Description d’un parler irlandais de Kerry/5-1

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Cinquième partie, chapitre I. Formes simples du verbe : personne, temps et mode.




CINQUIÈME PARTIE



LE SYSTÈME DU VERBE
LA PHRASE VERBALE





CHAPITRE PREMIER
FORMES SIMPLES DU VERBE : PERSONNE, TEMPS ET MODE

§ 156. Le système du verbe est constitué par une série (deux séries, dans le cas de quelques verbes irréguliers, cf. § 177) de formes simples et diverses séries de formes composées du verbe d’existence et du substantif ou de l’adjectif verbal.

Chaque série comporte des oppositions de personnes, de nombres, de temps ; le mode ne joue qu’un rôle restreint. Il n’y a pas d’oppositions de voix, l’action étant exprimée soit du point de vue du sujet, soit du point de vue de l’objet, selon que l’aspect impose l’un ou l’autre ; il n’y a pas de flexion passive. Entre les diverses séries intervient une opposition d’un autre ordre : celle d’aspect (voir chapitre vi).

§ 157. Personne. Il y a trois personnes à chaque nombre, et une quatrième personne, indéterminée, qui est en dehors de l’opposition de nombre.

Il n’existe pas de pluriel de courtoisie ; c’est donc toujours la deuxième personne du singulier que l’on emploie en s’adressant à une seule personne.

L’impersonnel sert à exprimer le procès tout en laissant l’agent dans l’indétermination : molfər fo:s mo hè:hər (molfar fós mo shaothar) « on louera un jour mon travail, on me rendra un jour justice » ; kœrti: dʹlʹi: ə vʹeimʹ (curtí dlighe i bhfeidhm) « on avait l’habitude d’appliquer une loi » ; le verbe d’existence possède un impersonnel, comme tout autre verbe : tɑ:hər er do hi: (táthar ar do thí) « on te « cherche », on te veut du mal ». On a fréquemment l’impersonnel pour exprimer un procès, physiologique ou mental, qui est représenté comme intéressant l’individu (objet de l’impersonnel), en dehors de toute considération de cause ou d’agent : kαlʹəχ e (cailleadh é) « il mourut » ; rœgəχ e (rugadh é) « il naquit » ; bʷinʹəχ pʹrʹαb ɑsəm (baineadh preab asam) « je sursautai » ; tikʹtər dom go... (tuigtear dom go) « je crois que... ».

§ 158. Temps. Il y a trois temps principaux (constituant chacun un thème verbal) : présent, prétérit, futur ; à ceux-ci s’ajoute, aux thèmes du présent et du futur, un temps secondaire. La succession relative des temps n’étant pas indiquée, le prétérit a également la valeur d’un passé antérieur, le conditionnel celle d’un conditionnel antérieur, etc. (cf. § 209). Le présent secondaire est un itératif du passé, dont l’opposition avec le prétérit est de l’ordre de l’aspect (§ 213) ; le futur secondaire a une double valeur : temporelle et modale. C’est à la fois un futur du passé (voir § 238) et un potentiel-conditionnel : dʹi:αrfɑ: (déarfá) « tu dirais, tu pourrais dire » ou « tu aurais dit » ; pour son emploi dans la phrase hypothétique, voir § 241.

Seul le verbe d’existence possède deux présents simples, qui s’opposent par l’aspect (§ 203).

§ 159. Mode. L’impératif et le subjonctif se rattachent au thème du présent. Si l’on met à part l’impératif (voir § 208), la place du mode dans le système est modeste. L’emploi modal du futur est le seul procédé vivant dont dispose le parler pour mentionner un procès sans lui accorder de réalité. Le subjonctif, toujours précédé de la particule go, se maintient, comme optatif, dans bon nombre de formules, pour la plupart à la troisième personne du singulier : go dugə dʹie do çiəl dœtʹ (go dtugaidh Dia do chiall duit) « Dieu te rende ton bon sens (ironique) ! » ; go mʹerʹə ə dʹiəl lʹeʃ hu (go mbeiridh an diabhal leis thú) « le diable t’emporte ! » ; go gʷirʹə dʹie er mo lʹαs mʹe (go gcuiridh Dia ar mo leas mé) « Dieu me fasse prospérer ! » ; go nʹeirʹi: do hrœs lʹαt (go n‑eirighidh do thurus leat) « que ton voyage te réussisse ! » ; Peig, p. 58, nár fheicidh Dia dealbh go deo thú « que Dieu ne te voie jamais pauvre » ; à la première personne : go rɑud egə dʹie mɑ: (go rabhad ag Dia ma...) « Que je sois à Dieu (= que je meure) si... » ; et cf. § 217.

En dehors de ces formules le subjonctif subsiste sporadiquement avec valeur subjonctive, dans la subordonnée avec go, finale, temporelle, etc. : tɑr χu:m ə lʹαh go gʹi:rə mʹe tolt bʹrʹɑ: gruegʹə (tar chugham i leath go gcíorraidh mé t’fholt breágh gruaige) « viens près de moi, que je peigne ta belle chevelure ».

Le substantif et l’adjectif verbaux sont de véritables noms, non seulement par la formation et par la flexion (§ 66) mais aussi par la plupart de leurs constructions (§ 244, mais cf. § 245). Ils n’en rentrent pas moins dans le système du verbe, entant qu’ils servent à former les séries composées qui sont parties intégrantes de ce système. Le substantif verbal présente par ailleurs les mêmes oppositions d’aspect que les formes personnelles du verbe (voir § 213).