Cours d’agriculture (Rozier)/PLÉTHORE

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Hôtel Serpente (Tome huitièmep. 38-41).


PLÉTHORE. Médecine-vétérinaire. Nous entendons par pléthore une augmentation du volume ou de la quantité du sang dans les vaisseaux de l’animal.

Les vaisseaux qui rampent sur la surface du corps, sont distendus ; les veines de l’œil, des lèvres, & de la bouche, sont apparentes ; les artères offrent au tact un pouls plein & des tuniques plus ou moins tendues.

On distingue deux sortes de pléthores : l’une vraie & l’autre fausse ; nous allons parler en détail de l’une & de l’autre.

Première espèce. Fausse-pléthore.

Lorsque la chaleur augmente le volume du sang, les artères battent plus fréquemment que dans l’état naturel, la respiration est plus grande, sans diminution sensible des forces musculaires, les artères sont à proportion presque plus dilatées que les veines, leurs parois un peu tendues, les vaisseaux qui rampent sur les tégumens de la tête, du ventre & de la face interne de la cuisse, présentent un diamètre considérable ; les vaisseaux sanguins de l’œil sont dilatés, la peau est chaude, la soif assez grande, l’appétit diminue, les matières fécales sont un peu sèches, l’urine colorée, quelquefois trouble & d’une odeur forte ; enfin l’animal est plutôt inquiet & éveillé que las & assoupi.

Causes. Les principes les plus fréquens de cette maladie, sont 1°. la grande chaleur de l’été ; 2°. l’exposition trop longue aux ardeurs du soleil ; 3°. l’usage immodéré des plantes aromatiques & des plantes âcres ; 4°. les vapeurs qui s’élèvent des animaux & du fumier abandonné à la fermentation putride ; 5°. les travaux excessifs, les courses violentes & les marches forcées ; 6°. la grandeur & la quantité de la laine dont le mouton est surchargé, sur-tout lorsque les chaleurs de l’été commencent à se faire sentir ; 7°. le long séjour dans des écuries ou bergeries où l’air n’est pas renouvelé.

La durée & l’intensité de la chaleur intérieure ou extérieure sont tout le danger : plus la chaleur est douce & momentanée, moins l’animal en éprouve de mauvais effets : au contraire, plus elle est de longue durée & se fait sentir avec force, plus il faut s’attendre à des accidens fâcheux.

En Languedoc, le mouton & après lui le cheval, sont plus sujets à cette espèce de pléthore, que la chèvre, le bœuf & le porc. (Voyez Sang, maladie du) La chèvre est de tous les bestiaux celui qui craint le moins les grandes chaleurs ; elle dort au soleil, & s’expose volontiers aux rayons les plus vifs de cet astre, sans en être incommodée.

Traitement. Le repos, les bains, les lavemens, les alimens rafraîchissans & aqueux, sont les remèdes indiqués pour modérer la raréfaction du sang. Le cheval restera tranquille dans une écurie propre, bien aérée & exposée au vent du nord ; le bœuf & le mouton ne paîtront que dans les bois de haute futaie, ou resteront dans l’étable parfumée plusieurs fois le jour avec du vinaigre : là, on leur donnera pour nourriture des plantes récemment cueillies, abondantes en mucilage aqueux, douces & privées de parties aromatiques ; pour boisson, du petit-lait ou de l’eau dans laquelle on aura mêlé deux poignées de farine d’orge, & une once de crème de tartre, sur environ vingt livres d’eau pure. Le cheval & le bœuf boiront trois ou quatre fois par jour de cette eau ; le mouton seulement deux fois. Pour favoriser l’effet de ces boissons, si la saison le permet, on fera baigner les animaux malades. Le bœuf, qui se plaît naturellement au milieu des eaux, doit y rester plus long-temps que le cheval ; par exemple, deux bains de rivière par jour, d’une heure chacun, suffiront pour le bœuf, un pour le cheval, tandis que le mouton, plus timide & moins ami de l’eau, n’en prendra qu’un par jour, & d’une demi-heure chacun. Les lavemens rafraîchissans ne sont pas moins utiles pour s’opposer à la grande chaleur du sang ; on en donne deux ou trois par jour, au bœuf & au cheval seulement, avec la seule infusion de feuilles d’oseille, ou avec la décoction d’orge saturée de crème de tartre. On donnera au mouton du son humecté avec de l’eau saturée de nitre, & aiguisée de sel marin ; on tiendra la nuit les bestiaux malades dans des écuries où l’air se renouvelle souvent ; on évitera de les faire travailler, de leur donner des remèdes & des alimens échauffans, de les faire marcher au soleil, & de leur donner d’autre nourriture que la paille & le son humecté. Lorsque la chaleur est excessive, que les vaisseaux offrent beaucoup de distension, malgré les boissons tempérantes ; les bains, les lavemens, & les alimens rafraîchissans que nous venons de prescrire, une évacuation de sang par la veine la plus propre à chaque animal, (voyez Saignée des Animaux) à la dose de quatre livres pour le bœuf, de deux livres pour le cheval, de six onces pour le mouton, &c. soulagera le malade ; on doit bien comprendre que si ces animaux étoient accablés de fatigue, la saignée, surtout à cette dose, ne serviroit qu’à les affoiblir, sans condenser le sang. Dans cette maladie, entretenir les forces vitales & musculaires, condenser le sang sans le coaguler, telles sont les seules indications à saisir & à remplir.

Deuxième espèce. Pléthore vraie.

Dans cette espèce de pléthore, la chaleur de la peau est tempérée, la respiration grande & fréquente ; lorsque l’animal marche avec ardeur, les vaisseaux de la tête, de l’œil, du ventre, & de la face interne des cuisses, sont dilatés ; le pouls qu’on sent aux artères maxillaires, est plein, & un peu moins fréquent que dans l’état naturel ; l’assoupissement & la diminution des forces musculaires, ordinairement sensibles ; les forces musculaires presque toujours proportionnées aux forces vitales ; l’urine, comme dans l’état de parfaite santé ; les matières fécales un peu humectées, la langue fraîche & vermeille ; le désir de la boisson peu considérable.

Causes. Elles se réduisent, au défaut d’exercice, à la diminution de la transpiration insensible, à la qualité & à la quantité des alimens ; ou ils sont trop nourrissans ; ou les animaux en prennent une grande quantité ; excès ordinaire au cheval & au porc ; aussi les voit-on plus souvent attaqués de cette maladie que le bœuf & le mouton. La tête & la poitrine sont les parties du corps les plus exposées dans cette affection. L’inflammation du cerveau, l’inflammation des poumons, n’en sont que trop fréquemment les funestes suites. (Voyeez Apoplexie, Péripneumonie, Vertige)

Traitement. Pour remédier à la pléthore vraie, il faut s’attacher à diminuer promptement la quantité du sang ; la diète, l’exercice modéré, & la saignée, remplissent cette indication ; pour cet effet, promenez le cheval au pas, deux heures le matin, autant le soir, bouchonnez-le avec soin lorsqu’il sera de retour à l’écurie. (Voyez Bouchonner, Tome II, page 398) Faites labourer le bœuf trois heures par jour ; que la brebis parque jour & nuit ; que le cochon aille loin de son écurie exciter son appétit vorace dans des terrains arides ; ne donnez au cheval & au bœuf pour nourriture que de la paille & un peu de son humecté ; que l’entrée des pâturages fertiles en plantes nutritives leur soit interdite ; qu’ils parcourent des terrains stériles, plus propres à donner de l’exercice qu’une nourriture abondante.

Si la quantité de sang n’est pas excessive, ces moyens peuvent suffire pour la diminuer ; mais lorsque le sang abonde au point d’affoiblir les forces musculaires, & de déranger les forces vitales, il faut sur le champ avoir recours à la saignée ; la quantité de sang à évacuer par cette opération, doit varier selon l’intensité du mal, la taille de l’animal, l’espèce de sujet, sa constitution naturelle, la saison, les qualités de l’air, la nature du pays, & l’âge du malade, (voyez Saignée des Animaux) où d’après l’expérience & l’observation, & pour l’instruction des maréchaux & des habitans de la campagne, nous entrerons dans le plus grand détail sur toutes ces circonstances. M. T.