Correspondance de Voltaire/1766/Lettre 6397

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Correspondance : année 1766
Garnier (Œuvres complètes de Voltaire, tome 44p. 334-335).
6397. — À M. DAMILAVILLE.
12 juillet.

Mon cher frère, Polyeucte et Néarque[1] déchirent toujours mon cœur ; et il ne goûtera quelque consolation que quand vous me manderez tout ce que vous aurez pu recueillir.

On dit qu’on ne jouera point la pièce de Collé[2] : je m’y intéresse peu, puisque je ne la verrai pas ; et, en vérité, je suis incapable de prendre aucun plaisir après la funeste catastrophe dont on veut me rendre en quelque façon responsable. Vous savez que je n’ai aucune part au livre[3] que ces pauvres insensés adoraient à genoux. Il pleut de tous côtés des ouvrages indécents, comme la Chandelle d’Arras[4], le Compère Matthieu[5], l’Espion chinois[6] ; et cent autres avortons qui périssent au bout de quinze jours, et qui ne méritent pas qu’on fasse attention à leur existence passagère. Le ministère ne s’occupe pas sans doute de ces pauvretés : il n’est occupé que du soin de faire fleurir l’État ; et l’intérêt réduit à quatre pour cent est une preuve d’abondance.

Je tremble que M. de Beaumont ne se décourage : je vous conjure d’exciter sou zèle. J’ai pris des mesures qui vont m’embarrasser beaucoup, s’il abandonne cette affaire des Sirven. Parlez-lui, je vous prie, de celle d’Abbeville ; il s’en sera sans doute informé. Je ne connais point de loi qui ordonne la torture et la mort pour des extravagances qui n’annoncent qu’un cerveau troublé. Que fera-t-on donc aux empoisonneurs et aux parricides ?

Adieu, mon cher ami ; adoucissez, par vos lettres, la tristesse où je suis plongé.

  1. Le chevalier de La Barre et le chevalier d’Étallonde.
  2. La Partie de chasse de Henri IV.
  3. Le Dictionnaire philosophique.
  4. Poëme en dix-huit chants (par l’ahbc Du Laurens), 1765, in-8°.
  5. Roman du même auteur, 1766, trois volumes in-8°.
  6. Ouvrage de Goudar ; voyez tome XLIII, page 573.