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Dictionnaire infernal/6e éd., 1863/Lettre R

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Henri Plon (p. 569-586).
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Rabbats, lutins qui font du vacarme dans les maisons et empêchent les gens de dormir. On les nomme rabbats parce qu’ils portent une bavette à leur cravate, comme les gens qu’on appelle en Hollande consolateurs des malades, et qui ne consolent personne.

Rabbins, docteurs juifs qui, rebelles à la vérité, furent longtemps soupçonnés d’être magiciens et d’avoir commerce avec les démons[1].

Rabdomancie, divination par les bâtons. C’est une des plus anciennes superstitions. Ézéchiel et Osée reprochent aux Juifs de s’y laisser tromper. On dépouillait, d’un côté et dans toute sa longueur, une baguette choisie ; on la jetait en l’air ; si, en retombant, elle présentait la partie dépouillée, et qu’en la jetant une seconde fois elle présentât le côté revêtu de l’écorce, on en tirait un heureux présage. Si, au contraire, elle tombait une seconde fois du côté pelé, c’était un augure fâcheux. Cette divination était connue chez les Perses, chez les Tartares et chez les Romains. La baguette divinatoire, qui a fait grand bruit sur la fin du dix-septième siècle, tient à la rabdomancie. Voy. Baguette. Bodin dit qu’une sorte de rabdomancie était de son temps en vigueur à Toulouse ; qu’on marmottait quelques paroles ; qu’on faisait baiser les deux parties d’un certain bâton fendu, et qu’on en prenait deux parcelles qu’on pendait au cou pour guérir la fièvre quarte.

Rachaders, génies malfaisants des Indiens.

Radcliffe (Anne), Anglaise qui publia, il y a cinquante ans, des romans pleins de visions, de spectres et de terreurs, comme les Mystères d’Udolphe, etc.

Ragalomancie, divination qui se faisait avec des bassinets, des osselets, de petites balles, des tablettes peintes, et que nul auteur n’a pu bien expliquer[2].

Rage. Pour être guéri de la rage, des écrivains superstitieux donnent ce conseil : On mangera une pomme ou un morceau de pain dans lequel on enfermera ces mots : Zioni, Kirioni, Ezzeza ; ou bien on brûlera les poils d’un chien enragé, on en boira la cendre dans du vin, et on guérira[3].

Le seul moyen sûr de guérir la rage et qui n’a jamais manqué, c’est d’aller à Saint-Hubert, comme l’attestent les noms de plus de trois cent mille pèlerins qui y sont enregistrés.

Raginis, espèce de fées chez les Kalmouks. Elles habitent le séjour de la joie, d’où elles s’échappent quelquefois pour venir au secours des malheureux. Mais elles ne sont pas toutes bonnes ; c’est comme chez nous.

Raguse (George de), théologien, médecin et professeur à l’université de Padoue, a publié un livre rare sur les divinations, où il traite spécialement de l’astrologie, de la chiromancie, de la physiognomonie, de la géomancie, de la nomancie, de la cabale, de la magie, etc. Paris, 1623, in-8°.

Rahouart, démon que nous ne connaissons pas. Dans la Moralité du mauvais riche et du ladre, imprimée à Rouen, sans date, chez Durzel, et

 
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jouée à la fin du quinzième siècle, Satan a pour compagnon le démon Rahouart. C’est dans sa hotte que Rahouart emporte l’âme du mauvais riche quand il est mort.

Raiz. Voy. Retz.

Raide (Marie de la), sorcière qu’on arrêta à l’âge de dix-huit ans, au commencement du dix-septième siècle. Elle avait débuté dans le métier à dix ans, conduite au sabbat pour la première fois par la sorcière Marissane. Après la mort de cette femme, le diable, selon la procédure, la mena lui-même à son assemblée, où elle avoua qu’il se tenait en forme de tronc d’arbre. Il semblait être dans une chaire, et avait quelque ombre humaine fort ténébreuse. Cependant elle l’a vu sous la figure d’un homme ordinaire, tantôt rouge, tantôt noir. Il s’approchait souvent des enfants, tenant un fer chaud à la main ; mais elle ignore s’il les marquait. Elle n’avait jamais baisé le diable ; mais elle avait vu comment on s’y prenait : le diable présentait sa figure ou son derrière, le tout à sa discrétion et comme il lui plaisait. Elle ajouta qu’elle aimait tellement le sabbat qu’il lui semblait aller à la noce, « non pas tant, par la liberté et licence qu’on y a, mais parce que le diable tenait tellement liés leur cœur et leurs volontés qu’à peine y laissait-il entrer nul autre désir ». En outre les sorcières y entendaient une musique harmonieuse, et le diable leur persuadait que l’enfer n’est qu’une niaiserie, que le feu qui brûle continuellement n’est qu’artificiel. Elle dit encore qu’elle ne croyait pas faire mal d’aller au sabbat, et que même elle avait bien du plaisir à la célébration de la messe qui s’y disait, où le diable se faisait passer pour le vrai Dieu. Cependant elle voyait à l’élévation l’hostie noire[4]. Il ne paraît pas que Marie de la Raide ait été ! brûlée ; mais on ignore ce que les tribunaux en firent.

Raleigh (Walter), courtisan célèbre de la reine ; Élisabeth. Il se vante d’avoir vu, dans l’Amérique du Sud, des sauvages trois fois aussi grands que des hommes ordinaires, des cyclopes qui avaient les yeux aux épaules, la bouche sur la j poitrine et la chevelure au milieu du dos.

Rambouillet. Le marquis de Rambouillet, partant avec Louis XIV pour la guerre de Flandre, I et le marquis de Précy retenu au lit par la fièvre, s’étaient promis que celui des deux qui mourrait le premier viendrait donner à l’autre des nouvelles de l’autre monde. Six semaines après, à six heures du matin, Rambouillet vint éveiller son ami, lui annoncer qu’il avait été tué la veille, lui montrer sa blessure, lui déclarer que lui-même Précy serait tué à la première bataille à laquelle il prendrait part, et disparut. Précy aussitôt réveilla sa maison, raconta ce qui venait d’arriver et fut pris pour un visionnaire dont la fièvre avait troublé les sens. Huit jours après la poste de Flandre apporta la nouvelle de la mort de Rambouillet, avec les détails donnés par Précy. Cependant on est si difficile à croire l’extraordinaire qu’on persuada à Précy que son aventure n’était qu’un pressentiment produit par la sympathie. Sans doute qu’il en vint à le croire lui-même, puisqu’il alla peu après au combat du faubourg Saint-Antoine, et il y fut tué : ce qui dut le faire réfléchir.

Ranfaing (Marie de). M. le chevalier Gougenot des Mousseaux raconte l’histoire de cette dame :

« Une veuve illustre a refusé la main d’un médecin, dont l’amour n’excita en elle qu’un insurmontable dégoût ; et ce misérable, qui croyait à la magie, parvient à lui faire boire un philtre préparé par son art. Cette femme tombe aussitôt dans un lamentable état. Les médicaments que lui administrent les plus habiles médecins, réunis en consultation, ont perdu toute efficacité. La science est à bout de voies et déclare enfin que les accidents éprouvés par la patiente ne peuvent avoir d’autre cause qu’une possession diabolique. »

Cette dame était une femme de grande vertu ; elle avait fondé un refuge pour les malheureux que le monde abandonne à cause de leurs fautes. Les démons, à qui elle ravissait leur proie, durent se réjouir de la posséder. On l’amena à Nancy, où les évêques de Nancy et de Toul la firent exorciser par les plus saints prêtres et les plus habiles théologiens. On la questionnait, ou plutôt le démon qui était en elle, en latin, en grec et en hébreu ; et quoiqu’elle sût à peine lire le latin et qu’elle ne comprît d’autre idiome que sa langue, elle répondait avec une exactitude extrême. Le démon, qui parlait par sa bouche, relevait même les solécismes et les autres fautes qui échappaient à ses interrogateurs. L’histoire de ces exorcismes est assez longue. Ils se faisaient devant le duc de Lorraine Henri II et devant une assemblée immense, que les grandes douleurs de cette pauvre dame intéressaient vivement. Elle fut délivrée enfin, en même temps que le coupable qui avait causé ces horreurs avoua son crime et fut condamné à mort par la cour de justice de Nancy. (La Magie au dix-neuvième siècle.)

Rani-Razal, femme de Bava-Coumba, chez les Indiens du Satpoura. Les jeunes mariés lui rendent un culte et font des offrandes à son idole sous un arbre qui lui est consacré.

Rannou. C’est une légende bretonne qui a été publiée, il y a vingt ans, dans une feuille catholique et signée : Un Glaneur.

« La mère de Rannou était une pauvre femme qui, en se promenant un jour au bord de la mer pour chercher des coquillages, aperçut une sirène que les eaux, en se retirant, avaient laissée à sec. La pauvre femme, tout effrayée, allait fuir lorsque le monstre la rappela de sa voix la plus douce. « Venez donc à mon aide, disait la sirène ; ne laissez pas une pauvre mère mourir ici sans secours. Je suis une créature inoffensive, qui ne fais jamais de mal à personne ; bien plus, souvent par mes chants j’avertis les matelots de la présence des écueils. »

La mère de Rannou avait l’âme bonne ; elle fut tellement touchée par les prières de la sirène qu’elle l’aida à regagner la mer. Alors celle-ci lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? demande et tu es sûre d’obtenir. — Je ne suis qu’une pauvre femme ; Dieu m’a fait la grâce d’être contente de mon sort. Je ne veux rien pour moi. Mais j’ai un fils encore tout enfant ; je voudrais bien qu’il eût de l’esprit et de la vaillance. »

La sirène plongea dans la mer et revint un instant après avec une coquille pleine d’un breuvage semblable à du lait. « Voici, dit-elle, un philtre que tu feras prendre à ton enfant. Mais fais attention à ce qu’il le boive tout entier et sans qu’une seule goutte soit perdue. Adieu, et fais ponctuellement ce que je te* recommande. »

La pauvre femme s’en revint avec le présent de la sirène ; mais, craignant les tromperies de quelque fée malicieuse, elle n’osa pas donner le philtre à son enfant avant d’en avoir fait l’expérience. Elle commença donc par en faire boire une partie à son chat. Quelques jours après, comme elle se promenait encore au bord de la mer, elle revit la sirène, qui lui dit : « Vous avez manqué de foi, malheur à vous, car vous serez la cause de grandes infortunes. » Puis elle disparut sous les flots.

La prédiction ne tarda pas à s’accomplir. Le chat et l’enfant de la pauvre femme ressentirent bientôt, mais d’une façon différente, les effets du mystérieux breuvage. Rannou devint si fort et si robuste qu’à l’âge de huit ans il jouait au palet avec des meules de moulin. Le chat, de son côté acquit une intelligence surhumaine ; mais comme ces animaux, qui hantent les sabbats, sont d’une nature méchante et infernale, il ne se servit de son esprit que pour faire du mal. La chose en vint au point que la population du canton se souleva en masse pour le tuer.

Quant à Rannou, il resta tellement dépourvu de toute intelligence, qu’il ne savait pas faire usage de sa force prodigieuse. Par désœuvrement il arrachait les vergers et abattait les maisons sans penser à mal. Il tua même sa mère, avec laquelle il voulait plaisanter, et qu’il s’amusait à lancer en l’air comme un jouet. On forma aussi une ligue contre lui, et une mort malheureuse mit fin à cette existence funeste.

Que d’existences manquées ainsi parce que l’on a négligé quelques gouttes du breuvage de la sirène, c’est-à-dire de la religion !

Raollet (Jacques), loup-garou de la paroisse de Maumusson, près de Nantes, qui fut arrêté et condamné à mort par le parlement d’Angers. Durant son interrogatoire, il demanda à un gentilhomme qui était présent s’il ne se souvenait pas d’avoir tiré de son arquebuse sur trois loups ; celui-ci ayant répondu affirmativement, il avoua qu’il était l’un des trois loups, et que, sans l’obstacle qu’il avait eu en cette occasion, il aurait dévoré une femme qui était près du lieu. Rickius dit que, lorsque Raollet fut pris, il avait les cheveux flottants sur les épaules, les yeux enfoncés dans la tête, les sourcils refrognés, les ongles extrêmement longs ; qu’il puait tellement qu’on ne pouvait l’approcher. Quand il se vit condamner par la cour d’Angers, il ajouta à ses aveux qu’il avait mangé des charrettes ferrées, des moulins à vent, des avocats, procureurs et sergents, disant que cette dernière viande était tellement dure et assaisonnée qu’il n’avait pu la digérer[5]

Rat. Pline dit que, de son temps, la rencontre d’un rat blanc était de bon augure. Les boucliers de Lavinium rongés par les rats présagèrent un événement funeste, et la guerre des Marses, qui survint bientôt après, donna un nouveau crédit à cette superstition. Le voile de Proserpine était parsemé de rats brodés.

 
Rat
 

Les peuples de Bassora et de Cambaie se feraient un cas de conscience de nuire à ces animaux, qu’ils révèrent.

Les matelots donnent aux rats une prescience remarquable. « Nous sommes condamnés, disent-ils, à un calme plat ou à quelque autre accident ; il n’y a pas un seul rat à bord… » Ils croient que les rats abandonnent un bâtiment qui est destiné à périr. Voy. Hatton, Poppiel, Sifflet magique.

« Les Indiens jadis menaient un grand deuil lorsqu’ils avaient immolé par mégarde quelques rats musqués, la femelle du rat musqué étant, comme chacun sait, la mère du genre humain. Les Chinois, meilleurs observateurs, tiennent pour certain que le rat se change en caille et la taupe en loriot[6]. »

Raum, grand comte du sombre empire ; il se présente sous la forme d’un corbeau lorsqu’il est conjuré. Il détruit des villes, donne des dignités. Il est de l’ordre des Trônes et commande trente légions[7].

Réalisme, la plus aplatie de toutes les philosophies exposées par les songe-creux. Selon cette doctrine, tout s’est créé soi-même, comme l’établit M. Michelet dans son livre de La Mer, et tout est une portion de Dieu, un chou, un navet, un cloporte, aussi bien que M. Comte, M. Michelet lui-même et M. Süe.

Red-cap, lutin écossais. Voy. Puck.

Regard. Voy. Yeux.

Regensberg. Voy. Démons familiers.

Regiomontanus. Voy. Muller.

Reid (Thomas), Écossais qui eut commerce assez long avec les fées[8].

Reine Guétet, dite la Possédée de Riel-les-Eaux. M. Roze des Ordons a publié dans les journaux, en 1853, de curieux détails sur cette femme, connue dans la Côte-d’Or sous le nom de la Possédée de Riel-les-Eaux (dans l’arrondissement de Châtillon-sur-Seine). Se trouvant à ce village, le 8 mai 1853, qui était un dimanche, comme on lui disait que le démon ne tourmentait la pauvre Reine que le dimanche ou les jours de fête, il eut le désir de la voir, quoiqu’on lui attestât que, sous la possession de son démon, cette sage et pieuse fille n’était plus « une créature humaine, mais un monstre hideux, qui hurlait, qui beuglait, qui jappait, qui grinçait des dents, qui rugissait ; que son œil fauve alors ne pouvait plus voir le ciel, ni supporter la douce lumière du jour ; qu’elle se tenait enfermée dans l’ombre et se cachait à tous les regards ; enfin que le malheur de cette infortunée était impénétrable. »

M. Roze des Ordons obtint assez difficilement la permission de voir cette calamité affreuse : mais enfin il l’obtint : il fut bientôt accompagné d’un notaire du voisinage et du curé de Riel. Les habitants, qui le savaient disposé à voir la possédée dans sa crise, le suivaient de l’œil, comme on suit un insensé qui parle de se jeter à la rivière. Quand la parente de Reine prit sa grosse clef pour ouvrir la porte du lieu où se renfermait la possédée, les curieux s’arrêtèrent pour entrevoir de loin ce qui allait se passer. — Mais laissons le narrateur raconter lui-même. « Tout cela n’était pas rassurant, dit-il. Je recommandai à notre introductrice de ne pas fermer la porte sur nous ; je lui dis que la porte, restée ouverte, nous permettrait mieux de voir au fond du sombre appartement ; mais c’était, en réalité, pour me ménager une retraite en cas d’accident. D’un tour de clef la porte nous est ouverte ; j’entre hardiment, je vais droit au lit et je soulève le rideau. Un cri affreux s’est fait entendre ; j’avance en m’écriant : Reine, ma bonne Reine, écoutez-moi.

» Des hurlements de bête féroce, d’horribles imprécations, des vociférations assourdissantes couvrent ma voix. Je vois tourbillonner devant moi quelque chose qui rugit, qui souffle, qui râle… Une tête qui bat sur ses épaules avec

une telle violence que je ne puis en distinguer les traits… Un corps qui roule comme un serpent et bondit par soubresauts terribles à se briser contre les murailles. Plus j’insiste pour être entendu, plus la rage redouble, plus la tempête devient furieuse. On criait au dehors : Retirez-vous, monsieur, retirez-vous ; elle va se tuer. Le notaire était déjà bien loin. M. le curé, que des personnes charitables avaient fait prévenir, accourait avec une jeune femme tenant un enfant dans ses bras. Cette femme, pâle et émue, était arrêtée devant la porte ; elle semblait vouloir me parler et me montrait son enfant. On me criait : «Prenez l’enfant, ne craignez rien ; prenez donc vite et le portez sur Reine. » Je regardais, j’écoutais et je ne comprenais point.

» Enfin, la jeune femme, surmontant sa frayeur, entre précipitamment, va droit au lit et pose son enfant sur le corps enragé. O prodige inouï et incompréhensible, marque éclatante de la puissance du ciel sur celle de l’enfer ! O spectacle admirable et que je n’oublierai de ma vie ! ô science attendrissante et digne des anges, qui fait encore couler mes larmes ! À peine l’innocente créature a-t-elle touché la possédée que le corps de Reine, comme frappé de la foudre, s’affaisse sur lui-même sans mouvement, sans voix. Le calme succède à la tempête, le tumulte a fait place à un silence profond !

» Alors je vois une tête humaine, une figure angélique, un doux regard fixé sur moi… Je vois la pauvre Reine ! Tout le monde, rassuré, envahit la demeure ; on approche du lit, dont on répare le désordre. On tend la main à Reine. Ma bonne Reine, lui dit-on, c’est M. Roze qui vient vous voir et qui ne voulait pas s’en aller sans vous faire ses adieux et vous dire un mot d’amitié.

» — Ah ! monsieur, que je suis reconnaissante, dit alors la pauvre affligée ; je savais bien que c’était vous, vous vous êtes nommé en entrant ; vous m’avez dit de me calmer, de me contenir un peu pour vous entendre ; je vous entendais parfaitement, mais je ne pouvais pas vous répondre : je n’avais plus l’usage de ma parole, car ce n’est pas moi qui blasphème le saint nom de Dieu, croyez-le bien, mon cher monsieur ; j’aimerais mieux mourir ! Mon corps seul est coupable, puisqu’il sert au démon ; mais mon âme n’est pas en son pouvoir ; il ne l’aura jamais, elle n’appartient qu’à Dieu.

» — Et c’est donc ce petit enfant, ma bonne Reine, qui calme vos tourments et chasse le démon ?

» — Oh ! oui, monsieur ; tant que cette innocente créature est dans mes bras, je suis comme inviolable, et le démon n’oserait pas profaner ce qu’il touche ; mais je retomberai sous sa puissance dès que mon ange m’abandonnera.

» Et la pauvre fille nous regardait avec un doux sourire ; elle semblait toute heureuse de l’intérêt que nous lui témoignions et du bien-être, hélas ! de si courte durée qu’elle goûtait avec nous. Elle comblait de caresses son petit ange gardien. L’enfant tendait toujours ses bras à sa mère, qui amusait son impatience pour prolonger le plus longtemps possible cette touchante entrevue. Mais enfin il fallut bien céder à ses instances réitérées. La pauvre Reine s’en aperçut, et je la vis pâlir. Le charme allait cesser, et nous touchions à cet instant terrible dont l’attente serrait tous les cœurs.

» À peine la jeune femme eut-elle enlevé son enfant des bras de l’infortunée, que l’on vit ses bras se tordre et s’agiter de désespoir, comme s’ils eussent ressenti les flammes de l’enfer, bientôt la rage du démon, si merveilleusement enchaînée, si longtemps comprimée, éclatait en affreux rugissements. Un spectre échevelé se dressait devant nos yeux. Il fallut fuir. En un instant la chambre fut déserte. Je sortis le dernier ; mais je restai cloué derrière cette porte, écoutant, dans une muette terreur, ces cris sinistres, ces plaintes lamentables, ces voix agonisantes mêlées à des accents de rage, à de sourds gémissements, tels qu’on en peut entendre dans une lutte acharnée entre un bourreau et sa victime. J’attendais avec anxiété la fin de ce pénible drame, qui ne devait se dénouer que dans les ombres de la nuit et quand la vie serait éteinte ou les forces de la martyre épuisées. Je ne pouvais m’arracher de ces lieux étranges, où m’enchaînait le charme du prodige dont je venais d’être témoin. Ce n’était point un rêve, une vaine illusion. Ce fait, je n’en pouvais douter ; je l’avais vu de mes yeux et touché de mes mains. Je rendais grâces à Dieu.

» Oui, m’écriais-je dans le transport de mon admiration, la religion a ses lois éternelles qu’il n’est pas permis de mettre en doute ! Oui, il y a des jours saints, consacrés pour elle, que le génie du mal s’efforce de profaner ! Oui, le démon existe, l’enfer existe ! Mais au-dessus de l’enfer est le ciel ! Au-dessus de l’ange des ténèbres, l’ange de lumière et de l’innocence dont j’ai vu le triomphe ! Dieu tout-puissant ! donnez-moi, comme à vos apôtres, l’esprit divin de la parole, et je publierai vos merveilles, vos miséricordes infinies. Labia mea aperies et os meum annunliabit laudem tuam !

» Et impii ad te convertentur, ajoute M. le curé en me frappant doucement sur l’épaule, car il était là depuis une heure, ce digne et bon pasteur. « Eh bien, mon cher monsieur, me dit-il en me serrant la main, vous voilà donc converti aux contes de bonne femme. Ces bons habitants de Riel-les-Eaux, les trouvez-vous toujours bien simples de croire à la possédée ? — Monsieur le curé, je suis anéanti. Mais il y a donc encore des possédés ? — Eh ! qu’y voyez-vous d’impossible ? qu’y a-t-il d’impossible à Dieu ? S’il permet au démon d’éprouver les âmes, ne peut-il lui permettre d’éprouver nos corps ? Ce qu’il a voulu jadis, ne peut-il le vouloir aujourd’hui ? Ne lisez-vous pas dans l’Évangile que Notre-Seigneur a chassé les démons qui tourmentaient les possédés ? Dieu voulut qu’au temps de Jésus-Christ il y en eût un plus grand nombre, sans doute pour lui fournir plus d’occasions de signaler sa puissance et nous donner plus de preuves de sa mission et de sa divinité. Qui me dira que Dieu n’a pas eu ses desseins en permettant, dans notre humble village, le phénomène étrange que nous avons en ce moment devant les yeux ? Saint Jérôme et saint Hilaire assurent que l’on voyait de leur temps des personnes extraordinairement tourmentées par les démons sur les tombeaux des saints martyrs. De nos jours, Reine Guetet ne peut entrer dans une église ni passer un seul jour de dimanche ou de fête sans être elle-même extraordinairement tourmentée. Nous croyons ce que nous voyons ; comment faire autrement ? Peut-on fermer ses yeux à la lumière et résister à l’évidence ? Pouvons-nous mettre en doute un fait public qui se renouvelle depuis trente ans et sans interruption à la face de tout un pays ? Ce fait résulte-t-il d’un préjugé de notre part, d’une erreur populaire ou du charlatanisme d’une comédienne ? Unefemme peut jouer la comédie et faire des dupes ; elle peut en imposer quelques jours et même quelques années ; mais elle ne saurait continuer toute sa vie ce jeu terrible dont la conséquence est la mort. Voyez l’état de la pauvre Reine ; elle ne marche plus, elle se traîne, son corps est disloqué ; c’est un spectre ambulant qui n’a que le souffle de la vie, et, en effet, après les crises affreuses dont vous avez été témoin et qui se renouvellent si souvent, son existence tient du prodige. Mais ce qui fait l’objet de notre admiration, c’est le moyen si extraordinaire et si simple que le Ciel, dans sa miséricorde, vient de nous révéler pour calmer les tourments de la pauvre Reine ; c’est celui que vous avez vu et dont nous nous servons maintenant pour lui administrer la communion. Dès qu’elle est préparée à cette action, elle se couche ; on lui apporte un jeune enfant, on le pose sur son cœur, et elle reçoit avec bonheur le pain des forts. Reine, avec l’enfant, est invincible. Assis sur sa poitrine comme sur un trône inébranlable, le petit ange défie l’enfer. En vain Satan relève la tête, il terrasse le monstre, il le tient écrasé sous ses pieds. Super aspidem et basiliscum ambulabis et conculcabis leonem et draconem ! Vous voyez donc que le bon Dieu fait encore, quand il lui plaît, des choses extraordinaires, et vous pouvez en rendre témoignage. — Si je le puis, monsieur le curé ! mais c’est un devoir sacré pour moi. Je monterai sur les toits pour publier ce que j’ai vu et pour rendre hommage à la vérité. — Ne montez pas si haut ; contentez-vous de glorifier Dieu en racontant tout simplement et sans emphase le fait dont vous avez été témoin. La vérité parle d’elle-même et n’a pas besoin de recommandation. Faites mieux, adressez-moi vos incrédules ; qu’ils viennent comme vous s’assurer du fait par eux-mêmes. Je sers un Dieu de charité ; envoyez-moi tous vos amis : ils sont déjà les miens ; mes bras leur sont ouverts, je les accueillerai avec joie. Mon presbytère ne sera jamais trop étroit pour les recevoir, ni mon cœur pour les bénir ! »

» Lecteurs, entendez cette voix, si vous doutez encore. Hâtez-vous d’aller voir cette terre où vous attendent, non les jouissances d’une frivole curiosité, mais un grand enseignement, de vives et salutaires émotions, l’occasion si heureuse d’affermir votre foi et de glorifier Dieu.

» Roze des Obdons. »
Riel-les-Eaux, le 11 juin 1853.

Le journal chrétien qui contenait ce récit ajoutait : « Conformément aux désirs et aux recommandations de M. Roze des Ordons, nous avons pris des renseignements. Nous rapportons, pour dégager notre responsabilité, la lettre suivante :

» J’apprends que M. Roze des Ordons vous a transmis la relation d’un fait extraordinaire, dont lui, un notaire et moi avons été témoins, lequel fait se répète depuis environ trente-cinq ans dans la personne de Reine Guétet, ma paroissienne. Tous les faits donnés par M. Roze sont exacts. M. Roze est fabricien de la cathédrale de Sens, honnête père d’une nombreuse famille, et surtout homme de foi, catholique pratiquant. Ce témoignage d’un prêtre qui le connaît depuis dix ans me semble suffisant pour mettre votre responsabilité à couvert.

Bergerot,
curé de Riel-les-Eaux. »
» Agréez, etc.

Reines du sabbat. On voit dans la plupart des relations qui nous remettent sous les yeux ces monstrueuses assemblées que la plus jeune et la plus belle des sorcières présentes était invitée par le démon président à s’asseoir auprès de lui comme reine du sabbat.

Religion. Toutes les erreurs sont filles de la vérité, mais des filles perdues, qui ne savent plus reconnaître leur mère. Toutes les fausses religions ainsi n’ont d’autre source que la vraie religion. Brahma est Abraham prodigieusement travesti. Bacchus, Janus, Saturne, sont des charges grotesques dont le type est Noé ; ses trois fils sont les trois grands dieux Jupiter, Neptune et Pluton. Ce n’est pas ici le lieu de le démontrer ; la thèse a été savamment établie.

Le diable s’est un peu mêlé de la chose ; et comme des lunes, des semaines et des jours on a fait des années et des siècles, pour donner à ces mythologies quelque antiquité granitique, on les a fortifiées dans leur essence, qui est l’erreur.

La religion de Bouddha, par exemple, est une singerie très-singulière du christianisme. Seulement née au deuxième ou au troisième siècle, les savants doublent son âge et la font remonter au voisinage du déluge ; assertion aussi fondée que les généalogies merveilleuses de nos vieux chroniqueurs, qui posent à la tête des Francs quatre-vingts rois successifs avant Pharamond.

Remi (Nicolas), magistrat qui s’occupa beaucoup des sorciers de la Lorraine au commencement du seizième siècle. Son livre De la démonolâtrie contient un grand nombre de faits et de détails singuliers.

Remmon. Voy. Rimmon.

Remords. Voici sur ce sujet, qui a produit bien des spectres, une ballade populaire allemande, dont noüs regrettons de ne pouvoir nommer le traducteur :

« La duchesse d’Orlamunde a deux enfants de son premier mari, qui l’a laissée veuve. Elle s’éprend du comte de Nuremberg ; ce dernier lui

 
Remords
 
dit qu’il ne peut l’épouser : il y a dans sa maison quatre yeux qui l’en empêchent ; ces yeux funestes sont ceux des enfants de la veuve. Poussée au crime par sa passion, elle charge un de ses gens, nommé dans le conte le chasseur farouche, de tuer les pauvres petits. La mauvaise mère détache de son voile de veuve les épingles que l’assassin doit enfoncer dans la cervelle des enfants, lorsqu’ils seront à jouer. Ainsi armé, il s’avance vers eux ; il les trouve jouant dans la grande salle du château. Aujourd’hui même on a conservé le souvenir des rimes puériles que prononcent les enfants de la duchesse au milieu de leurs jeux ; elles sont encore répétées par les petits garçons dans la haute Lusace. La scène de l’assassinat des enfants est aussi touchante que celle où Shakspeare montre le jeune Arthur priant Hubert de ne pas crever ses petits yeux.

» Le garçon promet au meurtrier son duché s’il veut lui laisser la vie. La petite fille lui offre toutes ses poupées, et enfin son oiseau favori. Il refuse. L’oiseau, devenu le persécuteur du meurtrier, le suit partout, en lui répétant le nom de l’enfant qu’il a égorgée, a Mon Dieu ! mon Dieu ! s’écrie-t-il, où fuirai-je cet oiseau qui me poursuit de tous côtés ? Il ne cesse de me redire le nom de cette enfant ! Ô mon Dieu ! où aller mourir ? »

» Dans son désespoir, il se brise le crâne, et les deux enfants tués, dit la ballade, restent dans leurs cercueils de marbre, sans que la corruption défigure leurs petits corps innocents, dont la pureté défie la mort. »

L’auteur de la ballade allemande n’a pas achevé le récit. Le duc égoïste et la duchesse dénaturée voyaient partout devant eux leurs deux petites victimes. Ils se noyèrent tous deux dans l’Orla, après quelques années d’une vie misérable, croyant éviter les deux spectres…

Rémore, poisson sur lequel on a fait bien des contes. « Les rémores, dit Cyrano de Bergerac, qui était un plaisant, habitent vers l’extrémité du pôle, au plus profond de la mer Glaciale ; et c’est la froideur évaporée de ces poissons, à travers leurs écailles, qui fait geler en ces quartiers-là l’eau de la mer, quoique salée. La rémore contient si éminemment tous les principes de la froidure, que, passant par-dessous un vaisseau, le vaisseau se trouve saisi de froid, en sorte qu’il en demeure tout engourdi jusqu’à ne pouvoir démarrer de sa place. La rémore répand autour d’elle tous les frissons de l’hiver. Sa sueur forme un verglas glissant. C’est un préservatif contre la brûlure… » Rien n’est plus singulier, dit le P. Lebrun, que ce qu’on raconte de la rémore. Aristote, Ælien, Pline, assurent qu’elle arrête tout court un vaisseau voguant à pleines voiles. Mais ce fait est absurde et n’a jamais eu lieu ; cependant plusieurs auteurs l’ont soutenu, et ont donné pour cause de cette merveille une qualité occuhe. Ce poisson, qu’on nomme à présent succet, est grand de deux ou trois pieds. Sa peau est gluante et visqueuse. Il s’attache et se colle aux requins, aux chiens de mer ; il s’attache aussi aux corps inanimés ; de sorte que, s’il s’en trouve un grand nombre collés à un navire, ils peuvent bien l’empêcher de couler légèrement sur les eaux, mais non l’arrêter.

Rémures. Voy. Lémures et Manes.

Renards. Les sintoïstes, secte du Japon, ne reconnaissent d’autres diables que les âmes des méchants qu’ils logent dans le corps des renards, animaux qui font beaucoup de ravages en ce pays. Voy. Lune et Ma.

 
Renard
 

Réparé, homme qui, avec un soldat nommé Étienne, eut une vision du purgatoire, de l’enfer et du paradis, vers le douzième siècle.

Repas du mort, cérémonie funéraire en usage chez les anciens Hébreux et chez d’autres peuples. Dans l’origine, c’était simplement la coutume de faire un repas sur le tombeau de celui qu’on venait d’inhumer. Plus tard on y laissa des vivres, dans l’opinion que les morts venaient les manger.

Repas du sabbat. D’après les relations des doctes, les festins du sabbat s’ouvrent par cette formule : « Au nom de Belzébuth, notre grand maître, souverain commandeur et seigneur, nos viandes, boire et manger, soient garnis et munis pour nos réfections, plaisirs et voluptés. » Sur quoi tous crient en chœur : Ainsi soit-il. Après le repas, on dit : « De notre réfection salutaire, prise et rendue, notre commandeur, seigneur et maître Belzébuth soit loué, gracié et remercié, à son exaltation et commun bien. Ainsi soit-il[9]. » Voy. Psellus.

Résurrection. Les Parsis ou Guèbres pensent que les gens de bien, après avoir joui des délices de l’autre monde pendant un certain nombre de siècles, rentreront dans leurs corps et reviendront habiter la même terre où ils avaient fait leur séjour pendant leur première vie ; mais cette terre, purifiée et embellie, sera pour eux un nouveau paradis. Les habitants du royaume d’Ardra, sur la côte occidentale d’Afrique, s’imaginent que ceux qui sont tués à la guerre sortent de leurs tombeaux au bout de quelques jours et reprennent une vie nouvelle. Cette opinion est une invention de la politique pour animer le courage des soldats. Les amantas, docteurs et philosophes du pays, croyaient la résurrection universelle, sans pourtant que leur esprit s’élevât plus haut que cette vie animale pour laquelle ils disaient que nous devions ressusciter, et sans attendre ni gloire ni supplice. Ils avaient un soin extraordinaire de mettre en lieu de sûreté les rognures de leurs ongles et de leurs cheveux, et de les cacher dans les fentes ou dans les trous de muraille. Si, par hasard, ces cheveux et ces ongles venaient à tomber à terre avec le temps, et qu’un Indien s’en aperçût, il ne manquait pas de les relever de suite et de les serrer de nouveau. — Savez-vous bien, disaient-ils à ceux qui les questionnaient sur cette singularité, que nous devons revivre dans ce monde, et que les âmes sortiront des tombeaux avec tout ce qu’elles auront de leurs corps ? Pour empêcher donc que les nôtres ne soient en peine de chercher leurs ongles et leurs cheveux (car il y aura ce jour-là bien de la presse et du tumulte), nous les mettons ici ensemble, afin qu’on les trouve plus facilement.

Gaguin, dans sa description de la Moscovie, dit que, dans le nord de la Russie, les peuples meurent le 27 novembre, à cause du grand froid, et ressuscitent le 24 avril : ce qui est, à l’instar des marmottes, une manière commode de passer l’hiver. Voy. Gabinius, Pamilius de Phères, Thespésius, Vampires, etc.

Retz ou Raiz (Gilles de Laval de), maréchal de France qui fut convaincu de forfaits monstrueux au quinzième siècle. Pour d’affreux débordements il s’était vendu au diable, qu’il voulait servir en égorgeant des enfants et se souillant des plus odieuses infamies. Il était dirigé par un escroc italien nommé Prélati, qui se disait magicien et qui disparut après l’avoir volé.

Le diable ne répondit pas aux espérances du maréchal de Retz ; et il fut condamné à mort. Comme le président Pierre de l’Hôpital le pressait de dire par quel motif il avait fait périr tant d’innocents, et brûlé ensuite leurs corps ; le maréchal impatienté lui dit : — Hélas ! monseigneur, vous vous tourmentez, et moi avec ; je vous en ai dit assez pour faire mourir dix mille hommes. Le lendemain, le maréchal en audience publique réitéra ses aveux. Il fut condamné à être brûlé vif, le 25 octobre 1440. L’arrêt fut exécuté dans le pré de la Madeleine, près de Nantes[10].

Retz. Le cardinal de Retz, n’étant encore qu’abbé, avait fait la partie de passer une soirée à Saint-Cloud, dans la maison de l’archevêque de Paris, son oncle, avec madame et mademoiselle de Vendôme, madame de Ghoisy, le vicomte de Turenne, l’évêque de Lisieux, et MM. Brion et Voiture. On s’amusa tant, que la compagnie ne put s’en retourner que très-tard à Paris. La petite pointe du jour commençait à paraître (on était alors dans les plus grands jours d’été) quand on fut au bas de la descente des Bons-Hommes. Justement au pied, le carrosse s’arrêta tout bourt. « Comme j’étais à l’une des portières avec mademoiselle de Vendôme, dit le cardinal dans ses Mémoires, je demandai au cocher pourquoi il s’arrêtait ? Il me répondit, avec une voix tremblante : — Voulez-vous que je passe par-dessus tous les diables qui sont là devant moi ? Je mis la tête hors de la portière, et, comme j’ai toujours eu la vue fort basse, je ne vis rien. Madame de Ghoisy, qui était à l’autre portière avec M. de Turenne, fut la première qui aperçut du carrosse la cause de la frayeur du cocher ; je dis du carrosse, car cinq ou six laquais, qui étaient derrière, criaient : Jesus, Maria ! et tremblaient déjà de peur. M. de Turenne se jeta en bas aux cris de madame de Choisy. Je crus que c’étaient des voleurs : je sautai aussitôt hors du carrosse ; je pris l’épée d’un laquais et j’allai joindre M. de Turenne, que je trouvai regardant fixement quelque chose que je ne voyais point. Je lui demandai ce qu’il regardait, et il me répondit, en me poussant du bras et assez bas : — Je vous le dirai ; mais il ne faut pas épouvanter ces dames, qui, à la vérité, hurlaient plutôt qu’elles ne criaient. Voilure commença un oremus ; madame de Ghoisy poussait des cris aigus ; mademoiselle de Vendôme disait son chapelet ; madame de Vendôme voulait se confesser à M. de Lisieux, qui lui disait : — Ma fille, n’ayez point de peur, vous êtes en la main de Dieu. Le comte de Brion avait entonné bien tristement les litanies de la sainte Vierge. Tout cela se passa, comme on peut se l’imaginer, en même temps et en moins de rien. M. de Turenne, qui avait une petite épée à son côté, l’avait aussi tirée, et, après avoir un peu regardé, comme je l’ai déjà dit, il se tourna vers moi de l’air dont il eût donné une bataille, et me dit ces paroles : — Allons voir ces gens-là ! — Quelles gens ? lui repartis-je ; — et dans la vérité, je croyais que tout le monde avait perdu le sens. Il me répondit : — Effectivement je crois que ce pourraient bien être des diables. Comme nous avions déjà fait cinq ou six pas du côté de la Savonnerie, et que nous étions par conséquent plus proches du spectacle, je commençai à entrevoir quelque chose, et ce qui m’en parut fut une longue procession de fantômes noirs, qui me donna d’abord plus d’émotion qu’elle n’en avait donné à M. de Turenne, mais qui, par la réflexion que je fis que j’avais longtemps cherché des esprits, et qu’apparemment j’en trouverais en ce lieu, me fit faire deux ou trois sauts vers la procession. Les pauvres auguslins déchaussés, que l’on appelle capucins noirs et qui étaient nos prétendus diables, voyant venir à eux deux hommes qui avaient l’épée à la main, eurent encore plus peur. L’un d’eux, se détachant de la troupe, nous cria : — Messieurs, nous sommes de pauvres religieux, qui ne faisons de mal à personne, et qui venons nous rafraîchir un peu dans la rivière pour notre santé. Nous retournâmes au carrosse, M. de Turenne et moi, avec des éclats de rire que l’on peut s’imaginer. »

Rêve. Au bon temps de la loterie royale, les bonnes femmes croyaient que, quand on dormait le petit doigt de la main gauche dans la main droite, on était assuré de voir en rêve une multitude d’ambes, de ternes et de quaternes.

Un homme rêvait qu’il mangeait la lune. Ce rêve le frappe ; il se lève encore à moitié endormi, il court à sa fenêtre ; regardant au ciel, il ne voit plus que la moitié de cet astre… ; il s’écrie : — Mon Dieu ! vous avez bien fait de me réveiller ; car, avec l’appétit que j’avais, la pauvre lune, je l’aurais mangée tout entière. Voy. Songes.

Réveille-matin. Les Flamands appellent cette plante le lait du diable (Duivelsmelk).

Révélations. Un citoyen d’Alexandrie vit, sur le minuit, des statues d’airain se remuer et crier à haute voix que l’on massacrait à Constantinople l’empereur Maurice et ses enfants ; ce qui se trouva vrai. Mais la révélation ne fut publiée qu’après que l’événement fut connu. L’archevêque Angelo-Catto (Philippe de Comines l’atteste) connut la mort de Charles le Téméraire, qu’il annonça au roi Louis XI à la même heure qu’elle était arrivée. — Les prodiges faux sont toujours des singeries de vrais miracles. Pareillement une foule de révélations supposées ont trouvé le moyen de se faire admettre, parce qu’il y a eu des révélations vraies.

Nous ne parlons pas ici de la Révélation qui est un des fondements de notre foi, et sans laquelle rien ne peut s’expliquer dans l’homme.

Revenants. On débite, comme une chose assurée, qu’un revenant se trouve toujours froid quand on le touche. Cardan et Alessandro-Alessandri sont des témoins qui l’affirment. Cajetan en donne la raison, qu’il a apprise de la bouche d’un esprit, lequel, interrogé à ce sujet par une sorcière, lui répondit qu’il fallait que la chose fût ainsi. La réponse est satisfaisante. Elle nous apprend au moins que le diable se sauve quelquefois par le pont aux ânes.

Dom Calmet a rapporté l’histoire d’un revenant du Pérou qui se manifestait en esprit frappeur. Plusieurs autres en ont fait autant ; et de nos jours on en a de fréquents exemples.

Walter-Scott, dans Péveril du Pic, raconte qu’un brasseur de Chesterfield, mort du spleen, dans un domaine voisin qui lui avait appartenu, revenait à la connaissance de tous et se promenait dans une allée solitaire, accompagné du gros dogue qui, lorsqu’il était vivant, était son favori.

Il y a des revenants, quoi qu’en disent ceux qui doutent de tout, des revenants réels. Mais les revenants supposés, ou par la supercherie, ou par un mal entendu, ou par le hasard, ou par la peur, sont mille fois plus nombreux que les revenants véritables.

Un Italien, retournant à Rome après avoir fait enterrer son ami de voyage, s’arrêta le soir dans une hôtellerie où il coucha. Étant seul et bien éveillé, il lui sembla que son ami mort, tout pâle et décharné, lui apparaissait et s’approchait de lui. Il leva la tête pour le regarder et lui demanda en tremblant qui il était. Le mort ne répond rien, se dépouille, se met au lit et se serre contre le vivant, comme pour se réchauffer. L’autre, ne sachant de quel côté se tourner, s’agite et repousse le défunt. Celui-ci, se voyant ainsi rebuté, regarde de travers son ancien compagnon, se lève du lit, se rhabille, chausse ses souliers et sort de la chambre, sans plus apparaître. Le vivant a rapporté qu’ayant touché dans le lit un des pieds du mort, il l’avait trouvé plus froid que la glace. — Cette anecdote peut n’être qu’un conte. En voici une autre qui est plus claire :

Un aubergiste d’Italie qui venait de perdre sa mère, étant monté le soir dans la chambre de la défunte, en sortit hors d’haleine, en criant à tous ceux qui logeaient chez lui que sa mère était revenue et couchée dans son lit ; qu’il l’avait vue, mais qu’il n’avait pas eu le courage de lui parler. Un ecclésiastique qui se trouvait là voulut y monter ; toute la maison se mit de la partie. On entra dans la chambre ; on tira les rideaux du lit, et on aperçut la figure d’une vieille femme, noire et ridée, coiffée d’un bonnet de nuit et qui faisait des grimaces ridicules. On demanda au maître de la maison si c’était bien là sa mère ? — Oui, s’écria-t-il, oui, c’est elle ; ah ! ma pauvre mère ! Les valets la reconnurent de même. Alors le prêtre lui jeta de l’eau bénite sur le visage. L’esprit, se sentant mouillé, sauta à la figure de l’abbé. Tout le monde prit la fuite en poussant des cris. Mais la coiffure tomba et on reconnut que la vieille femme n’était qu’un singe. Cet animal avait vu sa maîtresse se coiffer, il l’avait imitée.

L’auteur de Paris, Versailles et les provinces au dix-huitième siècle raconte une histoire de revenant assez originale. M. Bodry, fils d’un riche négociant de Lyon, fut envoyé, à l’âge de vingt-deux ans, à Paris, avec des lettres de recommandation de ses parents pour leur correspondant, dont il n’était pas personnellement connu. Muni d’une somme assez forte pour pouvoir vivre agréablement quelque temps dans la capitale, il s’associa pour ce voyage un de ses amis, extrêmement gai. Mais, en arrivant, M. Bodry fut attaqué d’une fièvre violente ; son ami, qui resta près de lui la première journée, ne voulait pas le quitter, et se refusait d’autant plus aux instances qu’il lui faisait pour l’engager à se dissiper, que, n’ayant fait ce voyage que par complaisance pour lui, il n’avait aucune connaissance à Paris. M. Bodry l’engagea à se présenter sous son nom chez le correspondant de sa famille, et à lui remettre ses lettres de recommandation, sauf à éclaircir comme il le pourrait l’imbroglio qui résulterait de cette supposition, lorsqu’il se porterait mieux.

Une proposition aussi singulière ne pouvait que plaire au jeune homme ; elle fut acceptée : sous le nom de M. Bodry, il se rend chez le correspondant, lui présente les lettres apportées de Lyon, joue très-bien son rôle et se voit parfaitement accueilli. Cependant, de retour au logis, il trouve son ami dans l’état le plus alarmant ; et, nonobstant tous les secours qu’il lui prodigue, il a le malheur de le perdre dans la nuit. Malgré le trouble que lui occasionnait ce cruel événement, il sentit qu’il n’était pas possible de le taire au correspondant de la maison Bodry ; mais comment avouer une mauvaise plaisanterie dans une si triste circonstance ? N’ayant plus aucun moyen de la justifier, ne serait-ce pas s’exposer volontairement aux soupçons les plus injurieux, sans avoir, pour les écarter, que sa bonne foi, à laquelle on ne voudrait pas croire ?… Cependant il ne pouvait se dispenser de rester pour rendre les derniers devoirs à son ami ; et il était impossible de ne pas inviter le correspondant à cette lugubre cérémonie. Ces différentes réflexions, se mêlant avec le sentiment de la douleur, le tinrent dans la plus grande perplexité ; mais une idée originale vint tout à coup fixer son incertitude.

Pâle, défait par les fatigues, accablé de tristesse, il se présente à dix heures du soir chez le correspondant, qu’il trouve au milieu de sa famille, et qui, frappé de cette visite à une heure indue, ainsi que du changement de sa figure, lui demande ce qu’il a, s’il lui est arrivé quelque malheur… « Hélas ! monsieur, le plus grand de tous, répond le jeune homme d’un ton solennel ; je suis mort ce matin, et je viens vous prier d’assister à mon enterrement qui se fera demain. » Profitant de la stupeur de la société, il s’échappe sans que personne fasse un mouvement pour l’arrêter ; on veut lui répondre ; il a disparu. On décide que le jeune homme est devenu fou, et le correspondant se charge d’aller le lendemain, avec son fils, lui porteries secours qu’exige sa situation. Arrivés en effet à son logement, ils sont troublés d’abord par les préparatifs funéraires ; ils demandent M. Bodry ; on leur répond qu’il est mort la veille et qu’il va être enterré ce matin… À ces mots, frappés de la plus grande terreur, ils ne doutèrent plus que ce ne fût l’âme du défunt qui leur avait apparu et revinrent communiquer leur effroi à toute la famille, qui n’a jamais voulu revenir de cette idée.

On a pu lire ce qui suit dans plusieurs journaux : « Une superstition incroyable a causé récemment un double suicide dans la commune de Bussy-en-Oth, département de l’Aube. Voici les circonstances de ce singulier et déplorable événement (1841) : un jeune homme des environs était allé à la pêche aux grenouilles et en avait mis plusieurs toutes vivantes dans un sac. En s’en revenant, il aperçoit un paysan qui cheminait à petits pas. Ce bonhomme portait une veste dont la poche était entrebâillée. Le pêcheur trouva plaisant de prendre une de ses grenouilles et de la glisser dans la poche de la veste du paysan. Ce dernier, nommé Joachim Jacquemin, rentre chez lui et se couche, après avoir mis sa veste sur son lit. Au milieu de la nuit, il est réveillé par un corps étranger qu’il sent sur sa figure, et qui s’agitait en poussant de petits cris inarticulés. C’était la grenouille qui avait quitté sa retraite,

 
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et qui, cherchant sans doute une issue pour se sauver, était arrivée jusque sur le visage du dormeur et s’était mise à coasser. Le paysan n’ose remuer, et bientôt sa visiteuse nocturne disparaît. Mais le pauvre homme, dont l’esprit était d’une grande faiblesse, ne doute pas qu’il n’ait eu affaire à un revenant. Sur ces entrefaites, un de ses amis, voulant lui jouer un tour, vient le prévenir qu’un de ses oncles, qui habite Sens, est mort il y a peu de jours, et il l’engage à se rendre sur les lieux pour recueillir l’héritage.

« Jacquemin fait faire des vêtements de deuil pour lui et pour sa femme, et se met en route pour le chef-lieu du département de l’Yonne, distant de son domicile de huit lieues. Il se présente à la maison du défunt ; la première personne qu’il aperçoit en entrant, c’est son oncle, tranquillement assis dans un fauteuil, et qui témoigne à son neveu la surprise qu’il éprouve de le voir. Jacquemin saisit le bras de sa femme et se sauve, en proie à une terreur qu’il ne peut dissimuler, et sans donner à son oncle étonné aucune explication. Cependant la grenouille n’avait pas abandonné la demeure du paysan : elle avait trouvé une retraite dans une fente de plancher, et là elle poussait fréquemment des coassements qui jetaient Jacquemin dans des angoisses épouvantables, surtout depuis qu’il avait vu son oncle. Il était convaincu que c’était l’ombre de ce parent qu’il avait aperçue, et que les cris qu’il entendait étaient poussés par lui, qui revenait chaque nuit pour l’effrayer. Pour conjurer le maléfice, Jacquemin fit faire des conjurations, qui restaient inefficaces ; car les coassements n’en continuaient pas moins. Chaque nuit le malheureux se relevait, prenait sa couverture, qu’il mettait sur sa tête en guise de capuce, et chantait devant un bahut qu’il avait transformé en autel. Les coassements continuaient toujours !… Enfin, n’y pouvant plus tenir, le pauvre Jacquemin fit part à quelques personnes de l’intention où il était de se donner la mort, et les pria naïvement de l’y aider ; il acheta un collier en fer, se le mit au cou, et un de ses amis voulut bien serrer la vis pour l’étrangler ; mais il s’arrêta quand il crut que la douleur aurait fait renoncer Jacquemin à son projet. Le paysan choisit un autre moyen et pria une autre personne de l’étouffer entre deux matelas ; cette personne feignit d’y consentir, et s’arrêta quand elle pensa que Jacquemin avait assez souffert et que ce serait pour lui une leçon. Mais l’esprit de Jacquemin était trop vivement impressionné, et un malheur était imminent. En effet, un jour, on fut étonné de ne pas l’apercevoir ; on fit des recherches dans la maison, et on le trouva pendu dans son grenier. Le lendemain, sa femme, au désespoir de la perte de son mari, se jeta dans une mare où elle trouva aussi la mort. »

Et voilà les suites d’une de ces stupides plaisanteries comme les jeunes étourdis en font tant !

On conte qu’il y avait dans un village du Poitou un fermier nommé Hervias. Le valet de cet homme pensa qu’il lui serait avantageux d’épouser la fille de la maison, qui s’appelait Catherine et qui était riche. Comme il ne possédait rien, et que pour surcroît la main de la jeune fille était promise à un cousin qu’elle aimait, le valet imagina un stratagème. Un mois avant la noce, comme le fermier se trouvait une certaine nuit plongé dans son meilleur sommeil, il en fut tiré en sursaut par un bruit étrange qui se fit auprès de lui. Une main agita les rideaux de son lit ; et il vit au fond de sa chambre un fantôme couvert d’un drap noir sur une longue robe blanche. Le fantôme tenait une torche à demi éteinte à la main droite et une fourche à la gauche. Il traînait des chaînes ; il avait une tête de cheval lumineuse. Hervias poussa un gémissement, son sang se glaça ; et il eut à peine la force de demander au fantôme ce qu’il voulait.

« Tu mourras dans trois jours, répondit brutalement l’esprit, si tu songes encore au mariage projeté entre ta fille et son jeune cousin ; tu dois la marier, dans ta maison, avec le premier homme que tu verras demain à ton lever. Garde le silence ; je viendrai la nuit prochaine savoir ta réponse. » En achevant ces mots, le fantôme disparut.

Hervias passa la nuit sans dormir. Au point du jour, quelqu’un entra pour lui demander des ordres ; c’était le valet. Le fermier fut consterné de la pensée qu’il fallait lui donner sa fille ; mais il ne témoigna rien, se leva ; alla trouver Catherine et finit par lui raconter le tout. Catherine, désolée, ne sut que répondre. Son jeune cousin vint ce jour-là ; elle lui apprit la chose, mais il ne se troubla point. Il proposa à son futur beau-père de passer la nuit dans sa chambre, Hervias y consentit. Le jeune cousin feignit donc de partir le soir pour la ville, et rentra dans la ferme après la chute du jour. Il resta sur une chaise auprès du lit d’Hervias, et tous deux attendirent patiemment le spectre. La fenêtre s’ouvrit vers minuit ; comme la veille, on vit paraître le fantôme dans le même accoutrement, il répéta le même ordre. Hervias tremblait, le jeune cousin, qui ne craignait pas les apparitions, se leva et dit : « Voyons qui nous fait des menaces si précises. » En même temps il sauta sur le spectre qui voulait fuir ; il le saisit, et, sentant entre ses bras un corps solide, il s’écria : « Ce n’est pas un esprit. » Il jeta le fantôme par la fenêtre, qui était élevée de douze pieds. On entendit un cri plaintif. « Le revenant n’osant, plus revenir, dit le jeune cousin, allons voir s’il se porte bien. » Le fermier ranima son courage autant qu’il put, et descendit avec son gendre futur. On trouva que le prétendu démon était le valet de la maison… On n’eut pas besoin de lui donner des soins ; sa chute l’avait assommé, et il mourut au bout de quelques heures : sort fâcheux dans tous les cas.

Dans le château d’Ardivilliers, près de Bre-teuil, en Picardie, au temps de la jeunesse de Louis XV, un esprit faisait un bruit effroyable. C’étaient toute la nuit des flammes qui faisaient paraître le château en feu, c’étaient des hurlements épouvantables. Mais cela n’arrivait qu’en certain temps de l’année, vers la Toussaint. Personne n’osait y demeurer que le fermier, avec qui l’esprit était apprivoisé. Si quelque malheureux passant y couchait une nuit, il était si bien étrillé qu’il en portait longtemps les marques. Les paysans d’alentour voyaient mille fantômes qui ajoutaient à l’effroi. Tantôt quelqu’un avait aperçu en l’air une douzaine d’esprits au-dessus du château ; ils étaient tous de feu et dansaient un branle à la paysanne ; un autre avait trouvé dans une prairie je ne sais combien de présidents et de conseillers en robe rouge, assis et jugeant à mort un gentilhomme du pays, qui avait eu la tête tranchée il y avait bien cent ans. Plusieurs autres avaient vu, ou tout au moins ouï dire, des merveilles du château d’Ardivilliers. Cette farce dura quatre ou cinq ans, et fit grand tort au maître du château, qui était obligé d’affermer sa terre à très-vil prix. Il résolut enfin de faire cesser la lutinerie, persuadé par beaucoup de circonstances qu’il y avait de l’artifice en tout cela. Il se rend à sa terre vers la Toussaint, couche dans son château et fait demeurer dans sa chambre deux gentilshommes de ses amis, bien résolus, au premier bruit ou à la première apparition, de tirer sur les esprits avec de bons pistolets. Les esprits, qui savent tout, surent apparemment ces préparatifs ; pas un ne parut. Ils se contentèrent de traîner des chaînes dans une chambre du haut, au bruit desquelles la femme et les enfants du fermier vinrent au secours de leur seigneur, en se jetant à ses genoux pour l’empêcher de monter dans cette chambre.

« Ah ! monseigneur, lui criaient-ils, qu’est-ce que la force humaine contre des gens de l’autre monde ? Tous ceux qui ont tenté avant vous la même entreprise en sont revenus disloqués. » Ils tirent tant d’histoires au maître du château, que ses amis ne voulurent pas qu’il s’exposât ; mais ils montèrent tous deux à cette grande et vaste chambre où se faisait le bruit, le pistolet dans une main, la chandelle dans l’autre. Ils ne virent d’abord qu’une épaisse fumée, que quelques flammes redoublaient par intervalles. Un instant après, elle s’éclaircit et l’esprit parut confusément au milieu. C’était un grand diable tout noir qui faisait des gambades, et qu’un autre mélange de flammes et de fumée déroba une seconde fois à la vue. Il avait des cornes, une longue queue. Son aspect épouvantable diminua un peu l’audace de l’un des deux champions. « Il y a là quelque chose de surnaturel, dit-il à son compagnon ; retirons-nous. — Non, non, répondit l’autre ; ce n’est que de la fumée de poudre à canon… et l’esprit ne sait son métier qu’à demi de n’avoir pas encore soufflé nos chandelles. » Il avance à ces mots, poursuit le spectre, lui lâche un coup de pistolet, ne le manque pas ; mais au lieu de tomber, le spectre se retourne et le fixe. Il commence alors à s’effrayer à son tour. Il se rassure toutefois, persuadé que ce ne peut être un esprit ; et, voyant que le spectre évite de l’approcher, il se résout à le saisir, pour voir s’il sera palpable ou s’il fondra entre ses mains. L’esprit, trop pressé, sort de la chambre et s’enfuit par un petit escalier. Le gentilhomme descend après lui, ne le perd point de vue, traverse cours et jardins, et fait autant de tours qu’en fait le spectre, tant qu’enfin le fantôme, étant parvenu à une grange qu’il trouve ouverte, se jette dedans et fond contre un mur au moment où le gentilhomme pensait l’arrêter. Celui-ci appelle du monde ; et dans l’endroit où le spectre s’était évanoui, il découvre une trappe qui se fermait d’un verrou après qu’on y était passé. Il descend, trouve le fantôme sur de bons matelas, qui l’empêchaient de se blesser quand il s’y jetait la tête la première. Il l’en fait sortir, et l’on reconnaît sous le masque du diable le malin fermier, qui avoua toutes ses souplesses et en fut quitte pour payer à son maître les redevances de cinq années sur le pied de ce que la terre était affermée avant les apparitions. Le caractère qui le rendait à l’épreuve du pistolet était une peau de buffle ajustée à tout son corps…

Mais retournons aux revenants sérieux. Les peuples du Nord reconnaissaient une espèce de revenants qui, lorsqu’ils s’emparaient d’un édifice ou du droit de le fréquenter, ne se défendaient pas contre les hommes, mais devenaient fort traitables à la menace d’une procédure légale. L’Evrbiggia-Saga nous apprend que la maison d’un respectable propriétaire en Islande se trouva, peu après que l’île fut habitée, exposée à une infestation de cette nature. Vers le commencement de l’hiver, il se manifesta, au sein d’une famille nombreuse, une maladie contagieuse qui, emportant quelques individus de tout âge, sembla menacer tous les autres d’une mort précoce. Le trépas de ces malades eut le singulier résultat de faire rôder leurs ombres autour de la maison, en terrifiant les vivants qui en sortaient. Comme le nombre des morts dans cette famille surpassa bientôt celui des vivants, les esprits résolurent d’entrer dans la maison et de montrer leurs formes vaporeuses et leur affreuse physionomie jusque dans la chambre où se faisait le feu pour l’usage général des habitants, chambre qui pendant l’hiver, en Islande, est la seule où puisse se réunir une famille. Les survivants effrayés se retirèrent à l’autre extrémité de la maison et abandonnèrent la place aux fantômes. Des plaintes furent portées au pontife du dieu Thor, qui jouissait d’une influence considérable dans l’île. Par son conseil, le propriétaire de la maison hantée assembla un jury composé de ses voisins, constitué en forme, comme pour juger en matière civile, et cita individuellement les divers fantômes et ressemblances des membres morts de la famille, pour qu’ils eussent à prouver en vertu de quel droit ils disputaient à lui et à ses serviteurs la paisible possession de sa propriété, et quelle raison ils pouvaient avoir de venir ainsi troubler et déranger les vivants. Les mânes parurent dans l’ordre où ils étaient appelés ; après avoir murmuré quelques regrets d’abandonner leur toit, ils s’évanouirent aux yeux des jurés étonnés.

Un jugement fut donc rendu alors par défaut contre les esprits ; et l’épreuve par jury, dont nous trouvons ici l’origine, obtint un triomphe inconnu à quelques-uns de ces grands écrivains, qui en ont fait le sujet d’une eulogie.

Le singulier fait que nous venons d’exposer est emprunté à la Démonologie de Walter Scott.

Dans la Guinée, on croit que les âmes des trépassés reviennent sur la terre, et qu’elles prennent dans les maisons les choses dont elles ont besoin ; de sorte que, quand on a fait quelque perte, on en accuse les revenants ; opinion très-favorable aux voleurs. Voy. Apparitions, Fantômes, Spectres, Athénagore, etc.

Rhapsodomancie, divination qui se faisait en ouvrant au hasard les ouvrages d’un poète, et prenant l’endroit sur lequel on tombait pour une prédiction de ce qu’on voulait savoir. C’était ordinairement Homère et Virgile que l’on choisissait. D’autres fois on écrivait des sentences ou des vers détachés du poète ; on les remuait dans une urne ; la sentence ou le vers qu’on en tirait déclarait le sort. On jetait encore des dés sur une planche où des vers étaient écrits, et ceux sur lesquelles s’arrêtaient les dés passaient pour contenir la prédiction. Chez les modernes, on

 
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ouvrait le livre avec une épingle, et on interprétait le vers que l’épingle marquait.

Rhombus, instrument magique des Grecs, espèce de toupie dont on se servait dans les sortilèges. On l’entourait de lanières tressées, à l’aide desquelles on la faisait pirouetter. Les magiciens prétendaient que le mouvement de cette toupie avait la vertu de donner aux hommes les passions et les mouvements qu’ils voulaient leur inspirer ; quand on l’avait fait tourner dans un sens, si l’on voulait corriger l’effet qu’elle avait produit et lui en donner un contraire, le magicien la reprenait et lui faisait décrire un cercle opposé à celui qu’elle avait déjà parcouru. Les amants malheureux la faisait tourner en adressant à Némésis des imprécations contre l’objet de leur amour, s’ils en étaient dédaignés.

Rhône. Ce fleuve est honoré de quelques petits contes. De temps immémorial, quand les glaciers se fondent, on voit le diable descendre le Rhône à la nage, une épée nue d’une main, un globe d’or de l’autre. Alors il est en homme. D’autres fois il le descend travesti en femme sur un radeau grossier. Il s’arrêta un jour devant la ville de Martigny, et cria en patois : Aïgou, haoüssou ! (Fleuve, soulève-toi !) Aussitôt le Rhône obéit en franchissant ses rives, et détruisit une partie de la ville qui est encore en ruines.

On croit, dans l’Oberland (Suisse), que le fracas qu’on entend dans le glacier de la Fourche qui produit le Rhin est l’effet des cris et des gémissements des âmes qui ont mal vécu sur

 
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la terre et qui sont condamnées là à travailler dans les glaces souterraines, pour alimenter sans relâche le cours violent du fleuve.

Rhotomago, magicien fameux au théâtre des

 
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ombres chinoises. M. Berbiguier en fait sérieusement une espèce de démon, qui serait le grand maître des sorciers[11].

Rhune, montagne du pays basque, appelée le bosquet du Bouc, parce que les sorciers se sont longtemps réunis là pour faire leur sabbat.

Ribadin (Jeannette), jeune personne de dix-huit ans, dont l’histoire a fait du bruit au seizième siècle. Elle était de la paroisse de Jouin de Cernes, aux environs de Bordeaux. Cueillant un dimanche des herbes dans la campagne, elle fut saisie de convulsions et réprimandée par un de ses parents, qui voulut qu’elle publiât sa faute en pleine assemblée ; il la conduisit à la paroisse après lui avoir donné ses instructions. Un grand concours arriva ; la jeune fille annonça au peuple assemblé qu’elle avait eu grand mal pour avoir travaillé le dimanche ; ce qu’il fallait éviter pour ne pas s’attirer les mêmes maux ; ensuite elle feignit des extases, se roula par terre, et prononça d’un ton prophétique que Dieu ne voulait pas que les femmes portassent des manches froncées, ni les hommes des bonnets rouges. L’affaire parvint aux oreilles de l’archevêque de Bordeaux, qui la fit arrêter avec son complice, reconnut la fraude et fit avouer à la fille que l’argent que les fidèles lui donnaient pour ses prétendues révélations était partagé entre trois suborneurs qui l’avaient engagée à contrefaire la sainte. Le juge ecclésiastique la condamna à faire amende honorable en l’église métropolitaine de Saint-André, la torche au poing, et là demander pardon à Dieu. Cette sentence fut exécutée ; mais elle fut encore renvoyée en la cour, ou, par arrêt donné à la Tournelle, elle fut condamnée, comme criminelle d’imposture, de séduction, d’impiété, d’abus et de scandale public (1587). Ses complices furent condamnés avec elle à la réclusion, comme convaincus de séductions envers cette malheureuse fille. Ce qui fait voir que] les fraudes pieuses n’étaient pas encouragées autrefois, comme le disent les menteurs qui attaquent la religion.

Ribesal, spectre dont le peuple en Silésie place la demeure au sommet du Risemberg. C’est

 
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lui, dans leur idée, qui couvre subitement cette montagne de nuages et qui excite les tempêtes. C’est le même que Rubezal. Voy. ce mot.

Richard Cœur de lion. On a accusé ce prince orgueilleux de certain commerce avec le diable. Les protestants l’ont maltraité, comme ils font en général de tous les héros du catholicisme ; et Walter Scott l’a sacrifié dans un de ses romans[12].

Richard Sans peur, fils selon les uns, frère selon les autres de Robert le Diable. Quelques romans de chevalerie le présentent comme ayant épousé un démon succube. Voy. aussi Héla.

 
Richard Cœur de lion
Richard Cœur de lion.
 

Richelieu. Le maréchal de Richelieu, étant ambassadeur à Vienne, se fit initier dans la société de quelques nécromanciens, qui lui promirent de lui montrer Belzébuth, le prince des démons. Il donna dans cette chimère. Il y eut une assemblée nocturne, des évocations : en sorte que l’affaire éclata. Un jour que le maréchal disait à Louis XV que les Bourbons avaient peur du diable r le roi lui répondit : « C’est qu’ils ne font pas vu comme vous. »

Rickius (Jacques), auteur d’une défense des épreuves par l’eau froide ; publiée en latin[13], à Cologne, 1597.

Rigoux (maître), nom donné quelquefois au démon qui préside le sabbat.

Rimmon, démon d’un ordre inférieur, peu considéré là-bas, quoique premier médecin de l’empereur infernal. Il était adoré à Damas sous le nom de Remmon ou Remnon, qui, selon les uns, est Saturne, et, selon les autres, le soleil. On lui attribuait le pouvoir de guérir la lèpre.

Rivière (Roch le Baillif, sieur de la), médecin empirique et astrologue, né à Falaise, dans le seizième siècle. Il devint premier médecin de Henri IV, fut comblé des faveurs de la cour, et mourut le 5 novembre 1605. On dit que Henri eut la faiblesse de lui faire tirer l’horoscope de son fils, depuis Louis XIII. Il s’en défendit longtemps ; mais enfin, forcé par le roi, dont sa résistance avait excité la curiosité, il lui prédit que ce jeune prince s’attacherait à ses opinions, et que cependant il s’abandonnerait à celles des autres ; qu’il aurait beaucoup à souffrir des huguenots ; qu’il ferait de grandes choses et vivrait âge d’homme. Henri IV fut affligé de cette prédiction, dont il aurait pu deviner aussi une partie. La Rivière a passé, de son temps, pour un grand amateur de philosophie naturelle, et curieux des secrets de cette science. On a de lui : Discours sur la signification de la comète apparue en Occident au signe du Sagittaire, le 10 novembre. Rennes, 1577, in-4°, rare.

Robert. C’est le nom que la petite démoniaque Marie Clauzette donnait au maître des sabbats. C’est aussi le nom du démon évoqué par Flaque.

Robert le Diable, frère aîné selon les uns, père selon d’autres, de Richard Sans peur. On dit

 
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qu’il était fils d’un démon. Ce fut un effroyable bandit. Après les excès les plus horribles, il se convertit, fit une longue pénitence et mourut ermite. On croit en Normandie que son spectre errant doit expier jusqu’au jugement dernier. Voy., dans les Légendes infernales et dans les Légendes de l’autre monde, la chronique de Robert le Diable, avant et après sa mort.

Robert, sorcier de l’Artois, qui fut condamné, en 1331, au bannissement et à la confiscation de ses biens. Il avait formé le dessein d’envoûter le roi, la reine et le duc de Normandie. Il avait montré à un prêtre une petite figure de cire mystérieusement enveloppée dans un écrin. Cette figure représentait Jean, duc de Normandie, fils du roi[14].

Robert, roi de France. Ce monarque avait épousé Berthe, sa cousine issue de germain. Le pape Grégoire V examina l’affaire dans un concile. Suivant la discipline du temps, le mariage fut déclaré incestueux, et le concile décréta que les époux seraient tenus de se séparer et de faire pénitence. Le roi Robert, hésitant à se soumettre, fut excommunié et son royaume mis en interdit. Un jour qu’il était allé faire sa prière à la porte d’une église, on lui présenta un petit monstre qui avait le cou et la tête d’un canard. Mais c’est un conte des historiens. La reine était accouchée d’un enfant mort. Le roi, frappé, se sépara de Berthe, et l’excommunication fut levée. C’est à cause de cette fable que la reine Berthe, femme de Robert, fut représentée dans quelques-unes de ses statues avec un pied d’oie.

Robin Hood ou Robin des bois. Voy. Puck.

Robinet de Vaulx, faux ermite, affilié à la vauderie et condamné à Arias, avec Labitte, dit l’abbé de peu de sens : quinzième siècle.

Rocaya (Marie de), sorcière fameuse par ses crimes, qui fut condamnée au feu dans le pays basque, à la fin du seizième siècle.

Rodenstein. Voy. Hakelberg.

Roderik ou Rodrigue. Roderik, dernier roi des Goths en Espagne, se rendit fameux par ses crimes et ses débauches, au commencement du

 
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huitième siècle ; mais il y eut une fin. Il était devenu épris de la fille du comte Julien, l’un des grands seigneurs de l’Espagne ; il la déshonora et la renvoya ensuite de sa cour. Le comte Julien se vengea en ouvrant aux Maures les portes de l’Espagne. Dans une grande bataille qui dura sept jours, Roderik fut tué, et comme on ne put retrouver son corps, on publia qu’il avait été enlevé par le démon, que ses méfaits avaient rendu son maître[15].

Rodriguez (Ignazio). Voy. Inquisition.

Rois de l’enfer. Les rois de l’enfer sont au nombre de sept. On peut les lier depuis trois heures jusqu’à midi, et depuis neuf heures jusqu’au soir. Voy. Monarchie infernale.

Rois de France. Il est rapporté dans quelques chroniques que les premiers rois de France portaient une queue comme les singes ; qu’ils avaient du poil de sanglier tout le long de l’épine du dos, etc.

Roitelet. Une plume de cet oiseau portée en secret fait gagner à tous les jeux. On le croit au moins dans les villages.

Rolande du Vernois. Boguet cite cette femme comme sorcière. Elle fut convaincue, au seizième siècle, tout à la fois d’être possédée, voleuse et ventriloque, et fut pendue et bridée.

Rome, siège et domaine de l’Église, à qui Notre-Seigneur a dit que « les puissances de l’enfer ne prévaudront jamais contre elle ». Satan et ceux qu’il entraîne savent bien que Rome et tous ses monuments appartiennent au Pape ; que Constantin, se sentant amoindri en face du seul pouvoir incontestablement divin, céda Rome et ses États au Saint-Siège et se fit une autre capitale ; que Charlemagne confirma et agrandit cette donation ; que tous ceux qui ont honoré ou défendu l’Église Romaine ont été bénis et ont prospéré ; que, depuis saint Pierre jusqu’à nos jours, par la violence ou par les sophismes, tous ceux qui ont attaqué le Pape, ou dans sa personne, ou dans son pouvoir, ou dans son domaine, ont subi les coups de la justice divine. Mais Satan, le père des hérésies, des schismes et des désertions, ne désarme pas.

Romulus, celui qui éleva la ville de Rome. Romulus était enfant du diable selon quelques-uns, et grand magicien selon tous les démonomanes. Mars, au fait, qui fut son père n’était qu’un démon. Après qu’il eut bien établi son empire, un jour qu’il faisait la revue de son armée, il fut enlevé par un tourbillon, devant la multitude, et Bodin observe que le diable, à qui il devait le jour ; l’emporta dans un autre royaume.

Ronwe, marquis et comte de l’enfer, qui apparaît sous la forme d’un monstre ; il donne à ses adeptes la connaissance des langues et la bienveillance de tout le monde. Dix-neuf cohortes infernales sont sous ses ordres[16].

Rose-croix. Les rose-croix sont maintenant de hauts officiers dans les grades ridicules de la maçonnerie. Autrefois c’étaient les conservateurs des secrets de la cabale.

Naudé a écrit sur les rose-croix un petit livre curieux. Voy. Naudé, Andreæ, etc.

Rose de Jéricho. Voy. Brown.

Rosemberg. Voy. Femmes blanches.

Rosendal. Les Suédois de nos jours donnent ce nom (vallée des roses) au lieu où se fait le sabbat.

Rosier, démon invoqué comme prince des Dominations dans les litanies du sabbat.

Roskolnicks, sectaires russes qui proscrivent le tabac, qu’ils appellent l’arbre du diable.

Rounfl. C’est le nom que les Bretons donnent aux ogres.

Roussalkis, ondines des Russes, chez qui elles peuplent les étangs et les rivières.

Roustem ou Rustam, héros si fameux dans la Perse qu’il y est devenu presque fabuleux. Il vivait au sixième siècle. On lui prête des actions surnaturelles, comme d’avoir tué mille Tartares d’un seul coup, d’avoir vaincu des dragons et des diables blancs, d’avoir pris des villes à lui seul. C’est l’Hercule des Persans[17].

 
Ronwe
Ronwe.
 

Roux. Il y a chez les modernes une antipathie assez générale contre les roux. On expliquait autrefois ainsi l’origine des barbes rousses. Lorsque Moïse surprit les Israélites adorant le veau d’or, il le fit mettre en poudre, mêla cette poudre dans de l’eau et la fit boire au peuple. L’or s’arrêta sur les barbes de ceux qui avaient adoré l’idole et les fit reconnaître ; car toujours depuis ils eurent la barbe dorée[18].

Rubezal, prince des gnomes, fameux chez les habitants des monts Sudètes. Il est extrêmement malin, comme tous les êtres de son espèce, et joue mille tours aux montagnards. On a écrit des volumes sur son compte ; il est même le héros de quelques romans ; Musæus a conté longuement ses prouesses. Et toutefois on n’a pas encore suffisamment éclairci ce qui concerne ce lutin, qui probablement est un personnage de l’ancienne mythologie slave. Il paraît encore, dit-on, dans quelque coin éloigné ; mais chaque année il perd de sa renommée et de sa considération. — C’est le même que Ribenzal.

Rubis. Les anciens attribuaient à cette pierre précieuse la propriété de résister au venin, de préserver de la peste, de bannir la tristesse et de détourner les mauvaises pensées. S’il venait à changer de couleur, il annonçait des malheurs qui devaient arriver ; il reprenait sa teinte aussitôt qu’ils étaient subis.

Rue d’Enfer. Voy. Vauvert.

Ruffaïs, magiciens musulmans qui font leurs prestiges publiquement dans l’Inde, où toute magie paraît avoir les coudées franches. Voici ce qu’on lit à ce sujet, et c’est très-remarquable, dans le Magasin naval et militaire, publié par des Anglais sérieux, 1838, n° 116 :

« Depuis que nous sommes dans l’Inde, j’avais entendu parler très-souvent d’une secte de musulmans qu’on appelle les ruffaïs. Ils prêchent l’islamisme et croient le prouver en s’enfonçant des épées dans les chairs, en se coupant la langue qu’ils font rôtir et qu’ils replacent ensuite, et ils offrent de donner le pouvoir d’opérer ces prodiges à leurs disciples, en ajoutant qu’avec leur foi on peut faire de son corps tout ce que l’on veut, jusqu’à s’arracher les yeux et se couper la tête.

» Le colonel G. avait été témoin de ces expériences, en compagnie d’un grave ecclésiastique, qui, s’en trouvant mal, s’était enfui en disant que c’était là l’œuvre de Satan. Le colonel s’écriait qu’il n’y voyait que magie ; ce qui se ressemble assez. J’eus grand’peine à croire que ces récits fussent autre chose qu’une mystification ; et quand plusieurs témoignages m’eurent ébranlé, j’exprimai le désir de voir de mes propres yeux ce que j’appelais des jongleries. Le jour fixé pour l’épreuve, on dressa une large tente ; on y apporta cinquante lampes, des plats pleins d’arsenic et des plants d’une sorte de cactus qui fournit un suc laiteux, dont une seule goutte produit des ampoules sur la peau. On se procura aussi de vieux pendants d’oreilles, de vieux bracelets, des poignards, des épées, des broches de fer, et quand tout fut prêt, nous entrâmes, cinq officiers et moi, avec une centaine de curieux. Vingt ruffaïs se trouvaient là, battant du tambour. Aussitôt que nous fûmes assis, les ruffaïs chantèrent des paroles tirées de leurs livres saints, accompagnées des tambours qui alors battaient en mesure. Ce vacarme alla crescendo jusqu’à ce que tous se sentissent en une sorte d’extase : leurs corps étaient secoués par des tressaillements continuels. Ils saisirent les instruments qu’on avait apportés ; les uns se percèrent les joues, la langue, la gorge avec des broches et des poignards ; les autres se traversèrent le corps avec des épées ; quelques-uns se coupèrent la langue, la rôtirent et la remirent à sa place où elle se rejoignit complètement ; un d’entre eux avala, sans en rien souffrir, de grandes quantités d’arsenic, pendant qu’un autre dévorait les bracelets et les pendants d’oreilles, comme les enfants dévorent les friandises.

» Tout cela s’opérait à un pied de moi, au milieu des lampes, de manière que je ne pouvais supposer aucune supercherie. Mais ce spectacle me faisait mal, et je ne savais qu’en penser. Le colonel m’assurait que tout ce que je voyais était réel, et que si quelque imposture s’y mêlait, il l’aurait découverte depuis longtemps. Cependant j’hésitais, et comme je disais que j’aurais plus de confiance si ces faits extraordinaires se passaient au grand jour, sans tambours et sans bruit, le lendemain, un peu après midi, je lisais un journal, étendu sur mon lit, lorsque le chef des ruffaïs vint à moi, portant sous son bras toutes sortes d’instruments qu’il jeta à terre. Il prit une lame de poignard, se l’enfonça dans la joue gauche, en planta une autre dans la joue droite, se perça la langue d’une troisième et d’une quatrième la gorge ; puis il plongea dans son corps trois pouces d’une lame de couteau très-affilée ; tout cela sans qu’une goutte de sang sortît. Il allait se couper la langue, je l’en empêchai avec horreur, car il se tailladait le visage, et ses regards, égarés par une sorte de fureur, me faisaient frémir. Il avala trois onces d’arsenic ; puis il retira toutes les lames qui le lardaient, et il ne sortit de son corps aucune goutte de sang… »

L’officier qui a écrit ce compte rendu déclare en finissant qu’il ne sait que croire de tout cela, mais qu’il atteste avoir vu positivement tout ce qu’il expose.

Ruggieri (Cosme), sorcier florentin et courtisan de Catherine de Médicis ; il fut appliqué à la question en 1574, comme prévenu d’avoir attenté par ses charmes aux jours de Charles IX, qu’il voulait envoûter[19].

Rugner, géant Scandinave, dont la lance énorme était faite de pierre à aiguiser. Dans un duel, Thor la lui brisa d’un coup de sa massue, grosse comme un dôme, et en fit sauter les éclats si loin, que c’est de là que viennent toutes les pierres à aiguiser que l’on trouve dans le monde, et qui paraissent évidemment rompues par quelque effort.

Rule (Elspet), Écossais convaincu de sorcellerie en 1708. Les cours de justice devenant alors moins rigoureuses contre ces crimes, il ne fut condamné qu’au bannissement avec une joue brûlée.

Runes, lettres ou caractères magiques que les peuples du Nord croyaient d’une grande vertu dans les enchantements. Il y en avait de nuisibles, que l’on nommait runes amères ; on les employait lorsqu’on voulait faire du mal. Les runes secourables détournaient les accidents ; les runes victorieuses procuraient la victoire à ceux qui en faisaient usage ; les runes médicinales guérissaient des maladies ; on les gravait sur des feuilles d’arbre. Enfin, il y avait des runes pour éviter les naufrages, pour soulager les femmes en travail, pour préserver des empoisonnements. Ces runes différaient par les cérémonies qu’on observait en les écrivant, parla matière sur laquelle on les traçait, par l’endroit où on les exposait, par la façon dont on arrangeait les lignes, soit en cercle, soit en ligne serpentante, soit en triangle, etc. On trouve encore plusieurs de ces caractères tracés sur les rochers des mers du Nord.

Rush, lutin suédois. Voy. Puck.

Ryence, roi fabuleux de la partie septentrionale du pays de Galles ; il était magicien et portait un manteau bordé de vingt-quatre barbes de rois. Il fut tué par le roi Arthus.

Rymer, géant, ennemi des dieux chez les Scandinaves ; il doit à la fin du monde être le pilote du vaisseau Naglefare. Voy. ce mot.


  1. Leloyer, Histoire des spectres ou apparitions des esprits, p. 294.
  2. Delancre, Incrédulité et mécréance du sortilège pleinement convaincues, p. 278.
  3. Lemnius.
  4. M. J. Garinet, Histoire de la magie en France.
  5. Rickius, Discours de la lycanthropie, p. 18.
  6. Chateaubriand, Mémoires, t. II.
  7. Wierus, in Pseudom. dæm.
  8. Voyez les Légendes des esprits et démons.
  9. Görres, Mystique, liv. VIII, ch. xxi.
  10. M. Garinet, Histoire de la magie en France. Voyez l’histoire du maréchal de Retz dans les Légendes infernales.
  11. Les Farfadets, t. I, p. 275.
  12. Voyez cependant sur lui un conte singulier, dans les Légendes des croisades. Voyez aussi l’article Saladin.
  13. Defensio compendiosa certisque modis astricla probe ut loquuntur aquæ frigidæ qua in examinatione maleficorum judices hodie utuntur, omnibus scitu perquam necessaria, quatuor distincta capitibus ; auctore Jacobo Rickio, in-12. Colonise Agrippinæ, 1597
  14. M. Garinet, Hist. de la magie en France, p. 87.
  15. Voyez son histoire dans les Légendes infernales.
  16. Wierus, in Pseudomon. dæm.
  17. M. Eugène Flandin, Voyage en Perse.
  18. Jérémie de Pours, la Divine mélodie du saint Psalmiste, p. 829.
  19. M. Garinet, Hist. de la magie en France, p. 451.