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Vingt-quatre heures d’une femme sensible/Lettre 03

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Librairie de Firmin Didot Frères (p. 18-19).
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LETTRE III.


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Que se passe-t-il donc en moi ? Aucune circonstance nouvelle n’a pu augmenter mon trouble, et cependant il s’accroît à chaque instant. Je crois voir mille choses qui m’étaient échappées d’abord. Il semble qu’il y ait des douleurs qu’on éprouve sans le savoir, et dont on ne se rend bien compte que quand elles remplissent tellement le cœur qu’il lui devient impossible de les supporter. Ces idées sont, il est vrai, vagues et confuses ; elles passent devant mes yeux et s’évanouissent comme de vains fantômes ; mais il en est une qui reste toujours là ; une dont la vérité m’épouvante ; une qui repose sur un fait, et que je ne puis me nier à moi-même. Vous avez remarqué cette femme, mon ami ; vous l’avez remarquée ! Et qui ne sait que toutes les illusions de l’amour se touchent ; que la plus douce, la plus nécessaire, la plus sacrée est celle qui nous fait croire qu’il n’existe personne pour nous hors du cercle enchanté dont la passion nous environne ? Vous avez remarqué cette femme ; et moi… je ne voyais que vous !



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