, et qui aiguise ses traits contre nous.

17. Ce n’est pas (en vain) qu’on a demandé à Agni la richesse qui procure la force. Agni a donné le bonheur à Canwa ; il a sauvé Médhyâtîthi et ses amis ; il a comblé de ses biens (le mortel) qui le glorifie.

18. Nous appelons à notre sacrifice, de la région lointaine (où ils séjournent maintenant), Tourvasa, Yadou et Ougradéva. Qu’ils viennent avec Agni ; que ce dieu, vainqueur du Dasyou, amène aussi Navavâstwa, Vrihadratha et Tourvîti[33].

19. Agni, c’est Manou qui, pour le bonheur de race à jamais bénie, a constitué ton foyer lumineux. Tu as lui pour Canwa, ô (dieu) né au foyer du sacrifice ; et arrosé (du beurre consacré), tu obtiendras toujours le respect des mortels.

20. Les rayons d’Agni sont brillants, forts, redoutables. Il est difficile d’en approcher. Daigne réduire en cendres les mauvais génies[34], doués d’une force (funeste), et tous les (ennemis de notre bonheur).


HYMNE V.

Aux Marouts, par Canwa.[35].

(Mètre : Gâyatrî.)

1. Enfants de Canwa, célébrez la puissance des Marouts que transporte un char brillant, (puissance) rapide et inattaquable dont vous ressentez les effets.

2. Ils viennent de naître, brillants de leur propre éclat. (Voyez-vous) leurs armes, leurs parures, leur char traîné par des daims ? (entendez-vous) leurs clameurs ?

3. Écoutez, c’est le bruit du fouet qu’ils tiennent dans leurs mains ; c’est le bruit qui, dans le combat, anime le courage.

4. À cette troupe (divine), qui détruit vos ennemis, noble, forte et glorieuse, offrez la part d’hymnes et de sacrifices que lui accordent les Dévas.

5. Loue donc cette puissance des Marouts, invulnérable et rapide, qui règne au milieu des vaches (célestes), et ouvre avec force (leurs mamelles pour en faire couler) le lait[36].

6. Parmi vous qui remuez si puissamment le ciel et la terre, qui agitez celle-ci comme la cime (d’un arbre), quel est le plus vigoureux ?

7. Contre votre marche impétueuse et terrible, l’homme ne peut résister ; les collines et les montagnes s’abaissent devant vous.

8. Sous vos pas redoutables, la terre tremble de crainte, telle qu’un roi accablé par l’âge.

9. Le lieu de votre naissance est ferme et stable[37] ; vous pouvez, du sein de votre mère, vous élancer, tels que des oiseaux ; car, des deux côtés, est un élément solide.

10. Ces (dieux) répandent le son comme on répand la libation. Leur souffle étend les voies du ciel ; (l’eau tombe), et la vache (en s’y désaltérant) y entre jusqu’aux genoux.

11. (Voyez-vous) ce long et large (nuage), fils de l’onde (qui s’y amoncelle) ? (Il semble) invulnérable. (Les Marouts) savent le chemin par lequel on arrive jusqu’à lui pour l’ébranler.

12. Ô Marouts, puisque vous avez la force, faites-la sentir aux hommes, faites-la sentir aux collines.

13. Quand les Marouts sont en marche, le chemin retentit de leur voix : chacun les entend.

14. Accourez, portez ici vos pas rapides. Les enfants de Canwa vous attendent avec leurs offrandes ; ici vous serez satisfaits.

15. Agréez notre sacrifice, car nous vous sommes dévoués. Daignez nous assurer une longue existence.


HYMNE VI.

Aux Marouts, par Canwa.

(Mètre : Gâyatrî.)

1. Ô vous qui aimez nos hymnes, qui vous plaisez sur notre cousa, quand viendrez-vous nous prendre dans vos bras, comme un père (prend) son enfant ?

2. Où êtes-vous maintenant ? Quand arriverez-vous ? Venez de la terre comme du ciel. (N’entendez-vous pas les hommes) soupirer après vous, comme les vaches (après le pâturage) ?

3. Ô Marouts, où sont les biens nouveaux (que nous allons tenir de vous) ? où sont vos trésors ? où sont toutes vos félicités ?

4. Fils de Prisni, quand vous ne seriez pas immortels, (faites toutefois) que votre panégyriste jouisse d’une longue vie.

5. Que l’homme qui chante vos louanges ne soit pas comme la (faible) biche sur le gazon ; qu’il n’aille pas tristement fouler le chemin d’Yama.

6. Que jamais Nirriti[38] si redoutable par sa force, Nirriti l’insurmontable, ne vienne nous frapper ; qu’elle tombe avec la soif (qu’elle a causée).

7. Oui, c’est la vérité : ces (dieux) forts et resplendissants, dont Roudra est le chef, peuvent, sur un sol desséché, faire tomber la pluie sans l’accompagner de vent.

8. Tel que la vache, le tonnerre mugit ; comme le veau est suivi de sa mère, (les Marouts sont suivis) de la foudre, et par eux la pluie sort (du nuage).

9. Les Marouts, même pendant le jour, forment une espèce de nuit avec le nuage qui transporte les ondes et qui fond sur la terre.

10. Le bruit des Marouts a retenti, et aussitôt toute demeure sur la terre, les hommes même, ont tremblé.

11. Ô Marouts, dont la main est forte et la marche infatigable, venez ici près de ces rivières aux bords agréables.

12. Que vos roues, que vos chars, que vos chevaux soient fermes ; que leurs harnais soient éclatants de lumière.

13. Allons, élève la voix pour célébrer Agni, (qui est) Brahmanaspati[39], et qui ne brille pas moins que Mitra.

14. Que les vers harmonieux sortent de ta bouche, et se répandent comme une (douce) pluie. Chante l’hymne religieux.

15. Célèbre la troupe des Marouts, brillante, digne d’éloges et de respects. Qu’ici, dans ce sacrifice, ils reçoivent nos hommages.


HYMNE VII.

Aux Marouts, par Canwa.

(Mètre : Vrihatî.)

1. Ô Marouts, lorsque de la région lointaine (où vous habitez), comme un rayon lumineux, vous lancez votre souffle puissant, quel est l’homme dont le sacrifice, dont l’hymne vous attire ? quelle maison, ô dieux terribles, quel mortel visitez-vous ?

2. Que vos traits soient solides pour repousser nos ennemis, fermes pour les arrêter ; que votre force soit digne de louange, et ne ressemble pas à celle d’un mortel qui ne sait que tromper.

3. (Dieux) puissants, vous renversez ce qui est solide, vous soulevez ce qui est lourd ; et c’est ainsi que vous enlevez les arbres de la forêt ou les flancs de la montagne.

4. Partout vainqueurs, on ne vous connaît d’ennemis ni par delà le ciel, ni sur la terre. Enfants de Roudra, que votre force soit puissante par la concorde, et la victoire vous est assurée.

5. Ils ébranlent les montagnes, ils arrachent les rois de la forêt. Ô dieux Marouts, toute votre troupe s’élance, comme si l’ivresse exaltait vos esprits.

6. À vos chars vous avez attelé des daims ; l’avant-train de ces chars est rouge. La terre entend le bruit de votre approche, et les mortels ont frémi.

7. Compagnons de Roudra, nous implorons votre prompt secours en faveur de notre famille. Venez-nous en aide, et (protégez) un Canwa tremblant, comme vous l’avez fait autrefois.

8. Suscité par votre colère ou par la vengeance de quelque mortel, un (ennemi) puissant nous attaque. Privez-le de tout aliment, de toute vigueur, des secours qu’il attend de vous.

9. Dieux prudents et dignes de nos sacrifices, vous avez accordé toute votre protection à Canwa. Accordez-nous aussi, ô Marouts, tous vos secours ; soyez avec nous, comme l’éclair est avec la pluie.

10. (Dieux) pleins de libéralité et de force, vous possédez toute la vigueur, toute la puissance (désirable). Marouts, à l’ennemi passionné de votre poëte, envoyez, comme une flèche, un ennemi (qui le frappe).


HYMNE VIII.

À divers dieux, par Canwa.

(Mètre : Vrihatrî.)

1. Lève-toi, Brahmanaspati[40]; pleins de dévotion, nous venons à toi. Que les Marouts s’approchent avec leurs riches trésors ; et toi, Indra, sois présent, et prends ta part (de nos libations).

2. Ô fils de la force[41], le mortel t’honore pour obtenir les richesses qu’il désire. Marouts, que l’homme qui vous célèbre soit par vous riche en famille et en chevaux !

3. Vienne Brahmanaspati ! vienne la déesse de la parole sainte[42] ! Que les Dévas rendent notre sacrifice puissant, utile aux hommes, et parfait !

4. Il possède une richesse impérissable, (le dieu) qui se montre magnifique envers son panégyriste. C’est pour ce dieu que nous appelons à notre sacrifice Ilâ[43] qui est forte, victorieuse et invulnérable.

5. Brahmanaspati commence[44] une prière mélodieuse, dans laquelle ont une place Indra, Varouna, Mitra, Aryaman, tous les dieux.

6. Prononçons-la donc, dans nos sacrifices, cette prière qui donne le bonheur, et qui est si puissante. Et si vous pouvez vous complaire en nos vœux, dieux forts, que notre hymne tout entier arrive jusqu’à vous !

7. Quel dieu ne viendrait pas au secours de l’homme religieux, au secours de l’homme qui lui a préparé un lit de cousa ? (Voyez ce) père de famille qui se présente avec les prêtres ; sa maison est riche, son intérieur est fortuné.

8. Qu’il possède la puissance[45] ! Aidé de ses royaux protecteurs, (je le vois) abattre ses ennemis, et au milieu de la terreur (du combat) conserver dignement son poste. Il est comme armé de la foudre ; et dans aucune affaire, ni grande ni petite, il ne connaît ni supérieur ni vainqueur.


HYMNE IX.

Aux Adityas, par Canwa.

(Mètre : Gâyatrî.)

1. L’homme que protègent les (dieux) sages, Varouna, Mitra, Aryaman, est promptement vainqueur (de ses ennemis).

2. Il croît à l’abri des attaques de ses adversaires, celui que les dieux défendent, et dont ils sont comme le bras protecteur.

3. Ces royaux amis ouvrent devant leurs favoris les routes embarrassées, et renversent leurs antagonistes ; ils détruisent l’effet de nos fautes.

4. Ô Adityas, pour venir au feu de notre sacrifice, la route est facile et sans obstacles. Votre attente n’y sera pas trompée par de vains apprêts.

5. Puissants Adityas, qu’il aille directement vers vous, le sacrifice offert en votre honneur.

6. Le mortel (que vous aimez) obtient la richesse, toute espèce de biens, de la famille ; il est à l’abri du malheur.

7. Amis, comment célébrerons-nous dignement la gloire de Mitra, d’Aryaman et de Varouna, dont la forme est si grande ?

8. (Ô dieux), je me garderai de vous recommander un homme accoutumé à la violence et aux imprécations ; (je vous présente) un mortel religieux, et je vous entoure de ses offrandes.

9. (Tel que le joueur), qui doit craindre tant que son partenaire tient les quatre dés dans sa main, (celui que je vous recommande) doit être modeste en ses paroles, (placé qu’il est sous le coup de votre disgrâce).


HYMNE X.

À Pouchan, par Canwa.

(Mètre : Gâyatrî.)

1. Ô Poûchan, deviens notre guide sur cette route ; enfant de la libation[46], détourne le mal de devant nos pas ! Ô dieu, sois notre compagnon de voyage !

2. Ô Poûchan, si quelque brigand, pareil à un de ces loups dont il faut se méfier, s’offrait à nous montrer le chemin, éloigne-le de nous !

3. Daigne, loin de notre passage, écarter ce brigand qui assiège les routes, ardent à voler, et méditant le crime !

4. Terrasse et foule sous ton pied le corps palpitant du voleur, quel qu’il soit, qui emploie la violence ouverte aussi bien que la ruse !

5. Poûchan, dieu sage et secourable, nous demandons ton secours, tel que celui que tu as prêté à nos pères !

6. Ainsi, toi qui possèdes tous les biens, toi qui brilles si magnifiquement par tes armes d’or, donne-nous des richesses que nous honorerons par nos libéralités.

7. Éloigne ceux qui s’approchent de nous (pour nous frapper) ; aplanis pour nous les chemins. Poûchan, viens ici participer à notre sacrifice.

8. Conduis-nous dans un bon pâturage. Qu’une nouvelle maladie ne nous attaque pas en route. Poûchan, viens ici participer à notre sacrifice.

9. (Pour nous) sois puissant, sois généreux ; donne-nous de la richesse, de la gloire, une nourriture abondante. Poûchan, viens ici participer à notre sacrifice.

10. Nous ne voulons point offenser Poûchan ; (au contraire), nous le célébrons par nos hymnes. (En récompense), nous attendons les trésors de sa libéralité.


HYMNE XI.

À Roudra[47] et à Soma, par Canwa.

(Mètres : Gâyatrî et Anouchtoubh.)

1. Quand saluerons-nous de nos chants Roudra le sage, le bienfaisant, le fort, l’ami de notre cœur,

2. Afin que Aditi produise pour nous, pour nos troupeaux, nos hommes, nos vaches et nos enfants, tous les biens qui sont du ressort de Roudra ;

3. Afin que Mitra, Varouna, Roudra et tous les dieux, touchés de nos prières, nous favorisent également ?

4. Nous supplions Roudra maître des chants divins, maître des sacrifices ; Roudra, qui envoie la pluie pour guérir nos maux : qu’il nous accorde le bonheur de Samyou[48].

5. Roudra brille tel que l’or, tel qu’un soleil éclatant ; Roudra, le meilleur des dieux et notre refuge.

6. Qu’il répande sa bénédiction sur nos chevaux, nos brebis, nos béliers, nos vaches, nos hommes et nos femmes.

7. Ô Soma[49], accorde-nous la fortune, l’abondance, et la force de cent personnes !

8. Ô Soma, que nul méchant, que nul ennemi n’ait prise sur nous ! ô Indou, donne-nous notre part de prospérité !

9. Ô Soma, viens dans ce foyer, dans cette noble demeure du sacrifice, te joindre (aux prières) qui naissent de toi ! Ô Soma, toi qui es comme le prince immortel (de cette fête), écoute (ces prières) qui célèbrent ta gloire !

HYMNE XII.

À Agni, par Prascanwa, fils de Canwa.

(Mètre : Vrihatî.)

1. Agni, (dieu) immortel surnommé Djâtavédas[50], donne à ton serviteur ces biens divers et solides qu’apporte l’Aurore. Amène avec toi aujourd’hui les dieux que le matin éveille.

2. Agni, tu es le messager chéri (des dieux) ; tu te charges de nos holocaustes, et sur ton char tu transportes nos sacrifices. Compagnon des Aswins et de l’Aurore, accorde-nous cette large opulence qui vient avec la force.

3. En ce jour nous honorons Agni, le messager divin, notre refuge et l’ami des hommes ; (Agni) qui élève son étendard de fumée, qui se répand en lumière, et qui, à l’heure du matin, devient le trésor du sacrifice.

4. Au point du jour j’invoque Agni, qui est le bien de tous ; (Agni) toujours jeune, toujours bon, hôte vénéré, maître chéri ; et je le supplie de me conduire vers les autres dieux.

5. Je chanterai la louange, ô toi qui soutiens constamment le monde, sauveur immortel, sacrificateur, Agni, digne de nos hommages et porteur de nos holocaustes.

6. (Dieu) jeune, toi que célèbre avec raison ton serviteur, toi qu’on vénère avec sollicitude, et dont la langue est flattée de nos douces offrandes, daigne accorder à Prascanwa[51] une longue vieillesse, et honore une race divine.

7. Les hommes allument tes feux, ô sacrificateur dont la bienfaisance est universelle. Agni, que tant d’êtres implorent, hâte-toi d’amener ici les dieux connus par leur sagesse.

8. Avec Savitri, l’Aurore, les Aswins, Bhaga, c’est toi, Agni, que les fils de Canwa invoquent et le matin et le soir. C’est toi dont ils font briller les feux, versant leurs libations ; toi qui dois porter leurs holocaustes et recevoir leurs hommages.

9. Agni, tu es le maître des sacrifices, et un messager pour les mortels. Amène aujourd’hui, pour qu’ils goûtent de nos libations, les dieux fortunés que l’Aurore éveille.

10. Agni, foyer de lumière, et brillant pour tous les yeux, tes clartés ont accueilli les anciennes aurores. Tu es dans nos hameaux un protecteur, un prêtre que Manou a constitué pour nos sacrifices[52].

11. Comme faisait Manou, ô divin Agni, nous te plaçons pour consommer notre offrande, toi, prêtre, sacrificateur ; toi, messager immortel, sage, et rapide.

12. Fidèle à tes amis, quand, pontife rapproché de nous, tu remplis ton office de messager des dieux, alors tes clartés s’élèvent comme les vagues bruyantes de la mer.

13. Agni, toi qui prêtes l’oreille à notre voix, écoute, et fais-toi accompagner des dieux, nos protecteurs ; que Mitra, Aryaman (et les autres) viennent avec le Matin à notre sacrifice, et prennent place sur le cousa.

14. Que les Marouts, bienfaiteurs généreux, entendent notre hymne ; qu’ils reçoivent notre offrande qui fait leur bonheur, et que leur transmet la langue d’Agni ; que Varouna, ferme en ses desseins, boive nos libations, et (se présente) avec les Aswins et l’Aurore.


HYMNE XIII.

À Agni, par Prascanwa.

(Mètre : Anouchtoubh.)

1. Ô Agni, honore en ce jour, par tes saintes clartés, les Vasous, les Roudras, les Adityas ; sois propice à la race religieuse de Manou, qui répand les libations de beurre (consacré).

2. Agni, les dieux sont sages, et accordent à leur serviteur le prix fortuné de sa piété. Ô toi que nos chants célèbrent, toi que traînent des chevaux rouges, amène les trente-trois dieux[53].

3. Dieu qui possèdes tous les biens et qui accomplis les grandes œuvres, écoute l’invocation de Prascanwa, comme jadis celle de Priyamédha[54], d’Atri[55], de Viroûpa[56], d’Angiras.

4. Se plaisant dans l’œuvre sainte et poursuivant leur grande mission, les (prêtres) implorent le secours d’Agni, qui, au milieu des sacrifices, brille d’un pur éclat.

5. Ô toi que l’on honore par des libations de beurre, (divinité) généreuse, écoute aussi ces prières que t’adressent les fils de Canwa pour obtenir ta protection.

6. Agni, toi, l’ami des hommes, toi qui reçois l’hommage de tant d’offrandes variées, et que couronne une chevelure brillante, voilà un peuple qui t’invoque, et te prie d’être le porteur de ses holocaustes.

7. Les sages, ô Agni, le placent dans leurs cérémonies, toi, prêtre, sacrificateur, toi, opulent et glorieux, disposé à nous prêter l’oreille.

8. Les prêtres, tenant les libations toutes prêtes, t’appellent au banquet (sacré), toi qu’enveloppe un si grand éclat, et te présentent, ô Agni, l’holocauste au nom d’un serviteur mortel.

9. Ô toi que la force a produit, libéral et protecteur, que les dieux soient dès le matin invités à nos libations, et fais en ce jour asseoir ici, sur notre cousa, la famille divine !

10. Honore, ô Agni, cette famille divine ! qu’elle vienne ; et que tous les dieux soient confondus dans une même invocation. (Divinités) généreuses, ces libations (sont pour vous) ; prenez ce soma préparé d’hier.


HYMNE XIV.

Aux Aswins, par Prascanwa.

(Mètre : Gâyatrî.)

1. L’Aurore vient, nouvelle et chérie, briller au ciel ; ô Aswins, je vous chante avec empressement !

2. Enfants de la libation[57], dieux secourables, trésor d’abondance, vous accordez à la prière aide et protection.

3. Les hymnes s’élèvent vers vous au moment où votre char, emporté par vos (coursiers) ailés, se montre au monde abattu.

4. (Dieux) forts, un mortel, maître de l’œuvre (pieuse), dépense (pour vous) ses libations et ses mets, et il vous présente son holocauste.

5. (Dieux) véridiques, digne objet de nos louanges, buvez avec force de ce soma, (breuvage) qui sera l’aiguillon de votre amour pour nous.

6. Ô Aswins, percez les ténèbres qui nous entourent, et donnez-nous cette nourriture lumineuse qui rassasie nos (yeux) !

7. Pour venir jusqu’à nous jouir de nos hymnes, ô Aswins, montez sur votre vaisseau[58], ou bien attelez votre char !

8. Que votre vaisseau, large comme le ciel, que votre char s’arrête près de(nos) ondes (sacrées). Avec la prière vont se verser pour vous les libations.

9. Fils de Canwa, les libations, trésor du (dieu) resplendissant, sont disposées dans leur bassin. (Ô Aswins), où est votre forme[59] ?

10. Cependant le soma se colore, le soleil commence à se dorer. Je le vois à la langue d’Agni qui noircit.

11. Par la vertu du sacrifice le chemin est ouvert. (Le soleil) peut passer les rivages (de la nuit). Le voilà qui s’avance dans le ciel.

12. C’est ainsi que le poëte chante les Aswins, qui daignent se plaire à nos libations ; que leur secours soit le prix de nos chants !

13. Venez près (du père de famille) qui vous honore, comme (autrefois) près de Manou ; jouissez des libations et des hymnes (qu’il vous consacre, divinités) heureuses.

14. À peine commencez-vous votre brillante révolution, que l’Aurore vous suit. Chaque nuit, agréez aussi nos sacrifices.

15. Aswins, buvez tous deux ; tous deux soyez nos bienfaiteurs, et accordez-nous votre illustre protection.

  1. Cette armée, dit le commentateur, ce sont les nuages. Je croirais que le poëte désigne ainsi la troupe des Marouts.
  2. Les mots père de famille servent de traduction au mot Arya, que je regarde comme fort important. Mon opinion particulière est que la colonie indienne conduite par Manou, et qui s’est établie dans l’Aryâvartta, venait des contrées qui sont à l’occident de l’Indus, et dont le nom général était Arie, Ariane, Hiran. Le mot simple arya, et le mot de descendance, ârya, devaient être la dénomination générale des colons, qui devinrent propriétaires des terres. De là résulte que dans la langue ordinaire, le mot Arya, cessant d’être un nom de peuple, a conservé le sens de maître ; plus tard encore, le système des castes ayant été établi, les hommes attachés à la culture de la terre ont conservé la dénomination d’Arya, confondue avec celle de Vésya. Cependant les anciens habitants du sol indien avaient été repoussés sur les montagnes, et, contraints de vivre de déprédations, ils avaient reçu le nom de dasyou (brigand). Peut-être aussi devaient-ils ce nom à leur caractère barbare, qui contrastait d’une manière étonnante avec celui des Aryas, moral et religieux ; tellement que le mot arya ou ârya était devenu synonyme de bon, de respectable. À mesure que les colonies ariennes se sont multipliées, le nom du peuple s’est perdu, pour faire place à des dénominations nouvelles tirées des lieux ou des personnages ; mais je pense que comme le mot Hellène a désigné en général les peuples grecs, le mot Arya a longtemps aussi distingué les nations indiennes, et qu’on le trouve plus d’une fois avec cette signification dans les hymnes que je traduis. Ici Indra reçoit cette épithète : c’est une manière d’identifier le dieu avec la nation par le moyen d’un mot à double entente et cher à tous les souvenirs : Indra est maître, il est Arya. Tel est le nom que l’on donna dans la suite à la déesse Pârvatî ; elle fut aussi Arya.
  3. C’est-à-dire le Dasyou, comme tout à l’heure Indra était appelé Arya. On pourrait croire, en lisant cet hymne, que c’est un chant allégorique en l’honneur d’une victoire remportée sur les brigands de la montagne, sous la protection du dieu national Indra.
  4. Ainsi s’appellent les compagnons de Vritra. La mère de Vritra, Dânou, tire son nom du verbe , qui signifie donner. Le mot Sanaca a une étymologie analogue : san veut aussi dire donner. Serait-ce un simple effet du hasard, que le rapprochement de Dânou et de Danaé chez les Grecs ?
  5. Ce mot est la traduction de Navagwa, qui semble être le surnom d’une tribu d’Angirasas.
  6. Vritra est quelquefois appelé Souchna (le Desséchant), parce qu’en retenant les eaux il cause la sécheresse. Les mauvais génies ont des cornes comme les animaux sauvages, qu’au dernier vers de l’hymne précédent on appelle aussi Sringin. Voy. lecture i, note 1, col. 1, page 7.
  7. Voy. lecture i, note 2, col. 2, page 6.
  8. Poëte et Richi protégé par Indra, qui le prit un jour sur son char.
  9. Les noms de Dasadyou et de Switrâ, sa mère, ne me sont connus que par les détails que donne ici le poëte.
  10. Le nombre trois, ainsi répété, fait allusion sans doute au trichavana, ou aux trois moments de la journée où se font les sacrifices. La nuit, comme le jour, est partagée en trois époques.
  11. Le commentateur pense qu’il est ici question de Soma, dieu de la lune, et de l’une des constellations considérées comme ses épouses. Je crois que Soma est la libation, et que sa bien-aimée est la flamme d’Agni. Ces aliments dont est chargé le char des Aswins sont, ou les offrandes qu’on fait à ces dieux, ou les biens dont ils comblent les hommes.
  12. L’Aurore. Cependant ce pourrait être la Nuit, qui, succédant au Jour, peut être considérée comme la fille du Soleil.
  13. Jusqu’à quel point ces trois espèces de médicaments n’auraient-ils point de rapport avec les trois espèces de biens dont parle le vers 5, lecture ii, hymne 8 ?
  14. Ou bien : à celui pour qui je fais des libations ; car le mot soûnou a ces deux sens.
  15. Samyou, fils de Vrihaspati, est le type du bonheur. Ce mot signifie heureux.
  16. Ce sens est celui du commentaire ; mais on peut en trouver un tout autre. Ces mots signifient tout simplement : triplex auxilium ferte. Les trois humeurs du corps, suivant le système indien, sont le vâta, le pitta et le slechman, l’air, la bile et le phlegme.
  17. Le mot parâvatas me semble désigner la région qui est de l’autre côté de l’horizon, du côté opposé à celui où nous sommes.
  18. Ce sens est entièrement donné par le commentateur, qui suppose qu’il est ici question des trois Védis, désignés par les noms d’Echtica, de Pâsouca et de Sômica.
  19. Voy. lecture ii, note 3, col. 1, page 21. Ces sept rivières peuvent être aussi les sept espèces d’offrandes.
  20. Explication du commentaire.
  21. Ces trente-trois dieux sont, dit-on, les douze Adityas, les huit Vasous, les onze Roudras et les deux Aswins.
  22. L’opinion indienne est que le soleil ne quitte pas le ciel, mais qu’arrivé à l’occident avec une face lumineuse, il retourne par la même route à l’orient avec une face ténébreuse ; ce que l’auteur exprime par l’idée de rayons noirs, crichna radjas.
  23. Voir la note précédente.
  24. Suivant le commentateur, ces trois mondes (dyâvas) sont le dyouloca, le bhoûrloca et le monde d’Yama, où les âmes des morts se rendent par la route de l’air.
  25. Voy. lecture ii, note 2, col. 1, page 55. Ce mot asoura se traduit par les mots sarvéchâm prânada.
  26. On est au moment du sacrifice qui précède l’aurore.
  27. Les points cardinaux, si l’on compte le zénith et le nadir, sont au nombre de dix. Les huit points que l’on marque à l’horizon sont les quatre principaux (disas) et les quatre intermédiaires (pradisas). Le commentateur donne le nom de vidisas aux points intermédiaires.
  28. Voy. plus haut, lecture ii, note 3, col. 1, page 61.
  29. Voy. lecture ii, note 2, col. 1, page 52.
  30. Voy. lecture ii, note 3, col. 2, page 54.
  31. Plus haut, note 4, col. 2, page 63.
  32. Le texte porte Médhyâtîthi ; je crois que c’est le même que Médhâtîthi, fils de l’ancien Canwa. On dit aussi que Médhâtîthi et Médhyâtithi sont deux frères, fils de Canwa.
  33. Cette strophe renferme les noms de plusieurs personnages appelés râdjarchis. Yadou est un des cinq fils d’Yayâti, cinquième roi de la race lunaire. Tourvasou, appelé ici Tourvasa, était son frère. Je ne sais rien d’Ougvadéva ni des autres. Cette histoire antique cite plusieurs Vrihadrathas. Je pense que la mémoire de ces princes, renommés pour leur piété, est ici évoquée par le poète reconnaissant ; leurs mânes sont invités à venir siéger au sacrifice.
  34. Ces mauvais génies portent ici le nom d’Yâtoumâvân ; plus haut, au vers 10 de l’hymne précédent, c’était Yâtoudhânan.
  35. Ce Canwa, dont le nom est cité dans le cours de l’hymne, est-il le même que celui dont nous avons parlé, lecture i, note 1, col. 2, page 48 ? Le mot Ghora, qui signifie terrible, et qui est le nom de son père, peut avoir quelque analogie de sens avec le mot Apratiratha, qui implique l’idée d’invincible. Cependant je pense qu’il faut distinguer le fils de Ghora et le fils d’Apratiratha ; que ce dernier est un ancien Canwa, souche d’une famille sacerdotale, et père de Médhâtîthi ou Médhyâtîthi, ici mentionné, et que le fils de Ghora est un membre moins ancien de la famille des Canwas, lequel rappelle, dans cet hymne un des titres d’honneur de son aïeul. Le commentateur dit quelque part que le fils de Ghora devint fils de son propre frère Canwa.
  36. Ces vaches, comme nous le savons, ce sont les nuages ; leur lait, c’est la pluie.
  37. Le lieu de la naissance des Vents est la terre ; considérée comme leur mère, la terre porte le nom de Prisni. Voir lecture ii, note 5, col. 1, page 3. L’air, placé entre le ciel et la terre, reçoit les Vents.
  38. Voy. lecture ii. note 4, col. 2, page 14. Nirriti, déesse du mal, me semble être ici la Maladie ; la soif dont il est question, doit être celle de la fièvre. Voy. lecture i, note 1, col. 1, page 10.
  39. Le poète emploie ici le mot sloca pour désigner toute espèce de vers.
  40. Voy. lecture i, note 1, col. 1, page. 10.
  41. Nous ne ferons plus d’observation sur cette locution connue du lecteur, et qui se rapporte aux efforts que l’on fait pour extraire le feu de l’aranî. Voy. lecture ii, note 1, col. 12. page 16.
  42. Saraswatî ou Ilâ, appellée ici Sûnritâ. Voy. lecture i, note 1, col. 1, page 3.
  43. Le mot Ilâ est pris ici, par le commentateur, pour le nom de la fille de Manou. Voy. lecture ii, note 3, col. 2, page 19. Je crois qu’il est question de la déesse Ilâ ou Saraswatî.
  44. Le poëte suppose que c’est Agni lui-même qui fait la prière par la bouche du prêtre, hotrimoukhésthitah.
  45. Le commentateur fait rapporter toute cette strophe à Brahmanaspati. Les royaux protecteurs ici mentionnés, ce sont les Adityas.
  46. Je traduis le mot vimoutch par libation. Voy. lecture ii, note 3, col. 1, page 52. Le commentateur le traduit par nuage. Si Poûchan est une forme du soleil, je ne conçois pas qu’il soit l’enfant du nuage. Aussi le commentateur prétend-il qu’ici Poûchan, c’est la fécondité de la terre, qui est un effet de la pluie. Je n’ai pu adopter son explication.
  47. Roudra, dieu terrible et chef des vents, doit être l’air personnifié. C’est, sous d’autres noms, Vâyou, Mâtariswan, Marout.
  48. Voy. note 4, col. 1, page 63.
  49. Soma, comme nous l’avons déjà vu, est la libation personnifiée : on lui donne aussi le nom de Indou. Les deux mêmes noms s’appliquent encore à la lune.
  50. On explique ce mot de diverses manières. Djâtavedas est le dieu qui connaît les choses nées, ou dont le bien est né ; c’est-à-dire le dieu qui pénètre dans tous les êtres pour les animer, ou qui est l’auteur de tous les biens parmi les êtres. Je ne cite pas les autres explications.
  51. Prascanwa est le fils de Canwa, auteur de l’hymne précédent.
  52. Ou bien : un prêtre qui est un mortel comme nous. C’est le double sens aussi du mot Manouchvat, qui est dans le vers suivant.
  53. Voy. lecture iii, note 3, col. 2, page 63.
  54. Les Pourânas citent Priyavrata, mais non Priyamédha, comme fils de Manou Swâyambhouva.
  55. Atri est un ancien Richi, ainsi qu’Angiras.
  56. Viroûpa est un prince, fils d’Ambarîcha, et arrière-petit-fils de Manou.
  57. Le texte porte Sindhoumâtarâ : ce mot peut aussi signifier enfants de la mer ; le ciel, représenté par les Aswins, semble sortir de la mer, et le poëte peut la donner comme la mère de ces deux divinités.
  58. Les Aswins, naissant à l’horizon, sont censés devoir traverser une mer de vapeurs. Il est naturel que le poëte leur donne un vaisseau ; nous verrons même plus loin que ce vaisseau a cent rames.
  59. Le soleil n’est pas encore levé, et le ciel est à peine visible. Cependant les libations sont toutes préparées.