Cours d’agriculture (Rozier)/PLATANE

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Hôtel Serpente (Tome huitièmep. 26-33).


PLATANE. Tournefort le place dans la cinquième section de la dix-neuvième classe des arbres à fleurs à chaton, dont les fleurs mâles sont séparées des fleurs femelles, mais sur le même pied, & dont les fruits sont secs ; il l’appelle platanus. Von-Linné le classe dans la monoécie polyandrie, & lui conserve la même dénomination.

L’historique de cet arbre fera sans doute plaisir à nos lecteurs : je l’emprunte de M. le Baron de Tschoudi, à l’article platane, du supplément de l’Encyclopédie. « Cet arbre naturel à l’orient, est un des arbres les plus anciennement connus, & des plus illustres. La sagesse, par la bouche de Salomon, a célébré ces arbres majestueux qui s’élevoient dans les vallées solitaires du Liban ».

» Bientôt le platane fut cultivé en Perse, où l’on en fait encore aujourd’hui un cas singulier, non-seulement à cause de sa beauté, mais parce qu’on prétend que sa transpiration mêlée à l’air, qui s’annonce par une odeur douce & agréable, donne des qualités excellentes au fluide que nous respirons[1]. Les anciens grecs, ce peuple si sensible aux bienfaits de la nature, l’ont cultivé avec les plus grands soins. Les jardins d’Épicure en étoient décorés ; c’est là qu’Aristote, au milieu de la foule de ses disciples, jetoit sur la nature ce coup-d’œil vaste qui nous a appris à la bien voir. »

» Le platane, selon Pline, fut d’abord apporté dans l’isle de Diomède, pour orner le tombeau de ce roi ; de-là il passa en Sicile, & bientôt en Italie ; de là en Espagne, & jusque dans les Gaules, sur la côte du Boulonnois, où il étoit sujet à un impôt. Ces nations, dit ce naturaliste, nous paient jusqu’à l’ombre dont nous les laissons jouir. Il parle d’un fameux platane qui se voyoit en Lycie, dont le tronc creux formoit une grotte de 81 pieds de tour ; la cime de cet arbre ressembloit à une petite forêt. Il y a dans l’isle de Chypre une espèce de platane qui ne quitte pas ses feuilles ; mais les rejetons qu’on a transportés ailleurs, ont perdu cet avantage qu’ils ne devoient qu’au climat. »

» Ce fut vers le temps de la prise de Rome par les Gaulois, qu’on apporta le platane en Italie ; depuis ce temps on l’y a prodigieusement multiplié. Les trop fameux jardins de Saluste en étoient remplis, & le luxe des jardins y devint si excessif, qu’on plantoit des forêts à l’aspect du midi, pour défendre du chaud les maisons de plaisance. Pline & Horace déplorent cet abus. Le platane étoit devenu, pour ainsi dire, un objet de culte, puisqu’on lui faisoit des libations de vin, qui lui procuroient, dit-on, une végétation étonnante. »

» Cet arbre a été long-temps oublié en Europe, le lord Bacon a été le premier qui l’ait fait transporter en Angleterre, dans ses jardins de Vérulam. »

Il n’est guères bien connu en France que depuis 1754, que Louis XV fit venir d’Angleterre, une certaine quantité de jeunes pieds, & qui furent placés aux environs de Trianon, où ils ont parfaitement réussi. Le plus ancien que l’on connoisse en France, est au Jardin Royal des plantes de Paris ; il y a environ 80 ans qu’il y a été planté. M. de Buffon, semblable au Lord Bacon, est le premier qui ait enrichi ses jardins de ce bel arbre.

Description du genre.

Les fleurs mâles sont séparées des fleurs femelles, mais sur le même pied ; le chaton a une forme ronde ; le calice est formé par quelques découpures très-petites ; la corolle est à peine visible, les fleurs femelles sont rassemblées en boules, composées de plusieurs petits pétales concaves, de quelques écailles qui tiennent lieu de calice, & de plusieurs pistils, dont les styles sont en forme d’alène ; le stigmate est recourbé.

Les fruits sont ramassés en boule, consistant en plusieurs semences presque rondes, surmontées d’un filet en forme d’alêne, & fixées sur des poils qui composent une espèce de houppe.

Description des espèces.

Von-Linné ne compte que deux espèces, le Platanus orientalis, & le Platanus occidentalis, & il a raison. Les autres platanes sont des variétés de l’une ou de l’autre de ces espèces.

Platane d’Orient ; ses feuilles portées par de longs pétioles, sont simples, entières, très-grandes ; palmées, c’est-à-dire, découpées en cinq parties, imitant les divisions de la main, d’un vert luisant par-dessus, un peu velues & nerveuses en dessous.

Le platane forme un très-grand arbre dont la tige s’élève, droite & nue jusqu’à son sommet, & dont la tête forme une touffe très-serrée. L’écorce est d’un blanc gris, elle se détache d’elle-même par lambeaux semblables à des morceaux de cuir brun. Son bois est blanc & compacte. Les graines ou boules naissent au nombre de trois ou quatre, le long d’un pédoncule commun, qui a souvent plus de demi-pied de longueur.

Il croît naturellement dans les terrains incultes de l’Asie, de la Tauride, de la Macédoine, dans les isles de Lemnos & de Crête.

Platane d’Occident ou de Virginie ; très-commun à la Louisiane, dans le midi du Canada, &c ; on le trouve près des rivières, dans les bas-fonds, où il devient d’une hauteur & d’une grosseur prodigieuses. Sa beauté lui mérite la préférence sur tous les platanes connus jusqu’à ce jour. L’accroissement de cet arbre, dit M. Daubenton, est des plus prompts. On voit actuellement, en 1761, dans les jardins de M. de Buffon, une grande allée de cette espèce de platane, plantée depuis 12 ans, dont la plupart des arbres a 38 à 40 pieds de haut, sur environ deux pieds & demi de circonférence. Cependant ces jardins sont au-dessus d’un monticule dans un terrain sec, léger, & d’une profondeur assez médiocre. Il faut observer que Montbard est dans le quatrième ordre des climats de France, c’est-à-dire, que l’intensité de chaleur n’y est pas assez considérable pour bien faire mûrir le raisin, & qu’ainsi il se rapproche de celui de la Louisiane ; cet arbre réussit fort bien dans les provinces du midi du royaume, mais sa végétation n’y est pas aussi brillante.

Sa tige est droite, unie, bien proportionnée, il se coiffe à merveille ; son écorce est lisse, unie, & d’un vert jaunâtre, mais agréable. Ce qui le caractérise & le distingue du précédent, ce sont ses feuilles souvent de plus d’un pied d’étendue, plus larges que hautes, & découpées en lobes.

Les variétés sont le platane à feuilles d’érable, variété de celui d’Orient… Le platane à feuilles en patte d’oie, ou platane de Bourgogne. Son écorce est grise, un peu rude ; ses feuilles sont moins agréablement vertes, & elles se recourbent sur les côtés ; l’accroissement du tronc est moins rapide… Le platane à feuilles peu découpées ; c’est la plus belle variété venue de semences, & les deux dont on vient de parler, sont des variétés du platane d’Occident ; celle-ci diffère de son type, & de l’autre, par sa feuille plus petite, arrondie par le bas, la moins échancrée dans ses faces, & par son accroissement plus lent. Comme les nœuds de ses branches sont plus serrés, elles donnent plus d’ombrage. On connoît encore le platane d Espagne à feuilles larges, & découpées en lanières… Celui d’Angleterre à petites feuilles, & découpées en lanières… Celui d’Orléans à feuilles arrondies… Il est constant que si on multiplie les semis, on obtiendra un bien plus grand nombre de variétés. Seront-elles plus précieuses que les deux espèces premières ? l’expérience l’apprendra.

De sa culture.

On multiplie les platanes par semis, & encore mieux par boutures On a presque abandonné l’usage de la pratique des semis, comme trop longue & trop minutieuse ; la réussite des boutures est si sûre, & leurs progrès si rapides, qu’il vaut beaucoup mieux s’en tenir à cette dernière.

Aussitôt que la graine est à son point de maturité parfaite, elle tombe ; la nature indique que c’est l’époque où elle doit être semée, ou du moins tenue dans du sable qui ne soit ni sec ni humide, afin d’empêcher qu’il ne se dessèche. Cette précaution est plus nécessaire pour les provinces du nord du royaume, que pour celles du midi où les hivers ne sont jamais très-rigoureux. J’ai semé, à la fin de l’hiver, des graines qui étoient restées exposées à toutes les vicissitudes de l’atmosphère, depuis le moment de leur chute jusqu’à la fin de février, & elles n’en ont pas moins bien levé & germé. Cependant la précaution dont on vient de parler, n’est pas à négliger ; elle donne si peu de peine dans les provinces du midi. On sèmera aussitôt après la chute des graines. Les semis n’exigent aucun soin particulier ; on peut les faire dans des caisses, dans des pots, ou en pleine terre. La graine lève promptement, & celle qui après trois semaines n’a pas germé, est une graine entièrement perdue, en observant cependant que la graine mise en terre aussitôt après la chute du fruit, ne germera & ne lèvera que lorsque la chaleur ambiante sera au degré qui convient à sa végétation ; cette règle n’est donc que pour les semis faits au milieu d’avril.

Le platane de Virginie exige un sol plus gras & plus humide que celui d’Orient ; mais il craint les fonds tenaces & argileux. Il aime les coteaux, les bords des rivières, des ruisseaux, les sols sujets à des suintement, mais non les terrains aqueux sur la superficie. Dans toute terre fraîche, légère, & qui a du fond, cet arbre réussit à merveille.

Le platane d’Orient se plaît dans les terrains rocailleux, pierreux ; pourvu que les pierrailles soient unies à une bonne terre non tenace, & trop consistante : il se plaît sur les hauteurs sur les coteaux. Celui de Virginie mérite la préférence à tous égards, à moins que la nature du sol n’oblige de recourir à celui d’Orient.

On dit que les platanes ne pivotent pas. Cette assertion est hasardée. Que l’on prenne la peine d’examiner les pieds venus de semences, & l’on verra qu’ils sont garnis d’un bon pivot, & si à la transplantation on ne le coupe pas, à coup sûr il s’enfoncera en terre, il s’alongera, & grossira en proportion de la force de l’arbre, jusqu’à ce qu’il trouve un obstacle insurmontable. Quant aux boutures, il seroit surprenant qu’elles pivotassent, puisqu’elles ne poussent que des racines latérales ; mais si le sol lui convient, on verra que la plus inférieure tendra à pivoter.

L’époque à laquelle on doit faire les boutures est la fin de l’hiver, chaque cultivateur suivant le climat qu’il habite. La terre de la pépinière doit être défoncée sur une profondeur de deux à trois pieds, & le sol rendu meuble & léger s’il ne l’est pas. Comme la végétation de cet arbre est très-rapide, elle suppose qu’il a besoin de beaucoup de de sucs nourriciers ; aussi du fumier bien consommé, du terreau de vieilles couches, mêlé avec la terre de la pépinière, produiront un très-bon effet ; si on n’a que de la terre forte, le meilleur moyen de remédier à ce défaut essentiel, est d’y ajouter beaucoup de sable & même du gravier, des recoupes de pierre, &c.

La bouture n’est autre chose qu’un bourgeon de l’année précédente, de la grosseur du petit doigt, dont le bois est bien aoûté, (consultez ce mot) que l’on réduit à une longueur de deux pieds. On enfonce en terre une partie à la profondeur de 18 pouces, & 6 pouces restent au-dessus de sa superficie. Il faut avoir l’attention de couper à deux ou trois lignes au-dessus du dernier bouton que l’on conserve, afin que la nouvelle pousse qui sortira de cet œil, puisse aisément recouvrir la plaie, & sur cette plaie mettre de l’onguent de Saint-Fiacre, (consultez ce mot) afin de la garantir du contact de l’air ; l’œil doit rester à découvert. Les boutures demandent à être espacées au moins de trois pieds les unes des autres. Il résulte de cette distance, que l’arbre profite mieux, que les racines ont plus d’espace pour s’étendre, & que lorsque le moment de la transplantation viendra, on aura plus de facilité pour enlever l’arbre sans endommager les racines des arbres voisins.

La terre de la pépinière demande à être purgée de toute espèce d’herbes parasites, serfouie deux à trois fois, & à être arrosée au besoin, non pas beaucoup à la fois, mais assez souvent pour que la terre se maintienne fraîche.

Les pousses de la première année s’élèvent depuis 12 jusqu’à 14 pouces, suivant le climat, les saisons, les soins & la qualité du sol de la pépinière. Dans le nord du royaume, on renferme dans l’orangerie les plants venus dans des caisses & dans des pots, parce que le bois de la pousse n’est pas encore assez aoûté, & qu’il seroit endommagé par les gelées. Si les plants sont en pleine terre, on les enveloppe avec de la paille au moment que le froid commence ; ces précautions sont inutiles dans les provinces vraiment méridionales, où les gelées, lorsqu’elles ont lieu, ne commencent à se faire sentir qu’en janvier ou en février.

Si on a fait des boutures dans des caisses, dans des pots, on les met en pleine terre à la fin de l’hiver suivant, & on observe de ne point déranger la terre des racines ; mais si elles sont déjà assez considérables pour garnir la circonférence intérieure de la caisse ou du pot, on les détache doucement de la terre, & on leur donne dans la fosse destinée à les recevoir, une direction oblique qui leur permette de pivoter. Trois ans après, ces arbres auront acquis assez de force en pépinière, pour être transplantés à demeure.

Si on étoit moins pressé de jouir, je dirois à ceux qui ont le temps d’attendre, & qui aiment les beaux arbres, plantez les boutures sur le lieu même où l’arbre doit rester à demeure, travaillez convenablement le sol chaque année, donnez-lui les arrosemens nécessaires, & cet apparence de retard vous fera dans la suite gagner plusieurs années, & hâtera votre jouissance.

« Un grand moyen de faire venir le platane, dit M. Daubenton, c’est de le multiplier en couchant ses branches sans qu’il soit besoin de le marcotter. C’est le parti le plus prompt, le plus facile, le plus avantageux. La plupart des plants qu’on élève de cette façon, prennent dès la première année jusqu’à dix pieds de hauteur sur une tige droite, forte & vigoureuse, qui souvent se trouve suffisamment enracinée pour être transplantée l’automne suivante ; mais si on les laisse en place, ils s’élèveront dès la seconde année jusqu’à 14 ou 15 pieds, sur 4 à 5 pouces de circonférence ; en sorte qu’en dix-huit mois de temps, car on suppose que les branches ont été couchées au printemps, on a des arbres faits, qui sont très-vigoureux, bien garnis de branches, & en état d’être transplantés à demeure. Il faut pour cela, coucher en entier des arbres de trois à quatre ans. Il est vrai que toutes les branches que l’on couche ne donnent pas des plants d’égale force ; mais il ne faudra aux plants foibles qu’une année de plus pour atteindre les plus forts. »

» Cet arbre, si petit qu’il soit, est robuste lorsqu’il a été élevé de graines, de branches couchées, ou par le moyen des racines ; mais il n’en est pas de même des plants qui sont venus de bouture. Comme ces boutures ne commencent à pousser vigoureusement qu’en été, & que leur séve se trouve encore en mouvement jusque bien avant dans le mois d’octobre, le bois ne se trouvant pas suffisamment saisonné, il arrive quelquefois qu’elles sont endommagées par les premières gelées d’automne, & ce qu’il y a de plus fâcheux, c’est que pour peu que les plants aient été gelés à la cime, il en résulte une corruption dans la séve, qui les fait entièrement périr. Mais outre que cet accident est rare, il n’arrive que dans les pays montagneux, dans les vallons terres, dans des gorges étroites, & dans le voisinage des eaux où les gelées se sont sentir plus promptement & plus vivement que dans les pays ouverts. Au surplus, cet inconvénient n’est à craindre que la première année ; dès qu’elle est passée, les plants venus de bouture sont aussi robustes que ceux qui ont été élevés d’une autre façon. »

Lorsque l’on plante une avenue, la distance d’un arbre à un autre doit être de 20 à 25, & même de 30 pieds ; il reprend fort bien, quoique son tronc soit de la grosseur de la jambe, sur-tout si on a menagé avec soin les racines. Pour les quinconces, & quand on est pressé de jouir, 15 pieds de distance suffisent. Il convient cependant d’observer que la beauté de cet arbre tient à la hauteur de sa tige, à l’agréable développement de les branches, qu’en le plantant trop près on nuit à l’un & à l’autre. Sa manière de pousser ses branches dans la forme de celle d’un parasol, fait qu’elles se touchent bientôt avec celles des platanes voisins, qu’elles se confondent, & ne s’élèvent plus à la même hauteur que si les pieds avoient été plus espacés. Si dans la suite on veut les élever en supprimant des rameaux inférieurs, on ne voit plus qu’un amas de branches sans feuilles, sinon à leur sommet. Au lieu que l’arbre convenablement espacé, élance majestueusement sa tige & ses branches, & forme ensuite un couvert admirable. Trop se presser de jouir n’est pas bien jouir.

M. Daubenton dit qu’on peut tailler cet arbre autant que l’on veut, & dans toutes les saisons ; je suis bien éloigné de chercher à contredire cet excellent observateur & cet habile praticien ; personne ne respecte plus que moi ses lumières, & ne rend plus hommage à les talens ; mais je ne vois pas le besoin de contrarier la nature en taillant, en supprimant des branches dans le temps que l’arbre est en pleine séve, Il n’en souffre pas, dira-t-on, c’est-à-dire que sa végétation est très-active, & qu’elle recouvre en peu de temps les plaies faites à l’arbre. Cette végétation auroit été bien plus forte si la séve n’avoit pas été employée à reparer les atteintes portées à son cours. Il est plus prudent d’attendre la chute des feuilles, l’époque où la séve est en repos, mais voici une observation de ce grand cultivateur, qui est très-juste.

On est obligé de mettre des tuteurs aux platanes pour les dresser & les soutenir dans leur jeunesse. Il arrive presque toujours deux inconvéniens. Les liens étranglent l’arbre promptement, l’endroit de la ligature est marqué par un bourrelet, & souvent le lien se trouve enfoncé & serré dans l’entre-deux du bourrelet supérieur & inférieur. Le vent qui a beaucoup de prise sur les grandes feuilles de cet arbre, casse souvent la tige au-dessus des tuteurs ou de la ligature supérieure. Il faut donc visiter & changer deux à trois fois les liens pendant l’été, & l’on doit se servir de perches qui soient au moins de six pieds plus hautes que l’arbre, afin de pouvoir y attacher la maîtresse tige à mesure qu’elle s’élève. Dès que les arbres peuvent se soutenir, on supprime les perches ; elles ne pourroient que leur nuire.


  1. Note de l’Éditeur. Chardin, dans la Relation de ses voyages, dit : « Les arbres les plus communs de la Perse, sont les platanes ; les persans tiennent qu’il a une vertu réelle comme la peste & contre toute autre infection de l’air ; ils assurent qu’il n’y a plus eu de contagion à Hispahan, leur capitale, depuis qu’on en a planté par-tout, comme on a fait dans les rues & dans les jardins. Il est démontré au mot Air Déphlogistiqué, Tome I, page 341 du Cours d’Agriculture, que la transpiration de presque toutes les plantes, fournit cet air pur ; que cet air s’unissant à l’air atmosphérique, le rend salubre ; que l’air que nous respirons ne contient qu’un tiers d’air pur, & les deux autres tiers d’air méphitique, & que cet air méphitique ou mortel seroit en bien plus grande quantité s’il n’étoit en grande partie absorbé par les plantes, & s’il ne servoit à leur végétation. Consultez les articles Amendement, Engrais, & le dernier chapitre du mot Agriculture. J’ai peine à croire, d’après l’opinion des persans, que la transpiration des platanes préserve de la peste. Ce mal terrible n’est point répandu dans l’air, (consultez le mot Miasme) & il est bien prouvé aujourd’hui d’après les lettres sur l’Égypte, nouvellement publiées par M. Savari, que la peste n’est point originaire ou indigène dans ce pays, mais qu’elle y est apportée par les turcs, chez qui l’absurde système de la fatalité, interdit toutes les précautions qu’on pourroit prendre pour s’en préserver ; ils sont les vrais promoteurs de ce fléau terrible. Quoiqu’il en soit, les végétaux & les arbres sur-tout, purifient l’air, & si on les multiplioit dans les grandes villes, autour des cimetières, des voiries, &c. l’on y respireroit un air bien plus salubre ; mais la santé des habitans est ce dont on s’occupe le moins.