Description d’un parler irlandais de Kerry/5-4

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Cinquième partie, chapitre IV. Verbes irréguliers.


CHAPITRE IV
VERBES IRREGULIERS

§ 175. Les verbes irréguliers sont caractérisés par l’indépendance des divers thèmes temporels, par l’existence de thèmes conjoints, par des anomalies dans les mutations initiales et dans l’emploi des particules (signalées § 216), enfin par quelques désinences étrangères aux flexions régulières.

§ 176. 1º Les thèmes temporels peuvent être tirés de radicaux différents : prés. tʹe:mʹ (téighim) « je vais », prét. χuəs (chuadhas), fut. rɑid (raghad) ; ou un seul et même radical peut présenter, d’un thème à l’autre, des alternances irrégulières : dʹerʹəmʹ (deirim) « je dis », fut. dʹi:αrhəd (déarfad).

Dans un cas, celui du verbe d’existence, il existe, à côté du thème de présent habituel, un thème de présent actuel, correspondant pour l’aspect au présent « cursif » des verbes réguliers (cf. § 205). Ce fait influe sur toute la structure du système verbal, puisque le verbe d’existence sert à former les temps composés de tous les autres verbes (chapitre vi).

§ 177. 2º Un certain nombres de verbes, des plus usuels, possèdent, à un ou à plusieurs temps, deux thèmes, dits « absolu » et « conjoint », assez distincts l’un de l’autre pour se présenter comme formés de deux radicaux différents.

On a le thème absolu dans la phrase libre, positive, ainsi que dans la phrase relative directe, et après les conjonctions autres que go et dɑ:. On a le thème conjoint après les négations et conjonctions négatives (mɑrə), après la particule interrogative, le relatif indirect ou de généralité, la particule complétive go, gœr, et après dɑ: (dá) « si ».

L’impératif se rattache, formellement, au thème de présent conjoint.

Thèmes conjoints en usage dans le parler.

Les formes conjointes sont données ci-dessous, comme les formes absolues, avec initiale non modifiée, quoique les circonstances dans lesquelles elles apparaissent font qu’elles sont le plus souvent aspirées ou nasalisées. On aura cependant l’initiale non modifiée, e.g. après l’interrogatif ou le relatif négatif : nɑ: fʷilʹ (ná fuil) « n’est-il pas ? », à côté de vʷilʹ (an bhfuil) « est-il ? ».

Formes absolues. Formes conjointes.
tɑ:mʹ (táim) « je suis » fʷilʹəmʹ (fuilim)
(ces deux thèmes ne forment ni présent secondaire ni impératif)
 prét. vʹi:s (bhíos) rɑus (rabhas).
dʹerʹəmʹ (deirim) « je dis » ɑbri:mʹ (abraighim)
 fut. dʹi:αrhəd (déarfad) ɑbro:d (abrochad)
jeimʹ (gheibhim), « j’obtiens » fɑimʹ (faghaim)
 fut. jo:d (gheobhad) fαjəd (faghad).
kʹi:mʹ, çi:m’ (chím) « je vois » fʹikʹəmʹ (feicim)
 Prét. χnuk (chonnac) α (feaca)
 fut. kʹi:həd, çi:həd (chífead) fʹikʹəd (feicfead)
χuəs (chuadhas) « j’allai » αis (deachas).

Nous aurons l’occasion de voir, à propos de chacun de ces verbes, comment le sentiment de l’emploi de ces thèmes se perd dans l’usage, ce qui amène soit la confusion entre le thème absolu et le thème conjoint, qui sont employés indifféremment l’un pour l’autre, soit l’élimination de l’un des deux. Seul le verbe d’existence maintient rigoureusement l’opposition, non seulement formelle, mais fonctionnelle, ce qui en entraîne le maintien dans tout le système verbal composé.

§ 178. 3º Certains thèmes ne sont pas assujettis aux mutations initiales, soit qu’ils présentent toujours la forme radicale, ou une forme aspirée ; ainsi de tous les thèmes du verbe dʹerʹəmʹ (§ 184) : nʹi derʹəmʹ e « je ne dis pas cela » ; dans un thème qui a partout la forme aspirée, avec phonème initial ne se présentant pas normalement en début de mot non modifié (voir § 9), on peut noter une tendance à rétablir l’initiale non aspirée, d’où kʹi:mʹ à côté de ci:mʹ (chím) (voir § 190) ; gʹo:d (geobhad) n’est guère dans le parler qu’un doublet de jo:d (gheobhad), cf. § 186.

Pour l’emploi des particules sans ‑r devant des prétérits irréguliers, voir § 216.

§ 179.Désinences anomales :

désinence zéro, avec finale palatale, à la troisième personne du singulier de l’indicatif : dʹerʹ ʃe (deir se) ; cf. § 180 ;

désinence zéro, avec finale vélaire, à la première personne du singulier du prétérit : χnuk (chonnac) ; cf. § 184, 190, 191, 192, 194 ;

désinence ‑i:ʃ, de 2e pers. sg. du prétérit dans des verbes par ailleurs de flexion brève : χnikʹi:ʃ (chonnacais), αki:ʃ (bhfeacais ?) « as-tu vu ? » du:ri:ʃ (dubhrais), χuəli:ʃ (chualais) ;

impersonnel du prétérit en ‑əs, ‑həs, ‑əhəs : knukəhəs (conncathas) ; cf. §§ 184, 187, 190 sq. ;

désinence ‑əm de 1re pers. plur. du futur, subsistant d’ailleurs à l’état de traces dans la flexion régulière (voir § 169). Même désinence de 1re pers. plur. à l’impératif dans tɑgəm (tagam), voir § 192.

Pour les impératifs anomaux, cf. §§ 183, 192, 193.

Paradigmes.

§ 180. Le verbe d’existence tɑ:mʹ (táim) « je suis ».

Présent actuel.

Absolu. Conjoint.
Sg. 1. tɑ:mʹ (táim) fʷilʹəmʹ (fuilim)
2. ti: (taoi), tɑ:rʹ (táir)
tɑ:n tu (tánn tu),
ti:nʹ tu (taoin tu)
fʷilʹərʹ (fuilir), fʷilʹən tu
(fuileann tu)
3. tɑ: ʃe, ʃi (tá sé, sí) fʷilʹ ʃe, ʃi (fuil se, si)
Pl. 1. tɑ:mʹi:dʹ, tɑ:mʹədʹ (táimíd) fʷilʹimʹi:dʹ (fuilimíd)
2. tɑ:n ʃivʹ, tɑːnʹ ʃivʹ (tánn sibh)  fʷilʹən ʃivʹ, fʷilʹənʹ ʃivʹ (fuileann sibh)
3. tɑ:d (táid), tɑ: ʃiəd (tá siad) fʷilʹədʹ (fuilid), fʷilʹ ʃiəd (fuil siad)
Impers. tɑ:hər (táthar) fʷilʹtʹər (fuiltear)

Présent d’habitude.

Sg. 1. bʹi:mʹ (bím)
2. bʹi:n tu (bíonn tu)
3. bʹi:n ʃe, ʃi (bíonn sé, sí)
Pl. 1. bʹi:mʹi:dʹ (bímíd)
2. bʹi:nʹ ʃivʹ (bíonn sibh)
3. bʹi:dʹ (bíd), bʹi:n ʃiəd (bionn siad)
Impers. bʹi:tʹər, bʹi:tər (bítear)

Imparfait.

Sg. 1. vʹi:nʹ (bhínn) Pl. 1. vʹi:mʹi:ʃtʹ (bhímís)
2. vʹi:hɑ: (bhítheá) 2. vʹi:χ ʃivʹ (bhíodh sibh)
3. vʹi:χ ʃe, ʃi (bhíodh sé, sí) 3. vʹi:dʹi:ʃtʹ (bhídís).
Impers. bʹi:ti: (bítí) ou do vʹi:tʹi: (do bhítí)

Impératif.

Pl. 1. bʹi:mʹi:ʃtʹ (bímís)
Sg. 2. bʹi: (bí) 2. bʹi:gʹ (bidhidh), bʹi:χ
ʃivʹ (bíodh sibh)
3. bʹi:χ (bíodh)
Impers. bʹi:tər (bitear). 3. bʹi:dʹi:ʃtʹ (bídís)

Prétérit.

Absolu. Conjoint.
Sg. 1. vʹi:s (bhíos) rɑus (rabhas)
2. vʹi:ʃ (bhís) rɑuʃ (rabhais)
3. vʹi: ʃe (bhí se) revʹ ʃe (raibh se)
Pl. 1. vʹi:mərʹ (bhíomair) rɑumərʹ (rabhamair)
2. vʹi:vərʹ (bhíobhair)  rɑuwərʹ (rabhabhair)
3. vʹi:dər (bhíodar) rɑudər (rabhadar)
Impers. vʹi:həs (bhítheas) rɑuhəs (rabhthas)
Futur.
Sg. 1. bʹed (bead)
2. bʹerʹ (beir), bʹe tu (beidh tu)
3. bʹegʹ (beidh), bʹe ʃe (beidh se)
Pl. 1. bʹem (beam), bʹemʹi:dʹ (beimid)
2. bʹe ʃivʹ (beidh sibh)
3. bʹedʹ (beid), bʹe ʃiəd (beidh siad)
Impers. bʹefər (beifear)

Futur secondaire.

Sg. 1. vʹenʹ (bheinn) Pl. 1. vʹemʹi:ʃtʹ (bheimís)
2. vʹefɑ:, vʹefə (bheifeá) 2. vʹeαχ ʃivʹ (bheadh sibh)
3. vʹeαχ ʃe (bheadh se) 3. vʹedʹi:ʃtʹ (bheidís)
Impers. vʹefʷi: (bheifí), bʹefʷi: (beifí)

Subjonctif.

Sg. 1. rɑud (rabhad) Pl. 1. rɑumi:dʹ, rαumʹi:dʹ (rabhaimid)
2. rαurʹ (rabhair) 2. revʹ ʃivʹ (raibh sibh)
3. revʹ ʃe (raibh se) 3. revʹ ʃiəd (raibh siad)

Substantif verbal : vʹeh (bheith). Pas d’adjectif verbal.

§ 181. Les diverses formes de 2e pers. sg. du présent s’employent indifféremment. A la 1re pers. pl. du futur, bʹem est moins usuel que n’est bʹemʹi:dʹ, mais non exceptionnel : bʹemnə e fαrʹə (beam-ne ag faire) « nous serons sur nos gardes ».

L’initiale de l’impersonnel est aspirée, fréquemment aux temps secondaires, normalement au prétérit : vʹi:tʹi: e dœl ɑun go mʹnʹikʹ ən uerʹ ʃinʹ (bhiti ag dul ann go minic an uair sin) « on y allait fréquemment dans ce temps-là » ; B. O. II, 204... mar do bhíthas ar a thóir « car on était à sa poursuite ».

Particules : le présent conjoint, combiné avec la négation, donne nʹi:lʹəmʹ, nʹi:lərʹ etc.

On a les formes sans ‑r des particules devant le prétérit et devant le subjonctif : nʹi: rɑus (ní rabhas) « je n’étais pas », nɑ: re mαh əgɑt (ná raibh maith agat) « je n’ai pas lieu de te remercier ». Après les particules qui aspirent on rencontre, chez certains sujets âgés, une forme aspirée de l’initiale du prétérit et du subjonctif : nʹi: rʹαus (voir Phonétique, § 84).

§ 182. bʹerʹəmʹ (beirim) « je porte », « je mets au monde » ; plus ou moins confondu avec vʹerʹəmʹ (cf. § 183).

La flexion, une fois les thèmes donnés, est régulière :

Présent : bʹerʹəmʹ (beirim).

Imparfait : vʹerʹənʹ (bheirinn), vʹertɑ: (bheirteá), etc.

Prétérit : rœgɑs (rugas) ou rʹugəs (riugas), etc. Impers. rœgəχ ou rʹugəχ (rugadh). Il y a aussi un prétérit régulier : vʹerʹəs, etc.

Futur. bʹi:αrhəd (béarfad).

Fut. sec. vʹiαrhənʹ (bhéarfainn), etc. Impers. : bʹiαrfʷi: ou vʹi:αrfʷi: (béarfaí).

Subjonctif. go mʹerʹə (go mbeiridh), etc.

Subst. verb. bʹrʹeh (breith). Adj. verb. bʹerʹhə (beirthe).

On a toujours le prétérit rʹugəs, rœgəs, au sens de « mettre au monde », en parlant de l’espèce humaine : rʹugəχ e « il est né » ; on a en revanche le prétérit régulier, dans le même sens, lorsqu’il s’agit d’animaux : bʹerʹəχ e (beireadh é). Le prétérit vʹerʹəs s’emploie également, concurremment au prétérit irrégulier, au sens général de « porter », « se saisir de » : vʹerʹ ʃe erʹ (bheir se air) « il l’attrapa, le saisit ».

Particules : On a habituellement les particules avec ‑r devant le prétérit irrégulier, parfois les particules sans ‑r : kɑ: rœgəχ e (cá rugadh é) « où est-il ne ? », toujours les particules avec ‑r devant le prétérit régulier : kɑ:r bʹerʹəχ iəd (cár beireadh iad) « où sont-ils nés ? (en parlant d’animaux) ».

§ 183. tugəmʹ (tugaim) « je donne, j’apporte ».

Présent. tugəmʹ (tugaim), etc.

Imparfait. hugənʹ (thugainn), hugtɑ: (thugtá), etc. Impers. : tugti: (tugtí) ou do hugti:.

Impératif. Sg. 2. tu:rʹ (tabhair), 3. tugəχ ʃe (tugadh se), etc.

Prétérit., hugəs (thugas), etc. Impers, tugəχ (tugadh).

Futur. tu:rhəd (tabharfad).

Fut. sec. hu:rhənʹ, tu:rhənʹ (tabharfainn). Impers. tu:rfʷi: (tabharfaí).

Substantif verbal. tu:rtʹ (tabhairt). Adj. verb. tu:rhə (tabhartha) ou tukə (tugtha).

Le prétérit prend les particules avec ‑r : nʹi:r hug.

On a un présent vʹerʹəmʹ (bheirim) dans vʹerʹəmʹ mokal dœtʹ (bheirim m’fhocal duit) « je te donne ma parole ».

§ 184. dʹerʹəmʹ (deirim) « je dis ».

L’opposition fonctionnelle entre un thème absolu dʹerʹ- et un thème conjoint ɑbr- ne subsiste plus qu’à l’état de traces, les deux thèmes étant employés le plus souvent indifféremment l’un pour l’autre, et ɑbri:mʹ, passé à la flexion longue, se comportant comme un présent indépendant, en face duquel on a un futur régulier de flexion longue. Cependant les deux verbes gardent en commun l’impératif et le prétérit ; aussi les conservons-nous ici dans un même paradigme.

Présent.

Absolu. Conjoint.
Sg. 1. dʹerʹəmʹ (deirim) ɑbrəmʹ (abraim) ou ɑbri:mʹ
2. dʹerʹərʹ (deirir),
dʹer tu (deir tu),
dʹerʹən tu (deireann tu)
ɑbri:n tu (abraigheann tu)
3. dʹer ʃe (deir sé),
dʹerʹən ʃe (deireann sé), etc. 
ɑbrən ʃe (abrann se),
ɑbri:n ʃe (abraigheann se), etc.
Impers. dʹertər (deirtear) ɑbərtɑr (abartar)

Imparfait.

Sg. 1. dʹerʹən (deirinn), etc.      dɑbri:nʹ (d’abraighinn), etc.

Impératif.

Sg. 2. ɑbərʹ (abair)
3. ɑbri:χ ʃe (abraigheadh sé)
Pl. 1. ɑbri:mʹi:ʃtʹ (abraighimis)
2. ɑbri:gʹ (abraighidh), ɑbri:χ ʃivʹ (abraigheadh sibh)
3. ɑbri:dʹi:ʃtʹ (abraighidís) ou ɑbərdʹi:ʃtʹ (abairdís).
Impers. ɑbərtər (abartar) ou ɑbri:tər (abraightear)

Prétérit.

Sg. 1. du:rt (dubhart) Pl. 1. du:rəmərʹ (dubhramair)
2. du:ri:ʃ (dubhrais) 2. du:rəvərʹ (dubhrabhair)
3. du:rtʹ ʃe (dubhairt se) 3. du:rədər (dubhradar)
Impers. du:rəχ (dubhradh), du:rəhəs (dubharthas), souvent prononcé du:rəhərs, cf. § 179.

Futur.

Sg. 1. dʹi:αrhəd (déarfad), etc.  ɑbro:d (abróchad), etc.
Impers. dʹi:αrfər (déarfar) ɑbro:fər (abróchthar).

Futur sec.

Sg. 1. dʹi:αrhənʹ (déarfainn)  dɑbro:nʹ (d’abróchainn)
Impers. dʹi:αrfʷi: (déarfai) dɑbro:fʷi: (d’abróchthaí).
Subst. verb. rɑ: (radh). Adjectif verbal rɑ:tʹə (ráidhte).

§ 185. Le thème dʹerʹ- n’est pas sujet à mutations initiales. On le trouve aussi bien en fonction conjointe qu’en fonction absolue : ə derʹən tu lʹum e (an deireann tu liom é ?) « me l’affirmes-tu ? ». Le thème ɑbr- se trouve en fonction conjointe (où il conserve parfois sa flexion brève), mais aussi en fonction absolue : nʹi ɑbrən gɑlər fɑdə bʹrʹi:αg (ní abrann galar fada bréag) « une longue maladie ne ment pas (prov.) » ; ɑbro:d (abróchad) « je dirai ».

Le thème de futur dʹi:αrh‑, et le thème de prétérit ne sont pas sujets à mutations initiales. Le prétérit prend la forme sans ‑r des particules : nʹi: du:rt (ní dubhart).

§ 186. gɑimʹ (gabhaim) « je prends, je saisis ». Ce verbe s’est plus ou moins confondu avec le suivant, et il ne subsiste guère à l’état distinct que dans des sens restreints (« prendre » un chemin) ou dans des formules toutes faites (« demander » pardon) ; le futur préserve sa vitalité dans la mesure où il s’est agrégé au paradigme de jeimʹ. En revanche le substantif verbal, ainsi que les formes qui en sont composées, est très usuel.

Présent. Sg. 1. gɑimʹ (gabhaim) dans gɑimʹ pɑ:rdu:n əgɑt (gabhaim párdún agat) « je te demande pardon », etc.

Imparfait. do ǥɑiti: ɑun go mʹnʹikʹ (do ghaibhtí ann go minic) « on passait souvent par là ».

Impératif. gαvʹ əgɑm (gaibh agam) « excuse-moi ».

Prétérit. Sg. 1. ǥɑis (ghabhas), 2. ǥɑiʃ (ghabhais), 3. ǥαvʹ ʃe (ghaibh sé), etc.

Futur. gʹo:d (geobhad), employé concurremment à jo:d (voir § suivant) et dans le même sens.

Futur secondaire, ne se distingue pas de celui de jeimʹ.

Subst. verb. gvɑ:lʹtʹ (gabháil) ; adj. verb. gɑfə (gabhtha) : gɑfə suəs sən obərʹ (gabhtha suas san obair) « plongé dans le travail ».

Le prétérit prend les particules en ‑r. gœr ǥɑis (gur ghabhas) « que je pris ».

§ 187. jeimʹ (gheibhim) « j’obtiens », « I get ».

Présent.

Absolu. Conjoint.
Sg. 1. jeimʹ (gheibhim), etc.  fɑim (faghaim) etc.

Imparfait.

Sg. 1. jeinʹ (gheibhinn), etc. peu usité.  ɑinʹ, ǥɑinʹ (faghainn), etc., etc.
Impers. jeitʹi: (gheibhti), peu usité. fɑiti: (faghtaoi).

Impératif.

Sg. 2. fɑigʹ, fʷigʹ (fagh) Pl. 1. fɑimʹi:ʃtʹ (faghaimís).
3. fαχ ʃe (faghadh sé). 2. fʷigʹi:gʹ (faghaidh)
3. fɑidʹi:ʃtʹ (faghaidís).

Prétérit.

Sg. 1. fuerʹəs (fuaireas), 2. fuerʹi:ʃ ou fuerʹəʃ (fuairis), fuerʹ ʃe (fuair sé), etc.

Impers. fuərhəs, ou fuərəhəs ou fuerʹhəs, fuerʹəhəs (fuarthas) souvent prononcé fuerʹəhərs. Aussi fuerʹəχ (fuaireadh).

Futur.

Absolu. Conjoint.
Sg. 1. jo:d (gheobhad), et aussi gʹo:d, etc.  fαjəd (faghad), fɑi mʹe (fagha me), etc.

Futur sec.

Sg. 1. jo:nʹ (gheobhainn), etc.  vɑinʹ (bhfaighinn)
2. jo:fɑ: (gheobhthá), etc. vɑifɑ: (bhfaighthá)
Impers. jo:fʷi: (gheobhthaí). vɑifʷi: (bhfaighthí).

Subst. verb. fɑ:lʹtʹ (fagháil). Adj. verb. χ (faghta).

§ 188. Au présent, fɑimʹ tend à être employé aussi bien en fonction absolue qu’en fonction conjointe, et à éliminer jeimʹ que beaucoup de sujets n’emploient plus ; à l’impersonnel on a presque constamment fɑitər pour jeitʹər. De même à l’imparfait, fɑiti: pour jeitʹi. Au futur en revanche le thème absolu se rencontre en fonction conjointe : nʹi jo:rʹ, à côté de nʹi vɑirʹ. La distinction fonctionnelle est d’ailleurs maintenue, quoique non pas rigoureusement, chez les sujets âgés : cf. Peig, p. 36 : gheobhair cad ’n‑a thaobh ná faighfeá ? « tu l’obtiendras, pourquoi ne l’obtiendrais-tu pas ? » On rencontre gʹo:d, etc., sans aspiration, qui est proprement le futur de gɑimʹ, comme futur de jeimʹ.

Alternances initiales.

L’f initial du thème conjoint présente deux formes « aspirées » ; au présent on a nʹi ɑimʹ ou nʹi vɑimʹ. Pour le prétérit, voir plus bas. Aux temps secondaires il y a répartition.

Le futur secondaire conjoint se confondrait en effet (sauf à la deuxième personne du singulier et à l’impersonnel) avec l’imparfait, si l’usage n’introduisait une différenciation dans la mutation initiale : nʹi vɑidʹi:ʃtʹ (ní bhfaighidís) « ils n’obtiendraient pas », mais nʹi ɑidʹi:ʃtʹ, ou nʹi ǥɑidʹi:ʃtʹ (ní fhaghaidís) « ils n’obtenaient pas ».

Le prétérit prend les particules sans ‑r : kɑ: vuerʹəʃ e (cá bhfuairis é ?) « où l’as-tu trouvé ? » ; on rencontre sporadiquement les particules avec ‑r : nʹi:r vuerʹəs ; le thème ne subit pas l’aspiration : is ɑnəv ə fuerʹ ʃe (is annamh a fuair se) « c’est rarement qu’il a obtenu... » ; mais il arrive qu’on ait la forme nasalisée v, en fonction de forme aspirée.

§ 189. dʹinʹəmʹ (deinim) « je fais ». Régulier dans le parler, à part le degré vocalique du thème du futur. A côté du thème de présent et de prétérit dʹinʹ- on a un thème dʹe:nʹ‑, particulièrement à l’impératif (surtout négatif) : nɑ: dʹe:nʹ (ná déin) « ne le fais pas ! » ; et aux impersonnels : à l’imparfait : dʹe:nʹtʹi: à côté de dʹinʹtʹi: (deintí) ; de même au prétérit : je:nʹəs ou jinʹəs (dheineas), impers. dʹinʹəχ ou dʹe:nʹəχ (deineadh). Il n’y a pas trace de prétérit irrégulier, non plus que de thèmes conjoints.

Futur : dʹi:αnhəd (déanfad), fut. sec. ji:αnhənʹ (dhéanfainn), impers. dʹi:αnfʷi: (déanfaí) ou ji:αnfʷi: (dhéanfaí). Subjonctif : go nʹenʹə ʃe (go ndeinidh sé) « qu’il fasse ».

§ 190. kʹi:mʹ ou çi:mʹ (chím) « je vois ».

Présent.

Absolu. Conjoint.
Sg. 1. kʹi:mʹ (cím). fʹikʹəmʹ (feicim)
Impers. kʹi:tʹər (cítear).  fʹikʹtʹər (feictear)

Imparfait.

Sg. 1. çi:nʹ (chínn),
2. çi:tɑ: (chítá), etc.
fʹikʹənʹ (feicinn)
Impers. çi:tʹi: ou kʹi:tʹi: (cítí)  fʹikʹti: (feicti).

Impératif.

Sg. 2. fʹikʹ (feic), Pl. 2.
fʹikʹəgʹ (feicidh).
     

Prétérit.

Absolu. Conjoint.
Sg. 1. χnuk (chonnac) α (feaca)
2. χnikʹi:ʃ (chnuicis) αki:ʃ (feacais)
3. χnikʹ ʃe (chonnaic se), 
etc., etc.
αkə ʃe (feaca se), etc.
Impers. knokəhəs, knokəhərs
(conncathas), knukəs
(conncas).
αkəhəs, fʹαkəhərs
(feacthas), αkəs
(feacas).

Futur.

Absolu. Conjoint.
Sg. 1. kʹi:həd (cífead), etc. fʹikʹəd (feicfead), etc.

Futur sec.

Absolu. Conjoint.
Sg. 1. çi:hənʹ (chífinn) fʹikʹən (feicinn)
Impers. kʹi:fʷi: (cífí) fʹikʹfʷi: (feicfi)
Subst. verb. fʹeʃgʹənʹtʹ (feiscint).
Adj. verb. fʹeʃgʹəhə (feiscithe)
ou fʹikʹəhə (feicthe).

La distinction fonctionnelle des thèmes absolus et conjoints est assez généralement maintenue : ə vʹekʹən tu e. kʹi:mʹ « le vois-tu ? Je le vois ». De même au prétérit et au futur. Les confusions ne sont cependant pas exceptionnelles ; cf. p. 197 níor mhaith liom go gcífinn an áit, « je n’aimerais pas revoir l’endroit ».

L’impératif est rare, du fait que « vois » équivalant le plus souvent à « regarde », on a alors fʹi:αχ (féach), de fʹi:αχəmʹ (féachaim) « je regarde ». Cf. cependant B. O. II, 202 : ná fic a bhficfir « ne vois pas ce que tu verras ».

Le prétérit prend les particules sans ‑r : ə vʹαki:ʃ nʹi α (an bhfeacais ? Ní fheaca) « As-tu vu ? Non ».

§ 191. klœʃəmʹ (cloisim) « j’entends », verbe régulier, sauf au prétérit :

Prétérit : Sg. 1. χuələ (chuala), 2. χuəli:ʃ (chualais), 3. χuələgʹ (chualaigh), χuələ ʃə (chualaigh se). Impers. : kuələhəs (cualathas), kuələhərs, ou χuələhərs.

Subst. verb. klœʃtʹənʹt (cloistint) ; adj. verb. klœʃtʹə (cloiste).

L’impératif est aussi rare que celui du verbe kʹi:mʹ, et pour la même raison de sens. Cf. cependant la suite du passage cité au paragraphe précédent : agus ná clois a chloisfir « et n’entends pas ce que tu entendras ».

Le prétérit prend les particules avec ‑r : nʹi:r χuələ (níor chuala).

§ 192. tɑgəmʹ (tagaim), « je viens ».

Thème de présent régulier, sauf à l’impératif.

Impératif.

Sg. 2. tɑr, tα (tar), 3. tɑgəχ ʃe (tagadh sé), etc., pl. 1. tɑgəm (tagam), 3. tɑgi:gʹ (tagaidh), 3. tɑgədʹi:ʃtʹ (tagaidís).

Prétérit.

Sg. 1. hɑ:nə (thánag), 2. hɑ:nʹi:ʃ (tháinis), 3. hɑ:nʹə ʃe (tháinigh sé).

Impers. hɑ:nəhəs, hɑ:nəhərs (thángas).

Futur.

Sg. 1. tukəd (tiocfad), etc.

Subst. verb. αχt (teacht). Adj. verb. tɑkəhə (tagtha).

Le prétérit prend les particules avec ‑r : ər hɑ:nʹəgʹ (ar tháinigh) « est-il venu ? » ; sporadiquement bʷi jɑ:r go dɑ:nʹə ʃe (budh ghearr go dtáinigh sé) « il ne fut pas long à venir », cf. § 216.

§ 193. tʹe:mʹ (téighim) « je vais ».

Thème de présent régulier, sauf à l’impératif.

Impératif.

Sg. 2. tʹe:rʹə (téire), 3. tʹe:χ ʃe (téigheadh se),
Pl. 1. tʹi:αnəm (téanam),
2. te:gʹi:gʹ (téigidh) ou ti:αni:gʹ (téanaighidh), 3. tʹe:dʹi:ʃtʹ (téighidis).

Prétérit.

Absolu. Conjoint.
Sg. 1. χuəs (chuadhas) αis (deaghas), do jαis
2. χueʃ (chuadhais) α (deaghais), do jα
3. χuegʹ (chuaidh), χuə ʃe
(chuaidh se), etc.
dαi ʃe (deaghaidh se),
do jαi ʃe, etc.

Impers. kuəhəs, χuəhəs (cuadhthas).

Thème de futur régulier :

Sg. i. rαjəd ou rɑid (raghad), etc.

Subst. verb. dœl ou dol (dul). Adj. verb. dœltə ou doltə (dulta).

Au prétérit, χuəs est constant, aussi bien en fonction conjointe qu’en fonction absolue, αis ne s’entendant guère que dans les chansons ou dans les contes. L’un et l’autre thèmes prennent les particules avec ‑r.

§ 194. αdər (feadar), « je sais » : n’a qu’un présent, fléchi comme un prétérit.

Sg. 1. αdər (feadar), 2. αdri:ʃ (feadrais), 3. αdərʹ (feadair), αdər ʃe (feadar se), etc.

Il n’y a pas d’impersonnel ; ce verbe ne s’employe qu’interrogativement ou négativement : ə vʹαdri:ʃ (an bhfeadrais ?) « est-ce que tu sais ? »

§ 195. i:nʹʃəmʹ (innsim) « je dis », régulier, sauf quant à la formation du thème du futur (voir § 173).

§ 196. ihəmʹ (ithim) « je mange », régulier, sauf quant à la formation du thème du futur : i:səd (íosad), etc.

§ 197. tɑ:rli:mʹ (tarluighim) « j’arrive, je me produis ». Ce verbe s’est constitué une flexion longue complète et régulière.

Prétérit hɑ:rli:s (thárluigheas), 3e pers. du sing. hɑ:rlə (thárla) et hɑ:rləgʹ.

§ 198. rɑ:ŋgʷi:mʹ (ránguighim) est dans le parler un verbe régulier de flexion longue, employé surtout au prétérit : rɑ:ngəgʹ ʃe (ránguigh sé) « il réussit à » ; dɑ: rɑ:ngo:χ ʃe lʹum (dá rángóchadh sé liom) « s’il m’arrivait de ».