100%.png

Épîtres (Voltaire)/Épître 23

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Œuvres complètes de VoltaireGarniertome 10 (p. 254-255).


ÉPÎTRE XXIII.


À MONSIEUR LE DUC DE LA FEUILLADE[1].


(1722)


Conservez précieusement
L’imagination fleurie
Et la bonne plaisanterie
Dont vous possédez l’agrément,

Au défaut du tempérament
Dont vous vous vantez hardiment,
Et que tout le monde vous nie,
La dame qui depuis longtemps
Connaît à fond votre personne
A dit : « Hélas ! je lui pardonne
D’en vouloir imposer aux gens ;
Son esprit est dans son printemps,
Mais son corps est dans son automne. »
Adieu, monsieur le gouverneur.
Non plus de province frontière,
Mais d’une beauté singulière
Qui, par son esprit, par son cœur,
Et par son humeur libertine,
De jour en jour fait grand honneur
Au gouverneur qui l’endoctrine.
Priez le Seigneur seulement
Qu’il empêche que Cythérée
Ne substitue incessamment
Quelque jeune et frais lieutenant,
Qui ferait sans vous son entrée
Dans un si beau gouvernement.



  1. Louis d’Aubusson, dernier maréchal de La Feuillade, mort le 29 janvier 1725. J’ai vu un recueil où cette épître est datée de 1722, de la main même de Voltaire. (Cl.)