Histoire des œuvres de Balzac

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COMPLÉMENT AUX ŒUVRES

DE

H. DE BALZAC



HISTOIRE DES ŒUVRES

DE

H. DE BALZAC


PAR

CHARLES DE LOVENJOUL


PARIS
CALMANN LÉVY, ÉDITEUR
ANCIENNE MAISON MICHEL LÉVY FRÈRES
RUE AUBER, 3, ET BOULEVARD DES ITALIENS, 15
À LA LIBRAIRIE NOUVELLE

M DCCC LXXIX
Droits de reproduction et de traduction réservés


AVANT-PROPOS


On se persuadera difficilement peut-être, en lisant ces pages, qu’il a fallu plusieurs années de recherches incessantes pour mener à bonne fin le présent essai bibliographique ; rien n’est plus exact cependant, et, quelque imparfait qu’il soit encore, peu de travaux du même genre ont coûté plus de peines et de soins.

Parmi toutes les particularités curieuses sur lesquelles nous pourrions appeler l’attention du lecteur, nous lui ferons remarquer seulement combien les ouvrages réunis sous le titre général de la Comédie humaine ont souvent changé de cadre avant d’être fixés définitivement dans l’une ou l’autre des séries qui la composent ; plusieurs de ces récits ont successivement fait partie des Scènes de la Vie privée, de la Vie de province, de la Vie parisienne, et même des Contes et Études philosophiques ; il est facile de s’en convaincre en parcourant ce travail. Du reste, jusqu’à la fin de sa vie, Balzac modifia le classement de ses œuvres, et le premier tirage de l’édition définitive qui a servi de base à notre bibliographie, édition imprimée d’après ses notes et corrections posthumes, en offre encore de fréquentes et nombreuses preuves.

On remarquera aussi combien les dates indiquées sont souvent fautives, puisque parfois les ouvrages ont paru avant l’année ou le mois dont ils portent le millésime.

Les divisions en chapitres des ouvrages de Balzac furent enlevées, au grand regret de l’auteur, comme faisant perdre trop de place, dans la première édition de la Comédie humaine, qui fut imprimée aussi compacte que possible; il les regretta toujours et nous les recueillons ici pour la première fois.

Il nous serait d’ailleurs impossible de relever d’une façon absolument complète tous les changements et toutes les variantes qu’ont subis ses ouvrages : dans chaque édition nouvelle, il remaniait et récrivait souvent des pages entières: ses premières œuvres surtout ont été plusieurs fois refaites, et la version définitive est complètement différente, comme forme, de l’édition originale.

Lorsqu’il eut trouvé son plan de la Comédie humaine, il changea et modifia aussi, surtout dans ses premiers écrits, presque tous les noms des personnages cités, noms imaginaires ou noms réels, de façon à les rattacher mieux à son gigantesque monument littéraire; ce travail de révision, Balzac l’a poursuivi jusqu’à sa mort, et il serait presque impossible aussi d’en indiquer toutes les variantes.

Nous avons divisé notre étude en quatre parties distinctes : la première embrasse la bibliographie proprement dite de toutes les œuvres de l’auteur de la Comédie humaine; la seconde, l’ordre chronologique de composition et de publication de ses écrits, qui permet de juger quel labeur écrasant a rempli sa vie: la troisième, la table de tous les titres des ouvrages que Balzac a projetés, annoncés ou fait paraître; ses ouvrages en ayant souvent changé, il est possible avec cette table de voir quels furent les titres primitifs de tous: et la quatrième enfin, la bibliographie des livres et des articles intéressants inspirés par Balzac ou par ses œuvres.

Nous espérons que nos recherches ne seront pas sans intérêt pour les nombreux admirateurs d’un des plus remarquables écrivains de notre temps: c’est la seule récompense que l’auteur ambitionne pour prix de son long et difficile travail.

CHARLES DE LOVENJOUL.

Août 1876. PREMIÈRE PARTIE

BIBLIOGRAPHIE DES ŒUVRES COMPLÈTES
I

LA COMÉDIE HUMAINE

2e édition. 17 volumes. 1869-1870.

I

TOMES I à IV, première partie, premier livre : Scènes de la Vie privée[1], sixième édition ; 4 volumes in-8°, 1869, contiennent :

TOME PREMIER.

I. Avant-Propos, daté de juillet 1842. Préface générale écrite pour la première édition de la Comédie humaine, 1842-1846, dont la première livraison fut mise en vente le samedi 23 avril 1842 ; cet avant-propos parut inédit, dans la dernière livraison du premier volume. 6 HISTOIRE

(Voir tome XXII, page 379, la préface et la note de la première édition des Scènes de la Vie privée.)

II. La Maison du Chat-qui-pelole, daté de Matliers, octobre 1829. Dédié à mademoiselle Marie de Montheau. Parut pour la première fois, sous le titre de Gloire et Malheur, dans la première édition des Scènes de la Vie privée, deux volumes in-8°, avril 1830. Cette nouvelle n’a été datée pour la première fois qu’en 1835, dans la troisième édi- tion de ces Scènes, et n’a reçu sa dédicace et le titre qu’elle porte aujourd’hui qu’en 1842, dans le tome I de la cinquième édition (pre- mière de la Comédie humaine).

III. Le Bal de Sceaux, daté de Paris, décembre 1829. Dédié à Henry de Balzac (frère de l’auteur). Parut pour la première fois avec le sous- titre de : ou le Pair de France, dans la première édition des Scènes de la Vie privée, deux volumes in-8°, avril 1830. La dédicace parut pour la première fois en 1842 dans le tome I de la cinquième édition (première de la Comédie humaine), et la date dans la troisième, en 1835.

IV. Mémoires de Deux Jeunes Mariées, daté de Paris, 1841. Dédié à George Sand, dédicace datée de Paris, juin 1840. Imprimé pour la pre- mière fois dans la Presse, du 1 er novembre 1841 au 15 janvier 1842, après avoir été annoncé longtemps dans la Revue de Paris, sous le titre

en plus ici que dans l’édition précédente, les chapitres suivants : Préface. Souffrances inconnues. Le Doigt de Dieu, 2 e partie, la Vallée du torrent.

Quatrième édition. Deux volumes in-18, chez Charpentier, 1839.Coutenaut : — Tome I. Le Bal de Sceaux ou le Pair de France. Gloire et Malheur (la Maison du Chat-qui-pelote). La Fleur-des-pois (lo Contrat de mariage). La Paix du ménage. Tome II. — La Vendetta. Même histoire (la Femme de trente ans). Il faut y ajouter Balthazar Claes ou la Recherche de l’absolu, un volume in-12, chez le même éditeur, 1839.

Cinquième édition. Tomes I à IV de la première édition de la Comédie humaine. Quatre vo- lumes in-8°, chez Furne, Dubochet et Hetzol, 1842-1845. Contenant: — Tome I, 1812. Préface générale. La Maison du Chat-qui-pelote (Gloire et Malheur). Le Bal de Sceaux (ou le Pair de France). La Bourse. La Vendetta. Madame Firmiani. Une Double Famille (la Femme vertueuse). La Paix du ménage. La Fausse Maîtresse. Étude de femme (Profil de marquise). Albert Savarus (Rosalie). — Tome II, 181-2. Mémoires do Deux Jeunes Mariées. Une Fille d’Eve. La Femme abandonnée. La Grenadière. Le Message (le Conseil). Gobseck (Papa Gob- seck. Les Dangers de l’inconduite). Autre Htude de femme (les Premières armes d’un lion). — Tome III, 1842. La Femme do trente ans (Même histoire). Le Contrat do mariage (la Kleur- des-pois). Béatrix, première partie les personnages, le drame). — Tome IV, 1815. Deuxième partie. Un Adultère rétrospectif. Les Petits Manèges d’une femme vertueuse. La Lune de miel. La Grande Bretèche (ou les Trois Vengeances). Modeste Mignon (ou les Trois Amou- Uonorine. Un Début e lo Danger des mystifications).

��Comme nous l’avons dit en tête de cette note, nous ne parlons pas ici des autres éditions publiées sans aucun changement, telles que celle du Musée littéraire ’lu Siècle, l’édition illustrée dite à quatre sous, celle de la Librairie Nouvelle en quarante-cinq volumes in-32 colombier, etc., etc. Cette dernière édition contient cependant quelques-unes des corrections de l’édition définitive.

�� � de: Mémoires d’une Jeune Mariée, et publié en volumes en 18Zj2, chez Souverain, deux volumes in-8 n , avec la dédicace et une préface datée des Jardies, mai 1840, toutes deux inédites (voir tome XXII, page 5^9); ce roman entra la même année (18^2) dans le tome II de la cinquième édition des Scènes de la Vie privée (première édition de la Comédie humaine). Dans la première édition, après le mot « profession », ligne 3, page 130, on lisait : « Sous le nom charmant de Sœur Marie des Anges. » On sait que Balzac annonça longtemps un roman sous le titre de Sœur Marie des Anges; voilà la seule trace, aujourd’hui effacée, qui laisse deviner quel devait être le personnage principal de cet ouvrage.

V. La Bourse, daté de Paris, mai 1832. Dédié à Sofka. Parut pour la première fois dans la deuxième édition des Scènes de la Vie privée, quatre volumes, mai 1832. En 1835, cette nouvelle entra, datée pour la première fois, dans le tome I de la première édition des Scènes de la Vie parisienne, d’où elle fut retirée en 18/i2 pour rentrer, augmentée de sa dédicace, dans le tome I de la cinquième édition des Scènes de la Vie privée (première édition de la Comédie humaine).

VI. Modeste Mignon, daté de Paris, mars-juillet I8M. Dédié d’abord à une étrangère, aujourd’hui à une Polonaise, qui est du reste la même personne. Imprimé pour la première fois, avec la dédicace, dans le Journal des Débats, la première partie du 4 au 18 avril, la deuxième du 17 au 31 mai, et la troisième du 5 au 21 juillet 18M, cet ouvrage parut, daté, la même année chez G. Roux et Cassanet, en quatre volumes in-8°, avec le sous-titre de : ou les Trois Amoureux., et suivi de : un Épisode sous la Terreur et une Passion dans le désert.

En volumes, cet ouvrage était divisé ainsi :

1. Une souricière.

2. Croquis d’Ingouville.

3. Le chalet.

4. Scène de famille.

5. Un portrait d’après nature.

6. Avant-scène.

7. Un drame vulgaire.

8. Simple histoire.

9. Un soupçon.

10. Le problème reste sans solution.

11. Les leçons du malheur.

12. L’ennemie qui veille dans le cœur des filles.

13. Le premier roman des jeunes filles.

14. Une lettre de libraire.

15. Un poëte de l’école angélique.

16. Particularités des secrétaires particuliers.

17. Écrivez donc aux poètes célèbres !

18. Un premier avis.

19. L’action s’engage.

20. Manche à manche.

21. Une reconnaissance chez l’ennemi.

22. Bas bleu, prends et lis. 23. Modeste remporte un avantage signalé.

24. La puissance de l’inconnu.

25. Le mariage des âmes.

20. Où mènent les correspondances.

27. La mère aveugle y voit clair.

28. Péripétie prévue.

29. Une déclaration d’amour en musique.

30. Physiologie du bossu.

31. Modeste prise au piège.

32. Butscha heureux.

33. Portrait en pied de M. de la Brière.

34. Où il est prouvé que l’amour se cache difficilement.

35. Une lettre comme vous voudriez en recevoir.

36. Les choses se compliquent.

37. Morale à méditer.

38. Rencontre entre le poëte de l’école angélique et, un soldat de Napoléon, où le soldat est complètement mis en déroute.

39. Une idée de père.

40. Tragi-comédie intime,

41. Désenchantée.

42. Entre amis.

43. Le plan de Modeste.

44. Un troisième prétendu.

45. Où le père est superbe.

46. Où l’on peut voir qu’un garçon est plus marié qu’on ne le pense.

47. Un poëte est presque une jolie femme.

48. Une magnifique entrée de jeu.

49. La Brière est. a Butscha comme le bonheur est, à la religion,

50. auquel l’auteur tient beaucoup.

51. Le duc d*Hérouvil!e entre en scène.

52. Un prince de la science.

53. Première expérience de Modeste.

54. Où le poète fait ses exercices.

55. Modeste s’établit dans son rôle.

56. Temps que dure en province l’admiration.

57. Modeste devinée.

58. Ernest heureux.

59. Où Butscha se signale comme mystificateur.

60. Canalis devient, positif.

61. Canalis se croit trop aimé.

62. Une lettre politique.

63. Un ménage aristocratique.

64. Où il est prouvé qu’il ne faut pas toujours jouer la règle avec les femmes.

65. Le véritable amour.

66. Pompeuse entrée de Modeste à Rosembray.

67. Une colère de duchesse.

68. Une malice de jeune fille.

69. Une sortie modèle.

70. Léger croquis de la société.

71. La Brière est toujours admirable.

72. Où le positif l’emporte sur la poésie.

73. Où Modeste se conduit avec dignité.

74. Rendez-vous de chasse, et rendez-vous d’amour.

75. Conclusion.

La publication de ce roman dans le Journal des Débats avait été précédée d’une lettre datée du ’-!.’< mars L8/i4e1 insérée dans ce journal, ]e 30 du même mois voir tome XXII, page 50.3 .

En is’n. Modeste Mignon outra dans le tome IV de la cinquième édition des Scènes de la Vie privée [première édition de la Comédie humaine). DES ŒUVRES DE BALZAC.

��TOME II.

VII. Un Début dans la vie, daté de Paris, février 1842. Dédié à Laure (de Balzac), depuis madame Surville, sœur de l'auteur. Imprimé pour la première fois dans la Législature, du 26 juillet au h septembre 18Zj2, sous le titre de : le Danger des mystifications; ce roman était alors divisé en chapitres dont voici les titres :

��1. Ce qui manquait à Pierrotin pour

être heureux.

2. Le régisseur en danger.

3. Les voyageurs.

4. Le fils du fameux Czerni-Gcorges.

5. Où Mistigris se distingue. 0. Le drame commence.

7. Intérieur du ménage Morcau.

8. Le dénoùment du drame.

��9. Douleurs de mère.

10. L'oncle Cardot.

11. La vie et les farces de la Bazo-

che.

12. La comtesse de las Florentinos

y Cabirol.

13. Autre catastrophe.

14. Conclusion (en volume : Der-

nières fautes d'Oscar).

��Cet ouvrage dut porter d'abord le titre de : les Jeunes Gens.

Suivi de la Fausse Maîtresse,, il fut publié ensuite, daté, en deux volumes in-8°, chez Dumont, en 1S/i/i, sous le titre qu'il a gardé, puis en 18Zi5, toutes les divisions de chapitres supprimées, et dédié pour la première fois, dans le tome IV de la cinquième édition des Scènes de la, Vie privée première édition de la Comédie humaine).

VIII. Albert Savants, daté de Paris, mai 18/i2. Dédié à madame de Girardin, « comme un témoignage d'affectueuse admiration »; ces mots ont disparu aujourd'hui, et le nom seul de la personne à qui ils étaient adressés est resté. Cet ouvrage fut imprimé pour la première fois dans le Siècle, du 29 mai au 11 juin 18Zt2, divisé en chapitres dont voici les titres :

��1. Madame de Watteville.

2. Le baron.

3. L'histoire commence.

4. Le lion de province.

5. Babylas le Tigre.

0. Prix moyen du Lion et du Tigre.

7. Léger croquis.

8. Un mot sur Besançon.

9. Pourquoi Lion.

10. Philomène.

1 1 . Entre mère et fille.

12. Circonstances mystérieuses.

��13. Un portrait fait de main d'abbé.

14. L'étincelle sur la poudre.

15. Ce qu'en quinze jours le diable

fait de ravages chez une jeune fille de dix-sept ans. 10. La première entrevue.

17. l'bilomène devient une femme

supérieure.

18. Duel de Savaron avec la ville de

Besançon.

19. La première nouvelle de la Bé-

vue.

�� � 10

��HISTOIRE

��20. Premier chapitre de la nouvelle

21. Deuxième — —

22. Troisième —

23. Quatrième —

24. Cinquième — —

25. Sixième — —

26. Septième —

27. Huitième —

28. Neuvième —

29. Dixième —

30. Onzièm !

31. Douzième — ■

32. Treizième —

33. Quatorzièm ■ —

34. Quinzième

">. Seizième —

36. Dix-septième —

��37.

�Conclusion il la nouvelle.

�19.

�38.

�Le contre-coup.

�50.

�39.

�Utilité 'I*'- kiosques.

�51.

�40.

�Lettre d'Albert Savaron à Lco-

�52.

� �poKl Hannequin.

�53.

�41.

�\uirr lettre.

�5 i.

�'ri.

�Comme il aime !

�55.

�43.

�i ibeau mouvement.

�56.

�44.

�i d \

�57.

�15.

�Les Rouxey.

�58.

�16.

�l n bel et bon procès.

�59.

�47.

�l'r'-.ix is de Philomène.

�60.

�18.

�1 in contre fin.

� ��Les deux amis '.

Miss Lovelace.

La fausse muette.

Les réfugiés.

Francesca mariée.

Saintes promesses.

Autres énigmes.

La promenade sur le lac.

Un premier soupçon.

Autre changement.

Toujours des énigmes.

La princesse Gandolphini.

Ah.i [été d'amoureu c.

Une reconnaissance.

Une réflexion plus ou moins agréable

au lecteur. Ce qui rendait la princesse une femme

adorable. Un orage par un temps pur.

��Fureurs de fille. Les Chavoncourt. Préparatifs. Albert à l'œuvre. La réunion préparatoire. I n prêtre est un ami sur. Inexplicable. Vlbert Savarus enlevé. Beaucoup d'événements.- Les crimes de Philomène. Quelques lumières. Philomène reste une fille extra- ordinaire.

��Albert Savarus entra la même année (1842), augmenté de sa dédicace et de sa date, dans le tome I de la cinquième édition des Scènes de I" Vie privée première édition de la Corne, lie hun mine), sans aucune division de chapitres. En i*Vi,il reparul encore ch*'/ Souverain, com- plément de la Muse il n département (dont les deux derniers volumes portaient comme titre : Rosalie; version datée di- Paris, mai 1843), en deux volumes in-8°, avec sa division en chapitres, et suivi de la Justice

��le plus qu'un titre gémirai : l'Ambilieus par amour.

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. M

paternelle (un Drame au bord de la mer) et du Père Canet [Facino Cane). Dans le Siècle, le personnage qui prit pins tard le nom de. Rosalie, porte celui de Philomène ; il fut maintenu dans la première édition de la Comédie humaine, mais l'ouvrage y fut accompagné de cette note, qui explique le changement de nom opéré plus tard :

Nous n'ignorons pas que le culte de sainte Philomène n'a commencé qu'après la révolution de 1830 en Italie. Cet anachronisme, à propos du nom de mademoi- selle de Wattcville, nous a paru sans importance; mais il a été si remarqué par des personnes qui voudraient une entière exactitude dans cette histoire do mœurs, que l'auteur changera ce détail aussitôt que faire se pourra.

C'est par suite de ce changement de nom que l'auteur a supprimé dans l'édition définitive ce fragment, qui se plaçait autrefois ligne 2, page 156, après le mot « ville ».

Do là le nom de Philomène imposé à sa fille, née. en 1817, au moment où le culte de cette sainte ou de ce saint — car. dans les commencements, on ne savait à quel sexe appartenait ce squelette — devenait une sorte de folie religieuse en Italie, et un étendard pour l'ordre des jésuites.

IX. La Vendetta, daté de Paris, janvier 1830. Dédié à Puttinati. Imprimé pour la première fois dans la première édition des Scènes de la Vie privée, deux volumes, avril 1830. Cette nouvelle était alors divi- sée en quatre chapitres dont le premier avait paru déjà dans la Silhouette du 1 er avril 1830. Voici les titres de ces chapitres :

1. L'atelier. 3. Le mariage.

i. La désohéissance. 4. Le châtiment.

Un fragment de cette nouvelle a été réimprimé aussi dans le Cour- rier des électeurs du 9 mai 1830. La dédicace et la date ont paru pour la première fois en 1842, dans le tome I de la cinquième édition des Scènes de la Vie privée (première édition de la Comédie humaine).

X. Une Double Famille, daté de Paris, février 1830 -janvier 1842. Dédié à la comtesse Louise de Tiïrhein. Parut pour la première fois, sous le titre de la Femme vertueuse, dans la première édition des Scènes de la Vie privée, deux volumes, avril 1830; un fragment de ce récit avait déjà paru dans le Voleur du 5 avril 1830, sous le titre de la Grisette parvenue. Enlevée de la troisième édition de cet ouvrage, 1834-1835, cette nouvelle entra, toujours sous le titre de la Femme vertueuse, et datée de Paris, février-mars 1830, dans le tome I de la

�� � 12 HISTOIRE

première édition des Scènes de la Vie parisienne (1835); elle fut placée définitivement avec la même date dans les Scènes de la Vie priver, en 1842, cette fois sous le titre qu'elle porte encore aujourd'hui, et entra, augmentée de sa dédicace, dans le tome I de leur cinquième édition (première édition de la Comédie humaine). Cette dernière version fut légèrement remaniée, ce qui explique les dates actuelles, 1830-1842, qui sont une correction posthume de l'auteur.

XI. La Paix du ménage, daté de juillet 1829. Dédié à Valentine Surville (nièce de l'auteur). Parut pour la première fois dans la pre- mière édition des Scène* de la Vie privée, doux volumes, avril 1830, et, daté de la Boutonnière, juillet .1829, dans leur troisième édi- tion, 1834-1835; la dédicace n'y fut jointe qu'en 1842, dans le tome 1 de la cinquième édition de ces Scènes (première édition de la Comédie humaine).

XII. Mail âme Firmiani, daté par erreur de Paris, février 1831 (c'esl février 1832 qu'il faut lire, comme dans toutes les éditions datées antérieures à la Comédie humaine) 1 . Dédié à Alexandre de Berny. Imprimé pour la première fois dans la Revue de Paris de février 1832, ce récit parut pour la première fois en volume la même année dans les Nouveaux Contes philosophiques , un volume in-8°, chez Ch. Gos- selin, et entra ensuite, daté de février 1832, dans le tome IV delà première édition des Scènes de la Vie parisienne, L835. Il fut placé définitivement en 1842, augmenté de sa dédicace, dans le tome Ides Scènes de la Vie privée, lors de leur cinquième édition (première édi- tion de la Comédie humaine).

Mil. Étude de femme, daté de Paris, février 1830. Dédié au mar- quis Jean-Charles di Negro. Imprimé pour la première fois dans la Mode du 12 mars 1830, ce récit parut pour la première fois en volume, dan';, à la suite de la deuxième édition de la Peau de chagrin, publiée en 1831, sous le titre de Romans et Contes philosophiques, trois volumes in-8°, chez Ch. Gosselin. En 1835, il est entré sous le titre de Profil de marquise, dans le tome IV de la première édition des Scènes de la Vie parisienne; puis, sous son titre actuel et augmenté de sa dédicace, il fut placé en 1842 dans le tome I de la cinquième édi- tion des Scènes de la Vie privée (première édition de la Comédie hu- maine), où il est resté.

\l\. La Fausse Maîtresse, daté de Pari-, janvier 1842. Dédié à la

��1. La plupart des fautes d'impression que nous indiquons dans le cours de ce travail, ont été corrigées dans les tirages nouveaux de l'édition définitive.

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC.

��13

��comtesse Clara Maffeï. Imprimée pour la première fois dans le Siècle du 24 au 28 décembre 1841 , cette nouvelle parut pour la première fois en volume, augmentée de sa dédicace et de sa date, en 18/(2, dans le tome I de la cinquième édition des Scè)ies de la Vie privée (première édition de la Comédie humaine). En 1844, elle termina encore le deuxième volume d'un Début dans la vie. La première ver- sion du Siècle était divisée en chapitres dont voici les titres :

��1. Un mystère dans le bonheur.

2. Deux nouveaux amis du Mono-

motapa.

��3. Malaga.

4. Un homme incompris.

5. Paz- partout.

��La version publiée après un Début dans la vie l'était ainsi :

��1. Un mystère dans le bonheur.

2. Des Paz.

3. Malaga.

4. Suite de Malaga.

5. Commencement des chagrins do

Malaga.

��0. Les chagrins de Malaga.

7. Angoisse de Paz.

8. Le bal Musard.

9. Une étrange situation. 10. Conclusion.

��XV. Une Fille d'Eve, daté des Jardies, décembre 1838. Dédié à la comtesse Bolognini, née Vimercati. Imprimé pour la première fois avec sa date, dans le Siècle du 31 décembre 1838 au 14 janvier 1839, avec les divisions de chapitres suivantes :

��1. Les deux Marie.

2. Confidence de deux sœurs.

3. Histoire d'une femme heureuse.

4. Un homme célèbre.

5. Florine.

��G. L'amour aux prises avec le monde.

7. Le suicide.

8. L'amant sauvé et perdu.

9. Le triomphe du mari.

��ce récit parut pour la première fois en volume, augmenté de sa dédicace, en 1839, suivi de Massimilla Doni, deux volumes in-8", chez H. Souverain, avec une préface, spéciale datée des Jardies, février 1839 (voir tome XXII, page 518). Il a été réuni pour la première fois aux Scènes de la Vie privée lors de leur cinquième édition, tome I, 1842 (première édition de la Comédie humaine).

��TOME III.

XVI. Le Message, daté de Paris, janvier 1832. Dédié au marquis Damaso Pareto. Imprimé pour la première fois dans la Revue des Deux.

�� � 14 HISTOIRE

Mûries du 15 février 1832, ce récit parut pour la première fois en volume dans le tome III de la deuxième édition des Scènes de la Vie pri- vée, mai 1832; il y est intitulé le Conseil, et comprend en outre une des trois nouvelles que Balzac intitula plus tard la Grande Bretèche ou les Trois Vengeances, en les réunissant ensemble (voir Autre Étude de femme). Cette version contenait des fragments curieux qui ont dis- paru dans toutes les éditions suivantes et que nous recueillons ici pour la première fois. En 1833 (daté 183Zi), et en 1839, Balzac inséra le Message, qui depuis lors garda ce titre, dans le tome II de la pre- mière et de la deuxième édition des Scènes de la Vie de province, et, en 1842, cette nouvelle fut définitivement placée, augmentée de sa dédi- cace et de sa date, dans la cinquième édition des Scènes de la Vie pri- vée, tome II (première édition de la Comédie humaine). Voici la pre- mière version du Conseil.

LE CONSEIL.

— La pièce est, je vous l'assure, madame, souverainement morale.

— Je ne partage pas votre avis, monsieur, et je la trouve profondément immorale.

— Voilà des gens bien près de s'entendre!... dit un jeune homme.

— Ils ne connaissent pas la pièce!... lui répondit à voix basse une jeune femme.

— Vous avez été la voir? demanda le jeune homme.

— Oui, reprit-elle.

— Et vous étiez au spectacle avec M. de la Plaine...

— Cela est vrai !...

— Sans votre mari ni votre mère.

— Mon Dieu!... reprit-elle en riant d'un rire affecté, contraint même, l'inco- gnito est bien difficile à garder dans Paris!

— Vous vouliez donc vous cacher?

— Non..., dit-elle ; et, si j'en avais eu l'intention, voyez un peu comme j'y aurais réussi ! Mais vous êtes donc mon espion?

— Non, madame, reprit le jeune homme, je suis votre ange gardien...

— N'est-ce pus la même chose? dit-elle; les anges gardiens sont les espions de l'âme.

— Oui, mais un espion doit être payé. Or, répondit-il, pourriez-vous me dire ce que gagnent les bons anges ?

La jeune femme regarda d'un air inquiet son interlocuteur. Pendant cet aparté, la discussion, ayant continué, s'était échauffée.

— Monsieur!... disait la maîtresse de la maison au représentant de l'opinion contraire à la sienne, il y a deux manières d'instruire une nation. La première et, selon moi, la plus morale, consiste à élever les âmes par de beaux exemples : c'était la méthode des anciens. Autrefois, les forfaits représentés sur la scène y apparaissaient au milieu de tous les prestiges de la poésie et de la musique ;

�� � les leçons données par le théâtre participaient donc de la noblesse même du sujet et de la pompe employée à la reproduire. Jamais alors la scène ne souilla la vie privée, jamais les poètes comiques ou tragiques d’aucun pays ancien ne levèrent le chaste rideau qui doit couvrir le foyer domestique. Il a fallu voir en France la ruine de l’art pour en voir la dégradation. Je vais condamner par un seul mot le système actuel : je puis mener ma fille voir Phèdre, et je ne dois pas la conduire à ce drame honteux, qui déshonore le théâtre où il se joue, ce drame où la femme dégradée insulte à tout notre sexe et au vôtre; car, ou vous faites la femme ce qu’elle est, ou elle vous fait ce que vous êtes : dans les deux cas notre avilissement est la condamnation du peuple qui l’accepte. — La seconde manière de former les mœurs est de montrer le vice dans tout ce qu’il produit de plus horrible, de le faire arriver à ses dernières conséquences, et de laisser dire chacun à son voisin : « Voilà où mènent les passions déréglées !... » Ce principe est devenu le moteur secret des livres et des drames, dont les auteurs modernes nous accablent. Il y a peut-être de la poésie dans ce système ; il pourra faire éclorc quelques belles œuvres; mais les âmes distinguées, les cœurs auxquels il reste quelque noblesse, même après la tourmente des passions et les orages du monde, le proscriront toujours : la morale au fer chaud est un triste remède, lorsque la morale décente et pure peut encore suffire à la société. — Madame, répondit le défenseur de la poésie hydrocyanique, je vous le demande, s’cst-il jamais rencontré de jeune fille qui, après avoir vu jouer Phèdre, ait emporté une idée bien exacte de la moralité contenue dans cette tragédie?... La discussion continua fort vivement, el le jeune homme qui, en entendant parler haut, avait interrompu la conversation commencée avec sa voisine, la reprit aussitôt. La jeune dame à laquelle il paraissait si vivement s’intéresser était une des femmes de Paris qui subissaient alors le plus d’hommages et de flatteries. Mariée depuis quatre ans à un homme de finance, admirablement jolie, ayant une physionomie expressive, de charmantes manières et du goût, elle était le but de toutes les séductions imaginables.

Les jeunes fils de famille, riches et oisifs; les gens de trente ans, si spirituels ; les élégants quadragénaires, ces émerites de la galanterie, si habiles, si perfides, grâce à de vieilles habitudes ; enfin tous ceux qui, dans le grand monde, jouaient le rôle d’amoureux par état, par distraction, par plaisir, vocation ou nécessité, semblaient avoir choisi madame d’Esther pour en faire ce que l’on nomme à Paris une femme à la mode.

La supposant mal défendue par un banquier, ou pensant que peut-être l’âge et les manières de son mari devaient lui avoir donné quelque aversion secrète du mariage, ils cherchaient à l’entraîner dans ce tourbillon de fêtes, de voyages, d’amusements faux ou vrais, au milieu duquel une femme, en se trouvant toujours en dehors d’elle-même, ne peut plus être elle. Au sein de cette atmosphère de bougies, de gaze, de fleurs, de parfums ; dans ces courses rapides et sans but, où force lui est d’obéir aux exigences d’une perpétuelle coquetterie d’esprit et au besoin de lutter avec des rivales, à peine une femme peut-elle réfléchir ; alors, tout est complice de ses étourderies, de ses fautes : hommes et choses. Puis, si, par prudence, elle reste vertueuse, ses prétendus amis la calomnient. Il faudrait qu’elle fût un ange pour résister à la fois au mal et au bien, à des passions vraies et à d’adroits calculs.

En ce moment, madame d’Esther avait distingué, parmi tous les hommes du monde qui se pressaient vainement autour d’elle, un jeune officier de mérite, nommé M. de la Plaine.

Ernest de la Plaine était bien fait, élégant sans fatuité, possédait le don de plaire par ses manières et par une certaine grâce native. Il avait une de ces figures graves auxquelles la nature a, dans un moment d’erreur, donné tous les caractères de la passion et toutes les séductions de la mélancolie; il était éminemment spirituel et très-instruit. En le rencontrant, madame d’Esther préféra sa conversation à celle des gens dont elle était environnée, parce que les hommes instruits et spirituels n’abondaient pas autour d’elle ; Ernest lui plut, et elle laissa voir son goût pour lui, parce qu’elle n’avait aucune arrière-pensée ; sa naïveté fut mal comprise, et les gens du monde dirent, dans leur langage si favorable à la médisance, que madame d’Esther avait distingué M. de la Plaine.

Ernest, se voyant distingué par une femme à la mode, la rechercha, redoubla de soins pour elle, obéissant ainsi à sa double vocation d’homme et d’officier. Il s’efforça de plaire à M. le comte d’Esther. Aujourd’hui h; titre de Comte ou de baron semble être une conséquence nécessaire de la patente des banquiers. Or, le bon capitaliste, ayant rencontré ] If gens capables de l’écouter, reçut a merveille M. de la Plaine, dont il croyait être compris ; et, de concert avec sa jolie femme, il conspira le bonheur de l’officier, qui, disait-il, était un très-aimable jeune homme.

Ces rencontres, ces soins, ces visites, ces conversations à onze heures qui s’établirent entre madame d’Esther et le capitaine étaient des choses extrêmement naturelles, en harmonie avec nos usages, et ne froissaient en rien ni les mœurs ni les lois. M. d’Esther pouvait bien prier M. de la Plaine de mener madame la comtesse au spectacle et au bal, quand, en sa qualité de mari, il n’en avait pas le temps. — M. Ernest la lui ramenai! fidèlement. — Mais, pour un observateur, madame d’Esther marchait très-vertueusement, et, à son insu peut-être, sur la glace d’un abîme, sur une glace dont elle seule n’entendait pas les craquements.

Il existe dans la nature un effet de perspective assez vulgaire pour que chacun eut été frappé. Ce phénomène a de grandes analogies dans la nature morale. Si vous voyez de loin le versant d’une allée sur une route, la pente vous semble horriblement rapide, et, quand vous y êtes, vous vous demandez si ce chemin est bien réellement la côte ardue que vous aviez naguère aperçue. Ainsi, dans le monde moral, une situation dangereuse épouvante en perspective; mais, lorsque nous sommes sur le terrain de. la faute, il semble qu’elle n’existe plus; et alors nous sommes tous un peu comme M. de Brancas, l’original du Disirait peint par la Bruyère, qui, jeté dans un bourbier, s’j était si bien établi, qu’il demanda : i Que me voulez-vous? » aux gens empressés de l’en tirer.

In ce moment, madame d’Esther se trouvait dans le plus brillant des trois ou quatre salons de Paris où l’on s’intéresse encore à la littérature, aux arts, à la DES ŒUVRES DE BALZAC. 17

conversation française d'autrefois, où le jeu est un accessoire souvent dédaigné, où la poésie règne en souveraine, où les hommes les plus distingués de la noblesse, française, si peu tyrannique et si calomniée, se rencontrent avec les hommes transitoires de la politique. La discussion y est polie, spirituelle surtout. Là, les naufragés de l'Empire causent avec les débris de l'émigration ; les artistes y sont près des gens de cour, leurs juges naturels, puissance contre puissance. Ce salon est un asile d'où les lieux communs sont bannis; la critique y sourit; le bon goût y interdit de parler du fléau régnant ou de ce que tout le monde sait; enfin, vous pouvez y apporter votre idiome et votre esprit, vous serez compris ; chaque parole y trouve un écho. Les sots ne viennent pas là ; ils s'y déplairaient ; ils y seraient comme dos chats dans l'eau ; leur esprit tout fait n'aurait pas cours en ce salon, et ils le fuient, parce qu'ils n'aiment pas à écouter.

Le jeune homme que madame d'Esther nommait son espion appartenait à l'une de ces catégories sociales entièrement ruinées par les barricades de Juillet. — C'était le neveu d'un pair de France!... — Or, presque toutes les industries tuées en juillet 1830 ont reçu peu ou prou de mesquines indemnités; mais celle des neveux de pairs de France a été complètement détruite, sans que la moindre souscription ait dédommagé les victimes. Être neveu d'un pair de France était jadis un état, une position : c'était au moins un titre qui éclipsait même le nom patronymique d'un jeune homme; et à cette question faite sur lui : « Qui est- il?... » tout le monde répondait:

— C'est le neveu d'un pair de France !...

Ce bienheureux népotisme valait une dot; il impliquait un brillant avenir, il supposait la pairie pour la seconde génération : le neveu d'un pair de France était l'espérance incarnée.

Or, ayant tout perdu, fortune positive et fortune problématique; de chiffre, étant devenu zéro, M. de Villaines s'était vu dans la cruelle nécessité d'être quelque chose par lui-même. Il tâchait donc de passer pour un homme spécial; et, depuis deux ans, s'occupait de beaux-arts.

Les beaux-arts semblent n'exiger aucune étude sérieuse chez les gens qui aspirent à les diriger. Il leur faudrait bien, à la vérité, avoir quelque haute pensée, comprendre leur siècle, et sentir vivement les grandes conceptions ; mais qui n'a pas la prétention de se connaître aux arts?... Alors, la capacité de l'homme auquel les gouvernements confient cette importante direction ne peut résulter que d'une croyance. Donc, le but des intrigants sans âme, et à qui trop souvent les destinées de l'art ont été remises, a toujours été d'accoutumer le public à croire en eux.

M. de Villaines, homme d'esprit et d'une grande finesse, envieux comme tous les ambitieux, prenait le devant sur ses rivaux en flattant les artistes; en publiant des ouvrages spéciaux ; eu comptant des colonnes renversées ; en rétablissant le texte d'inscriptions inutiles ; en demandant la conservation de quelques monu- ments que personne ne songeait à détruire ; enfin, pour avoir le droit d'admi- nistrer les ruines de la France, il enrégimentait les débris de l'Asie, de Palmyrc, de Thèbes aux cent portes, et faisait graver les tombeaux de l'Egypte ou do la Sicile.

�� � Grâce à ce savoir-faire, il se faisait du savoir à bon marché et devenait une espèce de préjugé. Il ignorait les premiers éléments de tous les arts, mais son nom retentissait dans les journaux ; et, si dans un salon une question d’art s’était élevée, tout à coup, à son aspect, une dame disait :

— Mais voilà M. de Villaincs qui va nous expliquer cela...

Et M. de Villaines expliquait tout, en donnant des avis parfaitement motivés; car c’était un improvisateur, et un homme de tribune, au coin de la cheminée. Quand il avait le bonheur d’être encore le neveu d’un pair de France, il jouissait d’une certaine réputation comme conteur. Sa conversation spirituelle, semée d’anecdotes, d’observations fines, le faisait rechercher; il était la providence des salons entre minuit et deux heures du matin.

Madame d’Esther n’entrait presque pour rien dans l’intérêt que M. de Villaines lui portait. M. de Villaines haïssait cordialement Ernest de la Plaine ; et, pour venger de vieilles injures, il avait résolu d’éclairer la comtesse sur le danger dont elle était menacée. — La plupart des belles actions n’ont pas eu d’autre principe que l’égoîsme. Aussi, pour rester philanthrope, il faut peu voir les hommes : l’indulgence mi I’ mépris du monde doivent être écrits au fond du cœur de ceux qui demeurent dans le monde ou qui le gouvernent.

En ce moment, la discussion était arrivée au terme où elles tendent toutes : à un oui devant un non, exprimés, de part et d’autre, avec une exquise politesse. Alors les gens de bon goût cherchent à changer le sujet do la conversation; mais M. de Villaines, qui voulait tirer parti de cette dissertation, se leva. vint se pla- ! la cheminée, et, regardant les principaux avocats des deux opinions contraires, qui s’étaient eux-mêmes réduits au silence, il leur dit :

— Je vais essayer de vous mettre d’accord !... Dans les arts, il faut faire le moins de traités possible. L’œuvre la plus légère sera toujours mille fois plus significative que la plus belle des théories.

« Supposez, dit-il en jetant à madame d’Esther un regard d’intelligence qu’il eut l’adresse de dérober à tout le monde, supposez que. dans ce salon, se rencontrât une jeune femme charmante, prête à s’abandonner â tous les plaisirs, à tous le- dangers d’une première passion... L’homme auquel elle va saerilier sa vie aura tous le- dehors flatteurs et décevants qui font croire à une belle âme; mais moi, observateur, je connais cet homme : je sais qu’il est sans cœur, ou que son cœur est profondément vicieux, et qu’il entraînera cet ange dans un abîme sans fond. N’est-ce pas là le premier acte du drame dont vous blâmez la représentation?... Eh bien, croyez-vous que je puisse obtenir de cette femme une renonciation entière et complète à ses espérances en lui disant quelques phrases éloquentes et classi’i ilein drap dans Fénelon ou dans Bossuet ?...

A ces mots, madame d’Esther rougit.

_ Non. elle ne m écoutera seulement pas... Mais, si je lui racontais une aventure effrayante, arri) récemment, qui peignît énergiquement les malheurs inévitables dent to • illégitimes sont tributaires, elle réfléchirait, et... peut- itre...

— Réalisez la supposition en nous donnant d’abord votre conseil : je consens DES ŒUVRES DE BALZAC. 19

à être cette femme, et à prendre le danger sur mon compte... Voyons, prêchez moi..., dit en riant la maîtresse de la maison.

Tout le monde s'étant groupe autour de M. de Villaines, il commença en ces termes :

— Je ne sais pas s'il y a parmi vous beaucoup d'amants, dit-il en jetant un regard à demi sardonique sur tout le monde, mais je suis bien certain de ne jamais dire mon aventure à des personnes plus dignes de l'entendre...

Ici, le Message commençait, et, après le mot risées (voir tome III, page 3, ligne 17), se plaçait ceci :

— Je vous demande grâce, madame, dit M. de Villaines à la maîtresse du logis, pour ces détails; plus tard, vous...

— Allez, dit-elle, votre remarque est plus dangereuse que vos confidences. N'interrompez plus votre récit.

Après cette interruption, le Message reprenait et se terminait sans changements, complété par ces quelques lignes :

— Et vous avez cru voir dans cette aventure, dit la maîtresse du logis, une leçon pour les jeunes femmes!... Rien ne ressemble moins à un conte moral... Qu'en pensez-vous?... ajouta-t-elle en quêtant autour d'elle des approbations à son opinion.

— Il faut conclure de cette histoire, dit un jeune fat, que nous ne devons pas voyager sur les impériales!...

— C'est un malheur, mais ce n'est pas une leçon!... reprit une jeune dame. Vous nous avez représenté la comtesse si heureuse, et son mari si bien dressé, que la morale de votre exemple est en conscience peu édifiante ! dit-elle en s'adressant au narrateur.

— Quoi! mesdames, répondit M. de Villaines, n'est-ce donc rien que de vous montrer quelle instabilité frappe les liaisons criminelles; de vous faire voir lo hasard, les hommes, les choses, tout, aux ordres de cette justice secrète dont la marche est indépendante de celle des sociétés?... 11 n'y a pas de quoi faire fré- mir une femme au moment où elle va se livrer au malheur?...

Aces mots, madame d'Esther leva la tête vers M. de Villaines; elle était pç<t- Y fondement émue.

— Prenez garde, reprit-il en s'adressant aux dames, si vous ne trouvez pas cette histoire assez tragique, vous donnez gain de cause à ceux qui plaident pour cette pièce dont vous condamniez le sujet; mais, à des femmes moins jeunes, moins naïves que celle à laquelle j'étais censé m'adresser, je pourrais dire une tragédie domestique plus effrayante...

— Supposez-nous moins naïves, alors..., dit une dame. Madame d'Esther était muette e» pensive.

�� � — Je ne me fais jamais prier..., dit M. de Villaines. ,

II s’assit sur une causeuse, le silence se rétablit, et chacun écouta de nouveau.

Ici se plaçait le fragment de la Grande Bretèche ou les Trois Vengeances, qui termine aujourd’hui Autre élude de femme. Apres ce récit, le Conseil se terminait ainsi :

— Eh bien, mesdames, dit M. de Villaines, après un bref moment de silence, pendant lequel chacun de ses auditeurs cherchait des critiques à faire, ou se remettait de ses émotions, est-ce une leçon?... N’y a-t-il pas dans cette aventure l’épouvantable angoisse que doivent donner les mensonges perpétuels auxquels vous condamne une passion illégitime?... Eh bien, cette affreuse tragédie est moins horrible pour moi que le spectacle d’une jeune et jolie femme, encore pure, prête à devenir la proie d’un homme sans principes...

— Cette histoire est-elle vraie?... demanda la maîtresse de la maison.

— Oui, répondit-il; mais qu’importe?

M. de Villaines revint s’asseoir près de madame d’Esther. La conversation prit un autre cours; et, quelques instants après, des discussions s’élevèrent au sujet de ces deux histoires.

La jeune comtesse, saisissant un moment où personne ne faisait attention à elle, alla dans un boudoir voisin, suivie du neveu de l’ex-pair de France.

Là, ils s’assirenl ensemble sur le même divan, assez embarrassés l’un et l’autre, n’osant pas se parler; mais, comme le silence est très-bavard entre un jeune homme et une jolie femme, la comtesse retrouva bientôt la parole.

— Monsieur, lui dit-elle d’un son de voix touchant, n’ètes-vous pas lié depuis longtemps avec M. de la Plaine?...

— Oui, madame.

— Et le connaissez-vous bien?...

— Oui...

— Alors je vous remercie, monsieur, du conseil indirect que vous m’avez donné. — Vous êtes mon véritable ami, vous!... Vous avez raison : il n’y a pas de bonheur assi z grand pour faire affronter les secrètes tortures que les passions illégitimes nous (Vint subir.

M. de Villaines, auquel il restait une ombre de. pudeur dans rame,, mugit du rôle qu’il venait de jouer; et, dès ce moment, il devint passionnément épris de madame d’Est li

XVII. La Grenadière, daté d’Angoulème, août 1832. Dédié d’abord à Caroline en ces termes : « A la poésie du voyage, le voyageur reconnaissant. » Aujourd’hui : A D. W. Imprimée pour la première fois dans la Revue de Paris d’octobre 1832, cette nouvelle, qui dut s’appeler d’abord les Orphelins, parut pour la première fois en volume, datée d’août 1832, dans le tome II de la première édition des Scènes de la Vie de province, 1833 [daté 183Z.) ; elle fit aussi partie de la deuxième édition de ces Scènes, en 1839, et n’entra dans celles de la Vie "privée, augmentée de sa première dédicace, qu’à leur cinquième édition, tome II, 18/i2 (première édition de la Comédie humaine); la dédicace actuelle est une correction inédite de l’auteur.

XVIII. La Femme abandonnée, daté d’Angoulême, septembre 1832. Dédié à la duchesse d’Abrantès en août 1835. Imprimé pour la pre- mière fois dans la Revue de Paris de septembre 1832, ce récit parut pour la première fois en volume dans le tome II de la première édition des Scènes de la Vie de province, 1833 (daté 183/i). Il fut placé, augmenté de sa dédicace et de sa date, dans les Scènes de la Vie privée, lors de leur cinquième édition. Tome II, 18Z|2 (première édition de la Comédie humaine).

XIX. Honorine, daté de Paris, janvier 18Zi3. Dédié à Achille Devéria. Divisé en six chapitres sans titres, ce roman parut pour la première fois dans la Presse du 17 au 29 mars 1843, précédé de l’épigraphe ci-contre, empruntée à Mademoiselle de Maupin :

« Idéal ! fleur bleue à cœur d’or dont les racines fibreuses, mille fois plus déliées que les tresses de soie des fées, plongent au fond de notre âme pour en boire la plus pure substance! fleur douce et amère, on ne peut t’arracher sans faire saigner le cœur, sans que de ta tige brisée suintent des gouttes rouges !

THÉOPHILE GAUTIER. »

Balzac avait déjà cité ces lignes à la fin d’une Fille d’Eve; dans les premières éditions, il en nommait l’auteur, qu’aujourd’hui il appelle : « Un des plus remarquables poètes de ce temps. »

Ce récit fut ensuite imprimé avec sa dédicace et sa date en deux volumes in-8°, 18M (daté 18/i5), chez de Potter; il était accompagné dans cette édition d’un Prince de la bohème (les Fantaisies de Claudine), et divisé comme suit :

1. Comme quoi le Français est peu voyageur.

2. Un tableau italo-gallique.

3. Histoire mystérieuse d’un consul général.

4. La consulesse.

5. Une utopie sociale.

6. Une idée de curé.

7. Peinture de jeunesse.

8. Un vieil hôtel.

9. Un portrait.

10. Le jeune vieillard.

11. Un drame inconnu.

12. Une noble amitié.

13. Les trois coups d’avant le lever du rideau.

14. Une discussion du conseil d’État»

15. Le secret dévoilé. 22

��HISTOIRE

��16

�La confession d'un ministre d'E- tat

�88.

�17.

�On mariage de convenance et

�20.

� �d'inclination.

�30.

�18.

�L'ne humble passion légitime.

�31.

�L9.

�Un mari romanesque.

�32.

�20.

�Une tentative.

� �81.

�Une singulière proposition.

�33.

�22.

�L'action commence.

�34.

�23.

�Une esquisse.

�35.

�84.

�Comment finit la première entre-

�36.

� �vue.

�37.

�25.

�La cage d'Honorine.

�38.

�26.

�Observation sur le travail des

�39.

� �femmes.

�'dt.

�27.

�Un aveu d'Honorine.

� ��Le mal qu'on peut faire avec une

phrase. Le défi. La révélation, l ne lettre. Les réflexions du jeune homme

el celles de l'homme marié. Les commandements de l'Église. La réponse. Pauvre Maurice. V:n& trompeuse réconciliation. Le dernier soupir d'Honorine. Deux dénoûments. Une question. Le dernier mot de tout cela.

��Honorine entra enfin en 18/i5 dans le tome IV de la cinquième édi- tion des Scènes de la Vie privée (première édition de la Comédie humaine). La première édition se termine par ces mots, supprimés depuis : « Merci, dirent à la fois Claude Vignon et Léon de Lora. »

XX. Béai rix, daté de 1838-1844. Dédié' à Sarah (dédicace portant le titre d'Envoi, et datée des Jardies, décembre 1838, dans le feuil- leton du siècle). Les deux premières parties actuelles de cet ouvrage, les personnages et le drame, datées de janvier 1839, — où les jour- naux du temps prétendirent reconnaître, dans les personnages de Camille Maupin, de la marquise de Rochefide (qui s'appelait d'abord de Rocliegude), de Claude Vignon et de Conti, George Sand, la com- tesse d'Agoult, Gustave Planche et Listz, — ont paru d'abord dans le le, du 13 au 26 avril et du 10 au 19 mai 1839, sous le titre de Béatrix ou les Amours forcés; puis, la même année (daté 1840), sous le même titre, avec une préface (voir tome XXII, page 536), en deux volumes in-8°, datés des Jardies, janvier 1839, chez Souverain. Ces deux versions étaient divisées ainsi :

1" partie : Mœurs d'autrefois (en volume, une Famille patriarcale).

��1. Une ville de Bretagne.

8. L'hôtel du Guaisnic.

. i. baron.

i. L i à i . I !..

��.'). Trois silhouettes bretonnes.

6. Soirée normale.

7. Calyste.

8. Inquiétudes augmentées

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC.

��23

��2 e partie : Mœurs d'aujourd'hui (en volume : une Femme célèbre).

��9. Enfance de mademoiselle des Touches.

10. Portrait.

11. Biographie de Camille Maupin.

12. Les Touches.

13. Deux amours (en volume, l'hôtel

du Guaisnic).

14. La marquise Béatrix (en volume, la marquise do Bochegude).

��15. Claude Vignon.

16. La lettre de Béatrix.

17. Une première confidence.

18. Un moment de bonheur (en

volume, divisé en deux cha- pitres; le second intitulé Pre- mière entrevue).

19. Les deux amours.

��3 e partie : La Rivalité.

20. Trois femmes pour une.

21. Diplomatie féminine.

22. Correspondance.

23. Un duel entre femmes.

��24. Promenade au Croisic.

25. Conti.

26. La jeune malade.

27. Mort et mariage.

��Cette version diffère légèrement de celle qui entra, en 1842, non datée, — toutes divisions de chapitres supprimées, portant simplement l'indication de « première partie », et sous le seul titre de Béatrix, — dans le tome III de la cinquième édition des Scènes de la Vie privée (première édition de la Comédie humaine). Entre autres modi- fications, cette partie de l'ouvrage se terminait, en 1839, par le frag- ment suivant, qui a été supprimé depuis; après les mots : « Signons, dit-il, » lesquels remplaçaient le dernier paragraphe qui existe aujour- d'hui, on lisait :

L'abbé Grimont, à qui revenait l'honneur de la conversion de cette femme célèbre, fut nommé vicaire général du diocèse.

Calyste, riche et marié à la plus belle femme de Paris, conserve un fonds de tristesse que rien n'a dissipé, pas même la naissance d'un fils, né à Guérande, en 1838, à la grande joie de Zéphirinc du Guénic. Béatrix vit toujours au fond de son cœur, et il est impossible de prévoir ce que causerait de désastres dans ce jeune ménage une rencontre de Calyste et de madame de Bochegude.

��La troisième partie, un Adultère rétrospectif, parut d'abord dans le Messager, du 2k décembre 18M au 123 janvier 1845, sous le titre de : les Petits Manèges d'une femme vertueuse; puis, en 1845, sous le titre de la Lune de miel, en deux volumes in-8°, chez Chlendowski ; elle

�� � 24

��HISTOIRE

��était suivie, dans ces volumes, de : les Premières armes d'un lion (Autre Étude de femme). Ces deux versions étaient divisées en cha- pitres dont voici les titres :

1"' partir : Histoire d'une lune de miel (en volume, les Adultères sous roche .

��Un voyage dans ses rapports

avec le mariage. Dne lettre modèle. Comme quoi, selon Scribe, le

sentiment va vite en voiture. Entre ao\ ic !S. A quoi, dans la lune de miel,

mènent les brouilles. Déjà!

Conclusion. Où il est prouvé que, dans son

système, J.-.l. Rousseau n'a

pas pensé au se\ rage. Une première .attaque à langue

armée. Définition du je ne sais quoi. I'ik femme qui pose. Les inconvénients de la naïveté. Questions graves. Le nid de l'ange déchu. Le premier non du oui. Le deuxième non du oui. L'éc de du mensonge. Les chevaux ne mentent pas

(encoi

��19. Essai de toxicologie morale.

��20. Comme quoi, dans ces affreus* -

crises, le premier besoin est la lumière.

21. Et la lumière fut.

22. Premier mensonge d'une pieuse

duchesse.

23. Un sublime propre à la femme

(quand elle se croit aimée).

24. Un mensonge (un monstre)

comme il y en a beaucoup.

25. A méditer par toutes les fem-

mes.

26. Petit traité de la certitude fait

à un autre point de vue que celui de Pascal.

27. Un cou]) d'épingle sur une

armure d'acier.

28. Une réflexion peut-être neuve

sur la douleur.

29. Un chapitre oublié dans la

Physiologie du mariage.

30. De l'impossibilité d'opérer les

aveugles \ olontaires. .

31. Une rage qui peut se guérir.

32. I n dithyrambe conjugal.

33. Une complication.

��2 r partie : Les Noirceurs d'une femme pieuse.

��34. Une consultation r < ■ 1 1 volume,

une Conspiration spirituelle).

35. L'homme abandonné.

quoi le rai. accusé d'être destructeur, est au contraire un animal c instructeur. 37. ftistoire normale di

[loretti - iii~iin-

s. Li - quatn t< mps 'lu 13 e arron-

qi :,i. Premier temps.

��39. Second temps.

40. Troisième temps.

41. Quatrième temps.

42. Le dernier mut de la lorette (dis-

tinguée).

43. Un héritier ( en volume, I m

des maladies du siècle).

ii. Un pigeon réfractaire (eu vo- lume, un Spéculateur en bê- tise,.

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC

��23

��45. Sans titre, (en volume, un Pigeon réfractaire).

40. Influence des relations sociales et d'une position.

47. Entre chien et loup.

48. Un premier prix de vertu.

49. L'école des diplomates.

50. Encore un.

51. Le pied de guerre et ses rap-

ports avec le pied de grue.

52. Nouvelle histoire des variations.

53. Le monde se venge.

��54. Les incurables.

55. Les hasards de la vie.

56. Une terrible leçon.

57. Béata-Béatrix.

58. Comme quoi les Almavivas sont

souvent plus forts que les Fi- garos. 50. Combien l'on a raison d'appren- dre aux enfants les fables de la Fontaine (en volume, Com- bien de choses les fables de la Fontaine expliquent).

��Enfin, en 1845 encore, cette partie entra, datée comme aujourd'hui, sons le seul titre de « dernière partie », et toutes les divisions de chapitres enlevées, dans le tome IV de la cinquième édition des Scèmes île la Vie privée (première édition de la Comédie humaine). Elle se ter- minait alors par ces mots, enlevés en partie aujourd'hui :

Calyste tendit la main à sa femme et la lui serra si tendrement, en lui jetant un regard si cloquent, qu'elle dit à l'oreille de la duchesse: « Je suis aimée, ma mère, et pour toujours! »

Aujourd'hui, comme on l'a vu, tout l'ouvrage porte pour la pre- mière fois sa division en trois parties avec titres, et la date de 1838-18AA-

XXI. Gobseck, daté de Paris, janvier 1830. Dédié au baron Bar- chou de Penhoen en 1840. Cette nouvelle parut pour la première fois dans le tome I de la première édition des Scènes de la Vie privée, deux volumes, avril 1830, sous le titre de : les Dangers de l 'inconduite ; elle était alors divisée en trois chapitres : l'Usurier, l'Avoué et la Mort du mari, dont le premier avait paru inédit dans la Mode du 26 fé- vrier 1830. En 1835, sous le titre de : le Papa Gobseck, elle entra, datée pour la première fois, dans le tome I de la première édition des Scènes de la Vie parisienne, d'où, en 18/i2, elle fut retirée pour reprendre place, sous son titre actuel et augmentée de sa dédicace, dans le tome II de la cinquième édition des Scènes de la Vie privée (première édition de la Comédie humaine).

XXII. La Femme de trente ans : I. Premières fautes. II. Souffrances inconnues. III. A trente ans. IV. Le Doigt de Dieu. V. Les Deux Ren- contres. VI. La Vieillesse d'une mère coupable. Daté de Paris, 1828- 18M. Dédié à Louis Boulanger. Les différents chapitres de ce récit

�� � 26 HISTOIRE

parurent d'abord détachés, et même, dans la première édition de librairie, où ils forment le tome IV de la deuxième édition des Scènes de la Vie privée, mai 1832, ils ne sont pas réunis entre eux, et un avis de l'éditeur (voir tome XXII, page 382) donne seul quelque lien aux chapitres. Dans l'édition suivante, où les chapitres sont datés, tome IV de la troisième édition des Scènes de la Vie privée, 183^-1835, Balzac intitula le tout Même histoire,etût une préface datée du 25 mars 1834 (voir tome XXII, page 382), qui expliquait sommairement sa pensée; pourtant ce ne fut qu'en 1842, dans le tome 111 de la cinquième édi- tion des Scènes de la Vie privée (première édition de la Comédie humaine), que les personnages continuèrent à porter les mêmes noms à travers les divers chapitres du roman, qui devint alors définitivement un ouvrage suivi. Il est facile de découvrir le motif qui avait forcé l'auteur à ne pas attribuer d'abord à une même personne les diverses aventures de la Femme de trente ans. A l'époque où il publiait les différents chapitres de cette œuvre, qu'il fait commencer en 1813, sous le premier Empire, l'héroïne n'eût pu, si c'eût été un seul et même personnage, avoir atteint l'âge qu'il lui attribuait dans les différentes parties de son récit, qui embrasse une période de trente et un ans ; aussi s'empressa-t-il, en préparant la dernière version qu'il ait corrigée de ce roman, de le dater de 1828-1844 au lieu de 1828-1842, afin de prolonger encore l'intervalle existant entre la date du début et celle de la fin de l'ouvrage. Il rendit possible ainsi l'indication qu'il plaça à la première ligne du dernier chapitre, que l'histoire s'achève en 1844, et non plus en 1842, comme dans l'édition précédente. La dédicace fut publiée pour la première fois en 1842 dans le tome III.de la cin- quième édition des Scènes de la 17e privée (première édition de la Comédie humaine).

Voici maintenant l'origine de ces divers chapitres. Le premier, Pre- mières faules, a paru pour la première fois sous le titre de : le Ren- dez-vous, dans la Revue des Deux Mondes, numéros de septembre et d'octobre 1831; il y était divisé ainsi : la Jeune Fille, la Femme, la Mère, lu Déclaration, le Rendez-vous. La première de ces divisions avait déjà paru, signée « comte Alex, de B. », dans la Caricature du

T) Qovembre 1830, sous le titre de : Dernière Revue de .\upoléon,et

elle a reparu depuis dans divers journaux reproducteurs sous celui de : une Revue on Carrousel; ce morceau finit à la fin de la ligne Mi, page 530. Le Rendez-vous parut pour la première fois en volume et sous ce titre dans le tome IV de la deuxième édition des Scènes de la Vieprivée, mai L832. Ce D'est que dans la troisième édition, 1834-1835,

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 27

que ce chapitre fut daté de Paris, janvier 1831, et ce n'est qu'en 1842, dans le tome III de la cinquième édition des Scènes de la Vie privée (première édition de la Comédie humaine) que ce morceau prit son titre actuel, toutes divisions supprimées.

Le deuxième chapitre, Souffrances inconnues, a paru pour la première fois, inédit, daté de Paris, 15 août 1834, dans le tome IV de la troisième édition des Scènes de la Vie privée, 1834-1835.

Le troisième chapitre, A trente ans, daté pour la première fois d'avril 1832 dans la troisième édition des Scènes de la Vie privée, 1834-1835, a paru pour la première fois dans la Revue de Paris d'avril 1832, sous le titre de la Femme de trente ans, titre qui servit depuis 1842 à tout l'ouvrage, et, pour la première fois en volume, dans letome IV de la deuxième édition desScènes de la Vie privée, mai 1832. C'est de ce fragment seul que Sainte-Beuve parle avec éloge dans le tome II des Causeries du lundi.

Le quatrième chapitre, le Doigt de Dieu, a été publié en deux parties distinctes ; la première, sous le seul titre de : le Doigt de Dieu, a paru pour la première fois dans la Revue de Paris du 25 mars 1831, et, pour la première fois en volume, dans le tome IV de la deuxième édi- tion des Scènes de la Vie privée, mai 1832. Il a porté pour la première fois la date de mars 1831 et le sous-titre de la Bièvre, dans l'édition de 1834-1835. La deuxième partie, intitulée la Vallée du torrent, a paru pour la première fois, inédite, datée du 25 mai 1834, dans le tome IV de la troisième édition des Scènes de la Vie privée, 1834-1835. Ces sous-titres et ces divisions ont été supprimés en . 1842 dans la cinquième édition des Scènes de la Vie privée (première édition de la Comédie humaine), et Balzac ajouta le paragraphe III de la page 629 pour souder les deux parties ensemble.

Le cinquième chapitre, les Deux Rencontres , parut pour la première fois dans la Revue de Paris, des 21 et 28 janvier 1831 ; il était divisé en deux parties dont voici les titres : la Fascination, le Capitaine pains ien, et se terminait par ces mots : « S'il y eut entre ces deux êtres une troisième rencontre, ce ne fut ni sur la terre, ni sur les eaux...» paragraphe qui fut enlevé lorsque les Deux Rencontres paru- rent pour la première fois en volume dans le tome IV de la deuxième édition des Scènes de la Vie privée, mai 1832. L'auteur y ajouta en revanche une troisième partie inédite, qui porta le titre d'Enseigne- ment, et, dans l'édition de 1834-1835, où il data pour la première fois les morceaux, il mit la date de janvier 1831 à la fin seulement des trois chapitres des Deux Rencontres, ce qui était absolument inexact

�� � 28 HISTOIRE

pour l'Enseignement, écrit en 1832. En 1842, dans la cinquième édition des Scènes de la Vie privée (première de la Comédie humaine), toutes ces divisions ont disparu.

Enfin, le sixième chapitre, la Vieillesse d'une mère coupable, a paru pour la première fois, inédit, sous le titre de V Expiation, dans le tome IV de la deuxième édition des Scènes de la Vie privée, mai 1832. Il fut daté de Saint-Firmin, mai 18,32, dans la troisième édition, 1834- 1835. Ce dernier chapitre n'a pris le titre qu'il porte aujourd'hui qu'en 1842, dans la cinquième édition des Scènes de la Vie privée (pre- mière édition de la Comédie humaine).

Il est regrettable pour l'histoire littéraire que la plupart des dates que nous venons de recueillir ici aient été effacées depuis l'édition qui a précédé la version définitive sur laquelle nous faisons ce travail; d'autant plus que celles de 1828-1846, que l'auteur y a substituées, ne sont vraie* ni l'une ni l'autre; on a pu s'en convaincre en lisant la présente étude.

TOME IV.

XXIII. Le Père Goriot, daté de Sache, septembre 1834- Dédié à Geoffroy Saint-IIilaire. Imprimé pour la première fois dans la Revue de Paris des 14 et 28 décembre 1834, 28 janvier et 1 1 février 1835, ce roman parut en 1835 chez Werdet et Spachmann, en deux volumes in-8", marqués « deuxième édition » (la publication de la Revue étant comptée pour la première), avec une préface datée du 6 mars 1835, (voir tome WII, page 407), laquelle avait paru d'abord dans la Revue de Paris en mars de cette même année. Il eut encore, en 1835, une seconde édition véritable, marquée «troisième », et augmentée d'une second^ préface inédite, datée de Meudon,l' r mai 1835 (voir tome XXII, page 415). Ces trois versions étaient divisées en chapitres dont voici les titre

��1. Une pension bourgeoise.

2. Les (I -n\ visites.

3. L'entrée dans le monde.

4. (Sans titre.)

��5. Trompe-la-Mort. G. Les deux Biles. 7. La mort du père

��Toutes ces divisions ont disparu en 1843, lorsque cel ouvrage entra, daté et augmenté de sa dédicace, dans le tome i de la troisième édi- tion des Scènes de la Vie parisienne (première édition de la ('.mm die humaine, tome IX). Dans l'édition définitive qui nous occupe, Balzac

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 29

l'a désigné dans ses notes posthumes, pour entrer dans les Scènes de la Vie privée, et a enlevé le passage suivant, qui se trouvait après les mots : « cette gracieuse femme », ligne 5, page 220 :

En entrant dans la galerie où Ton dansait. Rastignac fut surpris de rencontrer un de ces couples que la réunion de toutes les beautés humaines rend sublimes à voir. Jamais il n'avait eu l'occasion d'admirer de telles perfections. Pour tout exprimer en un mot, l'homme était un Antinous vivant, et ses manières ne détruisaient pas le charme qu'on éprouvait à le regarder. La femme était une fée, elle enchantait le regard, elle fascinait l'âme, irritait les sens les plus froids. La toilette s'harmoniait chez l'un et chez l'autre avec la beauté. Tout le monde les contemplait avec plaisir et enviait le bonheur qui éclatait dans l'accord de leurs yeux et de leurs mouvements.

— Mon Dieu, quelle est cette femme? dit Rastignac.

— Oh! la plus incontestablement belle, répondit la vicomtesse. C'est lady Brandon; elle est aussi célèbre par son bonheur que par sa beauté. Elle a tout sacrifié à ce jeune homme. Ils ont, dit-on, des enfants. Mais le malheur plane toujours sur eux. On dit que lord Brandon a jure de tirer une effroyable vengeance de sa femme et de cet amant. Ils sont heureux, mais ils tremblent sans cesse.

— Et lui ?

— Comment! vous ne connaissez pas le beau colonel Franchessini?

— Celui qui s'est battu...?

— Il y a trois jours, oui. Il avait été provoqué par le fils d'un banquier; il ne voulait que le blesser, mais par malheur il l'a tué.

— Oh!

— Qu'avez-vous donc? vous frissonnez, dit la vicomtesse.

— Je n'ai rien, répondit Rastignac.

Une sueur froide lui coulait dans le dos. Vauftrin lui apparaissait avec sa figure de bronze. Le héros du bagne donnant la main au héros du bal changeait pour lui l'aspect de la société.

XXJV. Le Colonel Chabert, daté de Paris, février-mars 1832. Dédié à la comtesse Ida de Bocarmé, née du Chasteleer. Imprimé pour la pre- mière fois dans l'Artiste des 20, 27 février, 6 et 13 mars 1832, sous le titre de la Transaction, avec les subdivisions suivantes : I. Scène iVêtade. II. La Résurrection. III. Les Deux Visites. IV. L'Hospice de la vieillesse, ce conte reparut la même année dans le tome I du Sal- migondis, recueil en douze volumes in-8°, chez Fournier jeune, par divers auteurs, sous le titre de : le Comte Chabert, et dans le tome IV de la première édition des Scènes de la Vie parisienne, 1835, daté de février-mars 1832, sous le titre de : la Comtesse à deux maris. Il avait alors trois subdivisions : une Étude d'avoué, la Transaction, l' Hospice

�� � 30 HISTOIRE

de la vieillesse, qui disparurent en 1844 lorsqu'il prit son titre actuel, en entrant, augmenté de sa dédicace, dans le tome II de la troisième édition des Scènes de la Vie parisienne (première édition de la Comédie humaine, tome X). C'est dans l'édition définitive que l'auteur met pour la première fois la date 1840 au lieu de 1832, ligne 16, page 305. Même observation qu'au numéro précédent, relativement à sa présence aujourd'hui dans les Scènes de la Vie privée.

XXV. La Messe de l'athée, daté de Paris, janvier 1836. Dédié à Auguste Borget. Imprimé pour la première fois dans la Chronique de Paris du 3 janvier 1836, ce récit parut pour la première fois en volume, avec sa date et sa dédicace actuelles, en 1837, dans le tome XII de la quatrième édition des Élude* philosophiques, d'où il fut enlevé en 1844 pour entrer dans le tome II de la troisième édition des Scènes de la Vii 1 parisienne (première édition de la Comédie humaine, tome \). Voici une note qui l'accompagnait dans le journal en 1836 et qui a disparu depuis :

Quoique les circonstances de ce récit soient toutes vraies, ce serait un tort grave d'en faire l'application à un seul homme de cette époque, l'auteur ayant rassemblé sur une même figure des documents relatifs à plusieurs personnes.

Même observation qu'aux récits précédents, relativement à l'entrée de celui-ci dans les Scènes de la Vie privée.

XXVI. L'Interdiction, daté de Paris, février 1836. Dédié au contre- amiral Bazoche. Imprimée pour la première fois dans la Chronique de Paris des 31 janvier, 4, 7, 11 et 18 février 1836, avec les divisions sui- vantes :

��1. Les deux amis.

2. Le juge mal jugé. 3 La requête.

��4. Ce qui fut dit entre une femme

à la mode et le juge Popinot. [). Le fou. 0. L'interrogatoire.

��cette nouvelle parut pour la première fois en volume, datée, en 1836, dans le tome XXV de la quatrième édition des Éludes philosophiques; elle fut placée, en 1839, dans le tome II de la deuxième édition des Scènes de la Vie parisienne, dont elle fit encore partie en 1844, aug- mentée de sa dédicace et entra, comme les numéros précédents, dans l'édition définitive des Scènes de la Vie privée.

XXVII. Le Contrat de mariage, daté de Paris, septembre-octo- bre 1835. Dédié à G.Rossini. Ce roman fut imprimé, inédit et daté, sous le titre de la Fleur-des-pois, en 1835, dans le tome II de la troisième

�� � édition des Scènes de la Vie privée, 18oZi-1835, avec les divisions suivantes :

1. Le pour et le contre. i 3. La séparation.

2. Lccontratde mariage (en 3journées). |

En 1842, augmenté de la dédicace, il entra, sous son titre actuel et toutes les divisions enlevées et remplacées par une seule : Conclusion, dans le tome III de la cinquième édition des Scènes de la Vie privée (première édition de la Comédie humaine).

XXVIII. Autre Élude de femme, daté de Paris 1839-1842. Dédié à Léon Gozlan. Publié pour la première fois en volume, avec sa dédicace, en 18/i2, dans le tome II de la cinquième édition des Scènes de la Vie privée (première édition de la Comédie humaine), ce récit contient plusieurs nouvelles et fragments pris à d’autres ouvrages de Balzac, non réimprimés dans la Comédie humaine, tels que des fragments d'une Conversation entre onze heures et minuit (voir plus loin), notamment un récit inséré d’abord sans titre dans cette nouvelle, puis, sous celui de la Maîtresse de notre colonel, dans le numéro 10 du Napoléon, mars 1834, et le commencement de la Femme comme il faut, étude qui parut, en I8/1O dans les livraisons du tome I des Français peints par eux-mêmes, huit volumes in-8° chez Curmer, 1840- 1842. Autre Étude de femme a paru de nouveau, sous le titre de : les Premières Armes d’un lion, en 18Zi5, à la suite de la Lune de miel (voir plus haut Béalrix), et était alors divisée ainsi :

1. Le secret des soirées parisiennes.

2. Chez mademoiselle des Touches.

3. Ce qui ne se trouve qu’à Paris.

4. Une loi du goût.

5. L’orateur.

0. Une définition de la femme.

7. Profil de grande dame.

8. Idées de de Marsay sur la jalousie.

9. Jeune, beau, spirituel, aimant, très-fort, et... trahi.

10. La femme est un singe.

11. Profonde sensation.

12. Les cheveux.

13. Dieu, l’horreur et les dames.

14. Une scène modèle.

15. Le sublime de ces sortes de poèmes.

16. Un trait de lumière.

17. Une vérité sociale.

18. Autres vérités.

19. De la transformation des sociétés par l’état de la femme.

20. Emile Blondet professe.

21. Questions incidentes.

22. Blondet se résume.

23. Où Canalis monte sur ses grands chevaux de tribune.

2i. Les contes s’attirent.

25. Histoire d’un incendie.

28. Suite de l’histoire d’un incendie.

27. Fin ou fi !

Dans l’édition définitive qui nous occupe, Balzac a placé à la suite d’Autre Étude de femme, la Grande Bretèche, nouvelle dont il a enlevé le titre de façon à faire suivre sans interruption les deux récits. La Grande Bretèche parut pour la première fois, inédite, dans le tome III de la deuxième édition des Scènes de la Vie privée, mai 1832, avec le Message, sous le titre collectif de : le Conseil (Voir plus haut, le Message) ; puis, datée de 1832-183G, dans le tome III de la première édition des Scènes de la Vie de province, 1834-1837, où, augmentée de deux autres récits, le Grand d’Espagne et l’Histoire du chevalier de Beauvoir, extrait d’une Conversation entre onze heures et minuit, elle ne contient plus le Message ; elle porte, dans cette édition et la suivante, 1839, le titre de la Grande Bretèche ou les Trois Vengeances, motivé par les trois récits que cette version contient. Les deux contes ajoutés avaient paru tous deux pour la première fois en février 1832, dans les Contes bruns, un volume in-8°, chez Urbain Canel et Adolphe Guyot, volume anonyme par Charles Habou, Philarète Chasles et H. de Balzac, dont la part de collaboration à ce livre se bornait au Grand d’Espagne et à la Conversation entre onze heures et minuit. Ils ont été, en 1843, enlevés de la Grande Bretèche, et placés dans la Muse du département (Dinah Piédefer); enfin, en 18/|5, dans le tome IV de la cinquième édition des Scènes de la Vie privée, où ce récit entra allégé des deux contes en question, il a gardé seulement le titre de la Grande Bretèche, fin de Autre Élude de femme, le sous-titre de : les Trois Vengeances, ne pouvant plus rester après le retranchement des deux nouvelles qui l’avaient motivé ; et, comme nous l’avons dit en commençant, l’auteur lui enleva définitivement ce titre, en datant pour la première fois ces deux morceaux ainsi réunis, dans l’édition qui nous occupe. Il a enlevé aussi ce court fragment qui se plaçait après le mot « perdu ? » ligne 37, page 554 :


Pour moi, je trouve la fuite de la duchesse de Langeais, dit la princesse en regardant le général de Montriveau, tout aussi grande que la retraite de mademoiselle de la Vallière.

— Moins le roi, répondit le général.


Peu d’ouvrages de Balzac ont été aussi travaillés et remaniés que cette nouvelle ; il en prit encore d’autres fragments qu’il plaça dans la Muse du département (Dinah Piédefer), en 1843 ; et dans toutes les éditions que nous venons de citer, jusqu’à celle de 1845, il y a des pages entières qui ont disparu dans l’édition définitive, et qui ne se DES ŒUVRES DE BALZAC. 33

trouvent chacune que dans une édition. Voici, pour commencer, la deuxième version de la Grande Bretèche (voir plus haut pour la première : le Conseil, dans le Message), extraite de la première édition des Scènes de la Vie de province, 183/i-1837. Cette version est en quelque sorte le germe de la Muse du département ; aussi s’y trouvet-il quelques très-courtes parties semblables.

LA GRANDE BRETÈCHE

01 LES TROIS VENGEANCES.

Un des plaisirs les plus vifs en province, et que chacun poursuit avec le plus d’acharnement, est la découverte des secrets en amour ; mais aussi, n’est-ce pas la chasse transportée dans la région des sentiments ? Peut-être cette curiosité générale rend-elle les passions plus profondes dans une sous-préfecture que partout ailleurs. La rigidité des mœurs, la continuité de l’espionnage, la surveillance officieuse qui fait de la vie privée une vie quasi-publique, la promiscuité que la disposition des lieux et que les habitudes domestiques introduisent dans les intérêts et jusque dans les pensées des maîtres et des serviteurs, tout oblige les amours illicites à s’envelopper des précautions les plus minutieuses, à observer un mutisme absolu, à garder une dissimulation perpétuelle. Une passion devient là comme une partie où chacun des amants joue sa vie, un duel où tous deux se battent contre mille adversaires. Qui, dans une petite ville, n’a pas ses ennemis ? Il suffit donc d’une inimitié poussée à bout par des circonstances souvent fortuites, pour qu’un homme soit victime de quelque trahison impossible à prévoir : un hasard, une lettre anonyme, un piège habilement tendu, un bon mot dit avec la légèreté qui caractérise la nation française. Ces réflexions que les Parisiens et les gens de province ont pu faire, et dont le mérite consiste dans leur excessive vulgarité, s’appliquent à la principale aventure narrée dans cette Scène ; elles sont d’ailleurs nécessaires pour expliquer la conversation de quatre chasseurs qui traversaient, à cinq heures du matin, par un effroyable brouillard, le parc du Grossou, château situé au bord de la Loire, à quelques lieues de Sancerre.

— Savez-vous pourquoi le procureur du roi n’a pas voulu venir chasser avec nous ? dit Catien Boirouge, fils du président du tribunal, beau jeune homme de vingt-deux ans, le boute-en-train du pays.

— Pourquoi ? demanda le receveur des contributions.

— Il aime madame de la Baudraye, et va se trouver ce matin seul avec elle, puisque M. de la Baudraye part après déjeuner pour Sancerre.

— Mais pourquoi vous mêlez-vous de leurs petites affaires ? dit le troisième chasseur, nommé Horace Bianchon, enfant du pays, qui, après s’être fait recevoir médecin à Paris, était venu se distraire de ses études avant d’aller reprendre le collier de fer que l’ambition ou la gloire mettent au cou de tous les D. M. P. (doctor medicus parisiensis).

— Horace a raison, dit le quatrième, qui était un auteur également arrivé de

3

�� � 34 HISTOIRE

Paris depuis quelques jours. Je ne comprends pas comment vous vous occupez autant les mis des autres. Vous perdez votre temps à des riens.

Horace Bianchon regarda son ami Emile Lousteau, comme pour lui dire que les malices de feuilleton, les bons mots de petit journal, étaient incompris à Sancerre. Le receveur des contributions et le fils du président s'interrogèrent par un coup d'œil qui voulait dire : « N'y a-t-il pas dans cette phrase quelque chose de piquant pour nous? devons-nous rire ou nous fâcher? »

— Ma curiosité doit vous paraître extraordinaire, à vous autres qui rencontrez à Paris autant de femmes différentes qu'il y a de jours dans l'année, dit Gaticn ; mais à Sancerre, où il ne s'en trouve pas six, et où, de ces six femmes, quatre ont des prétentions désordonnées à la vertu, quand les deux plus belles vous tiennent à une distance énorme par des regards dédaigneux comme si elles étaient des prin- cesses de sang royal, il est bien permis à un jeune homme de vingt-deux ans de chercher à deviner les secrets d'une de ces deux femmes, car alors elle sera forcée d'avoir des égards pour lui.

— Cela s'appelle des égards ici, dit le journaliste.

Le receveur des contributions directes, qui possédait, par voie de légitime mariage, une femme qui, en 1813, avait épouvanté un jeune Cosaque, coula un regard défiant sur son entreprenant compagnon.

— La question change, dit Horace Bianchon. Puis je n'aime pas le procureur du roi. Mais j'accorde à madame de la Baudraye trop de bon goût pour croire qu'elle s'occupe de ce vilain singe; son mari est mille fois mieux, et je ne vois pas de motifs à cette liaison.

— Oh! — oh! — oh ! s'écria le receveur des contributions d'un air drolatique et sur trois tons différents. Laissez-moi vous chiffrer l'affaire. M. de la Baudraye n'a pas six mille livres de rente, et, avec son petit air de sainte nitouche, la belle madame de la Baudraye est. pleine d'ambition ; Sancerre lui déplaît, elle rêve des grandeurs parisiennes et voudrait piloter son mari vers les régions supérieures du gouvernement. Or, notre petit procureur du roi a fait accroire à madame de la Baudraye qu'il est protégé par M. de Villèle ; elle le suppose doué de talents emi- nents, elle le voit bientôt procureur général ; de ce haut siège, il devient, quelque conspiration aidant, procureur général près la cour des pairs, et subsidiairement, comme il dit, garde des sceaux. M. de la Baudraye entrerait alors, par sa protec- tion, dans le corps auguste des receveurs généraux. Selon moi, ceci constitue le placement à gros intérêts des capitaux de l'amour. Un procureur du, roi qui peut fourrer de pareilles idées dans la tète d'une femme, est bien capable il la séduire. L'éloquence a de grands privilèges. Si M. de Clagny a fasciné madame de la Bau- draye au point de faire briller à ses yeux la simarre des sceaux, il a bienpuchan-

i agréments d'Adonis sa peau de taupe, ses yeux faux, sa crinière ébouriffée, sa voix d'huissier enroué, sa maigreur de poëte crotté. Si madame de la Baudraye le voit procureur général, elle peut le voir joli garçon. Joignez à ces calculs et à cette fascination L'ennui qui règne à Sancerre, la liaison du procureur du roi et do madame de la IJaudraye devient très-naturelle.

— Ce monsieur joue joliment serré, dit Gatien lieirouge.-

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 35

— Mais les procureurs du roi sont tenus d'être rusés; leurs fonctions les obligent d'avoir autant de finesse qu'ils ont d'ambition ; il n'en est pas un qui no croie être du bois dont on fait les gardes des sceaux, dit le journaliste.

— Ne flétrissez pas la belle madame de la Baudrayc par de simples suppositions, s'écria le savant élève du premier chirurgien de l'Hotel-Dieu, qui, malgré ses études, ou peut-ôtre à cause de ses études, avait conservé quelque jeunesse de cœur.

— Monsieur a raison. Comment as-tu découvert leur secret, Gatien? dit le receveur des contributions directes. Je ne suis pas un béjaune, j'ai vu d'étranges choses dans ma vie, je n'ai pas encore aperçu entre M. do Clagny et madame de la Baudrayc le moindre indice d'intimité. Ni amis ni ennemis, ils paraissent si par- faitement indifférents, que...

— Hier, en sortant de table, le mouchoir de madame de la Baudraye est tombé; il était près d'elle, il ne l'a pas ramassé.

— Le receveur ne te semblc-t-il pas au désespoir d'avoir une femme trop laide pour lui permettre de faire l'usure dont il nous parlait? dit Bianchon à l'oreille de Lousteau.

— Horace, dit à haute voix le journaliste, voyons, savant interprète de la nature humaine, tendons un piège à loup au procureur du roi, nous rendrons ser- vice à notre ami Gatien, et nous rirons. Je n'aime pas les procureurs du roi.

— Tu as un juste pressentiment de ta destinée, dit Horace. Mais pourquoi trou- bler de pauvres gens occupés à être heureux?

— Messieurs, dit le receveur, je propose de leur raconter, après le dîner, quelques histoires de femmes surprises par leurs maris, et qui soient tuées, assassi- nées avec des circonstances terrifiantes. Nous verrons la mine que feront madame de la Baudraye et M. de Clagny.

— Pas mal, dit le journaliste. Je connais à Paris un directeur de journal qui. dans le but d'éviter une triste destinée, n'admet que des histoires où les amants sont brûlés, hachés, piles, disséqués ; où les femmes sont bouillies, frites, cuites ; il apporte alors ces effroyables récits à sa femme en espérant qu'elle lui sera fidèle par peur; il se contente de ce pis aller, le modeste mari. « Vois-tu, ma mignonne, où conduit la plus petite faute! » lui dit-il en traduisant le discours d'Arnolphe à Agnès. Effrayons assez madame de la Baudraye pour que, pendant son séjour au Grossou, elle envoie promener mon petit procureur du roi. Ce sera drôle.

— Eh bien, dit le receveur des contributions, moi qui ai vu d'étranges choses dans ma vie... — Oui, messieurs, ajouta-t-il en surprenant un sourire échangé entre le médecin et le journaliste, lorsqu'on a été payeur général dans les armées de Napoléon, qu'on a roulé sa bosse pendant dix ans en Egypte, en Italie, en Allemagne, on a dû observer le monde. Eh bien, selon moi, la frayeur causée par le pressentiment d'un danger rapproche deux amants plutôt qu'elle ne les désunit.

— Mon Dieu ! s'écria Gatien, pourquoi vous ai-je parlé de madame de la Bau- draye ! nous la mettons là comme une morte sur un amphithéâtre de dissection.

— Allons, dit le journaliste en interrompant Gatien, après l'avoir accusée, vous voilà chevauchant la morale. Vous me faites de la peine, mon jeune ami. Après avoir entendu l'admirable théorie de M. Gravier, qui nous a déduit les raisons sur

�� � lesquelles se fonde la passion de madame de la Baudraye, vous revenez au donquichottisme ! je vous croyais plus fort. Décidément vous êtes de votre âge.

— La question mérite d’être étudiée, dit le savant médecin. La terreur rapproche-t-elle ou sépare-t-elle deux personnes qui s’aiment ? Mais, reprit-il en examinant avec une excessive rapidité les faces de la question, le résultat doit être en raison directe avec les caractères. Une formule générale est impossible. Cependant il n’existe que deux manières de résoudre le problème : on se fuit ou l’on se rapproche, il y a prudence ou imprudence, les tempéraments sanguins-nerveux seront imprudents, les lymphatiques seront prudents. Que deviennent alors les sous-genres, les métis ?…

— Ils se confessent, répondit Lousteau, ils hésitent, ils pleurent, ils se suicident.

— Que diable se disent-ils ? demanda M. Gravier à Catien.

— Madame de la Baudraye pourrait être parfaitement innocente, et ce jeune homme pourrait avoir la berlue, dit Émile. D’abord, cette femme n’a pas assez d’esprit pour être ambitieuse ; puis elle a vingt-six ans, elle ignore l’amour ; enfin M. de la Baudraye est un homme âpre, content de lui-même, croyant à chaque instant qu’on le trompe, une espèce de sanglier défiant capable de donner un coup de boutoir à tort et à travers sans réfléchir au mal qu’il ferait. D’autre part, madame de la Hautoît est une dévote incapable d’inviter au Grossou l’amant de sa fille. Madame de la Baudraye aurait à tromper son père, sa mère, son mari, sa femme de chambre et celle de sa mère ; c’est trop d’ouvrage, je l’acquitte.

— D’autant plus que son mari ne la quitte pas, dit M. Gravier riant du calembour en vrai receveur de contributions qu’il était. Enfin, ils sont logés au premier, et M. de Clagny a été mis au second étage, dans l’appartement destiné aux autorités supérieures.

— Si madame de la Baudraye est vertueuse, dit doctoralement le journaliste, nos investigations feront éclater son mérite à nos yeux ; si elle est coupable d’aimer, même en tout bien tout honneur, le chef du parquet, attendu que cette passion est fondée sur d’infâmes calculs, nous sommes suffisamment autorisés à venger la belle jeunesse et les vingt-deux ans de Catien, rival malheureux du ministère public. N’est-il pas le fils du président ? l’affaire ne sortira donc pas du tribunal, elle sera jugée a huis clos, et, tout en nous amusant ce soir, nous environnerons la beauté du plus grand respect et du mystère le plus profond. Ainsi, convenons de nos faits : cherchons des histoires à faire trembler la belle Samaritaine de Sancerre. Messieurs, je vous recommande une tenue sévère ; montrez-vous diplomates, ayez un laisser-aller sans affectation ; étudiez, sans en avoir l’air, la figure des deux criminels, vous savez ?… en dessous, ou dans la glace, à la dérobée. Nous passerons une soirée amusante. Mais voici le garde et ses chiens. Ce matin, nous chasserons le lièvre ; ce soir, nous chasserons le procureur du roi.

Cette conversation explique ce qui se passa le soir, après dîner, au château de Grossou. Le café pris, madame de la Hautoît s’assit dans sa bergère au coin du feu, M. de la Hautoît et M. de Clagny commencèrent leur trictrac. Le fils du président eut l’excessive complaisance d’apporter la lampe aux deux joueurs, de manière à ce que la lumière tombât d’aplomb sur madame de la Baudraye, innocemment occupée à garnir de laine le canevas en osier d’une corbeille à papier. Les quatre conspirateurs se grouperont, les uns debout, les autres assis, autour de ces personnages.

— Pour qui faites-vous donc cette jolie corbeille, madame ? dit le journaliste. Pour quelque loterie de bienfaisance ?

— Non, dit-elle.

— Vous êtes bien indiscret, dit le receveur des contributions.

— Monsieur n’est pas du pays, dit Gatien, il ne connaîtra pas l’heureux mortel chez qui se trouvera la corbeille de madame.

— Il n’y a pas d’heureux mortel, reprit la jeune femme en rougissant, elle est pour M. de la Baudraye.

Le procureur du roi regarda sournoisement madame de la Baudraye et la corbeille comme s’il se fût dit intérieurement : « Voilà ma corbeille à papier perdue ! »

— Comment, madame, et vous ne voulez pas que nous le disions heureux ? heureux d’avoir une jolie femme, heureux de ce qu’elle lui fait d’aussi charmantes choses sur ses corbeilles à papier. Le dessin est rouge et noir, à la Robin des Bois. Si je me marie, je souhaite qu’après huit ans de ménage les corbeilles que brodera ma femme soient pour moi.

— Pourquoi ne seraient-elles pas pour vous ? dit madame de la Baudraye en levant sur Jules un œil bleu plein d’une angélique pureté.

— Les Parisiens ne croient à rien, dit le procureur du roi d’un ton amer. La vertu des femmes est surtout mise en question avec une effrayante audace. Oui, depuis quelque temps, les livres que vous faites, messieurs les écrivains, vos revues, vos pièces de théâtre, toute votre infâme littérature repose sur l’adultère…

— Eh ! monsieur le procureur du roi, reprit Jules en riant, je vous laissais jouer tranquillement, je ne vous attaquais point, et voilà que vous faites un réquisitoire contre moi. Foi de journaliste, j’ai broché plus de cent articles contre les auteurs de qui vous parlez ; mais j’avoue que, si je les ai réprimandés, c’était pour dire quelque chose qui ressemblât à de la critique. Soyons justes : si vous les condamnez, il faut condamner Homère et son Iliade, laquelle roule sur la belle Hélène ; il faut condamner le Paradis perdu, de Milton ; Eve et le serpent me paraissent un gentil petit adultère symbolique. Il faut supprimer les Psaumes de David, inspirés par les amours de ce Louis XIV hébreu. Il faut jeter au feu Mithridate, le Tartuffe, l’École des Femmes, Phèdre, Andromaque, le Mariage de Figaro, l’Enfer du Dante, les Sonnets de Pétrarque, tout Jean-Jacques Rousseau, les romans du moyen âge, l’histoire de France, l’histoire romaine, etc., etc. Je ne crois pas, hormis l’Histoire des Variations de Bossuet et les Provinciales de Pascal, qu’il y ait beaucoup de livres à lire, si vous voulez en retrancher ceux où il est question de femmes aimées à l’encontre des lois.

— Le beau malheur ! dit le procureur du roi.

Jules, piqué de l’air magistral que prenait M. de Clagny, voulut le faire enrager par une de ces froides mystifications qui consistent à défendre des opinions auxquelles on ne tient pas, dans le but de rendre furieux un pauvre homme de bonne foi, une véritable plaisanterie de journaliste. — En nous plaçant au point de vue politique où vous êtes forcé de vous mettre, dit-il en continuant sans relever l’exclamation, en revêtant la robe de procureur général à toutes les époques, car tous les gouvernements ont leur ministère public, eh bien, la religion catholique se trouve infectée dans sa source d’une violente illégalité conjugale. Aux yeux du roi Hérode, à ceux de Pilate qui défendait le gouvernement romain, la femme de Joseph pouvait paraître adultère, puisque, de son propre aveu, Joseph n’était pas le père du Christ. Le juge païen n’admettait pas plus l’immaculée conception que vous n’admettriez un miracle semblable si quelque religion se produisait aujourd’hui en s’appuyant sur des mystères de ce genre. Croyez-vous qu’un tribunal de police correctionnelle reconnaîtrait une nouvelle opération du Saint-Esprit? Or, qui peut oser dire que Dieu ne viendra pas racheter encore l’humanité? Est-elle meilleure aujourd’hui que sous Tibère?

— Votre raisonnement est un sacrilège, reprit le procureur du roi.

— D’accord, dit le journaliste, mais je ne le fais pas dans une mauvaise intention. Vous ne pouvez supprimer les faits historiques, vous ne sauriez ôter Pilate de la Passion. Selon moi, Pilate condamnant Jésus-Christ. Anytus, organe du parti aristocratique d" Athènes, demandant la mort de Socrate, représentaient des sociétés établies, s^ croyant légitimes, revêtues de pouvoirs consentis, obligées de se défendre. Pilate et Anytus étaient alors aussi logiques que les procureurs généraux qui demandent aujourd’hui la tête des sergents de la Rochelle, qui font tomber la tête des républicains armés contre le trône légitime, et celles des novateurs dont le but est de renverser à leur profit les sociétés sous prétexte de les mieux orga- niser. En présence des grandes familles d’Athènes et de l’empire romain, Socrate et Jésus étaient criminels; pour ces vieilles aristocraties, leurs opinions ressem- blaient à celles de la Montagne; supposez leurs sectateurs triomphants, ils eussent fait un léger 93.’

— Où voulez-vous en venir, monsieur? dit le procureur du roi.

— A l’adultère ; ne doit-il pas entrer comme élément littéraire dans une littérature qui peint une époque où cet élément abonde comme il abondait jadis dans les anciennes sociétés? Je conclus, monsieur, en disant qu’un mahométan, en fumant sa pipe, peut parfaitement dire que la religion des chrétiens est fondée sur l’adultère; comme nous croyons que Mahomet est un imposteur, que son Coran est une répétition de la Bible et de l’Évangile, et que Dieu n’a jamais eu la moindre intention de faire de ce conducteur de chameaux son prophète.

— S’il y avait en France beaucoup d’hommes comme vous, et il y en a mal- tisemenl irop, tout gouvernement y serait impossible.

— Et il n’y aurait pas do religion, dit madame de la Hautoît, dont le visage avait fait d’étranges grimaces pendant cette discussion.

— Tu leur causes une peine infinie, dit Bianchon à l’oreille de Jules; ne parle pas religion, tu leur dis des choses à les renverser.

— Si j’étais écrivain et romancier, dit le receveur des contributions, je prendrais le parti des maris malheureux. .Moi qui ai vu beaucoup de choses, et d’étranges choses, je sais que, dans le nombre des maris trompés, il s’en trouve dont l’attitude ne manque point d’énergie, et qui, dans la crise, sont très-dramatiques, pour employer un de vos mots, monsieur, dit-il en regardant Jules. Je connais une histoire où l’époux outragé n’était pas bête.

— Vous avez raison, mon cher monsieur Gravier, dit Bianchon, je n’ai jamais trouvé ridicules les maris trompés ; au contraire, je les aime…

Trois personnes seulement se mirent à rire : d’abord M. de la Hautoît, qui était un bon vieillard revenu des erreurs de la jeunesse ; puis le journaliste, ce féroce moqueur qui par état cherchait des quolibets pour consoler les malheurs ; enfin Gatien. Le procureur du roi, M. Gravier et les deux dames restèrent graves.

— Riez, dit Horace, je serai jusqu’à mon dernier soupir le défenseur des dupes et l’adversaire des fripons.

Le procureur du roi jeta ses dés d’une façon convulsive, et ne regarda point le jeune médecin.

— Ne trouvez-vous pas, disait Bianchon, un mari sublime de confiance ? il croit en sa femme, il ne la soupçonne point, il a la foi du charbonnier. S’il a la faiblesse de se confier à sa femme, vous vous en moquez ; s’il est défiant et jaloux, vous le haïssez ; dites-moi quel est le moyen terme pour un homme d’esprit ?

— Dites-nous plutôt votre histoire, monsieur Gravier, reprit Jules.

— Volontiers, si ces dames le permettent, car M. le procureur du roi, quoique célibataire, vient de se prononcer ouvertement contre l’immoralité des récits où la charte conjugale est violée.

— Comment donc ! mais il est si amusant de travailler en entendant raconter des aventures ! Je préfère une narration à une lecture, chacun alors peut causer dit madame de la Baudraye, tandis que le silence continu exigé par un livre est fort ennuyeux.

Ici se lisait l’Histoire du chevalier de Beauvoir, placée aujourd’hui dans la Muse du département ; puis le récit continuait ainsi :

Ni le procureur du roi, ni madame de la Baudraye ne parurent croire qu’il y eût dans ce récit la moindre prophétie qui les concernât. Les intéressés se jetèrent des regards interrogatifs, en gens surpris de la parfaite indifférence des deux prétendus amants.

— Bah ! j’ai mieux à vous raconter, dit Jules Lousteau, qui comprit que l’histoire de M. Gravier n’allait pas assez directement au but.

— Voyons, dirent les auditeurs.

— Lors de l’expédition entreprise en 1823-24, par le roi Louis XVIII, pour sauver Ferdinand VII du régime constitutionnel, je me trouvais, par hasard, à Tours, sur la route d’Espagne. La veille de mon départ, j’étais au bal chez une des plus aimables femmes de cette ville, où l’on sait s’amuser mieux que dans aucune autre capitale de province. Peu de temps avant le souper (on soupe encore à Tours), je me joignis à un groupe de causeurs au milieu duquel un monsieur qui m’était inconnu racontait une aventure. Cet orateur, venu fort tard au bal, avait, 40 HISTOIRE

je crois, dîné chez le receveur général. En entrant, il s'était mis à une table d'écarté; puis, après avoir passé plusieurs fois, au grand contentement de ses parieurs dont le côté perdait, il s'était levé, vaincu par un sous-lieutenant de carabiniers. Pour se consoler, il avait pris part à une conversation sur l'Espagne, sujet habituel de mille dissertations inutiles. Pendant le récit, j'examinais avec un intérêt involontaire la figure et la .personne du narrateur. Mon homme était un de ces êtres à mille faces qui ont des ressemblances avec tant de types...

— Types ! encore un de leurs mots, dit le receveur à l'oreille de madame de la Baudraye.

— ... Que, dit Jules en continuant, l'observateur reste indécis, et ne sait s'il faut les classer parmi les gens de génie obscurs ou parmi les intrigants subal- ternes. D'abord, il était décoré d'un ruban rouge, symbole trop prodigué qui ne préjuge plus rien en faveur de personne.

Le procureur du roi fit un léger haut-le-corps en entendant cette proposition contre la Légion d'honneur.

— Puis il avait un habit vert, et je n'aime pas les habits verts au bal; enfin, il avait de petites boucles d'acier à ses souliers; sa culotte était horriblement usée, sa cravate inélégante me fit même de la peine, non pour lui, mais pour la ville de Tours; bref, je vis bien qu'il ne tenait pas beaucoup au costume. Ses manières et sa voix avaient je ne sais quoi de commun; sa figure, en proie aux rougeurs que les travaux de la digestion y imprimaient, ne rehaussait par aucun trait saillant, l'ensemble de sa personne; il avait le front découvert et peu de cheveux sur la tête. D'après tous ces diagnostics, j'hésitais à en faire soit un conseiller de préfec- ture, soit un ancien commissaire des guerres, lorsqu'on lui voyant poser familiè- rement la main sur la manche de son voisin, je le jetai dans la classe des plumi- tifs, bureaucrates et consorts. Enfin, je fus tout à fait convaincu de la vérité de mon observation en remarquant qu'il n'était écouté que pour son histoire. Aucun de ses auditeurs ne lui accordait cette attention soumise et ces regards complai- sants qui sont le privilège des gens considérés. Je ne sais si vous voyez bien l'homme se bourrant le nez de prises de tabac, parlant avec la prestesse des gens empressés définir leur discours, de pour qu'on ne les abandonne; s'exprimant d'ailleurs avec une grande facilité, contant bien, peignant d'un trait, et jovial comme un loustic de régiment.

— Permettez-moi, dit Lousteau, de donner à son histoire la forme d'un article, elle y gagnera. Je commence.

Ici se lisait le Grand d'Espagne, aussi placé aujourd'hui dans la Mi/sa du déparlement . puis le récit continuait ainsi :

Le procureur du roi jeta sur Lousteau un regard judiciaire.

— L'Espagne est, un singulier pays, dit madame de la Baudraye; quelle histoire I Il ne s'en passe point de semblables en France.

— La France, madame, dit le procureur du roi, n'est malheureusement pas exempte de crimes.

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— J'ai aussi la mienne, dit le docteur Bianchon. Nous ne sommes pas loin du théâtre où le drame s'est accompli, car la Touraine et le Bcrry se touchent; puis votre aventure me l'a rappelé, il s'agit aussi d'un Espagnol.

— Contez vite, dit M. Gravier.

— Il n'y a que moi qui n'aurai rien à dire, s'écria Gatien.

— Vous n'avez pas pu voir encore beaucoup de choses, lui répondit M. Gra- vier.

— Laissez donc parler M. Bianchon, dit madame de la Hautoît.

Enfin ici se plaçait la Grande Bretèche, placée aujourd'hui à la fin de : Autre Étude de femme, dont les deux récits précédents expli- quaient le sous-titre de : ou les Trois Vengeances; il n'y avait qu'une seule variante à relever dans ce récit : à la ligne 10, page 56/i, après le mot « logis », il y avait cette interruption :

— Le procureur du roi leva la tète et fit un geste de dénégation pour protester contre une loi tombée en désuétude.

Puis on lisait :

Cette dernière histoire avait fait tressaillir plus d'une fois madame de la Bau- draye; cette naïve et charmante femme dit alors avec un accent plein de naturel :

— Mais, qu'est-ce qui peut engager une femme à se mettre dans des états pareils?

— Ah ! madame, dit Lousteau, l'amour, le bel amour, le bonheur!

— Mais, monsieur, dit-elle, en quoi l'amour est-il plus amusant que le mariage?

A cette question posée avec simplesse, les quatre conspirateurs se regardèrent en témoignant de leur surprise.

— Elle est bien fine ! se dit Emile.

— Femme sublime, s'écria Gatien, je t'adore!

— Nous verrons bien si elle est aussi niaise qu'elle veut le paraître, pensait le receveur des contributions.

— Pauvre créature! fit Bianchon, quelle vie elle mène, et quelle belle exis- tence elle pourrait avoir si elle appartenait à, un homme capable de l'apprécier!

— Madame, répondit l'impitoyable journaliste à la ravissante madame de la Baudraye, personne ne vous expliquera l'amour mieux que M. de la Baudraye.

— Je le mettrai dès demain sur ce chapitre, répondit-elle.

Le procureur du roi se moucha précipitamment. Il regardait madame de la Baudraye avec un étounement où les deux Parisiens voulurent voir de l'affec- tation.

— Je rêverai de toutes ces horreurs, dit madame de la Hautoît.

— Au risque d'y rêver, ma chère maman, répondit madame de la Baudraye,

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je voudrais que toutes nos soirées fussent aussi agréables. .Mais M. Bianchon et M. Lousteau retourneront à Paris, où vont tous les gens d'esprit... (Ici, le procu- reur du roi lit un léger salut.) Et personne ne nous fera plus de contes!

— Pour que cela fut amusant, il faudrait convenir de ne point parler religion, dit madame de la Sautolt.

— Madame, répondit Lousteau, je me plaçais pour raisonner dans la situation des païens et des mahométans...

— Monsieur, répliqua vivement madame de la Hautoît en étant ses besicles, dans aucune situation un homme bien élevé ne doit mettre en doute les vérités de la religion catholique...

— Madame, chez vous, mes paroles étaient sans danger; dans tout le départe- ment, il n'y a qu'ici où l'on puisse impunément nier la vertu des femmes, et s'en- tretenir de la position de Joseph relativement aux gentils.

M. Gravier et Emile se mirent à blâmer les séducteurs avec un emportement qui sembla si peu naturel au procureur du roi, qu'il intervint.

— Monsieur, dit-il à Emile, votre sévérité vous .place dans une situation bien dure ou bien modeste. Si vous avez des bonnes fortunes, vous vous condamnez; si vous n'en avez pas, vous faites bon marché de vos prétentions, et l'on ne sau- rait vous accuser de fatuité.

— Je vous ai donc amené, dit le journaliste en riant, à quelque indulgence pour l'adultère, comme si c'était une question personnelle. Monsieur le procureur du roi, votre dilemme pèche par une énumération incomplète : on peut avoir des bonnes fortunes sans se rendre coupable du délit d'adultère; car. selon la loi française, ce crime horrible est un délit; si la critique littéraire en fait un cas pendable, la police correctionn Ile eu Maint.

Le magistrat regarda les conteurs comme s'il voyait en eux des voleurs à. inter- roger.

— Bon ! fit Emile Lousteau, je saurai le mot de l'énigme.

La vie de château comporte une, infinité de mauvaises plaisanteries, parmi les- quelles il en est qui sont d'une horrible perfidie. M. Gravier, qui avait vu tani de choses, proposa, quand chacun s'alla coucher, do mettre les scellés sur la porte de madame de la Baudraye et sur celle du procureur du roi. Les canards accusateurs du poëte Ibicus ne sont rien en comparaison du cheveu que les espions de la vie de château fixent sur l'ouverture d'une porte par deux petites boules de cire aplaties, et placé si bas. qu'il est impossible de se douter de ce piege. Le galant sort-il et ouvre-t-il l'autre porte soupçonnée, la coïncidence des deux cheveux arrachés dit tout. Q iand chacun fui i n endormi, le médecin, le journaliste, le receveur des contributions el le jeune adorateur de madame de la Baudraye vinrent pi. 'ils nu-, en vrais voleurs, condamner mystérieusement les deux portes, et se promirent de voir à cinq heures vérifier l'étal de ces scellés. Jugez de leur étonnemenl el du plaisir de Gatien, lorsque tous quatre, un bougeoir à la main, a peine vêtus, vinrent examiner les cheveux, et trouvèrent celui du procureur du roi, ainsi que celui de madame de la baudraye dans un satisfaisanl état de conservation.

— Est-ce la même cire? dit M. Gravier.

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— Sont-ce les mémos cheveux? demanda Lousteau.

— Oui, dit Gatien.

— Mais, s'écria le docteur Horace Bianchon, il y a, selon moi, de fortes raisons pour que, malgré ce certificat de bonnes vie et mœurs, la question reste indécise.

— L'avenir nous éclairera, dit Emile.

M. de Clagny ne fut ni procureur général, ni garde des sceaux. Ce digne magis- trat était un homme sans ambition, qui devint tout uniment président du tribunal à Sancerre. M. de la Baudraye ne changea point son état de propriétaire, faisant valoir ses biens, doué d'une forte dose d'estime pour lui-même, et attendant avec impatience la mort du brave M. de la Hautoît, pour habiter, exploiter, améliorer la terre du Grossou. Madame de la Baudraye ne mania jamais le canif avec lequel les femmes donnent des coups dans le parchemin de leur contrat. Quoiqu'elle eût d'abord trouvé son mari peu agréable, elle arriva par degrés à l'indifférence des prisonniers auxquels une évasion paraît impossible; elle roula paisiblement dans l'ornière du mariage, en sacrifiant à ses enfants et à son mari le peu d'idées extra- conjugales qu'elle pouvait avoir conçues. Ses relations avec M. de Clagny restèrent dans les bornes d'une ainitié sincère, et personne n'y vit rien d'illicite, quoiqu'on définitive le panier se trouvât chez lui. La belle dame de la Baudraye vieillit et se fana si bien, que, quand Horace Bianchon la revit en 1836, il ne la reconnut point.

Quoique peu dramatique, ce dénoûment est celui de beaucoup d'existences, dont la monotonie fait dire à certaines femmes supérieures, enfoncées à la cam- pagne, que... elles s'ennuient à périr. Madame de la Baudraye s'ennuyait sans doute, mais elle n'en disait rien, ce qui semble une rare supériorité à beaucoup de

tyrans domestiques.

1832-1836.

Voici maintenant la fin de la Femme comme il faut, qui n'a pas été conservée dans Autre Étude de femme; elle commence après les mots : « C'est une femme comme il n'en faut pas! » tome IV, page 553, ligne 7.

Maintenant, qu'est cette femme? à quelle famille appartient-elle? d'où vient- elle ? Ici, la femme comme il faut prend des proportions révolutionnaires. Elle est une création moderne, un déplorable triomphe du système électif appliqué au beau sexe. Chaque révolution a son mot, un mot où elle se résume et qui la peint. Expliquer certains mots, ajoutés de siècle en siècle à la langue française, serait faire une magnifique histoire. Organiser, par exemple, est un mot de l'Empire, il contient Napoléon tout entier. Depuis cinquante ans bientôt, nous assistons à la ruine continué de toutes les distinctions sociales; nous aurions dû sauver les femmes de ce grand naufrage, mais le code civil a passé sur leurs tètes le niveau de ses articles. Hélas ! quelque terribles que soient ces paroles, disons-les : les duchesses s'en vont, et les marquises aussi! Quant aux baronnes, elles n'ont jamais pu se faire prendre au sérieux, l'aristocratie commence à la vicomtesse. Les comtesses resteront. Toute femme comme il faut sera plus ou moins comtesse ,

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comtesse de l'Empire ou d'hier, comtesse de vieille roche ou, comme ou dit en italien, comtesse de politesse. Quant à la grande dame, elle est morte avec l'en- tourage grandiose du dernier siècle, avec la poudre, les mouches, les mules à talons, les corsets busqués ornés d'un delta de nœuds en rubans. Les duchesses aujourd'hui passent parles portes sans les faire élargir pour leurs paniers. Enfin l'Empire a vu les dernières robes à queue! Je suis encore à comprendre commenl le souverain qui voulait faire balayer sa cour par le satin ou le velours des robes à queue n'a pas établi pour certaines familles le droit d'aînesse et les majorât s par d'indestructibles lois. Napoléon n'a pas deviné l'application du Code dont il était si fier. Cet homme, en créant ses duchesses, engendrait des femmes comme il faut, le produit médiat de sa législation. Sa pensée, prise comme un marteau par l'enfant qui sort du collège ainsi que par le journaliste obscur, a démoli les magnificences de l'état social. Aujourd'hui, tout drôle qui peut convenablement soutenir sa tête sur un col, couvrir sa puissante poitrine d'homme d'une demi-aune de -al in en forme de cuirasse, montrer un front où reluise un génie apocryphe sous des che- veux bouclés, se dandiner sur deux escarpins vernis ornés de chaussettes en soie qui coûtent six francs, tient lorgnon dans une de ses arcades sourcilières en plissant le haut de sa joue, et, fût-il clerc d'avoué, fils d'entrepreneur ou bâtard de banquier, il toise impertinemment la plus jolie duchesse, l'évalue quand elle descend l'escalier d'un théâtre, et dit à son ami pantalonné par Blain, habillé par Buisson, gileté, ganté, cravaté par Bodier ou par Perry, monté sur vernis comme le premier duc venu : « Voilà, mon cher, une femme comme il faut. » Les causes de ce désastre, les voici. Un duc quelconque (il s'en rencontrait sous Louis M III et sous Charles X qui possédaient deux cent mille livres de rente, un magnifique hôtel, un domestique somptueux) pouvait encore ôtre un grand seigneur. Le der- nierdeces grands seigneurs français, le prince de Talleyrand, vient de mourir. Ce duc a laissé quatre enfants, dont deux filles. En supposant beaucoup de bonheur dans la manière dont il les a mariés tous, chacun doses hoirs n'a plus que cent mille livres de rente aujourd'hui; chacun d'eux est père ou mère de plusieurs enfants, conséquemment obligé de vivre dans un appartement, au rcz-dc-chaus-re ou au premier étage d'une maison, avec la plus grande économie. Qui sait même s'ils ne quêtent pas une fortune? Dès lors, la femme du fils aîné n'est duchesse que de nom : elle n'a ni sa voiture, ni ses gens, ni sa loge, ni son temps à elle; elle n'a ni son appartement dans son hôtel, ni sa fortune, ni ses babioles; elle est enterrée dans le mariage comme une femme de la rue Saint-Denis dans son commerce; elle achète les bas de ses chers petits enfants, les nourrit, et surveille scs filles, qu'elle ne met plus au couvent. Les femmes les plus nobles sont ainsi devenues d'. -timables couveuses. Notre époque n'a plus ces belles fleurs féminines qui ont orne les grands siècles. L'éventail de la grande daim' est brisé. La femme n'a plus à rougir, à médire, à chuchoter, à se cacher, à se montrer, l'éventail ne sert plus qu'à B'éventer; et, quand une chose n'est, plus que ce qu'elle est, elle est trop utile pour appartenir au luxe. Tout en France a été complice de la femme comme il faut. L'aristocratie y a consenti par sa retraite au fond de ses terres où elle a été se cacher pour mourir, émigrant a l'intérieur devant les idées, comme à l'étranger

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devant les masses populaires. Les femmes qui pouvaient fonder des salons euro- péens, commander l'opinion, la retourner comme un gant, dominer le monde en dominant les hommes d'art ou de pensée qui devaient le dominer, ont commis la faut^ d'abandonner le terrain, honteuses d'avoir à lutter avec la bourgeoisie enivrée de pouvoir et débouchant sur la scène du monde pour s'y faire peut-être hacher en morceaux par les barbares qui la talonnent. Aussi, là où les bourgeois veulent voir des princesses, n'aperçoit-on que des jeunes personnes comme il faut. Aujourd'hui, les princes ne trouvent plus de grandes dames à compromettre, ils ne peuvent même plus illustrer une femme prise au hasard. Le duc de Bourbon est le dernier prince qui ait usé de ce privilège, et Dieu sait seul ce qu"il lui en coûte! Aujour- d'hui, les princes ont des femmes comme il faut, obligées de payer en commun leur loge avec des amies, et que la faveur royale ne grandirait pas d'une ligne, qui filent sans éclat entre les eaux de la bourgeoisie et celles de la noblesse, ni tout à fait nobles, ni tout à fait bourgeoises.

La presse a hérité de la femme. La femme n'a plus le mérite du feuilleton parlé, des délicieuses médisances ornées du beau langage; il y a des feuilletons écrits dans un patois qui change tous les trois ans, des petits journaux plaisants comme des croque-morts et légers comme le plomb de leurs caractères. Les conversations françaises se font en iroquois révolutionnaire d'un bout à l'autre de la France par de longues colonnes imprimées dans des hôtels où grince une presse à la place des cercles élégants qui brillaient jadis. Le glas de la haute société sonne, entendez- vous ! Le premier coup est ce mot moderne de « femme comme il faut » ! Cette femme, sortie des rangs de la noblesse, ou poussée de la bourgeoisie, venue de tout terrain, même de la province, est l'expression du temps actuel, une dernière image du bon goût, de l'esprit, de la grâce, de la distinction réunies, mais amoindries. Nous ne verrons plus de grandes dames en France, mais il y aura longtemps des femmes comme il faut, envoyées par l'opinion publique dans une haute chambre féminine, et qui seront pour le beau sexe ce qu'est le gentleman en Angleterre. Voici le progrès : autrefois, une femme pouvait avoir une voix de harengère, une démarche de grenadier, un front de courtisane audacieuse, les cheveux plantés en arrière, le pied gros, la main épaisse, elle était néanmoins une grande dame; mais aujour- d'hui, fût-elle une Montmorency, si les demoiselles de Montmorency pouvaient jamais être ainsi, elle ne serait pas femme comme il faut. »

D'autres fragments encore d'une Conversation entre onze heures et minait, ont reparu sous le titre d' Échantillon de causerie française dans les Œuvres diverses, où ils seront mentionnés.

Nous donnons ici, pour terminer les Scènes de la Vie privée, l'intro- duction écrite pour les Éludes de mœurs au xi\ c siècle, 1834-1837, sous l'inspiration de Balzac, par M. Félix Davin en 1835; elle était destinée à paraître avant celle du même auteur écrite pour les Éludes philosophiques (voir plus loin); mais un retard survint qui ne permit de la publier qu'après et obligea d'en modifier le début, où la

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seconde Étude dut être rappelée. Cette introduction ouvrait la publi- cation, comme nous l'avons indiqué au commencement de ce travail.

INTRODUCTION AUX ÉTUDES DE MOEURS

AU XIX e SIÈCLE.

Nous avons essayé déjà de donner, dans Y Introduction aux Études pliiloso- phiques 1 , le dessein général du grand ouvrage dont les Études de mœurs consti- tuent la première partie ; car ici l'auteur définit en quelque sorte les termes de la proposition qu'il doit résoudre ailleurs; ainsi, notre tâche se borne à montrer les attaches par lesquelles cette première partie, si vaste dans son ensemble, si varice dans ses accidents, se soude aux doux autres dont elle est la hase. Toute œuvre humaine se produit en un certain ordre qui permet au regard d'en relier les détails à la masse, et cet ordre suppose des divisions. Si les Études de mœurs manquaient de cette harmonie architecturale, il serait impossible d'en découvrir la pensée : tout y serait confus à l'œil et nécessairement fatigant à l'esprit. Avant d'examiner les Études de mœurs, il faut donc en saisir les principales lignes, assez nettement accusées d'ailleurs dans les titres des six portions dont elle se compose, et que voici :

Scènes de la Vie privée. Scènes de la Vie politique.

Scènes de la Vie de province. Scènes de la Vie militaire.

Scènes de la Vie parisienne. I Scènes de la Vie de campagne.

Chacune de ces divisions exprime évidemment une face du monde social, et. leurs énoncés reproduisent déjà les ondulations de la vie humaine. « Dans les Scènes de ta Vie privée, avons-nous dit ailleurs, la vie est prise entre les derniers développements de la puberté qui finit, et les premiers calculs d'une virilité qui commence. Là donc, principalement des émotions, des sensations irréfléchies; là, des fautes commises moins par la volonté que par inexpérience des mœurs et par ignorance du train du monde; là, pour les femmes, le malheur vient de leurs croyances dans la sincérité des sentiments, ou de leur attachement à leurs rêves que les enseignements de la vie dissiperont. Le jeune homme est pur; les infor- tunes naissent de l'antagonisme méconnu que produisent les lois sociales entre les plus naturels désirs et les plus impérieux souhaits de nos instincts dans toute leur ir; là, le chagrin a pour principe la première et la plus excusable de nos erreurs. Cette première vue de la destinée humaine était sans encadrement pos- Bible. tassi l'auteur s'est-il complaisamment promené partout : ici, dans le fond d'un'- campagne; I i, en province; plus loin, dans Paris. Les Scènes de tu Vie de province sont destinées à représenter cette phase de la vie humaine où les passions, les calculs et les idées prennent la place des sensations, dos mouvements irréfié-

1. Voir plus loin, après le travail sur les Htudes philoioplivjues.

�� � chis, des images acceptées comme des réalités. A vingt ans, les sentiments se produisent généreux; à trente ans, déjà tout commence à se chiffrer, l’homme devient égoïste. Un esprit de second ordre se serait contenté d’accomplir cette tâche; l’auteur, amoureux de difficultés à vaincre, a voulu lui donner un cadre; il a choisi le plus simple en apparence, le plus négligé de tous jusqu’à ce jour, mais le plus har- monieux, le plus riche en demi-teintes, la vie de province. Là, dans des tableaux dont la bordure est étroite, mais dont la toile présente des sujets qui touchent aux intérêts généraux de la société, l’auteur s’est attache à nous montrer sous ses mille faces la grande transition par laquelle les hommes passent de l’émotion sans arrière- pensée aux idées les plus politiques. La vie devient sérieuse; les intérêts positifs contrecarrent à tout moment les passions violentes aussi bien que les espérances les plus naïves. Les désillusion nements commencent : ici, se révèlent les frotte- ments du mécanisme social; là, !e choc journalier des intérêts moraux ou pécu- niaires fait jaillir le drame, et parfois le crime, au sein de la famille en apparence la plus calme. L’auteur dévoile les tracasseries mesquines dont la périodicité concentre un intérêt poignant sur le moindre détail d’existence. Il nous initie au secret de ces petites rivalités, de ces jalousies de voisinage, de ces tracasseries de ménage dont la force, s’accroissant chaque jour, dégrade en peu de temps les hommes, et affaiblit les plus rudes volontés. La grâce des rêves s’envole, chacun voit juste, et prise dans la vie le bonheur des matérialités, là où, dans les Scènes de la Vie privée, il s’abandonnait au platonisme. La femme raisonne au lieu de sentir; elle calcule sa chute là où elle se livrait. Enfin la vie s’est rembrunie en mûrissant. Dans les Scènes de la Vie parisienne, les questions s’élargissent, l’existence y est peinte à grands traits; elle y arrive graduellement, à l’âge qui touehe à la décrépitude. Une capitale était le seul cadre possible pour ces peintures d’une époque climaté- rique, où les infirmités n’affligent pas moins le cœur que le corps de l’homme. Ici, les sentiments vrais sont des exceptions et sont brisés par le jeu des intérêts, écrasés entre les rouages de ce monde mécanique; la vertu y est calomniée, l’innocence y est vendue, les passions y font place à des goûts ruineux, à des vices ; tout se subtilise, s’analyse, se vend et s’achète; c’est un bazar où tout est coté; les calculs s’y font au grand jour et sans pudeur, l’humanité n’a plus que deux formes, le trompeur et le trompé; c’est à qui s’assujettira la civilisation et la pressurera pour lui seul; la mort des grands parents est attendue, l’honnête homme est un niais, les idées généreuses sont des moyens, la religion est jugée comme une nécessité de gouvernement, la probité devient une position ; tout s’exploite, se débite ; le ridicule est une annonce et un passe-port; le jeune homme a cent ans, et il insulte la vieillesse. »

Aux Scènes de la Vie parisienne, finissent les peintures de la vie individuelle. Déjà, dans ces trois galeries de tableaux, chacun s’est revu jeune, homme et vieillard. La vie a fleuri, l’âme s’est épanouie, comme a dit l’auteur, sons la puissance solaire de l’amour; puis les calculs sont venus, l’amour est devenu de la passion, la force a conduit à l’abus, enfin l’accumulation des intérêts et la continuelle satisfaction des sens, le blasement de l’âme et d’implacables nécessités en présence ont produit les extrêmes de la vie parisienne. Tout est dit sur l’homme en tant 48 HISTOIRE

qu'homme. Les Scènes de la Vie politique exprimeront des pensées plus vastes. Les gens mis en scène y représenteront les intérêts dos masses, ils se placeront au- dessus des lois auxquelles étaient asservis les personnages des trois séries précé- (1 -ntes qui les combattaient avec plus ou moins de succès. Cette fois, ce ne sera plus le jeu d'un intérêt privé que l'auteur nous peindra; mais l'effroyable mouve- ment de la machine sociale, et les contrastes produits par les intérêts particuliers qui se mêlent à l'intérêt général. Jusque-là, l'auteur a montré les sentiments et la pensée en opposition constante avec la société, mais dans les Scènes de lu Vie poli- tique, il montrera la pensée devant une force organisatrice, et le sentiment com- plètement aboli. Là donc, les situations offriront un comique et un tragique gran- dioses. Les personnages ont derrière eux un peuple et une monarchie en présence ; ils symbolisent en eux le passé, l'avenir ou ses transitions, et luttent non plus avec des individus, mais avec des affections personnifiées, avec les résistances du moment représentées par des hommes. Les Scènes de la vie militaire sont la conséquence des Scènes de la Vie politique. Les nations ont des intérêts, ces intérêts se for- mulent chez quelques hommes privilégiés, destinés à conduire les masses, et ces hommes qui stipulent pour elles, les mettent en mouvement. Les Scènes de la Vie militaire sont donc destinées à peindre dans ses principaux traits la vie des masses on marche pour se combattre. Ce ne seront plus les vues d'intérieur prises dans les villes, mais la pointure d'un pays tout entier; ce ne seront plus les mœurs d'un individu, mais celles d'une armée; ce ne sera plus un appartement, mais nu champ de bataille; non plus la lutte étroite d'un homme avec un homme, d'un homme avec une femme ou de deux femmes entre elles, mais le choc do la France el de l'Europe, ou le trône des Bourbons que veulent relever dans la Vendée quelques hommes généreux, ou l'émigration aux prises avec la République dans la Bretagne, deux convictions qui se permettent tout, comme autrefois les catholiques et les protestants. Enfin ce sera la nation tantôt triomphante et tantôt vaincue. Iprès les étourdissants tableaux de cette série, viendront les peintures pleines de calme de la Vie de campagne. On retrouvera, dans les Scènes dont elles se composeront, les hommes froissés par le monde, par les révolutions, à moitié brisés par les fatigues de la guerre, dégoûtés de la politique. Là donc le repos après le mouvement, les paysages après les intérieurs, les douces et uniformes occupations de la vie des champs après le tracas de Paris, les cicatrices après les blessures; mais aussi les. mêmes intérêts, la même lutte, quoique affaiblie par le défaut do contact, comme les passions se trouvent adoucies dans la solitude. Cette, dernière partie de l'œuvre sera comme le soir après une journée bien remplie, le soir d'un jour chaud, le soir avec ses teintes solennelles, ses reflets bruns, ses nuages colorés, ses éclairs de cha- leur et ses coups de tonnerre étouffés. Les idées religieuses, la vraie philanthropie, la vertu sans emphase, les résignations s'y montrent dans toute leur puissance accompagnées de leurs poésies, comme une prière avant le coucher do la famille. Partout les cheveux blaurs de la vieillesse expérimentée s'j mêlent aux blondes touffes de l'enfance. Les larges oppositions de cette magnifique partie avec les précédentes, ne seront comprises que quand les Études de mœurs seront termi- nées.

�� � Pour qui veut embrasser dans toutes ses conséquences le thème de chaque série, dont nous venons de dessiner les masses principales; pour qui sait en deviner les variations, en comprendre l’importance, en voir les mille figures, sans même considérer le lien qui les fera toutes converger vers un centre lumineux, n’y a-t-il pas de quoi nier le monument et douter de l’architecte? Aussi les doutes ne manquent-ils point. Aussi avons-nous entendu prédire le découragement de l’auteur, et lui pronostiquer des revers, des insuccès par des envieux qui les prépareraient, s’ils en avaient le pouvoir. Nous lisons chaque jour les assertions les plus erronées et sur l’homme et sur ses efforts. L’un de nos critiques les plus émouvants accuse M. de Balzac de rêver des séries fantastiques de volumes qu’il n’écrira jamais, tandis qu’un autre lui demande sérieusement où l’on ira se loger s’il continue son système de publication. Enfin, il nous a été railleusement reproché de prêter notre plume à un écrivain qui, faute de temps, ne peut ni s’expliquer lui-même, ni réfu- ter la critique. Notre projet est trop honorable pour que nous l’abandonnions. Ce n’est pas notre faute si les mœurs littéraires de cette époque sont telles, qu’il y ait du courage à plaider une cause gagnée, sans avoir d’autre peine que celle de dire la vérité. Des six portions de la première partie d’une œuvre, qu’on peut à bon droit nommer gigantesque, trois sont achevées déjà. Quant aux trois autres, nous pou- vons, sans nuire à aucun intérêt, montrer combien elles sont avancées. Les Conver- sations entre onze heures et minuit, dont un fragment a paru dans les Contes bruns, et qui ouvrent les Scènes de la Vie politique, sont achevées. Les Chouans, dont la seconde édition est presque épuisée, appartiennent, aussi bien que les Ven- déens, aux Scènes de la Vie militaire. Le titre de ces deux fragments indique assez qu’avant de montrer nos armées combattant au xix e siècle sous presque toutes les latitudes, l’auteur y a peint la guerre civile sous ses deux faces : la guerre civile, régulière, honorable dans les Vendéens; et, dans les Chouans, la guerre de partisans qui ne va pas sans crimes politiques ni sans pillage. La Bataille, annoncée déjà plusieurs fois, et dont la publication a été retardée par des scrupules pleins de modestie, ce livre connu do quelques amis, forme un des plus grands tableaux de cette série où abondent tant d’héroïques figures, tant d’incidents dramatiques consacrés par l’histoire, et que le romancier n’aurait jamais inventés aussi beaux qu’ils le sont. Les sympathies du public ont déjà, malgré les journaux, rendu justice au Médecin de campagne, la première des Scènes de la Vie de campagne. Le Lys dans la vallée, tableau où se retrouvent, à un degré peut-être supérieur, les qualités du Médecin de campagne, et qui dépend également de cette série, vase publier dans l’une de nos Revues. Cet aperçu des travaux de l’auteur laisse voir au public les Études de mœurs, aussi riches de tableaux gardés dans l’atelier du peintre que de tableaux exposés. Si donc l’étendue de l’œuvre paraît immense, l’auteur oppose une puissance, une énergie égales à la longueur et à la difficulté de son entreprise. Néanmoins M. de Balzac ne s’abuse point sur ses forces; s’il a ses moments de courage, il a ses moments de doute. 11 fallait ne pas le connaître pour l’accuser d’immodestie et d’exagération dans la croyance que tout homme doit avoir en soi- même quand il veut écrire. L’autour qui a condamné à l’oubli tous ses livres écrits avant le Dernier Chouan, et qui, désespéré de l’imperfection de cet ouvrage, a 50 HISTOIRE

passe plus d'une année à le recommencer sous le titre de les Chouans, cet auteur nous semble à l'abri du ridicule. Aussi la critique nous a-t-clle semblé par trop en venant reprocher à l'écrivain ses premières ébauches. N'y aurait-il pas quelque chose de ridicule à opposer aux créations actuelles de Léopold Robert, de Schnetz, de Gudin et de Delacroix, les yeux et les oreilles qu'ils ont dessinés dans l'école sur leur premier vélin. Dans ce système, un grand écrivain serait comp- ilas thèmes et des versions qu'il aurait manques au collège, et la critique viendrait, jusque par-dessus son épaule, voir les bâtons qu'il a tracés autrefois sous les regards de son premier magister. L'injustice de la critique a rendu ces misé- rables détails d'autant plus nécessaires, que M. de Balzac ne répond que par des progrès, aux insinuations perfides, aux mauvaises plaisanteries, aux calomnies doucereuses, dont il est l'objet, comme le sera tout homme qui voudra s'élever au- dessus de la masse. A peine a-t-il le temps de créer, comment aurait-il celui de discuter? Le critique, empressé de lui reprocher des jactances dans lesquelles un esprit moins partial aurait reconnu les plaisanteries faites entre les quatre murs de la vie privée, craignait que l'incessante attention avec laquelle M. de Balzac cor- ses ouvrages n'en altérât la valeur. Comment concilier le reproche fait à l'amour-propre de l'homme, avec la bonne foi d'un auteur si jaloux do se perfec- tionner? Les Études de mœurs auraient été des espèces de Mille et une Nuits, de Mille et un Jours, de Mille et un Quarts d'heure, enfin une durable collection de contes, de nouvelles, de récits comme il en existe déjà, sans la pensée qui en unit toutes les parties les unes aux autres, sans la vaste trilogie que formeront les trois parties de l'œuvre complète. Nous devons l'unité de cette œuvre à une réflexion que M. de Balzac fit de bonne heure sur l'ensemble des œuvres de Walter Scott. Il nous la disait à nous-inème, en nous donnant des conseils sur le sens général qu'un écrivain serait tenu de faire exprimera ses travaux pour subsister dans la langue.— « Il ne suffit pas d'être un homme, il faut être un système, disait-il. \ i ilt lire a été une pensée aussi bien que Marius, et il a triomphé. Quoique grand, le barde écossais n'a fait qu'exposer un certain nombre de pierres habilement sculp- tées, où se voient d'admirables figures, où revit le génie de chaque époque, et dont presque toutes sont sublimes; mais où est le monument?s'ilse rencontre chez lui les séduisants effets d'une merveilleuse analyse, il y manque une synthèse. Son œuvre ressemble au Musée de la rue des Petits-Augustins où chaque chose, magnifique en elle-même, ne tient à rien, ne concorde à aucun édifice. Le génie n'est complet i(in' quand il joint, à la faculté de créer, la puissance de coordonner ses créations. Il ne suffit pas d'observer et de peindre, il faut encore peindre et observer dans un but quelconque. Le conteur du Nord avait un trop perçant coup d'œil pour que cette pensée no lui vînt pas, mais elle lui vint, certes trop tard. Si vous voulez vous implanter comme un cèdre ou comme un palmier dans notre littérature de sables mouvants, il s'agit donc d'être, dans un autre ordre d'idées, Walter Scott plus un archi' •■ te. Mais, sachez-le bien, aujourd'hui vivre en littérature, constitue moins une question de talent qu'une question de temps. Avant que vous soyez en communi- cation avec la partie saine du public qui pourra juger votre courageuse entreprise, il faudra boire à la coupe des angoisses pendant dix ans, dévorer des railleries,

�� � subir des injustices, car le scrutin où votent les gens éclaires, et d’où doit sortir votre nom glorifié, ne recevra les boules qu’une à une. »

M. de Balzac est parti de cette observation, qu’il a souvent répétée à ses amis pour réaliser lentement, pièce à pièce, ses Études de mœurs, qui ne sont rien de moins qu’une exacte représentation de la société dans tous ses effets. Son unité devait être le monde, l’homme n’était que le détail ; car il s’est proposé de le peindre dans toutes les situations de sa vie, de le décrire sous tous ses angles, de le saisir dans toutes ses phases, conséquent et inconséquent, ni complètement bon, ni com- plètement vicieux, en lutte avec les lois dans ses intérêts, en lutte avec les mœurs dans ses sentiments, logique ou grand par hasard; de montrer la société incessam- ment dissoute, incessamment recomposée, menaçante parce qu’elle est menacée; enfin d’arriver au dessin de son ensemble en en reconstruisant un à un les élé- ments. OEuvre souple et toute d’analyse, longue et patiente, qui devait être long- temps incomplète. Les habitudes de notre époque ne permettent plus à un auteur de suivre la ligne droite, d’aller de proche en proche, de rester dix ans inconnu, sans récompense ni salaire, et d’arriver un jour au milieu du cirque olympique, devant le siècle, en tenant à la main son poëme accompli, son histoire finie, et de recueillir, en un seul jour, le prix de vingt années de travaux ignorés, sans l’ache- ter deux fois en éprouvant, comme aujourd’hui, les railleries dont est accompagnée la vie politique ou littéraire la plus laborieuse comme si elle était un crime. Il lui fallait écouter patiemment un reproche d’immoralité, quand, après avoir raconté une scène de la vie de campagne, il passait brusquement à une scène de la vie parisienne: essuyer les observations d’une critique à courte vue, en se voyant accusé d’être illogique, de n’avoir ni plan ni style arrêtés, quand il était forcé d’aller en tous les sens avant d’avoir tracé ses premiers contours, de prendre tous les styles pour peindre une société si multiple en ses détails, et d’assouplir ses fabulations au gré des caprices d’une civilisation que gagne l’hypocrisie. L’homme était le détail parce qu’il était le moyen. Au xix e siècle, où rien ne différencie les positions, où le pair de France et le négociant, où l’artiste et le bourgeois, où l’étudiant et le militaire, ont un aspect en apparence uniforme, où rien n’est plus tranché, où les causes de comique et de tragique sont entièrement perdues, où les individualités disparaissent, où les types s’effacent, l’homme n’était en effet qu’une machine mobilisée par le jeu des sentiments au jeune âge, par l’intérêt et la passion dans l’âge mûr. Il ne fallait pas un médiocre coup d’œil pour aller chercher dans l’étude de l’avoué, dans le cabinet du notaire, au fond de la province, sous la tenture des boudoirs parisiens, ce drame que tout le monde demande, et qui, comme un serpent aux approches de l’hiver, va se cacher dans les sinuosités les plus obscures. Mais, comme nous l’avons dit ailleurs : « Ce drame avec ses passions et ses types. il est allé le chercher dans la famille, autour du foyer; et, fouillant sous ces enveloppes en apparence si uniformes et si calmes, il en a exhumé tout à coup des spécialités, des caractères tellement multiples et naturels en même temps, que chacun s’est demandé comment des choses si familières et si vraies étaient restées si longtemps inconnues. C’est que jamais romancier n’était entré avant lui aussi intimement dans cet examen de détails et de petits faits qui. interprétés 52 HISTOIRE

et choisis avec sagacité, groupés avec cet art et cette patience admirables des vieux faiseurs de mosaïques, composent un ensemble plein d'unité, d'originalité et de fraîcheur. » Autrefois, tout était en saillie; aujourd'hui, tout est en creux. L'art a changé. Dans le pays où l'hypocrisie de mœurs est arrivée à son plus haut degré, Walter Scott avait bien deviné cette modification sociale, quand il s'appli- quait à peindre les figures si vigoureusement modelées de l'ancien temps. M. de Balzac a trouvé la tâche plus difficile, mais non moins poétique, en peignant le nou- veau. Le grand avantage du romancier historique est de trouver des personnages, des costumes et des intérieurs qui séduisent par l'originalité que leur imprimaient les mœurs d'autrefois, où le paysan, le bourgeois, l'artisan, le soldat, le magistrat, l'homme d'Église, le noble et le prince avaient des existences définies et pleines de relief. Mais combien de peines attendraient l'historien d'aujourd'hui, s'il voulait faire ressortir les imperceptibles différences de nos habitations et de nos intérieurs, auxqu sis la mode, l'égalité des fortunes, le ton de l'époque, tendent à donner la même physionomie, pour aller saisir en quoi les figures et les actions de ces hommes que la société jette tous dans le même moule sont plus ou moins originales. Mais qu'on nous permette cette redite : « A travers les physionomies pâles et effa- cées de la noblesse, de la bourgeoisie et du peuple de notre époque, M. de Balzac à su choisir ces traits fugitifs, ces nuances délicates, ces finesses imperceptibles aux yeux vulgaires; il a creusé ces habitudes, anatomisé ces gestes, scruté ces regards, ces inflexions de voix et de visage, qui ne disaient rien ou disaient la même chose à tous; et sa galerie de portraits s'est déroulée féconde, inépuisable, toujours plus complète. » M. de Balzac n'oublie jamais en effet dans la plus suc- cincte comme dans la plus étendue de ses peintures, ni la physionomie d'un person- nage, ni les plis de ses vêtements, ni sa maison, ni même le meuble auquel son béros a plus spécialement communiqué sa pensée. Certes on peut dire de lui qu'il a fait marcher les maximes de la Bochefoucauld, qu'il a donné la vie aux observa- tions de Lavater en les appliquant. Il a su le parti qu'on pouvait tirer du briç-à-brac et des haillons, du langage d'un portier, du geste d'un artisan, de la manière dont un industriel s'appuie contre la porte de son magasin, aussi bien que des moments les plus solennels de la vie, et des plus imperceptibles finesses du cœur. On ne peut pas comprendre comment il a pu connaître la pauvre demeure de la Mère aux enfants où s'introduit le commandant Genestas, en quels lieux il a rencontré Butir fer, le pâtre révolté contre les lois dans la campagne, et Vautrin, l'homme qui se joue de la civilisation entière, la pétrit au cœur même de Paris, et la domine au fond du bagne; en quel temps il a étudié le village et le château, la petite et la grande ville, le peuple, la bourgeoisie et les grands, l'homme et la femme; car ne lui a-t-il pas fallu tout apprendre, tout voir et ne rien oublier; savoir toutos Les difficultés qu'on éprouve â faire le bien et toutes les facilités que l'on a pour (aire le mal? Mais quand a-t-il habité la petite ville où s'est passée la lutte qu'il a

i Fragment d'histoire générale? Comment a-t-il pu ôtro â la fois

clerc d'avoué, pour si bien peindre l'étude de Derville, et notaire, pour dessiner les notaires qu'il B mis en scène, tous originaux; et celui qui s'écouta parler dans la dta, comme celui qui, dans le Doigt de Dieu, trouble le bonheur de deux

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amants en croyant qu'on l'écoute; le M. Rcgnault de la Grande Bretèche, ce cousin du petit notaire de Sterne, comme le maître Pierquin de Douai, dans la Recherche de l'absolu? Comment a-t-il pu se faire parfumeur avec le César Uirotteau des Études philosophiques, et vicaire à Saint-Gatien de Tours avec le Birotteaa des Études de mœurs, cette sublime victime de Troubert? Comment a-t-il pu être habitant de Saumur et de Douai, chouan à Fougères et vieille fille à Issoudun? Certes nul auteur n'a mieux su se faire bourgeois avec les bourgeois, ouvrier avec les ouvriers ; nul n'a mieux lu dans la pensée de Rastignac, ce type du jeune homme sans argent; n'a mieux su sonder le cœur de la duchesse aimante et hautaine comme dans Ne touchez pas à la hache, et celui de la bourgeoise qui a trouvé le bonheur dans le mariage, madame Jules, l'héroïne de Ferragus, chef des dévorants. Il a non-seulement pénétré les mystères de la vie humble et douce que l'on mène en province, mais il a jeté dans cette peinture monotone assez d'intérêt pour faire accepter les figures qu'il y place. Enfin, il a le secret de toutes les industries, il est homme de science avec le savant, avare avec Grandet, escompteur avec Gobseck, il semble qu'il ait toujours vécu avec les vieux émigrés rentrés, avec le militaire sans pension, avec le négociant de la rue Saint-Denis. Mais ne serait-ce pas une fausse idée que de croire à tant d'expérience chez un aussi jeune homme. Le temps lui aurait manqué. S'il a pu rencontrer M. de Maulincourt, l'officier fashionable de la Restauration, auprès de M. de Monlriveau, le militaire de l'Empire, qui lui a révélé Chabert, Hulot, Gondrin, La-Clef-des-Cœurs et Beaupied, deux soldats de Charlet, et Merle, Genestas, M. de Verdun, M. d'Aiglemont, Diard, Montefiore, Goguelat, le narrateur de la vie de Napoléon; Castanier, dans Melmoth réconcilié, Philippe de Sucy, dans Adieu, ces figures guerrières si diversement originales et qui promettent tant d'exactitude dans la peinture de la vie militaire? Non, M. de Balzac doit procéder par intuition, cet attribut le plus rare de l'esprit humain. Cependant ne faut-il pas avoir souffert aussi, pour si bien peindre la souffrance? ne faut-il pas avoir longtemps estimé les forces de la société et les forces de la pensée individuelle, pour en si bien peindre le combat? Ce dont il faut lui savoir surtout gré, c'est de donner de l'éclat à la vertu, d'atténuer les couleurs du vice de se faire comprendre de l'homme politique aussi bien que du philosophe en se mettant, à la portée des intelligences médiocres, et d'intéresser tout le monde en restant fidèle au vrai. Mais quelle tâche d'être vrai chez la Fosseuse, et vrai chez madame de Langeais; vrai dans la maison Vanquer, et chez Sophie Gamard: vrai rue du Tourniquet, chez la pauvre ouvrière en dentelle, et rue Taitbout, chez mademoiselle de Bellefeuille ; vrai rue Saint-Denis, au Chat-qui-pelote, et chez la duchesse de Carigliano; vrai chez Derville, avoué du comte Chabert, et chez le nourrisseur; vrai en peignant le ménage d'une fille des rues, aussi bien que dans la chaumière de Galope-chopine, où grandit en un moment Barbette, sa femme, la sublime Bretonne; vrai sur la place du Carrousel en peignant la dernière parade de l'empereur; vrai chez les Claes et chez la veuve Gruget; enfin vrai dans l'hôtel de Beauséant et dans le pavillon où pleure la Femme abandonnée. Mais vrai dans l'in- térieur comme dans la physionomie, dans le discours comme dans le costume. La petite maîtresse la plus exigeante, la duchesse la plus moqueuse, la bourgeoise la

�� � plus minutieuse, la grisette, la femme de province, ne trouvent pas la moindre faute dans leurs toilettes. A madame de Langeais, sa gracieuse écharpe qu’elle jettera dans le feu ; à lady Brandon, sa ceinture grise et tout le deuil exprimé dans sa mise; à madame Guillaume, ses manches et ses barbes; à Ida Gruget, son cfaàle Ternaux qui ne tient plus qu’aux poignets, et à sa mère ce sac encyclopé- dique si risible; à madame Vauquer, son jupon de laine tricotée qui dépasse la robe ; à mademoiselle Michonneau. son abat-jour et son châle d’amadou ; à Sophie Gamard, ses robes de couleurs dévotes; à madame d’Aiglemont, la délicieuse héroïne du Hendez-Yous, sa jolie robe du matin. Relisez cette œuvre kaléidosco- pique. vous n’y trouverez ni deux robes pareilles, ni deux têtes semblables. Quelles études, pour avoir pu exposer en peu de mots l’un des plus ardus problèmes de la chimie moderne dans la Recherche de l’absolu, la nosographie du père Goriot expirant, les difficultés du procès de Chabert, dans la Comtesse à deux maris, et la civilisation progressive d’un village dans le Médecin de campagne? Enfin, n’a-t-il pas fallu tout savoir du monde, des arts et des sciences, pour avoir entrepris de configurer la société avec ses principes organiques et dissolvants, ses puissances et ses misères, ses différentes morales et ses infamies? Ce n’était rien que de tout savoir, il fallait exécuter; ce n’était rien que de penser, il fallait incessamment produire; et ce n’était rien que de produire, il fallait constamment plaire. Pour faire accepter à notre époque sa figure dans un vaste miroir, il fallait, lui donner des ances. L’écrivain devait donc se montrer consolateur quand le monde était cruel, ne pas mêler de honte à nos rires, et jeter du baume dans notre rieur après avoir excité nos l ormes. Enfin il ne fallait jamais renvoyer le spectateur du théâtre sans une pensée heureuse, laisser croire que l’homme était hou après nous l’avoir peint mauvais, et grand lorsqu’il était petit; placer Juana de Mamini à côté de Diard, dessiner la figure de mademoiselle de Yerneuil dans les Chouans, et celle Se mademoiselle Michonneau dans le Père Goriot, deux personnages identiques, dont l’un est tout poésie, et l’autre tout réalité; l’un magnifique et possible, l’autre vrai mais horrible; il fallait mettre Hulot face à face avec Corentin; puis le colonel i habert devant sa femme, Marguerite Claes en présence de son père, Nanon près du père Grandet, la divine Henriette de Lenoncourt auprès de M. de Mort sauf en son ji Clochegourde, dans le Lys dans la vallée: peindre mademoiselle

Corm m dans / 1 Vieille Fille) aux prises avec .1/. de Sponde; puis Eugénie victime de Charles Grandet, el Benassis dans son village. 11 fallait enfin découvrir dans l’unité de la vertu quelques ressources littéraires, et ce n’est pas, auprès des esprits supérieurs, un léger mérite que de les avoir trouvées dans les déviations involonque lui imprime le sentiment? En effet, si la duchesse de Langeais, madame de Beausèanl, madame de Sponde, Eugénie Grandet, madame de Morlsauf, la I euse, madame Firmiani, Nanon, Itenassis, Chabert, Gondrin, César et Birotteau madame Claes, Juana de Mancini, sont aussi dissemblables que peuvent l’êt nous distinctes, elles sont certes toutes marquées du

même sceau, celui du sentiment égarant un moment la vertu. 11 fallait donc connaître aussi bien la femme que l’homme, faire voir que l’une n’est jamais fautive que par passion, tandis que l’autre pèche toujours par calcul, et ne se grandit qu’en DES OEUVRES DE BALZAC. 55

imitant la femme. Mais aussi comme M. dû Balzac a deviné la femme! Il a sondé tous les chastes et divins mystères de ces cœurs si souvent incompris. Quels trésors d'amour, de dévouement, de mélancolie il a puisés dans ces existences solitaires et dédaignées ! La surprise fut bien grande à l'apparition des Scènes de la Vie privée, quand on vit ces premières études de femme si profondes, si délicates, si exquises, telles enfin qu'elles semblèrent ce qu'elles étaient, une découverte, et commen- cèrent la réputation de l'auteur. Déjà pourtant il avait publié les Chouans, dont un personnage, Marie de Verneuil, avait prouvé sous quel point de vue nouveau il savait envisager la femme; mais l'heure de la justice n'était pas venue pour lui, et, quoique lents à se faire jour, les succès légitimes sont inévitables.

Pour compléter sa révélation de la femme, M. de Balzac avait à faire une étude parallèle, spéciale, et non moins pénétrante, celle de l'amour. La base était trouvée, la conséquence se produisit naturellement. L'auteur pénétra donc intimement dans les mystères de l'amour, dans tout ce qu'ils ont de voluptés choisies, de délica- tesses spiritualistes. Là encore, il s'ouvrit un nouveau monde. En mettant en œuvre ces précieux éléments, et sans que cette admirable psychologie de la femme et de l'amour ralentisse jamais dans ses récits la marche de l'action, il a trouvé l'art de rendre attachante la peinture la plus minutieuse du plus humble détail, d'in- téresser au développement scientifique le plus aride, et d'imposer des lignes aux impalpables hallucinations du mysticisme. Chez lui, le drame, comme la resplen- dissante lueur du soleil, domine tout; il éclaire, échauffe, anime les êtres, les objets, tous les recoins du site; ses ardents rayons percent les plus épaisses feuillées, y font tout éclore, frissonner, étinceler. Et quelle harmonie suave dans ses fonds de tableau ! Comme leurs teintes s'assortissent avec le clair-obscur des intérieurs, avec les tons de chair, et le caractère des physionomies qu'il y fait mouvoir ! Ses plus grands contrastes mêmes n'ont rien de heurté, parce qu'ils se rattachent à l'ensemble, en vertu de cette lumineuse logique qui, dans les spectacles de la nature, marie si doucement le bleu du ciel au vert des feuillages, à l'ocre des champs, aux lignes grises ou blanches de l'horizon. Aussi tous les genres de littérature et toutes les formes se sont-elles pressées sous sa plume, dont la fertilité confond parce qu'elle n'exclut ni l'exactitude, ni l'observation, ni les travaux nocturnes d'un style plein de grâces raciniennes. L'esprit s'étonne de la concentration de tant de qualités, car M. de Balzac excelle en tout, et il le devait, puisqu'il voulait peindre les maisons et les intérieurs, les portraits et le costume, les replis du cœur et les aberrations de l'esprit, la science et le mysticisme, l'homme dans ses rapports avec les choses et avec la nature. Aussi est-il grand paysagiste. Sa vallée du Dauphiné dans le Médecin de campagne, les belles vues de Bretagne qui ornent les Chouans, ses paysages de Touraine, et particulièrement celui de Vouvray dans Même histoire ; la grande esquisse de la Norvège dans Séraphita, celle d'une île de la Méditerranée dans JVe touchez pas à la hache, la jolie marine des Deux Rencontres, son coin de l'Au- vergne dans la Peau de chagrin, et la vue de Paris dans le Doigt de Dieu, sont des morceaux éminents dans notre littérature moderne. Il possède également au plus haut degré le style épistolaire. En quel auteur rencontrera-t-on des lettres compa- rables à celles de Louis Lambert, de la Femme abandonnée, de madame Jules, à

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celles de madame de Rastignac et de sa fille dans le Père Goriot; à celle de madame Firmiani? Aussi nul mot n'avait-il encore reçu une extension plus vaste que celui de romans ou celui de nouvelles, sous lequel on a mêlé, rapetisse ses nombreuses compositions. Mais qu'on ne s'y trompe pas! A travers toutes les fon- dations qui se croisent ça et là dans un désordre apparent, les yeux intelligents sauront comme nous reconnaître cette grande histoire de l'homme et de la société que nous prépare M. de Balzac. Un grand pas a été fait dernièrement. En voyant reparaître dans le Père Goriot quelques-uns des personnages déjà créés, le public a compris l'une des plus hardies intentions de l'auteur, celle de donner la vie et le mouvement à tout un monde fictif dont les personnages subsisteront peut-être encore, alors que la plus grande partie des modèles seront morts et oubliés.

Dans les trois séries dont se compose la publication actuelle, l'auteur n'a-t-il pas déjà bien accompli les conditions du vaste programme que nous venons d'expli- quer? Étudions un peu les parties de l'édifice qui sont debout; pénétrons sous ces galeries ébauchées, sous ces voûtes demi-couvertes qui plus tard rendront des sons graves; examinons ces ciselures qu'un patient burin a empreintes de jeunesse, ces figures pleines de vie et qui laissent deviner tant de choses sous leurs visages frêles en apparence.

Dans le Bal de Sceaux, nous voyons poindre le premier mécompte, la première erreur, le premier deuil secret de cet âge qui succède à l'adolescence. Paris, la cour et les complaisances de toute une famille ont gâté mademoiselle de Fontaine; cette jeune fille commence à raisonner la vie, elle comprime les battements instinc- tifs de son cœur, lorsqu'elle ne croit plus trouver dans l'homme qu'elle aimait les avantages du mariage aristocratique qu'elle a rêvé. Cette lutte du cœur et de l'orgueil, qui se reproduit si fréquemment de nos jours, a fourni à M. de Balzac une de ses peintures les plus vraies. Cette scène offre une physionomie franchement accusée et qui exprime une des individualités les plus caractéristiques de l'époque. M- de Fontaine, ce Vendéen sévère et loyal que Louis XVIII s'amuse à séduire, représente admirablement cette portion du parti royaliste qui se résignait à être de son époque en s'étalant au budget. Cette scène apprend toute la Restauration, dont l'auteur donne un croquis à la fois plein de bonhomie, de sens et de malice. Après un malheur dent la vanité est le principe, voici, dans Gloire et Malheur, une, mésalliance entre un capricieux artiste et une jeune fille au cœur simple. Dans ces deux scènes, l'enseignement est également moral et sévère. Mademoiselle Emilie de Fontaine et mademoiselle Guillaume sont toutes deux malheureuses pour avoir méconnu l'expérience paternelle, l'une en fuyant une mésalliance aristocratique, l'autre en ignorant les convenances do l'esprit. Ainsi que l'orgueil, la poésie a sa victime aussi. N'est-ce pas quelque chose de touchant et de bien triste à la fois, que ces amours de deux natures si diverses; de ce peintre qui revient de Rome tout pénétré des angéliques créations de Raphaël, qui croit \ oir sourire une Madone, au fond d'un magasin de la rue Saint-Denis; et de cette jeune fille, humble, can- dide, qui se soumet, frémissante et ravie, à la poésie qu'elle comprend peut-être d'instinct, mais qui doit bientôt l'éblouir et la consumer? Le refroidissement suc- cessif de l'àmc du poète, son étonnement, son dépit en reconnaissant qu'il s'est

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trompe, son mépris ingrat et pourtant excusable, pour l'être simple et inintelligent qu'il a attaché à sa destinée, et qui lui alourdit cruellement l'existence; ses sursauts de colère lorsque la naïve jeune femme, placée en face d'une fougueuse création de son mari, ne trouve pour répondre à son orgueilleuse interrogation que ces mots bourgeois : « C'est bien joli ! » les souffrances cachées et muettes de la douce victime, tout est saisissant et vrai. Ce drame se voit chaque jour dans notre société, si maladroitement organisée où l'éducation des femmes est si puérile, où le sentiment de l'art est une chose tout exceptionnelle. Dans la Vendetta, l'auteur poursuit son large enseignement, tout en continuant la jolie fresque des Scènes de la Vie privée. Rien de plus gracieux que la peinture de l'atelier de M. Servin; mais aussi rien de plus terrible que la lutte de Ginevra et de son père. Cette étude est une des plus magnifiques et des plus poignantes. Quelle richesse dans ce contraste de deux volontés également puissantes, acharnées à rendre leur malheur complet ! Le père est comptable à Dieu de ce malheur. Ne l'a-t-il pas causé par la funeste éducation donnée à sa fille, dont il a trop développé la force? La fille est coupable de désobéissance, quoique la loi soit pour elle. Ici, l'auteur a montré qu'un enfant avait tort de se marier en faisant les actes respectueux prescrits par le Code. Il est d'accord avec les mœurs contre un article de loi rarement appliqué. En vérité, quand on parcourt ces premières compositions de M. de Balzac, on se demande comment on peut le taxer d'immoralité. Des figures vicieuses se rencontrent sous ses pinceaux, il est vrai ; mais ne dirait-on pas que le Vice n'existe plus au xix e siè- cle? La critique, sous peine d'être stupide, peut-elle oublier la première loi de la littérature, ignorer la nécessité des contrastes? Si l'auteur est tenu de peindre le vice, et il le peint poétiquement pour le faire accepter, s'il le met au ton général de ses tableaux, doit-on en tirer les conséquences injustes que certaines feuilles répètent aujourd'hui à l'unisson? Est-il loyal d'isoler quelques parties de l'ensemble, et de porter ensuite sur l'auteur un de ces jugements spécieux qui n'abuseront jamais les gens de bonne foi? Certes, quand un écrivain veut configurer toute une époque, quand il s'intitule l'historien des mœurs du xix e siècle, et que le public lui confirme le titre qu'il a pris , il ne peut, quoi qu'en dise la pruderie, faire un choix entre le beau et le laid, le moral et le vicieux ; séparer l'ivraie du bon grain, les femmes amoureuses et tendres des femmes vertueuses et rigides. Il doit, sous peine d'inexactitude et de mensonge, dire tout ce qui est, montrer tout ce qu'il voit. Attendez, pour établir une balance, que l'œuvre soit achevée, et alors, quoi qu'il advienne, n'attribuez l'honneur du plus ou du moins qu'à ses modèles, à moins que ses portraits ne soient pas ressemblants, ce que personne, j'imagine, n'a trouvé j usque aujourd'hui. Si tout est vrai, ce n'est pas l'ouvrage qui peut être immoral. Quant au droit que s'arroge le peintre de gourmander son siècle, d'en accuser les vices, d'en sonder le cœur, il est écrit sur toutes les chaires où montent les prédicateurs. La Fleur-des-pois, que l'auteur doit publier incessamment, est encore une histoire vraie, jumelle d'Eugénie Grandet. Là, le cadre est la province. Mademoiselle Cor- mon, cette fille qui se marie à quarante ans avec un fat, ses malheurs, l'avenir de ses enfants, composent un drame aussi terrible par ce que l'auteur dit, que par ce qu'il tait. Ce sera le second chant d'un poëme commencé dans Eugénie Grandet, et

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qu^ l'auteur finira sans doute. Mais à cette fleur odorante et fine nous devons laisser et l'exquise fraîcheur de son arôme, et son velouté. La Pair du Ménage est un joli croquis, une vue de l'Empire, un conseil donné aux femmes d'être indul- gentes pour les erreurs de leur mari. Cette scène est la plus faible de toutes et se ressent de la petitesse du cadre primitivement adopte. Si l'auteur l'a laissée, peut- être a-t-il cru nécessaire de plaire à tous les esprits, à ceux qui aiment les tableaux de chevalet, comme à ceux qui se passionnent pour île grandes toiles. Une des créations les plus profondément étudiées de M. de Balzac, une de celles qui, avec Louis Lambert, le Médecin de campayne et Séraphita, ont voulu chez l'auteur le plus de recherches en dehors des travaux ordinaires du romancier, est fiait hazar Claes on la Recherche de l'absolu. Si cette oeuvre n'a pas reçu du public un accueil aussi passionné qu'une foule d'autres qui lui sont inférieures à quelques égards, peut-être la raison de ce dédain momentané vient-elle de la supériorité même de l'œuvre et de la perfidie de certains critiques. Quelques-uns ont cru, d'autres ont répété que les travaux de Balthàzar Claes aboutissaient à la recherche de la pierre philosophale : et partout on a dit la même chose en d'autres termes. Certes, si les critiques avaient lu avec quelque attention ce livre, qui en mérite beaucoup, ils auraient vu que le sublime Flamand est aussi supérieur aux anciens ou nouveaux alchimistes que les naturalistes de notre époque le sont à ceux du moyen âge. Si l'on disait à un romancier, à un poète (et le poëte, pour être complet, doit être le centre intelligent de toute chose, il doit résumer en lui les lumineuses synthèses de toutes les connaissances humaines), si l'on disait à un homme d'ima- gination, au moment où il aborde un sujet qui touche à ce que les sciences phj si- ques ont de plus élevé : « Prenez garde ! le poëme que vous rêvez sera incomplet si vous ne pénétrez les mystères les plus intimes de la physique et de la chimie ! » croyez-vous qu'il eût le courage de substituer à ses vaporeuses créations les calculs anlus et les nomenclatures infinies de la science, jusqu'à ce que le génie de la chimie et de la physique lui fut apparu dévoilé, nu, éclatant? S'il l'eût fait, il eût ét' ; sans doute un homme à part , un vrai poëte. Cette conquête difficile, M. de Balzac l'a tentée, et il a réussi; car il est doué d'une de ces volontés énergiques et opiniâtres qui sont la première condition des succès. 11 a demandé à la chimie ce qu'elle avait fait, jusqu'où elle était allée; il en a appris la langue; puis, s'élevant

d'un decesvigoui s coups d'aile de poëte qui font entrevoir les hauteurs immenses

que la science expérimentale gravit péniblement, il s'est armé d'une de ces éblouis- santes hypothèses qui, peut-être un jour, seront des vérités démontrées. Si l 'ana- lyse est aux savants, l'intuition est auxpoëtes. On a quelquefois reproché de l'exa- gération à M. de Balzac; on a dit que, tout en partant d'un principe vrai, il en outrai! quelquefois l'expre îod ; mais n'oubliait-on pas que le propre de Part est de choisir les parti de la nature, les détails de la vérité, pour en faire un

tout homogène, un ensemble complet. Les critiques ont trouvé quelque chose de trop idéal dans les quatre individualités de ce roman : les hautes qualités du génie sont trop prodL Baltkazar, el les dévouements de sa fille aînée ont paru

trop magnifiques, trop continus. Existe-t-il ensuite des âmes aussi loyales, aussi candides que celle de l'amant de Marguerite, des bossues aussi séduisantes, aussi

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impériales que madame Claes? Cet excès de perfection ne serait un défaut que relativement à la vérité des mœurs. La mission de l'artiste est aussi de créer de grands types, et d'élever le beau jusqu'à l'idéal. Non moins que les études dont nous venons de parler, la Recherche de l'absolu est une protestation éloquente contre le reproche d'immoralité adressé à l'auteur, et sur lequel nous insistons obstinément parce que, depuis quelque temps, les critiques s'entendent pour res- sasser cette banalité convenue. Quelques personnes ont regretté que les scènes réunies tout récemment sous le titre commun de Même histoire, n'aient entre elles d'autre lien qu'une pensée philosophique. Quoique l'auteur ait suffisamment expli- qué ses intentions dans la préface, nous partageons ce regret à quelques égards. En effet, dans une œuvre d'imagination, quelque élevée qu'elle soit, l'esprit n'est pas seulement intéressé, et il ne suffit pas que l'on y trouve une succession d'idées bien logique, une fraternité de principes bien sentie; le cœur et l'imagination veulent aussi leur part; ils renoncent avec peine à l'attachement qu'un personnage leur avait inspiré ; ils se refroidissent quand ils en voient fréquemment revenir de nouveaux ; et, pour reconnaître la même héroïne dans chaque chapitre, il faut en quelque sorte avoir lu tout le livre. Si cette forme a de la poésie, elle a ses dangers ; l'auteur risque d'être incompris. Mais, en aucune partie de son œuvre, M. de Balzac n'a été ni plus hardi, ni plus complet. Le Rendez-vous est un de ces sujets impossibles dont lui seul pouvait se charger, et dans lequel il a été poëte au plus haut degré. Si l'influence de la pensée et des sentiments a été démontrée, n'est-ce pas dans la peinture de ce ravissant paysage de Touraine, vu par Julie d'Aiglemont, à deux reprises différentes? Quel chef-d'œuvre que le tableau de cette jeune femme insou- ciante, qui n'a trouvé que des souffrances dans le mariage, et qui ne voit rien de beau dans la Touraine, tandis que plus tard elle y respire le bonheur en la revoyant au milieu des enchantements d'un amour qui ne se révèle que pour disparaître ! Les Souffrances inconnues sont une œuvre désespérante. Jamais aucun auteur n'avait osé plonger son scalpel dans le sentiment de la maternité. Ce passage de l'œuvre est un gouffre où tombe une femme en jetant un dernier cri. La Femme de trente ans n'a plus rien de commun avec la mère que la soif du bonheur, que l'égoïsme et ce je ne sais quel arrêt porté sur le monde ont tuée à Saint-Lange. Là est le point brillant de l'œuvre. Quelle adresse d'avoir entouré ce désespoir des lignes sombres et jaunes d'un paysage du Gàtinais ! Cette transition est un poëme empreint d'une horrible mélancolie. La conclusion s'en trouve dans l'Expiation, l'un des plus grands tableaux de cette œuvre pour qui veut reconnaître madame d'Aiglemont dans madame de Ballon, laquelle voit par sa faute l'inceste dans sa famille et sa punition sortir du cœur de son enfant le plus chéri. Ceux qui deman- dent de la morale à l'auteur peuvent relire ce nouveau quatrième volume des Scènes de la Vie privée, ils se tairont.

A la tête des Scènes de la Vie de province se place Eugénie Grandet. « Il s'en faut de bien peu, a dit un critique ingénieux, mais quelquefois sévère jusqu'à l'in- justice, que cette charmante histoire ne soit un chef-d'œuvre, oui, un chef-d'œuvre qui se classerait à côté de tout ce qu'il y a de mieux et de plus délicat dans les romans en un volume. Il ne faudrait pour cela que des suppressions en lieu oppor-

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tun, quelques allégements de description, diminuer un peu vers la fin l'or du père Grandet et les millions qu'il déplace et remue dans la liquidation des affaires de son frère : quand ce désastre de famille l'appauvrirait un peu, la vraisemblance générale ne ferait qu'y gagner. » Nous passons volontiers condamnation sur ces imperfections de détail qu'un œil un peu bienveillant n'eût point remarquées, sur- tout quand il s'agit d'un écrivain dont la plume ne s'est jamais trouvée paresseuse aux corrections utiles; nous aimons mieux constater un fait que le public en masse a reconnu, le public qui d'ordinaire n'a de préventions ni bostiles ni favorables, et sait toujours à merveille où il place ses affections. Eugénie Grandet a imprime le cachet à la révolution que M. de Balzac a portée dans le roman. Là s'est accomplie la conquête de la vérité absolue dans l'art; là est le drame appliqué aux choses les plus simples de la vie privée. C'est une succession de petites causes qui produit des effets puissants, c'est la fusion terrible du trivial et du sublime, du pathétique et du grotesque ; enfin, c'est la vie telle qu'elle est, et le roman tel qu'il doit être. Les Célibataires, nous l'avons dit, sont une des œuvres les plus caractéristiques de l'auteur. Là ne se rencontre aucun des éléments indispensables aux romanciers or- dinaires ; ni amour ni mariage; peu ou point d'événements; et cependant le drame y est animé, mouvant, fortement noué. Cette lutte sourde, tortueuse des petits intérêts de deux prêtres, intéresse tout autant que les conflits les plus pathétiques de passions ou d'empires. C'est là le grand secret de M. de Balzac : rien n'est petit sous sa plume, il élève, il dramatise les trivialités les plus humbles d'un sujet. Le critique dont nous avons déjà parlé faisait allusion sans doute à cette face de son talent en disant : « M. de Balzac a un sentiment de la vie privée très-profond, et qui va souvent jusqu'à la minutie du détail ; il sait vous émouvoir et vous faire pal- piter dès l'abord, rien qu'à vous décrire une allée, une salle à manger, un ameuble- ment. Il a une multitude de remarques rapides sur les vieilles filles, les vieilles femmes étiolées et malades, les amantes sacrifiées et dévouées, les célibataires, les avares. On se demande où il a pu. avec son train d'imagination pétulante, discerner, amasser tout cela. » Nous-mèmc, nous avions cherché longtemps auparavant à lui rendre cette justice en nous exprimant ainsi : « Souvent, M. de Balzac n'a encore décrit que l'intérieur d'une cuisine, d'une arrière-boutique, d'une chambre à coucher, que sais-jc? et déjà l'intérêt arrive, le drame palpite, l'action est enta-

de l'arrangement de ces meubles, de la disposition de ces intérieurs et de

leur minutieuse description, s'exhale une révélation lumineuse du caractère de ceux qui les habitent, de leurs passions, de leurs intérêts dominants, de toute leur vie en un mot. Les Allemands et les Anglais, déjà si excellents dans ce genre, ont été complètement surpassés par M. de lialzac, qui n'a, en France, ni maître ni égal. « Le Message, la Femme abandonnée et la Grenadière sont une divine tri- logie des souffrances de la femme supérieure, et suffiraient à assurer la réputation d'un écrivain. Dans les trois chants fraternels de ce poëme exquis, la femme est • aune hauteur qui la place d'autant mieux à côté des héroïnes do Richardson et de Rousseau, que les traits principaux en sont empruntés à une nature percep- tible pour tous. Ces trois individualités qui font un type unique, réalisent, non pas l'idéal de la vertu, M. de Balzac veut avant tout que ses créations tiennent à la

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réalité, mais l'idéal de la grâce, de l'élégance, des belles manières, de l'esprit le plus fin, de la sensibilité la plus pénétrante. L'Illustre Gaudissart est un portrait un peu chargé du commis voyageur, physionomie si essentiellement de notre époque, et qui, comme le dit l'auteur, relie à tout moment la province et Paris. Ces figures accessoires, qui touchent à la caricature, prouvent avec quel soin M. de Balzac cherche à compléter son œuvre. Ne nous doit-il pas la caricature comme le type, l'individualité comme l'idéal? La Grande Bretèche est une des plus fines esquisses de la vie de province. Le personnage de madame de Mère tient au système qui nous a valu madame de Beauséant et madame de Langeais. Ce drame est le plus terrible de tous ceux qu'a inventés l'auteur; il doit troubler le sommeil des femmes. Les Scènes de la Vie de province sont terminées par le Cabinet des antiques, fragment d'histoire générale, et Illusions perdues. Cette livraison étant entièrement inédite, nous respecterons les intérêts du libraire, en laissant appré- cier au lecteur comment M. de Balzac a complété son cadre. Aujourd'hui, malheu- reusement pour l'art, il est impossible de dégager la plus consciencieuse entreprise littéraire de la question pécuniaire qui étrangle la librairie et gêne ses rapports avec la jeune littérature. Les capitaux exigent des ouvrages tout faits, comme cet am- bassadeur anglais voulait acheter l'amour.

La Femme vertueuse ouvre les Scènes de la Vie parisienne. A cette étude, nous reprocherons son titre, qui est une ironie d'autant plus injuste qu'il existe, dans les œuvres de l'auteur, un grand nombre de femmes belles et pieuse;. Sa pré- tendue Femme vertueuse n'est qu'une prude revèche, intolérante et glaciale. Changez le titre, cette étude sera parfaite. Il n'y a pas moins do vérité dans le por- trait de la femme illégitime que dans celui de l'épouse fanatiquement orthodoxe. La veuve Crochard, mère de Caroline de Bellefeuille, est une des créations les plus extraordinaires de l'auteur. Cette vieille comparse de l'Opéra, qui laisse aller sa fille rue Taitbout, et se contente de demeurer loin d'elle au Marais, sans se dire sa mère afin de ne pas lui nuire, est une conception qui, malheureusement, ne peut être appréciée qu'à Paris ; elle est germaine du Père Goriot. Madame Crochard vend presque sa fille, tandis que Goriot est purement heureux du bonheur de la sienne. Pourquoi donc a-t-on admis la veuve Crochard, et blâmé Goriot? Paris respire tout entier dans cette scène où abondent les personnages et les intérieurs, celui de la maison rue du Tourniquet, celui du magistrat au Marais, et celui de la rue Teinture à Bayeux. Quel mouvement dans cette œuvre! quelle jeunesse de talent ! La mort de la veuve Crochard est un. tableau complet croqué en six pages. La Bourse est une de ces compositions attendrissantes et pures auxquelles excelle M. de Balzac, une page toute allemande qui tient à Paris par la description de l'appartement habité par une vieille femme ruinée, un de ses plus jolis tableaux de chevalet. Le vieil émigré suivi de son ombre, Adélaïde de Bouville et sa mère, sont des figures où le talent de M. do Balzac se retourne pour ainsi dire sur lui-même avec une souplesse inouïe. Ce tableau fait un contraste prodigieux entre la Femme vertueuse et le Papa Gobseck. En lisant Gobseck on est frappé de cette profondeur qui permet à M. de Balzac de deviner les différences qui séparent Gobseck, ce cou- sin de Shylock, et qui est l'avarice intelligente, puissante, haineuse, du père Grarx-

�� � 62 HISTOIRE

det qui est l'avarice dans son instinct, l'avarice pure. Là paraissent, pour la pre- mière fois, ces trois personnages, .1/. de Trailles, M- de Restaud et sa femme, Anas- tasie Goriot, qui produisent tant d'effet dans le Père Goriot. Là commence égale- ment le personnage de Derville, l'avoué du comte Chabert. Une phrase, un mot, un détail dans chaque œuvre, les lie ainsi les unes aux autres et prépare l'histoire de cette société fictive qui sera comme un inonde complet. Les Marana offrent trois i s, Diard, Juana de Mancini, et la Marana qui, lors de leur appa-

rition, ont le plus contribué à mettre l'auteur hors de ligne. L'Histoire de madame Diard est un de ces morceaux qui doivent faire rêver aussi bien les hommes que les femmes. Si Louis Lambert n'existait pas, cette œuvre, prodigieuse par le talent d'analyse qui s'y déploie, prouverait que M. de Balzac est aussi habile à la pein- ture métaphysique des sentiments que dans leur jeu dramatisé. Cette seconde par- tie des Marana, l'Histoire de madame Diard, esl bien supérieure comme idées à la première, qui se recommande par le mouvement et les image-; il semble que M. de Balzac ait pris plaisir à mettre deux systèmes littéraires en présence. Le dénoûment, si bien préparé, est un des plus beaux de l'auteur, qui en compte tant de parfaits, qu'il a conquis le droit de finir ses drames à la façon de Molière. comme il lui plaît. Toutes les qualités de M. de Balzac se trouvent richement repro- duites dans cette Histoire îles Treize, qui est à elle seule toute une épopée mo- derne, où la nouvelle Sodome apparaît avec sa face changeante, grimée, mesquine, terrible; avec son royal pouvoir, ses misères, ses vices et ses ravissante- excep- tions. La mystérieuse union des Treize et le pouvoir gigantesque qu'elle leur assure au milieu d'une société sans liens, sans principes, sans homogénéité, réalise tout ce qu'il est permis à notre époque de comprendre et d'accepter de fantastique. Bien isissant comme le contraste des chastes amours de monsieur et de madame Jules et de la ténébreuse et effrayante physionomie de Ferragus. Le terrible ne joue pas un moindre Pôle dans le deuxième épisode qui a pour titre : Ne touchez pas à la hache; on y remarque surtout un portrait achevé d'une sœur cadette de la Femme sans cœur, ce type de la coquette, ou, si vous l'aimez mieux, de la \ ie parisienne; mais auquel il a rendu toutes les saintetés de la femme, en la rendant à l'amour et à la religion. Madame de Langeais acceptant le cloître comme le seul iment possible de sa passion trompée, est un ressouvenir de mademoiselle de Montpensier, de la duchesse de la Vallière et des grandes figures féminines d'au- trefois. I. a Duchesse de Langeais estime œuvre tout aristocratique, qui ne peut être comprise qu'au faubourg Saint-Germain, dont M. de Balzac a été, dont il sera le Beul peintre. Dans la Fille an.c yeux d'or, troisième épisode de Y Histoire des Treize, et dan- Sarrasine, M. de Balzac a osé aborder la peinture de deux vices étranges, sans lesquels sa large vue de Paris n'eût pas été complète. Là. l'auteur s'est pris corps à corps avec la difficulté, et l'a vaincue. Il y a, dans la Fille aux ijeuxd'or, un boudoir vraiment féerique, mais décrit avec une telle exactitude, que, pour le peindre ainsi, l'auteur a dû l'avoir sous les yeux. Quoique vrai au fond, le carac- tère de Henry de Marsayesi exalté au delà du réel. Cette observation, également

applicable à Ferragus et au général de Montriveau, n'esl peint critique. Dans

les trois drames où elles figurent, ces trois individualités devaient être à la hau-

�� � teur do, l’idée; et c’est là, nous le répétons, que nous reprenons l’idéal. Madame Firmiani est encore une réponse à l’allégation qui a été faite contre la moralité de M. de Balzac. Aussi comprenons-nous la boutade légèrement impertinente que cette pudique levée de boucliers a suscitée tout récemment en lui, et qui nous a valu la spirituelle préface du Père Goriot. Nous ne répondons pas toutefois que ses rigides aristarques ne le prennent au mot, et ne prennent acte de cette déclaration moqueuse pour corroborer l’anathème qu’ils ont lancé contre lui. Le Lys dans la vallée, où M. de Balzac a, si promptement et avec un talent qui tient du prodige, réalisé la railleuse promesse faite dans sa préface, en peignant l’idéal de la vertu dans Henriette de Lenoncourt, la femme de M. de Mortsauf, nous semble une réponse doublement victorieuse. Maintenant, grâce aux changements heureux que l’auteur vient de faire subir à la Comtesse à deux maris, qui a paru dans un journal sous le titre de la Transaction, cette étude est une histoire irréprochable. On y remarque un type de l’avoué que la haute comédie adopterait à coup sûr, si nous avions aujourd’hui une haute comédie. La manière dont ce drame est conduit prouve avec quel éclat M. de Balzac paraîtrait au théâtre, si sa volonté n’était pas energiquement fixée ailleurs. Au théâtre aussi, certes, il ouvrirait une voie nouvelle; mais il s’est imposé une tâche immense, et veut l’accomplir jusqu’au bout. Il ne peut apporter un jour à la scène que le surplus des forces exorbitantes qui font de lui le plus rude athlète de notre littérature, mais aussi le plus inoffensif des écrivains. En effet, il ne juge personne, il n’attaque ni ses contemporains, ni leurs livres, il marche, comme l’a dit dernièrement un critique en rendant justice à son caractère, il marche seul, à l’écart, comme un paria, que la tyrannie de son talent a fait mettre au ban de la littérature. Sa conquête à lui est le vrai dans l’art. Pour arriver à cette conquête, toujours si difficile, aujourd’hui surtout que l’individualité disparaît dans les lettres comme dans les mœurs, il fallait être neuf. M. de Balzac a su l’être en ramassant tout ce que dédaignait la littérature au moment où elle faisait plus de théories que de livres. Il ne s’est jamais proclamé réformateur. Au lieu de crier sur les toits : « Ramenons l’art à la nature ! » il accomplissait laborieusement dans la solitude sa part de révolution littéraire, tandis que la plupart de nos écrivains se perdaient en des efforts infructueux, sans suite, ni portée. Chez beaucoup, en effet, une nature de convention succédait au faux convenu des classiques. Ainsi, en haine des formules, des généralités et de la froide, stéréotypie de l’ancienne école, ils ne s’attachaient qu’à certains détails d’individualité, à des spécialités de forme, à des originalités d’épiderme; en un mot, c’était une exagération substituée à une autre, et toujours du système. Ou bien, pour arriver au nouveau, d’autres faisaient des passions à leur usage, ils les arrangeaient et les développaient selon les caprices de leur poétique , s’ils évitaient le connu, ils rencontraient l’impossible. Ceux-ci partaient d’un principe vrai ; puis l’imagination les emportait sur ses ailes, et les livrait à des illusions d’optique à des verres grossissants, à des rayonnements prismatiques. Ils empâtaient un trait d’abord pur, anéantissaient les demi-teintes, jetaient çà et là les crudités, puis l’énergie, la passion, la poésie à pleines mains et produisaient une dramatique et grandiose caricature. Ceux-là abandonnaient les individualités, combinaient des symboles, effaCi HISTOIRE DES ŒUVRES DE BALZAC.

çaient les contours, et se perdaient dans les nuées de l'insaisissable, ou dans les puériles merveilles du pointillé. Complètement étranger à tout ce qui était coterie, convention, système, M. de Balzac introduisait dans l'art la vérité la plus naïve, la plus absolue. Observateur sagacc et profond, il épiait incessamment la nature; puis, lorsqu'il l'a eu surprise, il l'a examinée avec des précautions infinies, il- l'a regardée vivre et se mouvoir ; il a suivi le travail des fluides et de la pensée : il l'a décomposée, fibre à fibre, et n'a commencé à la reconstruire que lorsqu'il a ou deviné les plus imperceptibles mystères de sa vie organique et intellectuelle. En la recomposant par ce chaud galvanisme, par ces injections enchantées qui rendent la vie aux corps, il nous l'a montrée frémissant d'une animation nouvelle qui nous étonne et nous charme. Cette science n'excluait pas l'imagination. Aussi, loin qu'elle ait manqué à cette patiente élaboration, y a-t-elle déployé sa plus grande puissance : elle a su maîtriser ses écarts, s'asservir à ne donner aux organes de l'œuvre que la quantité de vie nécessaire : rien de moins, rien de plus. Ce travail doit être le plus difficultueux de tous, car d'ordinaire le principe vital est si mal réparti dans la foule des embryons littéraires de notre époque, que les uns ont tout dans la tête et les autres tout dans les jambes, rarement ont-ils un cœur ; tan- dis que, chez M. de Balzac, la vie procède surtout du cœur; il triomphe là où les autres périssent. Aussi, dans celles de ses œuvres que nous venons d'analyser, nulle fantaisie, nulle exagération, nul mensonge; ses portraits sont d'une scru- puleuse vérité; si vous n'avez déjà vu les originaux, vous les rencontrerez infailli- blement.

Qu'il marche donc, qu'il achève son œuvre, et ne retourne pas la tète aux cris envieux d'une critique dont la mesure, trop petite pour les beautés de l'ensemble, ne s'attache qu'à des imperfections de détail ! qu'il marche, il sait bien où il va. Ses premières conquêtes nous répondent de celles de l'avenir. Cet avenir ne se rapprcche-t-il donc pas, et pour son œuvre et pour lui? Déjà le public a compris l'importance des Études de mœurs et celle des Eludes philosophiques. Quand vien- dra la troisième partie de l'œuvre, les Etudes analytiques, la critique sera muette devant l'une des plus audacieuses constructions qu'un seul homme ait osé entre- prendre. Les esprits attentifs auront facilement reconnu les liens qui rattachent, les Études de mœurs aux Études philosophiques ; mais, s'il fallait, pour les gens superficiels, résumer par une seule réflexion le sens qui se dégage de tous ces effets sociaux, si complètement accusés et qui forment un terrain solide sur lequel l'au- teur assied l'examen de leurs causes, nous dirions que, peindre les sentiments, les passions, les intérêts, les calculs en guerre constante avec les institutions, les lois et les mœurs, c'est montrer l'homme en lutte avec sa pensée, et préparer magnifiquement le système des Etudes philosophiques, où M. de Balzac démontre les ravages de L'intelligence, et fait voir en elle le principe le plus dissolvant de l'homme en société : belle thèse dont nousavons expliqué déjà les poésies, et dont 1 Études analytiques contiendront la conclusion.

27 avril I83&.

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II

TOMES V à VIT, première partie, deuxième livre : Scènes de la Vie de province l , quatrième édition; 3 volumes in-8°, 1869, contiennent:

TOME PREMIER.

XXIX. Ursule Mirouët, daté de Paris, juin-juillet 18/(1. Dédié à mademoiselle Sophie Surville (nièce de l’auteur). Imprimé pour la première fois, avec sa date, dans le Messager du 25 août au 23 sep- tembre 1841, ce roman parut ensuite, avec sa dédicace datée de Paris,

1. Comme pour les Scènes de la Vie privée, nous donnons ici le contenu des éditions précédentes des Scènes de la Vie de province, revues et corrigées par l’auteur.

Première édition. Tomes V à VIII des Eludes de mœurs au xix« siècle, 4 volumes in-8", chez madame veuve Ch. Béchet et chez Werdet, 1834-1837. (Les tomes I et II mis en vente en décembre 1833 (datés 1834i chez madame Béchet, et les tomes III et IV en février 1837, chez Werdet). Contenant : Tome I er . Préface. Eugénie Grandet. —Tome II. Le Message. Les Célibataires (le curé de Tours). La Femme abandonnée. LaGrenadière. L’Illustre Gaudissart. — Tome III. Les Trois Vengeances (la Grande Bretèche). La Vieille Fille. — Tome IV. Préface. Illusions perdues (première partie, les Deux Poètes).

Deuxième édition. Deux volumes in-18, chez Charpentier, 1839.— Tome I. Les Célibataires (le Curé de Toursi. La Femme abandonnée. Illusions perdues (première partie, les Deux Poètes). —Tome IL La Vieille Fille. La Grenadière. Le Message. La Grande Bretèche ouïes Trois Vengeances. L’Illustre Gaudissart. Il faut y ajouter Eugénie Grandet, un volume in-18, chez le même éditeur, 1839.

Troisième édition. Tomes V à VIII, de la première édition de la Comédie humaine. Quatre volumes in-8°, chez Furne, Dubochet et Hetzel, 1843-1844. Contenant : — Tome 1(1843) Ursule Mirouët. Eugénie Grandet. Les Célibataires, 1. Pierrette (Lorrain). —Tome II (1843). Les Célibataires, 2. Le Curé de Tours. 3. Un Ménage de garçon en province (les Deux Frères). Les Parisiens en province, 1. L’Illustre Gaudissart, 2. La Muse du département (Dinah Piédefer). — Tome 111 (1844). Les Rivalités, 1: la Vieille Fille. 2; le Cabin,et des Antiques (les Rivalités de province). Le Lys dans la vallée. — Tome IV ( 1843). Illusions perdues, ; les Deux Poètes. 2; un Grand Homme de province à Paris. 3 ; Eve et David (David Séchard).

�� � 66

��HISTOIRE

��août 1841, en deux volumes in-8°, chez Souverain en 18V-2; ces deux versions étaient divisées en chapitres dont voici les titres :

��Ursule encore une fois orphe- line. Le testament du docteur. !.'■- deux adversaires. Les terribles malices de la

pn>\ ince.

La double vengeance.

Les apparitions.

Le duel.

Commenl il esl difficile de

voler ce qui semble le plus

volable.

��En 1843, il entra, toutes divisions de chapitres supprimées et rem- placées par deux parties : les Héritiers alarmés et la Succession Minaret, dans le tome 1 de la troisième édition îles Scènes de la Vie de province 'première édition de la Comédie humaine). Voir tome XXII, page 08/1, la préface de la première édition des Scènes de la Vie de province, parue en décembre 18.'S3.

XXX. Eugénie Grandet, daté de Paris, septembre 1833. Dédié à Maria. Ce roman parut inédit, sauf le début, avec préface datée de septembre is:;;j, et postface, datée d'octobre 1833 (voir tome XXII, page 385), dans le tome l de la première édition des Scènes de la Vie de province, 1834-1837. Il était alors divisé en sept chapitres dont voici les titres, et dont le premier avait paru dans l'Europe littéraire du 1!) septembre 1833; l'ouvrage n'y fut pas continué.

��1.

�Les héritiers alarmés.

�11

�2.

�L'oncle à succession.

� �3.

�Les amis du docteur.

�15

�i.

�Zélie.

�lf.

�5.

�Ursule.

�17

�6.

�Précis mu- le magnétisme.

� �7.

�La double conversion.

�1S

�8.

�La consultation.

�19

�9.

�La première confidence.

�10

�10.

�1. s Portenduère.

�-Jl

�11.

�Savinien sauvé.

� �12.

�Obstacles entre les amants.

� �i ;.

�Les fiançailles du cœur.

� ��1. Physionomies bourgeoises.

'1. Le cousin de Paris.

i. Amours de proi ince.
. 1*1-. . 1 1 é d'avare, serments

d'a:n

��5. Chagrins de famili (i. Ainsi va le monde. 7. Conclusion.

��La dédicace parut pour la première l'ois en tête de l'édition Char- r, un volume in-18, 1839. Dans le tome i de la troisième édi- tion des Scènes de la Vie >/<■ province (première édition de la- Comédie humaine), où Eugénie Grandet entra en 1843, toutes les divisions -ont supprimées et l'ouvrage porte pour la première fois sa date actuelle.

XXXI. /-' Lys 'Ions In vallée, daté de Paris, octobre 1835. Dédié,

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 67

��sous la même date, au docteur J.-B Nacquart; cette dédicace contient la variante que voici dans la première édition : « Cher docteur, voici Tune des pierres qui domineront dans la frise d'un édifice littéraire lentement et laborieusement construit, etc. » Ce roman, dont la publi- cation avait été commencée dans la Revue de Paris, n 09 de novembre et de décembre 1835, fut l'occasion d'un important procès dont on a pu lire les détails au tome XXII. L'ouvrage parut pour la première fois en volumes, daté de Paris, juin 1835 — juin 1836, deux tomes in-8", avec la dédicace, deux préfaces (datées, la première de Paris, juillet 1833, et la seconde de Paris, 2 juin 1836) et l'historique du procès, daté du lundi 30 mai, avec post-scriptum du vendredi 3 juin 1836 (voir tome XXII, page Zi28), chez Werdet, en juin 1836; ce précis avait paru d'abord dans le numéro de la Chronique de Paris portant la date du 2 juin, publié le L\. L'auteur ayant gagné son procès contre la Revue de Paris, ne lui livra pas la fin de l'ouvrage qui parut inédite, dans ces volumes. Il était alors divisé comme suit :

��Préfaces.

1. Envoide FélixVendenesseàNatalie

de Man cr ville.

2. Les deux enfances.

��3. Les premières amours.

4. Les deux femmes.

5. Réponse à l'envoi.

��L'envoi était daté d'abord du 8 août 1827, date qui a disparu depuis et qui précisait l'époque où se passe cette histoire. Les divisions ont aussi disparu aujourd'hui, sauf l'envoi et la réponse. La Revue de Paris avait publié seulement la première préface, l'envoi, le premier cha- pitre et la moitié environ du second, partie qui se termine avec la ligne 35 de la page 520 de l'édition définitive.

En 1839, Balzac écrivit une autre préface datée des Jardies, juin 1839, pour l'édition in-18 de cet ouvrage parue chez Charpentier (voir tome XXII, page 488), et enleva celles qu'il avait écrites d'abord. En 18M, ls Lys dans la vallée entra dans le tome III de la troisième édition des Scènes de la Vie de province (première édition de la Comé- die humaine, tome VII). On sait que Balzac passe pour avoir voulu reprendre dans cet ouvrage le thème de l'œuvre de Sainte-Beuve : Volupté.

Nous allons donner ici le curieux article que publia la Revue de Paris en juin 1836 lorsque le Lys dans la vallée eut paru complet en volume; on se rappelle que la Revue avait perdu le procès qu'elle avait intenté à M. de Balzac pour avoir le droit de publier la fin de l'ouvrage.

�� � FIN D’UNE HISTOIRE QUI NE DEVAIT PAS FINIR

LETTRE A UNE FEMME QUI N’A PAS TRENTE ANS

Je vous croyais plus de raison, madame, et je ne m’attendais guère à vous voir, vous qui Êtes si loin d’être une femme de trente ans. le véritable âge de la femme, comme chacun sait, vous (’criera nous étourdir : « La tin du Lys dans la vallée!» J’ai beau vous dire : « Il y a arrêt; arrêt solennel, qui a tranché pour nous cette fleur littéraire si lente à pousser! » vous ne voulez, rien entendre, etvous répétez de plus belle: « La fin du Lys dans la vallée! «Mais au moins, obstinée que vous êtes ! puis- qu’il en estainsi, et puisque vous n’en voulezpas démordre, achetez la fin du Lys dans la vallée. Elle compose à peu près un petit volume assez mal imprimé, et qui ne vous coûtera que quinze francs; mais vous êtesentêtéeel volontaire comme un joli enfant de viimt a ns. vous me répondez. : «Me prenez-vous pour madame de Rothschild? Quinze francs la fin du Lys dans la vallée! Vvec quinze francs j’aurai une belle ceinture, ou je ferai la fortune d’un pauvre homme; quinze francs la fin du Lys dans la vallée, quand vous m’avezdonné le commencement pour quinze sous ! Non, non ! pas de transaction possible. Vous m’avez promis le Lys danslavallée,jev&ux le Lys dans la vallée, en entier, depuis l’oignon jusqu’à la feuille. Arrangez-vous comme il vous plaira; que m’importent les juges et leurs arrêts? quinze francs la fin du Lys dans la vallée! Mais la Revue j pense-t-elle, monsieur! »

Hélas! madame, ce n’est pas la Revue, c’est M. de Balzac qui n’y pense guère. Si la Revue n’avait pas tenu si fort a ses engagements, croyez-vous qu’elle eût jamais fait un procès pour obtenir la fin de cette œuvre qui lui était vendue, et qui lie lui a pas été li\ rée? Cependant, \ ous le voulez à toute force, il faul \ ous satisfaire. Vous aurez bon gré, mal gré, la fin du Lys dans la vallée, non pas écrite par M. de Balzac, mais écrite par moi, indigne; non pas par droit de quittance, mais par droit de critique; non pas traînée parles mille détours d’une narration flottante, vagabonde, fiévreuse et milliflue, mais poussée à sou but par l’inexorable analyse; seulement, nous aurons soin de conserver assez de néologismes et de négligences dans la narration que nous allons vous faire, pour que vous reconnaissiez que M. de Balzac a passé par la.

S’il vous en souvient bien, nous avons laissé le Lys dans la vallée b. l’instant même où notre héros Félix quittait Clochegourde pour Paris, emportant une lettre pleine de conseils, dans laquelle madame de Mortsauf(le Lys) lui recommandait, entre autres nouveautés, d’éviter le jeu et les jeunes femmes.,, Cultivez, les femmes influentes; les femmes influentes sont les vieilles femmes; elles vous prôneront et vous rendront désirable. Fuyez les jeunes femmes. La femme de cinquante ans fera tout pour vous; la femme de vingt ans rien : Raillez les jeunes femmes. Les jeunes femmes Boni égoïstes, petites, sans amitié vraie; elles n’aiment qu’elles: elles vous sacrifieront à un succès. Elles vous dévoreront, Bans scrupule, votre temps... . Je m arrête, je ne vous en dis pas plus long, je craindrais trop votre désespoir de jeune femme. DES ŒUVRES DE BALZAC. 69

M. Félix s'en va donc à Paris, où il arrive, à pou près dans le même temps qui; Louis M III quittait sa capitale d'un jour; lé 20 mars était proche. Félix suit le roi jusqu'à Gand; de Gand, chargé d'une mission importante, il va à Saumur, de Saumur à Chinon, de Ghinon à Nueil, à Clochegourde. « Est-ce possible! s'écria madame de Mortsauf le visage stupéfié, et clouée sur son fauteuil ! » — « Madame de Mortsauf disait des poésies suggérées pur la solitude, sans savoir qu'il y eût le moindre vestige d'amour, ni de poésie orientalement suave, comme une rose du Frangistan. » Si vous savez, madame, ce que c'est qu'une rose du Frangistan, ayez la bonté de me le dire. — « A huit heures, après le dîner, la cloche sonna deux coups, tous les hôtes de la maison vinrent, Madeleine récita une émouvante prière. Quand Félix fut couché, il fut travaillé par des idées folles produites par une tourbillonnante agitation des sens. Le lendemain, il fallut partir; madame de Mortsauf appuya sa tête alanguie sur l'épaule de Félix, et Félix retourna à Paris. » Cette fois, Louis XVIII était pour tout de bon sur son trône. Félix fut nommé maître des requêtes et secrétaire du roi ; il sentit les natations d'une vieille expé- rience ; dans cette belle position, Félix fit la connaissance de personnes influentes; il connut, entre autres personnes influentes, les deux exécrables filles du père Goriot; mais, au milieu de toutes ces belles connaissances, notre jeune homme resta si chaste, que le roi l'appelait souvent mademoiselle Félix de Vandenesse, de sa belle voix d'argent.

Remarquez la galanterie de M. Félix de Vandenesse! Il ne donne qu'une voix d'argent au roi lui-même, pendant qu'il gratifie madame de Mortsauf d'une voix d'or!

Six mois après, le roi donne un congé à Félix, et ce jour-là il lui dit de sa voix d'argent : « Amusez-vous bien à Clochegourde, monsieur Caton!»

Félix vola comme une hirondelle en Touraine. Il paraît que les hirondelles volent plus vite en Touraine qu'à Paris. Cette fois, il était très-heureux, non-seule- ment d'être un peu moins niais, mais encore dans l'appareil d'un jeune homme élégant. En effet, « il était en chasseur; il portait une veste verte à boutons blancs rougis, un pantalon à raies, des guêtres de cuir et des souliers. Bien plus, les hui- liers l'avaient si mal arrangé, que M. de Mortsauf fut obligé de lui prêter du linge! » Que dites-vous de cet appareil, madame, et de cette élégance? Boutons blancs rougis, diable! pantalon à raies, la peste! guêtres de cuir, voyez-vous! et des souliers ! des souliers ! et avec ces souliers, avec ces guêtres, ce pantalon à raies, cette veste verte et ces fameux boutons blancs rougis, pas même une chemise de rechange ! M. Félix est obligé d'emprunter une chemise à M. de Mortsauf. Voilà donc l'appareil, par excellence, d'un jeune homme élégant !

N'importe ! malgré ses guêtres, ou plutôt à cause de ses guêtres, M. Félix de Vandenesse fut reçu à merveille par madame de Mortsauf, qui ne reconnut pas la chemise de son mari. Les façons de la fortune (M. de Vandenesse veut dire : la façon), ma croissance achevée, une physionomie jeune gui recevait un lustre inex- plicable de la placidité d'une âme magnétiquement unie à l'âme pure qui. de Clo- chegourde, rayonnait sur moi; » toutes ces choses le rendaient méconnaissable. D'ailleurs, n'est-il pas l'espoir inavoué de cette femme adorable? Aussi quand elle

�� � 70 HISTOIRE

v jr le jeune homme, là où elle n'avait vu qu'un enfant (un autre aurait écrit: quand elle vil jeune homme celui qu'elle avait vu enfant: mais la phrase pour être plus correcte aurait été beaucoup moins belle); elle abaissa son regard vers la terre, par un mouvement d'une tragique lenteur, baissa vers la terre! mouve- ment el lenteur!).

Après le dernier bonjour, Félix de Vandenesse .se promène avec madame de Mortsauf dans cette vallée dont elle est le lys. Tout à coup, en apprenant que le roi appelait Félix mademoiselle de Vandenesse, madame de Mortsauf, cette femme réservée, qui ne lui donnait que le revers de sa main et non la paume, saisit la main de Félix et lu baisa en y laissant tomber une larme de joie. Félix fut bien étonné de cette subite transposition des rôles, et j'imagine que vous êtes bien éton- née, vous aussi.

Mais ne voyez-vous pas, madame, vous cœur insensible de vingt ans, mauvais cœur, que cet abaissement était de la grandeur où l'amour se trahissait dans une région interdite aux sensl Cet orage de choses célestes tomba sur le cœur de Félix et l'écrasa !

Malheureusement, M. de Mortsauf vint les interrompre , le mal-appris! Vous vous rappelez que déjà, dans la première partie de cette histoire, M. de Mortsauf n'était pas le plus aimable des hommes; sa triste humeur n'a fait que croître et embellir pendant que M. Félix est devenu l'homme élégant que vous savez. Voici le nouveau portrait de M. de Mortsauf : // se ml, va, les sourcils el les rides de son front jouèrent (sous entendu : aux barres), ses yeux jaunes éclatèrent, son nez ensanglanté se colora davantage. (Colore- doncun nez ensanglanté!) Pauvre •poux! voilà pourtant ce qu'il est devenu, pendant que son rival a appris à porter une veste verte, des guêtres, des boutons rouges-blancs, un pantalon à raies et des Bouliers! M. de Mortsauf était donc insupportable. — Nous l'ennuyâmes à lui conter des riens, «lit M. Félix.

Mais je serai plus humain que M. de Balzac, je vous ferai grâce des lancinantes fantaisies de ce triste malade; chez lui. le moi physique s'était emparé du moi moral [le moi physique avait fait là une jolie pèche !). « Il se vêtait et se dévêtait à tout moment, et. par une de ces hallucinations particulières aux égoïstes, il ma- niait le fléau) abattait, brisait autour de lui comme un fou enragé. »

« Je compris alors, ajoute Félix, d'où provenaient ces lignes comme marquées avec le fil d'un rasoir sur le front de la comtesse! »

Et, a ce propos, VOUS allez me traiter de brutal, mais je vous avouerai que je ne

trouve pas M. «le Mortsauf si déraisonnable. M. de Mortsauf est de très-mauvaise

humeur, il est vrai; mai8 il faut bien reconnaître qu'il a ses petites raisons. Sa

femme est belle, il est jeui acore, et madame de Mortsauf ne veut pas permettre

à son mari de troubler sa chaste solitude. Voilà en effet toute l'énigme, madame, et tout" l'histoire du Lys dans la vallée. \ vouez que madame de Mortsauf a tort de oe pas apprivoiser son mari, comme c'est son devoir.

M. Félix n'en juge pas comme moi. « J'écoutais, dit-il cette horrible clameur en silence, tenant la main moite de i ette femme dans ma main plus moite em-ore. » Sur l'entrefaite revient le malencontreux Mortsauf; il appelle sa femme, sa femme

�� � s’enfuit dans le fourré avec Félix ; le mari court après eux. si bien qu’il gagne à ce métier une espèce de fluxion de poitrine. Félix va chercher à Tours M. le docteur Origet. Origet arrive sans lancette; Félix retourne à Azay, par un temps affreux, chercher la lancette de M. Deslandes. On saigne le malade, on l’entoure do soins, on ne le quitte ni jour ni nuit, ce qui fait naître les réflexions suivantes dans l’esprit de Félix : « Pour qui contemple en grand la nature, tout y tend à l’homo- généité par l’assimilation. » Ces deux mois de la maladie de M. de Mortsauf furent les plus heureux de la vie de Félix. « Henriette et moi, dit-il. nous nous trouvâmes apprivoisés, maries à demi.» Mariés à la bonne heure; quant à être apprivoisés, il me semble que l’un et l’autre étaient assez privés comme cela. C’est ainsi que leur amour résista au laisser voir de toutes les heures.

Tout d’un coup arrive une lettre du roi qui rappelle Félix. « La comtesse eut des gestes d’apathie et des regards sans lueur. — Je me penchai lentement vers son front; elle ne se baissa pas pour éviter mes lèvres; je les appuyai saintement, sans volupté chatouilleuse. » M. Félix n’était pas travaillé par des idées folles ce jour-là.

Cependant cette passion de mademoiselle Félix de Vandenesse, qui recommen- çait le moyen âge et rappelait la chevalerie, cette passion d’un jeune homme qui adorait une belle femme, sans public, se répandit au cœur du faubourg Saint- Germain. Vandenesse trouva donc le monde parfait pour lui. Ce fut, parmi les plus belles femmes de cette époque, à qui se ferait, aimer de ce jeune homme, avec ou sans public. Félix plut surtout à une de ces illustres ladies, qui sont à demi souveraines (souveraines de qui? et de quoi ?). « Vous connaissez la singulière per- sonnalité des Anglais, cette orgueilleuse Manche infranchissable, ce froid canal Saint-George, qu’ils mettent entre eux et les gens qui ne leur sont pas présentés? Les fortifications d’acier poli élevées autour d’une femme anglaise, engagée dans son ménage par des fils d’or, mais où sa mangeoire et son abreuvoir, où ses bâtons et sa pâture, sont des merveilles, lui prêtent d’irrésistibles attraits ! » Eh bien, cette lady, presque souveraine, à l’aspect de Félix de Vandenesse, elle fran- chit la Manche de la morale, elle traversa à la nage le froid canal de Saint-George de sa personnalité anglaise, elle quitta sa cage, sa mangeoire, son abreuvoir, son bâton, et autres merveilles; elle franchit d’un saut ces fortifications d’acier poli, qui préparent si bien l’hypocrisie de la femme mariée; à la place de sa, pâture de chaque jour, elle alla demander à Félix de Vandenesse le poivre et le piment pour la pâture de son coeur. » (Notez bien, madame, que toutes ces citations sont prises, mot à mot, dans le livre de M. de Balzac. Et voilà pourtant à quelles fins la Revue a plaidé avec lui !)

Que vous dirai-jc? Lady Arabelle, marquise Dudley, une fois sortie de sa fortification d’acier poli, ne mit plus do frein à sa passion, aiguisée par la résistance. « L’atonie l’avait conduite à l’adoration du romanesque et du difficile.’ » — A la fin, après la plus belle défense, la marquise Dudley prouva à quelques salons que pour elle le difficile n’était pas l’impossible : Félix succomba; il ne fut plus mademoiselle Félix de Vandenesse. « Je vous ferai remarquer, nous dit-il ingénument, qu’un homme a moins de ressources pour résister à une femme, que vous n’en avez pour échapper à nos poursuites. Nos mœurs interdisent â notre sexe les brutalités de répression, qui, chez tous les femmes), sont des amorces pour un amant. — Je sais que la prudence de fatuité masculine ridiculise notre réserve; nous vous laissons le privilège de la modestie, parce que mus avez le privilège «les faveurs ! — Quel style ! quel langage! Où êtes-vous, Cathoset Madelon?

« Je serai, disait ladj Arabellè à M. de Vandenesse, votre amie toujours, votre maîtresse quand vous voudrez! » Voilà, certes, ce qui s’appelle Être sortie de son rempart d’acier poli!

Que si vous tenez à savoir comment était faite cette nouvelle femme, écarquillez vos yeux, comme disait tout à l’heure M. de Balzac en parlant des paysans de madame de Mortsauf.

» Cette femme de lait, si brisée, si brisable, couronnée de cheveux de couleur fauve, dont l’éclat semble phosphorescent et passager, est une organisation de fer. Aucun cheval ne r siste à son poignet nerveux. Elle a un pied de biche, un pied sec et musculeux, sous une grâce d’enveloppe indescriptible; elle tire les daims et les cerfs sans arrêter son cheval. Son corps ignore la sueur, il aspire le feu dans l’atmosphère et vit dan- l’eau, sous peine de ne pas vivre. »

Oh! oh! devinez l’énigme!

1° Je suis un corps ignorant la sueur;

l 2 J’aspire tous les feux du soleil en fureur;

3° Je vis dans l’eau, de peur de ne pas vivre;

Ce qui veut dire, je crois, que cette dame de feu prenait souvent des bains à domicile. Mais je vous assure, madame, qu’il faut terriblement suer, pour com- prendre cela.

Poursuivons le portrait de cette intéressante lady :.

« Sa passion est tout africaine, son désir va comme le tourbillon du désert (ceci ressemble beaucoup à la tourbillonnante agitation des sens de M. Félix . le désert dont Bes yeux expriment l’ardente immensité, où l’excès arrive d la grandeur,où la volupté nue charme l’œil par le calme le su force. » Quelles oppositions avec Clochegourde! « L’une, madame de Mortsauf, attirant à elle tes moindres parcelles huinides pour s’en nourrir, l’autre exsudant son âme (autrement dit : aspirant le feu), enveloppant ses fidèles d’une lumineuse atmosphère; celle-ci vive et svelte ; celle-là lente et grasse. » ’tirasse! ah ! de grâce, monsieur Balzac, servez-vous d’une autre expression pour définir madame de Mortsauf. Quel est l’amant qui a jamais dit à sa maîtresse : « Je t’aime parce que tu es grasse ! »)

Mais le portrait ne s’arrête pas là. Vous savez depuis longtemps que l’Angleterre est la divinisation de lu matière. « Lady Arabelle possédait au plus haut degré cette science de l’existence qui bonifie les moindres parcelles de la matérialité, qui fait que votre pantoufle est la plus exquise pantoufle du monde, qui double en cedre et parfume les commodes ; qui \er-e à l’ lieu re il il r un thé’ suave, savamment déplié (déplier le thé!); qui bannit la poussière, cloue des tapis depuis la derniere marche jusque dans les derniers replis de la maison, brosse les murs des caves : qui fait de la matiere une pulpe nourrissante el cotonneuse, au sein de laquelle l’âme expire sous la jouissance qui produit l’affreuse monotonie du bienDES ŒUVRES DE BALZAC. 73

être, donne une vie sans opposition, dénuée de spontanéité, et ffui, pour tout dire, vous machinise! »

Ouf! je ne sais pas si vous êtes comme moi; mais? quand j'ai lu de pareilles; phrases, il me semble que, moi aussi, je suis machinise;'}? n'y vois plus, ou, ce qui revient au même, il me semble que je vois trente-six chandelles mal allumées. Avez-vous jamais rencontré quelque part plus de mots creux et plus horriblement accouplés? Et tout cela pour vous dire que, dans la maison de cette dame, M. Félix de Vandenesse avait trouvé les meubles les mieux faits, les tapis les plus doux, et le thé le plus excellent qu'il eût pris de sa vie; en un mot, qu'il était tombé en même temps dans le confort anglais et dans les bras de cette Anglaise! Il n'était pas besoin de tant se tortiller l'imagination pour nous vanter les délices de cette opulente maison. Vous vous souvenez d'ailleurs, madame, que déjà, dans sa pre- mière jeunesse, M. Félix de Vandenesse célébrait avec la plus vive émotion les célèbres rillettes et rillons de Tours, et, comme l'eau lui venait à la bouche quand il voyait ses camarades se pourlécher en vantant les rillons, ces résidus de porc sautés dans sa graisse, pendant que, lui, il n'avait dans son panier que des fromages d'Olivet ou des fruits secs. Vous vous rappelez encore, plus tard, quand le jeune homme fut au collège, quelles luttes furibondes M. Félix eut à soutenir contre les blandices de la buvette. Déjeuner avec une tasse de café au lait était un goût aris- tocratique. Eh bien, les juges de M. Félix « ne lui ont pas tenu assez compte, à propos de ces blandices, des héroïques aspirations de son âme vers le stoïcisme, des rages contenues pendant sa longue résistance ». Soyons-lui plus favorables, madame, et en faveur des célèbres rillons et rillettes qu'il n'a pas mangés, et du café aristocratique qu'il a bu à crédit chez le concierge de sa pension, pardonnons- lui ses transports incroyables pour le thé savamment déplié et versé à l'heure dite, de sa lady Arabelle.

Je poursuis notre récit. M. Félix ne put pas résister bien longtemps à une femme qui bonifiait 'ainsi les moindres parcelles de la matérialité, qui brossait ainsi le mur des caves, et qui faisait de si bon thé. Que voulez-vous! « l'homme est com- posé de matière et d'esprit; l'animalité, ou, si vous aimez mieux, la matérialité vient aboutir on lui, et Yange commence à lui. De là cette lutte que nous éprouvons tous entre une destinée future, que nous pressentons, et les souvenirs de nos instincts antérieurs, dont nous ne sommes pas entièrement détachés (les célèbres rillons et rillettes!), un amour charnel (lady Arabelle), un amour divin (madame de Mortsauf). Tel homme les résout en un seul (et c'est ce qu'il a de mieux à faire) ; tel autre s'abstient; celui-ci fouille le sexe entier pour y chercher la satisfaction de ses appétits antérieurs : celui-là, l'idéalise en une seule femme, dans laquelle se résume l'univers; les uns flottent, indécis, entre les voluptés de la matière et celles de l'esprit; les autres spiritualisent la chair en lui demandant ce qu'elle ne saurait donner! » Mais pardon, madame, il y a là trois à quatre pages de cet esprit, ou plutôt de ces obscénités mal digérées; et je ne dois pas oublier que vous n'avez que vingt ans.

Ainsi, « lady Arabelle satisfaisait les instincts, les organes, les appétits, les vices et les vertus de la matière subtile (subtile! cela lui plaît à dire) dont nous

�� � sommes faits; elle était la maîtresse du corps; madame de Mortsauf était réponse de l’âme. » Ajoutez quVn lady Arabelle la bête était sublime!

Pendant que M. Félix de Vandenesse bavait ainsi [’alcool de l’amour dans une curieusement ciselée, que devenait le Lys dans la vallée? u Dos orages, de plus c/( plus troubles et chargés de gravier, déracinaient, par leurs vagues âpres, les espérances le plus profondément plantées dans son cœur, m Horriblement inquiet, M. de Vandenesse déclara à la maîtresse de son corps qu’il roulait aller en Touraine, pour savoir des nouvelles de la maîtresse de son etrur. « Arabelle ne s’y opposa point: mais elle parla naturellement de m’ accompagner. » 11 part, il arrive à Clochegourde. Madame de Blortsauf entendit « les bonds prodigieux de l’hirondelle du désert : et. quand je l’arrêtai net au coin de la terrasse, elle me dit : « Ah ! vous voila .’ » Ces mots me foudroyèrent. » Voilà comment M. Félix fut arrêté net par madame de Mortsauf.

Vous rappelez-vous, madame, le retour de J.-J. Rousseau auprès de madame de Warens, quand elle lui dit sans s’émouvoir : h Ah ! te voilà, petit ! » C’est la même scène, c’est le même mot; vous dirai-je plus? c’est la même pensée; mais quelle différence, grand Dieu !

Comment donc n’avez-vous pas vu que toute cette histoire du Lys dans lu en lire, ce sont les premières pages des Confessions gaspillées, transformées, refaites, à l’aide d’une madame de Warens qui ne se livre pas, et d’un petit Jean-Jacques Rousseau, devenu vicomte et Parisien?

Mais ne comparons pas les Confessions, ce chef-d’œuvre, au Lys dans la vallée, cette œuvre informe, Jean-Jacques Rousseau et M. Balzac!

« L’ouragan de l’infidélité, semblable à ces crues de la Loire gui ensablent à lis "ni’ terre, avait passé dans l’âme de madame de Mortsauf, en faisant un désert In où verdoyaient d’opulentes prairies. Là où elle n’avait vu qu’un enfant, n M. Balzac fait toujours la même phrase sous le même noyer.

a Je fis entrer mon cheval par la petite porte : il se coucha à mon ordre (c’était un cheval savant), et la comtesse s’écria : « Le bel animal! »

Voyez-vous cet amant, qui n’a rien de plus pressé que de montrer à sa maitresse les petits talents de son cheval!

Ce qui fait faire à notre héros la réflexion suivante: « Dans cette épouvantable vallée, où doivent tenir des millions de peuples devenus poussière, je serai moins aplati que je ne le fus devant cette forme blanche (madame de Mortsauf), montons tomme monif dans les rues d’une ville quelque inflexible inondation. — Du/on i hrétienne. >• (Avouez que Didon et inondation ne vont guère ensemble au premier abord; mais, en y réfléchissant, on trouve que M. Balzac est très-conséquent avee lui-même. Rappelez-vous en effet que madame de Mortsauf attire à elle les moindres parcelles humides; et voilà pourquoi M. Balzac la compare à une inondation.)

Alors M. de Mortsauf, voyant que sa femme s’enfuit loin de Félix, s’empare de lui, et se met lui raconter sa maladie : » Les sécrétions s’altèrent, la digestion se fait capricieuse, la deiisation arrive à son comble, comme si quelque poison se melait au bol alimentaire ; la muqueuse s’épaissit ; l’induration de la vulve du pylore s’opère, et il s’y forme un squirre dont il faut mourir. » Telle est la conversation du bonhomme. En vérité, madame de Mortsauf se venge cruellement des infidélités corporelles de M. Félix.

Hélas ! madame de Mortsauf était bien changée encore cette fois. Les légers coups de rasoir, qui d’abord sillonnaient son front, étaient devenus coups de bêche. « La fatale teinte jaune-paillo ressemblait au reflet des lueurs divines dont les peintres illuminent, la figure des saints. — Ses yeux étaient dénués de l’eau limpide où jadis nageait son regard (ce n’était pas faute de pomper l’humidité cependant), six tempes bleuâtres semblaient ardentes et concaves; ses yeux s’étaient enfoncés sous leurs arcades attendries, et le tour avait bruni ; elle était mortifiée, comme le fruit sur lequel les meurtrissures commencent à paraître, et qu’un ver intérieur fait prématurément blondir. »

Le domestique de M. Félix arrive; « il m’avait apporté quelques affaires, que je voulus placer dans ma chambre. »

Affaires est ici pour quelques effets.

« Pour la comtesse, le7iwnde se renversa; entendant en elle-même les cris de la chair révoltée, elle demeura stupide en face de sa vie manquée.

« — Oh! reprit-elle, j’ai cru trop en vous! J’ai cru que vous ne manqueriez pas de la vertu que pratique le prêtre, et... que possède M. de Mortsauf, ajouta-t-elle en donnant à sa voix le mordant de l’épigramme. »

Pauvre femme ! elle a voulu à tout prix ne pas troubler sa chaste solitude, à la bonne heure; mais, en ce cas, pourquoi donc exiger tant de fidélité de son amant? Elle aurait dû se rappeler le proverbe aussi célèbre que les célèbres rillons et rillettes : Qui trop embrasse, mal étreint.

Le soir, ils s’en vont, elle et lui, se promener en voiture, et la pauvre femme parle beaucoup. « Quand l’être intérieur se ramasse et se rapetisse pour occuper la place que l’on offre aux embrassements, peut-être est-ce le pire des crimes? »

Ils arrivèrent ainsi jusqu’aux landes où lady Arabelle attendait son amant Félix avec ce petit mot : My dear.

« — C’est lui, madame, répondit la comtesse. » L’Anglaise reconnut sa rivale et fut glorieusement anglaise. Elle nous enveloppa d’un regard plein de son mépris anglais, et disparut dans la bruyère avec la rapidité d’une flèche. »

Et du même pas madame de Mortsauf envoya souper Félix chez lady Arabelle.

Mais quand elle tint son amant, que de sarcasmes lady Arabelle lança contre sa rivale ! « La plaisanterie française, dit l’auteur, est une dentelle dont les femmes savent embellir la joie qu’elles donnent; la plaisanterie anglaise est un acide qui corrode si bien les êtres sur lesquels il tombe, qu’il en fait des squelettes lavés et brossés. » (C’est pousser un peu loin la manie de la brosse. Ainsi cette Anglaise brosse sa cave et brosse les squelettes!) Voilà ce que pense le héros de cette his- toire, tout en mangeant d’excellentes sandwichs qui ne sont pas beurrées de vertu.

« Mais comment vous décrire les accompagnements de ces jolies paroles? C’étaient des folies comparables aux fantaisies les plus exorbitantes de nos rêves ; tantôt des créations semblables à celles de nos bouquets (les créations des bouquets !) ; la grâce unie à la force, la tendresse et ses molles lenteurs opposées aux irruptions volcaniques de la fougue; tantôt les gradations les plus savantes de la musique appliquées au concert de nos voluptés : puis des jeux pareils à ceux des serpents entrelacés. Elle voulait anéantir sous les foudroiements de son amour impétueux les impressions laissées dans mon cœur par l’àme chaste et recueillie d’Henriette ! » Mais, encore une fois, en voilà assez comme cela.

Vpivs celte nuit si volcaniquement foudroyante et musicale, M. Félix quitte la maitresse de son corps pour aller déjeuner chez la maîtresse de son âme.

<< \n moment ou j’abordais madame de Mortsauf, j’exerçais auprès d’elle ce flairer qui fait ressentir aux cœurs encore jeunes et généreux, la portée de ces actions indifférentes aux yeux de la masse. » Eh ! je vous prie, comment le flairer de ce monsieur ne lui a-t-il pas appris que c’est une triste conduite, d’avoir à la fois et ostensiblement deux femmes : l’une pour la nuit, l’autre pour le jour; celle-ci pour l’àme, celle-là pour les sens; l’une pour son tin et sas sandwichs, l’autre p en- ses ros is ’i ses lys? (l’est bien la peine d’avoir tant de flair.

Il eM \ rai que c insieur l’avoue plus tard. « Je sentis amèrement la faute

d’apporter sous ce toit inconnu aux caresses un visage où les ailes diaprées du

plaisir liraient seine l-ur poussière. » — Et, plus lias, pour s’excuser encore plus : « Oui aurait pu résister à l’esprit deflorateur de Louis XVIII? »

11 quitta donc encore une fois madame de Mortsauf, et il revint à Paris avec ladv Arabello. Kilo et lui. ils se plongèrent dans les douceurs d’un mariage mor- ganatique; et alors il se mit à étudier ladv Dudley. Or, voici quelques-uns des ré- sultats de son observation :

« L’Anglaise plie son amour au monde; elleouvre et ferme son cœur avec la

facilité d’oie’ mécanique anglaise. Passionnée com une italienne quand aucun

d’il ne la voit, Ile devient froidement digne quand un étranger intervient. — Qui exagère la pudeur doit exagérer l’amour. Les Anglaises sont ainsi. Le protestan- tisme tue |’i mr, car il doute, il examine ’■( tue les croyances. »

Voici encore quelques traits épars du caractère de ladv Arabello :

« J’étais palpitant d’amour quand elle reprenait sa pudeur île convention. — Elle me maniait comme une pâte. »

Bien plus, cet admirable confort anglais qui lui avait tourné la tête, cette science de ranimalite qui lui a fourni une page ou deux de ce merveilleux pathos ([ne vous savez, ces caves brossées, ces tapis dans les recoins île la maison, ce thé déplié et servi ii l’heure dite, M. Félix vient de découvrir que cette finesse mécanique venait des gens de ladv Arabelle; qu’elle l’achetait et qu’elle ne la faisait pas! C’était une femme qui payait ses laquais et qui choisissait les meilleurs. De ce jour, le thé ne parut plus aussi bi.’i. déplié à M. Félix; la tendresse de ladj Vrabelle, /’• tuf sur lequel d perdait ses semailles, lui devint insupportable. Voilà pourtant où conduisent les mariages morganatiques et le laisser-voir de imites les heures et de tous les jours !

Mais, au moment même ou il apercevait ainsi « le lit pierreux du terrain de la Vie) BOUS -es eaux diminuées, il entendit h’ roi qui demandai! au duc de l.cnon-

court des nouvelles d.’ madame de Mortsauf. m Hélas! -ire, ma pauvre Bile se meurt, r répondit le doc. ,. i,,. ni j daignera-t-il m’accorderun congé? » dis-jc les larmes aux yeux. <• Courez, milord, » me répondit-il! Voyez, madame, que d’esprit on donne au roi Louis XVIII dans ce livre. D’abord il appelle M. Félix : «mademoiselle Vandcnessc » et «M. Caton», tant que M.Félix est innocent; puis il l’appelle milord quand mademoiselle de Vandenesse est devenue le mari morganatique d’une lady anglaise. Et nous avions cru jusqu’à ce jour que Louis XVIII était un homme d’esprit!

Et il repartit pour Clochegourde. Ainsi, de compte fait, c’est la cinquième fois que M. Félix va à Clochegourde, d’abord en habit brun, quand il eut mangé le quartier de pomme que vous savez; en second lieu en ambassadeur, quand il fut envoyé de Gand en Vendée; après quoi, en élégant à boutons blancs-rouges, en veste verte et en souliers ; puis à cheval sur «ne hirondelle du désert ; puis enfin la cinquième et dernière fois, en chaise de poste, comme un vrai milord. On peut dire que tout ce roman se passe par monts et par val : c’est un va-et-vient continuel, dans lequel il n’y a rien de changé que les habits du héros.

Cette fois, madame de Mortsauf se meurt; elle meurt d’amour et d’inanition, la pauvre femme! « Cette affection est produite par l’inertie d’un organe dont le jeu est aussi nécessaire à la vie que celui du cœur. » Ainsi parle M. Origet.

Le premier homme qu’il rencontre à Clochegourde, c’est l’abbé Biroteau, l’abbé Birotcau, de Tours. Je ne sais pas si c’est le même homme si stupide qui s’est laissé chasser de sa maison et voler sa bibliothèque et son lit par un fripon de vicaire général; mais, si c’est le même Biroteau, avouez avec moi que madame de Mortsauf a fait choix d’un singulier confesseur. Le bonhomme ne doit pas entendre grand’ - chosc à ces subtilités de cœur qui auraient embarrassé sainte Thérèse elle-même. A l’arrivée de Félix, Henriette parc sa mort « sous les flots de dentelle dont elle était enveloppée ; sa figure amaigrie, qui avait la pâleur verdâtre des fleurs du magnolia quand elles s’entr’ouvrent, apparaissait, comme sur la toile jaune d"un portrait, les premiers contours d’une tête chérie dessinée à la craie. — Son front exprimait l’audace agressive du désir et des menaces réprimées. Malgré les tons de cire de sa face allongée, des feux intérieurs s’en échappaient par une ardeur vague- ment semblable au fluide qui flambe au-dessus des champs par une chaude journée. Ses tempes creuses, ses joues rentrées, montraient les formes intérieures du visage, et le sourire que formaient ses lèvres blanches ressemblait vaguement au ricanement de la mort. »

Ainsi faite par la mort, madame de Mortsauf, cette femme jusque-là si chaste, se met à jouer une scène d’amour et de délire qui fait peur et dégoûte. Elle s’écrie : « A peine ai-je trente-cinq ans, je veux connaître le bonheur par lequel tant de femmes se perdent ! — Non pas sans toi, reprit-elle en effleurant mes oreilles de ses lèvres chaudes, pour y jeter ces deux paroles comme deux soupirs. »

Et M. Félix, épouvanté, et il a raison d’avoir peur, s’écrie : « En est-il ainsi de tous les mourants ? dépouillent-ils tous les déguisements sociaux, de même que l’enfant ne les a pas encore revêtus ? »

Cette scène déplorable ne finit pas. « J’ai soif, Félix, s’écrie la mourante, j’ai soif de toi. Ils me parlent de paradis! non, l’enfer! mais le bonheur! » Et plus bas: « Mourir sans connaître l’amour ! l’amour, dont les extases enlèvent nos âmes jusque dans les cieux ; car le ciel ne descend pas vers nous : ce sont nos sens 78 HISTOIRE

qui nous conduisent au ciel! » Et songez qu'eUe disait toutes ces choses avec le ricatument de la nu in.

A la fin, son délire s'apaise; elle meurt. On lu porte au cimetière du village ; et, le lendemain de ce jour funèbre, par un calme midi d'automne, Félix de Van- àenesse ouvrit une lettre que lui laissait madame de Mortsauf, dont voici quelques passages : « Je meurs. Ne vous ai-je pas dit que j'étais jalouse, mais jalouse à mourir.' — J'étais mère, il est vrai, mais l'amour ne m'a point environnée de ses plaisirs permis. — Vous souvenez-vous aujourd'hui de vos baisers ? ils ont dominé ma vie, ils ont sillonné mon âme, l'ardeur de mire sait'/ a réveillé l'ardeur du mien. Quand je me suis levée si fière, j'ignorais une sensation pour laquelle je ne sais de mol dan- aucune langue, car les enfants n'ont pas encore trouvé des paroles pour exprimer le mariage de la lumière et de leurs yeux, ni le baiser de la vie sur leurs lèvres. — J'étais émue de la tiïe aux pieds par votre aspect, et je me de- mandais involontairement : Que doivent être les plaisirs? — J'ai parfois désiré dé vous quelque violence. — Votre nom. prononcé par mes enfants, m'emplissait le cœur d'un san.u' plus chaud, tant j'aimais 1rs bouillonnements de cette - nsation. — Je me disais que je n'avais que vingt-huit ans, et que vous en aviez presque vingt- deux, et je me livraisà de faux espoirs. »

«... Quant à Madeleine, elle se mariera. Puissiez-vous un jour lui plaire; elle est toute moi-même, et de plus elle est forte. » Ce que lisant, Félix ajoute : ./-• tombai dans un abîme de réflexions.

Or, madame, après la lecture de cette lettre, qui est tendre, bien que bour- souflée; après cette mort de madame de Mortsauf, qui est une mort douloureuse, malgré 'es ridicules exagérations sentimentales! donl l'auteur a cru l'embellir, que pensez-vous que fasse M. Félix? D'abord, il a voulu se faire trappiste. <■ Il est îles personnes que nous ensevelissons dans la terre, mais il en est de plus particuliè- rement chéries qui onl eu notre cœur pour linceul, dont chaque jour le souvenir se mêle à nos palpitations. » Il ue se fait donc pas trappiste, car déjà il se dit tout P il ariette! qui voulait me donner Clochegourde e1 sa famille! »

Oui, madame, mute jeune femme, c'est-à-dire toute femme sans cœur que vous . voilà ce que vous n'allez pas croire ! A peine a-t-il lu cette dernière lettre île madame de Mortsauf, que M. Félix retourneà Clochegourde. « Dans a' grand nau- j 'apercevais une lie où je pouvais aborder. » Cette Ile, c'étail Clochegourde. Une bell ■ maison qui rapportait 18,000 livres, et la maltresse de cette belle maison,

M leleij -. était une brune jeune fille à la taille de ] plier. La santé avait mis

velouté de la pêche, et le long de son cou le soyeux duvet où, comme chez sa mère, se jouait la lumière. » Il prit donc sur-le-champ la résolution d'aller vivre à Clo liegourde auprès de Madeleine. Et, en effet, le voilà qui dit à ine, Madeleine toute couverte du deuil de sa mère! « Chère Madeleine, je time trop, m ilgr ■ l'aversion que vous me témoignez, pour expliquer à M. de ilovtsmî un plan qu'il embrasserait avec ardeur l » El Madeleine indignée, Made- leine qui sait que cet homme a tué -;i mère, Madeleine qui voit cet homme deman- der sa main, quand la main de sa mèi st à peine refroidie, Madeleine répond à

cet homme : « Monsieur ! j'aimerais mieux me jeter dans l'Indre «pie de me lier

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 71)

avec vous ! » Très-bien répondu, Madeleine, à ce fou manqué qui a quitté votre mère pour obéir à ses sens, et qui, votre mère éteinte à peine, ne trouve rien de mieux que de venir vous demander votre main et Clochegourde.

M. Félix de Vandenesse, ainsi chassé par Madeleine, retourne à Paris, non sans jeter un œil de regret sur Clochegourde et Madeleine, sur Madeleine et Cloche- gourde. Cette fois pourtant, après cet affront cruel, après avoir perdu cette seconde femme et Clochegourde, c'était bien le cas de se faire trappiste. Eh bien ! encore une fois, vous ne devineriez jamais où se rend M. de Vandenesse, au sortir de Clo- chegourde! Il va vous le dire lui-même, car, pour moi, je n'oserais. « Dominé par une impérieuse tristesse, je no songeais plus au but de mon voyage, lady Dudley était si bien loin de ma pensée, que j'entrais dans sa cour sans le savoir! — J*avais chez elle des habitudes conjugales (et morganatiques !) »

Oui, madame, après avoir enlevé la mère, après avoir été chassé par la fille, M. Félix de Vandenesse retourne machinalement chez lady Dudley, la femme qui a fait mourir à petit feu ce pauvre Lys !

Mais voilà bien une autre aventure ! Entré dans cette maison où il croyait retrouver tout simplement ses habitudes conjugales, M. Félix de Vandenesse (et pour comble de mystification, il était en casquette de voyage) tombe au milieu de cinq personnes; « lady Dudley pompeusement habillée; lord Dudley, l'un des hommes d'Etat les plus considérables de l'Angleterre, gourmé, plein de morgue, froid; il sourit en entendant son nom (vous avouerez cependant qu'il n'y avait pas là de quoi sourire), puis les deux enfants! » Ainsi, fatalité! pendant que M. Félix perdait deux femmes à Clochegourde, il en perdait une autre à Paris, et quelle autre? cette femme de feu, qui avait lu fantasmagorie d'Armide. Lui absent, lady Arabelle avait repassé, du bon côté cette fois, la Manche et le froid canal Saint- George; elle s'était enfermée de nouveau, sauf à faire, plus tard, d'autres sorties^ dans son rempart d'acier poli, et dans sa cage où elle avait retrouvé sa mangeoire, son abreuvoir, son bâton, et du haut de son bâton l'ingrate et oublieuse perruche ne savait même plus dire à M. de Vandenesse : As-tu déjeuné, Félix?

Mais, madame, une quatrième et dernière péripétie de ce touchant roman, une péripétie à laquelle vous êtes loin de vous attendre, et moi aussi, je vous jure ; la voici : mon Dieu, qu'elle est étrange et bizarre ! Vous vous rappelez que le Lys dans la vallée est une histoire manuscrite adressée par M. Félix de Vandenesse à une belle dame, madame la comtesse Katalie de Manerville. M. Félix de Vandc- uesse, qui aime madame de Manerville en quatrième et dernier ressort, espère se faire aimer d'elle, en lui racontant toutes les traversées do ses amours. Il n'épargne pas les belles phrases pour entortiller Natalie dans le filet de sa passion ; « ce qui courroucerait une femme vulgaire sera pour vous un nouveau sujet de m'aimer ! — Les femmes d'élite ont un rôle sublime à jouer, celui de la sœur de charité qui panse les blessures, celui de la mère qui pardonne à l'enfant. »

A quoi madame la comtesse de Manerville. qui est une femme beaucoup plus jeune et de beaucoup plus d'esprit qu'on n'aurait cru, fort peu touchée d'être une femme d'élite, et ne voulant être ni la sœur de charité, ni la mère de ce pauvre jeune homme, lui répond bel et bien dans un style emphatique et boursouflé :

�� � « Défaites-vous d'une détestable habitude, n'imitez pas les veuves qui parlent toujours de leur premier mari. — Vprès avoir lu votre récit, il m'a semblé que vous aviez considérablement ennuyé lady Dudley (je suis tout à fait de votre avis) en lui parlant des perfections de madame de Mortsauf, el l'ait beaucoup de mal à la comtesse en ^accablant des ressources (le mot ot j«li !) de l'amour anglais. Vous avez manqué de tact envers moi (pourquoi pas de flair ?); vous m'avez donné à entendre que je ne vous aimai- ni comme Henriette, ni comme Arabellc. J'avoue mes imper- fections. — Savez-vous pour qui je suis prise de pitié? pour la quatrième femme que vous aim.iv/. — Je renonce à la gloire laborieuse de vous aimer, il faudrait trop do qualités catholiques et anglicanes, etc., etc. — Vous êtes parfois ennuyé et ennuyeux. (Parfois! madame de Manerville est honnête.) Être ;ï la fois madame de Mortsauf et lady Dudley, mon cher comte ! votre programme est inexécutable. » Bref, il est impossible de se moquer d'un homme avec plus de justice et de bon sens que ne fait madame de Manerville.

M. Félix de Vandenesse reste donc veuf de quatre femmes plus belles les unes que les autres. Où est la moralité de l'histoire, le savez-vous ?

Mais, moi, je ne me suis chargé que de vous raconter la fin des pâtiments de M. de Vandenesse ; si le cœur vous en dit, plaignez-le et surtout plaignez-moi, moi qui, pour VOUS plaire, ai consenti a transcrire, ainsi et mot à mot, plus de non-sens, plus de niaiseries, plus de fadeurs sans esprit, plus de prétentieuses extravagances et plus de fautes de français, que je n'eu ai entendu dire et rêver en toute ma vie.

P [CK I R SGHILL JUNIOR.

XXXII. Les Célibataires. I. Pierre lie, daté de aovembre 1839. Dédié à mademoiselle Anna de Hanska (aujourd'hui la comtesse Georges Mnizeck , dédicace datée d'abord desJardies, novembre 1839. Imprimé pour la première fois dans le Siècle du l'i un l J7 janvier 1840, avec sa dédicace sous le titre tfEnvoi, ce roman, annoncé longtemps sous le titre de Pierrette Lorrain, reparut la même année, accompagné de Pierre Grassou, m deux volumes in-8°, chez Souverain, avec une préface datée des Jardies, juin is'io (voir tome XXII, page 539). Ces deux versions étaient divisées ainsi :

I. Pierrette Lorrain en volume, le ■">. Histoire des cousines pauvres chez chapitre est di\ isé,ct la deuxième leurs parents riches,

partie intitulé • : les Lorrain). 6. La t.\ rannie domestique.

•1. LesRogron. 7. Les amours de Pierrette et de Bri-

3. Pathologie des merciers reti - L'ami.

r és. 8. Le conseil de famille.

4. Débuts de Pierrette. 9. Le juge m.

��Ces divisions onl disparu en 1843, lorsque cet ouvrage entra, daté, dan- le tome I" de la troisième édition des Scènes de la vie depro-

�� � vinée (première édition de la Comédie humaine, tome V), comme première partie de l’ouvrage collectif, les Célibataires.


TOME II.


XXXIII. Les Célibataires. II. Le Curé de Tours, daté de Saint-Firmin, avril 1832. Dédié à David, statuaire. Ce récit, qui dut un moment s’appeler l’Abbé Troubert, parut pour la première fois, inédit, en 1832, dans le tome III de la deuxième édition des Scènes de la vie privée, sous la seul titre de : les Célibataires. En 1833 (daté 1834), il reparut sous le même titre dans le tome It de la première édition des Scènes de la Vie de province. Il entra en 1843, augmenté de sa dédicace et de sa date, dans le tome II de la troisième édition des mêmes Scènes (première édition de la Comédie humaine, tome VI), sous le titre de : le Curé de Tours.

XWIV. Les Célibataires. III. La Rabouilleuse, daté de Paris, novembre 18Zi2. Dédié à Charles Nodier. La première partie de ce récit a paru pour la première fois dans la Presse du 24 février au k mars 1841, sous le titre de les Deux Frères, et en 1843 (daté 1842), gardant le même titre, en deux volumes in-8° dRez Souverain. Ces deux versions étaient divisées comme suit :

1. Les Descoing et les Rouget.

2. La famille Bridau.

3. Les veuves malheureuses.

4. La vocation.

5. Le grand homme de la famille.

6. Mariette.

7. Philippe fait des trous à la lune.

8. Comment s’altère le sentiment maternel.

9. Dernières roueries de Philippe.

La deuxième partie, qui suit aujourd’hui immédiatement la première sans aucune indication des divisions primitives, parut pour la première fois, accompagnée de la dédicace, (datée d’octobre 1842 et désignée comme Envoi), qui sert maintenant à l’ouvrage entier, dans la Presse des 27 octobre au 19 novembre 1842, sous le titre d’un Ménage de garçon en province, titre qu’il conserva comme deuxième partie de les Deux Frères dans les volumes dont nous avons parlé plus haut. Ces deux versions étaient l’une et l’autre divisées ainsi :

1. Issoudun.

2. Les chevaliers de la désoeuvrance.

3. Chez la Cognette.

4. La Rabouilleuse.

5. Horrible et vulgaire histoire. 6. La charette au bonhomme Fario*.

7. Les cinq Rochon.

8. Maxence-Machiavel.

9. Un coup de couteau.

10. Une affaire criminelle.

11. Philippe à Issoudun.

12. A qui la succession? — Chapitre à méditer par les héritiers.

13. Un duel à mort.

14. Madame Rouget.

15. Le repentir d’une sainte.

16. Conclusion.

L’édition de cet ouvrage publiée sous le titre de les Deiu- Frères, était divisée en outre en trois parties dont la première ne portait pas de titre; voici celui des deux autres :

2. Un ménage de garçon en province.

3. A. qui la succession?


Tout.’- ces divisions ont disparu la même année (1843), lorsque cet ouvrage reparut, daté pour la première fois, sous le titre d’un Ménage de garçon m province, troisième série des Célibataires, dans le tome II de la troisième édition des Scènes de la Vie de province (première édition de la Comédie humaine, tome VI). Dans rédition définitive, Balzac a encore changé le titre de cet ouvrage, et a substitué celui de la Rabouilleuse à tous ceux qu’il avait déjà portés, sans parler de celui sous lequel il avait en outre été longtemps annoncé : le Bonhomme Rouget. L’endroit ou finirait primitivement la première partie, est la ligne L3 de la page 153 de cette édition.

XXXV. Les Parisiens en province*. I. L’Illustre Gaudissart, daté de Paris. novembre 1833 (et non 1837, comme l’indique par erreur cette édition). Dédié à la duchesse de Castries. Ce récit parut pour la première fois, inédit et daté, dans le tome il de la première édition des Scènes de I" Vie de province, 1833 (daté L83û). Il a pris pour la première fois, avec la Muse du département le titre collectif de : les Parisiens en province, en 1843, dans le tome II de la troisième édition des mêmes Scenes ( première édition de la Comédie humaine, to VI). La dédicace y parut aussi pour la première fois.

XXXVI. Les Parisiens en province. II. La Muse du département, daté de Paris, juin 1843 — aoûl is’i'i- (Cette dernière date à eau- d’un court fragmenl ajouté en août 18/14 à la fin du roman et qui paraît pour la première fois dans cette édition.) Dédié au comte Ferdinand de Gramont. imprimé; pour la première fois, avec sa dédicace, sous le titre de Dinah Piédefer, dan- le Messager du 20 mars au 2!) avril lb.W, ce reparut la même année chez Souverain, en quatre volume- in-8°, faisant partie d’une série d’ouvrages par divers autt le titre DES ŒUVRES DE BALZAC.

��83

��général de les Mystères de province; les deux premiers volumes datés de 18M, et les deux derniers de 1843. La Muse du département était suivie de Rosalie {Albert Savanes), la Justice paternelle (un Drame au bord de la mer), et le Père Canet (Facino Cane). Les deux pre- miers volumes portaient le titre actuel, et les deux derniers celui de Rosalie. Dans le Messager, cet ouvrage était divisé en chapitres dont voici les titres, enlevés depuis :

��Première partie : V Avant-scène des contre-révolutions.

��1. Sancerre.

2. Les Milaud.

3. Dinah.

4. Une manière de payer ses dettes.

5. Comment une femme devient su-

périeure à bon marché.

6. Où le caractère de M. do la Bau-

draye commence à se dessiner.

7. Conduite exemplaire des amants

de Dinah.

��8. Intérieur de beaucoup de mé-

nages.

9. Comment Dinah devient femme

de province.

10. Histoire de bien des poésies.

11. Comment la révolution de juillet

en produisit une chez Dinah.

12. L'amour prémédité.

��Deuxième partie : La Faute.

��13.

�Les deu xParisiens.

�25.

�Le roman est du temps d'Anne

�14.

�Savantes manœuvres de Dinah.

� �Radcliffe.

�15.

�Le diable emporte les albums.

�26.

�Comprenez-vous?

�16.

�Une innocente conspiration.

�27.

�Où M. de la . Baudraye se dé-

�17.

�Le procureur du roi se pique.

� �voile.

�18.

�Le grand d'Espagne.

�28.

�Une conversation autorisée par

�19.

�Observation qui évite au lecteur

� �le code-homme.

� �une réimpression.

�29.

�Le sentiment va vite en voiture.

�20.

�Histoire d'un bras.

�30.

�Services que se rendent les amis.

�21.

�Où M. de Clagny montre son in-

�31.

�Où les femmes vertueuses ap-

� �nocence.

� �prendront le danger de l'or-

�22.

�Une plaisanterie faite sous l'Em-

� �gandi.

� �pire.

�32.

�Le retour.

�23.

�Déclarations indiscrètes.

�33.

�M. de la Baudraye se sent vengé

�24.

�Une charge qui devait avoir peu de succès.

� �du beau Milaud de Ncvcrs.

��Troisième partie : Une Double Chaîne.

34. Le journaliste vu de près.

35. Comment on se moque du véri-

table amour.

��36. Un mariage comme il s'en défait

quelquefois.

37. Une perle.

�� � 84

��ïiistoiiu;

��38. Saiicta Simplicitas.

!'.'. M. Jïixi' >u remplira le rôle d<

Gérontc. 40. Autre lune de miel. 4t. On premier pli de rose. 42. Essai sur 1 1 fécondité litti

��13. I n billet de faire-part.

il. Où M. de la Baudraye se mon- tre supérieur ;ï Dinah, qui se montre en débardeur,

15. Les fourches caudines dos fem- mes qui aiment.

��Quatrième parti: Commentaires sur V Adolphe, de Benjamin Constant.

��46. Le moment on la morale a rai- son.

t". Deux personnes qui ne devaient • I arées que par la mort.

'.s. La comtesse de la Baudraye de- \ ient une femme honnête.

��4'.'. Un souvenir.

50. I ne idée !..

51. Un horrible dénoùment, mais

\ rai.

52. Cette fable doit vous apprendre

que, etc.

��Voici la division des|chapitres en volumes; pour ue pas nous répé- ter, nous n'indiquerons que les changements.

��•_'. Le Sandisme. 1 1. Histoire de bien des poésies >■!

poésie d l'histoire. I '». Ij'- deux passions.

19. Histoire du < hevalier de Beau-

voir.

20. I. > grande Bretèche,

21. Histoire d'un croc où Monsieur

(ira\ ier se pose assez crâne- ment.

•1-1. Le journaliste se révolte.

27. Le roman marche.

��28. Le roman est du bon temps

d'Anne Radcliffe.

29. Où -M. de la Baudraye se révèle

tout entier. .'!'.'. Services que se rendent les amis de collège.

33. Où les femmes vertueuses ap-

prendront à se défier d<' l'or- gandi.

34. Coinmi' l'organdi prête '■ is. Une lutte secrète.

.M. I n dé iment horrible , mais

vrai.

��Cette version a cinquaote-cinq chapitres, au lieu des cinquante- deux du journal.

Cel ouvrage, dont la première idée se trouve, comme non- l'avons déjà dit, dans l'une des versions de la Grande BreU che, contient plu- sieurs fragments déjà publiés ailleurs; celui qui a pour sujet : Olympia, ou 1rs Vengeances romaines, avait paru, le 26 septembre 1833, sous le titre d<' : Fragments d'un roman publié sous l'Empire par un auteur inconnu, dans les Causeries du monde, recueil dirigé par madame So- phie Gay, mère de madame Emile de Girardin; nous donnerons pins loin les fragments non recueillis de cet article. La Femme de province, publiée pour la première fois dans le tome i de la Province desFran-

�� � DES OEUVRES DE BALZAC 85

gais peints par eux-mé?nes, huit volumes in-8°chez Curmer, 1840-1842, et qui aété reproduite en entier, en 1847, après la Femme de soixante ans, {Madame de la C hanter ie), trois volumes in-8°, s'y trouve aussi très-incomplétement reproduite et nous en recueillerons de même les parties omises. Enfin, le Grand d'Espagne, et Y Histoire du chevalier de Beauvoir (extraite d 1 'une Conversation, entre onze heures et minuit), qui avaient reparu déjà dans laGraude Bretèche, ou les Trois Vengeances, éditions de 1837 et de 1839, en ont été retirés pour reparaître ici (voir plus haut, Autre Étude de femme). Dans la Muse du département, tous les titres de ces différents emprunts sont enlevés, et, lors de sa première publication dans le Messager, la note suivante du directeur, relative à une partie d'entre eux et se rapportant à la ligne 35, p. 431 du présent volume, fut publiée à ce sujet : « M. de Balzac a cru devoir nous prévenir que l'Histoire du chevalier de Beauvoir et la suivante (un Grand d'Espagne) avaient été publiées déjà dans les Contes bruns, et il voulait les rappeler par une courte analyse; mais le peu de lon- gueur de ces deux citations, nous a engagés à les laisser subsister en entier. » Il n'est rien dit, on le voit, dans cette note, de leur présence dans deux éditions de la Grande Bretèche, ni des articles repris aux Causeries du monde et aux Français peints par eux-mêmes. En 1843 toujours, la Muse du département entra, non datée, comme seconde partie des Parisiens en province, dans le tome II de la troisième édi- tion des Scènes de la Vie de province (première édition de la Comédie humaine, tome VI).

Dans l'édition définitive, l'ouvrage est daté pour la première fois, et tout ce qui suit le mot « comte », ligne 17, page 542, est inédit. Dans la première édition de la Comédie humaine, Balzac avait placé cette note à propos du prénom deTobie donné alors à Silas Piédefer, ligne 27, page 384 :

Au lieu de Tobie Piédefer, lisez Silas Piédefer. On peut pardonner à l'auteur de s'être rappelé trop tard que les calvinistes n'admettent pas le livre de Tobie dans les Saintes Écritures.

Voici maintenant les fragments que nous avons promis plus haut : FRAGMENTS D'UN ROMAN

PUBLIÉ SOIS L'EMPIRE, PAU L.\ AUTEUR INCONNU.

— Monsieur, voici des livres que votre libraire vous envoie !..

— Bien ; mettez-les sur mon bureau.

Pais je retombai dans la méditation la plus profonde à laquelle je me sois

�� � 86 HISTOIRE

jamais abandonné. C'était une méditation sans substance et sans but, espèce de voyage fait dans un labyrinthe ténébreux où l'esprit ne pouvait rien apercevoir, où l'imagination marchait en aveugle qui n'a plus de bâton. Alors, l'âme est comme un orgue dont le musicien jouerait à vide parce que le souffleur s'est endormi; les cordes touchées ae résonnent point 1 .

Au milieu de ce néant, j'étais physiquement récréé par le lointain murmure de Paris, et par le frissonnement des bûches humides qui criaient dans mon foyer solitaire. Mes yeux, machinalement arrêtés sur le marbre de ma cheminée, y voyaient des paysages, des figures de vieilles femmes emmanchées sur des cous de chameau, des chèvres fantastiques, configurations bizarres qui ne me parlent et ne si' montrent qu'en ces moments où le cœuresl en deuil. Quand je suis heureux je ne les retrouve plus. Le bonheur est une chimère jalouse, elle tue toutes les autres-. Alors, j'aurais donné volontiers au diable dix heures à prendre sur mon éternité bien heureuse pour pouvoir lire quelque livre gai, le Poëtne ilu bonheur, par feu Marchangy, ou quelques mauvais articles faits par un camarade; lorsque, soudain, sur la ligne droite, tracée par la tranche du paquet, j'aperçois le titre cou- rant d'un livre, jadis jeté dans les gémonies littéraires, livre battu, pulvérisé par le pilon, réduit en bouillie, devenu carton, et qui peut-être a servi au bonheur de quelque joueur sous forme d'as de pique, ou à celui de quelque, lady snus figure de boite a pains à cacheter. Je lus avidement ces mots imprimés en petites capi- tal'- : OLYMPIA, OU LES \ ENGEANCES ROMAINES:..

— Ah! sac à papier V m'écriai-je, le marbre de ma cheminée, la musique du feu, les paysages rouges de mon brasier, tout ce qu'il y a de plus vague au monde, même le souvenir de la sublime tête déjeune fille que j'ai admirée hier aux Bouf- fons, cette tête fantastique ornée de cheveux abondants, magnifique diadème d'un front dédaigneux, ces yeux gris où deux cent vingt-trois romans étaienl en germe; tout le fantastique, allemand, français, etc., pâlit devant Olympia, unies Vengeances romaines.

Malheureusement, cet incident n'est pas nouveau. Sterne a trouvé l'histoire du petit notaire sur le papier dans lequel sa fruitière lui avait envoyé du beurre. Avant- hier, un de mes amis a rencontré le conte le plus bouffon sur une vieille feuille d'un vieux livre latin dans laquelle un quincaillier lui avait envoyé des clous. Certes, amis et, ennemis, si je parle de cette maculature me jetteront au nez la bio- graphie du chat Muit entremêlée des feuilles où l'incompréhensible Hoffmann a

parlé de lui sous le nom de Kreisler...

Biais comment se souvenir des tours de bissac en usage parmi les mendiants

��1. Tout ce fatras est la traduction du mot anglais spleen. (Note île l'auteur.)

2. Ceci i ' la paraphrase du mot populaire : Je suis tout bile) </ toi? (Ibid.)

■i. Juron de mon maître d'écriture! Depuis que je me suis avancé dans la vie, j'ai iron dans la bouche de tous les maîtres d'écriture. Frappé do cette similitude, en ma qualité d'observateur, j'en ai cherché la raison. Elle est simple. Forcés par leur pro- fession d'être toujours très-moraux en présence des enfants, ils ont puisé dans leurs attri- butions i qui leur permet d'exprimer leurs innocentes colères à propos des délié» et des pleins. (Mole de fauteur.)

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 87

littéraires, quand on voitbien réellement : Olympia, ou les Vengeances romaines, un vrai titre, impossible à inventer, imprimé en caractères vulgairement nommés têtes de clous dans l'idiome typographique; quand on tient deux feuilles du format in-douze bien jaunies, presque noires vers la marge, marbrées parle temps; puis dix pages dont l'étroite justification ne contient pas plus do dix-neuf lignes à vingt-trois lettres ; le fragment d'un véritable roman jadis édité par Maradan, un roman fait sous l'Empire, auctore incerto, sans nom d'auteur, petit livre qui repa- raît comme dut reparaître quelque meuble de l'archevêché dans les filets de Saint- Cloud?..

Je ne sais si vous parcourerez, avec autant de bonheur que je l'ai fait, les cam- pagnes pittoresques de la nature littéraire, et si vous composerez avant la lecture des fragments que je transcris ici, la préface dont je me suis donné le divertisset ment. J'en doute. 11 faut avoir bien médité le corps de cette oeuvre inconnue pour en comprendre les haillons; il faut être anatomiste pour s'amuser dans un cime- tière !

Olympia, ou les Vengeances romaines ! A quelle époque vivait cette Olympia? Était-ce sous les Tarquins, sous la République, sous les Césars? Est-ce du temps des papes? En quel siècle? Puis est-ce une femme? Sera-ce une nuit de sang ou de plaisir? Il y a peut-être des coups de poignard et de l'amour tout ensemble! Mais c'est un roman de l'Empire ! 11 y aura quelque chevalier, ou des bardes, de froides allégories sous le schako d'un officier français. Peut-être n'y aura-t-il rien du tout.

Après une demi-heure de rêveries, j'avais fait mon Olympia. C'était une ravis- sante courtisane qui chaussait souvent la tiare, vendait toujours des barrettes, cotait les péchés, entretenait sa table avec les dispenses de mariages, et nourrissait ses chevaux avec les parties casuelles. Bonne fille, d'ailleurs! rieuse, vindicative, et faisant tuer les gens qui la calomniaient. C'était du xvi e siècle tout pur, et, j'ou- bliais que, sous l'Empire, les bibliophiles étaient au lycée occupés à fonder leur moyen âge. Alors, par une dernière réflexion, je fis d'Olympia la cause innocente de l'assassinat du citoyen Duphot.

Que d'erreurs ! Jugez ! Olympia était une duchesse romaine, duchesse comme Torlonia, le marchand de rubans, est duc; duchesse par la grâce du pape, comme le roi était roi par la grâce de Dieu !.. Voici l'ordre dans lequel je lus les macula- turcs :

Ici se place le fragment inséré dans la Muse du département; cette réflexion seulement a été enlevée :

« Nous te bannirons parce que tu es Aristide le juste » est le mot d'ordre des journalistes, et tout le journal est là... Aristide était le précurseur de Socrate, Socrate celui de Jésus-Christ, Jésus-Christ l'éternel symbole des anges terrestres persécutés.

L'article se termine ainsi :

�� � 88 HISTOIRE

Foi d'ho '•!>> homme, j'avais le frémissement que les hommes do talent nous

donnent parleurs œuvres les plus éloquentes, et la feuille s'arrêtait là.

Voici maintenant les fragments omis de la Femme de province :

En acceptant p ■ femmes celles-là seule ni qui satisfont au programme arrêté

dans la Physiologie ibt mariage, programme admis par les esprits les plus judicieux de ce temps, il existe à Pari- plusieurs espèces de femmes, toutes dissemblables.

Foi de physiologiste, aux Tuileries, un observateur doil parfaitement reconnaître les nuances qui distinguent ces jolis oiseaux de la grande volière. Ce n'esl pas Ici le lieu de von- amuser par la description de ces charmantes distinctions avec les- quelles un auteur habile ferait un livre, quelque subtile iconographie de plume- au veut et de regards perdus, de joie indiscrète el de promesses qui ne disent rien, de chapeaux plus ou moins ouverts i I de petits pieds qui ne paraissent pas remuer, de dentelle- anciennes sur déjeunes figures, de velours qui ne sont jamais miroités sur des corsages qui se miroitent, de grands châles et de mains effilées, de bijou- teries précieuses destinées à cacher ou à faire voir d'autres irm res d'art.

La jolie femme qui, vers avril ou mai, quitte son hôtel de Paris et s'abat sur -"H château pour habiter sa terre pendant sept mois, n'esl pas une femme de pro- vince. Est-elle une femme de province, l'épousedecel omnibus appelé jadis un préfet, qui se montre à dix départements en sept an-, depuis que les ministères constitutionnels onl inventé le Longchamps de- préfectures?

La femme administrative est une espèce à part. Qui nous la peindra? La Bruyère devrait sortir de dessous son marbre puni- tracer ce caractère.

Oh ! plaignez la femme de province ! Ici, l'encre devrait devenir blême; ici, le bec affilé des plumes ironiques devrail s'émousser.

Pour parler de cet objet de pitié, l'auteur voudrait pouvoir se servir des barbes de s,i plus belle plume, afin de caresser ces douleurs inconnues, de mettre au jour ces joies tristes el languissantes, de rafraîchir les vieux fends de magasin' que cette femme impose a sa tête, de cylindrer ces étoffes délustrées, de repasser ces rubans invalides, remonter ces rousses dentelles héréditaires, secouer ces vieilles (leurs i artificieuses qu'artificielles, étiquetées dans les cartons, ou serrées dans ces armoires ,]ont les profondeurs rappelleraient aux Parisiens les magasins des

MenUS-PlaisirS et, les décoration* des opéras qu'on ne joue plus? Quel Style peut

peindre les couleurs passées de la bordure qui entoure le portrait de c stte pâle figure? Comment expliquer que les robe- sont flasques en province, que les yeux sont froids, que la plaisanterie \ est. comme |e s semestres des rentes sous l'Em- pire, presque toujours arriérée; que les cœurs souffrent beaucoup, el que le laisser aller général de la femme de province vient d'un défaut de culture de ce même cœur infiniment négligé, mal entn tenu, peu compris?

La femme de pro\ in< e a un i œur, el B'en Berl très-peu ou mal, ce qui est pis.

Or, la vie de la femme est au cœur, et non ailleurs, \u — i 1.1 sagesse des enseignes a-t-elle pn ce lé les lois de la si ience médicale, en disant la femme sans tête pour exprimer une bonne femme, la vraie femm s.

�� � Une femme heureuse parle cœur a un air ouvert, une figure riante; jamais vous ne verrez, une femme de province réellement gaie ou ayant l’air délibéré. Presque toujours le masque est contracté. File pense à. des choses qu’elle n’ose pas dire; elle vit dans une sorte de contrainte, elle s’ennuie, elle a l’habitude de s’ennuyer, mais elle ne l’avouera jamais. J’en appelle à tous les observateurs sérieux de la nature sociale, une femme de province a des rides dix ans avant le temps fixé par les ordonnances du code féminin.

Les femmes de province ont des blessures à l’esprit et au cœur, blessures si bien couvertes par d’ingénieux appareils que les savants seuls savent les reconnaître, et si sensibles qu’il est difficile à un Parisien d’être une demi-journée avec une femme de province sans l’avoir touchée à l’une de ses plaies et lui avoir fait grand mal. il a imité ces amis imprudents qui prennent leur ami par le bras gauche sans voir les bandelettes dont l’humérus est enveloppé et qui le grossissent.

L’amour-propre impose silence à la douleur. L’ami ventouse par Hippocrate présente dès lors, sa droite et refuse sa gauche à cette aveugle amitié. La femme de province, si elle rencontre un étourdi, ne sait bientôt plus quel côté présenter.

La femme de province est dans un état constant de flagrante infériorité. Aucune créature ne veut s’avouer un pareil fait, tout en en souffrant. Cette pensée rongeuse opprime la femme de province.

Il en est une autre plus corrosive encore : elle est mariée à un homme excessivement ordinaire, vulgaire et commun.

Son mari n’est pas seulement ordinaire, vulgaire et commun, il est ennuyeux, et vous devez connaître ce fameux exploit signifié à je ne sais quel prince, requête de M. de Lauraguais, par lequel on lui faisait commandement de no plus revenir chez Sophie Arnould, attendu qu’il l’ennuyait, et que les effets de l’ennui chez une femme allaient jusqu’à lui changer le caractère, la figure, lui faire perdre sa beauté, etc. A l’exploit était jointe une consultation signée de plusieurs médecins célèbres qui justifiaient les dires delà signification.

La vie de province est l’ennui organisé, l’ennui déguisé sous mille formes; enfin l’ennui est le fond de la langue.

J’y ai vu de belles jeunes filles, richement dotées, mariées par leur famille à quelque sot jeune homme du voisinage, enlaidies, après trois ans de mariage, au point de n’être plus, non reconnaissables, mais reconnues.

Les hommes de génie éclos en province, les hommes supérieurs, sont dus à des hasards de l’amour.

Toute femme est plus ou moins portée à chercher des compensations à ses nulle douleurs légales dans mille félicités illégales.

Ce livre d’or de l’amour est fermé pour la femme de province, ou du moins elle le lit toute seule, elle vit dans une lanterne, elle n’a point de secret à elle, sa maison est ouverte et les murs sont de verre.

Si, dans la province, chacun connaît le dîner de son voisin, on sait encore mieux le menu de sa vie, et qui vient, et qui ne vient pas, et qui passe sous les fenêtres avant de passer par la fenêtre. La passion n’y connaît point le mystère. 90 HISTOIRE

Vous avez passé quelques mois en province, vous avez dit par désœuvrement quelques mots d'amour à la Femme la moins laide du département; là, elle vous paraissait, jolie, et ?ous avez été vous-même. Cette plaisanterie est devenue sérieuse à votre insu.

Madame Goquelin, que vous avez nommé.' Amélie, votre Amélie vous arrive à six ans de date, veuve et mut' prête à faire votre bonheur quand votre bonheur s'est beaucoup mieux arrangé. Ceci n'est pas de l'innocence, mais de l'ignorance. Vous la dédaignez, elle vus aime; vous arrivez à la maltraiter, elle vous aime; elle ne comprend rien à ce que l'on a si ingénieusement nommé le français, l'art de l'aire comprendre ce qui ne doit pas se dire.

On ne peut éclairer cette femme, il faut l'aveugler.

Toutes ces impuissances de la province prennent les noms orgueilleux de s _■ ss 1, (i • simplicité, de raison, de bonhomie.

On ne saurait imaginer la masse imposante et compacte que forment toute- ces petites choses, quelle force d'inertie elles ont, et combien tout est d'accord : lan- ge et figure, vêtement et mœurs intérieures. Dans la toilette d'une femme de province, l'utile a toujours le pas sur l'agréable. Chacun connaîtla fortune du voi- sin, l'extérieur ne signifie plus rien.

Puis, comme le disent les sages, on s'est habitué les uns aux autres, et la toi- lette d. 'vient inutile.

C'est à cette maxime que sont ducs les monstruosités vestimentales de la pro- vince ; ces châles exhumés de l'Empire, ces robes ou exagérées, ou mal portées, ou trop larges, ou trop étroites !

La mode s'j assied au lieu de passer. On tient à une eh. .s,' gui a coûté trop cher, on ménage on chapeau. On garde pour la saison suivante une futilité qui ne doit durer qu'un jour.

Quand une femme de province vient à Paris, elle se distingue aussitôt à l'exi- guité des détails «le sa personne et de sa toilette, à son étonnement secretet qui perce, ou ostensible et qu'elle veut cacher, excité par les choses et par les idées. ■

Elle ne sait pas! Ce mol l'explique. Elle s'observe elle-même, elle n'a pas le moindre laisser aller.

Si elle est jeun.', elle peut s'acclimater; mais, passé je ne. sais quel âge* elle souffre t -tut dans Paris, qu'elle retourne dans sa chère province.

\.- croyez pas que la différence entre les femmes de province etles Parisiennes ~.,it purement extérieure, il y a des différences d'esprit, de mœurs, de conduite.

Ainsi la femme de proi ince ne songe point à se dissimuler, elle est essentielle- ment naïve. Si une Parisienne n'a pas les hanches assez bien dessinées, son esprit inventif et l'envie de plaire lui font trouver quelque remède héroïque; si elle a quelque vice, quelque grain de laideur, une tare quelconque, la Parisienne est capable d'en faire un agrément, cela s.' voit souvent; mais la femme de province, jamais! Si sa taille est trop courte, si son embonpoinl se place mal, eh bien, elle ,.,, prend son parti, et ses adorateurs, sous peine de ne pas l'aimer, doivent la prendre comme elle est, tandis que la Parisienne veut toujours être prise pour ce qu'elle n'est pas. De là ces tournures groti jques, ci b maigreurs effrontées, es am-

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 91

pleurs ridicules, ces lignes disgracieuses offertes avec ingénuité, auxquelles toute une ville s'est habituée et qui étonnent les Parisiens, (les difformités orgueilleuses, ces vices de toilette existent dans l'esprit.

A quelque sphère qu'elle appartienne, la femme de province montre de petites idées. C'est elle qui, à, Paris, trouve de bon goût d'enlever à sa meilleure amie l'affection de son mari.

Les femmes de province no savent pas se venger avec grâce, elles se vengent mal ; elles n'ont pas dans le discours ni dans la pensée l'atticisme moderne, ce parisiénisme (ce mot nous manque) qui consiste à tout effleurer, à être profond sans en avoir l'air, à blesser mortellement sans paraître avoir touché, à dire ce que j'ai entendu souvent : « Qu'avez-vous, ma chère? » quand le poignard est enfoncé jusqu'à la garde.

Les femmes de province vous font souffrir et vous manquent; elles tombent lourdement quand elles tombent; elles sont moins femmes que les Parisiennes. Mais, ce qui dans tout pays est impardonnable, elles sont ennuyeuses, elles ont le bonheur aussi ennuyeux que le malheur, elles outrent tout. On en voit qui mettent quelquefois un talent infini à éviter la grâce.

La femme de province n'a que deux manières d'être : ou elle se résigne, ou elle se révolte.

Sa révolte consiste à quitter la province et s'établir à Paris. Elle s'y établit légi- timement par un mariage et tâche de devenir Parisienne; elle y triomphe rare- ment de ses habitudes.

Celle qui s'y établit en abandonnant tout ne compte plus parmi les femmes.

Il est une troisième révolte qui consiste à dominer sa ville et à insulter Paris; la femme assez forte pour jouer ce rôle est toujours une Parisienne manquée. Aussi la vraie femme de province est-elle toujours résignée.

Voici les choses curieuses, tristes ou bouffonnes qui résultent de la femme com- binée avec la vie de province.

Un Parisien passe par la ville, un de ses amis lui vante la belle madame une telle, il le présente à ce phénix, et le Parisien aperçoit une laideron parfaitement conditionnée.

II arrive alors des aventures comme celle-ci.

Un jeune homme a quelques jours d'exil â passer dans une petite ville de pro- vince, il y retrouve l'éternel ami do collège, cet ami de collège le présente à la femme la plus comme il faut de la ville, une femme éminemment spirituelle, une âme aimante et une belle femme. Le Parisien voit un grand corps sec étendu sur un prétendu divan, qui minaude, qui n'a pas les yeux ensemble, qui a passé quarante ans, couperosé, des dents suspectes, les cheveux teints, habillé prétentieusement, et le langage en harmonie avec le vêtement. Le Parisien fait contre bonne fortune mauvais cœur, et se garde bien do revenir à ce squelette ambitieux.

Le Parisien moqueur félicite son ami de son bonheur, il le mystifie en prenant cet air convaincu que prennent les Parisiens pour se moquer.

La veille de son départ, le Parisien, questionné par son ami sur l'opinion qu'il emporte de la petite ville, répond quelque chose comme :

�� � 92 HISTOIRE

— Je nie suis royalement ennuyé, mais j'ai toujours eu la plus belle femme de

la ville :

Le lendemain matin, l'ami le réveille; armé d'une paire de pistolets, il vient lui proposer de se brûler la cervelle, en lui posant ce théorème :

— Si vous avez eu la plus belle femme de la ville, ce ne peut être que ma maî-

illons nous battre, vous n'êtes qu'un infâme!

On vous présente à la femme la plus spirituelle, et vous trouvez une créature qui tourne dans le même genre d'esprit depuis vingt ans, qui vous lance des lieux communs accompagnés de sourires désagréables, et vous découvrez que la femme la plus spirituelle de la ville en est simplement la plus bavarde.

Deux femmes également supérieures et toutes deux en province, où l'auteur de ces observations a eu la douleur de les trouver, expliquent admirablement le sort des fe îes de province.

La première avait su résister à cette, vie tiède et relâchante qui dissout la plus forte volonté, détrempe le caractère, abolit toute ambition, qui enfin éteint le sens du beau.

Bile passait pour une femme originale; elle était haïe, calomniée; elle n'allait nulle part, mi ne voulait plus la recevoir, elle était l'ennemi public.

Voici ses crimes ;

Pour entretenir son Intelligence au niveau du mouvement parisien, elle lisait tous les ouvrages qui paraissaient et les journaux: et, pour ne jamais se laisser gagner par l'incurie et par le mauvais goût, elle avait nue amie intime à Paris qui la mettait au fait des modes et drs petites révolutions du luxe. Elle demeurait donc toujours élégante, et sou intérieur était un intérieur presque parisien. Hommes el femmes, en venant chez elle, s'y trouvaient constamment blessés de cette constante nouveauté, de ce bon goût persistant.

One haine profonde s'émut, causée par ces choses. Mais la conversation et l'esprit de cette femme en _'e n d rèreii t une bien jilus cruelle aversion. Cette femme

se refusait au clabaudage de petites nom elles, à cette médisance de bas étage qui i lit le fond de la vie en province; elle remuait, des pensées au lieu de remuer des

mots.

Elle fut atteinte et convaincue de pédantisme, chacun finit par se moquer effrontément de ses nobles et grandes qualités, d'une supériorité qui blessait toutes les prétentions, qui relevait les ignorances et ne leur pardonnait pas. Quand tout le monde est bossu, la belle taille devienl la monstruosité. Cette femme fut donc regardée comme monstrueuse et dangereuse, et le désert se lit autour d'elle, l'as une de ses démarches, même la plus indifférente, ne passait sans être criti- quée, dénaturée. Il résultait de ceci qu'elle était impie, immorale, dévergondée, dangereuse, d'une conduite légère et répréhensible.

— Madame une telle, oh .' I lie est, folle.

Tel fut l'arrêt suprême porté par toute la province.

La seconde avait deviné l'ostracisme que sa résistance lui vaudrait, elle était restée grande en • Ile-même, elle livrait son intérieur seulement a ces minuties.

(. fut à elle que je demandai le secret (le l'amour en province; je ne voyais pas

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC

��93

��dans la journée une seule occasion de lui parler, dans toute la ville un seul lieu où l'on put la voir sans qu'elle fût observée.

— .Nous souffrons beaucoup l'hiver, me dit-elle; mais nous avons la cam- pagne !

Je me souvins alors qu'au mois d'avril ou de mai, les jolies femmes d'une ville de province sont les premières à décamper.

En province, la maison de campagne est le fiacre à l'heure, de Paris.

Quoique l'homme le plus spirituel de la ville, un homme d'avenir, disait-on, et qui fit, un épouvantable fiasco à la Chambre, lui rendît des soins, cette femme mourut jeune et dévorée comme un ver. La supériorité comporte une action in- vincible qui, au besoin, réagit sur celui que la nature a doué de ce don fatal.

XXXVII. Les Rivalités; la Vieille Fille, daté de Paris, octobre 1836. Dédié à E. Midy de la Greneraye- Surville (beau-frère de l'auteur'. Imprimé pour la première fois dans la Presse du 23 octobre au lx no- vembre 1836, ce roman parut pour lapremière fois en volume, daté, en 1837, dans le tome III de la première édition des Scènes de la Vie de province, 1834-1837. C'est en 18liU, augmenté de sa dédicace actuelle, qu'il prit place avec le Cabinet des antiques, sous le titre collectif de : les Rivalités, dans le tome III de la troisième édition des Scènes de la Vie de province (première édition de la Comédie humaine, tome VII). Lapremière version était divisée en trois chapitres, supprimés aujour- d'hui :

��1. La chaste Suzanne et les deux vieillards.

��2. Mademoiselle Cormon.

3. Les déceptions.

��TOME III.

XXXVIII. Les Provinciaux à Paris; le Cabinet des antiques, daté des Jardies, juillet 1837. Dédié au baron de Hammer-Purgstall. Les deux parties de ce récit, annoncé avec le sous-titre de Fragments d'histoire générale, parurent pour la première fois, l'une, sans date, sous le titre : de le Cabinet des antiques, dans laChronique de Paris du 6 mars 1836 ; l'autre, datée des Jardies, septembre 1838, sous le titre de : les Rivalités en province, dans le Constitutionnel des 22, 2Zi, 26, 28 et 30 septembre, 1, 3, h, 5, 7, et 8 octobre 1838. Cette version de la seconde partie y était divisée ainsi :

��<- 1. Les deux salons,

j; 2. Une mauvaise éducation.

»; 3. Préparatifs d'un voyage à la cour,

i. Début de Victurnien.

��5. La belle Maufrigneuse. <i. La crime.

7. Chesnel au secours des d'Esgrignon.

8. La Mésalliance.

�� � 94 HISTOIRE

En réunissant ces deux parties en un même ouvrage, dont l'article de la Chronique de Paris forme tout le début, Balzac le publia avec la dédicace actuelle datée des Jardies, février 1839, et l'ouvrage daté des Jardies, septembre 1838, en deux volumes in-8° chez Souverain en 1839, sous le titre de : le Cabinet des antiques, suivi de : Gam- bara. Il y ajouta une préface (voir tome XXII, page 513) et supprima le fragment que voici qui terminait la partie publiée dans la Chro- nique de Paris, et se plaçait après le premier paragraphe de la page 13 de cette édition :

Chacun de nous fut emporté par le cours de sa vie ; douze ans se passèrent. Ici commencent les événements de cette histoire dont ceci n'est que le préambule; il sera certes pardonné à l'auteur de l'avoir écrit. Qui de nous, dans son enfance, n'a pas éprouvé quelque admiration pour des hommes et des choses dont la gran- deur était peut-être factice, mais qui n'en était ]>as moins imposante, car la plus

vivace poésie est celle que nous créons en lloUS-mêmo?

11 y modifia aussi tout le détournent de la version du Constitution- nel; il y introduisit la partie judiciaire qui va dans cette édition de la page 94, ligne 29, après les mots : « Mon Dieu, tu dois sauver la mai- son d'Esgrignon! » jusqu'à la page 125, ligne L )( J, aux mots: «que vous avancerez d'une demi-heure. » Dans le Constitutionnel, toute cette partie était remplacée par ceci :

Il se coucha quasi mort sous le poids de tant d'émotions et de. tanl de fatigues.

Il fut bientôt réveillé par -a vieille gouvernante : elle lui présenta le plus adorable

homme du monde, un tigre coquet qui n'était, rien moins que madame de

\l ifrigneuse. La duchesse avait pris le vêtement neuf d'un de ses grooms, un

enfant de dix an-, elle .'tait venue en calèche, et seule!

— M" voici, lui dit-elle, j'arrive pour le sauver on pour périr avec lui. J'ai i mille francs que le roi m'a donnés sur sa cassette \\o%' acheter l'innocence de \ ic- turnien, m l'adversaire est corruptible. J'ai des lettre- pour éclairer la religion de* juges, des lettres que je dois rapporter a ceux qui les ont écrites ; elles doivent être lues, mais supprimées... El -i non- échouons, j'ai du poison pour le soustraire à lion.

Chesnel rendit scène pour scène à la duchesse : il s'élança de son lit, en clie-

mise, il tomba a ses pieds, les bai- 1. et courui à sa robe de chambre en demandant

pardon pour l'oubli que la joie lui faisait c mettre. Il -'habilla, donna le bras à la

duchesse, car il se hâta d'aller chez le juge d'instruction avant que celui-ci eût rien commencé. De - pi heures du matin àdix heures, pendanl que l'abbé Couturier prêchait madame du Croisier, avant l'heure du Palais, Chesnel avait démontré au jugé d'instruction combien l'accusation portée contre M. le comté d'E grignon était calomnieuse, en lui produisant le reçu des cent mille écua remis par lui-même,

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 9o

Chesnel, à madame du Croisier, en l'absence de son mari. Madame du Croisier, ignorante onces sortes d'affaires, avait serré la somme sans en rien dire à son mari. Cette erreur avait fait tout le mal. M. du Croisier avait trop ardemment saisi l'occasion do perdre une famille qu'il haïssait. L'instruction, conduite dans ce sens, amenait la mise en liberté sous caution du jeune comte.

Le juge d'instruction ne pouvait rien; cette affaire regardait le tribunal et non lui; M. du Roncerct y était puissant, il fallait être sûr de l'opinion de deux autres juges qui, avec la sienne, emporteraient la majorité. Le groom s'avança, dit au juge, qui elle était, sortit de sa poche une lettre qu'elle déplia, la lui fit lire en la gardant serrée entre ses doigts mignons. Après lecture, le juge fut disposé à faire tout ce qui ne serait pas contre sa conscience. Mais il ne pouvait rien sans l'aide de deux autres juges. Il fallut remettre au soir les démarches décisives. A midi, Mon- seigneur et mademoiselle Armande étaient à l'hôtel d'Esgrigrton, où le charmant tigre couché par les soins de Chesnel se reposait de ses fatigues à l'insu du marquis.

Du Croisier, appelé entre une heure et deux chez le juge d'instruction, fut inter- rogé sur trois points. L'effet argué de faux ne portait-il pas sa signature? Avait-il eu, avant cet effet, des affaires avec M. le comte d'Esgrignon ? M. le comte d'Es- grignon n'avait-il pas tiré sur lui des lettres de change avec ou sans avis? Puis Chesnel n'avait-il pas plusieurs fois déjà soldé ces comptes? Enfin, du Croisier n'avait-il pas été absent à telle époque? Toutes ces questions furent résolues affir- mativement par du Croisier. Quand elles furent consignées au procès-verbal, le juge termina par cette foudroyante interrogation : savait-il que l'argent de l'effet argué de faux avait été déposé chez lui cinq jours avant la date de l'effet ! Cette dernière question mit du Croisier en défiance contre le juge, auquel il demanda ce que signifiait un pareil interrogatoire, en faisant observer que, si les fonds avaient été chez lui, il n'eût pas rendu de plainte. Le juge le renvoya sans répondre : la justice s'éclairait, voilà tout. Chesnel avait déjà comparu pour expliquer l'affaire. La véracité de ses assertions fut corroborée par la déposition de madame du Croi- sier. Le juge fit comparaître le comte d'Esgrignon qui produisit la première lettre par laquelle du Croisier lui avait écrit de tirer sur lui, sans lui faire l'injure de déposer les fonds chez lui. Puis, soufflé par Chesnel, il produisit une lettre que Chesnel lui aurait écrite en le prévenant du versement des cent mille écus chez M. du Croisier. Avec de pareils éléments, l'innocence du jeune comte devait triompher devant le tribunal.

Pour éviter la colère do son mari, madame du Croisier s'était enfuie au Pré- baudet, suivie de l'abbé Couturier, qui lui assurait qu'elle était une sainte, et que plus elle souffrirait pour cette cause, plus elle serait agréable à Dieu.

Voici les divisions de cette version :

��1. Los deux salons.

L l. Une mauvaise éducation.

3. Début de Victurnicn.

��4. La belle Maufrigneuse.

5. Chesnel au secours des d'Esgri-

gnon.

�� � 6. On tribunal de province

7. Le juge d’instruction.

8. Bataille judiciaire.

9. La mésalliance.

En 1844, avec la Vieille Fille, et sous le titre collectif de : les Rivalités, dont le Cabinet des antiques formait la deuxième partie, cet ouvrage entra, toutes divisions supprimées, dans le tome III de la troisième édition des Scènes de la Vie de province (première édition de la Comédie humaine, tome VII). Ce n’est que dans l’édition définitive que Balzac a enlevé à ces deux récits leur titre collectif et y a substitué pour le second, celui de : les Provinciaux à Paris.

XXXIX. Illusions perdues. 1. Les Deux Poètes, 11. Un Grand Homme de province à Paris. III. Les Souffrances de l’inventeur, daté de 1805-1843. Dédié à Victor Hugo. La première partie de ce récit, sous le seul titre d’Illusions perdues, parut inédite en 1837, datée du château de Sache, juillet-novembre 1836, et accompagnée d’une préface (voir tome XXII, page 388), formant le tome IV de la première édition des Scènes de la Vie de province, 1800-1807. Elle était alors divisée en chapitres dont voici les titres :

1 Une imprimerie en province.

2. Madame de Bargeton.

3. La soirée dans un salon, la soirée au bord de l’eau.

4. Catastrophes de l’amour en province.

5. Les prémices de Paris.

L’auteur réimprima dans cet ouvrage deux pièces de vers qu’il avait publiées dans 1rs Annales romantiques pour 1827-1828, par divers, un volume in- 1 s chez Urbain Ganel, 1828; on les retrouvera aux pages 17’.) el 212 de cette édition; mais, comme elles présentent de légères différences entre les deux versions, nous réimprimons ici la première pour que les curieux puissent les comparer.

I

ODE A UNE JEUNE FILLE.

Du sein de ces torrents de gloire et de lumière
Où, sur des harpes d’or, les Esprits Immortels,
Aux pieds de Jéhova, redisent la prière
De nos plaintifs autels ;

Souvent un Chérubin à chevelure blonde,
Voilant l’éclat de Dieu par son front reflété,
Laisse au parvis des cieux son plumage argenté,
Et descend sur le monde :

DES ŒUVRES DE BALZAC. 97

Comprenant du Très-Haut le sublime regard, Il vient sourire au pauvre à qui tout est souffrance : Et par son tendre aspect rappeler au vieillard Les doux jeux de l'enfance;

Il inscrit des méchants les tardifs repentirs; A la vierge amoureuse il accourt dire : « Espère ! >< Et, le cœur plein de joie, il compte les soupirs Qu'on donne à la misère.

De ces Anges d'amour, un seul est parmi nous Que le soin de notre heur égara dans sa route; En soupirant, il tourne un regard triste et doux Vers l'éternelle voûte.

Ce n'est point de son front l'éclatante blancheur Qui m'a dit le secret de sa noble origine; Mais son tendre sourire et l'accent enchanteur De sa plainte divine.

Ah ! gardez, gardez bien de lui laisser revoir Le brillant Séraphin qui vers les cieux revole; Trop tôt, il lui dirait la magique parole Que, pour nager dans l'air, ils prononcent le soir.

Vous les verriez, des nuits perçant les sombres voiles, Comme un point de l'aurore atteindre les étoiles

De leur vol fraternel ; Et, le marin, le soir, assis sur le rivage, Levant un doigt craintif aux campagnes du ciel, De leurs pieds lumineux montresait le passage.

��II

VERS ÉCRITS SUR UN ALBIM.

Le magique pinceau, les Muses mensongères N'orneront pas toujours de ces feuilles légères

Le Adèle vélin; Et le crayon furtif de ma jeune maîtresse Me confiera souvent sa secrète allégresse

Et son muet chagrin.

�� � 98 HISTOIRE

Et, quand ses doigts plus lourds à mes pages fanées Demanderont, raison de ses jeunes années,

Aujourd'hui l'avenir, Alors, veuille l'Amour que de son beau voyage

Le fécond souvenir Soit doux à contempler comme un ciel sans nuage.

A propos des vers de Balzac, il nous semble que c'est ici la place de citer une pièce de lui tout à fait inconnue, qui a été publiée dans la Caricature du 17 février 1831, où elle est intitulée : Ci-gît la muse de Béranger; nous y ajoutons deux fragments de sa jeunesse, publiés pour la première fois par M. Champneury, dans le numéro 1 de sa gazette [Gazette de Champ flcury). novembre 1856, et réimprimés en 1861 dans son volume intitulé : Grandes figures d'hier et d'aujourd'hui. Ces fragments ont été copiés par M. Cbampfleury sur le manuscrit original.

1

CI-f.1T I. A MUSE H F. BÉRANGER.

Cette fille si belle A quitté pour toujours La dépouille mortelle Qu'elle dut aux Amours. De sa voix qu'on accuse Ce l'ut le cri dernier : « Français, pleurez la muse Du pauvre chansonnier! »

Sa vie était brillante Au soleil des trois jours; Mais une fièvre lente Eu a terni le cours. Mon pays, l'on t'abuse ! Ehtends-la s'écrier : » Français, pleurez la muse Du pauvre chansonnier] »

Une inquiète flamme A ranimé ses yeuoe, Quand, pensive, son arae Remonta dans lei «'jeux -,

��

La Liberté, confuse,
Effeuillait un laurier !
Français, pleurez la muse
Du pauvre chansonnier!

O toi que l’on immole,
Cherche à travers tes pleurs,
Peuple, qui te console
En tes jours de malheurs.
On lisait ton excuse
Aux murs de son grenier!..
Français, pleurez la muse
Du pauvre chansonnier !

Héros de la Belgique,
Courageux Polonais,
Qui de sa voix magique
Attendiez les bienfaits,
Dupin vous désabuse ;
Il est son héritier.
Français, pleurez la muse
Du pauvre chansonnier !

II
LE LIVRE DE JOB 1.

En la terre de Hus vivait un très-saint homme,
De la diphthongue Job l’Écriture le nomme.
Il s’écartait du mal par crainte du Seigneur,
Et n’allait point au vice, étant simple de cœur.
Pourtant il eut bientôt une grande famille;
Trois fois madame Job accoucha d’une fille,
Mais Job, y prenant garde, eut après sept garçons.
Trois fois mille chameaux et sept mille moutons
Paissaient avec des bœufs, dont le millier indique
Que Job avait encore un nombreux domestique,
Dont par deux mots la Bible évite le détail,
Donnant, comme toujours, préséance au bétail.
Veuves de leurs époux, plus de cinq cents ânesses,
Par leur lait pectoral augmentaient ses richesses,
Ou le rendaient dispos pour peu qu’il en eût bu.


1. Version conçue d’une manière peu biblique. 100 HISTOIRE

Tel est des biens de Job le fidèle inventaire,

Que l'Esprit-Saint a fait aussi bien qu'un notaire.

Si. par un grand malheur, l'Écriture a perdu

La carte du village où ce monde a vécu,

Toujours est-il que Job fut grand propriétaire

Admis dans les congrès chez les Orientaux,

Et de son double vote ôtant les libéraux.

Aussi, tous ses enfants, plongés dans la liesse,

L'un chez l'autre invités et couronnés de fleurs,

En fêtes, en festins, consumaient leur jeunesse,

Et, pour plus grand plaisir, à leurs trois jeunes sœur*

Envoyaient les landaus qui roulaient en Judée;

De leurs petits soupers l'ivresse était guidée

Par ces tendres beautés qui buvaient des liqueurs,

Et d'entremets friands savouraient les douceurs.

Quand le cercle trop court de ces belles journées,

Séparait par sa tin leurs troupes étonnées,

Soudain de ces repas Job narguant les effets,

Pour les purifier détachait ses valets;

Et du lit conjugal se levant dès l'aurore,

Au nom de ses enfants qui sommeillaient encore,

D'un pieux holocauste il présentait l'encens;

Car du sieur Azaîs Job ayant tout le sens,

Des compensations connaissait le système.

Et voici comme au texte il se parle à lui-même :

��III ROBERT LE DIABLE.

1

Au temps que l'on vivait dans une foi profonde, En pleine .Normandie, un enfant vint au monde; Rouen fut son berceau, Robert était son nom: Mais, comme les Normands l'appelèrent le Diable, Ci faut-il avant tout, en dire la raison. Ce nom-là, mes enfants, étant épouvantable : AI"! s, en [a contrée un prince très-affable Régnait avec honneur et craignant Dieu beaucoup, Rendant justice à tous, aimant la chasse au loup ; Et de ce grand Hubert les anciennes chroniques Ont si bien célébré les vertus catholiques.

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC.

��101

��Qu'un poème aujourd'hui ne dirait rien du tout, Quand même on le ferait de stances romantiques.

��Vers les bords enchanteurs où les murs de Vernon Sont baignés par les eaux de la nymphe de Seine, Hubert, au jour natal où la vierge sans peine Offrit au monde un Dieu conçu sans trahison, Tendit sa cour pleinière où le moindre baron Vint parler politique en buvant du Surène. C'était au bon vieux temps des états généraux. Les barons en festins y mangeaient les impôts. Aucun ne sachant lire, ils n'avaient pas la peine D'écrire en bas normand de longs procès-verbaux. Pour les relire encore en séance prochaine, Et, sans flatter les serfs d'une espérance vaine, Ils promulguaient leur joie en se riant des maux.

��La deuxième 'partie, inédite aussi et datée des Jardies, décem- bre 1832 — Paris, mai 1839, parut avec une préface datée de Paris, avril 1839 (voir tome XXII, page 530), sous son titre actuel en deux volumes in-8°, chez Souverain en juin 1839. Elle était alors divisée en chapitres dont voici les titres :

��1,

�A madame Séchard.

� �14.

�2.

�Flicoteaux.

� �15

�3.

�Deux variétés de libraires.

� �16

�4.

�Un premier ami.

� �17

�5.

�Le cénacle.

� � �6.

�Les fleurs de la misère.

� �18

�7.

�Le dehors du journal.

� �19

�8.

�Les Sonnets.

� �20

�9.

�Un bon conseil.

� �21

�10.

�Troisième variété de libraire

� �22.

�11.

�Les galeries de bois.

� � �12.

�Physionomie d'une boutique

�23.

� �de libraire aux galeries

�de

�24

� �bois.

� �25

�13.

�Quatrième variété de libraire

� �2G

��Les coulisses.

Utilité des droguistes.

Coralie.

Comment se font les petits jour- naux.

Le souper.

Un intérieur d'actrice.

Dernière visite au cénacle.

Une variété de journaliste.

Influence des bottes sur la vie pri- vée.

Les arcanes du journal.

Re-Dauriat.

Les premières armes.

Le libraire chez l'auteur.

�� � 10» HISTOIRE

27. "Étude de l'art de chanter la pâli- ■ 33. Cinquième variété de libraire.

nodie. 3i. Le chantage.

28. Grandeurs et servitudes du jour- 35. Les escompteurs.

nal. 30. Changement de front.

29. Le banquier des auteurs drama- 37. Finoteries.

tiques. 38. La fatale semaine.

30. Le baptême du journaliste. 39. Jobisme.

31. Le monde. 40. Adieux.

32. Les viveurs.

Deux de ces chapitres : Comment se font les petits journaux et le Souper, avaient paru avant la mise en vente de l'ouvrage, dans V Esta- fette du 8 juin 1839. Il s'y trouvait alors un portrait du poète Canalis tout autre que celui qui commence aujourd'hui ligne 22, page 285. Voici le portrait primitif ou se devine aisément l'intention de peindre M. de Lamartine :

Le quatrième était M. de Canalis, un des plus illustres poètes de cette époque, un jeune homme qui n'en était encore qu'à l'aube de sa gloire, et qui se contentait d'être un gentilhomme aimable et spirituel ; il essayait de se faire pardonner son génie. Mais on devinait dans ses formes un peu sèches, dans sa réserve, une immense ambition qui devait plus tard faire tort à la poésie et le lancer au milieu des orages politiques. Sa beauté froide et compassée, mais pleine de dignité, rap- pelait Camping.

On sait que les sonnets qui se trouvent cités dans l'ouvrage avaient été donnés à Balzac, la Marguerite par madame de Girardin, la Tu- lipe, par Théophile Gautier, et les autres par Lassailly. Nous donnons ici, comme curiosité, la première version du sonnet la Pâquerette (voir pages 345 et 346, , par Lassailly, et les observations de Balzac, après lesquelles l'auteur le modifia tel qu'il est aujourd'hui :

LA PAQUERETTE.

Pâquerettes des prés*, vos couleurs assorties Parlent à l'âme bumaine en chacun de ses vœux*. Charmantes à la fois pour le cœur et les yeux 3 , D'où savez-vous ainsi toutes nos sympathies?

Vos collerettes d'or et de perles serties

Luisent du double éclat que l'on aime le mieux.

1. Elles sont toute» dans le» pré».

2. Ce vers-là ne contient pu la peu

i. Cheville.

1. L'oi est au fond ; c'est l'or qui est sorti de perles ; ce sont lés porles qui font la collerette.

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC.

��4 03

��Puis une veine rouge, au sens mystérieux, Nous révèle en vos fleurs 1 nos peines ressenties.

Vous renaissez au jour où, dehors du tombeau, Jésus, ressuscité sur un monde plus beau, Fit pleuvoir des trésors en secouant ses ailes.

L'automne vous retrouve, ô filles du printemps,

Sur ses gazons déserts, plus chères et fidèles;

Mais, hélas! l'homme tombe au premier choc des vents 2 .

Au moment de l'apparition de ce livre, les journaux du temps pré- tendirent reconnaître M. Jules Janin dans le personnage d'Etienne Lousteau.

La troisième partie, après avoir commencé à paraître pour la pre- mière fois dans l'État du 9 au 19 juin 18Z|3, fut continuée et achevée dans le Parisien-l' État du 27 juillet au 14 août 1843, sous le titre de : David Sêchard, ou les Souffrances d'un inventeur; elle fut publiée en 18M sous le premier de ces deux titres en deux volumes in-8° chez Dumont, accompagnées d'une préface datée de mars 18/iù. (Voir tome XXII, page 568), ceci après sa publication en 1843, dans le tome IV de la troisième édition des Scènes de la Vie de province (pre- mière édition de la Comédie humaine, tome VIII). Elle y avait paru sous le titre d'Eve et David. La version publiée dans le journal, ainsi que celle de l'édition en deux volumes contient les divisions suivantes :

��Introduction.

1. Triste confession d'un enfant du siècle.

��2. Le coup de pied de l'âne.

��1™ partie : Histoire d'une poursuite judiciaire.

��3. Le problème à résoudre.

4. Une femme courageuse.

5. Un Judas en herbe.

6. Des deux Cointet.

7. Le premier coup de tonnerre.

8. Un coup d'oeil sur la papeterie.

9. Des avoués de province en gé-

néral et de maître Pctit-Claud en particulier.

��10. Cours public et gratuit des

comptes de retour à l'usage des jeunes gens qui ne sont pas en mesure de payer leurs billets.

11. Où l'on voit qu'un timbre de

cinquante centimes fait au- tant de chemin et de ravages qu'un obus.

��1. CheviUe.

2. La pensée n'est pas exprimée dans le tercet, et le trait final n'est pas digne d'un sonnât.

�� � 104

��HISTOIRE

��12. Ce qui s'appelle le feu dans les

affaires.

13. Le pèreel les deux domestiques.

IL Description de l'incendie entre- tenu par maîtres Petit-Claud et Cachan, assistés de Dou- blon.

15. Apogée des poursuites.

10. Comment la contrainte par corps

2* partie : L'être fatal de la famille.

��n'existe presque pas en pro- vince.

17. Deux expériences, l'une ne tou-

chant pas le cœur du père, l'autre touchant au but.

18. Le moment de la crise où les

(liions se regardent.

19. La future de Petit-Claud. '2(1. Un mot du curé.

��Retour du frère prodigue. Dn triomphe inattendu. Les machines du triomphe. Un dévouement comme on en

rencontre quelquefois dans le

cours de la vie. Lucien prend au sérieux sa

gloire départementale. Un Cerizet sous l'herbe. Revanche de Lucien à l'hôtel de

Bargeton. Le comble de la désolation. L'adieu suprême. On hasard de grande route. Histoire d'un favori.

��32.

��33.

��34. 35.

��Cours d'histoire à l'usage des ambitieux, par un disciple de Machiavel.

Cours de morale par vin disciple du révérend père Escobar.

Profil de l'Espagnol.

Pourquoi les criminels sont es- sentiellement corrupteurs.

Le moment où, dans la lutte, on lâche prise.

Les influences de la prison.

Un jour trop tard.

Histoire d'une société commer- ciale.

Conclusion.

��Cette version se terminait par le paragraphe suivant, enlevé aujour- d'hui, ainsi que toutes les divisions de chapitres des trois parties :

Cerizet, condamné à trois ans do prison pour délits politiques, en IN'27, fut obligé par le successeur de Petit-Claud de vendre son imprimerie d'An- goulême. Il a fait beaucoup parler de lui, car il fut un dos enfants perdus du parti libéral. A la révolution de Juillet, il fut nommé sous-préfet, et ne put rester plus de deux mois dans sa sous-préfecture. Après avoir été gérant d'un journal dynastique, il contracta, dans la presse, des habitudes de luxe. Ses besoins inces- sants l'ont conduit à devenir prête-nom dans une affaire de mines en commandite, i' nt les faits >■[ gestes, le prospectus et les dividendes anticipés lui ont mérité une condamnation à deux ans de prison en police correctionnelle H a fait paraître une justification dans laquelle il attribue ce résultat à des animosités politiques. Il se «lit persécuté par les républicains.

Toute la partie qui remplace ce morceau et termine l'ouvrage est inédite.

�� � DES OEUVRES DE BALZAC. 105

Ces trois parties ont para pour la première fois en 18W réunies et augmentées de la dédicace et de la date actuelles, dans le tome IV de la troisième édition des Scènes de la Vie de province (première édi- tion de la Comédie humaine,, tome VIII). Dans l'édition définitive, la troisième partie change encore une fois de titre et prend celui de : les Souffrances de l'inventeur. Il faut remarquer aussi que les diffé- rentes parties publiées séparément ne commencent ni ne finissent à la même place que dans la Comédie humaine. Ainsi, les Deux Poêles, dans la première édition, finissent seulement à la ligne 28 de la page 299 du Grand Homme de province à Paris, qui lui-même ne finis- sait qu'au mot « paysage » de la ligne 17 de la page 558 des Souffran- ces de V inventeur , dans le tome VII de l'édition qui nous occupe.

��

III

TOME VIII à XI, première partie, troisième livre : Scènes de la Vie parisienne 1 , quatrième édition; k volumes in-8°, 1869, contient :

TOME PREMIER.

XL. Histoire des Treize. Préface datée de Paris, 1831. I. Ferragus chef des dévorants, daté de Paris, février 1833, dédié à Hector Berlioz. H. la Duchesse de Langeais, daté de Genève, au Pré-Lévêque, 26 janvier 1834, dédié à Franz Listz. III. La Fille aux yeux d’or, daté de Paris, mars 1834- avril 1835, dédié à Eugène Delacroix. Le premier épisode de cette série parut pour la première fois, accompagné de sa préface, dans la Revue de Paris en mars et avril 1833, terminé par une note (voir tome XS.1I, page 393) qui ne parut que là. Il contenait alors les divisions suivantes, plus la note et la préface : Madame Jules, Ferragus, la Femme accusée, Où aller mourir?; ce dernier

1. Comme pour les Scènes de la Vie privée et de la Vie de province, nous donnons ici le contenu des éditions précédentes des Scènes de la Vie parisienne, ayant de l’intérêt :

Première édition. Tome IX à XII des Eludes des mœurs au xix e siècle. 4 volumes in-8’, 1834-1835, chez madame veuve Ch. Béchet. (Les tomes II et III mis en vente en avril 1834, et les tomes I et IV en novembre 1835.) — Tome I. Préface. La Femme vertueuse (une Double Famille ) La Bourse. Papa Gobseck (les Dangers de l’inconduite). — Tome II : Les Marana. Histoire des Treize: Préface 1°. Ferragus, chef des dévorants. — Tome III : Histoire des Treize : 2°. Ne touchez pas à la hache (la Duchesse de Langeais) ; note. 3°, la Fille aux yeux d’or (première partie). — Tome IV. la Fille aux yeux d’or (fin); Note. Profil de marquise (étude de femme) ; Sarrazine. La Comtesse à deux maris (le Colonel Chabert ; La Transac- tion). Madame Firmiani.

Deuxième édition. 2 volumes in-12, chez Charpentier, 1839. Contenant : Tome I. La Comtesse à deux maris (le colonel Chabert; la Transaction). Madame Firmiani. Sarrazine. Le Papa Gobseck (les Dangers de l’inconduite). La Bourse. — Tome II. La Femme vertueuse (une Double famille). Profil de marquise (Étude de femme). L’Interdiction. Les Marana. Il 108 HISTOIRE

chapitre fut morcelé pour en faire un cinquième, Conclusion, lorsque ce récit parut pour la première fois en volume et daté, en 1836, dans le tome II de la première édition des Scène de la Vie parisienne, où la note fut supprimée; il y fut daté pur erreur de février 1836, et un errata à la table du tome III rétablit la date exacte, février 1833. Dans l'édition suivante, un volume in-12 chez Charpentier, 1839, toutes les divisions sont enlevées, et ce n'est qu'en 1863 dans le tome I de la troisième édition des Scènes de la Vie parisienne (première, édition de la Comédie humaine, tome IX), que se trouve pour la première fois la dédicace et la date de la préface. Un fragment de cet épisode a paru plus tard dans le Magasin universel, numéro de décembre 1836, sous le titre de : le Cimetière du Père-Lachaise et son portier.

La publication du deuxième épisode, la Duchesse de Langeais, fut commencée sous le titre de Ne touchez pas à la hache, deuxième épisode de V Histoire des Treize, dans le numéro 1 de l'Écho de la .hune France, mars 1833 (paru en avril]; la publication n'y fut pas continuée, et ce journal ne donna que le premier chapitre intitulé : la Sœur Thérèse, qui se termine dans l'édition actuelle, p. 135, lig. 30, L'épisode complet parut pour la première fois en volume, inédit sauf le début, dans le tome III de la première édition des Scènes de la Vie parisienne, mis en vente en avril 1836 et daté comme aujourd'hui de Genève au Pré-Lévêque, 26 janvier 1836, date qui ne peut être exacte que pour la fin du récit, puisque l'introduction avait paru déjà en avril 1833. Cette version portait toujours le titre de Ne louchez pas à la hache, et était divisée en chapitres dont voici les titres :

1. La sœur Thérèse. 3. La femme vraie.

'2. L'amourdans la paroisse do Saint- i. Dieu fait les dénouements.

Tbomas-d'Aquin.

faut y ajouter : Histoire des Treize îles deux premiers épisodes seulement), 1 volume, chez. le même éditeur, 1839,

Trentième édition. Tome IX à XII de la première édition de la Comédie humaine. Quatre vo- lumes in-8°, chez Fume, Dubochetet Hetzel, L848- 1846. Contenant: — Tome 1(1848). Histoire deaTraize. Le Père Goriot. — Tome II | 18iii. Le colonel Chabert (la Comtesse a deux maris; la Transaction). Facino Cane 'le Père Canet). la Messe de l'athée. Barrazine. L'Interdiction. César Birolteau (Grandeur et décadence dei. — Tome III (1844i. La Maison Nucingen. Pierre Grassou. Les Secrets de la princesse de Cadignan 'une Princesse parisienne). Les Employés ou la Femme supérieure, Splendeurs el misèrea des courtisanes: i n Bsther heureuse (la Torpille). 2° A combien l'amour revient aui vieillards lEsther). — Tome IV (1846). Splendeurs et misères des courtisanes: •'!'• Où mènent les mauvais chemins (une Instruction criminelle; un l<rame dans les prison-, in Prince de la bohème des Fantaisies de Claudine). Esquisse d'homme d'affaires 'les Roueries d'un créancier). Gaudissart II iuii Gaudissart de la rue Richelieui. Les Comédiens s.ms le savoir le Provincial à Paria). Le volume est terminé par '.ts Scènes de la Vie polilii/ue. (Voir plus loim.

�� � DES ŒUVRES D£ BALZAC. 109

Elle était accompagnée d'une note (voir tome XXII, page 393), et se terminait par le fragment suivant qui ne se trouve que dans cette édition et celle de Charpentier, 1839; après les mots : « Te voilà sage; désormais aie des passions, mais de l'amour, » on lisait :

— Fi.,..

— C'est do la niaiserie' dit Henri de Marsay. Il ne faut L'introduire en nous que comme une drogue qui, à certaine dose, augmente le plaisir. Autrement, autant lire Kant, Fitclie, Schelling ou Hegel et autres farceurs.

— Voilà un homme! s'écria Ronquerolles en frappant sur l'épaule de Marsay.

— Oui, ça n'a été pour moi qu'un poëme ! dit Montriveau lorsque les tour- noiements de l'onde s'effacèrent dans le sillage du brick.

— On t'accorde le poëme, pour satisfaire à ce qui te reste de faiblesse humaine, camarade, dit de Marsay en lâchant avec grâce la fumée de son cigare. Ta duchesse !.. je l'ai connue. Elle ne valait pas ma Fille aux yeux d'or. Et cepen- dant je suis sorti tranquillement un soir de chez moi pour aller lui plonger mon poignard dans le cœur. Tu n'étais pas encore des nôtres !

Balzac enleva toutes les divisions de cette partie et lui donna pour la première fois le titre de la Duchesse de Langeais, qu'elle a gardé depuis, dans l'édition de Charpentier in-12, 1839, qui ne contient que les deux premiers épisodes de Yllisloire des Treize. Ce n'est qu'en 1843 qu'il enleva la note de cet épisode et y mit une dédicace, dans le tomel de la troisième édition des Scènes de la Vie parisienne (pre- mière édition de la Comédie humaine, tome IX).

Le troisième et dernier épisode : la Fille aux yeux d'or, annoncé d'abord sous le titre de la Femme aux yeux rouges, parut inédit en volumes en 1834-1835, dans les tomes III et IV de la première édition des Scènes de la Vie parisienne, accompagné d'une note datée de Meudon, 6 avril 1835 (voir tome XXII, page 39Zi). Cette version était divisée en trois chapitres dont le premier seul, Physionomies pari- siennes, daté de Paris, 15 mars 183/1, parut à la fin du tome III, en avril 1834, précédé de cette épigraphe :

« Tout mouvement exorbitant est une sublime prodigalité d'existence. » {Traité cornplet de la vie élégante, théorie de la démarche; ouvrage inédit de l'auteur.)

Quant aux deux autres : Singulière bonne fortune et la Force du sang, datés de Meudon, 6 avril 1835, ils ouvrirent le tome IV, en novem- bre 1835. Le premier chapitre de cet épisode, dont la fin coïncide dans l'édition actuelle avec la ligne 31 de la page 276, contient des frag-

�� � 110 HISTOIRE

ments de deux articles de Balzac, publiés antérieurement; l'un : le Petit mercier, qui va de la ligne 20 page 253, à la ligne 17 page 255, parut dans la Caricature du 16 décembre 1830; mais il est réimprimé si différemment, que nous avons cru bien faire d'en conserver la version primitive dans les Œuvres diverses (voir tome XXIII, page213); l'autre, les Jeunes gens de Paris, parut en 1834 dans le tome IV du Nouveau Tableau de Paris au xix e siècle, sept volumes, par divers, chez Madame Charles Béchet, 1834-1835. Ce dernier morceau est incomplet dans la Fille aux yeux d'or ; il va dans la présente édition de la ligne 15 de la page 269, à la ligne 5 de la page 272, où. après les mots « sans avoir un sou », on lisait dans le Nouveau Tableau de Paris:

II existe encore certains béjaunes qui arrivent de province, et auxquels les jeunes gens à la mode apprennent l'art d'écorner proprement une succession. Ces écervelés périssent à Paris s'ils ne se réservent pas un dernier gâteau à manger dans leur province, quelque établissement certain. Malheur à ces héritiers, passés -ans transition de leurs maigres cent francs par mois à toute la fortune paternelle, s'ils n'ont pas assez d'esprit pour s'apercevoir que l'on se moque d'eux. « C'était un pauvre garçon! » est l'oraison funèbre destinée à ces infortunés qui viennent découvrir à Paris, moyennant quelques billets de mille francs, la valeur exacte des harnais, l'art de ne pas trop respecter ses gants, y entendre de savantes médita- tions sur les gages à donner aux gens, et chercher quel forfait est le plus avan- tageux à conclure avec eux. Après un an ou deux, ils savent parler en bons termes de leurs chevaux, de leur chien des Pyrénées; ils peuvent reconnaître, d'après la mise, le marcher, le brodequin, à quelle espèce appartient une femme; jouer l'écarté, retenir quelques mots à la mode, et conquérir, par leur séjour dans le monde parisien, l'autorité nécessaire pour importer plus tard en province le goût du tlié, l'argenterie à forme anglaise, et se donner le droit de tout mépriser autour d'eux pendant le reste de leurs jours.

Presquç toujours ces pigeons, attirés dans la grande maison de prostitution appelée Paris, y choisissent un parrain parmi les jeunes gens à la mode, et, comme une corvette timide qui Be tienl dans les eaux d'une frégate, ils en suivent les mou- vement8 avec la ferveur d'un élève qui n'en est qu'à copier des nez ou des bras. Le parrain, lui, prend son pigeon, son béjaune, sa corvette, son élève en amitié pour s'en servir dans le monde, comme un hardi spéculateur se serl d'un commis de confiance. L'amitié fausse ou vraie de leur parrain est pour ces niais une position île, et ils s.' croient déjà forts en exploitant à leur manière leur ami intime, ils vivent dans le reflet de leur ami, se mettent ((instamment sous son parapluie, ils en chaussent les bottes, ,el sedorenl à pes rayons. En Be posant près de leur par- rain ou même en marchant tés, ils ont l'air de dire: « Ne nous insultez

pas ! nous soin me- deux vrai- tigres ! » Souvent ils se pènnetteni de dire avec fatuité : c Si je demandais telle ou telle chose à un tel, il est assez mon ami pour le faire...»

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. III

Mais ils ont soin de ne jamais rien demander à un tel. Ils le craignent, et, quoique imperceptible, la crainte que témoigne le pigeon réagi sur les autres, et sort à un tel.

— C'est un fier homme que un tel, dit le pigeon. Ha! ha! vous verrez, il sera ce qu'il voudra être. Je ne m'étonnerais pas de le trouver un jour ministre des affaires étrangères. Rien ne lui résiste.

Puis le pigeon fait de un tel ce que le caporal Trim faisait de son bonnet, un enjeu perpétuel.

— Demandez à un tel, et vous verrez !

Ou bien : « L'autre jour, nous chassions, un tel et moi ; il ne voulait pas me croire, j'ai sauté un buisson sans bouger de mon cheval ! »

Ou bien : « Nous étions, un tel et moi, chez des femmes, et, ma parole d'hon- neur, j'étais, etc. »

Un beau jour, si vous demandiez à un tel s'il connaît M. Paul de Manerville, l'héritier débarqué, un tel le définirait ainsi : «Vous me demandez ce que c'est que Paul? Mais Paul... c'est Paul de Manerville ! »

Parmi les jeunes gens à la mode, il s'est formé, depuis la révolution de Juillet une secte nommée la secte des négateurs. Le négateur est celui qui, ne sachant rien, nie tout pour en finir avec toute espèce de choses. Là où l'ignorant fait une tache, le négateur fait un trou. Il nie le gouvernement, il nie la légitimité, il nie Philippe, il nie Henri, il ne nie pas Dieu, parce que pour lui Dieu n'existe pas; il ne nie que ce qui existe ; il nie la liberté, il nie la république, il nie l'aristocratie, il nie le peuple, il nie la science, il vous nie la négation ; seulement, il ne nie pas le niais; acte d'humilité dont il faut lui tenir compte.

Les sécateurs sont une secte qui s'est formée pour contrecarrer les négateurs. Le sécateur tranche, affirme ; avec lui tout existe. Il dit : « Vous êtes un sot, » là où le négateur dit : «Vous n'êtes rien du tout. » Le sécateur est généralement plus riche, plus impertinent, plus spirituel que ne l'est le négateur. Nier est une impuissance, affirmer est l'abus de la force. L'un agit, l'autre proteste.

Quand un sécateur et un négateur se rencontrent, la conversation marche assez bien ; et, s'ils sont gens de bonne compagnie, il n'y a pas de duel ; mais, s'il survient des seconds, ils ne s'entendent plus, parce que deux négations font une affirmation et ils s'embarrassent au point de dire quelque chose de juste qu'il est cependant assez difficile de deviner à cause des opérations algébriques qu'il faut faire pour soustraire les fausses quantités ; aussi quelques étrangers qui savent le français, sont-ils fort étonnés quand ils se trouvent sous les feux croises d'une batterie négatrice répondant à l'artillerie sécatrice.

Néanmoins, croyez-moi, je vous affirme qu'il existe entre ces deux termes des jeunes gens qui ne sont rien, qui semblent n'avoir été créés que pour porter des pantalons, et qui ont beaucoup de succès auprès des femmes, précisément parce qu'ils portent des pantalons.

En 1843, l'auteur enleva la note de cette partie, et la dédia pour la première fois dans le tome I de la troisième édition des Scènes de

�� � la Vie parisienne (première édition de la Comédie humaine, tome I\). Voir la préface de la première édition des Scènes de la vie parisienne, datée de Paris 30 août 1835, tome XXII, page 391.

XLI. Histoire de la grandeur et de la décadence de César Birotteau, daté de Paris, novembre-décembre 1837. Dédié à Alphonse de Lamartine. Cet ouvrage, destiné d’abord à former les tomes V à X de la quatrième édition des Eludes philosophiques, parut inédit en décembre 1837, daté de 1838, deux volumes in-8° chez l’éditeur, 5 rue Coq- Héron, c’est-à-dire au bureau du Figaro d’alors, qui, de moitié avec l'Estafette, donnait cet ouvrage en prime à ses abonnés. Il était précédé d’une préface (voir tome XXII, page 695), et divisé comme suit :

lre partie : César à son apogée.

1. Une altercation de ménage.

2. Antécédents de César Birotteau.

3. Les germes du malheur.

i. Dépenses excessives.

5. Un vrai philosophe, un grand chimiste.

6. Les deux astres.

7. Le bal.

2e partie : César aux prises avec le malheur.

8. Quelques éclairs,

9. Le coup de foudre.

10. La haute banque.

11. Un ami.

12. Le dernier jour d’un failli.

13. Le dépôt d’un bilan.

3e partie : Triomphe de César

14. Histoire générale des faillites.

15. Le plus beau spectacle que l’homme puisse offrir à son semblable.

16. Au ciel.

Toutes ces divisions de chapitres ont disparu en 1839, dans l’édition in-12 publiée par Charpentier, laquelle n’a plus gardé que l’indica- tion et les titres des trois parties; aujourd’hui, elle n’a plus que les deux premiers de ces sous-titres, changement exécuté lors de l’entrée de César Birotteau dans le tome II de la troisième édition des Scènes de la Vie parisienne (première édition de la Comédie humaine, tome X), où il prit place en 1844, dédié pour la première fois.

M. 11. Ea Maison Nucingen, daté de Paris, novembre 1837. Dédié à madame Zulma Carraud (et non Caraud, comme l’indique par erreur la présente édition). Ce récit, longtemps annoncé sous son titre et sous celui de la llunie Banque, dut paraître d’abord dans la Presse, ainsi que le constate une note qu’on trouveraplus loin dans l’article sur le Curé DI-:S ŒUVRES DE BALZAC. 113

de village. Il parut enfin inédit et daté avec la Femme supérieure (les Employés) et la Torpille (Splendeurs et Misères des courlisanes, pre- mière partie), en octobre 1838, deux volumes in-8° chez VV'erdet, avec préface collective datée des Jardies, 15 septembre 1838 (voir tome XXII, page 696). La dédicace était celle d'aujourd'hui, sous le titre d'Envoi à madame Zulma Carraud, à Frapesle, les Jardies août 1838, date qui a été supprimée en 18Ziù, lorsque ce récit entra dans le tome III de la troisième édition des Scènes de la Vie parisienne (première édition de la Comédie humaine, tome XI).

TOME II.

XLI1L Splendeurs et Misères des courlisanes. I. Comment aiment les filles. II. A combien l'amour revient aux vieillards. III. Où mènent les mauvais chemins. IV. La Dernière incarnation de Vautrin, daté de décembre 18Z|7 (ce qui est doublement fautif et inexact, on le verra plus loin). Dédié au prince Alfonso Serafino di Porcia, dédicace datée de juillet 1838. La moitié environ de la première partie de ce long récit parut inédite sous le titre de la Torpille, avec la Femme supé- rieure (les Employés) et la Maison Nucingen en deux volumes in-8°, chez Werdet, octobre 1838, accompagnée de la dédicace, adressée à Milan et non datée, et de la préface collective datée des Jardies, 15 septembre 1838, dont nous avons déjà parlé (voir tome XXII, page 696). Ce fragment, qui avait dû paraître dans la Presse, comme le constate une note qu'on trouvera plus loin, dans l'article sur le Curé de village, était alors divisé en trois chapitres : le Bal de l'Opéra, la Fille repentie, la Pensionnaire , et daté des Jardies, août 1838. Cette première publication s'arrête, dans notre édition, à la page 53, ligne 6, au mot : « diable ». Le complément de cette pre- mière partie et presque toute la seconde A combien revient l'amour aux vieillards, parut pour la première fois dans le Parisien, du 21 mai au 1 er juillet 1843, sous le titre iïEsther, ou les Amours d'un vieux banquier ; le journal réimprima toute la partie déjà connue et fit précéder sa publication de la note suivante :

La première partie d'Esther, ou les Amours d'un vieux banquier, n'a jamais paru dans aucun journal ; elle a été publiée par l'auteur sous le titre provisoire de la Torpille, et nous avons jugé qu'il était impossible, pour le sens du roman inédit, de ne pas donner les quelques feuilletons que prendra cette première partie, où l'inédit commence au chapitre XIV.

8

�� � Par suite d’une erreur d’impression dans les feuilletons, l’inédit commence aux chapitre XIII. Dans cette version, les trois chapitres primitifs de la Torpille sont subdivisés, on le voit, en treize chapitres nouveaux qui sont les premiers de l’ouvrage; nous allons en donner l’indication ainsi que celle de tous ceux qui suivent dans le journal :

lre partie : La Fille repentie.

1. Une vue du bal de l’Opéra.

2. autres masques.

3. La Torpille

4. Un paysage parisien.

5. Intérieur aussi connu des uns qu’inconnu des autres.

G. La confession d’un rat.

7. Ce que c’est que les filles.

8. Le rat devient une Madeleine.

9. Un portrait que Titien eût voulu faire.

2’ partie : Les Préparatifs d’une lutte.

1. Comment un loup-cervier rencontra le rat, et ce qui en advint.

2. Le désespoir d’une caisse.

3. Un abîme sous le bonheur d’Esther.

4. L’hôtel de Grandlieu.

5. Une fille de bonne maison.

6. La maison d’une bonne tille.

7. M. de Nucingen a l’œuvre.

8. Contcnson.

9. Jusqu’où la passion conduit.

��1(1. Une nostalgie.

11. Beaucoup de réflexions.

12. Un ami.

13. Où l’on apprend qu’il n’y avait pas de prêtre dans l’abbé Carlos Berrera.

14. Deux fameux chiens de garde.

15. Chapitre ennuyeux, car il explique quatre ans de bonheur.

10. Le père Canquoôlle.

11. Les mystères de la police.

12. Le ménage d’un espion.

13. Trois hommes forts aux prises.

1 L Nucingen, sur le point d’être heureux, s’adonne à la toilette.

15. Déceptions.

16. L’abbé gagne la première manche.

!• partie : La Monnaie d’une belle plie.

1. Faux abbé, faux billet-, fausses dettes, faux amour.

2. Cent mille francs placés en Asie.

3. Une première nuit.

4. Quelques clartés.

5. Profits et pértes.

6. Explications nécessaires.

7. Deux amours extrêmes aux prises.

8. Traité de paix entre l'Asie et la maison Nucingen.

9. Une abdication.

10. Esthèr reparait à fleur de Paris.

11. Une femme a pied.

12. Peyrade en nabab.

13. Un duel dans un fiacre.

14. Corentin gagne la seconde manche. DES ŒUVRES DE BALZAC. 11&

Cette partie se termine aujourd'hui page 214, avec la ligne 19. En réimprimant en novembre 1844 (daté 1845), cet ouvrage chez de Potter, en trois volumes in-8° avec préface (voir tome XXII, page 574), et suivi de : Échantillons de causeries françaises, (voir plus loin aux Œuvres diverses), l'auteur y ajouta une quatrième partie inédite, pro- mise et annoncée dans le journal le Parisien, mais qui n'y parut jamais ; il intitula le tout Splendeurs et Misères des courtisanes ; Esther. Voici les divisions de cette quatrième partie :

4 e partie : Les Peines de cœur d'un millionnaire.

��1. Une musique que les vieillards

entendent quelquefois aux Ita- liens.

2. Tout ce qu'on peut souffrir au

seuil d'une porto.

3. La scène est dans les loges.

4. Les désagréments du plaisir.

5. Les serpents s'entrelacent.

6. A la belle étoile.

��7. Une des mille souricières de Co-

rentin.

8. Mané, Thcccl, Phares.

9. Terrible serment de Corcntin.

10. Une souricière où se prend le rat.

11. Un adieu.

12. Les lamentations de Nucingon.

13. La vengeance de Corentin com-

mence.

��Ce sont les quatre parties de ces volumes qui forment maintenant les deux premières de l'œuvre, la seconde commençant aujourd'hui au chapitre II de la troisième partie de cette édition de 1844. Cette même année ces deux premières parties datées de Paris, juin 1843, et la dédicace datée d'août 1838, entrèrent dans le tome III de la troisième édition des Scènes de la Vie parisienne (première édition de la Comédie humaine, tome XI), la première partie sous le titre d 1 Esther heureuse, et la seconde sous le titre actuel. Enfin, dans l'édition défi- nitive, cette première partie change encore son titre contre celui de Comment aiment les filles et la dédicace y prend la date de juillet 1838. Il y a à la ligne 34 de la page 111, une note que Balzac avait ajoutée sur son exemplaire pour renvoyer à cet endroit le lecteur aux Frères de la consolation; or, cet ouvrage porte aujourd'hui le titre de l'Envers de l'histoire contemporaine.

La troisième partie : Où mènent les mauvais chemins, parut pour la première fois, divisée en chapitres, dans l'Époque du 7 au 29 juil- let 1846, sous le titre de : une Instruction criminelle; la même année elle parut pour la première fois en volume, sous son titre actuel, datée de mars 1846, dans le tome IV de la troisième édition des Scènes de la Vie parisienne (première édition de la Comédie humaine, tome XII)

�� � 116

��HISTOIRE

��En 18A7 enfin, cette partie parut encore séparément en deux yoI urnes in-8°, chez Souverain, sous le titre d'un Drame dans les prisons, suivie d'Esquisse d'homme d'affaires (les Roueries d'un créancier). Cette ver- sion, imprimée sur celle du journal l'Époque, était divisée en chapitres, supprimés dans la Comédie humaine et dont voici les titres :

��l r ' partie : La Conciergerie.

1. Le panier " salade.

•1. Les deux patients.

3. Du droit criminel mis à la portée des gens du monde.

i. Le Machiavel du bagne.

5. Une victoire remportée sur la mise au secret.

G. Histoire historique, archéolo- gique, biographique, ancedo- tique et physiologique du Palais de justice.

7. Continuation du même sujet.

8. Manière de se servir de touteela.

9. Comment on écroue.

10. Comment les deux prévenus

prennent leur mal.

11. Ce qu'est un juge d'instruction, à

L'usage de ceux qui n'en ont pas.

12. Le juge d'instruction dans l'em-

barras.

2" partie : La Torture moderne.

27. Observation.

28. Comme quoi le forçat prouve qu'il

est un homme de marque.

29. Admirable invention de Jacques

Collin.

30. Fin contre fin. quelle en sera la

fin? .'il . La marque esl abolie. 32 Coups de pointes el parades. 33. États de Bervice d'Asie. 3i. Reconnaissance de plusieurs

connais : -■

',.*). Audace du prévenu.

16. i n incident.

��13.

��14.

15. 16. 17. 18.

19. 20.

21.

22

23. 24,

25 26

��Comme quoi les chambres à cou- cher sont souvent des cham- bres de délibération.

De la police e.t de ses cartons.

Un produit de palais.

Une influence.

Un piège à forçat.

Jacques Collin au secret remue le monde.

Asie à l'œuvre.

Une vue de la salle des Pas- Perdus.

Massol rêve au mariage.

A quoi servaient Massol et le king's dog?

Asie au mieux avec la duchesse.

Une belle douleur.

i n t\ pe de Parisienne.

Asie en paysan du Danube.

��37. Assez.

38. Où l'on voit que la justice est et

doit être sans cœur.

39. Le juge reprend tous ses avan-

tages.

40. Mélancolie particulière aux juges

d'instruction.

41. Dangers que court l'innocence

au Palais.

42. Où tous ceux qui ont fait des

finies trembleront de compa- roir devant un tribunal quel conque.

�� � DES OEUVRES DE BALZAC.

��117

��43. Los deux morales.

44. Le coup de massue.

45. Le juge à la torture.

46. Monsieur le procureur général.

47. Est-il trop tard?

48. Tout ce que font les femmes à

Paris.

49. Tout ce que peuvent les femmes

à Paris.

��50. Histoire de rire.

51. Où le dandy et le poëte se re-

trouvent.

52. Difficulté du suicide en prison.

53. Une hallucination.

54. Un drame dans la vie d'une

femme à la mode.

55. Comment tout finit.

��Dans l'édition définitive, outre les chapitres, l'auteur a encore enlevé la date.

La quatrième et dernière partie, la Dernière Incarnation de Vau- trin, portant d'emblée ce titre, parut pour la première fois dans la Presse (qui l'avait achetée au journal défunt l'Époque), du 13 avril au k mai 1847. (C'est donc décembre 1846 qu'il faut lire à la date au lieu de 1847, date doublement fautive, puisqu'elle est donnée dans cette édition comme celle de tout l'ouvrage, tandis qu'elle est même inexacte au bas de la dernière partie seule.) Elle y était divisée ainsi :

��l re partie : Les Mystères du préau.

1 . Les deux robes.

2. L'homme au secret.

3. Le préau de la conciergerie.

4. Essai philosophique, linguistique

et littéraire sur l'argot, les filles et les voleurs.

��5. Sa Majesté le Dab.

6. La chambre du condamné à

mort.

7. Un singulier procès criminel.

8. Ou mademoiselle Collin entre en

scène.

��2 e partie : Entre le procureur général et Jacques Collin.

��9. Une séduction.

10. Les trois visites de madame Ca-

musot.

11. Un grand personnage destiné à

l'oubli.

12. Un coup de théâtre.

13. Le crime et la justice en tète à

tète.

��14. Début de Jacques Collin dans la

comédie.

15. Messieurs les Anglais, tirez les

premiers.

16. Où Jacques Collin abdique sa

royauté de Dab.

17. Conclusion.

��La Dernière Incarnation de Vautrin parut la même année (1847, daté 1848) en trois volumes in-8° chez Chlendowski, avec sa division en chapitres, et suivie de : les Martyrs ignorés et une Rue de Paris et son habitant (voir aux Œuvres diverses). Voici les divisions de cette édition :

�� � 118

��HISTOIRE

��l r partie : Les Mystères du prçau.

1. Les deux robes.

2. Projets d'Amélie.

3. Observation magnétique.

4. L'homme au secret. '). Les adieux.

6. Le préau de la Conciergerie.

7. Essai philosophique, linguis-

tique et littéraire sur l'argot, les filles et les voleurs.

8. Les grands fanandels.

��0. L'entrée du sanglier.

10. Sa Majesté le Dab.

11. Ruse contre ruse.

12. La chambre du condamné à

mort.

13. I ii singulier procès criminel, li. Chariot.

15. La confession.

1G. Où mademoiselle Collin entre en scène.

��partie : Entre le procureur général et Jacques Collin.

��17. Une séduction.

18. Première incarnation.

19. Première visite de Madame Ca-

inusot.

20. Deuxième visite de madame Ca-

musot.

21. Un grand personnage destiné à

l'oubli. { 22» L'obscur et puissant Corentin. ! 23. Souffrances d'un procureur gé- néral. 24. Que faire? 2r>. On coup de théâtre.

26. Le crime et la justice en tête à tète.

27. L'innocence de Théodore.

28. Le dossier des grandes dames.

29. Début de Jacques Collin dans la

comédie.

��30. Histoire de la Rousse.

31. Comment Paccard et Prudence

vont s'établir.

32. Le gibier deviendra chasseur.

33. Messieurs les Vnglais, tirez les

premiers.

34. Une ancienne connaissance.

35. Perspective d'une position.

36. Désappointement.

37. Où Jacques Collin abdique sa

royauté de Dab.

38. Suite de l'abdication.

39. L'enterrement.

40. Où Trompe-la-Mort s'arrange

avec la Cigogne.

41. Le médecin. Conclusion.

��En 1855, année où fut publiée chez madame Houssiaux la première édition des tomes XVIII a XX des œuvres de Balzac 'tomes complémen- taires de La première édition de la Comédie humaine), cette dernière partie de Splendeurs et Misères des courtisanes entra, portant pour la première fois la date fautive de décembre 18&7, et toutes divisions de chapitres supprimées, dans le tome \\lll. Enfin, dans L'édition dé- finitive, tes quatre parties de cette <euvre importante sont aujourd'hui pour la première fois réunies.

\LI\. Les Secrets de la princesse de Caditjnan, daté desJardies, juin 1839. Dédié à Théophile Gautier. Imprimé pour la première

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC.

��119

��fois, avec sa dédicace, dans la Presse des 20 au 26 août 1839, daté des Jardies, juillet 1839, sous le titre de la Princesse parisienne, et en 1840, sous le même titre, en un volume in-8° chez Souverain, for- mant le tome I du Foyer de l'Opéra, recueil par divers auteurs; ce récit était, depuis sa première publication divisé, en chapitres dont voici les titres :

��1. Le bilan d'une jolie femme.

2. Le dernier mot de deux grandes

coquettes.

3. D'Arthez.

4. La princesse à l'œuvre.

��5. Le prince mis en jeu.

6. Les préparatifs du mensonge.

7. Confession d'une jolie femme.

8. Horrible épreuve.

��Dans l'édition du Foyer de l'Opéra, les chapitres ne portent pas de titres et l'ouvrage est dédié ainsi :

A Théophile Gautier, Son ami,

H. de Balzac.

Il ne prit le titre qu'il porte aujourd'hui qu'en I8hà, en entrant, toutes divisions de chapitres supprimées, dans le tome 111 de la troi- sième édition des Scènes de la Vie parisienne (première édition de la Comédie humaine, tome XI).

XLV. Facino Cane, daté de Paris, mars 1836. Imprimé pour la première fois dans la Chronique de Paris du 17 mars 1836, ce récit parut pour la première fois en volume, daté, en 1837, dans le tome XII de la quatrième édition des Éludes philosophiques. En 1844, il entra dans le tome III de la troisième édition des Scènes de la Vie parisienne (première édition de la Comédie humaine, tome XI). L'auteur y ajouta cette dédicace : « A Louise, comme un témoignage d'affectueuse reconnaissance, » qu'il a enlevée sans la remplacer par aucune autre dans cette édition. Ce conte a paru aussi, sous le titre de : le Père Canet, avec la Muse du département et Rosalie (Albert Savarus), mys- tères de province, quatre volumes in-8° chez Souverain, 1843.

XLVI. Sarrasine, daté de Paris, novembre 1830. Dédié à Charles de Bernard du Grail. Imprimé pour la première fois dans la Revue de Paris du 28 novembre 1830, en deux chapitres : les Deux Portraits et une Passion d'artiste, ce récit avait alors en tête de chacun une épi- graphe, supprimée depuis, que nous recueillons ici :

�� � 120 HISTOIRE

��I.

��Croyez-vous que l'Allemagne ait seule le privilège d*ètre absurde et fan- tastique"?

II.

Les femmes soupçonnent-elles la force d'une vraie passion dans un cœur d'homme?

Il parut pour la première fois en volume en 1831, à la suite de la deuxième édition de la Peau de chagrin, publié sous le titre de Romans et Contes philosophiques, chez Ch. Gosselin, trois volumes in-8°, et entra, daté, dans le tome IV des Scè?ies de la Vie parisienne lors de leur première édition, en 1834-1835. La dédicace n'y fut ajoutée qu'en 1844 dans le tome II de la troisième édition des Scènes delà Vie parisienne première édition de la Comédie humaine,, tome X).

XLVII. Pierre Grassou, daté de Paris, décembre 1839. Dédié au lieutenant-colonel d'artillerie Périollas. Imprimé pour la première fois en 1840 dans Babel, recueil par divers auteurs, quatre volumes in-8° ou six volumes in-18, au choix, chez Renouard, ce récit parut pour la première fois dans les œuvres de Ralzac, encore en 1840, après J'ierrette, deux volumes in-8° chez Souverain; il entra en 1844, aug- menté de sa date et de sa dédicace, dans le tome III de la troisième édition des Scènes de la \'ie parisienne (première édition de la Comé- die humaine, tome \l^.

TOME III

\I.VIII. Les Parents pauvres. I. La Cousine Bette. II. Le Cousin Pons, daté de Paris, juillet 1846 — mai 1847. Dédié à don Michèle An- gelo Cajetani, prince de Teano, dédicace datée de Paris, aortt-sep- tembre 1846. Ces deux récits ont paru, pour la première fois, sous 1<> titre de : Histoire des parents pauvres, la Cousine Bette et les Deux Musiciens, diuis le Constitutionnel; la cousine Bette, avec la dédicace actuelle, du 8 octobre au 3 décembre 1846, et le Cousin Pons (titre remplaçant les />>«r musiciens) du 18 mars au 10 mal 1847, accom- pagné d'une préface que nous avons retrouvée trop tard pour pouvoir la faire passer dans le tome XXII, avec toutes celles que l'auteur avait supprimées dans la Comédie humaine. Nous la donnerons plus loin. Cette version de la Cous, ne Belle, de même que la première édition de librairie qui forme, suivie du Cousin Pons, douze volumes in-8*

�� � paras chez Chlendowski et Pétion, en 18Zi7-18Zi8, est divisée en chapitres, et voici d’abord les titres de la version du Constitutionnel :

1. Où la passion va-t-elle se nicher.

2. Atroces confidences.

3. Une belle vie de femme.

i. Un caractère de vieille fille plus commun qu’on ne pense.

5. Entre vieille et jeune fille.

6. Où l’on voit que les jolies femmes se trouvent sous les pas des libertins, comme les dupes vont au-devant des fripons.

7. Aventure d’une araignée qui trouve dans sa toile une belle mouche trop grosse pour elle.

8. Le roman du père et celui de la fille.

9. Où le hasard, qui se permet des romans vrais, mène trop bien les choses pour qu’elles aillent longtemps ainsi.

10. Acte de société d’une lionne et d’une chèvre, sous signature privée et non enregistré.

11. Transformation de la cousine Bette.

12. De la vie et des opinions de M. Crevel.

13. Dernière tentative de Caliban sur Ariel.

14. Où la queue des romans ordinaires se trouve au milieu de cette histoire trop véridique, assez anacréontique et terriblement morale.

15. Bilan de la société Bette et Valérie : compte Marneffe.

16. Bilan de la société Bette et Valérie : compte Fischer.

17. Le bilan de la femme légitime.

18. Un revenant à revenus.

19. Scènes .de haute comédie féminine.

20. Deux confrères de la grande confrérie des confrères.

21. Ce qui fait les grands artistes.

22. Artiste, jeune et Polonais, que vouliez-vous qu’il fit?

23. La première querelle de la vie conjugale.

24. Les cinq pères de l’église Marneffe.

25. Résumé de l’histoire des favorites.

26. Sommation sans frais et avec dépens.

27. Son, recoupe et recoupette.

28. Une courtisane sublime.

29. Fin de la vie et des opinions de Célestin Crevel.

30. Très-court duel entre le maréchal Hulot, comte de Forz- heim, et Son Excellence monseigneur le maréchal Cottin, prince de Wissembourg, duc d’Orfano , ministre de la guerre.

31. Le départ du père prodigue.

32. L’épée de Damoclès.

33. Anges et diables attelés à la même action.

34. La vengeance à la poursuite de Valérie.

35. Un dîner de lorettes.

36. Le paradis économique de Paris en 1840.

37. Accomplissement des prophéties faites en riant par Valérie.

38. Retour du père prodigue.

La publication de cet ouvrage fut accompagnée dans le Constitutionnel de trois notes que nous allons transcrire ici; la première, publiée dans le numéro du 20 octobre 184G, a trait au titre de comte de Forzheim donné par l’empereur au général Hulot (page h, ligne 2), et à la situation d’adjoint attribuée à Crevel, changée aujourd’hui en celle d’ancien adjoint (page 3, ligne 10) ; la voici :

Le profond respect que je porte à la grande-armée et à l’empereur, m’oblige à répondre à la lettre suivante, qui m’est adressée par la voie du Constitutionnel :

Monsieur,

Dans votre nouveau roman: les Parents pauvre*, il vous plaît de faire conférer par l’empereur, au général Hulot, le titre de comte de Forzheim. En vérité, l’empereur n’aurait mieux su s’y prendre pour combler de ridicule un des braves de son armée. Que diriez-vous, monsieur, d’un personnage qui se ferait appeler le marquis de la Pétaudière?

Nous autres Français, nous ne saurons jamais que notre langue. Il n’y aurait donc guère d’inconvénient, si vos œuvres, à juste titre, ne jouissaient d’une vogue européenne.

Veuillez bien agréer, monsieur, ces observations de la part d’un de vos admirateurs les plus sincères.

Je déclare ne savoir aucun mot d’allemand. 11 m’est d’ailleurs impossible de me livrer à l’étude de cette magnifique et très-estimable langue, tant que je ne saurai pas parfaitement la langue française; et je la trouve si peu maniable après vingt ans d’étude, que je ne pense pas, comme mon bienveillant critique, que, nous autres Français, nous sachions notre langue; si nous ne savions que cela, nous le -aurions mieux. Venons au reproche qui taxerait de légèreté mon Napoléon de la Comédie humaine. Si je ne sais pas l’allemand, je connais beaucoup l’Allemagne, et j’ai l’honneur d’affirmer à l’auteur de cette lettre que je suis passé environ neuf fois par la ville de Forzheim, située sur les frontières des Etats de Bade et du Wurtemberg, dette ville est une des plus jolies et des plus coquettes de cette contrée, qui en compte tant de charmantes. C’est là qu’en 1809 le héros des Chouans a livré le brillant combat en souvenir duquel, après Wagram, Napoléon le nomma comte du nom de cette ville, selon son habitude de rattacher sa nouvelle noblesse à de grands faits d’armes. Cette affaire est le sujet d’une de mes Scènes de la Vie inilitiiire. Si mon critique anonyme sait l’allemand, je suis fâché de voir qu’il n’est pas plus fort en géographie, que moi sur la langue germanique. Subsidiairement, t,i Forzheim veut dire Pétaudière, Bicoque en Italie a immortalisé ce nom bizarre; puis nous avons ou les ducs de Bouillon, et nous comptons, nous antres amateurs des vieilles chroniques, plus do vingt noms, célèbres au temps de-, croisades, qu’on ne peut plus imprimer aujourd’hui, tantilssont ridicules ou indécents. Cinq familles françaises (entre autres, les Bonnechose) ont été autorisées par lettres patentes à changer quelques-uns de ces noms qui, dans le vieux temps, avaient bien leur prix. Enfin, Racine, Corneille, Lafontaine, Harot, les deux Itousscau, Cuvier, Pico- lomiiii. Facino Cane, Marceau, Cœur, Bart, etc., ont surabondamment prouvé que les noms deviennent ce que sont les hommes, et que le génie, comme le courage, transforment en auréole les vulgarités qui les touchent. DES ŒUVRES DE BALZAC. 123

Une observation, plus grave que celle-ci, et qui m'oblige à grossir cette note, est celle relative à M. Crevel. Ce personnage a dû donner sa démission d'adjoint pour être capitaine de la garde nationale. Ce défaut de mémoire légale sera réparé.

Je remercie, d'ailleurs, mon critique de l'intérêt qui ressort pour un écrivain,

de toute observation, même erronée.

L'Auteur.

Dans le numéro du 28 octobre, nouvelle note sur le même sujet :

Quand on a passé souvent par cette ville (Forzhcim), on ne peut pas ne point avoir lu sur les poteaux Pforzhelm (sic). Mais nous avons jugé cette orthographe incompatible avec la prononciation française, et nous avons mis Forzhcim comme nous disons Mayence pour Mainz. D'ailleurs, Forzhcim, m'écrit un Allemand, ne veut pas dire Pétaudière, il faudrait Furzheim. Pforzheim n'est pas un mot de la langue germanique. Les Romains (au temps de Jules-César) fondèrent cette ville et la nommèrent, à cause de sa situation : Porta Hercinœ, c'est-à-dire : Porte de la forêt Noire. Au moyen âge, on a dit Phorcœ, par abréviation ; puis le peuple a donné une terminaison germanique au mot latin abrégé; de là Pforzheim! En tous pays, les noms sont le résultat de ces bizarres transformations. La Ferté-sous- Jouarre et Aranjuez sont, dans chaque pays, la corruption à' Ara Jovis, Autel de Jupiter.

Pforzheim, célèbre d'ailleurs par ses trois cents soldats qui, dans la guerre de Trente ans, succombèrent à la manière des trois cents Spartiates de Léonidas, a vu naître Reuchlin et Gall.

J'ajoute cette note pour en finir sur ce point, car j'ai reçu onze lettres à ce sujet. La géographie a ses périls.

La dernière note est relative au fait d'armes raconté page 290, ligne 30 de cette édition; la voici, extraite du numéro du 18 no- vembre 1846 :

Pour éviter les réclamations, nous mettrons ici en note que cet admirable fait d'armes appartient au général Legrand, qui alla vers cette triple redoute comme à une fête, ayant au cou une chaîne des cheveux blonds de sa femme, aujourd'hui madame J... de F... Il y a des héroïsmes qu'on ne peut pas inventer, il faut les prendre tout faits. Napoléon fut jaloux de cette affaire. R vint et dit : « On aurait pu tourner la position; vous avez pris le taureau par les cornes. » Après une longue disgrâce, Masséna, dit le général Pelet, qui a rapporté ce mot de Napoléon dans son Histoire de la campagne de 1809, avait un commandement, en chef; il voulait stupéfier les Allemands par un coup d'éclat, et ce fut le prélude de ses exploits à Gross-Aspern et à Wagram.

Cette précaution oratoire, mise en avant uniquement à cause de l'immense publicité de ce journal, est nécessaire pour prévenir les critiques. On aurait égale- ment tort de prêter à l'auteur l'intention de viser au portrait. Le maréchal Cottin,

�� � 124

��HISTOIRE

��prince do Wissembourg, le Directeurdu personnel, etc., sont des personnages né- cessaires dans la Comédie humaine; ils y représentent des choses et ne seront jamais des personnalités. Quand Molière introduisit un monsieur Loyal dans Tar- tufe il faisait l'Huissier, et non tel huissier. C'était le fait et non un homme.

Voici maintenant les divisions de la Cousine Bette en volumes :

��\. Où la passion va-elle se nicherl

2. De beau-père à belle-mère.

3. Josépha.

i. attendrissement subit du par- fumeur.

5. Comment on peut marier Les belles filles sans fortune.

C. Le capitaine perd la bataille.

7. Une belle vie de femme.

S. Bortense.

9. Un caractère de vieille fille. 10. L'amourou\ de Bette.

H. Entre vieille et jeune fille.

12. M. le baron Hector Hulot

d'Ervy.

13. Le Louvre.

U. Où l'on voit que les jolies fem- mes S e trouvent bous les pas des libertins comme lesdupes vont au-devant des fripons.

15. Le ménage Marneffe.

10. La mansarde dis artistes.

17. Histoire d'un exilé.

18. Aventure d'une araignée qui

trouve dans sa toile une belle mouche trop grosse pour elle. une' on s,, quitte au treizième ai rondissement.

20. I uede perdue,unede retrouvée.

21. Le roman de la tille.

'ïl. Laissez faire les jeunes filles.

23. Une entrevue.

24. Où le ha<ard, qui se permel sou-

vent des romane vrais, mène trop bien les choses pour qu'elles aillent longtemps ainsi.

��25. Stratégie de Marneffe. 20. Terrible indiscrétion. 27. Confidences suprêmes. 2S. Transformation de la Bette.

29. De la vie et des opinions de

M. Crevel.

30. Suite du précédent.

31. Dernière tentative deCalibansur

Uiel.

32. La vengeance manquée.

33. Comment se font beaucoup de

contrats de mariage.

34. Un magnifique exemplaire de

Séide.

35. Où la queue des romans ordi-

naires se trouve au milieu de cette histoire trop véridique, assez anacréontique et terri- blement morale.

36. Les deux nouvelles mariées.

37. Réflexions morales sur l'immo-

ralité.

38. Où l'on voit l'effet des opinions

de Crevel.

39. Le bel Hulot démantelé.

40. Une des sept plaies de Paris.

41. Espérances de la cousine Bette.

42. A quelles extrémités les liber-

tins réduisent leurs femmes légitimes.

43. La famille attristée.

44. Le dincr.

.'). On revenant à revenus.

40. A quel âge les hommes i lionnes

fortunes de\ iennent jaloux. 47. Une première scène de haute co- médie féminine.

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC.

��125

��ï8. Scène digne des loges.

49. Deuxième scène de l'autre co-

médie féminine.

50. Crcvel se venge.

51. La petite maison du sieur Crc-

vel.

52. Deux confrères de la grande

confrérie des confrères.

53. Deux vrais enragés buveurs.

54. Autre vue d'un ménage légitime.

55. Ce qui fait les grands artistes. 50. Effets de la lune de miel dans les

arts.

57. De la sculpture.

58. Où l'on voit la puissance de ce

grand dissolvant social,' la misère.

59. Considérations sur les mouches. (50. Une belle entrée.

61. Des Polonais en général et de

Steinbock en particulier.

62. Commentaires sur l'histoire de

Dalila.

03. Jeune, artiste et Polonais, que

vouliez-vous qu'il fît?

04. Retour au logis.

05. Le premier coup de poignard. 00. La première querelle de la vie

conjugale.

07. Un soupçon suit toujours le pre-

mier coup de poignard.

08. Un enfant trouvé.

00. Second père de la chambre Marneffe.

70. Différence entre la mère et la

fille.

71. Troisième père de la chambre

Marneffe.

72. Les cinq pères de l'église Mar-

neffe.

73. Exploitation au père.

74. Un triste bonheur.

75. Quels ravages font les madame

Marneffe au sein des familles.

��70. Résumé de l' histoire des favorites.

77. Audace d'un dos cinq pères.

78. Autre sommation. 70. La porte au nez!

80. Un réveil

81. Son, recoupe et recoupette.

82. Opération chirurgicale.

83. Réflexions morales.

84. Fructus belli, tout retombe sur

le ministre de la guerre.

85. Autre désastre.

86. Autre toilette.

87. Une courtisane sublime.

88. Crcvel professe.

89. Où la fausse courtisane se relève

une sainte.

90. Autre guitare.

91. Un trait du maréchal Hulot.

92. La mercuriale du prince.

93. Très-court duel entre le maré-

chal Hulot, comte de Forz- heim , et Son Excellence le maréchal Cottin, prince de Wissembourg, duc d'Orfano, ministre de la guerre.

94. Théorie des canards.

95. La mercuriale du frère.

96. Un bel enterrement.

97. Départ du père prodigue.

98. Où Josépha reparaît.

99. Une agrafe.

100. Le legs du maréchal.

101. Grands changements.

102. L'épée de Damoclès.

103. L'ami du baron Hulot. 10't. Le vice etla vertu.

105. Liquidation de la maison Thoul

et Bijou. 100. L'ange et le démon chassant de

compagnie.

107. Autre démon.

108. La police.

109. Changement du père Thoul en

père Thorec.

�� � 136

��HISTOIRE

��110. Une scène de famille.

111. antre scène de famille. 1 1.'. Effet de chantage. 113. Combabus.

1 1 i. Un dîner de lorettes,

115. Où l'on voit madame Nourris-

son à l'ouvrage.

116. Ce qu'est une petite mai-un

en 1840.

117. Dernière scène de haute comé-

die féminine.

118. La vengeance tombe sur Valé-

rie.

1 19. Le frère quêteur.

1 •_'(). Propos de médecin, 121. Le doigt de Dieu et celui du Brésilien.

��122. 123. 124. 125.

��126,

��127. 128. 129. 130. 131. 132.

��Le dernier mot de Valérie. Les derniers mots de Crevel. [ n des cotés de la spéculation. Où l'on ne dit pas pourquoi

les fumistes de Pari- son

tous Italiens. La nouvelle Atala tout au-s'

sauvage que l'autre et pas

aussi catholique. Continuation du précédent. Une reconnaissance. Le dernier mot d'Atala. Retour du père prodigu Éloge de l'oubli. Un dénoûment atroce, réel et

vrai.

��Voici maintenant l'avertissement du Cousin Pons que nous extrayons du Constitutionnel du 18 mars 18^6, et intitulé : Avertissement quasi littéraire.

��Primitivement, l'Histoire des parents pauvres devait commencer par la partie appelée les deux Musiciens; mais des raisons, qu'il serait superflu d'expliquer et qui ne concernenl que l'art littéraire, ont obligé l'auteur à la publier en dernier. La Cousine Bette n'avait pas encore pris ,-.■*; développements peut-être excessifs et du- a la nature même du sujet, qui ont fait d'une simple nouvelle presque un livre. Walter Scott, avec sa fine bonhomie, a dit le premier qu'il partait au débul d'une œuvre pour réaliser d« plans, la plupart du temps abandonnés dans l'exécu- tion, à propos d'un personnage ou d'un incident. Il y a des sujets qui deviennent de très-mauvais sujets, et des sujet- pauvres qui s'amendent. C'est dans la vie des romans comme dans la vie réelle.

i observations paraissent avoir tant de similitude avec l'annonce d'un iv_'i-- seur venant prévenu: le public que la basse, ne voulant pas faire remettre le spec- tacle, BOllicite l'indulgence du parterre pour un enrouement causé' par le vin de Champagne d'un dîner d'artistes, que l'auteur est obligé d'avouer qu'elles Boni uni- quement écrites pour expliquer aux abonnés du ('(institutionnel le changement du titre : les l> ■■< Iftwi iens en le Cousin Pons.

L'abonné n'est pas an lecteur ordinaire, il n'a pas cette liberté pour laquelle la P i combattu : C'est là ce qui le rend abonné. L'abonné, qui sul.it dos livres,

a douze raisons a vingt bous pièce dans la banlieue, quinze dans les départements et vingt à l'étranger, pour vouloir, pendant tout un trimestre, cinquante francs d'esprit, cent fraie- d'intérêt dramatique et sept francs de Btyle dans le feuilleton. Les écrivains ont imité l'abonné. Tou- ceux qui publient leurs ouvrages en feuille-

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC.

��127

��tons n'ont plus la liberté do la forme; ils doivent se livrer à des tours de force qui, depuis quelque temps, les assimilent, hélas! aux célèbres ténors; ils en ont les appointements et la gloire viagère. Or, dans l'intérêt de cet avenir trimestriel, il nous a paru nécessaire do rendre très-visible l'antagonisme des deux parties de l' Histoire des parents pauvres en appelant la seconde le Cousin Pons. Ceci est une raison bien plus décisive que toutes les autres; mais peut-être les esprits graves ne l*acceptcront-ils pas.

Note éminemment commerciale.

La prétention émise, dit-on, par la Société des Gens de lettres de considérer les réimpressions d'ouvrages achetés par les journaux, comme des reproductions, nous oblige à faire observer ici que l'auteur n'appartient plus, depuis longtemps, à la Société des Gens de Lettres; qu'il est libre de céder la reproduction de ses œuvres anciennes et nouvelles, en en garantissant la reproduction exclusive aux cession- naires.

Le Cousin Pons était aussi divisé dans le Constitutionnel en cha- pitres dont voici les titres :

��Première partie (sans titre).

1. Un glorieux débris de l'Empire.

2. La fin d'un grand prix de Rome.

3. Les deux casse-noisettes.

4. Une des mille jouissances des

collectionneurs.

5. Une des mille avanies que doit

essuyer un pique-assiette. C. Spécimen de portier (mâle et femelle).

7. Un vivant exemplaire de la fable

des Deux Pigeons.

8. Où l'on voit que les enfants

prodigues finissent par deve- nir banquiers et million- naires , quand ils sont de Francfort-sur-Mein.

��9. Où Pons apporte à la présidente un objet d'art un peu plus précieux qu'un éventail.

10. Une idée allemande.

11. Pons enseveli sous le gravier.

12. L'or est une chimère (paroles de

M. Scribe, musique deMeycr- beer, décors de Remonencq).

13. Traité des sciences occultes.

14. Un personnage des contes d'Hof-

mann.

15. Ragots et politique des vieilles

portières. 10. Corruption parlemontée. 17. Histoire de tous les débuts à

Paris.

��Deuxième partie : Les Crimes d'en haut et les crimes d'en bas.

��18. Un homme do loi.

19. Le fin mot de Fraisier.

20. La Cibot au théâtre. '21. Le Fraisier on fleur. 22. Avis aux vieux garçons.

��23. Où Schmucke s'élève jusqu'au

trône de Dieu.

24. Les ruses d'un testateur.

25. Le testament postiche.

20. Où la femme sauvage reparait.

�� � 128

��HISTOIRE

��•27. La mort comme elle est.

28. Continuation du martyr de

Schmacke, où l'on apprendra comment l'on meurt à Paris.

29. Où l'on voit que ce que l'on ap-

��pelle ouvrir une succession, consiste à fermer toutes les portes.

30. Les fruits du Fraisier.

31. Conclusion.

��Dans la première édition en volumes, dont nous avons pari»' à pro- pos de la Cousine Bette, le Cousin Pons fut aussi divisé en chapitres dont nous allons donner les titres, mais il ne fut plus divisé en par- ties.

��li>. 11.

12.

13. 14.

15. 16.

17.

��18. 19.

20. 21.

��Un glorieux débris de l'Empire.

Un costume comme on en voit peu.

La fin d'un grand prix de Home.

Où l'on voit qu'un bienfait est quelquefois perdu.

Les deux casse-noisettes.

Un homme exploité comme on en voit tant.

Une des mille jouissances des collectionneurs.

Où l'infortuné cousin se trouve t res-mal reçu.

Une bonne trouvaille.

Une fille à marier.

Une des mille' avanies que doit essuyer un pique-assiette.

Spécimen il portier (mâle et femelle).

Profond étonnement.

Un vivant exemplaire de la fable des Deux Pigeons.

l h chasse au testament.

Un type allemand.

Où l'on voit que les enfants pro- digues finissent par devenir banquiers el millionnaires, quand ils sont de Francfort- Bur-Mein.

Comment on (ait fortune.

A propos d'un éventail.

Retour des beaux jours.

Ce que coûte une femme.

��29,

��36.

i7.
w.

39. 4».

41. 12.

��Où Pons apporte à la présidente un objet d'art un peu plus précieux qu'un éventail.

Une idée allemande.

Châteaux en Espagne.

Pons enseveli sous le gravier.

Un dernier coup.

Le chagrin passé à l'état de jau- nisse.

L'or est une chimère (paroles de M. Scribe, musique de Meyer- beer, décors de Rémonencq).

Iconographie du genre brocan- teur.

Où la Cibot commence sa pre- mière attaque.

Beau trait de continence.

Traité des sciences occultes.

Le grand jeu.

Un personnage des contes d'Hof- mann.

Où l'on voit que le-~ connaisseurs

en peinture ne sont pastOUS de l'académie des beaux-art-.

Ragots et politique de- vieilles portières.

Où l'on voit l'effet d'un beau bras.

I- xorde par insinuation.

Corruption parlementé,'.

assaut d'astuce.

Où le nœud se resserre.

Histoire- de tous le- débuts à

Paris.

�� � DES OKU V H ES DE BALZAC.

��1-29

��B.

�Tout vient à point à qui sait at-

�63.

� �tendre.

�64.

�44.

�Un homme de loi.

�65.

�45.

�Un intérieur peu recomman-

�66.

� �dable .

�67.

�46.

�Consultation non gratuite.

� �47.

�Le fin mot de Fraisier.

� �18.

�Où la Cibot est prise dans ses propres filets.

�68.

�49.

�La Cibot au théâtre.

�69.

�50.

�Une entreprise théâtrale fruc- tueuse.

�70.

�51.

�Châteaux en Espagne.

�71.

�52.

�Le Fraisier en fleurs.

� �53.

�Conditions du marché.

�72.

�54.

�Avis aux vieux garçons.

� �55.

�La Cibot se pose en victime.

�73.

�56.

�La part du lion.

� �57.

�Où Schmucke s'élève jusqu'au

�74

� �trône de Dieu.

�75

�58.

�Un crime impunissable.

�76.

�59.

�Les ruses d'un testateur.

� �60.

�Le testament postiche.

�77

�61.

�Profond désappointement.

� �62.

�Premières catastrophes.

�1

��Propositions fallacieuses.

Où la femme sauvage reparait.

La mort comme elle est.

Sensibilité d'une garde malade.

Où l'on voit qu'il n'y a que les morts qu'on ne tourmente pas.

Où l'on apprendra comment l'on meurt à Paris.

Un convoi de vieux garçon.

La mort est un abreuvoir pour bien des gens à Paris.

Pour ouvrir une succession on ferme toutes les portes.

Du danger de se mêler des af- faires de la justice.

Apparition de trois hommes noirs.

Les fruits du Fraisier.

Un intérieur peu confortable.

Où le Gaudissart se montre géné- reux. . Manière de rattraper une suc- cession.

Conclusion .

��Cette édition est terminée par une nouvelle de Pierre Zaccone, intitulée Elhel von Dick.

En 1848, ces deux récits furent imprimés, datés pour la pre- mière fois et toutes divisions de chapitres supprimées, en un seul volume in-8°, chez Furne seul; il formait le tome XVII des œuvres de Balzac, premier volume complémentaire de la Comédie humaine. L'auteur y indiquait en tête de la Cousine Bette, une première partie intitulée le Père prodigue, et laissait ensuite l'ouvrage entier sans en donner une seconde ; cette singularité est restée dans l'édi- tion définitive. Si l'on veut savoir maintenant ce que le Constitu- tionnel a payé pour la publication de ce livre, voici les chiffres exacts : la Cousine Bette, 12,836 fr. ; le Cousin Pons, 9,238 ; total : 22,074 fr.

TOME IV XLIX. Un homme d'affaires, daté de Paris, 18Zi5. Dédié au baron âmes de Rothschild. Imprimé pour la première fois dans le Siècle du

�� � 430 HISTOIRE

10 septembre 1845, sous le titre de : les Roueries d'un créancier* et formant le chapitre III d'une série d'Études de mœurs dont les deux premières sont : une Rue de Paris et son Habitant voir aux Œuvres diverses et le Luther des Chapeaux (voir les Comédiens sa)is le sa- voir); ce récit était alors divisé en deux parties dont voici les titres :

1. Chez une lorette. | -• lintre deux chiens linis.

Il parut pour la première foison volume, sans divisions, dédié et daté, en 1846, dans le tome IV de la troisième édition d<-s Scènes de la Vie parisienne (première édition de la Comédie humaine, tome XII , et portait alors le titre d'Esqitisse d'hommes d'affaires d'après nature. En 1847, il termina aussi, sous le même titre, le tome II d'un Drame dans les prisons {Où mènent les mauvais chemins, troisième, partie de Splendeurs et Misères des courtisanes). Enfin, dans l'édition défi- nitive, ce morceau change de titre pour la troisième fois.

L. Un Prince de la bohème, daté de 1839-1845. Dédié à Henri Heine. Ce récit parut pour la première fois, sous le titre de : les Fan- taisies de Claudine, daté d'août 1840, aux Jardies, dans le numéro du 25 août 1840 de la Revue parisienne ; il entra ensuite en 1844sousson titre actuel, et dédié, dans le tome 11 d' Honorine, puis en 1846 dans le tome IV de la troisième édition des Scènes de lu Vie parisienne (pre- mière édition de la Comédie humaine, tome \I1 , accompagné de sa dédicace et de ses dates actuelles. La version de la Revue parisienne, qui a été publiée de nouveau sous son premier titre en 1853, en un petit volume in-24, chez Eugène Didier, contient deux chapitres : la Bohème de Paris et le Ménage de Claudine: il y a quelques différences entre cette version el celle de la Comédie humaine, et ce sont ces changements, exécutés en 1845, qui ont motivé la double date que porte actuellement ce récit. Après les mots « peut-être pas pris garde », ligne 17, page 40, le premier chapitre de la nouvelle, se terminait par cette réflexion assez bizarre :

On, pour employer un titre inventé par M. Victor Hugo, est une autre ç/uitarr '

Déplus, c'était alors à madame de Rastignac el non à madame de Rochefide que l'histoire était racontée, ce qui motivail cette autre fin du récit après les derniers mots de la page 53 : « il esl à la Chambre des pairs » (dans la première version il \ a : « Tandis qu*il est de la Cour... » , on lisait : •

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 131

— Appelez-vous cola do l'avancement? répondit-elle (madame de Rastignac) en

souriant au milieu d'une tristesse profonde.

La jolie baronne avait les yeux humides et y passait les dentelles do son mou- choir.

— Qu'avez-vous?

— Mon cher Nathan, dit-elle en me lançant un amer sourire, je sais un autre ménage où c'est le mari qui est aimé, et où c'est la femme qui est du Bruel.

J'avais oublié, comme cela nous arrive souvent à nous autres gens d'imagination, qu'après quinze ans d'une liaison continue, ct'après avoir, selon le mot de laBourgoin, essayé son gendre, la baronne Delphine de Nucingen avait marié sa fille à. Rastignac, que la vieille financière gouvernait entièrement cet homme d'État sans qu'il s'en aperçût, et que la jeune baronne de Rastignac avait fini par apprendre la dernière ce que tout Paris savait.

— Vous allez publier cela, me dit Nathan.

— Certes.

— Et le dénoûment.

— Je ne crois pas aux dénouements ; il faut en faire quelques-uns de beaux pour montrer que l'art est aussi fort que le hasard ; mais, mon cher, on ne relit une œuvre que pour ses détails.

— Mais il y a un dénouement, me dit Nathan.

— Eh!

— La jeune baronne de Rastignac est folle de Charles-Edouard. Mon récit avait piqué sa curiosité.

— Oui, mais la Palférine?

— Il l'adore !

— La malheureuse !

Dans la version qui suit Honorine, un Prince de la bohème est divisé ainsi :

Première partie : un Ménage vu de loin.

i. Ce que c'est que la bohème h

Paris. 1. Comme quoi le prince est pres-

��que prince. 3. Où l'on essaye d'expliquer l'es- prit du prince. I. Élévation du prince. IL Facéties du prince. Al. Dignité du prince.

IV. Politique du prince.

V. Moeurs du prince.

��.j. Madame s'impatiente.

6. Autre trait de caractère.

I. Comme il traite le créancier.

II. Générosité du prince.

III. Courage du prince.

7. Madame se refuse, non pas à lire,

mais à écouter le Sainte-Beuve.

8. Où l'on achève de peindre le

prince. I. Il traite de puissance à puis- sance avec la cour.

��4. Moralités familières à un acadé- IL Fines railleries d'un prince

micien. > avec une femme d'esprit.

�� � 132 HISTOIRE

0. Ayant-dernière contrefaçon du 1 i. Où Ton voit que la bohème est style d'un académicien. française.

10. Audace et bonheur du prince. 15. Modèle de soumission.

11. Quelle distinction!.. 16. Splendeurs et misèresdes fem-

12. Fatalité. mes qui aiment.

13. Traite complet, ex professo Ro- 17. Résumé.

bertu, de l'amour.

Deuxième parti'- : le Même Ménage vu de prés.

��18. Silhouette du mari, profil de la

femme.

19. I.os métamorphoses de l'Opéra.

20. L'habitude est aussi dangereuse

que l'amour.

2 1 . Splendeurs et misères du mari .

��22. Des péripéties conjugales.

23. I n croquis.

2 1. Le mot de l'énigme. 2'>. Le rôle de cadavre.

26. Sur l'air: C'est l'Amour, etc.

27. Fin ou fi !

��Ll. Gaudissart II, daté de Paris, novembre 1844. Dédié à la prin- cesse Cristina de Belgiojoso, née Trivulce. Ce travail, écrit pour le Diable à Paris, deux volumes in-8% chez Hetzel, 1845-1846), paru pour la première fois dans la Presse du 12 octobre 18Û4 sous le titre de : un Gaudissart de la rue Richelieu; les Comédies qu'on peut voir gratis. Il a gardé le même titre dans le Diable à l'an* et n'a pris celui qu'il porte aujourd'hui qu'en entrant en 1846, daté et dédié, dans le tome IV de la troisième édition des Scènes de la vie parisienne (première édition de lu Comédie humaine, tome Ml).

LU. Les Employés, daté de Paris, juillet 1836. Dédié à la comtesse Serafina San-Severino, née Porcia. Imprimé pour la première fois dans la Presse du 1 er au l't juillet 1837, sous le titre de la Femme supé- rieure, ce roman parut pour la première fois en volume, chez Wer- det, deux volumes in-8", en octobre 1838; il portait ce même titre, mais la version du journal était augmentée d'une conclusion inédite et de la dédicace actuelle, datée alors de Milan, mai 1 838, date effacée depuis. Il parut, accompagné de la Torpille et de la Maison Vucingen, avec la préface collective datée des Jardies, 15 septembre 1838, dont nous avons déjà parlé (voir tome XXII, page 496). L'ouvrage était alors divisé en parties el en chapitres dont voici les titres :

Première partie : Entre doux femmes.

1. Le ménage Rabourdin. 3. Lps tarct-.

2. M. des Lupeaulx.

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC.

Deuxième partie : Les bureaux.

��4 33

��1. Quelques employés vus de trois quarts.

Troisième partie : A qui la place?

1. Scène de ménage.

2. Madame Rabourdin présentée.

��2. La machine en mouvement.

3. Les tarets à l'ouvrage.

��3. En avant les tarets.

4. La démission.

��La fin de la version publiée par la Presse, s'arrête à ces mots de Bixiou : « il est joli celui-là » ligne 23 de la page 265. Tout ce qui suit parut inédit, comme nous l'avons dit, dans l'édition de 1838.

La femme supérieure reparut en 1846 dans le tome III de la troi- sième édition des Scènes de la vie parisienne (première édition de la Comédie humaine, tome XI), sous le titre de : les Employés ou la Femme supérieure, datée de juillet 1838. Dans l'édition actuelle, l'œuvre n'a plus d'autre titre que les Employés, et porte la date de juillet 1836. En revoyant cet ouvrage pour la première édition de la Comédie humaine, Balzac y intercala quelques fragments de la Physiologie de l'Employé (voir aux Œuvres diverses).

LUI. Les Comédiens sans le savoir, daté de Paris, novembre 18/i5. Dé- dié au comte Jules de Castellane. Imprimé pour la première fois, accom- pagné de sa dédicace, dans le Courrier Français du lli au 24 avril 4846, ce roman, que l'auteur voulut un moment intituler les Comiques sérieux, parut en volumes la même année, daté pour la première fois dans le tome IV de la troisième édition des Scènes de la Vie parisieyine (pre- mière édition de la Comédie humaine, tome XII). En 1848, il fut réimprimé en deux volumes in-8°, chez Gabriel Roux, sous le titre de : le Provincial à Paris, suivi de Gillette (le Chef-d'œuvre inconnu), le Rem- uer et el Verdugo. La version du journal et celle du Provincial à Paris étaient divisées en chapitres; voici les titres de la version du Courrier français :

��1. Combien de Parisiens de pro-

vince fournit Paris.

2. Ce qui, la plupart, du temps,

attire les provinciaux à Paris.

3. Gazonnal déjeune pour la pre-

mière fois comme il faut à Paris.

4. Précis remarquable sur le procès

de Gazonnal contre le préfet.

5. Le rat.

��6. L'Opéra vu des boulevards.

7. De la marcheuse et de son in-

fluence.

8. Où Gazonnal commence à voir

qu'il n'a rien vu depuis dix- huit mois à Paris. 0. Comment l'on peut s'amuser à

Paris. 10. La comédie gratis.

�� � 134

��HISTOIRE

��11. Le portier bienfaisant.

12. Simple histoire.

13. De la philanthropie moderne.

14. Un portrait remis à neuf.

I. Sans argent.

II. Beaucoup d'argent.

15. La dynastie des Marius sans

ruines. 10. Marius Y.

17. Physiologie du coiffeur.

18. Proportions gigantesques des

riens de Paris.

19. Que serait devenu Raphaël, s'il

eût été fouriériste.

��20. Usine à fabriquer l'espérance.

21. Un mystère des sciences occultes.

22. Deux manières d'entrer à la

Chambre des députés.

23. Profil de ministre.

24. Spécimen d'orateur.

25. Un défi de Gazonnal.

20. Le vent qui vient de la montagne le rendit fou.

27. Un procédé pour essayer l'amour.

28. Carabine au repos.

29. Dénoûment où le provincial

reconnaît la supériorité de Paris en tout genre.

��Voici maintenant les titres de la version en volumes, pour ne pas nous répéter, nous n'indiquerons que les changements des cha- pitres 10 à 30; les autres chapitres sont conformes aux précédents. Ces deux séries de titres ont disparu Tune et l'autre dans la Comédie humaine :

��10. Un gérant de journal.

11. Un homme de la police.

12. La comédie gratis.

13. Portraitd'un petit grand homme. I J. Question Vital.

15. Le lustre des Castor. 10. Où Bixiou se déploie.

17. Les Gaudissarts.

18. Anecdote.

19. Quelques variétés de Gaudissarts.

20. Le jour et la nuit se vendent à

Paris.

��21. Observation archéologique.

22. Physiologie de la vente.

23. Le vaudeville promis par Bixiou.

24. Supériorité de la France.

25. Madame la Ressource. 20. Fins contre fins.

27. Une scène de l'autre comédie.

28. Paris au pointde vue de la dette

29. A quoi les enfants servent à

leurs inères.

30. Un grand littérateur.

��Cette version était précédée d'un avant-propos de l'éditeur, que nous recueillons ici :

��Si le xix' siècle a \u naître et grandir beaucoup de réputations, si beaucoup uns ont conquis dans les rangs de la littérature moderne une place élevée, due à leurs succès et à leurs talents, il faut avouer que bien peu de ces réputations, bien peu de i <■- écrivains sont destinés à franchir les limites de '■■• • iècle, et que la postérité saura réduire considérablement la liste des hommes illustres de notre époque. H en a été ainsi de tout temps, et, certes, s'il était donné à certains auteurs

�� � DES OEUVRES DE BALZAC. 135

d'assister au jugement que la postérité portera sur leurs œuvres, leur vanité essuierait de singuliers mécomptes.

Cependant, il est quelques écrivains que la supériorité incontestable de leurs œuvres, et la faveur intelligente et enthousiaste qui s'attache à leurs noms, ont séparés de la foule et élevés au premier rang; ceux-là appartiennent de droit à la postérité, et ils seront l'admiration do l'avenir comme ils ont été celle du présent. Les uns sont des poëtes divins, les autres des historiens éminents, ceux-là. des auteurs dramatiques, ceux-ci des romanciers. Quelque sympathie que l'on professe, romantique ou classique, que l'on appartienne à telle école ou à telle autre, au- jourd'hui, que toutes ces distinctions sont jugées et que la cause de la littérature moderne a été noblement gagnée, après avoir été noblement défendue, il n'y a plus, de part et d'autre, que des écrivains, et les hommes des deux partis, que la passion n'aveugle plus, applaudissent et saluent sans s'inquiéter des couleurs du drapeau.

Parmi ces écrivains dont la renommée a dit la gloire à toutes les parties du monde connu, il en est un qui, peut-être plus que les autres, justifie la colossale réputation dont il jouit. — Cet écrivain, c'est M. de Balzac, l'auteur de la Comédie humaine !

M. de Balzac jouit d'une réputation universellement acceptée; et, certes, on sait par quels travaux il l'a achetée. 11 a dit lui-même, dans un de ses livres, quels combats il a livrés, quelles luttes il a soutenues, combien de défaites il a essuyées. Soldat courageux, infatigable, on l'a vu sur toutes les brèches, il a pris sa part de toutes les batailles, sa gloire dans tous les triomphes. Je soutenais une lutte in- sensée, s'écrie-t-il quelque part, je combattais la misère avec ma plume! Noble et terrible lutte, celle-là : le génie aux prises avec les misérables réalités de la vie !

Les souvenirs de cette époque de sa vie percent à chaque page dans les livres de M. de Balzac ; il se rappelle avec amertume ce qu'il a souffert : le fantôme du passé est son hôte habituel, et aujourd'hui même, aujourd'hui que, grâce à cette plume féconde avec laquelle naguère il combattait la misère, il a conquis une fortune princière et une gloire européenne, c'est avec une douloureuse mais sympathique émotion qu'il se rappelle les jours mauvais de son existence littéraire. Ce fut une rude époque, et les hommes qui ont résisté à de semblables épreuves étaient soli- dement trempés.

« Mon pauvre enfant, fait-il dire par un de ses personnages, Etienne Lousteau, je suis venu comme vous, plein d'illusions, avec l'amour de l'art, porté par d'invin- cihles élans vers la gloire; j'ai trouvé les réalités du métier, les difficultés de la librairie et le positif de la misère. Mon exaltation maintenant concentrée, mon effervescence première me cachaient le mécanisme du monde; il a fallu le voir, se cogner à tous ses rouages, heurter ses pivots, me graisser à ses huiles, entendre le cliquetis des chaînes ou des volants. Vous allez, comme moi , savoir que, sous toutes ces belles choses, s'agitent des hommes, des passions, des nécessités. Vous vous mêlerez forcément à d'horribles luttes d'œuvre à œuvre, d'homme à homme, de partis à partis, où il faut se battre systématiquement pour ne pas être aban- donné par les siens. Ces combats ignobles désenchantent l'âme, dépravent le cœur et fatiguent en pure perte; car vos efforts servent souvent à faire couronner un

�� � 136 HISTOIRE

homme que vous haïssez, an talent secondaire présenté malgré vous comme un génie. La vie littéraire a ses coulisses. Les succès surpris ou mérités. \<>ilà ce qu'applaudit et voit le parterre ; les moyens toujours hideux, les comparses enlu- minés, les claqueurs ms de service, voilà ce que recèlent les coulisses. Vous êtes encore au parterre. Il en est temps encore, abdiquez avant de mettre un pied sur la première marche du troue que se disputent tant d'ambitions, et ne vous déshonorez pas comme je le fais pour vivre. »

Nul auteur n'a sondé plus profondément que M. de Balzac les mille replis du cœur humain ; il a touché en se jouant à toutes les plaies de la société ; il a dit avec cette magie de style, cette finesse d'observation, ces prodiges d'imagination qui distinguent ses œuvres, toutes les joies, toutes les douleurs, et l'espoir et le doute, et la lutte et le triomphe. Lpris d'une splendide conception* dont la grandeur n'a pas un seul instant effrayé son génie, il est entré, dès les premiers pas, dans cette voie que nous lui avons vu suivre jusqu'aujourd'hui. Ses romans sont autant de jalons placés sur la route qu'il a prise, et qui témoignent suffisamment du plan qu'il s'était tracé. Maintenant que l'édifice est à peu près achevé, il est permis à tous d'en admirer l'élégance, la force et la solidité.

M. de Balzac est un écrivain qui ne peut être comparé à personne dans le pré- sent; entre ses œuvres et celles des autres écrivains de ce temps-ci, il n'y a nulle assimilation possible; nous irons plus loin, nous dirons qu'à aucune époque litté- raire, une conception aussi vaste, aussi habillement coordonnée, aussi parachevée dans presque toutes ses parties que celle de la Comédie humaine n'est sortie du cerveau d'aucun homme! Et comme la nature de cet homme était bien faite pour un tel travail, et comme son talent se trouvait bien à la hauteur de l'œuvre! M. de Balzac avait toutes les qualités requises : il était vif, ardent, spirituel, moqueur ici, grave là, léger quelquefois, profond souvent, doué d'un prodigieux esprit d'obser- vation, plein d'une originalité piquante et neuve.

Les héros de M. de Balzac sont des types; avant de les rencontrer dan- ses livres, on les a vus dans le monde, dans la rue, dans les cercles, partout;.. C'est \otre camarade, votre ami, votre frère; ses héroïnes ont passé devant vos regards éblouis, au théâtre, dans les bals de la Chaussée-d'Antin, dans les salons du fau- bourg Saint-Germain. Ce ne sont point des personnages auxquels l'imagination seule prête un instant une vie factice, une forme vague et fugitive ; ce sont des hommes, ce sont des femmes en chair et en os, qui se meuvent et s'agitent dans le cadre imaginaire du roman, comme ils se meuvent et s'agitent dans le cadre officiel de la vie réelle.

Et quel est le lecteur dans l'esprit duquel ne soiem pas profondément gravées les innombrables créations de l'écrivain !.. El Lucien de Rubempré, douloureuse personnification de la poésie luttant avec le positivisme littéraire, el Gobseck, el Dauriat, et Lousteau, et Pinot, et Vautrin!., l'ois, auprès de ces natures si bien prises sur le fait, si régulièrement daguerréotypées, ces autres natures charmantes 6ur lesquelles l'auteur semble avoir répandu tout ce qu'il y avait dans son cœur de poésie touchante, et de saint enthousiasme:.. Eugénie Grandet, Coralie, Modeste Mignon, madame de Mortsauf!.. Quel homme a peint l'amour avec de

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. <37

plus chastes pinceaux, ou des couleurs plus vives? J'en passe e1 des meilleures...

Aussi, comme le public attentif à toutes les nouveautés s'inquiète de l'apparition d'un livre de M. de Balzac... Un livre de cet écrivain, c'est un succès; c'est-à-dire une fortune pour l'éditeur, une joie pour le lecteur; qu'on se reporte pour un instant à quelques années, après ÎSIU, et l'on se rappellera sans peine quelle émo- tion, quelle avidité, quelle curiosité folle, ardente, inouïe, accueillait chaque pro- duction nouvelle de M. de Balzac... Il y avait de tout dans ces productions : du rire et des larmes, de l'action et de l'analyse, du drame et de l'observation. C'est ainsi qu'ont paru, soulevant de tous côtés un concert unanime de bravos, la plupart des livres que vous connaissez... Eugénie Grandet, le Père Goriot, la Physiologie du Mariage, le Lys dans la vallée, Modeste Mignon, le Curé de village, les Petites Misères de la Vie conjugale, les Parents pauvres, le Provincial à Paris; et jamais l'auteur ne s'est fatigué, jamais le public ne s'est blasé...

Lorsque le roman-feuilleton opéra dans la littérature moderne cette révolution que vous savez, on aurait pu croire que M. de Balzac, talent d'observation et d'ana- lyse, se trouverait mal à l'aise entre les maigres colonnes du feuilleton, et qu'il se garderait de tenter jamais cette nouvelle voie. Après tout, il avait assez fait pour sa réputation, pour sa gloire; il n'avait pas besoin d'une publicité nouvelle ou plus étendue, son nom était connu, aimé, admiré ; le journalisme ne pouvait rien ajouter à sa couronne; il eût pu se retirer de la lice, qu'il n'eût été ni moins grand ni moins complet. Mais, comme nous le disions en commençant, M. de Balzac a été vu sur toutes les brèches, il a pris sa part dans toutes les batailles, sa gloire dans tous les triomphes; il n'a pas voulu que l'on pût lui montrer une seule voie qu'il n'eût pas tentée ; c'est sa nature, d'ailleurs, d'être hardi, aventureux, d'aller en avant toujours, cherchant sans trêve des chemins ignorés ; les journaux s'ouvrirent à l'envi devant cet hôte connu et déjà apprécié, et M. de Balzac retrouva pour cette nouvelle littérature un nouvel élan qui rappelait les jours les plus actifs de sa jeunesse littéraire, et il se remit à écrire avec cette même fécondité variée qui est un des dons les plus heureux dont la nature l'ait doué.

C'est alors que parurent : Modeste Mignon, la Lune de Miel et le Provincial à Paris.

Nous n'avons pas la prétention d'analyser une à une les productions de M. de Balzac, ni de rappeler, dans ces quelques pages, l'histoire de sa vie littéraire ; ce serait pour nous une tâche trop rude, et nous ne nous en sentons ni la force ni le talent.

Toutefois, nous voulons nous résumer en terminant et dire un dernier mot sur ce talent qui, malgré toute l'admiration dont il est entouré, ne nous semble pas occuper la place qui lui est due. L'avenir la lui fera plus élevée encore, nous n'en doutons pas ! Les hommes comme M. de Balzac ne sont réellement grands, que lorsqu'ils ne sont plus : et, à ce propos, qu'on nous permette d'ajouter que, dans toutes les nomenclatures littéraires des différents siècles qui ont donné au monde les hommes dont il s'honore à juste titre, nous ne voyons qu'un seul nom auprès duquel nous placerions volontiers M. de Balzac... Et ce nom, c'est Molière.

Qu'est-ce donc que Molière, sinon le poète qui a peint avec le plus de vérité, la

�� � 138 HISTOIRE

société du XVII e siècle? qu'est-ce que M. de Balzac, sinon le moraliste, le philosophe qui a le mieux compris, le plus fidèlement peint le \iv siècle. Si M. de Balzac avait vécu sous Louis XIV, il eut fait les Femmes Savantes, Tartufe, Georges Dandin, le Misanthrope; si Molière vivait de nos jours, il écrirait la Comédie humaine.

De. quel écrivain contemporain, pourrait-on en dire autant. Quel plus bel éloge pourrait-on faire d'un auteur!.. — L'oubli aura jeté le linceul sur bien des répu- tations, que celle de .M. de Balzac n'aura pas été seulement entamée.

Cet ouvrage contient des fragments de trois articles de Balzac ; le premier, intitulé : un Espion à Paris : le petit père Fromenteau, bras droit des gardes du commerce, et le troisième : une Marchande à la toilette, ou Madame la Ressource en i8iï, ont paru tous deux dans le niable à Paris, deux volumes in-8° chez Hetzel 1845-1846, où ils faisaient partit; d'une série intitulée : les Comédies qu'on peut voir gratis à Paris, à laquelle appartenait aussi Gaudissart II (voir plus haut). Le deuxième a paru dans le Siècle du 19 août 1845, sous le titre de: Étude de mœurs. II. Le Luther des chapeaux. Nous allons don- ner les fragments de ces articles qui n'ont pas été conservés dans les Comédiens sans le savoir, en suivant l'ordre où ils se trouvent repro- duits dans l'ouvrage. Nous sommes forcés, pour le sens, de laisser quel- ques doubles emplois.

I

I NE MARCHANDE A LA TOILETTE

(il MADAME LA RESSOURCE EN 1844.

��LES COMÉDIES QU'ON PEUT V O I K GRATIS A P A K I S .

Jusqu'à présent, les peintres de mœurs ont mis en scène beaucoup d'usuriers : mais "h a oublié l'usurière des femmes dans l'embarras, la madame La Ressource d'aujourd'hui, personnage excessivement curieux, appelée décemment marchande a ht toilette.

Avez-vous quelquefois, en flânant, remarqué dans Paris une de ces boutiques dont la oégligence fait tache au milieu des éblouissants magasins modernes bou- tique à devanture peinte en 18'20, et qu'une faillite a laissée au propriétaire de la maison dans un état douteux? la couleur a disparu sous une double couche impri- mée par l'usage et grassement épaissie par la poussière; les vitres sont sales, le bec-de-can<- tourne de lui-même, comme dans tous les endroits d'où l'on sort re plus promptement qu'on n'y rentre. Là trône une femme entre les plus belles parures arrivées a cette phase horrible où les robes ne sont plus des robes et ne sont pas encore di's haillons. Le cadre est en harmonie avec la figure que cette femme se compose, car ces boutiques sont une des plus sinistres particularités de

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 139

Paris. On y voit des défroques que la mort y a jetées de sa main décharnée, et Ton entend alors le ràlc d'une phthisie sous un châle, comme on y devine l'agonie de la misère sous une robe brodée d'or. Les atroces débats entre le luxe et la faim sont écrits là sur de légères dentelles. On y trouve la physionomie d'une reine sous un turban à plumes, dont la pose rappelle et rétablit presque la figure absente. C'est le hideux dans le joli ! Le fouet du Juvénal, agité par les mains officielles du com- missaire-priseur, y a éparpillé les manchons pelés, les fourrures flétries de quelques grandes dames aux abois. C'est un fumier de fleurs où, çà et là, brillent des roses coupées d'hier, portées un jour, et sur lequel est toujours accroupie une affreuse vieille, la cousine germaine de l'usure, l'occasion du malheur, une harpie retirée, chauve, édentée, et prête à vendre le contenu, tant elle a l'habitude de colporter ou d'acheter le contenant, la robe sans la femme ou la femme sans la robe. La marchande est là comme l'argousin dans le bagne, comme un vautour au bec rougi sur des cadavres, au sein de son élément; plus horrible que ces sauvages horreurs qui font frémir les passants, étonnés quelquefois de rencontrer un de leurs plus jeunes et frais souvenirs pendus dans le sale vitrage derrière lequel grimace une de ces marchandes à la toilette, qui ont fait autant de métiers inconnus qu'il y en a de connus.

Ce fut une de ces gémonies de nos fêtes que j'indiquai à un de mes amis.

Deux heures après, madame Nourrisson (elle s'appelait ainsi) vint en robe de damas à fleurs provenant de rideaux décrochés à quelque boudoir saisi, ayant un de ces châles de cachemire passés, usés, invendables, qui finissent leur vie au dos de ces femmes. Elle portait une collerette en dentelle magnifique, mais éraillée, et un affreux chapeau ; mais, pour dernier trait de physionomie, elle était chaussée en souliers de peau d'Irlande, sur le bord desquels sa chair faisait l'effet d'un bour- relet de soie noire à jour. • • » • •••••••••••••• .•••

La familiarité la plus déshonorante est le premier impôt que ces sortes de femmes prélèvent sur les passions effrénées ou les misères qui se confient à elles. Elles ne s'élèvent jamais à la hauteur du client, elles le font asseoir côte à côte auprès d'elles sur leur tas de boue.

• •••••i

Nous nous regardâmes, épouvantés l'un comme l'autre de cette tirade, où cha- cune des phases de la vie antérieure de madame Nourrisson avait laissé sa tache.

II LE LUTHER DES CHAPEAUX.

— Mais arrive donc, mon cher! voilà deux cigares que je t'attends, e foi, j'allais partir.

— Sans moi? eh bien, c'eût été gentil !

Et, se donnant le bras, ils surtirent du passage de l'Opéra.

�� � 140 HISTOIRE

Ces deux jeunes gens, en tenue complète de soirée, représentaient deux ap- prentis grands hommes. L'un en étail à son premier vaudeville reçu, l'autre à son troisième tableau refusé.

— Ah <;a, pourrais-tu m'édifier sur la cause qui t'a empêché de venir à l'heure convenue? demanda bientôt le poêle avec cette aigreur particulière à tout homme qui arrive le premier à un rendez-vous.

— Regarde et devine ! répondit l'accusé en baissanl la tôte d'un air sombre.

— Je te trouve superbe, el voilà tout.

— Et çà! Ht le peintre en posant un doigt sculptural sur sa coiffure parfaitement brossée, mais dom le ruban, d'un.' largeur inusitée, ne parvenait pas à dissimuler

cet ignoble lustr ictueux qui est aux chapeaux ce que les chevrons sont aux

soldats.

— Oui, mon cher Maurice, continua-t-il en improvisant, à tnezzo voce et sur l'air : Les coucous sont gras, cette élégie célèbre dans tous les ateliers :

��Les chapeaux sont gras, Parce qu'on n'en a guère ;

Les chapeaux sont gras, Parce qu'on n'en a pas.

��— Tu me présentes ce soir chez un puissant de la terre, n'est-ce pas? Eh bien, malheureux ! c'était dans l'espoir de remplacer cet infâme gobelet, c'était pour te faire honneur enfin, que j'ai couru vainement pendant que tu m'attendais. Et maintenant, blàme-moi si tu l'oses.

— Voilà ce que c'est que de n'avoir pas de fournisseur en titre, insinua .Maurice en se rengorgeant d'une façon raisonnablement blessante pour son ami.

— Mon cher, répliqua celui-ci un peu vertement, ton objection pèche autant par la base que mon costume par le sommet. C'est précisément pour avoir eu trop de chapeliers en titre que je ne peux plus avoir de chapeaux.

— Alors, mon bon Léon, reprit le vaudevilliste, ton malheur n'est que de la ma- ladresse et je ne te plains pas. Ah! s'il s'agissait d'un bonnetier, je ne dis pas; on n'a pas encore trou\é d'amorce pour cotte espèce, et les plus grands génies se sont

contre cette puissance d'inertie. Mais le chapelier ! c'est l'Épitomé de la petite dette. Artiste, il ne demande qu'une chose, être compris, c'est-à-dire flatté. Jo vais à l'instant même te conduire chez lemien; écoute el étudie, car je veux te donner à la fois une leçon et un chapeau.

Je vais poser pour toi , seulement, sois sérieux comme le roi sur une pièce de

i .'lit Si

Et les deux jeunes fous riaienl encore en se faisan! annoncer dans le salon de M lurii e, ils purenl figurer trè nonoi ablement.

�� � DES OEUVRES DE BALZAC. 141

III UN ESPION A PARIS

LE PETIT PÈRE FROMEXTEAl, BRAS DROIT DES GARDES DU COMMERCE.

��LES COMÉDIES QU'ON PEUT VOIR GRATIS A PARIS.

Nous avions bien déjeuné au Palais-Royal. En artistes régalés, nous étions dis- posés à rire, quoique nous eussions un rendez-vous chez un gérant de journal dont le caractère et la caisse se recommandent par des mouvements comparables à coux des marées.

Le valet de chambre de ce grand homme d'affaires nous fit attendre en intimes que nous étions; mais, nous ayant dit que Monsieur était en conférence avec un homme qui lui vendait l'incarcération d'un insaisissable débiteur, nous échan- geâmes un regard et violâmes la consigoe, en gens affriandés par la caricature que promettait cette annonce.

Ce père Fromenteau, voyez-vous, est tout un poëme, mais un poème parisien. A son aspect, vous devineriez, comme nous le devinâmes de prime abord, que le Figaro de Beaumarchais, le Mascarille de Molière, les Frontin de Marivaux et les Lafleur de Dancourt, ces grandes expressions de l'audace dans la friponnerie, de la ruse aux abois, du stratagème renaissant de ses ficelles coupées, sont quelque chose de médiocre en comparaison de ce colosse d'esprit et de misère.

Quand, à Paris , vous rencontrez un type , ce n'est plus un homme, c'est un spectacle ! Ce n'est plus un moment de la vie ni une existence, c'est plusieurs existences !

Cuisez trois fois dans un four un buste de plâtre, vous obtenez une espèce d'apparence bâtarde de bronze florentin. Eh bien, les éclairs de malheurs innom- brables, les nécessités de positions terribles, ont bronzé la tète de Fromenteau comme si la sueur d'un four avait par trois fois déteint sur son visage.

Les rides très-pressées ne peuvent plus se déplisser , elles forment des plis éternels, blancs au fond. Cette figure jaune est toute rides. Le crâne, semblable à celui de Voltaire, a l'insensibilité d'une tête de mort; et, sans quelques cheveux à l'arrière, on douterait qu'il fût celui d'un homme vivant. Sous un front immobile, s'agitent, sans rien exprimer, des yeux de Chinois exposés sous verre à la porte d'un magasin de thé, des yeux factices qui jouent la vie, et dont l'expression ne change jamais. Le nez, camus comme celui de la Mort, nargue le Destin, et la bouche, plus serrée que celle d'un avare mais toujours ouverte, est néanmoins discrète autant que le rictus d'une boîte à lettres. Calme comme un sauvage, les mains hàlées, Fromenteau, petit homme sec et maigre, se recommande par une attitude diogénique pleine d'insouciance, qui ne peut jamais se plier aux formes du respect. Et quels commentaires de sa vie et de ses mœurs ne sont pas écrits dans son costume pour ceux qui savent déchiffrer un costume ! Quel pantalon surtout! un pantalon de recors, noir et luisant comme l'étoffe dite voile, avec

�� � (45 HISTOIRK

laquelle ou fait les robes d'avocat! un gilet acheté au Temple, mais à châle, et brodé! un habit d'un noir rouge! Et tout cela brossé, quasi propre, orné d'une montre attachée par une chaîne de chrysocale. Fromenteau laissait voir en ce moment une chemise do percale jaune, plissée, sur laquelle brillait un faux dia- mant en épingle! Le col de velours ressemblait à un carcan sur lequel débordaient les plis rouges d'une chair de Caraïbe. Le chapeau de soie était luisant comme du satin, mais la coiffo eût rendu de quoi faire doux lampions, si quelque épicier l'eût acheté pour le faire bouillir. Ce n'est rien que d'énumérer ces accessoires, il fau- drait pouvoir peindre l'excessive prétention que Fromenteau savait leur imprimer. Il y avait je ne sais quoi de coquet dans le col de l'habit, dans le cirage tout frais des bottes à semelles entre-bailléos, qu'aucune expression française ne peut rendre. Enfin, pour faire entrevoir ce mélange de tons si divers, un observateur aurait compris, à l'aspect de Fromenteau, que, si, au lieu d'être mouchard, il eût. été voleur, toutes ces guenilles, au lieu d'attirer le sourire sur les lèvres, eussent fait frissonner d'horreur. Sur le costume, on se fût dit : « Voilà un homme infâme, il boit, il joue, il a des vices, mais il ne se soûli' pas, mais il ne triche pas : ce n'est ni un voleur, ni un assassin; qui est-ce? » Et Fromenteau eût été vraiment indéfinis- sable jusqu'à ce que le mot espion fût venu dans la pensée. Le fin sourire de ses lèvres pâles, le clignement de ses yeux verdàtres, la petite grimace de son nez camus, disent qu'il ne manque pas d'esprit. Il s'est fait un visage de fer-blanc, el l'àme doit être comme le visage. Aussi ses mouvements de physionomie sont-ils di - grimaces arrachées par la politesse, plutôt que par l'expression de ses mouve- ments intérieurs. 11 effrayerait s'il ne faisait pas tant rire. Ce cynisme en fait de costume a un sens, cet homme ne tient pas plus à son habillement de ville que les acteurs ne tiennent au leur. 11 excelle à se déguiser, à se grimer; il donnerait des leçons à Frederick LcmaUrc, car il peul devenir dandj quand il le faut.

— Monsieur graisse-t-il la patte? demanda Fromenteau, d'un ton menaçant quoique froid, à sou i lient.

— Il B'agil de cinquente cintimes (Odry dans les Saltimbanques), répondit le spéculateur en prenant cent sous et les tendant à Fromeateau.

— Et pour la canaille?., reprit l'homme.

— Laquelle? demanda mon ami.

— Ceux que j'emploie, répliqua Fromenteau tranquillement.

— Y a-l-il au-dessous? dis-je.

— Oui, monsieur, répondit, l'espion. Il y a ceux qui nous donnent des rensei- triieiiients Bans le savoir et sans se les faire payer. Je mets les sots et les niais au- dessous delà canaille; car elle est souvent belle et spirituelle, |,, canaille!

L'impassibilité de ce sauvage, digne d'être mis eu parallèle avec la Longue* Carabine de Cooper, nous sembla comme un défi.

— Lis. ne ,-t s.-iu.s châle, ajouta l'espion suis qu'aucun muscle de sa figure irm.it : je la nomme Li Béranger.

— Vous avez une Lisette el vous reste/ dans votre partie? s'écria mon ami.

— Et elle le sait, dit-il. Quant on est voleur ôl qu'on est aimé par une honnête femme, ou elle vole on on devient honnête homme; moi. je suis resté mouchard.

— Et pourquoi ?

�� � r ) ï : s œuvres de balzac.

��143

��— C'est si amusant! On a beau vanter la poche et la chasse, traquer l'homme dans Paris est une partie bien plus intéressante.

Nous nous aperçûmes que ce curieux produit de l"écume qui surnage aux bouillonnements de la cuve parisienne, où tout est en fermentation, se piquait surtout d'être philosophe.

— Et vous me paraissez être un homme remarquable, lui dis-je. Fromenteau ne donna pas signe d'émotion.

— J'ai de grands talents, répondit-il ; mais on les a pour rien, c'est comme si j'étais un crétin !

Et il se condamna bravement au lieu d'accuser les hommes. Trouvez beaucoup d'artistes méconnus qui n'aient pas plus de fiel que Fromenteau !

— Les circonstances ont été contre moi, dit-il en terminant; je pouvais être cristal, je suis resté grain de sable. Voilà tout.

Et le petit père Fromenteau s'en alla sans nous saluer. Un vrai traitde génie .

La partie reproduite de l'Espion à Paris, commence page 288, ligne '20; celle du Luther des chapeaux, page 290, ligne 22, et celle d'une Marchande à la toilette, page 296, ligne 8.

LIV. Les Petits Bourgeois. Dédié à Constance-Victoire. Non daté. Cet ouvrage que Balzac avait laissé inachevé, quoiqu'il Peut déclaré pourtant presque terminé en mars I8lili (voir tome XXII, page 573), et, en octobre 18Z(6, composé depuis dix-huit mois à une imprimerie (voir tome XXII, page (365), s'appelait alors 'les Petits Bourgeois de Paris. Il parut posthume dans le Pays du 26 juillet au 28 octobre 1854, puis en volume, chez Potter, en deux parties : les Petits Bourgeois et les Parvenus, chacune formant quatre volumes, la première publiée en 1856 et la seconde en 1857. Voici les divisions de ces versions, divisions supprimées aujourd'hui :

l re partie. (Les Petits Bourgeois, en édition in-8").

��1. Le Paris qui s'en va.

2. Le beau Thuillier.

3. Histoire d'une domination.

4. Colleville.

5. La société de M. et M mp Thuillier,

6. Un personnage principal.

7. Un portrait historique.

8. Le finale de la soirée.

0. Une femme de quarante ans.

10. Le mot de l'énigme.

11. Les honnêtes Phellion.

12. Ad majorem Theodosis gloriam.

��13. Attentat à la modestie munici- pale de Thuillier. IL Deux scènes d'amour. 5. Le banquier des pauvres.

16. Comment Brigitte fut conquise.

17. Le règne de Théndose.

18. Diables contre diables. 10. Entre avoues.

20. Noirceurs de colombes.

21. Une cliente àCériset.

22. Des difficultés qui se rencontrent

dans le vol le plus facile.

�� � 144

��HISTOIRK

��23. L'armoire do for.

24. Chez Du Portail.

2.*). Où la brebis mange le loup.

��20. Los rencontres.

27. A dévot, dévot et demi.

��2' partie, {les Parvenus, en édition in-8°).

��Une nouvelle vue de Phellion. Où en était La Peyrade.

��14.

��La mère de la débutante.

L'explication.

1 ne étoile.

I n homme qui se plaint que l'étoile esl trop belle.

Éclipse de notaire.

1 ne journée orageuse.

Suite de la journée orageuse.

Seconde apparition du comman- deur.

(liiez Du Portail.

Cousin eteousine.

Échec à Thuillier.

Dans l'exercice de ses fonctions.

��Dans l'édition définitive, ce roman trop peu connu de Balzac prend pour la première fois place dans ses œuvres; il passe généralement pour avoir été terminé par Charles Rabou., que Ralzac avait désigné lui- même pour achever aussi le Député d'Arcis; nous ne pourrions dire jusqu'à quel poim cette opinion est exacte, seulement nous devons faire remarquer que l'édition in-8°ne porte pas au titre, eomme celle du Député d Arcis : « terminé par Charles Rabou, » et qu'en tout cas les Petits Bourgeois étaienl bien plus avancés que le Député d' Arcis à la mort de leur auteur.

��3.

�Paris vaut bien une messe.

�16.

�i.

�Bon sang in 1 peut mentir. Hongrie et Provence.

�17.

�0.

�La roche Tarpéienne est près du

�!S.

� �Capitole.

�19.

�7.

�Toutou rien.

�20.

�8.

�' insî qu'on partant je vous fais mes adieux.

�21.

�9.

�\ isage de 1><>h.

�22.

�10.

�i ne mauvaise veine.

�23.

�11.

�1 De comtesse de l'autre monde

�24.

�12.

�Donnant donnant.

�25.

�13.

�Toujours médecin.

� ��

IV


TOMES XII à XIV, PREMIÈRE PARTIE, QUATRIÈME, CINQUIÈME et SIXIÈME

livres : Scènes de la Vie militaire, Scènes de la Vie politique et Scènes de la Vie de campagne 1 , deuxièmes éditions; 3 volumes in-8°, 1870, contient :

TOME PREMIER.

Scènes de la Vie militaire.

LV. Les Chouans ou la Bretagne ew 1199, daté de Fougères, août 1827. Dédié à Théodore Dablin. Cet ouvrage parut pour la première fois, accompagné d’une préface datée de Paris, 15 janvier 1829 (voir tome XXII, page 371), sous le titre de : le Dernier Chouan ou la Bretagne enlHOO, quatre volumes in-18, chez Urbain Canel, en mars 1829. Il était alors divisé en trente-deux chapitres sans titres. Une deuxième édition, intitulée les Chouans ou la Bretagne en 1199, titre que l’ouvrage a tou- jours gardé depuis, parut en deux volumes in-8°, en 183/j, chez Vimont.

En 1846, ce roman, avec sa date et sa dédicace actuelles, plus une

1. Nous allons donner ici, comme nous l’avons fait pour les trois séries précédentes, le contenu des éditions antérieures des Scènes de la Vie militaire, des Scènes de la Vie politique et des Scènes de la Vie de campagne ayant de l’intérêt. Nous ferons remarquer aussi que des convenances de librairie ont fait intervertir, dans l’édition qui nous occupe, l’ordre des Scènes de la Vie militaire, qui, d’après le classement de l’auteur, devaient suivre les Scènes de la Vie politique, au lieu de les précéder.

Scènes de la Vie politique, première édition ; tome XII de la première édition de la Comédie humaine, un volume in-8°, chez Fume, Dubochet et Hetzel, 1846 (terminent le qua- trième volume des Scènes de la Vie parisienne), et tome XVIII des Œuvres de Balzac, deuxième volume complémentaire de la première édition de la Comédie humaine, un volume in-S°, chez

10

�� � 146 HISTOIRE

autre préface datée de Paris, janvier 1845, remplaçant L'ancienne, sup- primée, entra dans la première édition des Scènes de la Vie militaire (première édition de la Comédie humaine, tome Mil), il était dès lors divisé comme aujourd'hui en trois chapitres:

1. L'embuscade. i 3. Un jour sans lendemain.

2. I ne idée de Fouché.

Dans l'édition définitive, la seconde préface voir tome XXII, page 376 est aussi supprimée. La première édition est très-différente de toutes les autres.

LVi. Une Passion dans le désert, daté fautivement de Paris, 1832. Ce récit, qui n'a jamais porté de dédicace, parut pour la première l'ois dans la lierai' de l'avis du 1l\ décembre 1830; il entra en 1837, daté de Paris, janvier 1831, dans le tome XVI de la quatrième édi- tion des Études philosophiques, passa ensuite, en L8&5, dans le tome IV de la première édition de Modeste Mit/non. où il était divisé ainsi :

��1. Histoire naturelle d'une histoire

surnaturelle.

2. Curiosité il" femme.

3. Le désert.

',. l.i nouveau Robin son trouve un singulier Vendredi.

��">. Les bêtes ont-elles une unie?

G. L'idée du Provençal.

7. l n sen ice comme en rendenl les

grisettes. S. Mignonne, pas bavarde et fidèle. 9. Un malentendu.

��et fut placé enfin en 18Zi6 dans la première édition des Scènes de la Vie militam [première édition de la Comédie liai, mine, tome Mil).

Scènes de la Vie politique.

LVII. Un Épisode suas la 'l'erreur, daté de Paris, janvier 1831. ! i a M. Guyonnet-Merville. Ce récit parut pour la première foi en

��madame Houssiaux, IHôô. Contient :— Tome XII. Un Épisode sous la Ti m A fTa ; r • (la Mort d'un ambitieux). L'Envers de l'histoire contemporaine. I. La

Femme de soixante ans. — Tome XVIII. L'Envers de L'histoire coi I II. L'Initié.

Scèni~ ri Vi militaire. Pi o. rome KHI fli lapremièn i lition «le /^i

in-8°, <licz Furne, 15. Contient : —

Les < t dans le désert. Le rolumi est iné par

fin du tome XIII de la pi d( (al • . tzel, 1845, et tome XVIII

kitiorj de la ('mur, tir humai ■ ame m-8<\ < •. 1855 Contient : — Tome X 1 1 1 . Le

a de campagne. Le Curé de village. U ! ins.

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 147

1830, formant l'introduction des Mémoires de Sansonsur la révolution française, deux volumes in-8°, anonymes, cliez Marne et Delaunay, dont les auteurs étaient Balzac et Lhéritier de l'Ain (voir aux Œuvres diverses les Souvenirs d'un Paria, qui forment la part de collaboration de Balzac dans ces volumes). Nous retrouvons pour la première fois ce récit dans les œuvres de son auteur en 18/i5, à la fin du tome IV de Modeste Mignon; il fut aussi publié vers cette époque chez Janet, dans le Royal Keepsake, sous le titre d'une Messe en 1193, et il entra enfin en 1846, daté et dédié, dans la première édition des Scènes de la Vie politique (première édition de la Comédie humaine, tome XII). Dans toutes ces dernières versions, la fin est changée ; voici ce qu'on lisait primitivement, après l'avant-dernière ligne de la page 3/i3, qui se ter- mine par ces mots : « Collation préparée » :

Jusqu'à ce que le culte catholique eût été rétabli par le premier consul, la messe expiatoire se célébra mystérieusement dans le grenier.

Quand les religieuses et l'abbé purent se montrer sans crainte, ils ne revirent plus l'inconnu. Cet homme resta dans leur souvenir comme une énigme.

Les deux sœurs trouvèrent bientôt des secours dans leurs familles, dont quel- ques membres obtinrent d'être radiés de la liste des émigrés. Elles quittèrent leur asile, et Bonaparte, exécutant les décrets de l'Assemblée constituante, leur assigna les pensions qui leur étaient dues. Elles rentrèrent alors au sein de leurs familles et y reprirent leurs habitudes monastiques.

Le prêtre, qui, par sa naissance, pouvait prétendre à un évêché, resta dans Paris, et y devint le directeur des consciences de quelques familles aristocratiques du faubourg Saint-Germain. La famille de M... lui prodigua les soins d'une tou- chante hospitalité. Si, au bout de quelques années, il ne perdit pas le souvenir de l'aventure à laquelle il devait la vie, du moins il n'en parlait plus, occupé qu'il était des graves intérêts que le règne de Napoléon soulevait alors.

Vers la fin du mois de..., de l'année 180..., les parties de whist venaient de finir dans le salon de M. de M*", et, après le départ de quelques personnes, il ne se trouvait plus autour du feu, vers onze heures et demie du soir, que deux ou trois amis intimes de la maison.

Après avoir commencé à parler de Napoléon, ces anciens gentilshommes osèrent se communiquer leurs regrets sur la chute du trime légitime. Insensiblement, la conversation roula sur les malheurs de la Révolution. Tous les assistants avaient émigré. Dans cette discussion souvent le vieil abbé de Marolles redressait quelques erreurs et prenait la défense de plus d'un révolutionnaire, non sans regarder avec attention autour de lui, comme, pour s'assurer que les séditieuses paroles de ses interlocuteurs et les vœux monarchiques de deux ou trois vieilles femmes n'étaient point entendus par les oreilles que la police de Fouché clouait à toutes les murailles.

La prudence de l'abbé excita quelques moqueries, et l'on finit par le prier de

�� � raconter, pour doux ou trois personnes qui ne connaissaient pas ses aventures, les circonstances bizarres à la faveur desquelles il avait échappé aux massacres de septembre et à la Terreur.

— J’ai été placé plus près que vous de la Révolution, de sorte que je crois être mieux à même de la juger, dit l’abbé de Manilles. Je suis resté pendant toute la Terreur enferme dans un petit réduit où je me réfugiai le 3 septembre...

Après cet i xorde, l’abbé raconta les détails de son arrestation et ceux de la terrible journée du ’2 septembre 1702. Le récit des massacres et celui de son évasion firent moins d’impression que l’aventure mystérieuse, dont les principales circonstances viennent d’être rapportées.

Quoique i’abbé de Marolles fut bien vivant et devant elles, les personnes qui composaient l’auditoire ne purent s’empêcher de frémir quand le prêtre leur pei- gnit l’angoisse à laquelle il avait été en proie en écoutant monter, sur les minuit, l’inconnu auquel il avait si imprudemment promis de dire la messe, en janvier 1793. Les dames respiraient à peine, et tous les yeux étaient fixés sur la têt blanche du narrateur.

Une des douairières tressaillit et jeta un cri en entendant le bruit d’un pas lourd et pesant qui retentit en ce moment dan- le salon voisin. Un laquais arriva jusqu’au cercle silencieux formé par la société devant l’antique i heminée.

— Que voulez-vous, Joseph? demanda brusquement M. de M*** à son il s-

tique.

— Il y a dans l’antichambre une personne qui désire parler a M. de Marolles, répondit-il.

Tout le monde se regarda, comme si ce message avait rapport au récit de l’abbé.

— Informe-toi du motif de sa visite, sache de quelle part il vient, dit M. de Marolles i Joseph.

Ce domestique s’en alla, mais il revint sur-le-champ.

— Monsieur, répondit-ilà l’abbé, ce jeune homme m’a prié de vous dire est envoyé par celui qui vous a remis une relique en 170!!...

Le pi’ tillit, et cette réponse excita vivementla curiosité des personnes

qui -avaient l’ histoire de la messe mystérieuse. Chacun semblait pressentir, comme l’abbe, que le dcnoûment de cette aventure était prochain.

— Comment, lui dit madame de M"", vous allez suivre, à cette heure, un inconnu?... Au moins questionnez- le..., sachez pourquoi...

Ces is parurent d’autant plus sages que chacun désirait voir le mes-

L’abbé lit un signe, et le laquais alla chercher l’inconnu Les dames virent entier un jeune homme de très-bon ton, et qui leur parut avoir de fort bonnes manier--. Il était déo > ■• de la Légion d’honneur. Toutes les inquiétudes

nièrent.

— Monsieur, lui dit. l’abbe 1 de Marolles, puis-je -avoir pour quel motif la per- Bonm • envoie me fait demander à une heure aussi indue?. . Mon

ne m pas...

L’abb ma achever sa pn DES ŒUVRES DE BALZAC. 14ï)

Le jeune homme, ayant attendu un moment comme pour ne pas interrompre le vieillard, lui répondit :

— Cette personne, monsieur, est à l'extrémité, et désire vous entretenir.

Le prêtre se leva tout à coup et suivit le jeune ambassadeur, qui fit à la com- pagnie un salut empreint de cette grâce sans apprêt, fruit d'une éducation soignée.

L'abbé de Marolles trouva auprès du perron de l'hôtel une voiture dans laquelle le jeune homme était probablement venu. Le trajet fut très-long, car l'abbé tra- versa presque tout Paris. Quand il arriva au pont Neuf, il essaya d'entamer la conversation avec son compagnon, qui gardait un profond silence.

— Vous êtes peut-être le fils de la personne chez laquelle nous nous rendons? dcmanda-t-il.

— Non, monsieur, répondit l'inconnu; mais il m'a rendu de tels services, que je puis le regarder comme mon second père...

— Il paraît qu'il est très-bienfaisant? reprit l'abbé.

— Oh ! monsieur, Dieu seul peut savoir les services qu'il a rendus. Quan

ce qui me regarde, il a sauvé ma mère de l'échafaud, la veille du 9 thermidor...

— Je lui dois aussi . beaucoup !... dit l'abbé. — _Mais vous le connaissez?... ajouta-t-il.

— Oui, répondit le jeune homme. Et l'inflexion traînante avec laquelle il pro- nonça ce mot marquait un étonnement profond.

Alors les deux voyageurs gardèrent mutuellement le silence. L'inconnu .avait compris que l'abbé ignorait le nom de l'homme chez lequel ils se rendaient; et, respectant un secret qui ne lui appartenait pas, il se promettait de ne pas le trahir. De son côté, M. de Marolles avait deviné, au seul accent de la voix de son compagnon, qu'il y avait un mystère à découvrir là où il allait, mais que son compagnon serait discret.

L'ecclésiastique chercha une question insidieuse à faire; mais ils arrivèrent avant qu'il l'eût trouvée, car c'est souvent quand on veut avoir de la finesse et de l'esprit, qu'on en a le moins. Le vénérable prêtre voulut voir, dans l'infirmité de son moral, une sorte de châtiment de l'intention malicieuse et de la curiosité qu'il avait eues.

La voiture s'arrêta dans une rue assez déserte et devant une maison de peu d'apparence. Le jeune guide.de l'ecclésiastique lui fit traverser un jardin qui se trouvait derrière le corps de logis bâti sur la rue, et ils parvinrent ensemble à une petite maison. Ce bâtiment avait un air de propreté qui annonçait une certaine aisance. L'abbé monta un escalier assez élégant et entra dans un appartement très-bien décoré.

Il trouva dans le salon une famille en pleurs. A l'aspect des onjets d'art épars autour de lui, il ne douta pas qu'il ne fût chez un homme riche. Il aperçut un piano, des tableaux, des gravures et des meubles fort beaux. Il fut salué silen- cieusement et avec respect. Son jeune introducteur, qui s'était empressé d'aller dans la chambre voisine, revint lui annoncer que rien no s'opposait à ce qu'il remplît les tristes et consolantes obligations que lui imposait son ministère.

Un mouvement de curiosité involontaire s'empara de l'abbé. En se dirigeant

�� � vers la chambre funèbre, il présuma que dans ce moment il allait pénétrer le mystère dont l’inconnu s’était enveloppé jadis. V l’approche du prêtre, le moribond fit un signe impérieux à ceux dont il était entouré, et trois personnes sortirent de la chambre.

Le vieux prêtre, s’attendanl à des aveux intéressants, demeura seul avec son pénitent. Une lampe éclairait d’un jour doux le lit où gisait l’inconnu, do sorte que l’abbé put facilement reconnaître en lui son ancien bienfaiteur, il paraissait calme, résigné, et fit signe à l’ecclésiastique de s’approcher.

— Monsieur, lui dit-il d’une voix affaiblie, je crois être en droit de réclamer de vous un service pie je regarde comme important pour moi, et qui ne vous obligera, j’espère, à aucun devoir pénible.

Là, il s’interrompit pour prier le prêtre de prendre un paquet soigneuse- ment cachot.’ qui se trouvait sur une table.

— Ces papiers, reprit-il, contiennent des observations et des documents qui ne doivent être appréciés que par une personne d’honneur, de probité, et qui n’appartienne pas à ma famille. Le zèle, des considérations d’orgueil ou des ten- tations qu’on ne saurait prévoir, peuvent abuser des cœurs intéressés à la mémoire d’un père, d’un ami. d’un parent. Mais, en vous les confiant, je crois" 1"- remettre à la seule personne que je connaisse en étal d’apprécier ces écrits a leur juste valeur. J’aurais pu les brûler; mais quel est l’homme, si basque l’ait placé le -oit, qui ne prétende à l’estime de ses semblables?... Je vous en constitue donc le seul maître. Un jour viendra peut-être où nous pourrons être

— ici-bas comme je vais l’être au tribunal de Dieu! Acceptez-vous ce lidéi- commis?...

L’abbé inclina la tête en signe d’assentiment ; et, après avoir appris du malade qu’il avait reçu tous les secours de la religion, il crut lire dan- ses regards le désir île voir sa famille.

Alors il lui adressa quelques paroles de consolation, le gronda très-affectueu- ot de n’avoir pas réclamé une plus grande récompense des services qu’il lui avait rendus, puis il sortit. Deux personnes de la famille accompagnèrent et éclairèrent le vieux prêtre jusqu’à la porte où la voiture l’attendait.

Q il I l’abbé se. trouva seul dan- la rue. il regarda autour de lui pour reconnaître le quartier où il se trouvait.

— Connaissez-vous le nom de la personne qui demeure i’i'.’ demanda-t-il au cocher.

— Monsieur ne sait pas d’où il sort’?... répliqua l’homme eu manifestant un étonnement profond.

— Non, dit l’abl

— C’est la maison de l’ exécuteur i>>iblic.

Quelques jours après cette scène, mademoiselle de Charost, qui depuis longtemps tait souffrante, succomba : et l’abbé de Marottes rendit les derniers devoirs vieille < t fidèle amie. Le convoi modeste de L’ancienne i de l’abbaye

de ’.le il’ - rencontra dans la rue des Amandiers un autre convoi, à la uite duquel il marcha. DES ŒUVRES DE BALZAC.

��151

��Au détour que les enterrements furent obligés de faire au bout de la rue des Amandiers, l'abbé de Marolles, mettant, par curiosité, la tête à la portière de son carrosse noir, remarqua un concours immense de peuple suivant à pied un corbillard très-simple qu'il reconnut pour être celui des pauvres. En mettant pied à terre, l'abbé, obéissant à la voix d'un pressentiment assez naturel, voulut apprendre le nom d'une personne qui paraissait si vivement, regrettée. Une vieille femme lui répondit, en témoignant une affliction très-vive, que c'était M. Sanson.

En 1818, l'abbé de Marolles mourut dans un âge si avancé, que, pendant les derniers moments de sa vie, il ne conserva pas toutes ses facultés morales, de sorte que les manuscrits testamentaires de l'exécuteur des hautes-œuvres tombèrent entre les mains de collatéraux intéressés qui en disposèrent. Comme ces écrits n'avaient d'intérêt que par leur authenticité, et qu'ils n'en pouvaient recevoir que du consentement tacite de la famille qu'ils concernaient, ils restèrent inédits jus- qu'au moment ovi les parties intéressées furent convaincues que cette publication serait faite avec tous les ménagements réclamés par un ouvrage de ce genre. L'écriture ayant été soigneusement vérifiée, nul doute ne s'est élevé sur ces papiers de famille.

Le simple récit de ces faits historiques assez curieux, que plus d'une personne est encore à même d'attester et qui ne devaient nécessairement pas se trouver dans les Mémoires qu'on va lire, a paru former l'introduction la plus naturelle qu'ils pussent avoir.

��LYI11. Une Ténébreuse Affaire, daté de Paris, janvier 1861. Dédié à M. de Margonne. Ce roman parut pour la première fois dans le Com- merce, du 14 janvier au 20 février 1841, et reparut, daté et dédié, en trois volumes in-8° chez Souverain en 1842 (datés 1843), accompagné d'une préface (voir tome XXII, page 550). La version du journal était divisée en chapitres dont voici les titres, supprimés depuis:

��1. Le Judas. 1. Un crime abandonné. 3. Le masque jeté. i. Laurence de Cinq-Cygne. 5. Intérieurs et physionomies roya- listes sous le Consulat. 0. La visite domiciliaire.

7. Un coin de forêt.

8. Les chagrins de la police.

9. Revanche de la police.

10. Un double et même amour.

��11 Un bon conseil.

12. Les circonstances de l'affaire.

13. La justice sous le code de bru-

maire an IV.

14. Les arrestations.

1'). Doutes des défenseurs officiels.

16. Marthe compromise.

17. Les débats.

18. Horrible péripétie.

19. Le bivac de l'empereur.

20. Les ténèbres dissipées.

��Les titres de la version de librairie sont un peu modifiés ; voici ceux qui sont autres :

�� � 152 HISTOIRE

2. On crime en projet. 10. Laurence et Corentin.

!i. Le* malices de Malin.

Une Ténébreuse Affaire entra en I8/16, datée et dédiée pour la pre- mière fois, dans la première édition des Scènes de la Vie politique (première édition de la Comédie humaine, tome XII) .Cette version, qui est restée sans modifications aujourd’hui, n’est plus divisée qu’en quatre parties dont voici les titres :

1. Les chagrins de la police. i 3. Un procès politique sous l’Empire.

2. Revanche de Corentin. Conclusion.

LIX. Z. Marcas, daté des Jardies, mai L8ZtO. Dédié au comte Guillaume de Wurtemberg. Cette nouvelle parut pour la première fois, datée des Jardies, juillet 1840, dans le numéro i de la Revue parisienne, 25 juillet 1840; elle était alors précédée de l’épigraphe suivante :

La jeunesse comprimée éclatera comme la chaudière d’une machine à vapeur.

Z. MARCAS.

Elle reparut en 1841 dans le Fruit défendu, quatre volumes in-S n , par divers auteurs, chez Dessessart, sous le titre de la Mon d’un ambitieux, et entra en 1846, datée de mai 18/iO et dédiée pour la première fois, dans la première édition des Scènes de la Vie politique (première édition de la Comédie humaine, tome XII).

I.\. L’Envers de V histoire contemporaine. I. Madame de lu Chanterie, dut; de Paris I s/io- 18^5. 11. L’Initié, daté de Wierzchovnia, Ukraine, décembre 1847. La première partie de ce récit, dont les deux épisodes n’ont jamais porté de dédicace, parut d’abord par fragments dan- le Musée des Familles. Le premier intitulé les Méchancetés d’au suint, et comprenant les chapitres 28 à 39 de la version en trois volumes donl nous parlerons tout à l’heure, parut dans le numéro de septembre L842. L<’ deuxième, intitulé Madame de la Chanterie, et comprenant les chapitres l à 13 de la version en trois volumes, dans le numéro de septembre 1843; il y était divisé ainsi :

1. La maladie du siècle. i vieilles mœurs.

v i. Vieille maison, vieilles gens, .’5. Lu secret.

Ce fragment se terminait par ces mots, supprimés aujourd’hui, qui se lisaient après la ligne 28 de la page 587 de l’édition définitive :

Quand il se trouva dans cette noire et vieille maison, dans ce silence proDES ŒUVRES DE BALZAC. 153

fond, il se crut comme entré au couvent; mais, dès les premiers jours, sa curiosité devait être aussi excitée par ce qu'il allait deviner que par la lecture d'un roman moderne.

Enfin, le troisième morceau intitulé Madame de la Chanterie, suite et fin, parut dans le Musée des Familles, numéros d'octobre et de novembre 18M. Il comprend les chapitres W2 à 5/i de la version en trois volumes et parut acecompagné de la note suivante :

Madame de la Chanterie, de même que les Méchancetés d'un saint, sont deux épisodes d'un ouvrage auquel l'auteur travaille depuis longtemps. Or, pour ne pas dépasser l'étendue accordée au genre dit Nouvelles, il a fallu supprimer toute la portion qui se trouve entre la première partie et la seconde de cet épisode. On verra d'ailleurs qu'il est superflu, pour l'intelligence de cette seconde partie, de savoir comment madame de la Chanterie influe sur l'existence de Godefroid.

Cette partie, pour se relier à la précédente, dont nous venons de donner la fin, commençait par ces mots, supprimés depuis et qui pré- cédaient immédiatement le récit d'Alain, lequel se trouve commencer aujourd'hui, ligne 28, page 633, aux mots « Je ne sais pas ».

On ne s'étonnera pas de ce que, six mois après, Godefroid fut extrêmement curieux d'avoir quelques renseignements sur madame de la Chanterie, puisqu'elle était devenue en quelque sorte l'arbitre de ses destinées. Aussi fut-ce avec la plus vive impatience qu'il attendit le moment où le bonhomme Alain devait lui raconter l'histoire de cette imposante femme. Enfin il se vit devant le pieux personnage, sur le même fauteuil, à la même heure où il avait écouté l'épisode intitulé les Méchancetés d'un saint.

Tous ces fragments réunis et reliés entre eux par de courts pas- sages inédits, parurent pour la première fois en volume, datés, toutes divisions enlevées, et sous le titre de V Envers de l'histoire contem- poraine, premier épisode, en 1846, dans la première édition des Scènes de la Vie politique (première édition de la Comédie humaine, tome XII). Une autre édition de cet ouvrage fut encore publiée en trois volumes in-8°, chez Gabriel Roux et Cassanet en novembre 18/|6. L'œuvre y porte le titre de la Femme de soixante ans et contient à sa suite : l'Enfant maudit, l'Épicier, le Notaire et la Femme de province. Cette version est divisée en chapitres dont voici les titres (nous faisons précéder d'un astérisque ceux qui sont extraits du Musée des familles) :

��M. Un tableau de Paris.

  • 2. Un hasard.
  • 3. Simple histoire.

��* i. Dénoûment de beaucoup d'exis- tences.

  • 5. Le mal du siècle.

�� � 154

��HISTOIRE

��■••..

�Aux grands maux, les grands remèdes.

�'30

�7.

�Un bon prêtre.

�:ji

�S.

�Sladame de la Chanterie.

�•32

�9.

�One cellule de chartreux.

�*33

�10.

�Singuliers personnagi s.

�*34

�11.

�Le maison Mongenod.

�35

�12.

�Singulière rencontre.

�*30.

�13.

�L'adieu à la vie mondaine.

�•:;7

�14.

�De la vie conventuelle.

�*38

�15.

�Quels hommes étaient les pen-

�39.

� �sionnaires de madame de la

�40.

� �Chanterie.

�il.

�1G.

�Les mystères du cloître.

� �17.

�l n premier entretien.

� �18.

�Présent d'une femme pieuse.

�13

�19.

�Influence des livres.

�14

�20.

�Commerce de la maison la

�* i5

� �Chanterie et C :e .

�* 16

�21.

�I. is plaisanteries de M. Alain.

�•17

�22.

�1 ii sentiment nouveau quoique très-ancien.

�• 18

�23.

�1 1 1 froid trouve une occupa-

� � �tion.

�*49

�24.

�Un soupçon.

�'50.

�25.

�1 n révélation.

�*51

�26.

�Curiosité.

�* 52.

�27.

�Une tentative.

�• 53

�28.

�Le bonhomme Alain attaqué

� � �livre aussitôt ses secrets.

�:.i

�29.

�Les personnages du drame.

�55

��Ce qui brouille beaucoup d'a- mis.

Los deux amis brouillés.

Ce que font tous les créanciers.

Philosophie de M. Alain.

A couteaux tirés.

Les adieux de Mongenod.

Mutuelles confidences.

Les méchancetés d'un saint.

Vengeance de Mongenod.

Transire benefaciendo .

Observation importante.

La parole aussi meurtrière que le pistolet.

Une histoire compliquée.

Ce qu'était .Madame.

La vie de la femme.

La vie de la mère.

Les chauffeurs.

Interruption.

Le roman de Roh- Roy en France avant celui de Wal- ter Scott.

Un livre à faire.

Le secret du procès.

Éclaircissements.

Louis XVIII vu de face.

Priez pour tous, même pour vos ennemis.

La charité.

Le dénoùment.

��I ii" autre édition de cet ouvrage, sous le titre de Madame île la Chanterie, a encore été fuite en un volume in-8", chez de Potter, en

IS.Vi.

I derniers mots de ce récil onl été supprimés dans l'édition défi- nitive; les voici :

Godefroid baissa la tête; il eut peur de ne pas être accepté.

La deuxième partie, longtemps annoncée sous le titre de : les Frères de la Consolation, parul pour la première fois avec son titre actuel, dans le Spectateur républicain du i' r août au .'3 septembre I8/18, et pour la première fois en volumes, en 185/i, dmix volinm-s in-S". chez

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC.

��155

��de Potter; il était suivi (Vel Verdugo, voici les titres, supprimés depuis :

��1. La police du bon Dieu.

2. Le sujet à observer.

3. Une étrange maladie.

4. Le pain et les fleurs.

5. Godefroid aux prises avec la por-

tière. 0. La chambre de la malade.

7. Une soirée chez Vanda.

8. Halpersohn.

0. Une leçon de charité.

��10. 11. T2. 13.

U. 15. 10. 17. 18.

��et divisé en chapitres dont

Succès de Godefroid.

La visite d'Halpersohn.

La procédure.

Ce qu'était monsieur Bernard.

Un emprunt forcé.

Les diamants de la tabatière.

Silence complet.

La vengeance.

Le denoùment.

��Enfin en 1855, daté d'août 1848, ce récit entra comme deuxième épisode de l'Envers de l'histoire contemporaine, dans le tome II des volumes complémentaires de la première édition de la Comédie hu- maine (tome XVIII des OEuvres de Balzac) ; aujourd'hui, la date est encore changée, comme on Ta vu.

��TOME II.

LXI. Le Député d'Arcis. Sans date ni dédicace. Fut annoncé d'abord sous les titres de : une Élection en province, le Député à Paris et une Élection en Champagne. La première partie de ce roman, l'Elec- tion, qui seule est de Balzac, parut pour la première fois dans l'Union monarchique du 7 avril au 3 mai 18^7, divisée en chapitres dont voici les titres supprimés aujourd'hui :

��1. Toute élection commence par des

ivmue-ménage.

2. Révolte d'un bourg pourri libéral.

3. Où l'opposition se dessine.

4. Un premier orage parlementaire.

5. Les embarras du gouvernement

d'Arcis.

6. La campagne de 1814 au point

de vue de la bonneterie.

7. La maison Beau visage.

8. Où paraît la dot, une des héroïnes

de cette histoire.

��9. Histoire de deux malins.

10. L'inconnu.

11. Une vue du salon Marion.

12. Description d'une partie de l'in-

connu.

13. Où l'étranger tient tout ce que

promet l'inconnu.

14. Où le candidat perd une voix.

15. Interrogatoire subi par l'in-

connu. 10. Chez madame d'Espard. 17. Portrait avec notice.

��Cette partie se termine dans l'édition définitive à la ligne 20 de la page 98. Tout ce qui suit est par Charles Rabou, qui termina l'ouvrage

�� � 156

��HISTOIRE

��(quoi qu'en dise une note à la page Vjl). el qui le publia d'abord

dans le Constitutionnel en 1853, puis en volu s, ou se trouve aux

titres <• ttte mention : « Terminé par Charles Rabou, » chez de Potter, en trois parties : I. Le Député d'Arcis, quatre volumes in-8°, en 1854;

II, le Comte de Sallenauve, cinq volumes in-8°, et III, la Famille Beauvisage, quatre volumes in-8°; ces deux dernières parties parues en 18ÔÔ. Lu 1865, madame Houssiaux, acquéreur de l'édition Hetzel, ajouta au tome XII de la première édition de lu Comédie humaine

Scènes de la Vie politique) toute la première partie de cet ouvrage, dont Balzac n'avait publié, on Fa vu, que les dix-sept premiers chapi- tres; il s'y trouve donc incomplet, quoique dépassanl de beaucoup la partie écrite par Balzac. Dans l'édition qui nous occupe, quoique allant beaucoup plus loin que dans ce volume, l'ouvrage n'esl pas encore publié en entier. La partie conservée dans l'édition défini- tive esl divisée en trois chapitres: I. L'Élection. II. Lettres édifiantes.

III. Le Comte de Sallenauve.

Scènes de la Vie de campagne.

LXll. Le Médecin de campagne, daté d'octobre 1832 -juillet L833.

Dédié à ma mère. Ce roman parut inédit en septembre is;;:;. chez Mame-Delaunay, deux volumes in-8°; le premier portant -ou- le titre le millésime de février 1833, et le second celui de juillet L833; il était alors divisé en chapitres dont voici les titres, supprimé'- depuis :

��1. Le pays.

2. I ne vie de soldat comme il y en

.1 peu.

. ( n renseignement.

4. Le bourg.

5. La porte de sa maison.

6. Voilà l'homme.

7. Est-ce -la mort?

• y - l- affaires d'un petil

coin. '.». I n" cuisinière heureuse. lu. Traité de civilis rtion pratique. 1 1. Conclusion du traité. i .. Ou c immencent li - \ ices. 13. Les deux chambres. ! J. La mort dans la vallé •• la morl dans la montagne.

��15. Le grand li\ re des pauvres.

lu. A travers champs.

17. La Fossi'iis.

1K. In effet de soleil couchant.

19. Le chemin du bagne. '20. Propos de braves gens.

21. Luc veilL c

22. Derniers renseignements.

23. La confession du médecin d

campagne.

'2i. Le- catastrophes de sa \ ie.

25. Évelina.

20. Aux cœurs blessés l'ombre et li

silclirc.

27. Pleurs et mélancolies.

28. Fin de la confession.

29. Confessi le Genestas.

�� �

30. Pourquoi Gcncstas s’était fait Bluteau.

31. Souffrances offertes à Dieu.

32. Le déjeuner chez la Fosscusc.

33. Élégie.

34. Comment Genestas quitta Napoléon.

35. La mort du juste.

36. Le pays en deuil.

En 183Z|, le Médecin de campagne reparut en quatre volumes in-18 chez Werdet, et les titres des chapitres xxu à xxxvi y furent remplacés par ceux-ci :

22. La confession du médecin de campagne.

23. Pourquoi Genestas s’était fait Bluteau.

24. Élégies.

25. Le pays en deuil

En 1836, il reparut encore chez le même éditeur, dédié et daté pour la première fois, et toutes les divisions précédentes supprimées et remplacées par sept parties dont voici les titres :

1. Le pays et l’homme.

2. A travers champs.

3. La Fosseuse.

4. Propos de braves gens.

5. Le Napoléon du peuple.

6. Confession du médecin de campagne.

7. Élégies.

En 1839, il fut réimprimé chez Charpentier en un volume in- 12, et ne conserva les titres que des chapitres i, n, v, vi et vil; ces divisions sont encore celles qui existent aujourd’hui. En I8/16, ce roman entra dans la première édition des Scè)ies de la Vie de campagne (première édition de la Comédie humaine, tome XIII). En 18A2, il a été publié à part un extrait de cet ouvrage, sous le titre d’Histoire de l’empereur, racontée da?is une grange par un vieux soldat, un volume in-32, chez Dubochet, Hetzel, Paulin et Aubert; ce même extrait avait paru pour la première fois, inédit et sous le même titre, dans l’Europe littéraire du 19 juin 1833. Il y était précédé de cette note :

Quelques renseignements sur les acteurs de cette scène sont nécessaires pour en faire comprendre tout l’intérêt. Goguelat, le conteur, est un ancien fantassin de la garde impériale. Gondrin, auditeur passif, est un des pontonniers qui sont entrés dans la Bérézina pour y enfoncer les chevalets des ponts, lors de la retraite de Moscou, et le seul de son corps qui ait survécu ; il on est resté sourd. Genestas est un vieil officier de cavalerie furtivement introduit dans la grange par M. Benassis, le médecin de campagne. Ils sont cachés tous deux dans le foin pour entendre le récit des soldats. La veillée y est commencée ; un vieux paysan vient de finir l’histoire populaire de la Bossue courageuse. 158 HISTOIRE

��La pensée que Balzac écrivit sur l'Album de la Société des gens de lettres, et qui a été publiée depuis, est aussi extraite du Médecin de campagne. Elle commence page 568, ligne 18, aux mots : « Le législa- teur », et finit page 569, ligne 15, aux mots : « un empereur ».

��TOME III.

LXIII. Le Curé de village, daté de Paris, janvier L837-mars 18/i5. Ce roman fut publié d'abord en trois fragments dans la Presse, où il remplaça la Maison Nucingen et la Torpille, ainsi que le constate cet avis de la Presse du 28 septembre 1838, annonçant la prochaine

publication du Curé de village :

Cette nouvelle, dont l'auteur revoit en ce moment les épreuves, est destinée à remplacer la Maison Nucingen et ht Torpille précédemment annoncées, mais dont Tins srtion n'a pu avoir lieu par des considérations puisées dans 1rs exigences d'un journal quotidien.

Le premier fragment, intitulé le Curé de village, parut dans ce journal, daté des Jardies, décembre. 1838 du 1" au 7 janvier 1839. Il était divisé ainsi :

��1. Sollicitudes chrétiennes. •j. l. crime. 3. Montégnac.

ne d'église.

��5. L'émigration. (>. Le curé Bonnet. 7. L'exécution.

��Le second, intitulé Véronique, suite du Curé de village, daté des Jardies, avril 1839, y parut dans les numéros du 30 juin au 13 juil- let 4839, précédé d'une sorte de préface (voir tome XXII, page 535), et divisé ainsi :

��1 . I. ins.

2. M. Graslin.

. Esquisse d'une vie commune en

��province.

. Véronique à trente an

��Le troisième, intitulé Véronique au tombeau et non daté, j parul dans les numéros du 30 juillet au L" aoûl 1839, en trois chapitres :

��i . i.

c l. Un vœu d'bumilit '• chrétienne.

��3. Les aveux.

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC.

��1.7.1

��C'est à propos de la réimpression non autorisée de Véronique dans l'Estafette que Balzac écrivit à la Presse la lettre insérée au tome XXII, page 275.

Cet ouvrage parut pour la première fois en volumes en mai 1841, daté de Paris, janvier 1839-janvier 1844, deux volumes in-8°, chez Souverain, précédé d'une préface datée de Paris, janvier 1841 (voir tome XXII, page 5/iG), et de la dédicace suivante, qui accompagna toutes ses réimpressions jusqu'à l'édition définitive où Balzac l'a sup- primée.

A HÉLÈNE.

La moindre barque n'est pas lancée à la mer sans que les marins la met- tent sous la protection de quelque vivant emblème ou d'un nom révéré ; soyez donc, madame, à l'imitation de cette coutume, la patronne de cet ouvrage lancé dans notre océan littéraire, et puisse-t-il être préservé de la bourrasque par ce nom impérial que l'Église a fait saint, et que votre dévouement a doublement sanctifié pour moi.

DK BALZAC.

La lacune signalée dans la préface, et qu'indiquait cette phrase qui y a été supprimée : « Cette lacune se trouve avant le chapitre intitulé le Coup de grâce, » vient aujourd'hui après la ligne 18 de la page 192.

Cette version, augmentée d'une importante partie inédite, contient, refondues de fond en comble, les trois parties publiées dans la Presse; si bien que le début de la seconde y devient le commencement de tout l'ouvrage. Elle est divisée en vingt-huit chapitres dont voici le point de départ dans la Presse : i à vi, Véronique; vu à xv, le Curé de village; xvi à xxv inédits : xxvi à xxvni Véronique au tombeau. Voici la table de ces chapitres :

��1. Les Sauviat.

2. Véronique.

3. M. Graslin.

4. Le mariage.

5. Histoire de beaucoup de femmes

de province.

6. La belle madame Graslin.

7. Le crime. S. Les débats.

9. Sollicitudes chrétiennes. 10. Montégnac.

��11. Une scène d'église.

12. L'émigration.

13. Le curé Bonnet.

14. Le condamné.

15. Denise.

10. Madame Graslin à Montégnac.

17. Le curé à l'œuvre.

18. L'esprit des forêts.

19. Farrabesche.

20. La maison du garde.

21. Le torrent du Gabon.

��

22. La confession du forçat.
25. Catherine Curieux.
23. Une erreur du dix-neuvième siècle.
26. Le coup de grâce.
27. Les adieux.
24. La révolution de Juillet jugée à Montégnac.
28. Les deux consultations.
29. Les aveux au tombeau.

Il serait impossible d’indiquer exactement les remaniements que Balzac a fait subir à son œuvre dans cette première édition de librairie, tant il a fondu l’une dans l’autre les introductions des deux premières parties publiées dans la Preste ; la version du journal serait des plus intéressantes à conserver, comme premier jet de sa pensée ; on verrait, en la comparant à l’édition définitive, quel travail de révision et d’augmentation il lui a fait subir.

En I8/46, le Curé de village entra, sans ce morcellement en vingt-huit chapitres, dans la première édition des Scènes de la Vie de campagne (première édition de la Comédie humaine, tome X11I). 11 est encore remanié dans cette édition, où Tannée 18/j3 est citée (page 195, ligne 13), ce qui n’avait pu se faire dans l’édition de I8/4I. Ces changements axaient été exécutés en 1845, ce qui explique la seconde date que le livre porte encore aujourd’hui. Cette version est divisée comme suit :

1. Véronique.
2. Tascheron.
3. Le curé de Montégnac
4. Madame Graslin à Montégnac.
5. Véronique au tombeau.

L’œuvre a gardé définitivement cette forme dans l’édition qui nous occupe.

I.\iv. Les Paysans, dan - ’ de 1845. Dédié à P. -S. -15. Gavault. La première partie <l" cet ouvrage, Qui lerre a, guerre au 2 1 décembre lK’i'i; la note, dans le numéro du 13 décembre. Elle (’tait, comme aujourd’hui, di\ isée en chapitres dont voici les titres :

l. Le château.
2. Une bucolique oubliée par Virgile.
3. Le Cabaret.
4. Autre idylle.
5. Les ennemis en présence.
6. Une histoire de voleurs.
7. Espèces sociales disparues.
8. Les grandes révolutions d’une petite vallée.
9. De la médiocratie.
10. Mélancolie d’une femme heureuse.

DES ŒUVRES DE BALZAC. 161

11. L'Oaristys, dix-huitième églogne ! L2. Comme quoi le cabaret est le de Thcocrite, peu goûtée en | parlement du peuple,

cour d'assises. , 13. L'usurier des campagnes.

Cette partie, la seule qui ait été publiée du vivant de Balzac, fut suivie, après sa mort, d'une seconde partie qui parut pour la première fois en 1855 dans la Revue de Paris, numéros du 1 er et du 15 juin; elle avait été précédée de la réimpression des feuilletons de la Presse, dans les numéros du 1 er et du 15 avril, du 1 er et du 15 mai de la même année. Cette seconde partie, qui ne porte pas de titre général, était divisée ainsi, comme aujourd'hui :

��5. La victoire sans combat. 0. La forêt et la maison.

7. Le lévrier.

8. Vertus ebampètres. 0. La catastrophe.

10. Le triomphe des vaincus.

��1. La première société de Sou-

langes.

2. Les conspirateurs chez la reine.

3. Le café de la Paix.

4. Le triumvirat de la Ville-aux-

Fayes.

L'ouvrage 1 , ainsi complété, parut pour la première fois, en cinq volumes in-8°, chez de Potter en 1855; il était suivi du Traité des Excitants et du Voyage à Java (voir aux Œuvres diverses). La même année, il entra dans le deuxième volume complémentaire de la Comédie humaine (tome. XVIII des Œuvres de Balzac;, in-8°, chez madame Houssiaux, tel qu'il est réimprimé dans l'édition définitive.

��1. Le catalogue de la vente Dutacq (in-8°, chez Techener, 1S57), parle de cette œuvre (page 74), et indique, mais sans preuves à l'appui, madame de B... comme collaborateur de Balzac pour la seconde partie. Ce catalogue est on ne peut plus intéressant à consulter sur les œuvres de l'auteur de la Comédie humaine; il a été rédigé par le bibliophile Jacob (M Paul Lacroix).

��41

��

V


TOMES XV à XVII, deuxième partie : Études philosophiques, sixième édition; troisième partie : Études analytiques, deuxième édition; 3 volumes iii-8°, 1870 1 , contiennent:

TOME PREMIER.

LXV. La Peau de chagrin, daté de Paris, 1 830-1 831 . Dédié à M. Savary. Ce roman parut pour la première fois, en août 1831, chez

1. Même observation que pour les précédentes séries.

Etudes philosophiques. Première édition. La Peau de chagrin, deux volumes in-8°, avec préface et moralité, chez Cli. Gosselin et TJrb. Canel, août 1831. Deuxièm e et troi sième édi- tion (une seule en réalité), trois volumes in-8°, chez Ch. Gosselin, septembre 1831, sous le titre de Romans et Contes philosophiques. Contenant: — Tomes I et II. La Peau de chagrin (la préface enlevée et remplacée par une introduction de Philarète Chasles). Sarrasine. La Comédie du diable. El Verdugo. — Tome III. L’Enfant maudit (première partie). L’Élixir de longue vie. Les Proscrits. Le Chef-d’œuvre inconnu (Gillette 1 ). Le Réquisitionnaire. Étude de femme. Les Deux Rêves (le Petit Couper). Jésus-Christ en Flandre. L’Eglise. (Les douze contes qui accompagnent ici la Peau de chagrin ont reparu en juin 1832 chez Ch. Gosselin, en deux volumes in-8°, sous le titre de Contes philosophiques, avec la préface de Philarète Chasles, destinés à compléter l’ouvrage pour les acquéreurs de la première édition de la Peau de chagrin). Nouveaux Contes philosophiques, un volume in-8°, chez Ch. Gosselin, octobre 1832. Contenant : — Maître Cornélius. Madame Firmiani. L’Auberge rouge. Louis Lambert. Troisième édition (marquée quatrième), sous le titre de Romans et Contes philosophiques, quatre volumes in-8°, chez Ch. Gosselin, mars 1833. Contenant : — Tomes I et II . Introduction par Philarète Chasles. La Peau de chagrin (sans préface ni moralité). — Tome III. Sarrasine. La Comédie du diable. L’Enfant maudit (première partie). El Verdugo. Étude de femme. — Tome IV. L’Élixir de longue vie. Les Proscrits. Le Chef-d’œuvre inconnu (Gillette). Le Réquisitionnaire. Les Deux Rêves (le Petit Souper). Jésus-Christ en Flandre. L’Église.

Quatrième édition, sous le titre d’Etudes philosophiques, trente volumes in-12 à paraître vingt seulemént~ônt paru, 1835-1810; tomes I à V, chez Werdet, en janvier 1835; tomes XI, XXII, XXIII, XXIV et XXV, chez Werdet, en septembre 1836 ; tomes XII, XIII, XV '

��16i HISTOIRE

Cliarles Gosselin et Urbain Canel, en deux volumes in-S°. avec une préface et une moralité (voir tome XXII, page 396> Cette version était divisée comme suit, division qui est restée la même dans toutes les éditions, sauf que I" premier chapitre a changé son titre en celui de: le Talisman, ei que la Conclusion est aujourd'hui V Épilogue.

1. La Peau de chagrin. o 1 . L'agoni.

l 2. La femme sans cœur. Conclusion.

Différents fragments de ce roman avaient paru, inédits, dans les journaux avant sa publication en volumes; ainsi l'on trouve, dans la Caricature du 16 décembre is;j(), un fragment de cet ouvrage intitulé le Dernier napoléon, que nous allons réimprimer Ici; c'esl le début de l'ouvrage, mais absolument différent; ce morceau était signé Henri B...

Vers trois heures du soir, un jeune homme descendit, par le Perron, dans le jardin du Palais-Royal, à Paris. Il marcha lentement sous les tilleuls jaunes ei

XVI et XVII, portant le millésime de 1830 et le nom do Werdet au titre, chez Delloye et Lecou (noms portés seulement sur la couverture), en juillet 1837 ; tomes VI, VII, VIII, IX etx, sous le titre collectif de : le Livre dus douleurs, chez Souvei tin, en 1840. C'est cette même année qu'on changea les titres des tomes XXII, XXIII, XXIV et XXV en ceux des tomes XIV, XVill, XIX et XX, de façon à faire un ouvrage complet en vingt volumes. Contenant : — Tomes I ;i IV. Note de l'éditeur. Étude par Félix Davin La l'eau de chagrin préface ni moralité). Adieu. — Tome V. Le Réquisitionnais. El Verdugo. L'Élixir de longue vie. Un drame au bord de la mer. — Tome VI. Gambara. — Tomes Vil et VIII. Les Proscrits. Massimilla Doni. — Tomes IX et X. Séraphita, ! Maître* Cornélius.

— Tome XII. La Messe de l'athée. Les Deux Héves (le Petit Souper). Facino Cane. Les Martyrs ignorés. — Tome XIII. Le Secret de Ruggieri. — Tome XIV (ancien XXII).

hrist en Flandre. Melmoth réconcilié. L'Église. — Tome XV. L'Enfant maudit (.pre- mière partie). — Tome XVI. L'Enfant maudit (deuxième partie, la Perle brisée). Une sert. — Tome XVII. L'Auberge muge. I.e Chef-d'œuvre inconnu Gi lette .

— Tomes XVIII et XIX (anciens XXIII et XXIV). L'Histoire intellectuelle de Louis Lam- bert. L'interdiction. — Tome XX (ancien XXV). L'interdiction, fin.

édition. Tomes Xiv à xvi de la première édition de la Comédie humaine, trois*" , Dubochet et Hetzel, 1845-1846. Contenant:- Tome I (1846,

I. a Peau do chagTin. Jésus-Christ on Flandre (y compris L'Église). Me] Lié. Le Chef-d'œuvre inconnu (Gillette). La Recherche de l'absolu (Balthazai Claes).

— Tome 11,(1846, daté 1845). Massimilla Doni. Gambara. L'Enfant maudit. Les Mara

i e Réquisitionnaire. El Verdi o LJ] D mer. L'A '

I. Le Martyr calvini I m ! m L846), Sui i Médi i II. La

• en. in. Les Deux I Peti Les Pi I oui i i amberl

Éludes anali figues.

Études analytiques. Première édition. Fin du tome XVI de La p la

it humaine. Un volume in-8», chez Furne, Dubochet ei Hetzel, Il 16, ei tome will

rentier tome complémentaire, an volume in-8°, chez madame Hous-

s.aux. . lûmes renferment : — Tome XVI. Physi i.— Tome XVIII.

..i vie conjug

���1

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. -165

chétifs do l'allée septentrionale, en levant la tête de temps en temps pour interro- ger par un regard les croisées des maisons de jeu. Mais l'heure à laquelle les fatales portes de ces antres silencieux doivent s'ouvrir n'avait sans doute pas encore sonné, car il n'aperçut, à travers les vitres, que les employés oisifs et immo- biles, dont les figures, toutes stéréotypées d'après un modèle ignoble et sinistre, ressemblaient à des larves attendant leur proie. Alors, le jeune homme ramena ses yeux vers la terre, par un mouvement de mélancolie.

Sa marche indolente l'ayant conduit au jet d'eau, dont le soleil illuminait en ce moment les gerbes gracieuses, il en fit le tour, sans admirer les jeux colorés de la lumière, sans même contempler les mille facettes de l'eau qui frissonnait dans le bassin. Toute sa personne accusait une insouciance profonde des choses dont il était entouré. Un sourire amer et dédaigneux dessinait de légers plis dans les coins de sa bouche. Son extrême jeunesse donnait un intérêt pénible à l'expression de froide ironie fortement empreinte dans ses traits, et c'était un étrange contre- sens dans un visage animé de brillantes couleurs, dans un visage resplendissant de vie, étincelant de blancheur, un visage de vingt-cinq ans. Cette tête captivait l'attention. 11 y avait, sur ce front pâle, quelque secret génie. Les formes étaient grêles et fines, les cheveux rares et blonds. Un éclat inusité scintillait dans ces yeux, tout endormis qu'ils étaient parla maladie ou par le chagrin...

A voir ce jeune homme, les poètes auraient cru à de longues études, à des nuits passées sous la lueur d'une lampe studieuse ; les médecins auraient soup- çonné quelque maladie de cœur ou de poitrine en remarquant la rougeur des joues, le cercle jaune qui cernait les yeux, la rapidité de la respiration ; les obser- vateurs l'eussent admiré; les indifférents lui auraient marché sur le pied...

L'inconnu n'était ni bien ni mal mis. Ses vêtements n'annonçaient pas un homme favorisé do la fortune ; mais, pour surprendre les secrets d'une profonde misère, il fallait un physiologiste sagace, qui sût deviner pourquoi l'habit avait été fermé avec tant de soin !...

Le jeune homme alla s'appuyer sur un des treillages en fer qui entourent les massifs ; et, se croisant les bras sur la poitrine, il regarda les bâtiments, le jet d'eau et les passants d'un air triste mais résigné. Il y avait dans ce regard, dans cet abandon, bien des efforts trahis, bien des espérances trompées; et, dans la contraction des bras, un bien puissant courage. L'impassibilité du suicide siégeait sur ce visage. Aucune des curiosités de la vie ne tentait plus cette âme, tout à la fois turbulente et calme.

Le jeune homme tressaillit soudain ! Il avait, par une sorte de privilège infer- nal, entendu sonner l'heure, ouvrir les portes, retentir les escaliers... Il regarda les fenêtres de la maison de jeu. Des têtes d'homme allaient et venaient dans les salons... 11 se redressa et marcha sans empressement; il entra dans l'allée, sans fausse pudeur, monta les escaliers, franchit la porte, et se trouva devant le tapis vert, plus tôt peut-être qu'il ne l'aurait voulu, tant les âmes fortes aiment une plaidailleuse incertitude!...

L'assemblée n'était pas nombreuse. Il y avait quelques vieillards à tète che- nue, à cheveux blancs, assis autour de la table; mais bien des chaises restaient

�� � 166 HISTOIRE

rides... I a ou deux étrangers, donl les Qgures méridionales brûlaient de déses- poir et d'avidité, tranchaient auprès de ces vieux visages experts des douleurs du jeu, et semblables à d'anciens forçats qui ne s'effrayent plus des galères... — Les tailleurs et les banquiers immobiles jetaient sur les joueurs ce regard blême et assuré qui les tue... Les employés se promenaient nonchalamment. Sept ou huit spectateurs, rangés autour de la table, attendaient les scènes que les coups du sort, les figures des joueurs et le mouvement de l'or allaient leur donner. Ces désœu- vrés étaient là, silencieux, attentifs... Us venaienl dans cette salle comme le p mple va à la Grève. Us se regardèrent des yeux les uns les autres au moment ou le jeune homme prit place devant une chaise, sans s'y asst oir.

— Faites le jeu!... dit une voix grêle.

Chaque joueur pouta.

Le jeune homme jeta sur le tapis une pièce d'or qu'il tenait dans sa main, et yeux ardents allèrent alternativement des cartes à la pièce, de la pineaux cartes. Les spectateurs n'aperçurent aucun symptôme d'émotion sur cette figure froide et résignée p mdant le moment rapide que dura le plus violent combal par les angoisses duquel un cœur d'homme ait été torturé. Seulement. L'inconnu ferma les yeux quand il eut perdu, et ses lèvres blanchirent ; mais il releva bientôt s,» paupières, ses lèvres reprirent leur rougeur de corail, il regarda le râteau saisir sa dernière pièce d'or, affecta un air d'insouciance et disparut sans avoir cherché la moindre consolation sur les figures glacées des assistants.

n descendit les escaliers en sifflant le Di tanti palpiti, si bas, si faiblement, ([u ■ lui seul, peut-être, en entendait les notes; puis il s'achemina vers les Tuile- ries d'un pas lent, irrésolu, ne voyant ni les maisons, ni les passants, marchant comme au milieu du désert, n'écoutant qu'une voix, — la voix de la mort, — et perdu dans une méditation confuse, où il n'y avait qu'une pensée...

[1 traversa le jardin des Tuileries, en suivant le plus court chemin pour se rendre au pont Royal; et, s'y arrêtant au point culminant des voûtes, son regard plongea jusqu'au fond de la Sein ...

Dans la Revue des Deux Mondes de mai 1833 parut un autre fragment intitulé une Débauche; il était accompagné de la note sui- vante, qui se rapporte à la page Zi6, Iigne30, aux mots « et Canalis? » nom auquel, dan- la première édition, était substitué celui de Victor Hugo :

Obligé de donner de l'actualité à son livre, l'auteur a fait parler dans ce banquet les convives avec la liberté que supposent 1" vin et la bonne chère ; mais il espère que son opinion sur des hommes dont il estime sincèrement les ouvrages pas susp

il faut remarquer que, dans la première version de ce fragment, qui va delà page 37, dernier paragraphe, à la page 53, ligne Ht, tous les noms cités étaient des noms de personnages réels que Balzac remplaça plus tard par ceux des acteurs de la Comédie humaine

�� � il a fait ce même changement chaque fois que cela fut possible dans toutes ses premières compositions lorsqu’il les fit entrer dans son œuvre complète, réunie et enchaînée.

Enfin, un autre fragment de cette œuvre parut dans la Revue de Paris du 27 mai 1831, sous le titre de : Le Suicide d’un poêle. Il commence dans l’édition définitive aux mots « La vie de dissipation » page 1/|0, ligne 20 et se termine aux mots « furent protestées », page 147, ligne 36. Il était précédé, dans la Revue de Paris, des lignes suivantes :

Nous sommes heureux de pouvoir, par ce fragment, venir en aide à l’impatience publique, dès longtemps préoccupée de l’apparition de ce livre. Quelque- lectures de salon lui ont donné, avant sa naissance, une immense renommée, que ne parait pas devoir démentir le commencement de publicité qu’il reçoit ici. Vingt fragments pour le moins aussi remarquables étaient à notre disposition.

Un jeune homme, voué d’abord à une vie studieuse et solitaire, est tout à coup tiré de sa mansarde par le despotisme d’une première passion. Sa maîtresse est une femme du monde, vaine, opulente; et lui, pauvre, sensible, naïf surtout, comme les hommes d’étude et de poésie qui ne se sont point encore usés par le frottement de la société. Son cœur, plein d’enchantements et riche d’illusions, se heurte à tout moment contre l’àme insensible et froide de la coquette. Dédaigné, déchiré, Raphaël de Valentin se décide à mourir. Une consultation mélancolique a eu lieu chez l’un de ses amis, homme de plaisir; et, après avoir discuté les avantages, les inconvénients de tous les genres de mort volontaire, l’homme de dissipation propose à l’homme de solitude de périr en abusant de toutes les jouissances de la vie, en s’abrutissant. Mais, se trouvant sans argent tous deux, l’ami de Valentin va risquer au jeu leurs dernières ressources.

Par un artifice de composition qui oblige notre collaborateur à empreindre son œuvre d’une verve extraordinaire, Raphaël raconte ses malheurs au milieu d’une orgie. Ce récit de désespoir, tour à tour fantastique et réel, agité, coloré, brûlant, enivrant comme les flammes du punch, à la lueur duquel il est confié à un cœur compatissant, doit représenter une ivresse qui croit, qui grandit à chaque phrase.

Cette explication était nécessaire pour l’intelligence du fragment suivant, qui appartient à ce récit.

Nous publions ici un curieux article de Balzac lui- même sur la Peau de chagrin; il parut signé du pseudonyme du comte Alexandre de B..., dans la Caricature du 11 août 1831 : 168 HISTOIRE

��LA PEAU DE CHAGRIN

r,d\l AN PB ILOSOPB [QUE

Par M. de Balzac.

Di m volumes in-8°, avec des dessins de Tony Johannot. Prix 15 francs, chez Ch. Gosselin, rue Saint-Germain- 1 es r

Si n mus dérogeons à no- habitudes satiriques, e1 si nous abdiquons le pouvoir de la moquerie en faveur de ce li\ re ;

Ce D'est pas parce qu'il a le plus brillant succès;

Ni parce qu'il tire violemment le lecteur de l'époque actuelle, de ses misères, - grandeurs, de la politique boiteuse, de la propagande qui marche;

Ni parce qu'il a une hante portée de morale et do philosophie;

■ce que, suivanl l'admirable expression du premier critique qui en ail parlé, « notre société cadavéreuse y est fouettée el marquée en grande pompe sur un éebafaud, au milieu d'un orchestre tout rossinien » ;

Ni parce que la vie humaine y est représentée, formulée, traduite, comme Rabelais et Sterne, les philosophe- et les étourdis, les femmes qui aiment et les femmes qui n'aiment pas la conçoivent; drame qui serpente, ondule, tournoie, et au courant duquel il faut s'abandonner, comme le dit la très-spirituelle épigraphe du livre.

���(Sterne, Tristam Shandy, chap. 322.)

stylo le plus éblouissant encadre ce conte oriental, fait ave< nos mœurs, avec nos fêtes, nos salons, nos intrigues et notre civilisation, qui tourne Bur elle-même, et augmente l'intensité de son tourbillon Bans j mettre plus de bonheur qu'il n'y en avait hier, qu'il n'y en aura demain;

Ni parce que l'amour y est ravissant comme l'amour, l'amour jeune, l'amour trompé, l'amour heureux;

Ni pan que la vie du jeune homme riche de cœur et pauvre d'argent j esl mm" un brandon entre l'insensibilité de la coquetterie et la passion réelle de la femme.

M - nous recommandons cet ouvrage à ceux qui aiment la belle littérature émotions, parce que nous avons autant d'amitié que d'admiration pour M. il- B ilzac.

. m moins il y a dan- cet a\eu do |,, franchise, ce qui are en fait de journalisme.

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 469

La Peau de chagrin reparut deux fois encore en 1831, sans la préface, et augmentée de douze contes, sous le titre de Romans et Contes phi- losophiques, trois volumes in-8° avec préface de Philarète Chasles, signée seulement C..., chez Ch. Gosselin; et les douze contes furent publiés à part en deux volumes in-8°, 1832, sous le titre de Contes philosophiques, avec une note de l'éditeur, datée de Paris, 1832 (voir tome XXII, page 405), et la préface de Philarète Chasles, signée cette fois en toutes lettres. Les deux éditions que cette version fut censée avoir, en 1831, ne furent qu'un seul tirage de l'œuvre, ainsi que le constate la note de l'éditeur placée en tête de la véritable quatrième édition (voir tome XXII, page /i06). C'est à l'édition publiée sous le titre de Romans et Contes philosophiques que se rapportent les deux morceaux suivants, écrits en 1831 par l'auteur lui-même sur son œuvre, et que nous empruntons, le premier à la Caricature du 13 octobre 1831, et le second à F Amateur d'autographes du 15 mai 1865. qui l'a publié sur le manuscrit autographe.

ROMANS ET CONTES PHILOSOPHIQUES

PAR M. DE BALZAC.

Le nombreux tirage d'une première édition de la Peau de chagrin n'a pu suf- fire à l'empressement du public, et une seconde édition do cet ouvrage remarquable vient de paraître, enrichie d'un troisième volume, compose de douze nouveaux contes, dont quelques-uns ont paru dans la Revue de Paris. Un pareil succès ren- ferme tous les éloges que nous n'avions pas osé accorder, dès son apparition, à l'œuvre d'un ami. Aujourd'hui, redire des louanges passées en proverbe, et présa- ger aux trois nouveaux volumes de M. de Balzac le même sort qu'ont eu les deux premiers, c'est rendre un juste hommage à la plume d'un écrivain que réclame la bibliothèque de tout lecteur de goût. Les nôtres retrouveront dans l'édition que nous annonçons, le Dialogue des Morts *, qui parut dans l'un des premiers numé- ros de la Caricature, et dont la piquante originalité révélait assez cette vraie modestie du talent qui se cache sous l'anonyme 2.

ROMANS ET CONTES PHILOSOPHIQUES

PAR M. DE BALZAC

Trois volumes. Ch. Gosselin, 1831. Les Contes philosophiques de M. de Balzac ont paru cette semaine chez le

1. Voir la Comédie du diable, dans les OEuvres diverses.

2. 11 était signé des quatre noms suivants: Alf. Coudreux. Le C'« Al. de B... Henri B... E. Morisseau, sous lesquels Balzac signait dans la Caricature.

�� � MO HISTOIRE

libraire Gosselin. La Peau de chagrin a été jugée comme ont été jugés les admira- bles romans d'Anne Radcliffe. Ces choses-là échappent aux annalistes et aux com- mentateurs. L'avide lecteur s'en empare, «le ces livres. Ils jettent l'insomnie dans l'hôtel du riche et dans la mansarde du poète; ils animent la campagne ; l'hiver, ils donnent un reflet plus vif au sarment qui pétille ; grands privilèges du conteur! C'est qu'en effet c'est la nature qui fait les conteurs. Vous aurez, beau être -avant et grave écrivain, sivousn'êtes pas venu au monde conteur, vous n'obtiendrez jamais cette popularité <[ui a fait les Mystères d'Udolphe el la Peau de chagrin, les Mille et >t>u> Nuits et M. de Balzac. J'ai lu quelque part que Dieu mit au monde Adam le aomenclateur en lui disant : Te voilà homme! Ne pourrait-on pas dire qu'il a mis aussi dans le monde Balzac le conteur en lui disant : Te voilà conte! Et en effet que 1 ! conteur ! que de verve el d'esprit ! quelle infatigable persévérance à tout peindre, à tout oser, à tout flétrir ! Comme i monde est disséqué par cel homme! quoi annaliste: quelle passion et quel sang-froid !

I i t'Hite* philosophiques sont ^expression au 1er chaud d'une c ivilis ation perdue de débauches et de bien-être que M. de Balzac expose au poteau infamant. C'est ainsi que les Mille et uni' Nuits sont l'histoire complète du mol Orient i, ses jours de bonheur et de rêves parfumés. C'est ainsi que Candide est toute l'histoire d'une époque où il y avait des bastilles, un parc-aux-cerfs et un roi absolu. En prenant ainsi et du premier bond une place à côté de ces conteurs formidables ou gracieux, M. de Balzac a prouvé une chose qui était à démontrer encore, à savoir (pie b' drame, qui n'était plus possible aujourd'hui sur le théâtre, était encore possible dans le conte ; que notre -m tété si dangereusement sceptique, blasée et railleuse, véritable Fœdora sans âme et -an- cœur, poùvail encore cependant être remuée par les galvaniques secousses de cette poésie des -en- colon e, \ ivante, en chair et en os, prise de vin et de luxure, à laquelle s'abandonne avec tant de délices et d délire M. de Balzac. De sorte que lasurprise a été grande lorsque, grâce a ce routeur, nous avons encore trouvé parmi nous quelque chose qui ressemble à la poésie ; les festins, l'ivresse, la tille d ■ joie, folle de son corps, donnant ses caresses au milieu de l'orgie; lepunch qui court couronne de Qammes bleues, la politique en gants jaune-, l'adultère musqué, la petite fille -'abandonnant au plaisir, à l'amour, rêvant tout haut; la pauvreté propre el reluisante e1 entourée de décence et d'heureux hasards, non- avons vu tout, cela dans Balzac. L'Opéra e1 -es filles, le boudoir rose et ses molles tentures, le festin et -e- indigestions! nous avons même vu apparaître encore les médecins d- Molière, tant cet homme a besoin d ■ sarcasmes el de grotesques. Plus vous avancez dan- la Peau 'le chagrin, vices, vertus manquées, misères, ennui, profond silence, science sèche et déchar

iticisme anguleux et sans '-prit, égoîsme ridicule, vanités puériles, amours soldés, juil eurs, que sais-je? tout ce monde manqué à physionomie

effai tyle, plus vous reconnaissez avec étounement et douleur qu'ainsi est

construit en effet ce six* Biècle ou vous vivez. /.-/ Peaude </<</'/"". c'est Candide des note, ,!■■ Bi r I le luxe, c'est la foi, c'est la mo-

querie, c'est la poitrine san - cœur el le i râne Bans i ervolle du m e . siècle, ce sièi le olutionnaire, -i peu lettré, -' peu quelque chose; ce

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 171

siècle de fantasmagories brillantes dont on ne pourra plus rien saisir dans cin- quante ans, excepte la Peau de Chagrin de M. de Balzac.

Voici maintenant la curieuse préface de Philarète Chasles, qui n'a jamais été réimprimée depuis sa première publication :

INTRODUCTION

aux Romans et Contes philosophiques.

Qu'est-ce que le talent du conteur, sinon tout le talent? Il renferme en lui la déduction logique dans sa rigueur, le drame avec sa mobilité, l'essence même du génie lyrique avec son extase intérieure. Le narrateur est tout. Il est historien ; il a son théâtre, sa dialectique profonde qui meut ses personnages, sa palette de peintre et sa loupe d'observateur. Non-seulement il peut réunir les talents spéciaux que je viens d'indiquer, mais, pour exceller dans son art, il le doit. Ima- ginez un conte sans intérêt de drame, sans émotion lyrique, sans couleurs nuancées, sans logique exacte; il sera pâle, extravagant et faux; il n'existera pas.

La narration est toute l'épopée ; elle est toute l'histoire ; elle enveloppe le drame et le sous-entend. Le conte est la littérature primitive. De quelle joie, dites-moi, durent être saisis ceux qui, les premiers, découvrirent et ressentirent cette jouissance ! Ils inventèrent de pittoresques symboles, en témoignage de leur ivresse nouvelle. Ce fut l'Hercule Gaulois, dont la bouche laissait tomber les chaînes d'or qui retenaient les auditeurs ; ce fut la baguette de Mercure, forçant à s'unir les hommes, plus acharnés que les serpents ; c'est le chant de la sirène, entraînant le navigateur dans l'onde d'où ses accents émanaient. Le premier conteur fut un dieu. Mais les époques primitives une fois passées, conter devint difficile.

Où est le merveilleux? qu'est devenue la foi? L'analyse ronge la société en l'expliquant : plus le monde vieillit, plus la narration est une œuvre pénible. Rendez-moi compte de cet incident? Apportez-moi le comment de cet acte et le pourquoi de ce caractère? Disséquez ce cadavre et sachez me plaire! Soyez com- mentateur et amuseur!

Voici un conteur, qui arrive à l'époque la plus analytique de l'ère moderne, toute fondée sur l'analyse : sociétés, gouvernements, sciences, reposent sur elle ; elle s'empare de tout, pour tout flétrir. Il naît dans le pays le plus rationnel de l'Europe; point d'oreilles faciles à duper comme en Italie, où la musique est dans le langage et l'ode dans le son ; point de croyance surnaturelle et populaire, le scepticisme est partout; la faculté raisonneuse a pénétré jusqu'aux classes infé- rieures. De l'ironie, mais peu caustique; de l'indifférence, excepté pour les intérêts matériels; par-dessus tout, de l'ennui et de la lassitude.

Quel conte allez-vous faire à de telles gens? Ils vous répondront qu'ils ont vu Bonaparte, hivaqué au Kremlin et couché à l'Alhambra. Ils mettront vos sylphides en fuite, et vos magiciens n'auront pas le moindre intérêt pour eux. Ils

�� � 172 HISTOIRE

vous demanderont par quel procédé chimique l'huile brûlait dans la lampe d'Aladin. Ils ont demandé à M. de Balzac ce qui serait advenu, si Raphaël eût souhaité que la peau de chagrin s'étendît !

Osez donc leur réciter de beaux contes ! enlevez-les, comme il faut qu'un bon narrateur le fasse, dans ce char d'Élie, dans cette narration aux ailes de feu et aux i ss brûlantes, qui plonge dans le ciel et fait disparaître les villes, les maisons, les bois, les collines de l'horizon terrestre !

L'analyse, dernier développement de la pensée, a donc tué les jouissances de la pinsée. Cest ce que M. de Balzac a vu dans son temps ; c'est le dernier résultat de cet axiome de Jean-Jacques : L'homme qui pense est un animal dépravé.

Assurément il n'est pas de donnée plu< tragique; car, à mesure que l'homme se civilise, il se suicide; et cette agonie éclatante des sociétés offre un intérêt profond.

Le désordre et le ravage portes par l'intelligence dans L'homme, considéré comme individu et comme être social : telle est l'idée primitive qui règne dans les oeuvres d Byron et de Godwin. M. de Balzac l'a jetée dans ses contes. 11 a vu de quels éclatants dehors cette société valétudinaire s'enorgueillit, de quelles parures ce moribond se couvre, de quelle vie galvanique ce cadavre s'émeut et s'agite par intervalles, de quelle lueur phosphorique il scintille encore. Opposant au néant intérieur et profond du corps social cette agitation factice et cette splendeur funèbre, il a cru que la mission du conteur n'était pas finie et perdue; qu'il y avait encore une magie dans ce contraste; une féerie dans cette industrie créatrice do merveilles; un intérêt dans le jeu cupide des ressorts sociaux, cachés sous de si beaux dehors, dans ce spectacle d'une société rendant le dernier soupir sous des rideaux de pourpre, d'argent et de soie.

i tnteur, un amuseur de gens qui prend pour hase la criminalité secrète, le marasme et l'ennui de son époque ; un homme de pensée et de philosophie, qui

tache à peindre la désorganisation produite par la pensée: tel est M. de Balzac.

Voilà sur quelles bases sont appuyés ces contes de nuances diverses, de formes variées, que M. de Balzac a osé lancer dans le dix-neuvième siècle, blasé, indiffé- rent et peu amusable. Ce fonds misanthropique, qu'une verve de gaieté et une fécondité d'invention incontestables raniment et font étinceler, vous le retrouvez dans l'Auberge rouge, que la Bévue de Paris a récemment publiée ; dans l'Élixir de longue vie, dans Sarrasine, dans la Comédie du Diable, farci', terrible dont le tique Introït lui a été t:<'nércusemcnt donné par une des plus mordant s plumes de notre époque. Mais cette pensée première s'élève jusqu'aux proportions de la tragédie 'I m- l'A Verdugo, où le parricide est sublime, parricide ordonne p tr famille et au nom d'une chimère sociale, le parricide pour sauver un titre! Ainsi, partout l'égoïsme : égoisme de la famille, égoisme physique, personnalités f roci a qui naissent d'une civilisation sensuelle et raffinée. Tel '"*'. Bpécialemenl le fonds r-t la pensée créatrice de la Peau de chagrin.

us, dans un autre temps, avait vu l'étrange effet de la peu •'■•■ religieuse, qui, a force de pénétrer la société, achevait de la dissoudre. L'âme, <ii\ inisée par le christianisme, avait tout envahi. Le spiritualisme effaçait la matière. Le Bymbole,

�� � l’idéalisation régnaient sans partage; pour un symbole, l’Occident s’était rué sur l’Orient. Il dominait la poésie qu’il réduisait à l’état de fantôme, en multipliant les personnifications allégoriques, en bannissant de son domaine les êtres vivants, la chair et le sang humains : Rabelais s’arma d’un symbole pour faire la guerre au symbole.

Holà ! messer Gaster, voici notre règne ! Tonnes pleines d’bypocras, bons sau- cissons chargés d’épices, bombance gigantesque, culte de la dive bouteille, douce abbaye de Thélème, dont le rien faire est la liturgie; venez !... Et, dans une épopée immense, donnez-nous l’apothéose de ce corps humain que l’on foule aux pieds, et que le curé de Meudon ne se contente pas de remettre à sa place. Il l’installe sur son trône.

Or, voici l’ère de Gargantua. On boit plus sec, on mange sans perdre jamais l’appétit : l’élément physique de l’homme se trouve déifié Dar cette ironie maté- rialiste, qui semble une prédiction du xvnr" siècle et un oracle des destinées futures auxquelles le monde est réservé.

Passe joyeusement la vie et ris-toi du reste. Trinque ! comme l’a dit M. de Balzac dans la Peau de Chagrin, voilà le sens des amères dérisions du Pantagruel, et peut-être l’arrêt définitif de ce livre.

Certes, Babelais, s’il n’eût pas vécu au commencement du seizième siècle, tout à la fin de ce qu’on appelle le moyen âge, n’eût rien écrit de pareil. Dans Panta- gruel et Gargantua, il résuma le passé, railla le présent et s’empara de l’avenir, qu’une civilisation matérielle allait isoler de l’ancienne société chrétienne et spiri- tualiste, de l’avenir qu’une philosophie sensualiste allait dominer et mouler à son plaisir.

L’ère de Babelais a expiré. Celle qu’il annonçait parcourt son cycle et l’accomplit. Ce ne sont plus les ravages de la pensée idéaliste, mais ceux du sensualisme analytique, que le conteur philosophe peut retracer aujourd’hui.

Aussi, voyez tous ces types d’égoïsme civilisé qui se donnent rendez-vous dans la Peau de chagrin : Fœdora, femme sans cœur, type d’une société sans cœur; Raphaël, symbole de la misère éclatante, le dandy sans un écu ; le. malheur même que donne l’étude solitaire, avec la gloire en perspective, le grenier pour théâtre, et la souffrance pour escorte. Le vaste plan, caché sous ces fantaisies, a dû échapper à plusieurs yeux. Des critiques n’ont pas vu que la Peau de chagrin est l’expression de la vie humaine, abstraction faite des individualités sociales; la vie avec ses ondulations bizarres, avec sa course vagabonde et son allure serpentine, avec son égoïsme toujours présent sous mille métamorphoses. La même signification se trouve cachée sous les plus légers incidents de cette fiction. A part l’intérêt dramatique du livre, il renferme un intérêt de philosophie allégorique qui s’attache aux plus minces détails et poursuit sans pitié cette science d’égoïsme que la civilisation fait naître. Voyez Raphaël ! Comme le sentiment de sa conservation étouffe en lui toute autre idée! Comme dans la scène du duel, chez les paysans, dans son hôtel de Paris, le même sentiment l’absorbe ! Soumis à ce talisman terrible, il vit et meurt dans une convulsion d’égoïsme.

C’est cette personnalité qui ronge le cœur et dévore les entrailles de la société 174 HISTOIRE

où nous sommes. A mesure qu'elle augmente, les individualités s'isolent : plus de liens, plus de vie commune. La personnalité règne : c'est son triomphe et sa fureur que la Peau de chagrin a reproduits. Dans ce livre, il y a toute une époque. Là, comme on l'a dit dans un journal1 : « Vous pouvez, si cela vous séduit, voir apparaître, sous forme vivante, notre civilisation d'hier et d'aujourd'hui : toute parée, toute folle d'ennui et de luxe, avec son dégoût, son désespoir, ses bons mots, ses velléités de science et de religion, ses créations qui avortent. Ses vertus qui ne sont pas écloses, son éclat semblable à la lueur émanée des endroits infects ; ses prétentions de grandeur, de sévérité, de patriotisme, d'énergie, de rénovation, de génie, d'organisation, de conservation, de durée ; et son néant réel, son mal intime ; son manque de foi, sa faiblesse de volonté, son inanité, sa décrépitude, sa force factice, comme celle de l'ivresse; passagère, comme celle que la pile de Volta communique à un corps mort.


»Il serait curieux de contempler le critique de l'ancienne école, l'homme de bon goût et de bonnes mœurs, en face de cette œuvre. Oh ! le pauvre homme ! que fera-t-il de sa toise ? lui qui veut de la raison ; lui le jugeur, le peseur des mots ; lui, le compas en main, la loupe appliquée sur l'œil, heureux de découvrir une irrégularité dans un livre, une verrue dans un beau visage ? Assurément il ne comprendra pas un mot de ce conte. Il aime la littérature de plain-pied ; ici tout est abîmes, précipices, saillies, excroissances, hautes montagnes, profondeurs sans fond.

»Je jure que le plus habile critique de 1800 à 1820 ne se ferait pas une idée nette sur un pareil ouvrage. Il briserait sa toise, il jetterait son compas. Autant vaudrait demander à M. d'Aguesseau l'explication satisfaisante d'un journal de 1831. En vain diriez-vous à notre Aristarque dans l'embarras que l'auteur de La Peau de chagrin a voulu, comme feu Rabelais, formuler la vie humaine et résumer son époque dans un livre de fantaisie, épopée, satire, roman, conte, histoire, drame, folie aux mille couleurs. Le critique vous dira que Pantagruel est une allégorie, que Panurge est évidemment Rabelais et Pantagruel François Ier ; mais que, dans l'œuvre de M. de Balzac, rien de pareil ne frappe ses yeux. Et si vous répliquez en disant que la prétendue allégorie, découverte dans Rabelais par la lubie des savants, n'a jamais eu d'existence ; que le monstre comique, créé par le médecin chinonais, est une immense arabesque, fille du caprice accouplé avec l'observation : notre homme vous tournera le dos, non sans prier Dieu qu'il vous rende votre raison perdue et vous fasse cadeau d'une bonne édition de Laharpe.

»Il y a dans l'œuvre de M. de Balzac le cri éclatant, le cri de désespoir d'une littérature expirante. Œuvre puissante… Je ne parle pas de la souplesse d'un style qui insulte à tout moment la critique, et d’une vivacité extrême de teintes chatoyantes ; mais de la portée générale d'un livre où le siècle et le pays les plus confus qui aient jamais existé se concentrent sous des formes poétiques, réelles, colorées, qui éblouissent le regard. Avoir trouvé le fantastique de notre époque, ce n'est ni un petit mérite, ni un mince travail. L'avoir vivifié sans tomber dans la froideur de l’allégorie, c’est chose méritoire, c’est le témoignage

1. Le Messager. d’un rare talent. Il fallait, pour obtenir ce résultat, n’oublier aucune des brillantes nuances dont elle se pare, nous donner les fêtes, l’esprit, le dévergondage, lès riches étoffes, les jouissances effrénées, le jeu, l’amour, la poésie de costume, qui se pressent daus les grandes villes ; il fallait n’oublier non plus aucune des misères sociales ; ces cœurs desséchés, ces existences perdues, ces arts qui augmentent la richesse sans ajouter rien au bonheur; il fallait faire voir, au sein de la civilisation, fleur éclatante et factice, le ver qui la ronge, le poison qui la tue.

» Ce livre a tout l’intérêt d’un conte arabe, où la féerie et le scepticisme se donnent la main, où des observations réelles et pleines de finesse sont enfermées dans un cercle de magie. Vous y trouverez de grands salons et de grandes orgies, la mansarde du jeune savant et le boudoir de la femme à la mode, la table de jeu et le laboratoire du chimiste : tout ce qui influe sur notre société, depuis le sourire de la jeune fille jusqu’aux malices du feuilleton.

» Et n’attendez pas que je vous donne une idée plus exacte de cet étrange livre ; il est de ceux où chacun trouve pâture à son goût : à tel la satire, à tel autre le fantastique, à celui-là des tableaux brillamment colorés. Si la société telle qu’elle est vous ennuie tant soit peu, et qu’il vous agrée de la voir pincée, fouettée, marquée, en grande pompe, sur un bel échafaud, au milieu de tout le fracas d’un orchestre rossinien, d’un tintamarre et d’un charivari incroyables, et de la décoration la plus étourdissante, lisez la Peau de chagrin, vous en avez pour trois nuits d’images éclatantes et terribles qui soulèveront les rideaux de votre alcôve pour peu que la nature vous ait doué d’imagination ; et pour un an de réflexions, si vous êtes né contemplateur, observateur et penseur. »

Le public, qui a si rapidement enlevé la première édition, a justifié le critique. Mais l’auteur, docile aux observations qui lui ont été adressées par amis et ennemis, n’a épargné ni ratures, ni veilles, ni suppressions, ni corrections, pour rendre plus parfaite la seconde édition de son œuvre. Il a même fait le sacrifice de sa préface presque entière ; préface consacrée à une justification inutile. Il avait tort de croire que la Physiologie du mariage, œuvre d’ironie et d’analyse, eût marqué son front d’un sceau de cynisme et d’impudence : on ne confond plus les fantaisies de l’art avec le caractère de l’artiste; on sait que le plus doux des hommes peut devenir, dans sa tragédie, sanguinaire, criminel et implacable. On sait que le poëte le plus ardemment erotique peut ne demander à l’amour que la jouissance des beaux vers. Cependant cette préface, dont le scrupule de l’auteur avait tracé les pages, et dont il fait le sacrifice, contenait des observations générales et philosophiques que nous croyons devoir reproduire ici.

L’auteur explique, avec autant, de sagacité que de finesse, le procédé physiologique qui préside à la création d’une œuvre d’art et fait naître dans l’esprit de l’artiste mille fantômes dont la moralité ne lui est pas imputable 1 .

M. do Balzac, dont les contes ont vaincu la formaliste apathie de son temps et qui, dans la Peau de chagrin, a donné preuve de cette énergie et de cette

1. Voir tome XXII, page 396, cette préface de la Peau de chagrin. fécondité, de cette verve hardie et poignante, que l’on réclame aujourd’hui, comme un palais blasé veut de l’orpiment et de L’alcool, ne s’en tiendra pas à. cet essai. Il a frappé notre époque en lui empruntant ses propres armes; en employant cette frénésie d’invention, cette ironie envenimée, ces couleurs ardentes, sombres et tranchées, dont l’abus serait la perte de l’art. Quand il voudra être simple, il saura l’être, comme il l’a prouvé dans le Réquisitionnaire, dans l’Etude de femme, dans les Proscrits et l’Enfant maudit. On le verra changer les couleurs de sa palette et. de nuance en nuance, d’existence en existence, de mode en mode, parcourir tous les degrés de l’échelle sociale et montrer tour à tour le paysan, le mendiant, l • pâtre, le bourgeois, le ministre, attaqués de la même maladie destructive. 11 ne reculera pas même devant le roi et le prêtre, ces deux derniers échelons de notre hiérarchie croulante; le roi, que notre progrès de civilisation a tellement ébranlé sur son trône qu’il n’a plus de confiance à sa couronne; le prêtre, dont la pensée renferme le dernier, le plus large développement de l’intelligence humaine, et qui lus qu’un spectre lorsqu’il cesse d avoir foi en lui.

La foi et l’amour, s’éloignant des hommes livres à la culture intellectuelle ; la foi et l’amour, s’exilant pour laisser dans un désert d’égoïsme profond tous ces hauts esprits, tous ces êtres parqués dans leur personnalité : tel est le but des contes de M. de Balzac. Dans celui que l’auteur a intitulé Jésus-Christ en Flandre, un rayon d’amour et de foi tombe du ciel. Les parias de la société, ceux qu’elle bannit de ses universités et de se- collèges, restent fidèles à leur croyance, et conservent, avec leur pureté morale, la fore.’ de crie foi qui les sauve, tandis que les gens supérieurs, fiers de leur haute capacité, voient s’accroître leurs maux leur orgueil, et leurs douleurs avec leurs lumières. Cette moralité suprême qui peinture de tous les types d’individualisme est d’un bel effet.

C’esl non-seulemenl la sock é dans ses masses que frappe de morl l’ég fils de l’analyse et de cette raison approfondissante qui nous ramène sans cesse à personnalité ; c’esl aussi la société dans ses éléments partiels ; c’esl encore le gouvernement et la théorie politique. D di grés en degrés, l’auteur s’élèvera jusqu’à cette dernière ironie, la plus haute et la plus en harmonie avec notre temps. Dans l’Histoire de la succession du marquis de Carabas 1 , dernière œuvre qui complétera la do ■ recueil, il montre la société politique en proie à la même impuissance, au même néanl qui dévorent Raphaël dans la l’eau de chagrin. Même intensité de désirs, même éclat extérieur, même mis,ère réelle; même formule

éternelle, où la nationalité se trouve pressée coi l’individualisme

dans la sienne, [ci un ton de bonhomie plus naïve, une satire moins amère, B’ac-

l’ont avec une ironie qui s’attaque non aux nomme . mais aux doctrines; non aux individualités, mais aux systèmes.

I . mêlés de merveilleux et dictés par la fantaisie, ont conquis un succès

pop. 1 ■ n traire à la libre et capricieuse action; mais on

les a plutôt acceptés comme des inventions brillantes que comme des œuvres de raison. Nous avons pris plaisir à en développer le sen impie, la portée

1. Ce livre n’a jamais paru. DES OEUVRES DE BALZAC. 177

morale, inaperças de la foule. Ce n'est pas là ce qui fait le succès du jour, mais ce qui le propage et le continue dans L'avenir.

En 1833, une troisième édition de la Peau de chagrin (marquée quatrième), accompagnée de nouveau de la préface de Philarète Chasles, fut faite chez le même éditeur, encore sous le titre de Romans et Contes philosophiques et suivie des douze contes. En 1835, daté de la Boulonnière, avril 1831, cet ouvrage parut pour la quatrième fois, précédé de la note que nous avons signalée plus haut, et d'une Étude de Félix Davin; il formait les tomes I à IV, in-18, de la quatrième édition des Études philosophiques, chez Werdet. Enfin, en 1 845, l a Peau de chagrin entra, dédiée pour la première fois, dans le tome I de la cinquième édition de ces Éludes (première édition de la Comédie humaine, tome XIV).

LXVI. Jésus-Christ en Flandre, daté de Paris, février 1831. Dédié à madame Desbordes-Valmore. Ce conte, qui comprend en outre aujour- d'hui le fragment intitulé primitivement l'Église, parut inédit en 1831 dans les Romans et Contes philosophiques, trois volumes in-8°, chez Gosselin. Dans l'édition in-18 de 1836, ce récit porte la date de Paris, novembre 1833, qui ne saurait être exacte, on le voit. En 18/|5, il entra, dédié pour la première fois, dans le tome I de la cinquième édition des Études philosophiques (première édition de la Comédie humaine, tome XIV); il y absorba V Église qui l'y suit sans division et son titre supprimé ; quelques mots ajoutés ont suffi pour souder les deux récits. L'Église, qui commence dans l'édition définitive, page 253, der- nière ligne, avait paru pour la première fois aussi dans les Romans et Contes philosophiques en 1831. Dans l'édition in-18 de 1836, ce conte est daté de Paris, février 1831, date qui est devenue, on l'a vu, celle de tout le morceau actuel. Un fragment de l'Église avait paru inédit dans la Caricature du 9 décembre 1830, sous le titre de : la Danse des pierres. Il était signé comte Alex, de B..., et va de la dernière ligne de la page 252 à la ligne 13 de la page 256 : on y lisait, après le mot « veille » :

— Réveillez-vous, je vais fermer les portes...

Je me retournai soudain, et je vis l'horrible figure du donneur d'eau bénite. — Il m'avait secoué le bras, et je trouvai la cathédrale humide, ensevelie dans l'ombre, comme un homme enveloppé d'un manteau... Tout en marchant, je croyais encore la sentir dansant sous moi...

LXVII. Melmolh réconcilié, daté de Paris, 6 mai 1835. Dédié au général Baron de Pommereul. Imprimé pour la première fois en

�� � juin 1835, dans le tome VI du Livre des Conteurs, recueil par divers auteurs, Lequien fils, six volumes in-8°, accompagné d’une note (voir tome XXII, page 417) ; ce conte reparut la même année, daté, dans le tome V de la quatrième édition des Études philosophiques. Ce n’est qu’en 1845 qu’il prit sa dédicace en entrant dans le tome I de la cinquième édition des Études philosophiques (première édition de la Comédie humaine, tome XIV).

LXVIII. Le Chef-d’œuvre inconnu, daté de Paris, février 1832. Dédié à un lord, 1845. Ce récit a paru pour la première fois, avec le sous-titre de conte fantastique, dans l’Artiste des 31 juillet et 6 août 1831 ; il y était divisé en deux chapitres : Maître Frenhofer et Catherine Lescault. La même année, il reparut en volume dans la première édition des Romans et Contes philosophiques, et fut, pour la première fois daté de 1836 dans le tome XVII de la quatrième édition des Études philosophiques, publié en 1837. Il compléta en 1848, sous le titre de Gillette, la première édition à part de : le Provincial à Paris (les Comédiens sans le savoir). Il entra en 1845, dédié, et le titre de son premier chapitre changé en celui de Gillette, dans le tome I de la cinquième édition des Études philosophiques (première édition de la Comédie humaine, tome XV).

LXIX. Gambara, daté de Paris, juin 1837. Dédié au marquis de Belloy. Cette étude parut pour la première fois dans la Revue et Gazette musicale de Paris des 23, 30 juillet, 6, 13 et 20 août 1837 ; sa publication y l’ut précédée d’une lettre au directeur, datée de Paris 29 mai 1837, publiée dans le numéro du 11 juin (voir tome XXII, page 491). Cette version était divisée comme suit :

1. Comment un noble Milanais, en poursuivant une femme, fit la rencontre d’un compositeur soupçonné d’être fou.

2. Vie du signor Paolo Gambara.

3. Opéra de Mahomet, musique et paroles de Gambara.

4. Ce que Gambara ivre trouvait dans Robert le Diable.

Conclusion.

En 1839, Gambara parut pour la première fois en volume, avec sa dédicace, datée des Jardies février 1839, à celui qui n’était encore alor que le comte Auguste-Benjamin de Belloy ; il était précédé du Cabinet des Antiques, avec préface collective (voir tome XXII, page 513). Cette édition portait comme titres de chapitre :

1. La rencontre du compositeur.

2. Vie du Signor Paolo Gambara.

3. Opéra de Mahomet.

4. Opinion de Gambara ivre.

Conclusion. DES ŒUVRES DK BALZAC. 170

Il entra ensuite, en 1840, daté de Paris, avril-juin 1837, dans le Livre des douleurs avec Massimilla Doni, les Proscrits et Seraphila. Enfin, en 1846, il entra avec sa date actuelle, et toutes divisions sup- primées, dans le tome II de la cinquième édition des Éludes philoso- phiques (première édition de la Comédie humaine, tome XV).

LXX. Massimilla Doni, daté de Paris, 25 mai 1839. Dédié à Jacques Strunz. Ce récit parut pour la première fois, en 1839, divisé en quatre chapitres, sans titre et avec sa dédicace datée de Paris, mai 1839, à la suite d'une Fille d'Eve, avec préface collective (voir tome XXII, page 518). Un fragment de cette nouvelle, intitulé Une Représentation du Mose de Rossini, à Venise, avait été publié inédit dans la France musicale du 25 août 1839; l'introduction de ce fragment n'a pas été réimprimée avec l'œuvre; nous allons la donner ici en faisant remarquer qu'elle se plaçait immédiatement avant la ligne 5 de la page 435 :

Un des grands vices du caractère des Français est de croire que, hors la France, il n'existe plus rien. Les Français suppriment entièrement les pays étrangers; ils veulent les ignorer, et sont tout surpris d'y trouver quelque chose. En 1822, un jeune homme, attiré en Italie par les étranges assertions de M. de Stendhal, dont les livres parlaient d'un musicien de génie, était à Venise au moment où la fameuse ïinti devait débuter à la Fenice, dans le rôle (VElcia de Mose. Ce Français avait été recommandé à la duchesse Cataneo, qui lui fit presque violence en l'emmenant au théâtre. Elle lui avait d'ailleurs promis de lui expliquer la musique du nouveau maître.

Cet extrait de Massimilla Doni se terminait aux mots « la Venise qui n'était plus », ligne 3/i de la page 457. En 1840, cette nouvelle reparut dans le Livre des douleurs, avec Gambara, les Proscrits et Seraphila. La dédicace est enlevée, et l'ouvrage daté, par erreur, de Paris 25 mai 1837, y est divisé en chapitres dont voici les titres :

1. Les deux amours. 3. L'opéra de Mose.

2. Les extrêmes jouissances. 4. Les deux guérisons.

En 1846, cette étude entra dans le tome II de la cinquième édition des Études philosophiques (première édition de la Comédie humaine, tome XV), datée comme aujourd'hui, la dédicace rétablie sans date, et toutes les divisions enlevées.

LXXI. La Recherche de l'absolu, daté de Paris, juin-septembre 1834. Dédié à madame Joséphine Delannoy, née Doumerc. Imprimé pour la première fois, daté, en 1834, dans la troisième édition des Scènes de la

�� � 4 80

��HISTOIRE

��Vie privée, ce roman, qui formait le tome III de cette édition, fut mis en vente en octobre avec sa date actuelle et les divisions suivantes :

��1 . La maison Clacs.

2. Histoire d'un ménage flamand.

3. L'absolu.

4. La mort d'une mère.

��5. Dévouements de la jeunesse.

6. Le père exilé.

7. L'absolu trouvé.

��En 1839, il fut réimprimé chez Charpentier en un volume in-1'2, sous le titre de Balthazar Claes ou la Recherche de l'absolu, et divisé en quatre chapitres sans titres.- Il était précédé de sa dédicace, datée alors des Jardies, juin 1839. En 1845, ce roman est entré, la date delà dédicace et toutes divisions supprimées, dans le tome I de la cinquième édition des Éludes philosophiques (première édition de la Comédie humaine, tome XIV).

TOME II.

LXXU. L'Enfant maudit , daté de Paris, 1831-1836. Dédié à la baronne James de Rothschild. La première partie de ce récit, qui se terminait page 56, ligne 3Zi, de l'édition définitive, parut pour la pre- mière fois dans la Revue des Deux Mondes, numéro de janvier 1831,

divisée en trois chapitres :

��1. Une chambre xvi e siècle.

��à coucher du

��2. Le rebouteur.

3. L'amour paterne!.

��division qui fut maintenue lors de sa publication en volume, la même année, dans la première édition des Romans et Contes philoso- phiques. La deuxième parti, imprimée pour la première fois dans la Chronique de Paris du 9 octobre 1836, sous le titre de la Perle brisée, parut pour la première fois en volume en 1837 (daté 1836), complé- tant l'ouvrage, daté' en entier de 1831-1836 et divisé en deux parties : Comment vécut la mère et la Perle brisée, dans le tome XVI de la qua- trième édition des Études philosophiques.

La seeonde partie était précédée, dans la Chronique de Paris, de quelques lignes d'introduction qui se plaçaient immédiatement après la fin de la première partie et qui n'ont pas été conservées dans le volume; les voici :

�� � DES OEUVRES DE BALZAC. 181

Au milieu d'une époque OÙ les religions humaines s'abolissent, où la famille est quasi détruite, où le droit d'aînesse, institution aussi vieille que le déluge, n'est plus comprise, où la chimère de l'égalité triomphe, où les biens, en se morcelant, amoindrissent la nation ; par ce temps désastreux où l'Individu remplace la Maison, où chacun, en un mot, se couronne roi lui-même, il est difficile de faire concevoir la folle ivresse d'un vieux gentilhomme retrouvant un fils au moment où il croyait son nom éteint, ses armes perdues, ses domaines partagés. Le duc d'Hérouville fut ainsi quand il eut retrouvé le fils qu'il avait maudit autrefois. Il ne se demanda point quels étaient ses torts envers cet enfant, s.'il en serait aimé. Il oublia la sombre destinée qu'il avait faite à la mère. Pour lui, tout le passé disparaissait devant la brillante aurore de l'avenir; la maison d'Hérouville ne périrait point; Dieu lui avait miraculeusement conservé sa race, en fortifiant dans l'ombre et le silence l'enfant qu'il croyait mort.

On continuait après comme aujourd'hui, page 56, ligne 35. En 18Û7, l'Enfant maudit, complet, fut placé à la suite de Madame de la Chan- lerie, trois volumes in-8°, et les deux parties y sont fondues en un seul ouvrage divisé en sept chapitres dont les trois premiers sont restés ceux de la première version de la première partie; voici ceux de la seconde :

4. Un héritier. C. Amour.

5. Gabrielle. 7. La perle brisée.

En I8/16, l'Enfant maudit était entré, dédié pour la première fois et divisé en deux chapitres seulement : Comment vécut la mère, Comment mourut le fils, dans le tome II de la cinquième édition des Études philosophiques (première édition de la Comédie humaine, tome XV).

LXXT1I. Les Marana, daté de Paris, novembre 1832. Dédié à la comtesse Merlin. Cette nouvelle parut pour la première fois dans la Revue de Paris, numéros de décembre 1832 et janvier 1833, avec cette bizarre épigraphe : Ni muse ni moire ; la première partie, divisée en deux chapitres : Exposition, Action, y était datée du 15 décembre (1832) ; la deuxième, intitulée Histoire de madame Diard, était précédée de l'épigraphe suivante, empruntée à Louis Lambert :

Il était, vivante et sublime Klégie, toujours silencieux, résigné ; toujours souf- frant, sans pouvoir dire : Je souffre.

Ce récit parut pour la première fois en volume en 183/i, dans le tome H de la première édition des Scènes de la Vie parisienne, daté

�� � ISS HISTOIRE

comme aujourd'hui, et les deux premiers chapitres de la version de la Revue de Paris fondus en un seul qui prit le titre de la Marana. Enfin, en 1846, il entra, dédié pour la première fois et toutes divisions de chapitres supprimées, dans le tome II de la cinquième édition des Études philosophiques (première édition de la Comédie humaine, tome XV).

Une curieuse remarque à faire pour cette nouvelle, c'est qu'il y est parlé différemment dans toutes les éditions d'un récit relatif au capitaine Bianchi [voir ligne 14, page 100), et que, sauf le premier renseignement, celui qui est indiqué dans la Revue de Paris, tous les suivants sont inexacts. Voici ces différents renvois :

I.

G divertissement de bivac a été raconté récemment dans un livre où se trouvent, sur le e de ligne, îles détails qu'il est inutile de répéter ici.

Rend' de Parit, décembre 1832

II.

Ce divertissement de bivac est raconté dans les Conversations par lesquelles uvrage est terminé, et il s'y trouve, sur le e de ligne, des détails qui confir- ment tout ce qu'on en dit ici.

IScènti de la Vit parisienne, 1834.)

III.

Ce divertissement de bivac est. raconté ailleurs (Scènes de la Vie parisienne), et il s'\ trouve, sur le 6* de ligne, certains détails qui confirment tout ce qu'on en dit ici.

(La Comédie humaine, 1846).

Or, ce récit se trouve dans Échantillon de causeries françaises 1 wersations entre onze heures et minuit), (pie Balzac publia d'abord dans les Contes bruns et qui ne fut jamais placé dans 1rs Seines île la Vie parisienne, malgré ces indications (Voir aux Œuvres diverses). L'avis qui se trouve à la page 100 de l'édition définitive est doue inexact aussi.

LXXIV. Adieu, daté de Paris, mars 1830. Dédié au prince Frédéric de Schwarzemberg. Ce récit parut pour la première fois dans la Mode du 1") mai et du 5 juin 1830, sous le titre de Souvenirs soldatesques ; Adieu. Il y était divisé en trois chapitres : les Bons hommes, le Pas- sage de la Bérézina la Guérison. Il parut pour la première fois en volume, en 1832, toutes divisions supprimées, dans le tome III de la deuxième édition des Scènes de la Vie privée, sous lé titre de : le

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 183

Devoir d'une femme. En 1835, cette nouvelle, datée comme aujour- d'hui, entra pour la première fois dans les Études philosophiques sous son titre ûl Adieu, dans le tome IV de leur quatrième édition. Il y portait l'épigraphe suivante, extraite de César Birolleau, inédit à cette époque, et qui devait alors paraître dans les Éludes philoso- phiques :

Les plus hardis physiologistes sont effrayés par les résultats physiques de ce phénomène moral, qui n'est cependant qu' un foudroiement opéré à l'intérieur, et, comme tous les effets électriques, bizarre et capricieux dans ses modes.

En I8Z16, Adieu entra, dédié pour la première fois, dans le tome II de la cinquième édition des Études philosophiques (première édition de la Comédie humaine, tome XV).

LXXV. Le Requis itionnaire , daté de Paris, février 1831. Dédié à Albert Marchand de la Ribellerie, Tours 1836. Ce récit parut pour la première fois dans la Revue de Paris du 23 février 1831, et entra la même année dans la première édition des Romans et Contes philoso- phiques. En 1835, il fit partie, daté, de leur quatrième édition, et, en I8/16, il entra, dédié pour la première fois, dans le tome II de la cin- quième édition (première de la Comédie humaine, tome XV).

LXXVI. El Verdugo, daté de Paris, octobre 1829 (et non 1820, comme le porte par suite d'une faute d'impression l'édition définitive et celle qui l'a précédée). Dédié à Martinez de la P.osa. Ce récit parut pour la première fois dans la Mode, numéro du 29 janvier 1830, sous le titre de Souvenus soldatesques. El Verdugo; guerre d'Espagne (1809), accompagné de cette note :

Le respect dû à des infortunes contemporaines oblige le narrateur à changer le nom de la ville et de la famille dont il s'agit.

Il entra en 1831 dans la première édition des Romans et Contes philosophiques. En 1835, il entra, daté, dans le tome V de la qua- trième édition des Études philosophiques, et, en I8/16, dédié pour la première fois, dans le tome II de leur cinquième édition (première de la Comédie humaine, tome XV). Il a aussi été publié en 1847 après le Provincial à Paris {les Comédiens sans le savoir), deux volumes in-8°, et en 185Zi après l'Initié, deuxième épisode de l'Envers de V histoire contemporaine, deux volumes in-8 n .

LXXVII. Un Drame au bord de la mer, daté de Paris, 20 novembre

�� � 184 HISTOIRE

1834. Dédié à la princesse Caroline Galitzin de (ienthod, née comtesse Walewska. Ce récit parut pour la première fois en 1835, daté, dans le tome V de la quatrième édition des Études pilosophiques. 11 a accom- pagné, en îs'io. la Muse du département, Rosalie {Albert Savants), et le père Canet (Facino Cane), quatre volumes in-8°, sous le titre de lajuslice paternelle, et fit partie en 1846, dédié pour la première fois et sous son premier titre, du tome II delà cinquième édition des Etudes, philosophiques ( première édition de la Corneille humaine, tome M .

LXXVIII,. L'Auberge rouge, daté de Paris, mai 1831. Dédié au mar- quis de Custine. Ce récil parut pour la première fois dans la Revue de Paris des 10 et 27 août 1831; il entra en 1832 dans les Nouveaux Contes philosophiques, un volume in-8°, divisé comme suit :

1. Introduction. I. Les deux justices (fin).

2. Los deux sous-aides. 5. Le cas de conscience.

3. Les deux justices.

En 1837 (daté 1836), ce récit entra dans le tome XVII de la qua- trième édition des Études philosophiques, divisé comme suit :

��Introduction.

1 . L'Idée et le fait. 2 Les deux crimes.

��'■'>. Les deux justices. 4. Le cas de conscience,

��En 1846, il entra, dédié pour la première fois, dans le tome II de la cinquième édition des Études philosophiques (première édition de la Comédie humaine, tome XV), divisé en deux parties dont voici les titres : L'Idée et le Fait et les Deux Justices.

LXXIX. L'Élixir de longue rie. daté de Paris, octobre 1830. Dédié îteur. Ce récit parut pour la première fois dans la Revue de Finis du -j'i octobre 1830, divisé en deux parties : Festin et Fin. pré- cédées (!•'- épigraphes suivantes, qui ont été supprimées depuis :

��I.

Pendant cette soirée, je vis un monsieur qui avait une tabatière sur laquelle ini l'œil étincelant d'une maîtresse, morte à la fleur de l'âge, et dont il fut jadis adoré.

| Monographie il<: In vertu, nédil île l'auteur.)

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC.

��183

��II.

Toutes les fois que Languet, curé de Saint-Sulpice, passait devant un savant critique surnommé le dénicheur de saints, il le saluait avec respect, disant : « J'ai toujours peur qu'il ne fasse un fripon de mon pauvre saint Sulpice ! »

{Monographie de la vertu.}

On sait que la Monographie de la vertu est un des nombreux ouvrages projetés par Balzac qui n'ont point été écrits.

La fin même du récit a disparu dans toutes les réimpressions; la voici :

Ce fut le premier religieux qui mourut bicéphale.

Nous pouvons tirer de ce mythe plusieurs moralités intéressantes. D'abord... Mais continuez — sans l'auteur...

L'Élixir de longue vie parut pour la première fois en volume, en 1831, dans les Romans et Contes philosophiques. 11 fut daté pour la première fois en 1835, dans le tome V de la quatrième édition des Études philosophiques, et entra en 1846, dédié pour la première fois, dans le tome II de la cinquième édition des Études philosophiques (première édition de la Comédie humaine, tome XV).

LXXX. Maître Cornélius, daté du château de Sache, novembre et décembre 1831. Dédié au comte Georges Mniszech. Imprimé pour la première fois dans la Revue de Paris en décembre 1831, ce récit y était divisé en trois chapitres :

��1. Scènes d'église au xv e siècle.

2. Le torçonnicr.

��3. Le vol des joyaux du duc de Ba- vière.

��En publiant cet ouvrage, en 1832, dans les Nouveaux Contes philo- sophiques, l'auteur divisa le dernier chapitre en deux, et intitula le quatrième le Trésor inconnu. Il passa ensuite, en 1836, avec ces divisions et daté, dans la quatrième édition des Études philosophiques; puis enfin, en 1846, toutes divisions supprimées et dédié pour la première fois, dans leur cinquième édition (première de la Comédie humaine, tome XV).

LXXXL Sur Catherine de Médieis. Introduction. I. Le Martyr cal- viniste. IL La Confidence des Ruggieri, daté de Paris, novembre- décembre 1836. III. Les Deux Rêves, daté de Paris, janvier 1828. Dédié au marquis de Pastoret, dédicace datée de Paris, janvier 18/|2. La première partie de ce récit, après avoir été longtemps annoncée

�� �� � 4 86

��HISTOIRE

��sous le titre de : le Fils du pelletier, et sous celui de : les Lecamus ou Catherine de Médicis prise au piège, parut, sans l'introduction, dans h\ du '23 mars au h avril 1841, sous le titre de : les Lecamus. Elle portait alors pour épigraphe ces mots tirés de Louis Lambert :

Le fanatisme et tous les sentiments sont des forces vives.

et parut dans ce journal divisée en chapitres dont voici les titres, sup- primés depuis :

��1. Dne maison qui n'existe plus,

au coin qui n'existe plus, de la rue de la Vieille-Pelleterie

qui n'existe plus , dans un Paris qui n'existe plus.

'2. Les réformes.

3. La bourgeoisie.

��4. La cour.

5. Le petit lever de François II.

6. Un drame dans un surcot.

7. Le martyre.

8. Les Bourbons contre les Valois.

9. Comment mourut François 11. 10. La récompense.

��Cette partie parut pour la première fois en volumes, 'accom- pagnée des deux autres, de son importante introduction inédite et de sa dédicace datée, en janvier 1843, trois volumes in-8°, chez Sou- verain; l'ouvrage portait le titre de Catherine de Médicis expliquée; le Martyr calviniste. Sa division de chapitres était différente de celle du Siècle et nous la reproduisons ici :

��1. I ne maison qui n'existe plus,

au coin d'une rue qui n'existe plus , dans un Paris qui n'existe plus.

2. Les réformes.

3. La bourgeoisie.

4. Le château de Blois.

5. La cour.

(i. Le petit lever de François IL

7. Les deux amants.

s. Marie Stuart et Catherine.

��0. Un drame dans un surcot.

10. Le martyre.

1 1. Le tumulte d'Amboise.

12. Vmbroise Paré.

13. Comment mourut François II.

14. Genève.

15. Calvin.

1G. Catherine au pouvoir. 17. La récompense.

Note-.

��L'introduction était terminée par cette note d'autant plus singu- lière qu'elle est absolument inexacte quant à la date rectifiée :

On a mis par inadvertance le titre de le Petit Souper au lieu de : les Deux fi LUI, pos de la troisième étude sur Catherine de Médicis, publiée

en 1828 et non en 18 10.

maintenant le passage auquel cette note fait allusion; il fut

supprimé de l'introduction à l'entrée de l'ouvrage dans la Comédie

�� � humaine en 18/j6; il se plaçait après les mots « envers cette reine », ligne 24, page 375 :

Plus tard, quand il eut. résolu d’indiquer la pensée qui avait conduit chaque siècle antérieur au nôtre, afin de démontrer l’activité des idée* et leur puissance, il pensa naturellement à Catherine. Son opinion sur cette grande reine n’est d’ailleurs pas nouvelle. Le Petit Souper [les Deux Rêves), la dernière des trois études réunies ici en corps d’ouvrage pour la première fois, a été publié en 1830. Peut-être, si cette Étude eut été intitulée Dialogue de Catherine de Médicis et de Robespierre, l’analogie frappante entre les exigences politiques du principe de la domination démocratique et du principe de la domination monarchique eût-elle été mieux comprise. *

Le Martyr calviniste et le Secret des Ruggieri montrent Catherine de Médicis aux prises avec la première et la dernière grande difficulté de sa vie politique ; mais, en voyant combien de développements exigent ces deux détails et combien de faits, d’hommes et d’intérêts s’y rattachent; en observant surtout avec quelle sobriété l’auteur a procédé, l’on apercevra les énormes travaux auxquels doivent se condamner les historiens qui voudront entreprendra la peinture vraie de la France pendant la réformation, ouvrage auquel travaille, dit-on, M. le marquis de Pastoret depuis quinze années.

Évidemment cette histoire aura toujours deux historiens, un protestant et un catholique; car l’impartialité, dans le sens que l’on donne à ce mot, n’y est point permise. Aujourd’hui nous n’avons plus qu’à en peindre le drame : la chose est jugée, nous sommes dévorés par l’esprit du protestantisme.

Quand un grand homme se présentera-t-il pour dompter ce nouvel esprit des sociétés, comme Luther et Calvin ont vaincu l’ancien? Quand se lèvera le Luther ou le Calvin de la monarchie et de la religion, pour faire perdre à ces mots Liberté, Egalité, Élection, leur funeste auréole? L’entreprise est difficile, Napoléon y a déjà succombé. La plume en ceci nous semble plus puissante que l’épée ; car les novateurs ont vaincu plus par l’encre que par la poudre à canon. Aussi, quel nom donner à un pouvoir qui, de nos jours, ne veut pas s’unir intimement avec les écrivains de talent qui défendent la société; qui, loin de protéger la pensée, ne pense qu’à nuire à ceux qui en disposent? Était-ce l’armée et le talent militaire qui manquaient à Philippe II et à Catherine? Était-ce l’or?

Quant à la conclusion à tirer de ces études sur Catherine, elle sera claire et visible : le pouvoir ne doit jamais être astreint aux règles qui constituent la morale privée. Cette maxime est directement contraire à celle avec laquelle la bourgeoisie voudrait aujourd’hui diriger la politique des États. Ne sera-ce pas rendre notre pays victime des cabinets qui se conduisent par les principes politiques de Catherine? Aussi voyez combien la Russie et l’Angleterre sont, politiquement parlant, supérieures à la France? Il y a une politique russe, une politique anglaise, il y a même une politique autrichienne et une politique prussienne en présence ; mais il n’y a point de politique française. Les causes de la grandeur de Louis XIV sont dans une application constante des principes de Catherine de Médicis. Aussi, quand US HISTOIRE

les élèves de Mazario disparaissent, la splendeur du grand roi s'éteint-alle. Une

fois I.ouvois, Colbert et de Lyonne, les secrétaires du cardinal, formés àson école, mort-: ou tués, la diplomatie française, alors la première de l'Europe, perd du ter- rain ; et la corruption anglaise commence son travail, pour ne plus s'arrêter.

Évidemment, le pouvoir devra, dans un temps donné, pour rendre à la France sa supériorité, reconquérir l'absolutisme qui lui est nécessaire par ce que nous appelons la légalité; mais alors le pouvoir royal dépassera peut-être le but en acquérant une force despotique inouïe. La rébellion est aujourd'hui si bien prévue, qu'on bâtit au moment où nous écrivons une ceinture de forts et de feux pour pou- voir, au besoin, recommencer à la fois Catherine et Robespierre.

On oublia' seulement que la puissance des idées, tant que l'imprimerie existera, domino celle des canons. L'écritoire, aidée par le temps, est plus forte que l'épée 1 . Léon X, l'œuvre de Philippe II et de son duc d'Albe, les Guises, Catherine, la monarchie de Louis XIV, l'empire de Napoléon, tous ces colosses ont succombé devant de petits volumes. Et peut-être est-ce un petit livre qui tuera l'Angleterre. Aussi la sagesse dans l'exercice du pouvoir absolu est-elle la seule force à opposer aux idées. N'est-ce donc pas déjà se défier de soi-même que de prévoir la révolte?

Avant, l'époque où le Martyr calviniste prend Catherine do Médicis, sa vie est assez intéressante pour que nous en présentions ici une esquisse où nous combat- trons, comme nous venons de l'essa] er, quelques opinions erronées sur elle, sur lés personnages qui l'entouraient et sur les choses de son temps.

Ce précis, nécessaire et fait au point de vue d'une critique impartiale, permettra d'rinbrasser le cours presque entier de cette vie royale, car il se mariera parfaite- ment aux deux premières Études qui la peignent dans les deux grandes situations de sa politique.

En IS'iG, les trois parties entrèrent sous le titre général de : Sur Catherine de Médicis, et la première gardant son titre de : le Martyr calviniste, dans le tome II de la cinquième édition des Études philoso- phiques (première édition de la Comédie humaine, tome XV). Balzac avait emprunté l'idée de cet ouvrage au Tumulte d'Amboise par M. Germeau.

La deuxième partie parut pour la première fois, datée comme aujourd'hui, dans la Chronique de Paris des !\, 11, 18 décembre LS.Ki. et 22 janvier 1837, sous le titre de : le Secret des Ruggieri; elle était divisé»; alors on trois chapitres :

1. i ne nuit de Charles IX. 3. Fin contre fin.

2. Marie Touchet. |

et elle parut pour la première fois en volume en 1837, sans change- ment, sauf le titre du troisième chapitre supprimé, dans la quatrième

i. Les empires qui jadis commençaient par l'épée, finissaienl par l'écritoire; nous en I0mo - ,j re . | Médecin de eampagne.)

�� � édition des Études philosophiques. Après avoir paru pour la première fois en janvier 1843, comme deuxième partie de Catherine de Médicis expliquée, toujours sous le titre de : le Secret de Ruggieri, et divisé comme suit :

1. La cour sous Charles IX.

2. Ruses contre ruses.

3. Marie Touchet.

4. Le récit du roi.

5. Les Alchimistes.

elle entra en 1846, toutes divisions supprimées, dans le tome III de la cinquième édition des Études philosophiques (première édi- tion de la Comédie humaine, tome XVI), sous son titre actuel : la Confidence des Ruggieri.

Dans la première édition de la Comédie humaine, le début du dernier paragraphe de la page 580 actuelle était tout autre qu’il n’est aujourd’hui ; nous conservons ici toute la partie changée maintenant :

Quant à la soif de domination qui dévorait Catherine, et qui fut engendrée par un désir inné d’étendre la gloire et la puissance de la maison de Médicis, cette instinctive disposition était si bien connue, ce génie politique s’était depuis long- temps trahi par de telles démangeaisons, que Henri II dit au connétable de Montmorency, qu’elle avait mis en avant pour sonder son mari : — Mon compère, vous ne connaissez pas ma femme; c’est la plus grande brouillonne de la terre, elle ferait battre les saints dans le paradis, et tout serait perdu le jour où on la laisserait toucher aux affaires. Fidèle à sa défiance, ce prince occupa jusqu’à sa mort de soins maternels cette femme qui, menacée de stérilité, donna dix enfants à la race des Valois et devait en voir l’extinction. Aussi, l’envie de conquérir le pouvoir fut-elle si grande, que Catherine s’allia, pour le saisir, avec les Guises, les ennemis du tronc ; enfin, pour garder les rênes de l’État entre ses mains, elle usa de tous les moyens, en sacrifiant ses amis et jusqu’à ses enfants. Cette femme, de qui l’un de ces ennemis a dit à sa mort : — Ce n’est pas une reine, c’est la royauté qui vient de mourir, ne pouvait vivre que par les intrigues du gouvernement, comme un joueur ne vit que par les émotions du jeu.

La troisième partie parut pour la première fois sous son titre actuel, dans la Mode, numéro du 8 mai 1830, terminée par cette singulière annotation :

Extrait des mémoires que je fais sans savoir à qui je les attribuerai.

elle y était accompagnée de la note que voici :

Ce morceau est l’un des plus importants que contiendra un livre auquel M. de Balzac travaille depuis longtemps et qui a pour titre : Scènes de la Vie politique. Cet ouvrage, digne de l’auteur des Scènes de la Vie privée 1, fait partie d’une collection remarquable publiée par la maison Marne et Delaunay-Vallée. Nous avons déjà t’ait connaître à nos abonnés el Verdugo, extrait des Scènes de la Vie militaire.

Le succès que ce fragment a obtenu dans le monde et dans les salons nous a permis de croire qu’on accueillerait avec plaisir un article dont la gravité contraste peut-être avec l’esprit de ce recueil. (Note du Rédacteur.)

Elle parut ensuite, non inédite, on le voit, dans la Revue des Deux Mondes, numéro de décembre 1830, sous le titre de : le Petit Souper, conte fantastique. En 1831, ce récit entra dans les Romans et Contes philosophiques, sous son titre actuel, qu’il a toujours gardé ensuite, puis, en 1837, dans la quatrième édition dos Éludes philosophiques, daté pour la première fois, de Paris, janvier 1830, qui est la date exacte et non pas 18’28, comme toutes les éditions datées l’ont indiqué depuis par erreur. En janvier 1843, il forma pour la première fois la troisième partie de Catherine de Médicis expliquée, et, en 1846, il a fait partie au même titre du tome III de la cinquième édition des Études philosophiques [première édition de la Comédie humaine, tome XVI). 11 a conservé ce cla— •«■meut dans l’édition définitive.

LXXXII. Les Proscrits, daté de Paris, octobre 1831. Dédié Aima Sorori. Ce récit parut pour la première fois dans la Revue de Paris. en mai 1831, divisé en trois chapitres : le Sergent de ville, le Docteur en théologie mystique el le Poète; il entra la même année dans les Romans et Contes philosophiques et passa ensuite, dédié et daté, en 18.;."), avec Louis Lambert et Séraphita, dans le Livre mystique, deux volumes in-8°, chez Werdet, avec préface collective (voir tome XXII, page 418] ; puis, en 1840, dans les volumes de la quatrième édition des Études philosophiques intitulés le Livre des douleurs, avec Massimilla Doni, Gambara et Séraphita. En 1846, il entra, dédié pour la première fois séparément, et toutes divisions enlevées dans le tome III de la cinquième édition des Études philosophiques (première édition de la Comédie humaifie, tome XVI).

TOME III.

LXXXIII. Louis Lambert, daté du château de Sache, juin-juillet 1832. Dédicace : Et nunc et semper dilectae dicatum. Ce récit parut pour la première fois, daté et dédié, en octobre 1832, dans les Nouveaux Contes philosophiques, un volume in-8°, chez Charles Gosselin,

Elles avaient paru tout récemment. DES ŒUVRES DE BALZAC. 191

sous le titre de Notice biographique sur Louis Lambert, et la dédicace datée de 1822-1832; puis il reparut, très-augmenté, chez le même éditeur en février 1833, en un petit volume in-18, intitulé : Histoire intellectuelle de Louis Lambert, avec cette épigraphe :

Au Génie, les Nuées du sanctuaire; à Dieu seul, la Clarté.

LOUIS LAMBERT.

et cette note précédant l'ouvrage :

Quelques personnes ayant manifesté le désir d'avoir cet ouvrage on un volume séparé, le libraire s'est empressé d'obéir à ce vœu, qui a permis à l'auteur de rendre son œuvre moins incomplète.

Dans la seconde de ces éditions, tout le plan du Traité de la volonté est non-seulement très-augmenté, mais non moins modifié, et nous recueillons ici la première version de ce travail, placée autrefois après la ligne 28, page 37 :

Donc, suivant Lambert, la vie humaine consiste en deux mouvements dis- tincts : V Action et la Réaction.

Une de ses phrases expliquera ces deux principes, autant qu'il est possible de démontrer brièvement un système vaste :

— Un désir, disait-il, est un fait entièrement accompli par la pensée avant de l'être dans le monde extérieur.

La Volonté est le nom qu'il donnait à tonte la masse de force par laquelle l'homme peut reproduire au dehors les faits accomplis déjà par l'Action.

Ainsi, l'ensemble de nos actes physiques, nos mouvements, la parole, tout ce qui est extérieur, constitue la Réaction.

Ces deux principes usent du même appareil, de l'homme entier; ils résolvent par leur jeu, auquel Lambert rattachait tous les phénomènes du corps et delà pensée, le problème de notre double vie. Mais nos sens, ayant une double destina- tion, possèdent également une double action, en prenant ici ce mot dans son usage ordinaire. Or la première de ces actions, participant de toute la supériorité de la pensée qui voit, veut et agit en nous avant toute démonstration corpo- relle, n'est soumise à aucune des conditions que subit l'action de nos sens extérieurs. En d'autres termes, l'être actionnel ou intérieur ne connaît ni le temps ni l'espace qui arrête l'être extérieur et visible sur lequel réagit la volonté du premier.

Cette théorie, que je tâche de rendre compréhensible, expliquait parfaitement, selon Louis Lambert, les phénomènes les plus merveilleux de notre merveilleuse nature, les évocations du génie, et celles si contestées des sorcières ; toutes lui sem- blaient être un effet de la faculté locomotrice qu'il avait reconnue dans l'être intérieur, un très-simple phénomène de V Action.

Accordant aux idées une sorte d'existence, il prétendait que les hommes ne se trompaient pas en disant d'un style qu'il était coloré, nerveux, etc.

�� � 492 HISTOIRE

L'idée était, selon lui, le produit; et la pensée, le moyen; comme la Volonté était la force; et la Volition, l'acte par lequel l'homme en usait. Donc, la pensée était le mouvement de l'être Intérieur; et les idées composaient les actes de sa vie, comme les actions, ceux de l'être extérieur. Un poète était, pour lui, l'appareil habitué à courir à travers la nature pour s'y nourrir d'images, et .Napoléon un appareil habitué à vouloir.

Il y avait encore après les mots « dès l'âge de quinze ans », ligne 18, page Z18, rénumération suivante, disparue aujourd'hui :

affirmé le fait si étonnant de la faculté possédée par l'homme de projeter sa

volonté; puis d'avoir deviné la possibilité de cette séparation curieuse entre les deux natures dont, tôt ou tard, la science s'occupera; enfin; quand il n'aurait fait que proclamer la nécessité d'une analyse spéciale pour les phénomènes émanés de ces deux actions distinctes; etc.

Enfin, dans ces deux éditions, presque tous les aphorismes de la fin sont différents au moins par la forme et nous les recueillons ici avec le petit commentaire qui les précède et qui a disparu aussi; c'est mademoiselle de Villenoix qui répond :

— Je me souviens de quelques mots qu'il a dits récemment, reprit-elle.

- lui demandai par un regard qu'elle comprit, et voici tout ce que je recueillis, en aidant toutefois sa mémoire, car clic ne prétait aux paroles de Louis que l'attention de la femme aimante et n'en soupçonnait ni le sens ni la portée.

��La colère est un courant électrique. Sa commotion, quand il se dégage, agit sur les personnes présentes, quoiqu'il ne les concerne pas.

Le fanatisme et tous les sentiments collectifs sont des fleuves de volonté qui renversent tout.

Il se rencontre des hommes qui cohobent les sentiments des masses par une décharge de leur volition.

Les faits ne sont rien, ils n'existent pas, il n'y a que des idées.

De ton lit aux frontières du monde, il n'y a que deux pas : la Volonté — la Foi!...

L'abstraction est le plus beau produit de la pensée. Elle est plus que la graine qui contient les fleur-, les odeurs, le feuillage et le système d'une plante; elle peut enfermer toute mie nature en germe. L'abstraction est la reine de l'âme.

Presque tout, est un phénomène de la substance éthérée, base de l'électricité. C'est le grand principe des transformations d'une même matière...

L'intuition est une des facultés de l'être intérieur. Elle réagit par une imper- ceptible sensation ignorée 'le celui qui lui obéit : Napoléon s'en allant instinctive- ment de sa place avant qu'un boulet y arrive.

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC.

��193

��Oui, l'espace existe, mais certaines facultés donnent le pouvoir de le franchir avec une telle vitesse, que leurs efforts équivalent à son abolition.

Ce récit reparut chez Werdet en décembre 183o, dans le Livre mystique, deux volumes in-8° qui contenaient en outre Séraphita et les Proscrits, avec une préface collective datée du 27 novembre 18.">5 (voir tome XXII, page Z|18). Il ne portait plus de dédicace et il était augmenté des Lettres de Louis Lambert (voir page 58 à page 69), qui avaient paru pour la première fois dans la Revue de Paris d'août 1835. En 18/|2, Louis Lambert reparut encore, suivi de Séraphita, chez Charpentier, en un volume in-12, la dédicace rétablie et avec une note (voir tome XXII, page 427); en 18/|6 enfin, il entra, portant comme aujourd'hui le seul titre de Louis Lambert, dans le tome III de la cin- quième édition des Études philosophiques (première édition de la Comédie humaine, tome XVI). Toutes ces éditions sont remaniées; mais, comme elles le sont toujours dans le but de compléter l'ou- vrage, la dernière contient tout. Il en a encore paru plusieurs autres, qui ne sont que de serviles réimpressions de l'une ou l'autre de celles dont nous avons parlé, et nous n'avons rien à en dire ici.

LXXXIV. Séraphita, daté de Genève et Paris, décembre 1833- novembre 1835. Dédié à madame Éveline de Hanska, née comtesse Rze- wuska (depuis madame de Balzac), dédicace datée de Paris, 23 août 1835. La publication de ce récit fut commencée dans la Revue de Paris, numéros de juin et de juillet 1834; la fin parut, inédite, en dé- cembre 1835'dans le Livre mystique, \à.eu\ volumes in-8°, chez Werdet. Cet ouvrage contenait, outre Séraphita, datée et dédiée, les Proscrits et Louis Lambert, avec préface collective (voir tome XXII, page. 418] . L'ouvrage était divisé comme aujourd'hui en sept chapitres, dont le premier, dans la Revue de Paris, était subdivisé en deux : le Slron- jiord et Seraphilus. Voici la table de ces chapitres :

��1. Seraphitus.

2. Séraphita.

3. Seraphita-Sëraphitus.

4. Les nuées du sanctuaire.

��5. Les adieux.

6. Le chemin pour aller à Dieu.

7. L'Assomption.

��Le sixième est devenu plus tard le Chemin pour aller au ciel. La publication de la Revue de Paris n'avait pas dépassé la moitié du chapitre III. En 1840, Séraphita reparut encore avec Massimilla Doni, Gambara et les Proscrits dans les volumes de la quatrième édition des Etudes philosophiques qui portèrent le titre de : le Livre des

13

�� � 194 HISTOIRE

douleurs; puis, en 1842, chez Charpentier, en un volume in-12, avec Louis Lambert (voir plus haut). Enfin, en L846, Seraphita entra dans le tome 111 de la cinquième édition des Élut/es philosophiques (première édition de la Comédie humaine, tome XVI).

Nous donnons ici, comme nous l'avons fait au sujet des Scènes <!,■ la Vie privée, l'introduction écrite, sous l'inspiration de Balzac, par M. Félix Davin. en 183'j. pour la quatrième édition des Éludes philoso- phiques, 1835-1840.

��INTRODUCTION AUX ÉTUDES PHILOSOPHIQUES

En exprimant, dans notre introduction aux Ltwles île mœurs, la pensée qui animait l'auteur de cette œuvre '. nous faisions pressentir qu'elle n'étail encore que la luise sur laquelle il se proposait d'asseoir deux autres ouvrages où se dévelop- peraient des idées graduellement plus élevées et où de nouvelles formules qui intéressent l'avenir des sociétés se dérouleraient poétiquement : les Études philo- sophiques forment le premier de ces deux ouvrages.

Préoccupés par les fluctuations politiques qui, dans notre époque de rénovation pénible, semblent être devenues l'état normal de la nation, et n'attachant qu'une importance secondaire aux questions d'art, le public et les journaux ignorent le cette lente, mais incessante édification. Les écrivains d'aujourd'hui, qui se servent de la critique moins pour éclairer les masses et diriger la littérature que pour blesser les poètes et nier la science, pourraient encore envelopper ce long labeur de quelque obscurité, en ne faisant voir dans ces deux titres (Etudes de Mœurs an dix-neuvième siècle et Etudes philosophit/nes) qu'une antithèse favo- rable à la spéculation des éditeurs, tandis que, selon nous, ce sont deux grandes idées judicieusement exprimées. Il était temps que l'auteur pensât à incruster pro- fondément le sens général de son œuvre dans un titre qui frappât le public; car aujourd'hui nous nous sommes habitués à prendre les gens au mot, el à leur croire la valeur qu'ils se donnent. Le critique ingénieux qui nous a devancé dans l'appré- ciation de cet ouvrage, et à l'originalité, à la profondeur duquel nous rendons d'ailleurs unejustice entière, en a cru lui-même sur parole l'humble étiquette que M. île Balzac avait, sur le vœu d'un libraire, primitivement attachée à ses œuvres. et - était borné à examiner en lui le talent du conteur sous toutes -'-s faces el avec toutes ses qualités sans doute, mais en le réduisant nécessairement a d'étroites proportions. Et cela devait être. L'auteur lui-même avait-il embrasse d'un coup d'oeil l'étendue du canevas qu'il remplit chaque jour? Noue ne le pensons pas. Si

1. La publication de la quatrième livraison dos Eludes de mœurs nu dix-neurième siècle, où se trouve l'introduction faite à cet ouvrage par M. Félix Davin, a été relardée par quelques changements utiles aux intérêt* de l'auteur et du libraire, mais- cette livraison doit être mise en vente sou» peu de jours.

(Note de l'Éditeur.)

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 195

son plan avait pu jaillir complet do sa tète, comme ces belles unités que les artistes d'autrefois mettaient toute une vie à concevoir, et que la dévorante précipitation de notre siècle no permet presque plus d'accomplir, peut-être aurait-il laisse tomber sa plume! Eh oui, certes, il aurait reculé devant dos travaux aussi vastes, et à l'achèvement desquels la persistance de la volonté devait faillir avant la force du talent.

Aussi est-ce un phénomène curieux et digne d'observation que l'enfantement des œuvres de M. de Balzac, ainsi que les développements inattendus qui les ont fécondées et les larges superpositions dont elles se sont accrues. L'histoire de la littérature offre assurément peu d'exemples de cette élaboration progressive d'une idée qui, d'abord indécise en apparence et formulée par de simples contes, a pris tout à coup une extension qui la place enfin au cœur de la plus haute philosophie.

Maintenant que l'élévation de quelques parties importantes nous laisse entrevoir la physionomie de l'édifice, maintenant que commence à poindre le sens intime de la formule générale dégagée par l’auteur de ses nombreux aperçus sur l'humanité, ne pouvons-nous pas naturellement supposer qu'un jour, on comparant les diffé- rentes pensées empreintes dans ses travaux, il a fait comme, l'ouvrier qui, par hasard, quitte l'envers de sa tapisserie et vient en regarder le dessein dans son entier. Dès lors, et parce que le germe d'une haute synthèse était depuis longtemps en lui-même, il s'est mis à rêver l'effet de l'ensemble. Soudain, remplissant dans sa pensée les lacunes de sa construction couvertes de fresques, supposant ici un groupe, là une figure principale, plus loin un second plan ou des teintes de rappel, il s'est épris de ces tableaux et s'est remis à l'ouvrage avec une furie française parce qu'il était encore dans l'âge où l'on ne doute de rien. Puis, une fois engagé, cet homme, à la constante volonté duquel ceux qui le connaissent rendent un éclatant hommage, et qu'on estimera, certes, un jour autant, que son talent, cet homme a toujours marché devant lui sans se souvenir le lendemain ni des efforts ni des fatigues de la veille.

Ces travaux devaient être naturellement soumis à quelques variations de pensée à quelques caprices d'exécution. Sous peine d'affaissement, l'auteur ne pouvait suivre, comme un ouvrier qui taille son bloc de granit, une ligne tracée au cordeau. La régularité du travail aurait tué chez lui l'inspiration, aurait lassé la verve. De là sont venus ces déplacements de sujets que certaines personnes ont pu lui reprocher, et qui n'étaient que des nécessités de position. La mode, au-devant de laquelle courent les libraires, exigeait des livres à toute force; peu leur importait le sens des œuvres qu'ils publiaient. Ainsi, tel fragment n'avait rien de philoso- phique et convenait aux Scènes de la Vie privée, tandis que telle scène était une Étude philosophique : la fatalité du commerce, le besoin du moment les transposait. La première livraison des Études philosophiques en offre un exemple. Adieu, publié dans le troisième volume des Scènes de la Vie privée, et dont personne n'a compris la destination dans l'œuvre générale, est certes une des plus justes et des plus fermes déductions du thème inscrit sur la Peau de chagrin. L'auteur ne s'in- quiétait pas plus de ces transpositions qu'un architecte ne s'enquiert de la place où sont apportées dans le chantier les pierres dont il doit faire un monument. Puis

�� � peut-être, avant do dévoiler son plan au public, voulait-il essayer ses forces; peut-être attendait-il, pour dégager l’édifice de ses échafaudages et de son enceinte de planches, que plusieurs sculptures fussent achevées, que les principales lignes fussent dessinées, et qu’au moins le fronton s’élevât large et pur.

Mieux informé que ne l’ont été certains critiques empressés déjà d’attaquer M. de Balzac par le coté biographique, et qui l’ont peint fort inexactement, nous avons eu des renseignements sur la parti»’ la pins studieuse et la plus inconnue de sa \ ie, sur son moment le plus poétique. Ci’ fut aux jours d’une misère infligée par la volonté paternelle, alors opposée à la vocation du poète, et qui nous ont valu le beau récit de Raphaël dans la Peau de chagrin, ce fut pendant les années 1818, 1819 et L820que M. de Balzac, réfugié dans un grenier près de la bibliothèque de l’Arsenal, travailla -ans relâche à comparer, analyser, résumer les œuvres que les philosophes et les médecins de l’antiquité, du moyen âge et des iiew\ siècles pré- cédents, avaient laissé sur le cerveau de l’homme, dette pente de son esprit est une prédilection. Si Louis Lambert est mort, il lui reste de Vendôme un autre cama- rade, également adonné aux études philosophiques, M. Barchou de Penhoën, auquel non- devons déjà de beaux travaux sur Fichte, sur M. Ballanche, et qui pourrait attester au besoin combien fut précoce chez M. de Balzac le germe du système physiologique autour duquel voltige encore sa pensée, mais où viennent

ittacher par essaims les conceptions qui peuvent paraître isolées. De ces pre- mières études a donc surgi une œuvre scientifique dont nous aurions volontiers développé le but, mais que les confidents do l’auteur nous ont conseillé de tenir dans l’ombre jusqu’au jour où il l’aura suffisamment méditée el où elle pourra sans danger se produire dans toute non étendue, (ait.’ science exigeail trop de temps, trop de fortune peut-être, pour devenir l’occupation exclusive d’une jeunesse néces- menl inexpérimentée ou précaire. D’ailleurs bientôt de graves intérêts auxquels on a fait allusion, contrairement aux lois de la bienséance littéraire, condamnèrent M. de Balzac a des travaux qu’aucun critique n’a pu encore embrasser dans leur ensemble. Quoique mystérieusement enfermées, ces occupations primitives et la pente entraînante d’un esprit métaphysique dominèrent les ceui res auxquelles s’adonna M. de Balzac par nécessité. Ses connaissances, aussi variées qu’étendues, transpirèrent et teignirent si vigoureusement -es premiers essais, que certaines personnes auxquelles l’auteur de la Physiologie du Mariage «tait inconnu, attribuaient ce tivre a un vieux médei in ou à quelque vieillard enfin veuf! \j,,si crue noua le disions, le jour on l’artiste a quitté l’envers de sa tapisserie pour voir le dessin de son fil et ce que produisaient ses couleurs, il s’est aperçu que, m ugré lui peut-être, il développail le texte qu’il avait dans l’âme, qu’il déduisait l ea p nce cachée, qu’il faisait une œuvre analytique donl il portait

la synthèse en lui-même, qu’il exprimait le drame et la i < de son monde avant

d’en m l jour l foi mules physiolo iqu

Gel métaitnéi saire pour faire comprendre da mtierlesys-

■ les liens qui les unissent.

,1,1, q Ue ] / ,, i ./. 1/ , ,/,- , tait al une - acte représentation

de tous les effets sociaux, une galerie de tableaux heureusement divisée en salles DES OEUVRES DE BALZAC. 497

dont chacune a sa destination. Ainsi, les Scènes de la Vie privée, compositions pleines de fraîcheur, éclatantes de coloris et de jeunesse, sont appelées quand ce livre >era complet, à figurer la vie humaine dans son réveil matinal, et croissant pour fleurir. Ce sera d"abord l'enfance vue par une seule échappée, mais vivement saisie, peinte dans ses premiers débrouillements d'intelligence; ce seront, dans une Fille d'Eve, les premières sensations de la jeune fille; puis les délicieuses timidités des grands enfants de vingt ans; enfin, la vie accusée dans ses premières malices qui trahissent déjà des caractères. Là, donc, principalement des émotions, des sen- sations irréfléchies; là des fautes commises moins par volonté que par inexpérience des mœurs et par ignorance du train du monde; là, pour les femmes, le malheu- vient de leurs croyances dans la sincérité des sentiments; le jeune homme est pur, les infortunes naissent de L'antagonisme méconnu que produisent les lois sociales entre les plus naturels désirs et les plus impérieux souhaits de nos instincts dans toute leur vigueur ; là le chagrin a pour principe la première et la plus excusable de nos erreurs.' Dans ce livre, la vie est donc prise entre les derniers développe- ments de la puberté qui finit et les premiers calculs d'une virilité qui commence. Cette première vue de la destinée humaine était sans encadrement possible. Aussi l'auteur s'est-il complaisamment promené partout : ici, dans le fond d'une cam- pagne; là, en province ; plus loin, dans Paris. Au contraire, les Scènes de la Vie de province sont destinées à représenter cette phase de la Vie humaine où les pas- sions, les calculs et les idées prennent la place des sensations, des mouvements irréfléchis, des images acceptées comme des réalités. A vingt ans, les sentiments se produisent généreux; à trente ans, déjà tout commence à se «•hiffrer, l'homme devient égoïste. Un esprit de second ordre se serait contenté d'accomplir ut te tâche; mais AI. de Balzac, amoureux des difficultés à vaincre, a voulu lui donner un cadre; il a choisi le plus simple en apparence, le plus négligé de tous jusc'à ce jour, mais le plus harmonieux, le plus riche en demi-teintes, la vie de province Là, dans des tableaux dont la bordure est étroite, mais dont la toile présente des sujets qui touchent aux intérêts généraux de la société, l'auteur s'est attache à nous montrer sous ses mille faces la grande transition par laçuei.c les hommes passent de l'émotion sans arrière-pensée, aux idées les plus politiaues. La vie devient sérieuse ; les intérêts positifs contrecarrent à tout moment les passions violentes aussi bien que les espérances les plus naïves. Les désillusionnements commencent. Ici se révèlent les frottements du mécanisme social. Là le choc journalier des intérêts moraux ou pécuniaires fait jaillir le drame et parfois le crime au sein de la famille la plus calme en apparence. L'auteur dévoile les tracasseries mesquines dont la périodicité concentre un intérêt poignant sur le moindre détail d'existence. Il nous initie aux secrets de ces petites rivalités, de ces jalousies de voisinage, de ces tracasseries de ménage dont la force, s'accroissant chaque jour, dégrade en peu de temps les hommes, et affaiblit les plus rudes volontés. La grâce des rêves s'en- vole. Chacun voit juste, et prise dans la vie le bonheur des matérialités, là où, dans les Scènes de la Vie privée, il s'abandonnait au platonisme. La femme raisonne au lieu de sentir, elle calcule sa chute là où elle se livrait. Enfin, la vie s'est rem- brunie en mûrissant. Dans les Scènes de la Vie parisienne, les questions s'élargissent.

�� � 198 HISTOIRE

L'existence y est peinte à grands traits ; elle 3 arrive graduellement à l'âge qui touche à la décrépitude. Dne capitale était le seul cadre possible pour ces peintures d'une époque climatérique, où les infirmités n'aftli-vnt pas moins les r<rurs <]ui- I corps de l'homme. Ici les sentim mi- \ rais sont des exceptions; ils sont brisés par le jeu des intérêts, écrasés entre les rouages de ce inonde mécanique; la vertu y si calomniée, l'innocence y est vendue; les passions ont fait place à des uoùts ruineux, à des vices; tout se sublimise, s'analyse, se vend et s'achète; c'est un bazar où tout est coté ; les calculs se font au grand jour et san< pudeur; l'humanité n'a plus que deux formes, le trompeur et le trompé; c'est a qui s'assujettira la civi- lisation, la pressurera pour lui seul; la mort des grands parents est attendue; l'honnête homme est un niais; les idées généreuses sont dos moyens; la religion est jugée comme une nécessité de gouvernement ; la probité devient une position; tout s'exploite, se débite ; le ridicule est une annonce >'t un passe-port ; lejeune homme a cent ans. et insulte la \ ieillesse. De cette société corrompue parce qu'elle est éminemment civilisée, de cette société où la misère et le luxe sont toujours

ce, comme deux athlètes dans un cirque où tous deux doivent périr, où la vie brûle, l'auteur introduira plus tard, si sa puissance de création et le temps ne lui manquent pas, dans deux autre- salles de sa galerie où se dérouleronl les - mais pompeux des masses sociales luttant entre elles; il en peindra la vie et les intérêts incarnés dans quelques hommes chargés d'en prévoir les née «sites et de mettre aux prises les individus entre eux. Ce seronl les Scènes de i<i Vie politique et les Scènes <!<■ lu Vie militaire, donl les titres accusenl trop bien le but pour que nous ne soyons pas dispensés de l'expliquer. Enfin, il reposera la \ i •, là où elle se repose, à la campagne, où se retrouveront le- débris des hommes brises par la politique, par la guerre et par les orages de la vie. Tel e I en raccourci, le plan que nous avons taché d'exprimer dans noire précédente introduction, et qu'il fallait résumer ici. Telles sont le- Études de Mœurs dans leur plu- simple dessin.

Quelques critiques n'ayant pas l'échelle de proportion eu n'étudiant pas les

ivaux de l'auteur d'au— i près que nous peut-être, qui avons suivi avec

amour toute-, les phases de -on talent, eut critiqué le peu (l’étendue des sujet-. 1rs

ant ici des contes, là des nouvelles, et presque partout les amoindrissant.

Mais n'en ".t-il pas de ces prétendues petites choses exactement 1 omme des pierres

carrées, des Chapiteaux pars, des métopes à demi-couvertes de (leurs et di e

qui. \us au chantier, entre la scie ou le ciseau du manœuvre, semblent insignifiants et petits, et que l'architecte, dan- -on dessin, a destinés à orner quelque riche ire des voussures, à courir le long des grandes croisées en ogive cathédrale, de -on château, de sa chapelle, d ■ -a maison des champs .' Certes, l'auteur aurait pu donner 1 - proportions du roman ordinaire a chaque détail, et l'on sait bien qu'il n'en est pas a faire se- premières preuves en ce genre. Mai le

existences de cinq bénédictins, < 1 1 auraient-elles suffi seulement a

s -i\ parties d-- Étude de ma urs ' El d'ailleurs, dan- cette riche galerie

1 infini, ne compte-t-on pas des cadn ■/. remarquable dimension, tels que ( \ d'Eugénie Grandet, du

�� � Médecin de campagne et celui des Chouans, qui appartiennent évidemment aux Scènes de la Vie militaire? Enfin, si l’on veut songer que, dans l’innombrable série des sujets déjà connus, il se rencontre soixante figures féminines toutes dissemblables, autant de portraits d’hommes, sans compter ces groupes secondaires où les physionomies, pour être moins distinctes, n’en sont pas moins originales, car toutes possèdent véritablement une poésie particulière qui a dû faire regretter souvent à l’auteur de ne pas l’exprimer entièrement, ne trouvera-t-on pas déjà quelque grandeur à ces ébauches éparses, à ces bases commencées, à ces masses de pierres dont le terrain est encombré? Puis, si l’on vient à comprendre que, forcé de ne dessiner ici qu’un trait, là un profil, plus loin de mettre ce personnage en trois quarts, celui-ci dans la lumière, celui-là dans l’ombre, quelques-uns en pied, d’autres en buste, l’auteur a dû souvent éprouver mille peines à rétrécir ses conceptions dans le cadre qui leur était assigné pour l’harmonie de l’ensemble, assuré- ment on ne lui saura pas moins de gré de ce qu’il n’a pas exécuté que de ce qu’il a fait. Xous ne parlons pas ici de la partie maternelle de ses tableaux, de tant de détails significatifs, d’intérieurs, de façades, de paysages qui, non moins que chaque caractère d’homme, que chaque figure de femme, sont des spécialités. Et n’est-ce point ici le lieu de remarquer qu’un des traits distinctifs de M. de Balzac est d’avoir, le premier, ramené le roman moderne à la vérité, à la peinture des infor- tunes réelles, tandis que de toutes parts on n’exploitait que des bizarreries et des exceptions, émouvantes sans doute à la manière des topiques, mais qui ne tou- chaient point et laissaient peu do souvenirs dans l’âme? En un mot, lorsque l’on ne s’occupait que des images, lui s’est occupe des idées. Le roman, pour arriver à une place honorable dans la littérature, doit être en effet l’histoire des mœurs, dont ne se soucient guère les historiens en toge qui se croient grands pour avoir enregistré des faits. Sous ce rapport, M. de Balzac est un historien qui restera. Qu’importe que le vrai qu’il exploite semble d’abord petit, comparé au faux gran- diose de tant de livres contemporains, si l’ensemble doit faire une masse imposante ! Mais cette critique, relative aux détails, nous semble injuste encore. « M. de Balzac a compris (disions-nous dans un article où nous avons tâché de lui rendre justice), qu’en dehors des grands types et des passions majeures, renouvelés sous tant de faces, il existe des types secondaires et des passions de moyen ordre, non moins dramatiques, et surtout plus neufs. Ces passions et ces types, il est allé les chercher presque tous dans la famille, autour du foyer; et fouillant sous ces enveloppes en apparence si uniformes et si calmes, il en a exhumé tout à coup des caractères tellement multiples et naturels en même temps, que tout le monde s’est demandé comment des choses aussi familières, aussi vraies, étaient restées si longtemps inconnues. C’est que jamais aussi romancier n’était entré avant lui aussi intimement dans cet examen de détails et de petits faits, qui, interprétés et choisis avec sagacité, qui groupés avec cet art, avec cette patience admirables des vieux faiseurs de mosaïques, composent un ensemble plein d’unité, d’originalité, de fraîcheur. Ce romancier entreprend pour la société actuelle ce que Walter Scott a fait pour le moyen âge. L’un a résumé en types larges et saillants tous les caractères généraux des grandes époques historiques de l’Angleterre et de l’Ecosse : hommes et femmes 200 HISTOIRE

corporations et castes, partis, sectes, courtisans, bourgeois, princes, manants, il a [ail poser devant lui, tout classé, tout mis en relief. L'œuvre de M. de Balzac, plus logiquement disposée, non moins grandiose, n'était pas moins difficile, et D'est pas moins merveilleusement exécutée. A travers toutes les physionomies - de la noblesse, de la bourgeoisie et du peuple de notre époque, il sil ces traits fugitifs, ces nuances délicates, ces finesses imperceptibles aux . vulgaires; il creuse ces habitudes, anatomise ces gestes, scrute ces regards. ces inflexions de voix et de visage qui ne disaient, rien ou disaient quelque chose à tous, et sa galerie de portraits se déroule féconde, inépuisable, toujours plus com- plète, souvent dominée par les visa-- expressifs de ses femmes, conceptions délicates donl rien ne donnerait l'idée, si nous n'avions ces portraits inouïs auxquels Lawrence a donné une âme, et qui sont à eux seuls des traités de phy- omonie. » Si Ton trouve çà el là quelques taches, une description un peu longue, une analyse un peu minutieuse, une réflexion refroidissante, un coloris trop vermillonné, des préparations trop coquettes, quelques répétitions de mots, quelques périodes verbeuses qui échappent à la luxuriante nature de l'auteur, doit-on lui en faire un bien grand crime? Pour les voir disparaître, ne doit-on pas attendre l'achèvement de l'édifice? Alors, certes, le terrain se nettoiera. Quel architecte n'a ses trous de boulins à combler, si a dernier grattage à faire? Alors, comme nous l'avons dit, se produira une vue complète de l'humanité, avec tous ses mouvants tableaux; les - de la vie individuelle et sociale, l'histoire des instincts, des sentiments, des passions, l'analyse des erreurs, d^< intérêts, la peinture des vices, en un mot la physiologie générale de la destinée humaine. Ainsi donc, aux Éludes de Mœurs la richesse du roman, le luxe des descriptions, '< - découpures bizarres, la passion

à plein cœur, les fleurs à pleines mains, les phases s ciales, les maisons de i is

villes, ton- les styles et tous les genres, en un mot toutes les individualités que non- avons signalées. Cette partie du monument, la plus vaste, la plus ardente, multiple en ses combinaisons, devait occuper principalement la jeunesse de l'auteur. Pour pouvoir aborder de si divi rses peintures, ne faut-il pas avoir encore quelques . tes exorbitantes, des idées qui débordent, une fécondante chaleur de cœur? a accomplies, l'auteur n'aura-t-il pas fait sur des proportions gigantesques de spéculum mundi 'Jadis Shakespeare s'est, dit-on, proposé dans ses positions scéniques un semblable but: mais, de son temps, la société n'était- elle pas plus tranchée, conséquemment moins compliquée 1 Puis le théâtre exclul d'ailleurs les peines inouïes et les obstacles presque infranchissables que soulèvent les transitions auxquelles Boileau faisail une part si large, que l'absence de ce travail lui donnait une moins grande estime pour le beau livre de la Bruyère. Unsi, d'abord, et en ne comparant que les communes résistances de la matière à ouvrer, l'auteur d'aujourd'hui a trouvé le problème plus difficile à résoudre; pue. il le trouve agrandi et d'autant plus rude à entreprendre, qu'il compte autour de lui plus de hauts et solennels devanciers.

i laquelle vont B'élever les Études philosophiques.

Apn isé dans ses Etudes de mœurs an dix-neuvième siècle toutes les

�� � plaies sociales, dépeint toutes les professions, parcouru toutes les localités, exploré tous les âges, montré l’homme et la femme dans toutes leurs transformations civiles ou naturelles, physiques ou morales, après nous avoir enfin dépeint les effets sociaux, ici l’auteur tend à remonter aux causes de ces effets. Dans les premières assises de cette construction sont pressées et foulées les individualités typisées; dans la seconde se dressent des types individualisés. Ce peu de mots révèle la loi littéraire au moyen de laquelle M. de Balzac a su jeter le sentiment et la vie dans ce monde écrit. Ainsi là où, dans les Études de mœurs, il a peint, dans le père Grandet, un avare qui semble être l’avarice tout entière; ici, sa plume met l’avarice aux prises avec elle-même dans maître Cornélius, personnage allégorique qui a toute la saveur d’un avare habilement peint en pied. Les effets étant plus considérables que ne le sont les causes, les Études philosophiques semblent devoir offrir un cercle plus rétréci que ne l’est celui des Etudes de mœurs. Cela est vrai. Mais, si l’œuvre paraît aller en diminuant de volume, elle gagne en intensité; pour tout dire en un mot, elle se condense.

Maintenant, pour dégager par l’analyse l’essence de cette seconde partie du grand ouvrage, il faut montrer l’âme qui la fait mouvoir, il faut marquer les reflets brillants qu’y projette la science inconnue dont la pensée conduit l’auteur malgré lui. Nous l’avouerons, cette découverte demandait chez le critique une conscience de lecture qui manque à notre critique moderne. Si nous n’avions pas plus vivement senti les beautés que les défauts de ces compositions, peut-être leur sens caché nous aurait-il échappé. Mais quelques passages rapprochés les uns des autres, quelques épigraphes étudiées avec soin, nous ont mis sur la voie. Pour nous, il est évident que M. de Balzac considère la pensée comme la cause la plus vive de la désorganisation de l’homme, conséquemment de la société. Il croit que toutes les idées, conséquemment tous les sentiments, sont des dissolvants plus ou moins actifs. Les instincts, violemment surexcités par les combinaisons factices que créent les idées sociales, peuvent, selon lui, produire en l’homme des foudroiements brusques ou le faire tomber dans un affaissement successif et pareil à la mort; il croit que la pensée, augmentée de la force passagère que lui prête la passion, et telle que la société la fait, devient nécessairement pour l’homme un poison, un poignard. En d’autres termes et suivant l’axiome de Jean-Jacques, V homme qui pense est un animal dépravé. « Assurément, dit M. Ph. Ch. (Philarète Chasles), il n’est pas de donnée plus tragique. A mesure que l’homme se civilise, il se suicide. Le désordre et le ravage portes par l’intelligence dans l’homme, considéré comme individu et comme être social, telle est l’idée que M. de Balzac a jetée dans ses œuvres. Rabelais avait vu, dans un autre temps, l’étrange effet de la pensée religieuse qui, à force de pénétrer la société, achevait de la dissoudre. L’âme divinisée par le christianisme, avait tout envahi. Le spiritualisme effaçait la matière ; le symbole, l’idéalisation régnaient sans partage ; pour un symbole, l’Occident s’était rué sur l’Orient. Il dominait la poésie, qu’il réduisait à l’état de fantôme, en multipliant les personnifications allégoriques, en bannissant de son domaine les êtres vivants, la chair et le sang humains. Rabelais s’arma d’un symbole pour faire la guerre au symbole. Holà ! messer Gaster, voici votre règne ! »02 HISTOIRE

Tonnes pleines d'hypocras, bons saucissons charges d'épiecs, bombance gigan- tesque, culte de la dive bouteille, douce abbaye de Thélème, dont le rien-faire est la liturgie, venez! et donnez-nous dan- une épopée immense, l'apothéose de orps humain que l'on foule aux pieds. L'ère de Rabelais a expiré, celle qu'il annonçait parcourt son cycle et l'accomplit, Ce ne sonl plus les ravages de la pensée idéaliste, mais ceux du sensualisme analytique que l* romancier philosophe peut retracer aujourd'hui. »

' -. la phrase de Jean-Jacques, commentée par Godwin, poétisée par lord Byron, atteste combien peu serait neuve la pensée intime de M. de Balzac. Là, néanmoins, commence la grandeur «le son œuvre. Les plus immenses découvertes il"- sciences mathématiques ouphysiqu sonl jamais que la preuve cherchée,

trouvée ou devinée d'un fait déjà connu. Des générations entières avaienl \u les

itions de la terre et du ciel; Newton. Kepler, Lagrange, Laplace, Arago i n ont dit, en disent encore les causes, ils prouvent en un mot. Le l'ait physico-moral qui meul le monde social avait été mieux formulé 1 par la sagesse des nations que Rousseau ne l'a formule lui-même. La lame use le fourreau, dit le peuple. -Al.de

-. lui, écrit Louis Lambert!!] prouve à la manière des savants. Nous avons t dessein cité l'histoire de Louis Lambert. Là se trouve, en germe informe, cette . science cruellement positive, dit-on, etqui terminerait bien des discussions philosophiques. Pour Louis Lambert, y dit-il, la Volonté, la Pensée étaient des forces vives. Huit prouvée cette proposition, voyez où elle mène.' Avant de publier Louis Lambert, l'auteur avait dit dans la Peau deChagrin: « Elle parut s'amuser beauenup l'.n! r,i m apprenant que la volonté humaine ('■tait une force matérielle semblable à la vapeur. » Étudiez l'épigraphe mise en

le l'Adieu, extraite de César Birotteau, où Fauteur noua a peint une femme naissant tout a coup à la \\<- en retrouvant sa raison ; enfant par la faiblesse, femme pour sentir un bonheur complet? La vie et l'amour tombent sur elle comme la foudre, elle n'en soutienl pas l'assaut, elle meurt! «Les plus hardis physiologistes, dit la terrible épigraphe, sonl effrayés par les résultats physiques de ce phéno* mené moral qui n'est cependant qu'un foudroiement opéré à l'intérieur, et, comme tous les effets électriques, bizarre et capricieux dans ses modes. » Voyez, dan- le

tein île campagne, la discussion sur le suicide? « Aussi, dit Benassis, e-t-cc la pensée qui tue et non le pistolet. » Enfin, dan- la nouvelle édition de Louis Lam- bert, déjà imprimée pour ces Êtuies philosophiques, et dont le libraire nous a confié les épreuves, se trouvent ces mots: « Notre cervelle e-t le matras où nous transportons ce que nos diverses organisations peuvent absorber de matière éthérée,

commune de plusieurs substances connues sous les noms impropres d'élec- tricité, chaleur, lumière, lluide galvanique, magnétique, etc., et d'eu elle sortsous forme de pensée. Rapprochez ces fragments épars dans l'œuvre des belles pages dû Balth •/ >r Cla - èxpliqu ■ l'absolu chimique el dil a Ba femme : « Nos sentiments

sont l'effet d'un gaz qui se dégage?» n'apercevrez-vous pas les él nts d'une

■ scientifique dont les éclairs jaillissent, malgré l'auteur'.* Ici nous sommes loin de / h > "mu, ut dépravé. La question est indi crise : Quelle

i il,, de l'hi lui qui ne dt sire rien, qui vil sous la forme

�� � DES OEUVRES DE BALZAC. 203

d'une plante, existe cent ans, tandis que l'artiste créateur doit mourir jeune? «Où

est le soleil, là est la pensée; où est le froid, là est le crétinisme, là est la longé- vité, est-il dit dans Louis Lambert. Ce fait est toute une science. » Ces paroles, et beaucoup d'autres qui les étendent ou les confirment, semées dans cent pages de M. de Balzac, expliquent ses Études philosophiques.

\\a ut d'arriver à la sociéfé composée d'hommes, l'auteur a dû s'appliquera décomposer l'homme, qui en est pour ainsi dire Vunité. Or, les critiques n'ont pas vu que la l'eau de chagrin est un arrêt physiologique, définitif, porté par la science moderne, sur la vie humaine ; que cet ouvrage en est L'expression poétique, abstraction faite des individualités sociales. L'effet produit par le désir, par la pas- sion, sur le capital des forces humaines, n'y est-il pas magnifiquement accusé? De là cette morale que peignait si énergiquement le caporal Trim, par le moulinet qu'il trace en l'air avec son bâton et dont M. de Balzac a fait une épigraphe si mal comprise par la plupart des lecteurs. Peu de personnes ont vu qu'après un tel arrêt porté sur notre organisation, il n'y avait d'autres ressources, pour la généralité des hommes, que de se laisser aller à l'allure serpentine de la vie, aux ondulations bizarres de la destinée. Donc, après avoir poétiquement formulé, dans la Peau de chagrin, le système de l'homme , considéré comme organisation, et en avoir dégagé cet axiome : « La vie décroît en raison directe do la puissance des désirs ou de la dissipation des idées, » l'auteur prend cet axiome comme un cicérone prend la torche pour vous introduire dans les souterrains de Rome, il vous dit : Suivez- moi ! Examinons le mécanisme dont vous avez vu les effets dans les Etudes de mœurs! Alors, il fait passer sous nos yeux les sentiments humains dans ce qu'ils ont de plus expressif en comptant sur votre intelligence pour revenir par des dégra- dations aux crises moins fortes dont se composent les événements de la vie indivi- duelle. Il s'élance, il montre Vidée exagérant l'instinct, arrivant à la passion, et qui, incessamment placée sous le coup des influences sociales, devient désorgani- satrice. Ainsi, dans l'Adieu, l'idée du bonheur, exaltée à son plus haut degré social, foudroie l'épouse, et par épouse l'auteur entend nécessairement l'épouse et l'amante. Dans le Requisitionnairc. c'est une mère tuée par la violence du sentiment maternel. Voilà donc la femme considérée sous ses trois faces sociales, comme amante, comme épouse, comme mère, et devenant, sous ses trois aspects, victime de Vidée. Dans el Verdugo, c'est l'idée de dynastie mettant une hache dans la main d'un fils, lui faisant commettre tous les crimes en un seul. « Là, dit encore M. Ph. Ch. (Philarète Chasles), le parricide est ordonné par une famille et au nom d'une chimère sociale, le parricide pour sauver un titre! » Voyez comme, dans l'Élixir de longue vie. l'idée hérédité devient meurtrière à son tour, et comhien est acéré le poignard qu'elle met dans la main des enfants ! Suivez-moi, si vous en avez le courage ! Venons assister ensemble à ce terrible drame exécuté au bord de la mer! Le voyez-vous, ce pénitent sinistre, assis immobile au haut de son rocher? Eh bien, là encore l'idée a porté ses ravages ! la paternité, à son tour, est devenue tueuse. Ce pénitent est un père qui a noyé son fils parce qu'il soupçonnait en lui des instincts que la société réprouve, et s'est fait meurtrier pour que son fils ne le devint pas. Idée sublime! Examinez maintenant cette autre étude, dont le titre

�� � 204 HISTOIRE

ingénieux est à lui seul toute une biographie : Histoire de la grandeur tl de la décadence de César Birotteau. marchand parfumeur, chevalier de la Union d'honneur et adjoint au maire du deuxième arrondissement de la ville de Paris : le développement du décourageant axiome formulé par la Peau de chagrin marche à travers le monde en y versant des lumières sur toutes les catastrophes. César Birotteau, type parfait du négociant probe, du négociant pour qui la considération est une autre atmosphère indispensable, est tué soudainement, par l'idée probité comme par un coup de pistolet; il a soutenu le malheur goutte à goutte, il ne sou- tient pas la joie et la vii' qui tombent sur lui comme une trombe et le brisent. C • étude est un ebapitre de plus ajouté à l'histoire d'une famille que les pin- ceaux de M.de Balzac ont surtout affectionnée. Le pauvre vicaire de Saint-<3atien, qui joue un rôle dans les Études de mu urs, est représenté ici dans la personne de ^on frère; mais François Birotteau esl ane individualité, tandis que César Birot- teau sera, regardé comme le type de cette classe nombreuse à laquelle appartien- nent plusieurs personnages semés dans l'œuvre de l'auteur, figures modestes dont la grandeur vient de la manière dont elles.' détachent sur le fond commun des souffrances humaines, qu'elles semblent réveiller toutes avec les leurs. Telles sont la l'osseuse et Gondrin, dans le Médecin de campagne: ia grande Nanon, ma- dame Grandet el -a fille, dans Eugénie Grandet : l'Enfant maudit, Juana de Man- cini, le Comte Cliabert, le père Goriot, Pauline de Villenoix, Louis Lambert et plusieurs autres. En effet, nul auteur n'a su mieux assigner sa part à chacune des sphères sociales. S'il transfigure le inonde des millionnaires, il semble affectionner, il caresse le monde où l'un souffre; partout dans son œuvre les gens dépouillés comparaissent auprès des spoliateurs. Un jour cette justice lui sera rendue. Si Walter Scott plaid.; pour les habits brodés, M. de Balzac a réveillé nos sympathies pour les infortunes courageuses, pour les chagrins domestiques. Sun style n'esl luit, sa raillerie n'est incisive que pour les riches; pour les pauvres et les souffrants, sa palette n'a que de douces couleurs. Nient ensuite Maître Cornélius, c#tte forte étude historique, où l'on retrouve si nettement dessinés le-- traits les plus curieux de cette grande figure de Louis \I. toujours incomplètement repro- duite dans les tableaux des romanciers ou dramaturges; e1 là, voyez quelle inévi- table logique! c'est l'idée avarice tuant l'avare dans la personne du vieil argentier. LeChef-à mnu nous montre l'art tuant l'œuvre ; première initiation à la

Louis Lambert. Dans l'Auberge rouge, cette sanglante histoire d'un

la plus terrible peut-être qu'ail imaginée .M. de Balzac, se trouve une analogie magnifiquement exécutée entre l'idée d'un crime et le crime même. Là, s. 'ion nous, a pari les détails de cette composition, se rencontrènl les plus s- . déductions du thème général. Un être débile tué par la terreur esl le résultat de l'histoire intitulée l'Enfant maudit, délicieuse histoire désorm ris complétée par un nouveau voluui m pressentait. La chaude et savante étude des Proscrits

contient plusieurs propositions identiques : le suicide d'un enfanl que i ambition goûti delà vie, legénie devenant funeste a un grand poète, et l'idée de faisant crier à ce poète : « Mort aux G ■ au moment où il vient de

peindre les supplii es infernaux destinés aux assassins. J< " -Chri t en Flandre est

�� � la démonstration do la puissance de la foi, considérée aussi comme idée. Ici, la conclusion habituelle de M. de Balzac eût pu être facilement appliquée, car à combien de martyrs cette idée n’a-t-elle pas été funeste ? mais il a mieux aimé se reposer un instant de son affligeant système et faire luire un rayon du ciel à travers les masses de ténèbres dont il nous montre environnés. Dans ce conte, suivant l’expression du critique déjà cité, « les parias de la société, ceux qu’elle bannit de ses universités et de ses collèges, restent fidèles à leurs croyances, et conservent, avec leur pureté morale, la force de cette foi qui les sauve, tandis que les gens supérieurs, fiers de leur haute capacité, voient s’accroître leurs maux avec leur orgueil, et leurs douleurs avec leurs lumières ». Le rêve fantastique intitulé l’Église est une saisissante vision des idées religieuses se dévorant elles-mêmes, et croulant, tour à tour les unes sur les autres, ruinées par l’incrédulité, qui est aussi une idée. Louis Lambert est la plus pénétrante et la plus admirable démonstration de l’axiome fondamental des Études philosophiques. N’est-ce pas la pensée tuant le penseur ? fait cruellement vrai que M. de Balzac a suivi pas à pas dans le cerveau, et dont Manfred est la poésie, comme Éaust en est le drame.

L’ordre adopté par l’éditeur pour la publication successive des Études philosophiques nous oblige à garder le silence sur VEcce Homo, terrible contre-partie de Louis Lambert. Il faut aussi que nous nous taisions sur ces titres qui annoncent de beaux livres, les puînés de Louis Lambert, sans doute : Sœur Marie-des-Anges, — Le Livre des douleurs, — Melmoth réconcilié, — Aventures d’une idée heureuse ; sur Séraphita même, quoique la Bévue de Paris en ait publié le commencement. Même silence sur le Prophète, sur le Président Éritot, sur le Philanthrope et le Chrétien. Mais ce que nous pouvons prévoir, c’est que l’auteur n’oubliera aucun sentiment humain, aucune idée, que toute l’âme de l’homme va passer dans son redoutable creuset, comme toute la société a passé sous ses pinceaux. La Comédie du diable, si bouffonne en apparence, est devenue, dans cette édition, une âpre critique des gouvernements, une sorte de tohu-bohu des politiques, une sarcastique transition pour arriver à la conclusion de l’œuvre, à cette histoire de la succession du marquis de Carabas, qui sera la formule allégorique de la vie col- lective des nations, comme la Peau de chagrin est la formule de la vie. « C’est non- seulement, dit M. Ph. Ch. (Philarète Chasles), à qui nous emprunterons ce der- nier aperçu (car à lui aussi ont été faites quelques confidences sur cet ouvrage), c’est non-seulement la société dans ses masses que frappe de mort l’égoïsme, fils de l’analyse et de cette raison approfondissante qui nous ramène sans cesse à notre personnalité; c’est aussi la société dans ses éléments partiels, c’est encore le gouvernement et la politique. De degrés en degrés, l’auteur s’élèvera jusqu’à cette dernière ironie, la plus haute et la plus en harmonie avec notre temps. Dans VHistoire de la succession du marquis de Carabas, dernière œuvre qui complétera la grande vue philosophique de M. de Balzac, nous verrons la société politique en proie à la même impuissance, au même néant qui dévore Raphaël dans la Peau de chagrin ; même intensité de désir, même éclat extérieur, même misère réelle, même formule inévitable, éternelle, où la Nationalité se trouvera pressée comme l’Individualisme l’est dans la sienne. » 206 HISTOIRE

Os hautes vues philosophiques seronl complétées par plusieurs autres études en germe dans la pensée de l'auteur, mais que son inépuisable verve aura peut- être fait éclore avant que uous ayons achevé nous-même ces pages arides où nous disséquons péniblement le génie le plus chaud, le plus vivace, le plus fécond de notre époque.

Dans notre désir de nous rendre compte à oous-même d'un ouvrage dont la ■ effraye, et où la pensée se perd comme un voyageur s'égare dans le dédale ircades d'une ville qui n'existe plus (comparaison juste pour une ville com- mencée qui n'existe pas encore, à la différence près des ruines aux constructions neuves), nous avions aperçu dans les Études philosophiques, telles que l'auteur nous les montre aujourd'hui, les traces d'une espérance qui vivifie ces désespé- rantes figures d'écorchés. Il nous semblait, si nous pouvons risquer cette image, qu'au sein de ces passions déchainées et qui crient aussi puissamment que dans le final de Don hum, une voix religieuse, el pleine de suavités, mystérieuse, mais consolatrice, dominait ces cris horribles et montait vers le ciel. En rassem- blant dans la pensée ces cinq grandes poésies : l'Enfant maudit, les Proscrits. Louis Lambert, Jésus-Christ en Flandre etSéraphita : en leur supposant quelques anneaux quelques compositions intermédiaires, nous avons aimé à penser qu'à tra-

• nos sentiments foudroyés par l'analyse l'auteur faisait courir un radieux rayon de foi, une mélodieuse métempsycose chrétienne qui commençait dans les douleurs terrestres et aboutissail au ciel. Nous l'avons demandé, non -ans émotion, à l'au- teur, et il nous a confirmé dans cette croyance par un de ces mots qui viennent de lame, qui révèlent un beau cœur. Donc, lorsque cet architecte aura fini d'agil p sa baguette magique, des lueurs divines éclaireront sa cathédrale, doni la destination sera double, comme l'est celle de ces beaux monument-, du moj en âge en dehors desquels se pressent les passions humaines sous de fantastiques figures d'hommes ou d'animaux, tandis qu'à l'intérieur rayonnent les beautés pures de l'autel. I ins des vœux pour que la critique soit bienveillante à ce laborieux ouvrier, souhaitons que ni le découragement, ni la maladie, ni la misère ne lui arrachent il"- mains son outil créateur ; car nous l'aurons dit le premier et nous nous ferons gloire de l'avoir dit, il s'agit ici d'une des plus immenses entreprises qu'un seul homme ait osé concevoir ; il s'agit d'une œuvre qu'un poète ingénieux nommait, devant nous, les Mille et une Nuiti de l' Occident, sans savoir, que ces morceaux, m divers, si poétiques, si vrais, pris séparément, s'enchaînaienl et devaient pro- duire \e spéculum mundi dont nous parlions !

Et que sera-ce, lorsque, plus tard, la troisième partie, dont le titre est connu de quelques amis de l'auteur, quand les Éludes analytiques, auxquelles appar- tiennent évidemment la Physiologie du mariage et le Traité de la vie extérieure. dont plusieurs fragments ont été publiés, quand ces dernières conséquences d'une vaste pensée viendront couronner de leurs riches entablements ce palais littéraire, comparable aux pofimes que les Sarrasin- écrivaient en marbre, et sur lequel ils gravaient l'Alcoran en caractères d'or. A ce dernier labeur, .où se concentrera l'examen railleur des principes sociaux, appartient encore un livre dont le titre (la Monographie de la vertu) a plus d'une fois excité la curiosité' de ceux qui, du

�� � DES OEUVRES DE BALZAC. 207

fond de leurs solitudes, applaudissent aux efforts de l'auteur, qui marquent avec orgueil les phases progressives de son talent, et s'initient par des vœux à ses fatigues et à ses veilles.

Ainsi donc, quand les Etudes de mœurs auront peint la société dans tous ses effets, les Études philosophiques en constateront les causes, et les Études analyti- ques en creuseront les principes. Ces trois mots sont la clef de cette œuvre étour- dissante par sa profondeur, surprenante par ses détails, dont nous avons essayé' de faire comprendre ici toute la portée. G décembre 1831.

Études analytiques.

LXXXV. Physiologie du mariage, ou Méditations de philosophie éclec- tique sur le bonheur et le malheur conjugal, daté de Paris 182^-18129. Dédié au lecteur. Cet ouvrage parut pour la première fois, anonyme, <mi décembre 1829, daté 1830, chez Charles Gosselin et Urbain Canel, deux volumes in-8°, avec l'introduction, datée du 15 décembre 18'29, qui raccompagne encore aujourd'hui, et une note errata supprimée après la deuxième édition (voir tome XXII, page 377). Il reparut, signé pour la première fois, en 1834 chez Ollivier, deux volumes in-8°, et entra, dédié pour la première fois, en 1846, dans la première édition des Études analytiques (première édition de la Comédie humaine, tome XVI). Toutes les éditions contiennent les divisions suivantes, mais l'épigraphe que voici a été supprimée :

Le bonheur est la fin que doiveut se proposer toutes les sociétés.

(L'Auteur, i AVIS.

INTRODUCTION.

l re partie : Considérations générales.

MÉDITATIONS.

��1. Le sujet.

2. Statistique conjugale.

3. De la femme honnête, •i. De la femme vertueuse. 5. Des prédestinés.

��G. Des pensionnats.

7. De la lune de miel.

8. Des premiers symptômes.

9. Epilogue.

��2 e partie : Des moyens de défense à l'intérieur et à l'extérieur.

MÉDITATIONS.

��10. Traité de politique maritale.

11. De l'instruction en ménage.

12. Hygiène du mariage.

��13. Des moyens personnels.

14. Des appartements, lo. De la douane.

�� � 208

��HISTOIRE

��1G. Charte conjugale

17. Théorie du lit.

1. Les deux lits jumeaux.

2. Des chambres sép

3. D'un seul et même lit.

18. Des révolutions conjugales.

19. De l'amant.

��20. Essai sur la police. 1. Des souricières.

2 De la correspondance. 3. Des espions, i. L'index. 5. Du budget.

21. L'art de rentrer chez soi.

22. Des péripéties.

��'.V partie : De la guerre livile.

��MEDITATIONS.

��23. Dos manifestes.

•l't. Principes de stratégie.

25. Des alliés.

1. Des religions et de la confes-

sion considérées dans leurs rapports avec le mariage.

2. De la belle-mère.

3. Des amies de pension et des

amies intimes.

4. Des alliées de l'amant.

5. De la femme de chambre.

��G. Du médecin. 2G. Des différentes armes.

1. De la migraine.

2. Des névroses.

3. De la pudeur, relativement

au mariage.

27. Des derniers symptômes.

28. Des compensations. 20. De la paix conjugale. 30. Conclusion.

Post-scriptum.

��LXXXVI. Petites Misères de la Vie conjugale, non daté'. Cet ou- . composé il" fragments écrits à différentes époques, reliés et réunis entre eux, parut pour le première fois sons sa forme actuelle (deux parties), en L8Zl5-18Zi6, chez Chlendowski en un volume grand in-8°, illustré par Bertall et publié par livraisons. 11 yeut une interrup- tion entre la publication de la première et de la seconde partie, celle- ci ; i \ .iii t paru presque en entier d'abord dans la Presse en décembre 18Zj5, comme nous le dirons tout à l'heure. La préface de la première partie étail le seul fragment inédit de cet ouvrage, comme nous allons le montrer. Quoique la division en chapitres que cet ouvrage a tou- jours gardée, et que nous allons indiquer, ne porte pas de chiffres, nous allons eu mettre afin de pouvoir mieux expliquer ensuite la pro- venance de chacun d'eux. Voici cette division :

��1" partie.

��1. Pri I :. icud retn

npressions d

2. l.'- coup d ■ Jar

. i.

��; 1/ - attention

femme. 5. Les taquii G. Le conclu um,

��(l'un.- jeune

�� �

7. La logique des femmes.

8. Jésuitisme des femmes.

9. Souvenirs et regrets.

10. Observation.

11. Le taon conjugal.

12. Les travaux forcés.

13. Les risettes jaunes.

14. Nosographie de la villa.

15. La misère d:ins la misère.

10. Le dix-huit brumaire des mé- nages.

17. L’art d’être victime.

18. La campagne de France.

19. Le solo du corbillard.

�� �2 e partie :

20. Seconde préface.

�30.

21. Les maris du second mois.

�31.

22. Les ambitions trompées.

�32.

� �1. L’illustre Chaudoreille.

�33.

� �2. Une nuance du même sujet.

�34.

�23.

�Souffrances ingénues.

�35.

�24.

�L’Amadis-omnibus.

�36.

�25.

�Sans profession.

�37.

�26.

�Les indiscrétions.

�38.

�27.

�Les révélations brutales

�39.

�28.

�Parties remises.

� �29.

�Les attentions perdues.

� ��La fumée sans feu.

Le tyran domestique.

Les aveux.

Humiliations.

La dernière querelle.

Pièces de l’affaire Chaumontel.

Faire four.

Les marrons du l’eu.

Ultima ratio.

Commentaire où l’on explique

le Felicliitta de tous les

finale.

Les deux premiers articles qui aient paru de cet ouvrage sont le {&• : la Campagne de, France, et le 19 e : le Solo du corbillard ; ils furent publiés d’origine dans la Caricature, numéros des /i et 11 novembre 1830, le premier sous le titre de : les Voisins, signé Henri B..., le second sous celui de : une Consultation, signé Alfred Coudreux ; mais les versions de la Caricature sont si différentes de celles du volume, que nous croyons bien faire en les reproduisant ici :

��I. F. S VOISINS.

A Paris, les deux rangées de maisons parallèles qui forment une rue sont rarement séparées par une voie assez large pour empêcher les habitants des maisons de droite d’épier les mystères cachés par les rideaux des appartements situés sur la ligne gauche. Il est presque impossible de ne pas, un jour ou l’autre, connaître la couleur des meubles du voisin, son cheval, son chat ou sa femme.

Il y a des imprudents qui négligent de faire tomber un voile diaphane sur les scènes d’intérieur, ou de pauvres ménages qui n’ont pas de rideaux à leurs fenêtres; puis des jeunes filles, obligées d’avoir du jour, se montrent dans l’éclat de leur beauté. Souvent nous ne pensons à baisser cette chaste toile qu’un peu trop tard, et la grisette surprise se voit, comme la chaste Suzanne, en proie aux yeux 210 HISTOIRE

d'un vieil employé à douze cents francs qui devient criminel gratis, et le surnumé- apparaît à une janséniste dans le simple appareil d'un homme qui se barbifie... O civilisation ! ù Paris! admirable kaléidoscope qui, toujours agité, nous montre ces quatre brimborions : l'homme, La femme, l'enfant et le vieillard, sous tant de formes, que ses tableaux sont innombrables! ù merveilleux Paris!

I ne femme, légèrement prude, dont le mari, ancien agem de change, habitait plus volontiers la Bourse, les Boulions, le lïois et l'Opéra que le domicile conjugal, occupait un appartemenl au premier étage d'une maison, rue Taitbout.

Gomme toutes les femmes vertueuses, madame de Noirville restait dans l'en- ceinte froid-- el décente de son ménage, plantée à leur.' fixe dans une grande ber- ger, au coin de la cheminée en hiver, près de la fenêtre en été. Là, elle faisait de latapisserie,se montait des collerettes, lisait des romans, grondait ses enfants, des- sinait, calculait... Enfin, elle jouissait de tout le bonheur qu'une femme honnête trouve dans l'accomplissement de ses devoirs.

Souvent, et très-involontairement sans doute, ses regards se glissaienl à travers les légères solutions de continuité qui séparaient ses rideaux de mousseline, afin peut-être d'acquérir la connaissance du temps; car elle avait certainement de trop bonnes façons pour épier ses voisins. Mais, depuis quelques jours, un malin génie la poussait à contempler les fenêtres de la maison voisine, nouvellement habitée par un jeune 1 ménage, sans doute encore plongé dans l'océan des joies primordiales de la lune de miel.

Les doux rayons d'un bonheur éclatant illuminaient la figure de la jeune femme et celle de son mari, quand, ouvrant la fenêtre pour rafraîchir leurs têtes enflammées, ils venaient, légèrement pressés l'un contre l'autre, s'accouder sur le • i, et y respirer l'air du soir. — Souvenl à la nuit tombante, la voisine curieuse voyait les ombres de ces deux enfants charmants, se combattre, lutter, se dessiner sur les rid iaux, semblables aux jeux fantasmagoriques de Séraphin. C'étaienl les rires les plus ingénus, des joies d'enfants..., puis des langueurs caressantes... Par- fois la jeune femme était assise, mélancolique et rêveuse, attendant son jeune ■nt. Elle se mettait souvent à la croisée, occupée du moindre bruit, tres- saillant au moindre pas d'un cheval arrivant du boulevard.

— Comme ils sont unis !... comme ils s'aiment:... disait madame de Noirville. Puis elle se mettait à marquer les bas de son petit dernier le cœur gros de ses

passions rentrées, pesant sa vertu, soupirant et contemplant le portrait de M. de Noirville, gros homme joufflu comme un fournisseur, large comme un banquier.

, un jour, la femme chaste el prude de l'ancien agent de change étant arrivée au dernier degré d'estime et de curiosité pour sa voisine, dit à son mari :

— Je voudrais bien connaître cette petite dame brune qui demeure en I u de cbeznous!... Elle est charmante, elle me parait spirituelle. Ci et pour moi une soci té bien agréable, car elle est gaie.

— Rien n'csl plus facile !... n pondit le financier. Je vois boh mari tous les jours à la Bou Nous avons fuit plus d une affaire ensembli ' C'esl un charmant gar- çon'... dmable,.. Je puis les inviter à dîner, si cela vous plaît... lis seron

�� � Au jour fixé, vers six heures, madame de Noirville avait préparé un dîner somptueux et prié les personnes les plus honorables de sa société pour bien accueillir sa petite voisine. Elle l’avait préconisée comme une femme charmante, remplie de vertu, et son mari comme le plus adorable de tous les jeunes gens, maigre, svelte, blond, élancé, distingué... Aussi n’entendit-elle pas annoncer sans un mouvement de joie M. et madame de Bonrepas...

Elle vit entrer un homme d’une quarantaine d’années, carré, trapu, marqué de petite vérole, épais, un ancien fabricant de sucre de betteraves. Sa ravissante femme, la jolie voisine, avait un petit air boudeur.

— Mais, mon ami..., dit madame de Noirville à son mari.

— Eh bien ?...

— C’est là le mari de madame ?...

— Oui...

— Je le croyais jeune et blond... — Madame, dit-elle à la jeune femme d’un air sévère, vous me faites beaucoup d’honneur etc. »

II.

UNE CONSULTATION.

— Un hôtel de la Cliaussée-d ’Antin. —

— Plaisanterie à part, mon cher docteur, je suis malade, et ce n’est pas sans raison que je vous ai fait venir...

— Vous avez cependant les yeux vifs...

— C’est la fièvre ; je l’ai eue pendant la nuit...

— Ah ! voyons votre langue...

La jeune dame montre une petite langue rouge entre deux rangées de dents blanches comme de l’ivoire.

— Oui, elle est un peu chargée au fond.... Mais vous avez déjeuné ?

— Oh ! rien du tout... Une tasse de café...

— Et que sentez-vous ?...

— Je ne dors pas.

— Bon.

— Je n’ai pas d’appétit...

— Bien...

— J’ai des douleurs dans la poitrine, comme ça... là...

Le médecin regarde l’endroit où madame de.... pose la main.

— Nous verrons cela tout à l’heure...

— Et puis, docteur, il me passe des frissons par moment...

— Bien...

— J’ai des tristesses... il y a des moments où je pense à la mort.

— Après ?...

— Mais je suis fatiguée aussitôt que j’ai fait la plus petite course.

— Bon... 3-13 HfSTOIRE

— Il me monte des feux à la figure...

— Ah : ali :

— Je n'ai courage à rien... Ah! ah ! j'oubliai- !.. Les yeuj me cuisent, et je ressens des tressaillement- dans les nerfs de la paupière de celui-là...

Elle montre son œil gauche.

— Nous appelons cela un trismus.

— Ah! cela se nomme trismus.' Kst-ce dangereux?

— Nullement.

— Je tousse. Une petite toux sèche... J'ai de- inquiétudes dans les jambes .. Je suis sûre d'avoir un anévrisme au cœur...

— Comment vous couchez-vous?

— En rond...

— Bien. Sur quel côté?

— Oh! toujours à gauche...

— Bien... Bon... Combien avez-vous de matelas dans votre lit ? ..

— Trois.

— Avez-vous un sommier?

— De crin.

. — Bon... Marchez un peu devant moi?... Elle marche.

— Ne sentez-vous pas des pesanteurs dans la synovie de vos rotules?..

— Qu'est-ce que c'est, docteur, que cette synovie?..

— Ce n'est rien. Tenez, c'est une espèce de liqueur, à l'aide de laquelle se meuvent les cartilages que vous avez au genou, là...

— Non, docteur, je n'y son- rien. Ktes-vous heureux de savoir toute- ces

i. -ce que si j'y avais des pesanteurs... ?

— Que mettez-vous sur votre tête pendant la nuit?

— Un bonnet.

— Est-il en toile ou on coton?...

— En batiste... Mais je mets quelquefois par-dessus un foulard...

— Donnez-moi votre main... Il tire sa montre.

— Ah! docteur, je n'aime pas que vous comptiez les minutes... ça me fait peur... Ah ! von- ai-je dit que j'avai- de- m n i_ ■-:...

— Non.

— Eh bien, j'ai manqué de tomber hier à la renverse...

— Était-ce le matin?...

— Non, c'était le soir...

— Mais i 'ait-' e bien le soir?...

— Oui, c'était le -oir.

— lion...

— Eh bien, que dites-vous

Qé ! b' : [S lem • ., Savez-vous que M. le duc de G... est allé à Holy-Rood .'...

— Non... Ab bah!... Est-bien vrai?

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 213

— Oui... Mais je m'amuse, et j'ai deux ou trois malades bien pressés...

— Comment, docteur, vous vous eu allez, et vous ne me prescrivez rien?

— Avez-vous des nouvelles de ML le comte?

— Mon mari?.. Ah bah! est-ce qu'il pense à moi!

— Il s'amuse à Alger... Hi hi hi !... (Il rit.) Vous apportera-t-il des cachemires?

— Il n'aura pas cet esprit-là... Eh bien, docteur, voilà donc tout ce que vous me dites! Pas une petite ordonnance? Si je prenais de l'eau de tilleul?

— Mais elle vous agace les nerfs...

— Ah ! c'est vrai ! Eh bien, de l'eau de Seltz?

— Non...

— De l'orangeade?... A propos, avez-vous été entendre Lablache?... — ■ Mais vous savez bien que je n'ai pas une minute à moi...

— C'est vrai! ce pauvre docteur!... Eh bien, avant de me quitter, ne prescri- vez-vous pas...?

— Mais je pense que vous devriez simplement vous mettre à boire de l'eau ferrée.

— Adieu, docteur...

— Je me sauve! Voilà près d'une heure que je suis ici, et j'ai chez moi vingt personnes. C'est le jour de mes consultations gratuites.

[Le docteur dans son cabinet.)

— Eh bien, qu* avez-vous?... Allons, mon homme, dépêchons-nous!

— Monsieur, j'ai les fièvres depuis un mois.

— Ce n'est rien... Mais, oui, vous avez le fond du teint un peu altéré... Prenez du quinquina. (A une autre.) Et vous, la mère, pourquoi êtes-vous venue?

— Monsieur, c'est toujours mon squirre...

— Il faut aller à l'hôpital...

— Mais, monsieur, mes pauvres enfants !

— Ah ! dame... Ils se passeront de vous... Si vous mourriez, il le faudrait bien. La femme pleure

Ensuite parurent les chapitres v, m, vi, vu, ix, u, xxm, xxiv, îv, xxii (second paragraphe : une Nuance du même sujet) et vm, qui parurent sans titre, formant les chapitres i à xi des Petites Misères de la Vie conjugale, dans la Caricature (non politique; des 29 sep- tembre, 6, 13, 20 octobre, 3, 10 novembre, 8, 22 décembre 1839, 5, 26 janvier et 28 juin 1840. Le numéro du 3 novembre était accom- pagné de la note suivante :

Le rédacteur en chef de ce journal a déjà reçu vingt - sept réclamations (affranchir) sur la tendance des Petites Misères de la Vie conjugale, qui paraissent à nos spirituelles correspondantes exclusivement dirigées contre les femmes. Pour éviter de nouvelles réclamations, et non pour justifier notre collaborateur, nous sommes forcé de révéler les intentions d'un auteur en qui les femmes auraient dû

�� � avoir plus de confiance : les Petites Misères de la Vie conjugale ont deux divisions, assez semblables à colles des bains publies : il y a le côté des hommes et le côté des femmes. Toutes les fois qu’il s’agit de mariage, la part du diable et de la caricature e<t double. Désormais, pour éviter la monotonie, nous alternerons une petite misère du genre féminin avec une petite misère du genre masculin.

Le Rédacteur en chef.

Les chapitres x à xix (xvm et xix reparaissant comme inédits malgré leur première publication en 1830), et xxxix parurent pour la première fois, en 1845, dans le tome premier du Diable à Paris, deux volumes in-8° par divers, chezHetzel. La scène était intitulée : Philosophie de la Vie conjugale à Paris; Chaussée-d’Antin, <’t le début qui forme aujourd’hui le chapitre x, Observation, s’appelait alors : l’Été de la Saint-Martin conjugale; De quelques péchés capitaux; De quelques péchés mignons; la Clef du caractère de toutes les femmes, et un Mari à la conquête de sa femme. Ce morceau, publié dans le Diable à Paris, parut encore en 1845, en un volume in-12, illustré, chez Hetzel, sous le titre de Paris marié, Philosophie de la Vie conjugale. Enfin, les chapitres \x, \xi, xxn (les deux paragraphes, le second compté comme inédit malgré sa première publication dans la Caricature non politique, en 1840), et \xv à xxwni, parurent pour la première fois dans la Presse du J 2 au 7 décembre I8/i5, précédés de la note que voici :

M. de Balzac a déjà fait, comme vous savez, la Physiologie du Mai loge, un livre plein d'une finesse diabolique et d’une analyse à désespérer Leuwenhoeck et Swammerdam, qui voyaient des univers dans une goutte d’eau. Ce sujet inépuisable lui a inspiré encore un livre charmant, plein de malice gauloise et d’humour anglais, il Rabelais et Sterne se rencontrent et se donnent la main à chaque instant, — les Petites Misères de la Vie conjugale. La première partie de cet ouvrage, qui a paru chez Chlendowski, ave de spirituelles el comiques illustrations de Bertall, renferme tous les petits supplices intimes, les cent mille coups d’épingle que la femme peut infliger a son compagnon de boulet. On ne saurait rien imaginer de plus amusant, et à plus d’une page Bilboquel étonné dirait : Ceci est de la haute comédie. Celle que nous publions, et qui est inédite, fait pendanl à la première; seulement, les rôles sont intervertis : c’esl la femme qui est le martyr. Tous les désappointements, les illusions qu’un Adolphe fail sont décrit titudi impitoyable, ce Btj le incisif comme un scalpel, "t cette perspicacité de Ij ru qui n’appartiennent qu’à M. de Balzac. — Mais hâtons-nous de lui céder la place : chacune de nos lignes est un vol fait au lecteur.

I. La Correspondance de Balzac (voir page 102) fait connaître que ces lignes sont de Théophile Gautier. DES ŒUVRES DE BALZAC. 215

On trouve encore dans la Presse «trois autres notes : la première se rapportant au mot « Caroline », ligne 1, page 629. La voici :

Caroline est, dans le livre, le type de la femme, comme Adolphe est celui du mari; l'auteur a pris, pour les maris et pour les femmes, le parti que les journaux de modes ont pris pour les robes en créant une figurine.

Celle-ci, qui se rapporte au mot « Ferdinand II », avant-dernière ligne, page 653 :

Dans le livre, l'ami do la maison est intitulé Ferdinand, comme Adolphe <"^t le mari, comme la femme est Caroline. Sans ces précautions, les cas sont si sem- blables à ce qui se passe dans plusieurs ménages, qu'on aurait trouvé des person- nalités dans un ouvrage seulement théorique.

Et la dernière se rapportant aux mots « alïaire Chaumontel », ligne 25, page 668 :

L'auteur a établi, dans la partie déjà publiée de cet ouvrage, ce qu'est l'affaire Chaumontel. Bertall, ce spirituel dessinateur, a finement montré le mari dans un rendez-vous pris pour traiter l'affaire Chaumontel. La scène est dans un cabinet particulier, chez Véry. L'affaire Chaumontel est expliquée le verre en main, au dessert, par une agréée. L'affaire Chaumontel est le prétexte éternel pris par les maris. Généralement, quand le mari rend compte de sa journée le lendemain, il a toujours manqué des créanciers au rendez-vous pris pour terminer. — On ne sait pas où sont les pièces ; une autre fois, le syndic est absent. — On soupçonne les gens d'affaires d'avoir un intérêt à faire traîner l'affaire Chaumontel. — On ne veut pas non plus ruiner Chaumontel, etc., etc.

Dans la Presse, le chapitre xxvi qui porte en volume le titre de : les Indiscrétions, porte celui de : les Révélations. Cet ouvrage reparut encore en I8/46, en trois volumes in-8°, chez Roux et Cassanet, sous le titre de Physiologie du mariage, Petites Misères de la Vie conjugale; il était terminé par l'Employé (voir aux Œuvres diverses). Il n'a été réuni aux œuvres de Ralzac, série des Études analytiques, qu'en 1855, chez madame Houssiaux, dans le tome XVIII des OEuvres complètes (deuxième volume complémentaire de la Comédie humaine). Pour ter- miner cet article, nous allons donner l'avis des éditeurs publié en tète

de l'édition de 1846 :

• Les Petites Misères de la Vie conjugale, que nous publions aujourd'hui for- ment un ouvrage complet, et cependant ce livre est la suite et le complément indis- pensable de la Physiologie du Mariage, cet ouvrage qui a obtenu un succès à la fois si élevé et si populaire, qui se trouve non-seulement dans les cabinets de lecture,

�� � 216 HISTOIRE

mais encore dans toutes les bibliothèques particulières; et dont cinq éditions ont à peine suffi pour satisfaire la curiosité du public.

On comprend facilement le succès du célèbre romancier dont le nom est à la tète de cet ouvrage; car il est du petit nombre des écrivains qui ne font pas com- merce de leur plume, et restent constamment fidèles à l'étude et au progrès de l'ait, au lieu de prendre l'argent pour unique but de leurs travaux. Aussi l'œuvre du consciencieux écrivain restera comme un monument dans lequel on pourra toujours, dans la suite des temps, puiser la connaissance exacte des mœurs du xix e siècle.

Da is peu, nous publierons un ouvrage qui diffère entièrement de celui-ci, la Femme de soixante ans '. On sait combien M. de Balzac excelle à peindre les t\ pes de femmes les plus précieux et les pins caractéristiques; le livre que nous annon- çons contient l'étude la plus remarquable que l'auteur ait faite en ce genre. On voit par le portrait de la femme de soixante ans que chaque âge a sa beauté' et ses charmes. Bien des femmes arrivées à cette époque de la vie y retrouveront l'ex- pression fidèle de leurs mérites, et celles qui en sont encore éloignées y puiseront de précieuses espérances pour l'avenir.

On retrouve donc dans ce livre les plus belles pages de l'écrivain qui nous a donné le Père Goriot, Eugénie Grandet, le Curé de village, Modeste Mignon et tant d'autres chefs-d'œuvre. ('•. lî. (Gabriel Roux).

Avant de quitter la Comédie humaine, dont les Petites Misères de la Vi<' conjugale formenl le dernier ouvrage, et de passer aux œuvres de Balzac qui n'ont jamais été réunies du vivant de leur auteur, nous allons donner ici un curieux tableau de cette Comédie humaine telle que Balzac rêvait de la réimprimer; nous extrayons'ce document d'un article publié à la mort de Balzac par Amédée Achard dans l'Assem- blée nationale du 25 août 1850; ce tableau avait été établi en 18/i5 pour une deuxième édition de la Comédie humaine, projetée par Balzac avant l'achèvement même de la première! Elle aurait formé vingt-six volumes. Ce travail avait été communiqué à l'auteur de Belle-Rose par son propriétaire, M. Laurent-Jan, à qui l'auteur lui- même l'avait donné, signé ainsi :

A Laurent-Jan, le constructeur soussigné,

DE BALZAt .

Les ouvrages en italiques sont ceux que la mort n'a pas permis à lialzac d'entreprendre ou de finir.

l. L'Envers de l'hi mporaine, pi le Madame de la < hanlerie

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 217

��CATALOGUE

DES OUVRAGES QUE CONTIENDRA

LA COMÉDIE HUMAINE

��Première partie : Études de mœurs. — Deuxième partie : Études philosophiques. — Troisième partie : Études analytiques.

première partie. Éludes de mœurs.

Six livres : I. Scènes de la Vie privée. — If. Scènes de la Vie de province. — III. Scènes de la Vie parisienne. — IV. Scènes de la.Vie politique. — V. Scènes de la Vie militaire. — VI. Scènes de la Vie de campagne.

I. Scènes de la Vie privée. (Quatre volumes; tomes I à IV.)

1. Les Enfants. — 2. Un Pensionnat de demoiselles. — 3. Intérieur de collège. — k. La Maison du chat qui pelote. — 5. Le Bal de Sceaux.

— G. Mémoires de deux jeunes mariées. — 7. La Bourse. — 8. Modeste Mignon. —9. Un Début dans la vie.— 10. Albert Savarus.— 11. La Ven- detta. — 12. Une Double Famille. — 13. La Paix du ménage. — i!\. Ma- dame Firmiani. — 15. Étude de femme. — 16. La Fausse Maîtresse.

— 17. Une Fille d'Eve. — 18. Le Colonel Chabert. — 19. Le Message. — 20. La Grenadière. — 21. La Femme abandonnée. — 22. Honorine. — 23. Béatrix. — 2/L Gobseck. — 25. La Femme de trente ans. — 26. Le Père Goriot. — 27. Pierre Grassou. — 28. La Messe de l'athée. — 29. LTnterdiction. — 30. Le Contrat de mariage. — 31. Gendres et Belles-Mères. — 32. Autre étude de femme.

IL Scènes de la Vie de province. (Quatre volumes; tome V à VIII.)

33. Le Lys dans la vallée. — 3/i. Ursule Mirouet. — 35. Eugénie Grandet. — 36. Les Célibataires: I. Pierrette. — 37. Idem: IL Le Curé

�� � de Tours. — .58. Idem : [II. L û Ménage de garçon en province (la Rabouilleuse). — 39. Les Parisiens en province : I. l’Illustre Gaudissart. —40. Idem : 11. Les Gens ridés. — 41. Idem : III. la Muse du département. — 42. Idem : IV. Une Actrice en voyage.— 43. La Femme supérieure 1 . — 44. Les Rivalités : I. L’Original. — 45. Idem : II. Lès Héritiers Boirouge. — 4(3. Idem : III. La Vieille Fille. — 47. Les Pro- vinciaux à Paris : I. Le Cabinet des astiques. — Zi8. Idem : IL Jacques de Met:. — VJ. Illusions perdues : I. Les Deux Poètes. — 50. Idem : II. Un Grand Homme de province à Paris. — 51, Idem : III. Les Souf- frances de l’inventeur.

III. Scènes de la Vie parisienne.

(Quatre volumes; tomes IX à XII.)

52. Histoire des Treize : I. Ferragus. — 53. Idem : II. La Duchesse de Langeais. — 54. Idem : 111. La Fille aux yeux d’or. — 55. Les Em- ployés. — 56. Sarrasine. — 57. Grandeur et décadence de César Biçptteau. — 58. La Maison Nucingen. — 59. Facino Cane. — 60. Les Secrets de la princesse de Cadignan. — 61. Splendeurs et Misères des courtisanes: I. Comment aiment les filles. — 62. Idem : II. A com- bien l’amour revient aux vieillards. — 63. Idem : III. Où mènent les mauvais chemins. — 64. Idem : IV. La Dernière Incarnation de Vau- trin. — 65. Les Grands, l’Hôpital et le Peuple. — 66. Un Prince de la bohème. — 67. Les Comiques sérieux les Comédiens sans le savoir). — 6S. Échantillons de causeries françaises 2 . — 69. Une Vue du Palais.— 70. Les Petits Bourgeois. — 71. Entre savants. — ï’2. f.e Théâtre comme il est. — 73. Les Frères de la consolation d’Envers de l’histoire contemporaine ’.

IV. Scènes de la Vie politique. Trois volumes, tomes Mil à XV.)

74. I h Épisode sous la Terreur. — 75. L’Histoire et le Roman. — 76. I ii" ténébreuse affaire. — 77. Les Deux Ambitieux. — 78. L’At- taché d’ambassade. — 79. Comment on fait un ministère. — 8o. Le Député d’Arcis. — 81. Z : Marc i .

1. il y a ici la Fen i ; l mployt dé ignée plus luin suus ce dt la Vie pari l nne, où la place de ce récit est a | iée.

2. N’a jamais paru dans la 1 ;

.’(. Es! placé aujourd’hui i\ .11 faul remarquai qu’il

manque dans tout le tableau les h la Vie rantes : in Homme

d’/i/fi’ rtJIei le$ Parents pauvre», qui ’ ;1 1845. DES ŒUVRES DE BALZAC. 219

V. Scènes de la Vie militaire. (Quatre volumes; tomes XVI à \1\.

82. Les Soldats de la République (trois épisodes). — 83. VEntrée en campagne. — 84. Les Vendéens. — 85. Les Chouans. — 86. Les Français en Egypte : I. Premier épisode. — 87. Idem : IL Le Prophète.

— 88. Idem : III. Le Pacha. — 89. Une Passion dans le désert. — 90. L'Armée roulante. — 91. La Garde consulaire. — 92. Sous Vienne : I. Un Combat. — 93. Idem : IL V Armée assiégée. — 94. Idem : III. La Plaine de Wagram. — 95. L'Aubergiste. —96. Les Anglais en Espagne.

— 97. Moscou. — 98. La Bataille de Dresde. — 99. Les Traînards. — 100. Les Partisans. — 101. Une Croisière. — 102. Les Pontons. — 103. La Campagne de France.— 10/i. Le Dernier Champ de bataille. — 105. L'Émir. — 106. La, Pénissière. — 107. Le Corsaire algérien.

VI. Scènes de la Vie de campagne. (Deux volumes; tomes XX et XXI.)

108. Les Paysans. — 109. Le Médecin de campagne. — 110. Le Juge de paix. — 111. Le Curé de village. — 112. Les Environs de Paris.

deuxième partie : Études philosophiques. (Trois volumes; tomes XXII à XXIV.)

113. Le Phédon d'aujourd'hui 1 . — ll/i. La Peau de chagrin. — 115. Jésus-Christ en Flandre. — 116. Melmoth réconcilié. — 117. Massimilla Doni. — 118. Le Chef-d'œuvre inconnu. — 119. Gambara. 120. Balthazar Claes ou la Recherche de l'absolu. — 121. Le Président Fritot. — 122. Le Philanthrope. — 123. L'Enfant maudit. — 124. Adieu.

— 125. Les Marana. — 126. Le Réquisitionnaire. — 127. El Verdugo.

— 128. Un Drame au bord de la mer. — 129. Maître Cornélius. — 130. L'Auberge rouge. — 131. Sur Catherine de Médicis : I. Le Martyr calviniste. — 132. Idem : IL La Confession deRuggieri. — 133. Idem : III. Les Deux Rêves. — 134. Le Nouvel Abeilard. — 135. L'Élixir de longue vie. — 136. La Vie et les Aventures d'une idée 2 . — 137. Les Proscrits. — 138. Louis Lambert. — 139. Séraphita.

��1. Les Martyrs ignorés voir aux Œuvres diverses) portent comme sous-titre : Fragment dit Phédon d'aujourd'hui.

•2. Un fragment do cet ouvrage, intitulé : Aventures administratives d'une idée heureuse a tété retrouvé. iVoir aux Œuvres diverses.)

�� � 220 HISTOIRE DES ŒUVRES DE BALZAC.

troisième partie. Études analytiques. (Deux volumes; tomes XXV et XXVI.j

L'iO. Analomie des corps enseignants. — 141. f.a Physiologie du mariage. — li'J, Pathologie de la Vie sociale. — 143. Monographie de la Vertu. — l.Vi. Dialogue philosophique et politique sur la perfection du \i\' siècle 1 .

1. Il manque aussi dans tout le tableau L'indication des Petites Misères île la Vie humain?, qui font partie des Études analytiques, et qui n'ont paru, complètes, qu'en 1846.

��FIN DE LA COMEDIE HUM AI .NE.

��

II

OEUVRES NON COMPRISES

DANS

LA COMÉDIE HUMAINE


I

Œuvres complètes. TOME XVIII. Théâtre, troisième édition. Un volume, 1870 ’.

LXXXVII. Vautrin. Drame en cinq actes, représenté pour la première fois, au théâtre de la Porte-Saint-Martin, le lZj mars 1840. Dédié à Laurent-Jan. La préface, datée du 1 er mai 18Z(0, ne fut pas prête pour le jour de la mise en vente de la pièce, qui fut publiée en un volume in-8° chez Delloye et Tresse, avec un bon donnant droit à venir réclamer la préface lorsqu’elle paraîtrait, ce qui n’eut lieu que deux mois après. Voici cette note :

AVIS.

M. de Balzac, retenu au lit par une indisposition très-grave, n’a pu écrire la préface qui devait accompagner sa pièce de Vautrin, dont les représentations ont été arrêtées par l’autorité.

1. Même observation que pour les séries précédentes, avec cette différence qu’aucune des éditions de ces Œuvres diverses n’a été publiée du vivant de l’auteur.

Théâtre complet. Première édition. Un volume in-12 chez Giraud et Dagneau, 1853. Contient : Vautrin, les Ressources de Quinola. Pamêla Giraud. ’La Marâtre. Toutes les préfaces y sont supprimées; on peut y joindre le Faiseur, un volume in-12, chez Cadot, 1853.

Deuxième édition. Un volume in-8" chez madame Houssiaux, 1855. Tome III des volumes complémentaires des Œuvres de Balzac. Même contenu que le précédent, les préfaces rétablies. En 1865, le Faiseur fut ajouté à cette édition. La distribution des rùles manque à toutes les deux et ne se trouve rétablie que dans l’édition définitive. 222

��H I S T I 11 E

��i préface paraîtra dus que la santé de l'auteur lui permettra de la composer. mes qui auront acheté la présente édition auront droit à un exemplaire de ladite préface, qui leur s ira remis en échange du présent avis, qu'il est facile de détacher de ce li\ re.

Bon pour un exemplaire de la Préface de Vautrin.

LXXXVHI. Les Ressources de Quinola. Comédie en cinq actes, repré- sentée pour la première fois au théâtre de l'Odéon, le 19 mars 18/T2. Un volume in-8°, chez Souverain. La préface datée de Laguy,2avril 1842. L ii' * note-post-scriptum de la préface, qui a été omise dans l'édition définitive, indiquait que les scènes XIX et XX du quatrième acte avaient été supprimées à la première représentation. Elle était ainsi conçue :

Les orages de la première représentation ont nécessité di' subites coupures. Les scènes marquées d'un astérisque sont celles qui furent ainsi retranchées, et es posthume d'- la pièce a permis de les jouer; car cette pièce, si injurieuse- iii. -il t condamnée, paraît devoirjouir d'une vitalité très-profitable à l'Odéon.

Lagny, 2 avril 1842.

LXXXIX. Paméla Giraud. Drame en cinq actes, représenté pour la première fois au théâtre de la Gaieté, le 26 septembre 1843. Un volume in-8°, chez Marchant, 1843.

XC. La Marâtre. Drame intime en cinq actes, en huit tableaux, représenté pour la première fois au Théâtre-Historique, le 2.') mai 1848. Une brochure in-12, chez Michel Lévy, 1848.

avons retrouvé un projet de distribution de la Marâtre au Théâtre-Français, projet très-curieux et qui doit dater, pensons-nous. de 1854 :

��i MM. Geffroy Le Général. . / ou

I Beauvallet.

i Bressant

RASD. . OU

I Maillard.

> Régnier Godard.. ... ou

I

��j MM. Moi Le Docteur. . ou

Anselme. Le Proci rbi B Di

roi Candeilh.

Gi h nu de . . . M""" Rachel. Pauline Delphine Fix.

��' irojet n'a malheureusement pas eu de suite. XCI. Le Faiseur. Comédie en cinq actes, écrite en 1838-1840. (Balzac en parle déjà dans l'avis aux abonnés du dernier numéro de la

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC.

��223

��Revue parisienne, daté du 25 septembre 18/jO.) Cette pièce, réduite en trois actes et complètement remaniée par M. D'Ennery, fut représentée pour la première fois au théâtre du Gymnase, sous le titre de Mer- cadet, le llx août 1851, une brochure in-12 à la Librairie théâtrale, 1851. La version en cinq actes, conforme au manuscrit de l'auteur, parut pour la première fois dans le Pays, du 28 août au 13 sep- tembre 1851, sous le titre de Mercadet, et pour la première fois en volume, sous celui du Faiseur, en 1853, un volume in-12, chez Cadot. En 1865, le Faiseur fut ajouté par madame Houssiaux au tome XIX des Œuvres de Balzac, qui contenait le Théâtre. Il fut d'abord ques- tion de jouer la version de l'auteur au Théâtre-Français avant sa réduction pour le Gymnase. Voici qu'elle était la distribution projetée :

��Mercadet .

MlXARD . .

La Brive. . Méricourt . Brédif. . . Berchlt. . Yerdelin . Gollard. .

��MM. Régnier. Delaunay.

Brindeau.

Leroux.

Mirccourt.

Riche.

Provost.

Joanny.

��Pierqiin .... MM. Geffroy. Samson. Got.

��Violette ....

Justin

Madame Merca- det M"

Julie

Thérèse .... Virgixie ....

��Mélingue.

Worms.

Anais.

A. Brohan.

��Nous regrettons beaucoup que la version représentée de Mercadet n'ait pas été jointe à l'édition définitive des Œuvres; elle y était indis- pensable à notre avis; il sera peut-être possible de l'y ajouter un jour, avec la comédie inédite du même auteur retrouvée après la publication du Théâtre : l'École des Ménages, aujourd'hui entre les mains des éditeurs des Œuvres complètes de Balzac.

Avant de quitter le Théâtre de Balzac, donnons ici, comme nous l'avons fait pour la Comédie humaine, un intéressant document, c'est- à-dire la liste des pièces en projet que l'auteur du Mercadet se réser- vait d'écrire plus tard. Nous l'empruntons à un article de M. Armand Baschet publié dans le Mousquetaire du 17 mars 1854, où il dit tenir ce renseignement de M. D... (Dutacq), qui fut, comme on sait, l'un des amis les plus dévoués de Balzac.

PIÈCES PROJETÉES.

VÉcole des Ménages (écrite et retrouvée, ainsi que nous l'avons dit plus haut). —Richard Cœur-d'éponge (tout le plan et quelques scènes écrites 1 ). — La Comédie de l'amour. — Les Petits Bourgeois. — La

��1 Le manuscrit de ces fragments est entre les mains de madame veuve Dutacq.

�� � 224 HISTOIRE DES ŒUVRES DE BALZAC.

Conspiration Prudhomme. — La Folle Épreuve. — Le Roi des men- diant* 1 . — Le Mariage Prudhomme. — Le Père prodigue*. — Pierre et Catherine. — Mercadet (écrit et représenté).— La Succession Pons. — L'Éducation du prince. — Les Courtisans. — Le Minisire. — Orgon (avec Ainédée Pommier; quelques fragments). — L'Armée roulante. — Sophie Prudhomme. — Annunciata. — La Veille et le Lendemain. — Gobseck. — La Fille et la Femme.

A propos de Pierre et Catherine, citons un fragment de lettre de Balzac à M. Hostein, fragment publié dans le Gaulois du 13 dé- cembre 1869, qui l'emprunte à un catalogue d'autographes; cette lettre lut écrite api-- les journées de juin ts'is :

Je ni demande m, après la bataille des prolétaires, après cotte funesb affaire, et alors que les théâtres vont être privés de spectateurs pendant trois mois. je dois continuer à travailler à mon drame de Pierre cl Catherine. Il me serait indifférent du risquer une pièce comme on en peut trouver ;> tout moment; mais ce drame est plus qu'une pièce. C'est un sujet, une de ces rencontres qu'on ne fail pas deux fois, comme les Napoléon du Cirque. Si vous pensez que les circonstances politiques vous permettront de monter Pierre et Catherine en octobre, je viendrai l'achever à Paris, et je quitterai les châteaux où je suis comme un coq en pâte. En attendant, on pourra donner au théâtre des bouffonneries sans amertume, comme les Macaires, et incliner auv Saltimbanques.

M. Hostein a publié, à propos de Pierre et Catherine, un curieux article que nous reproduirons plus loin.

C'est vers ce moment que Balzac songea au /."' des mendiant*. dont nous venons de parler, sujet vers lequel les derniers mots de ce fragment de lettre prouvent qu'il inclinait déjà. Le principal rôle de la pièce, destinée au théâtre des Variétés, eût été créé par Frederick Lemaître.

L'École des Ménages, qui dut aussi s'appeler la Première Demoi- selle, et la Demoiselle de magasin, a été lue au théâtre de la Benais- sance au commencement de 1839, ainsi que le constate un article de /// Caricature provisoire du 3 mars 1839.

2. On s.-iit que M. Dumas lils a fait représenter, depuis, une piè :e ^ms ce titre avec un

��

II


Œuvres complètes. TOME XIX : Les Contes drolatiques. Cinquième édition, 1 volume, 1870 1 . Contient:

XCII. Les Contes drolatiques. Le premier dizain parut pour la première fois en un volume in-8° portant la mention « Achevé d’imprimer en mars 1832 », et sous le titre de : les Cent Contes drolatiques,, premier dizain, chez Charles Gosselin, avril 1832. Il contenait :

Avertissement de l’éditeur. (i. La connestable.

Prologue.

1. La belle Impéria.

2. Le péché véniel.

3. La mye du roy.

4. L’héritier du Diahle.

5. Les joyeulsetez du roy Loys le unzièrac.

7. La pucelle de Thilhouze.

8. Le frère d’armes.

9. Le curé d’Azay-le-Rideau.

10. L’apostrophe.

Épilogue.

Nous réimprimons ici l’avertissement du libraire mis en tête de la première édition, puis enlevé de presque toutes les autres; il peut être attribué à Balzac lui-même :

Si ce livre n’était pas une œuvre d’art dans toute l’acception de ce mot. peut- être un peu trop prodigué de nos jours, l’éditeur ne se serait point hasardé à le

��1. Contenu des éditions précédentes :

Première édition. Les Cent Contes drolatiques, I", II e et III e dizains, trois volumes in-S", 183-2, 1833 et 1837 ; les deux premiers chez Charles Gosselin et le troisième chez Werdet.

Deuxième édition. Les Contes drolatiques (réunion des trois dizains), un volume in-12 ; chez Giraud et Dagneau, 1853.

Troisième édition. Les Contes drolatiques. Tome XX des Œuvres complètes de Balzac; un volume. in-8°, chez madame Houssiaux, 1855.

Quatrième édition (marquée cinquième). Les Contes drolatiques, illustrés par Gustavo Doré; un volume petit in-8°, chez Dutacq, 1>S50.

15

�� � 226 HISTOIRE

publier; mais il a pensé que les critiques consciencieux et les lecteurs choisis entre les mains desquels doivent aller les Contes drolatiques se souviendront des illustres précéd mus qui autorisent cette hardie tentative, dont l'auteur ne s'est pas dissimulé la témérité, dont il a calculé tous les périls.

Aucun de ceux à qui la littérature est encore chère ne voudra répudier la reine de Navarre, Boccace, Rabelais, l'Arioste, Vërvilleet la Fontaine, génies rares dans les temps modernes, car ils ont presque tous été Molière, moins la scène. Au lieu de peindre une passion, la plupart d'entre eux peignaient leur époque : aussi, plus dous allons vers le terme auquel meurent les littératures, mieux nous sentons le prix de ces œuvres antiques où respire le parfum d'une naïveté jeune et où se trou- vent le nerf comique dont notre théâtre est privé, l'expression vive et drue qui peint sans périphrase et que personne n'ose plus oser.

L'intelligence est donc un devoir envers le conteur qui veut non pas accepter le vaste héritage de nos ancêtres, mais seulement reconnaître la carrière que tant de beaux génies semblent avoir fermée et dans laquelle un succès a paru presque impossible le jour où notre langage perdit sa naïveté. La Fontaine aurait-il pu écrire la Courtisane amoureuse avec le style de Jean-Jacques Rousseau? L'éditeur a emprunté cette remarque à l'auteur pour justifier l'anachronisme de l'idiome employé dans ces contes : à tous les obstacles de cette entreprise il fallait encore joindre celui de l'impopularitédu style.

11 existe en France un grand nombre de personnes attaquées de ce cant anglais dontlnrd Byron s'est souvent plaint. Ces gens, dont le fronl rougit des bonnes franchises qui jadis faisaient rire les princesses et les rois, ont mis en deuil notre ancienne physionomie et persuade' au peuple le plus gai, le plus spirituel du monde, qu'il fallait rire décemment et sous l'éventail, sans songer que le rire est un enfant nu, un enfant habitué à jouer avec la tiare, l'épée el la couronne, sans connaître le danger.

Aussi, parles mœurs qui courent, l'auteur des Contes drolatiques ne peut être absous que par son talent ; et, justement effrayé de l'alternative, il n'a voulu donner que ces dix premiers contes; mais nous, croyant beaucoup au public «t beaucoup en l'auteur, nous espérons en éditer promptement dix nouveaux, ne redoutanl ni le livre ni les r< proi hes.

\ rait-ce pas une inconséquence que de blâmer en littérature les encouragés au Salon el tentés par les Eugène Delacroix, les Eugène Devéria, les Chenavard el par I in1 d'artistes voués au m>>\en âge? si l'on accueille la peinture. les vitraux, les meubles, la sculpture de la renaissance, en proscrira-t-on les its, i' s fabliaux comiques? si le début de cette muse insouciante de sa nudité doil avoir besoin de chauds teurs et de bienveillants suffrages, peut-être ne nous manqueront-ils pas chez donl ; oui et la vertu ne sauraient être soupçonnés. Le libraire devait cel avertissemenl atout le monde; quant aux réserves de l'auteur, elles font partie du livre.

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 227

La Belle Imper ta avait paru pour la première fois dans la Revue de Paris du 7 juin 1831, accompagnée des deux notes suivantes; voici la première, se rapportant au titre même :

Lors du concile de Constance, l'électeur de Sa\c, voulant prendre des mesures pour la commodité, l'ordre et la subsistance des Pères de l'Église, fit dresser par Dacher, son secrétaire, une liste des personnes considérables convoquées pour régler les affaires de la chrétienté.

Suivant le père Lenfant, auquel nous devons une consciencieuse histoire de cette illustre assemblée, cette liste existait encore de son temps à la chancellerie de Vienne. Le manuscrit porte à quinze cents le nombre des courtisanes admises en ville pour la commodité, l'ordre et la subsistance des juges du pauvre Jean Hus. Notez que ces femmes étaient les plus riches, les plus helles, les plus considérées, et seulement celles d'entre les courtisanes qui parurent dignes des attentions de l'électeur. En effet, quinze cents jolies filles ne pouvaient guère suffire à la sainte population de Constance, où se trouvaient le page Jean XXIII, suivi de six cents personnes, vingt-deux cardinaux, quatre patriarches et les légats de Benoit XIII et de Grégoire XII, accompagnés de douze cents familiers. Il y avait dix-neuf archevê- ques, cent trente évêques, une centaine d'abbés qui s'étaient fait escorter d'environ cinq mille personnes. De plus quatorze auditeurs de rote et dix-huit secrétaires de papes avaient deux cents serviteurs. Le pape et les cardinaux avaient deux cent soixante-treize procureurs. Le nombre des simples prêtres montait à dix-huit cents, sans compter les bedeaux et autres petits officiers ecclésiastiques. Il s'y trouvait encore cent soixante et douze docteurs, avec mille personnes de suite. Jean Hus vint avec huit docteurs et deux procureurs. Toutes les universités en- voyèrent des représentants.

Cet aperçu des principaux députés du clergé européen est un succinct extrait du personnel. Les détails seraient fastidieux.

Quant aux séculiers, outre l'empereur, les électeurs, princes, ducs, marquis, margraves, burgraves, et un nombre effrayant de comtes et de barons, il y avait cent seize ambassadeurs et leurs gens, seize cents gentilshommes, trois mille offi- ciers et une garnison de deux mille soldats. Le père Lenfant estime que la popula- tion étrangère à la ville de Constance fut de cent mille âmes pendant toute la durée du concile. (Voyez page 51, édition d'Amsterdam, Pierre Humbert, 1714.)

(Note de l'Auteur.)

La seconde note se rattachait au mot « Paris », ligne 6, page 15, de l'édition définitive :

La maladie dont il est ici question était une espèce de choléra-morbus, nommé trousse-galant dans quelques vieux auteurs. Les symptômes décrits par les historiens se rapportent en effet à ceux du choléra-morbus qui règne en ce moment. La coqueluche dépeupla l'Europe au xiv e siècle. Dans l'année 1 ilO-1417, je crois, elle avait presque décimé Paris. (Note de l'Auteur.)

�� � iïS

��HISTOIRE

��L'idée première de la Belle Impéria se trouve dans l'Archevêque (voir tome \\, page 21).

Le deuxième dizain, publié aussi chez Gosselin en un volume in-8°, en juillet 1833, porte [a mention « Achevé en janvier 1833 », tandis que l'épilogue rectifie cette affirmation et constate qu'il ne fut terminé qu'en juin. Il contient :

��Prologue.

1. Les trois clercs de sainct Nicho-

las.

2. Le ieusne de Françoys premier.

3. Los bons proupos des religieuses

de Poissy. i. Connu, nt feut basty le chasteau

d'Azay. 5. Lu faulze courtizane.

��0. Le dangier d'estre trop cocque- bin.

7. La chiere auictée d'amour.

8. Le prosne du joyculx curé de

Meudon.

9. Le succube.

10. Désespérance d'amour. Épilogue.

��Le conte intitulé le Prosne du joyeulx curé de Mention a paru pour la première fois dan- Bagatelle, numéro du 13 juin 1833.

Le troisième dizain parut en décembre 1837, portant l'indication « Achevé en mars 1837 », chez Werdet, un volume in-8°. Le prologue est daté de Genève, février L834. Ce volume fut mis en vente à part, la même année, suus 1.' titre d'un des eontes du volume, Berlhe la repentie. 11 contient :

��Prologue.

1. Persévérance d'amour.

2. D'ung iusticiard qui ne se rc-

membroyt les chouscs.

3. Sur le moine Amador, qui feut

un glorieuxabbé de Turpenay.

',. B the la repentie.

5. Commenl la belle fille de Por- tillon quinaulda son iuge.

��6. Cy esl démonstré que la fortune

est tousiours femelle-.

7. D'ung paouvre qui avoj I nom le

Vieulx-par-Chemins.

8. Dires incongrus de trois pèle-

rins.

9. Naifveté.

10. La belle Impéria mai ! Épilogue.

��Le conte intitulé Persévérance d'amour avail paru pour la pre- mière fois dans VEurope littéraire du 8 septembre 1833, précédé de

cette note :

��M. de Balzac poursuit, Bans pour do la critique ni du monde, la longue entreprise des Cent contes drolatiques. Le troisième dizain esl sous presse. Ce li\ n-. dont la lecture est interdite à la majeure partie du public, contient un conte qui peut Ban d ins un journal. La communii ation que nous en

�� � avons reçue est une faveur unique dont l’Europe littéraire a voulu faire profiter ses lecteurs.

La version du journal fut aussi simplifiée comme orthographe.

Nous trouvons, au sujet de ce troisième dizain, dans le Figaro du 28 novembre 1837, cette réclame en vieux français, émanée certainement de Balzac lui-même, et qui précise sa date d’apparition :

Le sire de Balzac, autheur de infini nombre de inventions gentilles et playsantes, ueulant ménagier la déesse Vesta et narrer contes drolatiques pour l’esbatement des pantagruelistes. et non aultres, a entreprins, ne l’ignorez, de complaire la curiosité des dames, sans aulcun heurt à l’enconltre de leur preud-homie. Pour ce, le dict autheur se est rebroussé pour la forme de son linguayge aduers le temps où les mots ne auoyent point mauluoyse senteur, a cette fin de ne effaroulcher, ne les dames ne les hommes de robe, lesquels, les bommes de robe s’entend, ne se laysseroient mie preindre ez piperies d’aulcun autheur escrivant comme les escriuains du dix-neuuielme siècle. Donc que est sufficient de uous bailler advis que le troisième dixain de contes drolatiques du sieur de Balzac, dixain luysant, au pardessus, est bouté en lumière ce jour de hui et se trouve en la librairie de Werdet.

Après ce dizain, plus rien ne parut de cet ouvrage, quoiqu’il contînt la note suivante à la fin du volume :

Quoique le quatrième dizain soit sur le métier depuis environ trois années, il est impossible de le publier avant deux ans. La traduction du roman eu vers (h Dame empeschiée d’amour), qui est en langue romane, prend plus de temps que n’en a pris le texte, et il en est de même pour le fabliau {l’Enfant, l’Amour et la Mère). Les sept autres contes et le conte drolatique sont d’ailleurs terminés. Ainsi le dixain des imitacions sera le cinquième et non le quatrième, car on pourra publier dans l’intervalle dix nouveaux contes déjà rassemblés, et dont voici les titres : Prologue. Triste erreur de doua Mirabella. Maulvaise foij d’ung héréticque. L’Incube. Combien estait clémente madame Impéria. Confession bigearre. Les Trois Moines. Le Paysan de Montsoreau qui havoit perdeu son veau. D’une Guerre esmeue entre les Cuiller is et les Kallibistrifères. Aultre naifveté. Mot d’une vertueulze abbesse de Chinon. Épilogue.

Un catalogue de l’année 1838 annonce comme sous presse ce dizain et le suivant, dont il indique le contenu comme il suit :

Le quint dixain, dict le dixain des Imitacions, contiendra : Prologue. — La Dame empeschiée d’amour, roman en vers avec la traduction en resguard (à l’imitacion des autheurs de la langue romane). — La Mère, l’Enfant et l’Amour, fabliau, 230 HISTOIRE

avec la traduction en resgaard. — Le Cocqu par aucthorité de iustice (conte en la méthode des cent nouvelles du roy Loys unze). — Le Pari du Magnifique (dans le genre des 1 talions). — Le Seigneur freschi (à la fasson de la royne de Navarre).

— Comment fin a le soupper du bonhomme (conte dans le gousl de Verville). — Gazan le Pauvre [conte ilans la mode orientale). — Le dict de l'empereur (conte dans le genre de la Bibliothèque bleue). — La Filandière (conte à la manière de Perrault). — Comment ung cochon feut prins d'amour pour ung moine et ce qui en advint (conte drolatique). — Épilogue.

Le seul de ces contes qui ait jamais paru est la Filandière voir aux Œuvres diverses).

Pour terminer sur ce sujet, citons ici un article non reproduit de Balzac, article publi* dans la Caricature , numéro du '2o décembre 1S3(), écrit en vieux français sous le titre de Triboulet journaliste, et signé Triboulet :

Brrr!... brrr!... marotte! grelots! carymary ! carymara ! De vrai, c'est Tri- boulet que voilà. Il y a moult longtemps de mon partement et guère de mon revenir. Joyeuseté est toujours ma vie, et suis gai autant que feu mon maître François 1' ' do parpaillote mémoire. Mais m'est adi is folichonnerios n'être plus en cour. Depuis maître Triboulet, petit fou à grande paye, de tous genres de folies, il a été fait essai, et entre tous le fol rire est toujours resté le meilleur.

Or donc, rions.

ir de cour, point n'en veux. Ai merci du métier, trop perfectionné au- jourd'hui pour être aisé. C'est à qui y fera ma charge : fous sérieux, fous ambitieux. fous belliqueux, fous furieux, fous doctrinaires, cent diables me sautent au corps si tant en ferais. Quant est du choix de ma condition, c'est celle de fou ou la gente Caricature que j'ai voulu besogner, à la condition moult honorifique d'y voir nia joyeuse pourctraiture.

Déjà d'aucuns se gausser pour ma haute vergogne de faire imprimer nos Bottises, avant, disent-ils, bien petit cervelet. C'est suffi ; mais tout beau, et oyez un petit. Tout fou que je suis et que toujours serai, j'observe. Ainsi, point ne vous crierai cy, comme au temps du sire gentilhomme : » Touquedillons, humez le piot pour aveindre eau bénite de cave, et fort réjouissez-vous la panse. » Mais vous dirai gentilmrnt : « Voyez les joyeusetés qui se promènent sous votre nez et en

VÏ'-/. H

Contre l'us, et à mou désarroi, vous vois tous bâillera grand renfort do coups de mâchoire. Par saint Gogueli, ceci est maugréer : j'ai bon avisement de vous aider au contraire, carymary, carymara ! D'abord, ai bon vouloir. En ce, ne vais point d'Hisor haut et large sur vos disputes et intérêts, car rien n'y entends ; mais n'aurai d'autre labeur que <!«■ vous donner on mon Carillon toul le grotesque «ligne du rire dans le cours de huit jours écoulés. Point n'est besoin de circumbilivaginer autour du fait en manière de croque-mouche; à chacun son vrai pour nous en rire,

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 231

Haro ! haro ! Oh ! de par monseigneur Satanas, ferait beau voir maître fol chercher le sens logical ou geindre et pleuroter. Grelots ! grelots ! rire, rire, et de la bonne façon. Tout pour Triboulet est chair à ridiculet : le haut trésorier et la justice abbatiale, ceux portant braquemart et rapière, gens de grimoire et de moinorie, ribauds et gentils damoisaux, haut assis, haut perchés, tous vrais parpaillots et grands sauteurs. Toute cette harpaillc doit être marottée de la bonne façon, comme boule à travers quilles, par petites joyeusetés, joyeuses mocqueries, mocqueuses aventures, aventureuses souvenances, pourtraiturant les faits, dits et gestes de tout dràlard, petit ou grand. Ai fiance qu'ainsi gros nous rirons. Ainsi vais-je en quête pour le Carillon de jeudi. Au revoir.

��

III

Œuvres complètes. TOME XX a XXIII : OEuvres diverses, h volumes in-8°, 1870-1872. Contient :

TOME PREMIER.

Première partie : Contes et Nouvelles. Deuxième partie : Essais analytiques.

Contes et Nouvelles.

XCIU. Souvenirs d’un paria. Le volume s’ouvre par un avertissement des éditeurs; puis viennent ces Souvenirs, qui forment la partie fournie par Balzac aux Mémoires de Sanson en 1830 (voir un Épisode sous la Terreur, scène de la Vie politique). Différents extraits en avaient déjà été réimprimés sous son nom : un dans le Pays du 15 juin 1853, sous le titre de : une Exécution militaire, scène de la vie militaire; et, ce même fragment, sous le titre de Mariette (le nom de l’héroïne, Marguerite, changé en celui de Mariette), dans un keepsake publié par le bibliophile Jacob chez Mandeville, quelques années plus tard; enfin deux articles tirés du même ouvrage ont été publiés sous les titres de : un Inconnu, épisode de la Terreur, dans le Journal de Paris des 5 et 6 novembre 1839.

XCIV. La Comédie du diable. Ce récit parut pour la première fois en 1831 dans la première édition des Romans et Contes philosophiques et ne fut jamais replacé par l’auteur dans ses œuvres. Cette fantaisie est divisée en deux parties : l’Introït et Représentation éternelle. La première avait paru d’abord, sans nom d’auteur, dans 234 HISTOIRE

la Mode du 13 novembre 1830, sous le titre de la Comédie du diable; et une partie de la seconde, qui va de la liirne 8, page 209, à la ligne 2, page 219, dans la Caricature du 18 novembre 1830 sous le titre qu'on va lire, et avec cette introduction et cette note, qui ont été supprimées depuis :

FRAGMENT D'UNE NOUVELLE SATIRE MÉNIPPÉE

CONVENTION DES MOUTS 1

Les honnêtes gens du pays s'étant réunis, ils convinrent de choisir

pour leurs représentant-; les esprits les plus subtils, en quelque situation qu'ils pussent être: classiques ou romantiques, au cercueil ou au berceau, anciens ou modernes. Lassés de tant d'essais législatifs, ces bonnes âmes voulaient avoir des hommes de génie tout venus, comme cet ambassadeur désirait trouver l'amour tout fait. Ils arrangèrent leurs lois en conséquence, car il s'agissait de fonder un gou- vernement modèle digne d'être exposé au Conservatoire des arts et métiers, un gouvernement doux, point vexatoire, même sans garde nationale, une vertueuse utopie allant sur des roulettes, et fabriquée de manière à prouver au monde entier que la Liberté était une joyeuse personne, ayant des mœurs et ne vivant pas en gourgandine affamée de baisers robustes, affriandée de sang et de cadavres.

Un bien beau spectacle fut, certes, le tableau merveilleux offert par cette réunion œcuménique des talents prodigieux dont le monde s'ébahissait depuis l'an I er jusqu'à cette époque assez obscure dans l'histoire !...

A la citation du nom de saint Denis, ligne 20, page 21-3, se trou- vait ce renvoi :

Il est évident que saint Denis est un des publicistes qui ont protesté des pre- miers contre la peine de mort, puisqu'il est constaté qu'il a repris sa tète après sa mort, faisant voir ainsi combien il y tenait... [Notedu Gérant.)

Ce fragment de satire était signé des quatre pseudonymes ordi- naires de r.alzac à la Caricature: Alf. Coudreux, le C te Al. de B..., Henry de R... et E. Morisseau.

\C\. L' Archevêque. Ce conte, qui renferme, ainsi que nous l'avons dit, la première idée de la Belle Impêria, parut dans la Carica- ture du U novembre 1830. Il était signé d'un des pseudonymes que nous avons signalés dans l'article précédent; nous disons ici, une. fois pour toutes, que pas un seul des articles de la Caricature n'est signé du vrai nom de l'auteur.

1. Non- n'avons pu nous refuser à laisser envahir nos colonnes par cetto originale conception, qui, du reste, remplit toutes les conditions de nos divers' articles, carc'esl tout à la fois une charge, une caricature, un croquis et une fantal Vo<< ,i,i Gérant

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XCVI. Ressouvenir^. La Caricature, 4 novembre 1830.

XCVII. Une Lutte. La Caricature, 2 décembre 1830.

XCVIII. La Mort de ma tante. La Caricature, 16 décembre 1830.

XCIX. Vengeance d'artiste. La Caricature, 23 décembre 1830.

C. Une Inconséquence. La Caricature, 30 décembre 1830.

CI. Les Deux Dragons. La Silhouette, 2 janvier 1831.

CIL Le Marchand de bustes. La Caricature, 20 janvier 1831.

CIIL Une Passion au collège. La Caricature, 27 janvier 1831.

CIV. Un Lendemain. La Caricature , 10 février 1831.

CV. Histoire de giberne. La Caricature, 10 février 1831.

CVI. Le Cornac de Carlsruhe. La Caricature, 31 mars 1831.

CVII. L'Embuscade. La Caricature, 7 avril 1831.

CVIII. Tableau d'un intérieur de famille. La Caricature, 12 mai 1831.

CIX. Le Patriotisme de Clarice. La Caricature, 26 mai 1831.

CX. Le Dôme des invalides, hallucination. Ce conte parut pour la première fois dans les Annales romantiques de 1832 (publiées en 1831).

CXI. Deux Destinées d'homme ou Nouveau Moyen de parvenir. La Caricature, 26 janvier 1832.

CXII. Échantillon de causerie française. Daté 1832-1844. Ce morceau parut pour la première fois, non daté, en février 1832, sous le titre de : une Conversation entre onze heures et minuit, dans les Contes bruns, volume anonyme par Balzac, Philarète Chasles et Charles Rabou. En 1842, Balzac en enleva deux récits qu'il inséra dans une autre histoire (voir Autre Étude de femme), et, en 1844, il plaça le dernier fragment de cet article (légèrement remanié, ce qui explique sa date), après Splendeurs et Misères des courtisanes, Esther heureuse, trois volumes in-8°, sous le titre de : Échantillon de causeries fran- çaises, avec la date indiquée ci-dessus. Cet article était destiné aux Scènes de la Vie parisienne, où il fut même annoncé, ainsi que nous l'avons fait remarquer ailleurs (voir la Marana); pourtant il n'y entra jamais. 11 dut aussi ouvrir les Scènes de la Vie politique. Voici comment dans la première version, celle des Contes bruns, était annoncée l'histoire du chevalier de Beauvoir, aujourd'hui placée dans la Muse du département. Après les mots « le vrai roi! » ligne 8, page 554 d'Autre Étude de femme, on lisait :

— J'aurais bien voulu qu'il fût un peu moins roi..., dit en riant un de mes amis; je n'aurais point passé six ans dans la forteresse où sa police m'a jeté, comme tant d'autres.

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— Mais ne vous êtes-vous pas singulièrement évadé?., demanda une dame.

— Non. ce n'est pas moi, répondit-il.

— Racontez donc cette aventure-là, dit la maîtresse du logis, il n'y a que nous deux ici qui la connaissions...

— Volontiers, répliqua-t-il. Et chacun d'écouter.

Pour amener l'histoire intitulée, dans le journal le Xapoléon, la Maîtresse de noire colonel, histoire qui commence aujourd'hui, dans Autre Étude île femme, au mot « lorsque », ligne U, paire 556, on lisait après les mots : « le cimetière », ligne 10, page 309, d'Échantillon de causeries françaises ;

— Pendant la campagne de 1812, nous dit alors un colonel d'artillerie, j'ai été, comm ; le docteur, le témoin ou plutôt la cause involontaire d'un malheur qui a beaucoup d'analogie avec celui dont il vient de nous parler. Il s'agit aussi d'une

èmme mariée ; mais, si le résultat est à peu près le même, il existe entre les deux faits de notables différences.

Nous allons donner ici, au sujet des Contes bruns, un curieux article critique de Balzac, extrait de la Caricature du 16 février 1832.

C O \ T I. S B R UNS

P A H L' \ E T É T E A L'EN V E P. S.

'.unie in-8°, orné de vignettes; chez Urbain Cane) et Guyot. Prix: ~ fr. 50.

I tient trois, avec de l'esprit comme quatre; trois anonymes, ayant nom Chasles, Balzac et Rabou, qui avaient fait des contes. Ils les appelèrent bruns, sans doute pour satisfaire aux lois dr- la couleur locale, [lestait à présenter les trois chefs sous le même bonnet : on signa d'une tête à l'envers; puis, de cette réunion de travaux épars, dont chacun des auteurs ne dut faire qu'une bouchée, il est résulté pour le public un délicieux morceau de littérature, un volume à forme biz irre, à détails attachants, parfumé de ce cynisme du bon gOÛl qu'il n'appartient qu'à la supériorité d'afficher.

Tout d'abord félicitons MM. des Contes bruns de n'avoir point glissé dans quelque coin de leur titre le mot fantastique, programme vulgaire d'un encore dans toute sa nouveauté, il est vrai, niais qu'on a déjà trop usé, par l'abus du nom seulement. El cependant, si jamais conditions d'un pareil titre ont été rempli'- quelque part, certes, c'est bien dans le volume dont nous nous occupons: œil Bans paupière, corps -ans bras, tête sans propriétaire, détails d'une existence dans l'autre monde ; voilà, je crois, du genre fantastique, ou je ne m'y connais pas. pii faii de ce livre une source d'émotions à part, de plaisir souvent inconnu ; car, plusieurs des créations qu'on y trouve étant neuves comme

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toute idée sans règles ni entraves, elles excitent un charme affranchi de toute comparaison.

Cependant, parmi beaucoup d'incroyables aventures, il en est au fond histo- rique desquelles on ne peut s'empêcher d'ajouter foi, à cause de l'accent de précision et de vérité qui distingue leur récit. Tel nous a paru le Grand d'Espayne, dont les vingt pages valent tout un volume ; narration ravissante, si le fait est vrai; petit chef-d'œuvre d'imagination, s'il a été créé à plaisir, pour empêcher de dormir ceux qui le liront au lit.

Quant aux éloges que méritent les Contes bruns, un fait nous en dispense c'est l'apparition de leur seconde édition sous peu de jours.

Nous terminons en mettant sous les yeux de nos lecteurs une des vignettes du nouvel ouvrage. Elle représente Muirland, tant soit peu décontenancé des regards amoureux de sa fiancée sans paupières... C'est encore une production sortie de l'atelier de M. Cherrier.

CXIII. Le Refus, scène de l'histoire de France. Ce récit parut pour la première fois en mai 1832 dans le Saphir, morceaux inédits de lit- térature moderne, par divers auteurs, un volume in-18, chez Urbain Canel et Adolphe Guyot.

CXIV. Aventures administratives d'une idée heureuse. De cet ou- vrage, qui devait faire partie des Études philosophiques, il n'a été mis au jour que ce fragment, publié en 183/i dans les Causeries du monde, journal-livre, dirigé par madame Sophie Gay.

CXV. Les Martyrs ignorés, fragment du Phédon d'aujourd'hui. Ce récit parut pour la première fois en 1 837 dans le tome XII de la qua- trième édition des Études philosophiques, et fut replacé par Balzac, en I8/18, à la suite de la première édition de la Dernière Incarnation de Vautrin. Il contient tout ce qui a été publié d'Ecce Homo dans la Chronique de Paris du 9 juin 1836, moins l'introduction (voir tome XXII, page /i89); ce fragment commence ligne 1, page 375, et finit ligne 5, page 386. Cette étude philosophique d'Ecce Homo préoc- cupa toujours Balzac, et nous la trouvons encore annoncée en 1848, parmi les publications promises au journal V Événement, promesse que la mort ne permit pas à l'auteur de tenir.

CXVI. La Filandière. Ce conte, écrit en 1837, et qui, nous l'avons déjà dit, était destiné aux Contes drolatiques, dizain des imitations, parut pour la première fois, inédit, dans la Revue de Paris, numéro d'octobre 1851.

CXVII. Tony sans-soin. Bluette publiée pour la première fois, en janvier 18Z|3, dans le Livre des petits enfants, un volume in-12, chez Hetzel, par divers auteurs.

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CXVI1I. Une Rue de ]>aris el son Habitant. Ce morceau, publié d'origine dans le Siècle du 28 juillet 18.'i5, y formait le premier cha- pitre d'une série intitulée Études de mœurs, dont nous avons déjà indiqué les autres chapitres. Il parut pour la première fois en volume en 1848, après la première édition de la Dernière Incarnation de Vautrin, dont il termina aussi la première édition in-12, un volume chez Giraud et D agneau, 1852.

��Essais analytiques.

CXIX. Étude de mœurs par les gants. La Silhouette, 9 jan- vier 1830.

CXX. Complaintes satiriques sur les mœurs du temps présent. La Mode, 12 février 1830. Parut accompagnée de cette note :

.Nous avons obtenu do l'auteur de la Physiologie du marïge l'assurance qu'il nous donnerait, sous ce titre, une suite d'articles sur les mœurs depuis la Res- tauration. {Le Rédacteur.)

Pourtant cet article n'a jamais été suivi d'aucun autre.

CXXI. Nouvelle Théorie du déjeuner. La Mode, 29 mai 1830.

GXXII. Physiologie de la toilette : I. De la cravate consi<l< : r' : c en, elle-même et dans ses rapports avec la société el les individus. II. Des habits rembourrés. La Silhouette, 3 juin, 8 et 15 juillet 1830.

CXXIII. Physiologie gastronomique: 1. Introduction. II. Le Mangeur et le Glouton. La silhouette, 15 août et l.'i octobre 1830.

CXXIV. Traité de lu rie élégante. Ce petit ouvrage a paru pour la première foisdans /" Modedes '-'.9, 1G, 23 octobre et <> novembre 1830; il fut publié ensuite en un volume petit in -18, à la Librairie nou- velle (1853).

CXXV. />'- ce quin'est pas à lu mode. La Mode, 18 décembre 1830.

CXXVI. L'Amour. Lu Caricature, 20 janvier 1831.

CXXVII. Mécanisme intellectuel; De la mnémolechnie. La Carica- ture '.', mai- 1831.

CXXVIII. Des signes particuliers appliqués à des figures générales. La Caricature, U a\ ril L831.

CXXIX. Physiologie des positions. La Caricature, 21 juillet 1831.

CXXX. Physiologie du cigare, l.u Caricature, l<» uovembre 1831.

CXXXI. Lettre " t. hurles Nodier sur son article miaule .• De la palingénésie humaine et de la résurrection. Daté d'Annecy, 8 oc-

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tobre 1832. Cet article parut pour la première fois dans la Revue de Paris, numéro d'octobre 1832.

CXXXII. Théorie de la démarche. Ce petit ouvrage fut publié pour la première fois dans l'Europe littéraire des 15, 18, 25 août et 5 sep- tembre 1833. 11 parut ensuite en un volume petit in-18, chez Eugène Didier (4855).

CXXXIII. Traité des Excitants modernes. Ce traité fut écrit et publié pour la première fois en 1838, accompagnant l'édition in-12 de la Physiologie du goût, par Brillât-Savarin, publiée chez Charpen- tier. 11 a reparu, en 1855, à la suite de la première édition des Paysans.

TOME II.

Première partie : Physionomies et Esquisses parisiennes. Deuxième partie : Croquis et Fantaisies.

Physionomies et Esquisses parisiennes.

CXXXIV. Code des gens honnêtes. Ce petit livre, écrit en collabo- ration avec M. Horace Raisson, parut pour la première fois en 1825, anonyme, avec le sous-titre de : Où l'art de ne pas être dupe des fripons, en un petit volume in-18, chez Barba ; il eut encore plusieurs éditions où le nom de Balzac n'apparut pas, jusqu'à l'édition in-2/j de la Librairie nouvelle, en 1854, qui fut signée pour la première fois.

CXXXV. Petit Dictionnaire critique et anecdotique des enseignes de Paris. Imprimé chez Balzac lui-même, alors imprimeur, et signé un Batteur de pavé. Ce petit ouvrage parut pour la première fois en 1826 chez les marchands de nouveautés, en un petit volume in-32.

CXXXVl. Visites : I. Un Pensionnat de jeunes demoiselles. IL L'Ate- lier d'un peintre. La Mode, 2 et 16 avril 1830. Cette série y était signée « Comte Alex. de... », l'un des pseudonymes de l'auteur à la Caricature. La première de ces dates a été oubliée au bas de l'ar- ticle, page 192 de l'édition définitive.

CXXXV1I. L'Épicier. La Silhouette, 22 avril 1830.

CXXXVI1I. L'Oisif et le Travailleur. La Mode, 8 mai 1830. Signé comme le numéro CXXXVL

CX.XXIX. Madame Toutendieu. La Silhouette, 13 mai 1830.

CXL. La Jeunesse française. Publié dans la Mode du 12 juin 1830, sous le titre de : le Bois de Boulogne et le Luxembourg.

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CXLI. Élude de philosophie morale sur les habitants du Jardin des Plantes. La Silhouette, 17 juin 1830.

CXLII. Le Minisire. Prospectus de la Caricature, octobre 1830.

CXLI II. i'ne Vue du grand monde. Prospectus de la Caricature, octobre 1830.

CM. IV. La Reconnaissance du gamin. La Caricature, 11 novem- bre 1830.

CXLV. La Grisette. La Caricature, 6 janvier 1831.

CXLVI. La Cour des messageries royales. La Caricature, 17 fé- vrier 1831.

( AL\ II. Paris en 1831. La Caricature, 10 mars 1831.

CXLVIII. Le Dimanche. La Caricature, 31 mars 1831.

(ALIX. Long champs. La Caricature, 7 avril 1831.

CL. Le Provincial. La Caricature, 12 mai 1831.

CLI. Le Banquier. La Caricature, h août 1831.

CLII. Le Claqueur. La Caricature, 8 septembre 1831.

CLI II. L'Épicier. Publié pour la première fois en 1839, dans les Français peints par eux-mêmes, huit volumes in-8°, chez Curmer, 1840-1842. A aussi paru en 1847, après la Femme de soixante ans [Ma- dame de I" Chanterie . trois volumes in-8 n .

CLIV. Le Notaire. .Même provenance que le précédent et réédité en 1847, dans 1"- mêmes conditions.

CLV. Monographie du rentier. Parut en L840 dans le même ouvrage et fut réimprimée en 1847, après le Provincial à Paris (les Comédiens sans le savoir), deux volumes in-8°.

CLVI. Physiologie de l'employé. Parut pour la première foison 1841 en un volume in-32, chez Aubert etLavigne, et reparut en 1846, après les Petites Misères de la Vie humaine, trois volumes in-8°. Ainsi que nous l'avons déjà dit, quelques fragments de ce petit ouvrage oui été au— i intercalés par Balzac, en 1844» dans les Employés, lorsque ce roman «Mitra dans la première édition de la Comédie humaine.

CLVII. Monographie de la presse parisienne. A paru pour la pre- mière fois dans la Grande Ville, nouveau tableau de Paris, deux volumes in-8°, par divers, chez Marescq, 1844. Il a été l'ait un tirage à pari de ce travail en mars 1843, daté 1842, au moment de l'appari- tion des livraisons de la Grande Ville qui le contenaient.

CLVIU.Ce quidisparait de Paris. Paru en L844 dans les livraisons dé- tachées du Diable à Paris, deux volumes in-8, 1845-1846, chez Hetzel.

CLIX. Histoire et Physiologie des boulevards de Paris. Même pro- venance et même date que le précédent.

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 241

Croquis et Fantaisies.

CIA. Un Homme malheureux. La Silhouette, 18 février 1830.

CLXL Le Charlatan. La Silhouette, 6 mai 1830.

CLXIL De la vie de château. La Mode, 26 juin 1830. Cet article fut réimprimé dans le tome I er du Musée des familles, année 1833-1834, et dans labelle Assemblée, keepsake fasionnable, paru chez Janet,en 1835.

CLXIII. Un Entr'acte. Publié sous le titre de Croquis, dans le pros- pectus de la Caricature, en octobre 1830.

CLXIV. La Colique. La Caricature, 11 novembre 1830.

CLXV. L'Opium. La Caricature, 11 novembre 1830.

CLXVI. La Tour de la Birette. La Silhouette, 21 novembre 1830.

CLXVII. Le Garçon de bureau. La Caricature, 25 novembre 1830.

CLXVITI. Des Caricatures. La Caricature, 2 décembre 1830.

CLXIX. Les Litanies romantiques. Ce morceau parut pour la pre- mière fois, dans la Caricature du 9 décembre 1830; le fragment inter- calé dans cette fantaisie y portait le titre de Croquis.

CLXX. Une Garde. Publié sous le titre de Paragraphe patriotique, dans la Caricature du 23 décembre 1830.

CLXXI. Si j'étais riche. La Caricature, 23 décembre 1830.

CLXXII. Entre-filets : I. Une Lecture du Messager des Chambres. — IL Les Étrennes. — III. Les Horloges vivantes. Le premier de ces mor- ceaux a paru dans la Caricature du 23 décembre 1830, et les deux autres dans le même journal du 30 décembre 1830. La date manque dans l'édition définitive au bas du premier article.

CLXX III. Une Vue de Touraine. La Silhouette, 11 février 1830. Cet article n'est pas à sa place, chronologiquement parlant, là où il se trouve; il devrait être le premier, par sa date, des Croquis et Fan- taisies; aussi la date détaillée ne se trouve-t-elle pas au bas de l'article.

CLXXIV. La Pièce nouvelle et le Début. La Caricature, 10 fé- vrier 1831.

CLXXV. Une Charge de dragons. La Caricature, 17 février 1831.

CLXXVI. Un Commis voyageur de la liberté. La Caricature, 3 mars 1831.

CLXXVII. Un Importun. La Caricature, 17 mars 1831.

CLXXVIII. Inconvénients de la presse eu matière de coquetterie. La Caricature, 26 mai 1831.

CLXXIX. D'un pantalon de poil de chèvre et de l'étoile de Sirius. La Caricature, 26 mai 1831.

CLXXX. Un Déjeuner sous le pont Royal. La Caricature, 2 juin 1831.

CLXXXI. Ordre public. La Caricature, 9 juin 1831.

10

�� � 242 HISTOIRE

GLXXXII. Physiologie de l'adjoint. La Caricature, 11 août 1831.

CLXXXIII. l'a Fait personnel. La Caricature, 18 août 1831.

CL\\\I\. Le Sous-Préfet. La Caricature, 6 octobre 1831.

CLXXXV. Moralité d'une bouteille de Champagne. La Caricature, 20 octobre 1831.

CLXXXVI. La Fortune en 1831. La Caricature, 17 novembre 1831.

GLXXXVH. Grand Concert vomi et instrumental. Publié avec le titre de Charges dans la Caricature du 2'i novembre 1831.

CLXXX\ III. L'Embarras du choix. La Caricature, L tr décembre 1831.

CLXXX1X. Les Six Degrés du crime et les Six Degrés de la vertu. La Caricature, 15 décembre L831.

CXC. Départ d'une diligence. La Caricature, 9 février 1832.

CXCI. Voilà mon homme. La Caricature, 23 février 1832.

CXCII. Facéties cholériques. La Caricature, 26 avril 1832, et non pas 6 avril, comme le porte par erreur l'édition définitive.

CXC111. Voyage de Paris à Java. Cet article parut pour la pre- mière fois daté d'Aix-les-Bains, septembre 1832 (date omise ; on l'a daté du numéro de la Revue qui le contenait) dans la Revue de Paris de novembre 1832. 11 reparut, en L855, à la suite de la première édition des Paysans. Une forte coupure a été faite dans et article, sans doute parce que Balzac introduisit plus tard, avec certaines variantes, les passages supprimés dans son Traité des Excitants modernes (voir t. \\. p. (il 7). Après le mot « café », ligne 29 du Voyage à Java, p. .V.)7, il faut lire :

Le vin, le café, le thé, l'opium, sont les quatre grands stimulants dont l'action réagit instantanément >ur la puissance du cerveau par l'impulsion donnée à l'esto- mac, et qui compromettent singulièrement l'immatérialité de notre âme.

i. sons le vin aux indigents. Son ivresse grossière trouble l'organisme, sa n- payer par de grands plaisirs le dégât qu'il fait dans le logis. Cependant, prise modérément, cette imagination liquide a des effets qui ne manquent pas de charme; car il ne faut pas plus calomnier le vin que médire de son prochain. Pour mon compte, je lui dois de la reconnaissance. Lue fois dans ma vie, j'ai connu les j"i ■ divinité vulgaire.

Permettez-moi cette digression: elle vous rappellera peut-être mie situation de votr i vie analogue à celle dans laquelleje me trouvai.

Or donc, on jour, en dînant seul, sans autre séduction que celle d'un vin donl lebouqu I étail Incisif, plein de parfums volcaniques, — je ne sais sur quelle côté pierreuse il avait mûri, — j'oubliai le, lois de la tempérance. Cependant je sortis me tenant encore raisonnablement droit; mais j'étais grave, peu causeur, et trou- ais on \ choses humaines ou dans .les circonstances ter- |ni m'environnaient.

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 243

Huit heures ayant sonné, j'allai prendre ma place au balcon des Italiens, doutant presque d'y être, et n'osant affirmer que je fusse à Paris, au milieu d'une éblouissante société, dont je ne distinguais encore ni les toilettes ni les figures. Délicieux souvenir!... Ni peine ni joie ! Le bonheur émoussait tous mes pores sans entrer eu moi. Mon àme était grise. Ce que j'entendis de l'ouverture de la Gazza équivalait aux sons fantastiques qui, des cieux, tombent dans l'oreille d'une femme arrivée à l'état d'extase. Les phrases musicales me parvenaient à travers des nuages brillants, dépouillées de tout ce que les hommes mettent d'imparfait dans leurs œuvres, pleines de ce que le sentiment de l'artiste y avait imprimé de divin. L'orchestre m'apparaissait comme un vaste instrument où il se faisait un travail quelconque, dont je ne pouvais saisir ni le mouvement ni le mécanisme, n'y voyant que fort confusément les manches de basses, les archets remuants, les courbes d'or des trombones, les clarinettes, les lumières ; mais point d'hommes ; seulement une ou deux têtes poudrées, immobiles, et deux figures enflées, toutes grimaçantes. Je sommeillais à demi...

— Ce monsieur sent le vin..., dit à voix basse une dame dont le chapeau effleurait souvent ma joue, ou que, à mon insu, ma joue allait effleurer...

J'avoue que je fus piqué.

— Non, madame, répondis-je, je sens la musique.

Puis je sortis, me tenant remarquablement droit, mais calme et froid comme un homme qui, n'étant pas apprécié, se retire en donnant à ses critiques une crainte vague d'avoir chassé quelque génie supérieur.

Pour prouver à cette dame que j'étais incapable de boire outre mesure, et que ma senteur devait être un accident tout à fait étranger à mes mœurs, je préméditai de me rendre dans la loge de madame la duchesse de... (gardons-lui le secret), dont j'aperçus la belle tête si singulièrement encadrée de plumes et de dentelles, que je fus irrésistiblement attiré vers elle par le désir de vérifier si cette inconcevable coiffure était vraie, ou due à quelque fantaisie de l'optique particulière dont j'avais été doué pour quelques heures.

— Quand je serai là, pensais-je, entre cette grande dame si élégante et son amie si minaudière, si bégueule, personne ne me soupçonnera d'être entre deux vins, et l'on se dira que je dois être quelque homme considérable...

Mais j'étais encore errant dans les interminables corridors du Théâtre-Italien, sans avoir pu trouver la porte damnée de cette loge, lorsque la foule, sortant après le spectacle, me colla contre un mur...

Cette soirée est certes une des plus poétiques de ma vie. A aucune époque je n'ai vu autant de plumes, autant de dentelles, autant de jolies femmes, autant de petits carreaux ovales par lesquels les curieux et les amants examinent le contenu d'une loge. Jamais je n'ai déployé autant d'énergie, ni montré autant de caractère, je pourrais même dire d'entêtement, n'était le respect que l'on se doit à soi-même. La ténacité du roi Guillaume de Hollande n'est rien dans la question belge, en comparaison de la persévérance que j'ai eue à me hausser sur la pointe des pieds, et à conserver un agréable sourire.

Cependant j'eus des accès de colère, je pleurai parfois, et cette faiblesse me

�� � 244 HISTOIRE

place au-dessous du roi de Hollande. Puis j'étais tourmenté par des idées affreuses en songeant à tout ce que cett.' dame avait le droit de penser de moi, si je ne repa- sais entre la duchesse et son amie; mais je me consolai- en méprisanl legenre humain tout entier. J'avais tort néanmoins. 11 y avail ce soir-là bien bonne com- pagnie aux Bouffons. Chacun y fut plein d'attention pour moi, et se dérangea pour me laisser passer.

Enfin, une tort jolie dame me donna le bras pour sortir. Je dus cette politesse à la haute considération que me témoigna Rossini, qui me dit quelques mots flat- teurs dont je ne me souviens plus, mais qui durent être éminemment fins et spirituels : sa conversation vaut sa musique.

Cotte femme était, je crois, une duchesse, ou peut-être une ouvreuse. Ma mémoire est -i confuse que je crois plus à l'ouvreuse qu'à la duchesse. Cependant elle avait des plumes et des dentelles!... Toujours des plumes! et toujours des dentelles!

Bref, je me trouvai dans ma voiture. 11 pleuvait à torrents, et je ne me souviens pas d'avoir reçu une goutte de pluie. Pour la première fois de ma vie, je goûtais l'undes plaisirs les plus vifs, les plus fantasques du monde, extase indescrip- tible, les délices qu'on éprouve à traverser Paris à onze heures et demie du soir, emporté rapidement au milieu des réverbères, en voyant passer des myriades de magasins, de lumières, d'enseignes, de figures, de groupes, de femmes sous dès parapluies, d'angles de rue fantastiquement illuminés, de places noires; eu observant à travers les rayures de l'averse mille choses que l'on a une fausse idée d'avoir aperçues quelque part, en plein jour. Et toujours des plumes, et toujours des dentelles, même dans les boutiques de pâtissier... Certes le vin est une puissance '.

Quant au café, il procure une fièvre admirable! Il entre dans le cerveau comm>' une ménade. A son attaque, l'imagination court échevelée, elle se met à nu, elle se tord, elle est comme une pythonisse ; et, dans ce paroxysme inspirateur, un jioëte jouit de ses facultés centuplées ; mais c'est l'ivresse de la pensée comme le vin amène l'ivresse du corps.

L'opium absorbe toutes les forces humaines, il les rassemble sur un point, il les prend, les carre ou les cube, les porte à je ne sais quelle puissance, el donne à l'être entier toute une création dans le vide. Il fait rendre ;ï chaque sens sa plus

grande somme de volupté', l'irrite, le fatigue, l'use; aussi l'opium <'-t-il ! mort

calculée.

\i ■ l'opium si cber aux Orientaux, surtout aux Javanais, qui l'achètent

en le payant dix fois son poids d'or; entre le vin et le café, donl l'abus esl reçu même a Pari-, la nature a placé le thé.

Le thé, pris à grandes d «es et bu dans le- contrées où, connu i .lava, la feuille, fraîche encore, n'a rien perdu de ses précieux parfums, le thé vous verse de la mélancolie, les rêves, les projets «lu soir, même les concep- tions inspirées par !<• café, même les jouissances de l'opium. Mais ces caprices arrachés au cerveau se jouent dans une atmosphère grise et. vaporeuse. Les son» doui Vous n'êtes privé d'aucun des bénéfices de la vivacité corporelle :

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 245

votre état n'est pas le sommeil, mais une somnolence indécise semblable à la rêvasserie du matin.

��CM'.IV. Peines de cœur d'une chatte anglaise. Cet article a paru pour la première fois eu I8/1O, dans les livraisons détachées des Scènes de la Vie privée et publique des animaux, deux volumes in-8°, chez Hetzel, par divers, 18/il-18/i2. Cet article^ suivi des Peines de cœur d'une châtie française,, par P.-J. Stahl (Hetzel), est reparu en un volume petit in-18, chez Blanchard, en 1853.

CXCV. Guide-Ane à l'usage des animaux qui veulent parvenir aux honneurs. Même date et même provenance que le précédent.

CXCVI. Voyage d'un lion d'Afrique à Paris, et ce qui s'ensuivit. Paru en 1841, dans la même publication.

CXCVn. Les Amours de deux bêles offerts en exemple aux gens d'esprit. Paru en 1842, dans la même publication.

CXCVIII. Une Prédiction. Écrit en 1845, pour l'Almanach du jour de l'an, Petit Messager de Paris, par divers, un volume in-32, paru chez Hetzel le 1 er janvier I8/16.

��TOME III.

Première partie : Portraits et Critique littéraire; Deuxième partie : Polémique judiciaire.

Portraits et Critique littéraire.

CXCIX. Molière. Cette notice parut, pour la première fois, en 1825 (et non en 1826, comme l'indique l'édition définitive) en tète des OEuvres complètes de Molière, un volume in-8°, chez Delonchamps, Baudouin frères et Urbain Canel. Cette édition était illustrée de vignettes de Devéria.

CC. La Fontaine. Cette notice a paru pour la première fois en 1826, en tête des OEuvres complètes de la Fontaine, un volume in-8°, égale- ment illustré par Devéria, chez H. Balzac et A. Sautelet.

CCI. Fragolella, par de Lalouvhe. Cet article parut pour la pre- mière fois en 1829, dans le Mercure du xix e siècle.

CCIl. Éludes critiques publiées dans le Feuilleton des journaux politiques. Ce journal, dont il parut onze numéros du 3 mars au 11 mai 1830, n'a jamais pu être retrouvé complet ; on n'a donc pu

�� � 246 HISTOIRE

extraire les articles de Balzac que des n os I, II, V, VI, Vil, VIII, l\, \ et XI. Si jamais les numéros manquants se retrouvent, il y aura là encore du Balzac à rechercher.

CCIII. Des Artistes. Ces trois articles ont paru pour la première fois dans la Silhouette des -2.") février, il mars et 22 avril 1830.

CCH . Voyage pour l'éternité. La Silhouette, 15 avril 1830.

CCV. Le Bibliophile Jurob. Le Voleur, 5 mai 1830.

CCVL Mœurs aquatiques. La Silhouette, 20 mai 1830.

CCVII. Des Mois à la mode. La Mode, 22 mai 1830.

CCVIII. De la Mode en littérature. La Mode, 29 mai 1830.

CCIX. Gavarni, La Mode, 2 octobre 1830.

(.t.\. Des salon* littéraires et des mots élogieux. La Mode, 20 no- vembre 1830. Date omise dans l'édition définitive; Tannée seule est indiquée.

CCXI. Études critiques publiées dans la Caricature. Ces éludes ont paru : I. Les Papillotes par Jean-Louis, le 3 novembre 1831 et le 5 janvier 1832; 11. Le Lit de camp, le 12 janvier 1832; III. L'Inceste par Jules de Sainte- Aure, le 29 mars 1832; IV. Récréations par Henry Monnier, le 31 mai 1832; \ . Indiana par George Sand, le 31 mai 1832; M. Œuvres de Tieck, le 3 juillet 1832; VIL la Coucaratcha parEugène Sue, le 13 décembre 1832: \ III. Lu Femme .«■Ion mon cœur par Eugène Lhéritier } le 20 décembre 1832; IX. les Truands par Loltin de Laval , le 3 janvier 1833. 11 n'a été omis de ce journal qu'un seul article intitulé Littérature, à cause de son peu d'importance; il a paru dans le numéro du 7 juin L832, el nous allons le donner ici :

— Poésies par Amédée Pommier. Paris, un volume; Abel Leroux, libraire, quai des Au^ustins, n° 39.

— Les Cent Contes drolatiques, colligez es abbaies de Touraine, et mis en iimière par le 9ieur de Balzac, pour l'esbattement des pantagruélistes et non

aultn is. Premier dixain, un volume. Paris, Charles Gosselin, rue Saint-Germain- ,i .

— 1 lu7. /.r Meurtre de la Vieille-rue-du-Temple, un volume. Amiens. .1. Boudon-Caron, éditeur, n n 6, place de la Mairie; et Paris, Audin, n° 25, quai di - \ h _ i j itins.

— Charette, par Edouard Bergounioux, un volume. Paris, Eugène Benduel, rue des Grands-Augustin . n° -il.

nous manque aujourd'hui pour rendre compte de ces divers ou- vrages, qui tous méritent une attention particulière. Nous y reviendrons dans notre i numéro. Cont cette fois, de cetl • annonce sommaire. Il est

�� � DES OEUVRES DE BALZAC. 247

des noms, d'ailleurs, qui se suffisent à eux-mêmes, ou qui se suffiront bientôt. Nous nous plaisons à faire cette prédiction à MM. Bergounioux et Amcdce Pom- mier.

CCX1I. Lettre aux écrivains français du xix R siècle. Cet article a paru pour la première fois, daté de Paris, 1 er novembre 183/i, dans la. Revue de Paris de novembre 1834; la date manque au bas de l'ar- ticle dans l'édition définitive.

CCXIIÏ. Brillât-Savarin. Publié pour la première fois en 1835, dans la Riographie Michaud.

CCX1V. Le Monde comme il est, par le marquis de Cusline. Article inédit, écrit en avril 1835.

CCXV. Éludes critiques publiées dans la Chronique de Paris. Ces études ont paru aux dates suivantes : I. Entretiens sur le suicide, par l'abbé Guillon, le 10 janvier 1836; II. Le Cloître au xix c siècle, par M me Daminois,le 25 février 1836; III et IV. Des Découvertes faites dans la lune et attribuées à Herschell fils, deux articles, les 13 et 27 mars 1836; V. Le Ministère de M. Thiers, les Chambres et l'Oppo- sition de M. Guizol, par l'auteur de l'Histoire de la Restauration, le 12 mai 1836 (et non le 26 mai 1836, comme l'indique l'édition défini- tive) ; et VI, Sur les questions de la propriété littéraire et de la contrefaçon, le 30 octobre 1836.

CCXVI. Lettre à propos du Curé de village. Datée de Paris, 17 août 1839. La Presse, 18 août 1839.

CCXVII. Procès de la Société des gens de lettres contre le Mémorial de Rouen; discours de M. de Ralzac. La Gazette des Tribunaux, 24 et 25 novembre 1839.

CCXVIII. Code littéraire. Proposé pour la première fois par Ralzac à la Société des gens de lettres, en mai 1840, ce travail a paru pour la première fois, croyons-nous, dans la Hevue contemporaine du 30 juin 1856, inséré dans les souvenirs de Ralzac que Léon Gozlan y a publiés et qu'il a réunis en volume, en 1862, sous le titre de Balzac chez lui.

CCXIX. Notes remises à MM. les députés composant la Commission de la loi sur la propriété littéraire. Daté du 3 mars 1841 (et non du 5 comme le porte l'édition définitive). Ce travail a paru pour la pre- mière fois en une brochure in-8°, chez Hetzel et Paulin, en mars 1841.

CCXX. La Chine et les Chinois, par Auguste Borgel. La Législature; 44, 15, 17 et 18 octobre 1842.

CCXXI. Lettre à Hippolyle Caslille. La Semaine, 11 octobre 1846. C'est dans cette lettre que Ralzac parle de celle qu'il avait écrite à

�� � 248 HISTOIRE

Francis Girault et qui n'a pu être retrouvée. Il nous faut dire à ce- propos que M. Armand Baschet, qui a écrit un livre très-intéressant sur Balzac (un volume in-12, chez Gtraud et Dagneau, 1852), y parle de cette lettre aux pages vu et vm de son Avertissement, de façon à laisser une sorte de doute sur le résultat de ses recherches pour la découvrir; or nous pouvons allirmer qu'il n'y a pas réussi.

CCXXII. Préfaces et Notes relatives aux premières éditions. Nous avons mentionné dans notre long travail presque tous les morceaux que contient cette série; voici l'indication tic ceux dont nous n'avons pas parlé : page Z18I, deux réclamations relatives à l'Historique du procès du Lys dans la vallée, extraites de la Chronique de Paris des 12 et 16 juin 183G; la première y parut précédée des notes que voici :

��Nous avons reçu le 5 juin les deux lettres suivantes de M. Dufour, associé de M. Bellizard ; il était beaucoup trop tard pour les insérer dans notre numéro de samedi dernier ; puis il nous semblait naturel de les communiquer à M. de Balzac, et ses explications nous ayant paru d i nature à rendre la position de M. Dufour et coll.- de .M. Buloz plus difficiles, nous L'avons fait observer à M. Dufour; mais le libraire persistant dans sa demande d'insertion, nous y obtempérons, quoiqu'il n'ait pas qualité pour intervenir dans ce débat: la réponse de M. de Balzac prouvera que nous avions raison de toute manière, en évitant comme en acceptant la dis- cussi' Lerédacteur en chef.

��Paris, ic 1 juin 1836.

A Monsieur le rédacteur de la Chronique de Paris.

i te b ition avancée dans la Chronique de Paris, du - juin ', m'a mis dans le cas d'adresser aux journaux la réclamation que voici. J'espère, monsieur, de votre impartialité, que vous voudrez bien également lui donner place dans le numéro de demain de votre journal, et qu'un refus ne m'imposera pas la néces il \ de l'exiger aux termes de In l"i.

te. S. Dofoi !..

��1. Où avait paru pour la première fois le compte rendu du procès, qui a Bervi face à la première édition du Lys dan» la > a

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 249

Et la seconde de celles-ci : le rédacteur en chef de la Chronique de Paris était, comme on sait, Balzac lui-même :

��Nouvelle réclamation du sieur Dufour.

Nous insérons los deux lettres ci-dessous, moins pour obtempérer à une invitation à laquelle nous n'avons pas à nous rendre, que pour faire ressortir la parfaite vérité des faits posés par M. de Balzac dans sa réponse à la première lettre du sieur Dufour. Mais comme nous ne saurions accepter la rédaction de M. Dufour, quelque spirituelle qu"elle puisse être, nous n'insérerons plus rien de lui, quoi qu'il lui plaise de nous envoyer, parce que la loi ne dit pas qu'un journal sera tenu d'endormir ses abonnés. Le rédacteur en chef.

��Monsieur le rédacteur,

Aux termes de la loi du 11 mai 1825, je requiers, dans le plus prochain numéro de la Chronique de Paris, l'insertion de la réponse que voici, au commentaire dont M. de Balzac a jugé à propos de faire suivre ma lettre du 4 juin.

Agréez l'assurance de ma parfaite considération. S. Dufour.

Page 538, une Lettre à M. de Girardin, relative à un article de Sainte-Beuve, extraite de la Presse du 7 septembre 1839 ; et page 578, une lettre au Journal des Débats extraite du numéro du 16 mai 1850.

��Po le'm iq ue jndicia ire .

CCXXI1I. Mémoire sur le procès de Pcylel, notaire à Belley. Paru, daté des Jardies, 15-17 septembre 1839, sous le titre de : Lettre sur le procès de Peytel, notaire à Belley, dans le Siècle, 27, 28 et 29 sep- tembre 1839. Nous ajoutons ici deux lettres à ce travail : l'une du doc- teur Broussais avec apostille de Balzac parue dans le Siècle du 29 sep- tembre 1839, et l'autre, complètement inédite de M. Moreau Chris- tophe, ancien inspecteur général des prisons, lettre adressée à Gavarni, avec qui Balzac s'était rendu à Belley pour y chercher les renseigne- ments de son mémoire.

�� �

« A monsieur le Rédacteur du Siècle.

Paris, 27 septembre 1839.

Monsieur,

Je viens de lire, dans le numéro d'aujourd'hui de votre journal, une lettre de M. de Balzac, qui, par la manière dont il parle de ma déposition dans le procès Peytel, m'oblige à vous adresser une réclamation que je vous prie de vouloir bien insérer dans votre numéro de demain.

Voici le passage qui me concerne :

« M. Casimir Broussais a représenté M. de Lamartine comme ennuyé des per- sécutions de Peytel, et ne cédant qu'à des importunités, soit en assistant au contrat, soit en conduisant Félicie Âlazar à la mairie, à l'église, à l'autel, à la célébration du mariage. Il rapporte ce propos si spirituel de Félicie à son prétendu : Vous connaissez tant M. de Lamartine, que je commence à croire que vous ne le connaissez pas du tout. Le soin qu'a pris M. de Lamartine de servir de père à Félicie n'est pas une affaire de simple politesse, etc. »

Suivent quelques observations et cette lettre écrite, par M. de Lamartine dans les circonstances que j'ai montrées au tribunal, et avant l'entrevue que j'ai rapportée.

J'ai pu souffrir, sans réclamer, que M. Margeraud, avocat de l'accusé, après avoir rendu publiquement hommage à la loyauté de ma déposition {ce sont ses propres expressions), cherchât plus tard à en atténuer la force, puisque la liberté de la défense est, pour ainsi dire, illimitée ; mais je n'accorde pas à M. de Balzac le droit de mettre en suspicion la véracité des paroles que je prononce en face de la justice et sous la foi du serment ; si je n'avais pas dit l'exacte irrite, M. de Lamartine, l'orateur courageux, le poète généreux, comme le définit si lien M. il- Balzac, n'aurait pas manqué de désavouer mes paroles, puisque je n'ai fait (pie rapporter la conversation que nous avons eue ensemble. Je n'ai eu en vm' que l'intérêt de la justice et delà vérité. Que .M. de Balzac, guidé parle ressouvenir d'anciennes liaisons, élève la voix en faveur d'un condamné', libre à lui; mais qu'il s'abstienne désormais d'attaquer dans son honneur un homme qui ne souffrira jamais qu'on l'accuse de mensonge, pas même par insinuation.

doute pas, monsieur le Rédacteur, que vous ne consentir/ à accueillir cette réclamation, désireux d'ailleurs que M. de Balzac ne m'oblige pas, dans la suite de son plaidoyer, à vous en adresser d'autres plus tard.

J'ai l'honneur de vous saluer avec une parfaite considération.

Cassimir Broussais.

Je n'ai qu'une observation a faire à M. Broussais. 11 ne s'agit ici que de droit criminel : toute, la partie de sa déposition relative, à M. de Lamartine périt devant cette considération qu'aux cours d'assises il n'existe d'autres témoignages que ceux donnés par keux-mûmes.

De BaLzac.
DES ŒUVRES DE HALZAC. 251

��Paris, ce 2'J septembre 1S39.

��Mon cher monsieur Gavarni ,

Vous me demandez mon avis sur l'affaire Peytel. Que vous dirai-jc? Quand il y a de la femme, c'est-à-dire de l'amour, dans un crime, c'est un tissu dont la trame échappe aux plus clairvoyants. On croit en tenir le fil parce qu'on en tient la matière. La matérialité d'un fait n'en constitue pas la vérité. Que parlez-vous des débats judiciaires ! Un débat judiciaire n'est à mes yeux qu'un mensonge juridique à plusieurs degrés. L'accusé ment à l'avocat; l'avocat ment à la justice; les journaux mentent au public. Comment voulez-vous que la vérité se fasse jour jusqu'à nous à travers ces mensonges croisés? Aussi nous demeure-t-elle plus obscurément cachée au Palais que dans son puits. Ce n'est que sous les verrous, et après la condamnation, qu'on peut parvenir à la trouver. Encore faut-il être très- expert pour cela. C'est ainsi que j'ai appris la vérité dans l'affaire Laroncière et dans beaucoup d'autres tissées d'amour, que vous croyez connaître par les jour- naux et que vous ne connaissez pas du tout.

C'est ainsi que vous-même avez découvert la vérité enfouie au fond du cachot de Peytel. Balzac a fait sortir de ce cachot des clartés éblouissantes... Mais, vous ledirai-je! malgré l'immense talent de dialecticien et de juriste qu'il vient de développer, dans le Siècle, pour la défense de votre malheureux ami, je crains que, sous sa plume, la vérité ne s'imprègne de l'atmosphère natale du roman. Plus d'un avocat déteint sur la cause qu'il plaide. D'ailleurs, il est trop tard... Et puis, loin de la sauver, celui qui fait une révélation tardive ne fait qu'achever de la perdre, au contraire, lorsqu'au sang versé de la victime il ajoute, après coup, une tache, même méritée, qui salit sa mémoire. C'est le cas de Peytel. La vérité ne peut plus le sauver. Un mensonge le tuera.

Mor eau-Christophe.

��TOME IV.

Études historiques et politiques.

CCXXIV. Du Droit d'aînesse. Publié pour la première fois en une brochure in-8° signée « par M. D... » en février 182Zi, chez Delon- champs, Dentu et Petit.

CCXXV. Histoire impartiale des jésuites. Publié pour la première fois, anonyme, en avril 1824, un volume petit in-18, chez Delong- champs.

CCXXVI. Lettres sur Paris. Ces lettres, au nombre de dix-neuf et

�� � 252 HISTOIRE

allant du 2G septembre 1830 au 29 mars 1831, ont paru pour la pre- mière fois, anonymes, dan-* le Voleur, en 1830-1831.

CCXXVU. Le Petit Mercier. Cet article, dont il se trouve, on lésait, des fragments dans la Fille aux yeux d'or (Histoire des Treize), a paru dans la Caricature du 16 décembre 1830.

CCXXVJII. Une Famille 'politique. La Caricature, -'1 février 1831.

CCXXIX. Saint -Simonien et Saint- Simoniste. La Caricature, 10 mars 1831.

CGXXX. Un Député d'alors. La Caricature, 24 mars 1831.

CCXXXI. Opinion de mon épicier. La Caricature. 7 avril 1831.

CCXXXn. Une Semaine de la Chambre des députés. La Caricature, 14 avril 1831.

CCXXXDI. De Un différence en matière politique. La Caricature, là avril 1831.

CCXXXrV. Enquête sur lu politique des deux ministères. Publié pour la première fois en avril 1831, chez A.'Levavasseur, une brochure in-8°, signée ainsi : « Par M. de Balzac, électeur éligible. »

CCXXXV. Une Séance à l'hôtel Bullion. La Caricature, 16 juin 1831.

CCXXXVI. Croquis. La Caricature, 1G juin 1831.

CCXXXVII. Conseil 'les ministres. La Caricature, 16 juin 1831.

CCXXXVIII. Don Pedro II. La Caricature, 23juiu l.s.il.

CCXXXIX. Manière de faire une émeute. La Caricature, 23juin 1831.

CCXL. Un Conspirateur moderne. La Caricature, 21 juillet 1831.

CCXLI. Rondo brillant et facile à l'usage des commençants eu poli- tique. La Caricature, 28 juillet 1831.

CCXLIL Deux Rencontres en un an. La Caricature, H août 1831.

CCXIJ1I. Les Grands Acrobates. La Caricature, 18 août 1831.

CCXLTV. Vingt et un septembre i82-2. La Caricature, 22 sep- tembre 1831.

CCXLV. Exaltation des ministres et translation de leurs restes dans les caveaux du Panthéon. La Caricature, 6 octobre L831.

CCXLYI. Détails inédits sur la nomination il' nn préfet de indice. La Caricature, 29 décembre 1831.

CCXLVIL Le Départ. Publié pour la première fois en janvier 1832 dans l'Émeraude, morceaux choisis de littérature moderne par divers; un volume in-18, chez 1 rbain Cane! et Adolphe Guyot.

CCXLVm. Une Journée du nez de M. d'Argout. La Caricature, 12 jan- vier 1832.

CCXL1X. Religion saint- simonienne; deux articles. La Caricature, 19 1 i 26 janvier 1832.

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 253

CCL. Procès du N° 63 de la Caricature. La Caricature, 15 mars 1832.

CCLI. /- Philipotin; I. Les Origines de Philipotin; IL Intérieur de Philipotin; III. Fin désastreuse de Philipotin. La Caricature des 22, 29 mars et 5 avril 1832.

CCL1I. Sur la destruction projetée du monument élevé au duc de Berry. Le Rénovateur, 31 mars 1832.

CCLIII. Terme d'avril. La Caricature, 19 avril 1832.

CCLIV. La Vie d'une femme. Le Rénovateur, 19 mai 1832.

CCLV. Sur la situation du parti royaliste. La Rénovateur, 26 mai et 2 juin 1832.

CCLVI. La France et l'Étranger, lettres adressées à la Chronique de Paris. Ces articles, au nombre de quarante et un, ont paru dans les numéros de la Chronique de Paris des 25 février au 2/i juillet 1836; ceux des 13 et 23 juillet sont datés par erreur dans le volume des 15 et 25.

CCLV1I. Six Rois de France; de Louis XIII à Louis XVIII. Publié pour la première fois en 1837, chez Belin-Mandar, dans le Diction- naire de la Conversation.

CCL VIII. Revue parisienne. Trois numéros, parus les 25 juillet, 25 août et 25 septembre 18&0. La publication de la pièce de vers du marquis de Belloy : Épître du comte de Saint-Germain sur l'inaugura- tion de la statue de Gutlemberg, dans le premier numéro, était accom- pagnée de cette note, supprimée avec la pièce dans l'édition définitive:

Nous donnons cette épître de l'école voltairienne afin de prouver que les louanges données à la poésie du xix e siècle n'impliquent pas l'exclusion de la poésie à idées.

Dans le second numéro se trouve aussi une note de Balzac accom- pagnant une sextine du comte de Gramont, supprimées toutes deux aujourd'hui. Voici cette note:

Il n'existe pas de sextine dans toute la poésie française en y comprenant les œuvres des trouvères, celles du moyen âge et celles des poètes modernes.

L'immense difficulté de cette pièce n'a jamais été vaincue que par Pétrarque. Ce poëte a fait quelques sextinesqui sont des chefs-d'œuvre de grâce et de facilité. Dans ce petit poème, la pensée doit se montrer aussi libre que si elle ne portait pas un joug pesant et gênant; en un mot, la fantaisie des poètes doit danser comme la Taglioni, tout en ayant des fers aux pieds.

Voici ces lois, qu'il est encore difficile d'expliquer avec l'exemple sous les yeux.

�� � m HISTOIRE

L'autour doit faire six strophes de six vers (d'où le nom de sextine), terminées à la rime, par les mêmes mots, de façon que celui qui finit le dernier vers de la première strophe finisse le premier vers de la suivante, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'on ait épuisé les six rimes de la première strophe. Mais ceci n'est rien encore : le poëte n'est pas libre de placer dans chaque strophe les rimes à sa fantaisie.

Ainsi, dans la seconde strophe, après avoir fait du dernier mot de la précé- dente, la rime du premier vers, le second doit être terminé par le dernier mot du premier vers de la première strophe, le troisième par le mot du cinquième vers (toujours de la première strophe), le cinquième et le sixième par les mots du quatrième et du troisième.

La troisième strophe est ordonnée de la même manière, par rapport à la seconde, et ainsi de suit jusqu'à la sixième.

La sextine a pour conclusion un tercet également rimé avec trois des six mots, mais au choix du poëte.

Cet arrangement permet de rhythmerles strophes symétriquement; mais c'est la géométrie la plus exacte, divisant de ses lignes inflcxihles le changeant domaine de la fantaisie et le soumettant à l'une de ses figures.

Ce qui était possible avec la langue italienne a paru jusqu'ici tout à fait impos- sible avec la langue française ; aussi cette victoire eût-elle été pour nous un motif suffisant de donner ce morceau quand même il ne serait pas charmant, toute règle mise à part.

Voici le contenu des trois numéros de la Revue parisienne, en n'y comptant plus A. Marcas, les Fantaisies de Claudine (un Prince de. la bohème), reproduits, comme nous L'avons dit, dans la Comédie humaine, ni les deux pièces de vers supprimées :

��Premier numéro. Introduction.

Lettres sur la littérature, le théâtre

et les arts. I. Lettres russes. I. Deuxième numéro, l. ttr< sur la littérature, le théâtre

et les arts. II. Chronique de la presse.

��Lettres russes. II. Troisième numéro.

Étude sur M. Beyle (Stendahl).

Lettres sur la littérature, le théâtre et les arts. m.

Sur les ouvriers.

Lettres russes. III.

Aux aboqnés 'le la Revue pari- sienne.

��La réimpression de la Revue parisienne est accompagnée, élans l'édition définitive, de fragments inédits qui devaienl paraître dans le quatrième numéro. IN -ont relatifs à madame Lafarge et à des questions légales soulevées par son procès, pins quelques mots sur Louis-Philippe, MM. • Lamartine, Guizot, Thfers e1 Rémusat.

�� � CCLIX. Profession de foi politique. Datée de Paris, 17 avril 1848. Le Constitutionnel, 19 avril 18A8.

FIN DES OEUVRES DIVERSES.


TOMES XXIV. — Correspondance.


De ce volume nous n’avons rien à dire, puisqu’il est presque complètement inédit, un très-petit nombre des lettres qui le composent ayant passé dans la presse, et que, d’ailleurs, sa table détaillée rend faciles toutes les recherches.


Nous ne voulons point quitter les OEuvres de Balzac sans dire quelques mots de ses œuvres de jeunesse, bien qu’elles ne fassent point partie de l’édition définitive ; mais elles ont été, depuis quelques années, si fréquemment réimprimées sous son nom, que ce serait une lacune véritable dans cette bibliographie que de ne pas leur consacrer quelques lignes.


Œuvres de jeunesse.

CCLX. L’Héritière de Birague, histoire tirée des manuscrits de dom Rago, ex-prieur des bénédictins, mise à jour par ses deux neveux, A. de Viellerglé et lord R’hoone. Quatre volumes in-12, chez Hubert. 1822.

CCLXL Jean- Louis, ou la Fille trouvée, par A. de Viellerglé et lord R’hoone. Quatre volumes in-12, chez Hubert. 1822.

CCLXII. Clothilde de Lusignan, ou le Beau Juif; manuscrit trouvé dans les archives de la Provence et publié par lord R’hoone. Quatre volumes in-12, chez Hubert, 1822. Ce roman a reparu, en 1836, signé Horace de Saint-Aubin, sous le titre de l’Israélite.

CCLXIII. Le Centenaire , ou les Deux Beringheld, par Horace de Saint-Aubin. Quatre volumes in-12, chez Pollet. 1822. Ce roman a reparu, en 1837, sous le titre de le Sorcier. CCLXTV. Le Vicaire des Ardennes, par Horace de Saint-Aubin. Quatre volumes in-12, chez Pollet, 182’.!. Réimprimé en 1836.

CCLXV. La Dernière Fée, ou la Nouvelle Lampe merveilleuse, par Horace de Saint-Aubin. Deux volumes in -1 2, chez Barba et Hubert, 1823. Deuxième édition, considérablement augmentée, trois volumes in-12, chez Delonchamps, 1824. Réimprimé en 1836.

CCLXVI. Annette et le Criminel, suite du Vicaire des Ardennes,j&r Horace de Saint-Aubin. Quatre volumes in-12, chez Buissot, 1824. Ce roman a reparu, en 1836, sous le titre d’Argoio le Pirate.

CCLXVII. Wann-Chlore. \nonyme.) Quatre volumes in-12, chez Urbain Canel et Delonchamps, 1825. Cet ouvrage a été réimprimé, en 1836, signé Horace de Saint-Aubin, sous le titre de Jane la pale

CCLXVI1I. L’Excommunié, par Horace de Saint- Aubin. Deux volumes in-8°, chez Souverain, 1837. Cet ouvrage, qui paraissait alors pour la première fois et complétait la publication des Œuvres d*Horace de Saint-Aubin, passe pour être du marquis de Belloy.

CCLX1X. Dont Gigadas, par Horace de Saint-Aubin. Deux volumes in-8°, I8Z1O. Cet ouvrage inédit, qui terminait l’édition des œuvres complètes de cet auteur et formait le huitième et dernier de la série, passe généralement pour être du comte Ferdinand de Gramont.

Il faut ajouter ici que deux autres ouvrages : les Deux Hector et Charles Pointel, publiés en 1821 et attribués par divers bibliographes à Balzac, ont toujours été désavoués énergiquement par lui.

Enfin, et pour être absolument complet, nous allons réimprimer pour la première fois, en finissant, quelques articles de Balzac publiés dans la Caricature, et trop peu importants pour être insérés dans ses œuvres ; nous ne les donnons ici, d’après la liste qu’en avait dressée son ami Dutacq, qu’à titre de curiosité littéraire et pour ne rien oublier de ses écrits. .Nous dirons aussi à ce propos que l’article extrait de la Caricature, intitulé l’Artiste et l’Épicier, cité par Philibert Audebrand dans la Gazette de Paris du 8 novembre 1857, comme étant de Balzac, est de ii<’nr\ Monnier. Quelques-uns des articles qui veut suivre ont été cités aussi dans ce même travail de Philibert Vudebrand et dans •onde figures d’hier et il’ aujourd’hui, de Champfleury. I.

CROQUIS 1 .

Là..., entre le Cher, l’Indre et la Loire, qui, tous trois, semblent se jouer et lutter avec leurs flots de diverses couleurs; sur un des rochers jaunes dont la Loire est bordée, s’élevait un de ces petits châteaux de Touraine, blancs, jolis, à tourelles, sculptés, brodés comme une malines’; un de ces châteaux mignons, pimpants, qui se mirent dans le fleuve avec les bouquets de mûriers qui les accompagnent, avec leurs longues terrasses à jour et leurs caves en rocher, d’où sort quelque jeune fille en jupon rouge... Frais paysage, dont le souvenir se reproduit plus tard, comme un rêve. . . Oui, c’est bien là que je l’ai vue, jeune, aimante et tout à moi !...

25 novembre 1830.

II.

LE JALOUX SAPEUR.

La scène se passe dans la cour du Palais-Royal.

LE SAPEUR, PACOT.

Le Sapeur, poussant un soupir. — C’est du propre!...

PaCOT, en se dressant par les épaules, faisant jaillir assez lestement sa salive, et gardant les deux mains sous les pans de son uniforme. — Vous dites, sapeur?...

Le Sapeur. — Je dis que c’est bien joli! (En montrant la cour.) Toi-même, conscrit, il ne te viendrait jamais dans l’idée de vouloir faire tourner des sapeurs là dedans!... Leurs barbes et leur z-haches n’y tiendraient seulement pas...

Pacot. — Oui, sapeur. C’est tout comme le sergent, qui dit que le gouvernement a tort de rester là, vu qu’il est difficile d’y faire des manœuvres ! (Silence.) Sapeur?...

Le Sapeur, regardant entrer la garde nationale. — C’est des barbes de chez le perruquier, ça!... On fera plus vite un gouvernement que des éventails comme ça !... (Il se caresse la barbe.)

Pacot. — Sapeur?...

Le Sapeur. — Les bourgeois ont-ils de beaux habits !... Le tambour-major est bel homme!... Oui, faut le dire, il est bel homme; mais ça ne jette pas sa canne en l’air comme on vous les jetait dans la garde impériale...

Pacot. — Sapeur?...

Le Sapeur. — Ils peuvent bien payer des millions de milliasses, ils ne feront jamais jeter une canne en l’air comme le vieux Rabourdin la jetait... Ah! cre coquin, ça allait-il haut, et en tournant encore ! il était vaniteux aussi! Et il s’est

1. Tous ces morceaux étant extraits de la Caricatun, nous les ferons suivre de la date du numéro dans lequel ils ont paru. brûlé la cervelle à Tilsitt parce qu’il avait laissé tomber sa canne devant L’empereur de toutes les liussics. qu’était prévenu de voir Rabourdin!... C’était là un troupier!... Jamais, jamé! Tiens, mis-tu celui-là qui veut faire des grâces? Encore un singulier pistolet! Rabourdin vous levait son coude — bien arrondi... comme ça! (Il soupire.) Tout ce qu’on peut dire de ceux-ci (Il montre les sapeurs), c’est que ce sont des bourgeois;... ça ne s’exerce pas!

Pacot. — Sapeur?...

Le Sapeor. — Tu tournes l’œil en manière de question? Je parie que tu vas me dire quelque bêtise!...

Pacot. — C’est-y vrai, sapeur, qu’on embête la colonne dans les meilleures sociétés de Paris?...

Le Sapeur. — Embêter la colonne !... Ah ! je t’embête!...

Pacot, hardiment. — Oui, que l’on lui fait des pièces...

Le Sapecr. — Lui faire des pièces?... On voit bien que tu ne la connais pas...

Pacot, s’entètant. — Oui, des pièces de versification!... où l’on lui dit qu’elle est de bronze... que je l’ai entendu lire... Sapeur, faut pas vous fâcher, que il y est question de braise et de fournaise, et autres bêtises... de mirmidons.

Le Sapeur. — Des mirmidons!... (Il sourit.) Pacot..., que t’es bête! tu ne sais rien de rien en politique. Tu vois ben, les journaux?... Ils ont des colonnes. Manière de dire... Et là-dessus, on t’a fait un calembour pour t’embêter...

Pacot. — Non, sapeur, j’ai vu la colonne de la place Vendôme dans leurs colonnes, comme je vous vois.

Le Sapeur, faisant toucher sa barbe à Tacot. — C’est-y ma barbe?... à moi?...

Pacot, intimidé. — Oui, sapeur...

Le Sapeur. — Eh ben, si c’est ma barbe, ça n’est pas possible! Et nom de nom de..., on t’a fait avaler une Hère blague sans sel ! ..

Pacot. — Sapeur?...

Le Sapei i’.. — Est-ce qu’on peut parler nationalementde la colonne !... Veux-tu que je te dise ce qui peut en parler?... c’est trois cent mille hommes bien alignés, et aveede beaux sapeurs !... .Mais il faudrait l’ai tue, avec ses mille canons... Voilà les pièces de versification de la colonne!... C’est là, tonnerre de Dieu, la voix de la colonne, et c’est pourquoi qu’on ne l’embête pas... Sans ça, les autres l’auraient bien embêtée...

Pacot. — Possible, sapeur!...

25 novembre 1830.

III.

LES BAISERS PATRIOTIQUES.

Trois gentlemen, venus de Londres pour présenter leurs respects au « citoyen des deux mondes », retournaient dans leur patrie, heureux d’avoir pu voir la révolution de Juillet au mois de septembre. ils étaient tous trois pensifs, assis sur un DES ŒUVRES T)E BALZAC. 259

dos bancs d'arrière du paquebot, et ils restaient dans cette attitude sournoise et silencieuse, moitié réservée, moitié fière, qui caractérise tout bon gentleman.

Cependant, après une heure de silence, quand la brume leur cacha les cotes de France, le plus gros des trois étrangers, qui était, je crois, un alderman, dit en murmurant :

— Gren chitoyenne!... ounanime dans ses upinionnes !...

Le second le regarda d'un air aristocratique, et répondit en mauvais français, pour faire voir à l'alderman qu'il savait aussi bien que lui la langue du pays :

— L'éristocressy frenchèsse, elle été démocrate..., et c'été ridicoule àoun mer- quis de... mè le pèple... Le pèple, il été fort sur le pévé..., souhlime!...

Le troisième, examinant ses deux compatriotes, leur dit, en anglais, avec une sorte de timidité, car c'était un petit marchand du Strand, et il reconnaissait un esquire et un alderman dans ses deux voisins :

— C'été étonnant, comme mosiè dé la Fayette été encore djeune! je n'ai pas trouvé à lui les cheveuses si bien nés!

— Hào! dit l'alderman, noà! noà!... Ses cheveux sont blonds.

— No! no! reprit l'esquire ! ses cheveuses être gris, noirs et blcnnes...

— Hào! répliqua le mercier, je l'ai embrassé.

— Vos? dit l'esquire.

— Hào! s'écria l'alderman, vos evoir été éttrépé!... le dgénéralle estic oune Utile.

— Hàô! reprit l'esquire, oune grend..., sec..., nouare...

— Nô !... oune little... groà..., dit l'alderman en décrivant avec ses mains une forte proéminence abdominale.

— Noà!...

— Hào!...

— No !... s'écrièrent à la fois les trois Anglais.

— Mosiè, dit l'alderman à un passager français, j'aye périé avec ce dgentlemen que lé dgénéralle la Fayette né bèse pas tu le moânde... et qu'il été petit...

— Voici son portrait, répondit, en leur montrant sa tabatière, un Français qui riait depuis un moment.

Les trois Anglais regardèrent avec sang-froid cette tabatière, qui leur prouvait un malheur commun. Ils s'interrogèrent mutuellement de l'œil et restèrent dans un profond silence, comme s'ils eussent appris une faillite qui les aurait ruines.

Arrivé à Douvres, le petit marchand monta sur le paquebot qui partait pour la France.

— Puisque je n'ai pas embrassé le gren chitoyenne, j'y retourné!... se dit-il.

10 décembre 1830.

��

IV.

ROUTE D’HASTINGS.

Une diligence est une encyclopédie roulante, un résumé de la vie ordinaire ; car la facilité des liens y augmente en raison du rétrécissement du cercle social.

Jugez quel enthousiasme de rapprochement devait animer sir K…, se trouvant, après un bon dîner, seul en tête-à-tête avec une charmante voyageuse, lady aux cheveux blonds, aux yeux bleus, à la figure plate ; en un mot, beauté à la manière britannique. Vous dire quelle conversation fut tenue, point ne sais; mais il fut ouï petits cris et petites injures légèrement perçants, couverts cependant par le bruit des coursiers lancés au galop.

Enfin, la diligence arrêtée devant l’auberge de Roberts-Bridge, la jeune lady, tout effarée, s’élance hors de la voiture, et, interpellant le coachman, se plaint vivement à lui des importunités de son compagnon de route. Justement, elle s’adressait à John Teckey, l’un des cochers les plus moraux de la Grande-Bretagne, sinon des plus adroits. Aussi, plein d’indignation, il ouvre incontinent la portière, pour faire à sir K… les reproches respectueux qu’autorisait sa manière de voyager…

Mais le moyen de se consoler des rigueurs de la jolie et farouche lady ? Le trop sensible gentleman était mort de chagrin — et d’apoplexie foudroyante !

30 décembre 1830.

V.

HISTOIRE VÉRITABLE.

Comme quoi des douaniers se lassèrent de prendre des vessies pour… un enfant.

A la barrière de Ramponneau, ils étaient quatre douaniers, aimables, facétieux et habillés de vert, comme sont tous les douaniers et commis d’octroi, par ordonnance du 16 avril dernier.

Nonchalamment assis sur quatre bornes parallèles, les douaniers devisaient et s’entre-narraient leurs exploits. L’un d’eux, qui lisait le Constitutionnel le quatrième jour après sa publication, donnait les nouvelles politiques. Et les douaniers admiraient la faconde de M. Dupin.

Passe une jeune fille, rose et blanche, avec des cheveux châtains s’échappant par boucles, d’un fichu rouge attaché négligemment sur sa tète. Ses yeux noirs étaient timidement baissés. Et, quand le plus galant des quatre douaniers lui adresse un compliment, la belle enfant rougit et double le pas.

— Voilà une jolie fille! dit l’un des douaniers; mais avez-vous remarqué son excessif embonpoint et la difficulté de sa démarche ? Il est bien malheureux que la jeunesse soit ainsi exposée à la séduction. Cette pauvre petite a été trompée. Et voici venir un pensionnaire pour les enfants trouvés.

Et les douaniers moralisèrent ; car le douanier est moraliseur par essence. — D’aucuns ont remarqué que les gens qui s’ennuient ont une grande propension à la morale ; d’autres prétendent, au contraire, que la morale ne vient pas de l’ennui, mais que c’est l’ennui qui vient de la morale.

Enfin, quoi qu’il en soit, que les sages soient ennuyeux ou ennuyés, les douaniers, après avoir longtemps déploré la perversité du genre humain, s’accordèrent à dire que, faute de pire, le choléra-morbus devrait bien purger la terre et décimer tous les hommes, à l’exception des douaniers.

— Messieurs, dit un autre douanier, je reconnais cette jeune fille. Je l’ai vue un autre jour passer par la barrière de Belleville, légère et svelte ; sa taille aurait tenu dans les deux mains, et je vous affirme qu’elle était moins timide qu’aujourd’hui. Elle avait ses grands yeux noirs bien ouverts et elle ne rougissait pas. Messieurs, voyez où mène la perversité ! Jeune et jolie, si elle avait conservé cette belle fleur d’innocence, elle pouvait prétendre au sort le plus brillant ; peut-être même aurait-elle pu devenir la femme d’un douanier.

Alors il faisait presque nuit, les allumeurs descendaient les réverbères et les fenêtres des maisons rouges et vertes des marchands de vin s’illuminaient successivement. Alors, aussi, passa à la barrière une jeune fille, rose et blanche, avec des cheveux châtains s’échappant par boucles, d’un fichu rouge attaché négligemment sur sa tête. Ses yeux noirs étaient timidement baissés.

— Oh ! dit un douanier.

— Ah ! dit un autre.

Et les quatre douaniers s’étonnèrent, car c’était la même ; elle rentrait encore, et ils ne l’avaient pas vue ressortir.

Les douaniers eurent une idée.

Ils entourèrent la jeune fille aux yeux noirs, et la firent entrer à l’octroi. La jeune fille était rouge comme le serait une pêche dans un pays où il y aurait du soleil.

Ils la déshabillèrent avec toute la retenue et la décence dont sont susceptibles les douaniers.

Et l’honneur de la jeune fille fut sauf, car elle était légère et svelte, et sa taille aurait tenu dans les deux mains, après qu’elle eut quitté sa robe et trois énormes vessies pleines d’esprit-de-vin, attachées autour d’elle.

6 janvier 1831. 262 HISTOIRE

��VI.

��i. — M. Mahieux en société.

C'était un salon éclairé pur des bougies, comme tous les salons du monde qui ne le sont point au moyen de quinquets ou de gaz hydrogène, et meublé, comme tous les salons, par des figures vieilles ou jeunes, mâles ou femelles, insignifiantes ou animées, nulles on importantes. Déjà on avait devisé sur bien des choses, et l'on allait deviser sur beaucoup d'autres encore, quand, les portes ouvertes avec fracas, un valet se présenta, annonçant à haute voix :

— M. Maliieux!

— Hi ! ho ! hé ! hou ! ah ! ah ! ah !

Tel fut le bourdonnement général qui remplaça aussitôt les conversations par- ticulières, par manière d'étonnement et de curiosité ; et deux dames parurent ensemble qui, en se déployant, laissèrent voir entre elles un petit homme in- trente-deux, contrefait, et l'air triomphant au possible. C'était M. Maliieux.

— Dieu de Dieu ! mon cher, fait-il chaud dans votre salon, bon Dieu ! dit-il d'un son de voix tout à fait étrange, en savançant vêts le maître de la maison. — Eh bien, comment vont les affaires, les plaisirs, les amours?

— Bien sensible, monsieur Maliieux... Et vous? Vous voilà donc de retour de votre pays? Avez-vous été satisfait de vos compatriotes ?

— Ah ! oui, mes compatriote-! de fameux farceurs, allez! Je me présente aux ions pour être nommé député ! car, hou Dieu! il est une classe nombreuse

qui n'est pas représentée à la Chambre! C'est un fait constant, que l'infirmité n'.\ apas d'organe ! Et puis, pas du tout, ils vont choisir un colosse, un homme de cinq pii-d-, quatre pouces. Je vous demande si un gaillard comme ça donnera dans la hosse: le plus souvent 1 — Il est vrai de dire gu'il y avait un grand motif contre ma nomination : c'est que. la tribune est plus haute que moi de trois pouces, et qu'alors il fallait, ou que la France fit faire une autre tribune, ou qu'elle se rési- gnât à ne pas me voir parler, comme les souffleurs. — Ah ça ! niais, mon cher, nous ne sommes pas ici dans mon endroit ; amusons-nous donc un peu, bon Dieu ! Jo vois par-ci, par-là des femmes charmantes ; est-ce qu'on ne pourrail pas en faire un tas, de femmes charmantes, pour jouer avec? aux Jeux innocents, pai exemple, c'est gentil.

— M. M'ihirux aime les jeux innocents? demanda, d'un air bien pincé, une dame assise en tapisserie.

— Oui, grosse mère, je les a ion-.

Alors les jeunes filles accourent, les jeunes gens se placent, et on n'attend plus que M. Blahieux pour commencer, quand on l'on tend, dans une salle voisine, jeter des cris et proférer des jurons épouvantables. On se précipite, on s'informe,

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 263

et on trouve M. Mahieux mordant furieusement un grand jeune homme blond. On les accable tous deux de questions; mais, comme l'un est Anglais, et que l'autre ne discontinue pas de blasphémer, on ne peut rien savoir, si ce n'est à peu près que M. Mahieux, prenant pour une patère le nez du gentleman, un peu long il est vrai, avait voulu accrocher son chapeau après; que l'Anglais avait défendu son nez, M. Mahieux son chapeau, et qu'il en était résulté un instant de trouble, entiè- rement apaisé au moyen d'une compresse appliquée sur le genou britannique.

— Allons ! s'écrie M. Mahieux, à présent que l'Anglais a fini de faire le méchant, amusons-nous, belle jeunesse !

(Ici arrivent des verres d'eau sucrée, apportés par une femme de chambre.)

M. Mahieux, à son voisin. — Dieu de Dieu ! voyez donc la belle personne ! Quand on a une taille si intéressante, peut-on porter des verres d'eau sucrée, bon Dieu ! — Petite ! Un rafraîchissement par ici. (M. Mahieux boit un verre d'orgeat. J — Merci, femme superbe! (Il en boit un second.) — Encore un, bobonne, charme- resse ! (Il en boit un troisième.) — Ah ! séduisante Ganymède, va !

Trop occupé de ce qu'il dit pour regarder ce qu'il fait, M. Mahieux, voulant placer son verre, culbute le plateau, et, avec lui, quinze différentes sortes de liquides qui, avant d'arriver à terre, inondent tous les intéressants individus réunis pour faire joujou avec l'innocence Cris, tumultes, verres brisés, robes perdues, habits tachés, rien ne manque à la catastrophe causée par M. Mahieux.

Pour lui, effrayé des suites d'une pareille maladresse, il crie plus fort que tout le monde, en accuse le pauvre Anglais, lequel, se chauffant tranquillement les pieds, répond toujours Yes ! aux impertinentes interpellations du bossu.

— Dieu de Dieu ! a-t-on vu traverser le détroit pour faire des malheurs pareils ! Je suis sûr, bon Dieu ! que ce goddem-lk est payé par son sournois de gouver- nement pour casser les verres en France.

— Allons, monsieur Mahieux, calmez-vous, je vous en prie. Pour quelques robes et quelques verres...

— Oh ! homme généreux ! vous êtes bon là, avec vos robes et vos verres ! Ça m'est bien égal, à moi ; c'est le liquide que je regrette : j'ai une soif terrible, moi, d'abord...

Et, là dessus, M. Mahieux va dans la salle à manger, d'où il revient, après cinq quarts d'heure, avec le nez légèrement égratigné.

L'Anglais. — Goddem ! meusieur le baussu, you avoir'pris mon carrick que you salissez biaucoup en le traînant par terre..

M. Mahieux, s'apercevant de sa méprise. — Ah ! c'est que, voyez-vous, l'Anglais, je l'ai pris un instant pour me réchauffer, car j'ai les pieds gelés... Mais soyez tranquille, bon Dieu ! on ne vous le mangera pas, votre carrick.

— Yes!

Tout le reste do la soirée, M. Mahieux fut d'une amabilité délicieuse, char- mant par sa gaieté tous ceux qu'elle ne scandalisait pas, faisant rire aux éclats toutes les jeunes personnes qu'il ne faisait point crier en les pinçant, et ne s'oc- cupant absolument que de la société, si ce n'est quand on apportait des rafraî-

�� � 264 HISTOIRE

chissements. Malheureusement, une dame, qui jouait à la bouillotte, laissa tomber son mouchoir, et tout fut fini. M. Mahieux, que la galanterie a toujours perdu, se précipite sous la table pour le ramasser ; la daine, effrayée, jette un cri; Mahieux, ne croyant pas qu'un genou délicatement pressé puisse causer tant de bruit, se relève pour savoir ce qu'il y a ; mais son brusque mouvement enlève la table, qui, après s'être balancée quelque temps en l'air, se renverse avec fracas, entraînant, dans sa chute, joueurs, chaises et bougies. Tout tombe, roule et se groupe sur le parquet, tandis que la cire brûlante, qui voltige sur les physio- nomies, arrache de toutes parts des cris de douleur et de malédiction.

Oh ! pour ce dernier coup, arrivé en un clin d'œil, à cette culbute générale et instantanée, à ce bouleversement subit des idées et des individus, plusieurs crurent à la chute de la maison, entre autres les joueurs de bouillotte, et princi- palement le pauvre Anglais, qui articulait du langage national, autant que pouvait le lui permettre une énorme dame placée en travers sur la partie supérieure de son estomac.

Enfin il en fallut finir avec les douleurs et les gémissements, et, après un quart d'heure accordé à la mutuelle confidence des contusions reçues, quelqu'un s'avisa de demander la cause première de tant de vacarme ; mais personne ne put le dire, car M. Mahieux n'était plus là pour accuser l'Anglais; il avait disparu avec le carrick de ce dernier, n'ayant jamais pu retrouver son petit habit.

G janvier 1831.

��n. — .1/. Mahieux au bal de l'Opéra.

Le roi y était ; le roi, sa famille, des princes, des ministres, des célébrités russes, anglaises, françaises, à n'en plus finir ! Coup d'œil somptueux, ravissant, éblouissant ! Des lumières, des lustres, des feux partout. L'or et la soie, les fleurs et puis les sons précipités, joyeux de la musique, électrisant les danseurs, eni- vrant les danseuses ; — les danseuses, dont le cou brille de sueur et de diamants, dont le sein bondit de désirs, dont l'œil noir luit de volupté ; les danseuses avec des fleurs sur leur tête, des fleurs à leur côté, blanches comme leurs robi -, fraîches comme leurs bouquets ! — Oh ! quel bal ! quelle cohue ! quelle richesse !

\\ez-vous pu — bravant coups de pied, de coude, de ventre, de dos, affrontant liquides, punch, glaces, sorbets suspendus sur votre tète comme jadis l'épûe de Damoclès — avez-vous pu vous glisser jusque dans L'intérieur de la salle? Oh ! alors, voua avez du rire et rire aux larmes, car les dames riaient, le roi, tout le monde.

(/'•tait lui, c'était M. Mahieux...

grand petit être ! 6 juron fait Christ ! o génie tricorne comme le chapeau de l'homme à la tablature, sublime comme le Coran de Mahomet ! nul ne t'a com- pris, nul ne B'eat inspiré a ton àme, carton amc, c'esl la poésie; 't qu'ils sont

prosaïques, les malheureux ! Ils t'ont donné de> formes vulgaires, ils t'ont vêtu de

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 265

haillons, ils t’ont fait laid, ignoble, repoussant, stupide, que sais-je? Ils t’ont

rapetissé, raccourci, mutilé à leur taille, toi géant d’intelligence et de progrès !

Les profanes ! Oh ! s’ils t’avaient vu !

Tu faisais les délices de cette belle fête nationale! en gants blancs, culottes blanches, bas de soie blancs, gilet blanc, habit de drap vert-pomme doublé de soie, doublé de velours ; — et puis un claque à pluche, et puis des breloques, des chaînes, des lorgnons et puis, et puis...

Tu jures, mais quel parfum ! tu pousses, tu renverses, tu sautes, tu déchires, tu mords, tu cries, tu ris, tu bondis, mais que de grâce ! que de pétulance ! que de gaieté !

— Dieu de Dieu, baron, quel panorama de houris ! ô vingt dieux, baron, je les adore, je les adore toutes... Dieu! la belle brune! Oh! quelle blonde! Elles me fixent, bon Dieu !... Oh ! vingt dieux !

Un bond, deux bonds, uue suite non interrompue de bonds.

Voix de femmes, ensemble et séparément. — Quelle horreur ! on déchire ma robe... — On m’écrase les pieds... — On me mord les jambes... — Aie, aïe, aie ! le mollet l

M. Prudhomme, à ses voisins. — D’où peut venir cette émeute populaire? Messieurs, je vous prends à témoin!... je proteste contre toute insurrection, pacifique ou non, qui aurait pour but la violation de la monarchie et de la brave garde municipale.

Un militaire, à M. Mahieux. — Corbleu ! méchant bossu, finirez-vous de sautiller?

— Dieu de Dieu ! on a dit bossu ! — Qu’est-ce qu’a dit bossu? — Bossu!

Bossu vous-même, militaire; vous êtes un inconvenant !

Éclats de rire. — Ah ah ah ! oh oh oh ! hi !

— Je veux réparation d’honneur ; je l’aurai, bon Dieu !

Le militaire hausse les épaules, Mahieux se pend à son bras gauche, il lui mord les cuisses. Le militaire fait un brusque mouvement et lance M. Mahieux sur un garçon chargé d’un plateau de punch, de glaces, de sorbets. Le garçon chancelle, le plateau tombe sur Mahieux.

— Aïe, aïe! j’ai une glace dans la poitrine! Ouf! j’ai un punch dans le dos ! Oh ! vingt dieux ! j’ai une bavaroise dans mon claque... Aïe, aïe! militaire, bon Dieu! votre procédé est indélicat, on ne lance pas un galant homme comme une balle, sans le prévenir, vingt dieux !

(S’inclinant avec grâce.) Serais-je assez heureux, belle dame, pour être

votre cavalier à la suivante ?

La demoiselle, en se mordant les lèvres. — Avec plaisir, monsieur.

— Votre toilette est délicieuse ; je suis passionné pour vos rubans.

— En avant doux, la chaîne des dames!

— Oh ! vingt dieux ! ce devrait être la chaîne de toute la vie!

— Vous êtes galant, monsieur.

— C’est vrai, belle dame! pour la galanterie, la nature ne m’a pas tourné le dos, je suis son enfant gâté, moi ! j’idolâtre les dames, vrai Dieu !

�� � 266 HISTOIRE

Il se hisse de volupté sur la pointe des pieds et va presque à l'épaule de sa danseuse.

— Tiens, ce gros député qui danse, oh! la bonne charge; délicieuse, vingt dieux ! je l'ai vu sauter pour l'ex-roi, le voilà qui saute pour les pauvres; toujours sauteur, bon Dieu!

— Que vous êtes méchant, monsieur Mahieux?

— Vous trouvez, belle dame? Oh! j'adore l'épigramme! adorez-vous l'épi- gramme, vous?... Dieu de Dieu! je vois le prince! je vois les basques de son habit! bon Dieu! ce grand diable de commissaire me cache son buste! je vois ses jambes, vingt dieux! elles sont un peu courtes; c'est égal; c'est un bien bel homme !

Mahieux se penche de tous cotés, prend toutes les poses dans sa pétulance enfantine et se marche sur la main gauche; il pousse un cri, s'agite, se débat el se marche sur la droite...

— Aïe, ni", ;ii" ! on nie foule! Mouvement, agitation universelle.

M. Prddbomme, à ses \oisins. — 11 paraîtrait que toutes les laves du volcan car- liste ne sont point encore éteintes! Mais, monsieur, je réitère mes protestations...

Sortie de l'Opéra.

— John, mê calech!

— L'équipage de M. le comte !

— Voilà une voiture, messieurs.

— Demandez une voiture!

Mmiii i \. sautillant, grelottant. — Cocher! cocher!

— Voilà, monsieur.

— Mène-moi rue de Clichy, cocher! mène-moi rondement, bon Dieu! jeté donne trente-cinq sous?

— Mais, monsieur, c'est une course de nuit.

— C'est égal, bon Dieu ! je, ne marchande pas! va, j*ai le moyen, je ne me dédi- rai pas : trente-cinq sous!

— Mais, monsieur, il me faut trois francs.

Mahiei \. s'élançant hors de la portière. — Trois francs! cocher, tu abuses de ma position ! je te signalerai à la police, vingt dieux !

— Mais, monsieur...

P idatuti stte discussion, un monsieur et une dame entrent dans le flacre, le cocher fouette, el Mahieux reste sur le pave. — Des voitures se croisent s'entre- croisent.

— Cocher! cocher !

— Monsieur, c'est pris. — Monsieur, c'est un équipage bourgeois.

— Oh ! vingt dieux ! Dieu de Dieu ! lion Dieu !

I \ i.vii \is. impatienté des cris et du bruit que fait Mahieux. — Mais aura-t-il bientôt fini, le DOSSU?— Attends, crapaud manqué, je va te placer.

Il saisit Mahieux par son infirmité, et, d'un tour de main, le pose suc l'impé-

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 267

rialc d'an coupé qui part au grand trot... Mahi eux pousse des cris de détresse, des cris lugubres, les chevaux n'en galopent que plus vite... Au bout de vingt minutes, h cinq heures du matin, la voiture s'arrête dans une rue située près de la barrière d'Enfer.

3 février 1831.

��VII.

DF.S POMPES ET DE S CH E FS-D'OE U V P. E DE SATAN, TOURNÉS AU PROFIT DE LA CHRÉTIENTÉ.

Adonc, le pape mort, sans que l'Église ait été malade, et le conclave se devant assembler, sans pour cela que l'Église en doive aller mieux, ce fut pour l'archi- tecte du palais Quirinal affaire aussi importante de convenablement caserner le régiment catholique-apostolique-romain, que pour la statue de Pasquin de le har- celer de ses méchantes plaisanteries condamnables d'impiété.

Or, ce étant, M. Valadier, chevalier et architecte, — car une profession n'em- pêche pas l'autre, — M. Valadier, aussi fort sur son histoire romaine que M. Ville- main sur celle d'Angleterre, s'avisa de penser que, de toutes les restaurations, l'impériale n'était pas la plus médiocre, et que, somme toute, il pouvait trouver une réputation toute faite en appropriant aux nouvelles circonstances les localités préparées autrefois pour l'impératrice Marie-Louise et son fils, alors souverain de Rome sans conclave.

Mais M. Valadier, que son titre de chevalier élève de beaucoup, comme on le pense bien, au-dessus des capacités d'architectes ordinaires, s'aperçut, aux orne- ments mondains qui révélaient la destination première de ces lieux, de la diffi- culté qu'il éprouverait dans l'accomplissement de sa transfiguration architecturale. En ingénieur bon chrétien, il jugea prudent, pour le salut de son âme, de s'éclairer des lumières de quelque cardinal en odeur de sainteté, de celui, par exemple, que l'on suppose généralement devoir être élu.

Aussi, avant de parcourir avec l'Éminence les galeries profanes, M. le cheva- lier de l'ordre des architectes avait repassé quelques ouvrages moraux, tel celui de la Rochefoucauld sur les pantalons appliqués aux danseuses, et, fort de ses auteurs, il se proposait de faire des prodiges religieux et romains.

Quant au luxe, rien ne fut à redire, si ce n'est pour enrichir encore ces immenses salles, phénomènes de splendeur et de somptuosité. Mais, quand advint le chapitre de ces secrets de la vie privée, embellis chez les grands des charmes de la mollesse, des recherches de la volupté, l'architecte s'empourpra comme un pilastre de granit et commença son discours de réformes.

D'abord, il offrit de détruire ces mystérieux boudoirs, séjour de rêveries, à la lumière douteuse, à l'air parfumé et aux moelleuses ottomanes. Mais le cardinal l'en empêcha bien, prétendant qu'un futur pape aimait à se reposer tout comme monarque de Rome ou de France.

Et le chevalier s'inclina

�� � 268 HISTOIRE

De même fut pour les étuves des bai as, ces salles élégantes et solitaires, que l'architecte jugeait inutiles pour le conclave, dont Les membres, au contraire, paraissent des messieurs fort propres.

De même alors le chevalier s'inclina.

Mais quelle fut sa surprise, quand, offrant de remplacer par un tableau d'église celui de Diane surprise au bain, sa demande ne fut acceptée qu'à la condition d'y faire succéder Suzanne, vue dans l'eau belle et ravissante, par les deux vieil- lards ravis.

Néanmoins, il s'inclina encore.

Quand il vit aplanies dans l'esprit du cardinal les difficultés qu'il redoutait le plus, l'architecte, apercevant encore çà et là quelques peintures bien mondaines, proposa simplement de les vêtir à la grecque ou à la romaine, costumes, comme on sait, beaucoup plus convenables que les pantalons collants. Heureusement, le cardinal, ami des arts autant que de TÉglise, s'opposa de même à la mutilation de fort belles natures, et consentit seulement à ce que des auréoles, placées sur quelques têtes, fissent autant de saints ou de saintes de quelques divinités trop égrillardes.

Pour le coup, le chevalier s'inclina d'une façon tout architecturale.

Puis, comme il s'en revenait au Vatican avec Son Éminence, le complimentant des murmures approbateurs qui l'accueillaient à son passage, ce qui, disait-il, en chevalier poli, était un hommage populaire à la tiare, tous deux purent aperce- voir sur la statue de Pasquin un mauvais quatrain dont le sens était que, quel que fût le pape, la voix de Dieu ne serait point la voix du peuple.

Aussi, deux jours après, lors de la procession du conclave, on remarqua que les tentures du palais Braschi couvraient, à dessein sans doute, la statue de l'hé- rétique Pasquin.

13 janvier 1831.

VIII.

DE LA LIBEJtTÉ DRAMATIQUE AU POI.NT DE VUE HISTORIQUE ET MILITAIRE.

— Embêtant, Pacot! Vlà-t-il pas qui suppriment le plus bel agrément de la garnison, le spectacle historique et militaire !

— Vraiment, l'ancien !... Qu'est-ce que c'est que ça, le spectacle historique et milit.

— Eh bien, une supposition que t'es bête, Pacot...

— Mais, mon ancien, pourquoi donc que vous choisissez toujours cette sup- position-là?

— C'esl qu'elle esl historique, vois-tu. Eh bien donc, une supposition que t'es . Pacot, que t'es farceur, que tu es bon à jouer un rôle n'importe, dans une

pièce quelconque; eh bien, alors, tu es obligé de décéder, et ce n'est plus que

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 269

vingt-cinq ans après ta mort que tu peux reparaître sur la scène, à condition encore que tu n'aurais pas laissé à la payse des méchants marmots qui viendront s'opposer à ce qu'on joue monsieur leur père.

— Oh ! c'te bêtise !

— Que c'est même immoral, en ce que ça peut porter des jeunes auteurs à prématurer des linales d'existence pour se ménager des sujets sur leurs vieux jours.

— Ah! c'est bien féroce; mais c'est égal, ça nous débarrassera des pièces de circonstance, où, dans l'ordre du jour, on nous envoie applaudir gratis. Toujours une corvée de moins, l'ancien.

— Que c'est ensuite détruire le charme et la poésie du quartier Popincourt, où chaque affiche de spectacle est le programme des situations dramatiques et équi- voques de l'Empire; ce qui distrait pendant la faction et permet d'apprendre pas cher aux particuliers qui ont l'amour de l'instruction.

— C'est vrai; aulieur qu'à présent, vu les difficultés que vous venez de dire, y aura toujours un siècle ou deux entre les spectateurs et le spectacle, ce qui sera fastidieux, vrai, l'ancien, car, en fait d'anciens, moi, j'aime que les vrais anciens, mais j'aime pas les vieux anciens qui n'ont pas d'aigles sur leur bonnet à poil.

— Bien dit, Pacot! Tiens, regarde-moi ça, mon ami.

— Oui, l'ancien. Quoi?

— Cette superbe affiche !

— Ah! c'est vrai : laquelle, s'il vous plaît?

— Eh ! pardieu, la celle du théâtre des circonférences olympiques, où on prétend que sont alignés, on peut l'dire sans affront, les plus fameux grognards de l'Eu- rope à pied et à cheval.

— Pour lors, mon ancien, votre nom est dans les fantassins.

— Oh! Pacot! quelle idée ! pourquoi pas, au fait, puisque j'étais avec Vautre ? Oh ! vertueux Pacot! consolation des anciens, toi que tu sais écrire, vois donc si, dans le 5 e régiment, 3" bataillon, 6 e compagnie, tu ne rirais pas en effet : Jean.' François Drutignon, dit le Crâne?

— Volontiers, l'ancien.

Après cinq minutes d'attente.

— Eh bien, Pacot?

— De quoi, mon ancien?

— Eh bien, m'as-tu trouvé, mon ami?

— Non, caporal, je suis encore qu'à la première ligne, où il y a l'Ern... pé... l'Empereur.

— Le chef de file d'abord, c'est juste. Après ?

— Après, j'ai beau me baisser, mon ancien, j'peux pas épeler, l'affiche est trop haute.

— Cré coquin, Pacot, ne te gêne pas, jeune ami. Fais comme moi quand je veux subtiliser un baiser à la payse à travers les barreaux de l' entre-sol.

�� � — Vrai, l’ancien, vous m’autoriseriez à me permettre une licence pareille avec mon respectable caporal ?

— Allons, un temps, deux mouvements ! saute, farceur, et lis couramment.

3 février 1831.



IX.


CHARGES.


Au dernier des rares concerts donnés cet hiver, un beau jeune homme et une femme charmante se trouvaient assis l’un près de l’autre, comme si le hasard les avait réunis pour entendre l’admirable symphonie qu’on exécutait en ce moment. C’était un morceau de Beethoven, partition aussi pleine de charme que d’éclat.

Il y a un moment où tous les instruments s’arrêtent d’un mouvement spontané. L’effet est merveilleux. Vous n’en avez pas idée, si vous ne l’avez pas entendu. C’est un crescendo, crescendo, crescendo... Puis, tout à coup, silence complet.

— Or, cette fois, on entendit distinctement le son d’une petite voix flûtée, qui prise au dépourvu par le jeu des instruments, modulait distinctement la fin d’une phrase d’amour :

— Tu m’aimeras toujours ?

— Oh ! toujours ! répondit une basse-taille.

Et la symphonie reprit son train.

10 février 1831.



X.


LES BACCHANALES DE 1831.


1.


Si l’on vous avait demandé de mettre seize caricatures sur une seule feuille de papier, d’y exprimer une révolution consommée, d’en indiquer une nouvelle, de n’oublier ni les doctrines ni les personnes qui les représentent, de composer un carnaval politique et de nous faire trembler d’avoir ri… croiriez-vous la chose possible ?… L’entreprise était difficile ; mais la Caricature se devait à elle-même de dominer la bouffonnerie des rues, celle des affaires publiques et celle des orateurs… Pour réussir, il a suffi de regarder, d’entendre et de copier.

Il y a dans la caricature de Grandville une traduction si vive de l’histoire contemporaine’, quo l’on croit lire une page où Molière, Juvénal et Tacite ont déposé tour à tour leurs pensées diversement originales.

Ou est l’article de journal qui ait plus artistement stigmatisé la politique de notre diplomatie que ce costume de Polonais loué à notre ministère ? DES OEUVRES DE BALZAC. 271

Un habit d'arlequin est réclame par un pair de France!... Quoi, un seul?... Ah ! l'honnête homme. Eh! qui ne pouffera de rire envoyant un avocat célèbre déguisé en homme de courage et M. G..., en carmagnole, lui disant : « Tu as beau faire, tu as peur !... »

Puis l'Académie enveloppée dans les bandelettes d'une momie restant immo- bile dans une sorte de statu quo metterniquois... Oh ! comme on voit bien qu'elle a dû élire Viennet et refuser Benjamin Constant...

La Liberté sort de l'hôpital, soutenue par V Avenir en charlatan, et par un vété- ran dont la dégaine historique est si admirablement bien rendue, qu'il y a dans cette figure toute une biographie inexorable. Ne rend-elle pas le dévouement sénile d'un amant fidèle jusqu'au tombeau?

Le pape et la papesse dansant une valse sont de ces figures que rien ne saurait payer. La ravissante papesse ayant un vieux pape qui défaille entre ses bras et se retient de galoper... est peut-être une double épigramme : est-ce Rome qui chan- celle devant un nouveau culte étourdi ?

Mais voyez les ruines de la Contemporaine, déguisée en Amour, faisant reculer un célèbre abbé revêtu des insignes de la folie, et qui néanmoins conserve assez de bon sens pour apercevoir, derrière lui, l'antagoniste de Lisfranc, le plus célèbre de nos chirurgiens qui redoute pour l'Avenir les suites de cette rencontre. Tout est là, même Rossini, qui joue un air à réveiller les morts.. Mahieux prend le costume de Napoléon, et le plus gros citoyen de France considère la défroque de Charles X, pendue à un clou!...

Mais voici la création la plus prophétique ! Six jours avant les vengeances populaires, l'impitoyable dessinateur montrait l'archevêque tenant d'un bras la palme du martyre, de l'autre un verre de vin de Champagne, et faisant la nique aux vainqueurs de Juillet qui ont de grands nez.

Il y a dans tout cela des leçons pour tout le monde, et nous ne savons pas si l'expression du temps présent, lithographiée d'une manière si incisive, suggérera quelque pensée utile aux pantins politiques; s'ils s'occuperont de redresser les griefs; s'ils voudront voir ce qu'il y a entre les saint-simonions et l'abbé de Lamennais, entre l'abbé de Lamennais et l'archevêque de Paris... l'anarchie, la royauté, les saturnales populaires!... un croque-mort!

Napoléon devenant la proie de Mahieux est la satire des déplorables tentatives que les vaudevillistes ont fait de mettre la colonne en pièces de six liards.

Nous sommes de notre avis, de l'avis decette honnête et bonne Caricature, qui rit tant, tant et tant d'un député du centre laissant tomber ses brioches à l'approche de M. Mauguin, dont les discours l'effrayent, qu'elle laisse tomber elle- même son fouet et son bonnet. — Rideamus quoque!

17 février 1831.

�� � 272 HISTOIRE

��Nous avons ri... et nous rirons encore, puisque, grâce à l'esprit observateur de Grandville,les ridicules du jour viennent se grouper par douzaines sous son vitrio- lique crayon.

Au costume polonais loin': à M. Sébastian! ont succédé ceux de deux grands peuples dignes de l'indépendance. Ce sont des fers. Car ces chaînes égoïstes qui retiennent aujourd'hui un généreux dévouement dégénéreront peut-être en instru- ments d'esclavage et d'oppression!

C'est grâce à des enfants dénaturés que la Franco, jadis si puissante, et si belle encore aujourd'hui, traîne tristement les lambeaux de la misère. Sa pénurie n'ar- rête pas l'avidité du pauvre millionnaire qui quête une liste si i ile.

M lis ce n'est point tout avec la finance. On n'en finit pas sitôt sur un pareil sujet. Quoi de plus vrai que cet arracheur de dents qui, après les plus belles pro- messes, souffle, souffle et gonfle tant qu'il peut le budget de 1831?

Et M. D..., en bonne fortune, qui, du coin de l'œil, lorgne l'entrée du sac, comme s'il voyait là un confortable fromage de Hollande, quand il songera à s, • retirer du monde...

Avoir la Charte, costumée de pièces et de morceaux, se traîner estropiée, on dirait la constitution affaiblie d'un malade qui, pour avoir confié sa force et sa virilité à de fameux opérateurs, ne sort plus de leurs mains qu'amputé et réduit de moitié.

Jamais don Quichotte n'a servi a figurer une chimère mieux conditionnée <|u celle de Saint-Simon. Le voyez-vous, armé de l'émancipation du beau sexe, de l'égalité des fortunes, de la répartition suivant les œuvres, de la division des capacités par numéros? le voyez-vous bouleverser le monde civilisé, dont la topo- graphie intellectuelle n'offre que préjugés à sa lance régénératrice? — Malheureu- sement pour la conversion des adeptes, il laisse derrière lui Sancho, drôle imbu d'un préjugé généralement commun : c'est que la panse ne s'emplit pas de pré- ceptes; et, pendant que son maître court à la bataille, lui s'occupe de la pèche aux écus. Don Quichotte est spiritualiste, Sancho est matérialiste. Sancho perdra la cau>>', mais il gagnera son fromage.

Costume de muet, loué à M. Royer-Collard, — de poissarde, à M" 1 ' A..., — un mannequin de sauveur de la patrie. — Costume d'enfant loué à M llc .Mars. — Voilà de- gens bien babilles à leur taille.

I ii monstre déguisé en ME. Geoff... S. -H., et une vertu sauvage en actrice des Nouveautés sont de ces rôles heureux qu'il est rare rie créer.

Et le Commerce, qui le délivrera? Qui donc prendra pitié de ce pauvre morir

bond? Comment se r<inettra-t-il jamais de ses secousses, menacé comme il esl delà lancette guerrière, des bouillons de la Gazcltr. des prières de la Quotidienne, descomplots du carlisme étranger el ries machinations «le certain clergé? I n garde national proposerait comme remède de disperser L'attroupement meurtrier...

La police fait autrement : sourde, muette et aveugle, elle '■route sans entendre,

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 273

parle pour ne rien dire, regarde sans voir, marche timidement à tâtons, mais graisse la patte à un limier pour avoir flairé une révolution dans une colonne du Figaro, ou pour avoir saisi une bulle de savon.

10 mars 1831.

��XI.

��DES JAMBES DE CAVE ET DES BRAS DE MOR E Al" -SA IX Tl.

Cave ne sera point réengagé, dit-on, par la nouvelle direction de l'Opéra- Comique. Un journal effraye son abonné par cette phrase en lettres italiques : On ne le remplacera jamais! Et, pour la première fois, on se demande ce que c'est que Gavé.

Sous le rapport vulgaire du chant et de la diction, on l'ignore encore. Il sera suffisamment remplacé tant que son emploi restera vacant. Mais il est une fraction de Cave qui offre un mérite rare, qui à elle seul6 serait digne de la plume d'un his- torien : ce sont ses jambes. Là s'est réfugiée toute la fougue du talent lyrique, dramatique et champêtre de l'acteur.

Un ami de Cave lui conseillait un jour d'entrer en scène sur la tête. Il espérait beaucoup du jeu plein d'expression de ses tibias intelligents.

Mais pour n'avoir pas su utiliser ainsi un talent subversif, tant de mérite n'est devenu qu'un fléau scénique.

On ne se figure pas la foule de petits malheurs occasionnés par la pantomime gigottante de Cave. Et si de grands effets n'ont souvent que de petites causes, attribuons-lui, pendant que nous y sommes, la ruine du théâtre qui a le bonheur de le posséder.

Qui n'a cru découvrir, en effet, la solution du mouvement perpétuel dans le balancement poétique de cet acteur, dont les jambes sont en état continuel de crispation; qui jette toujours son corps en avant pour ramener ingénieusement ses jambes, chacune à leur tour, sur le premier plan ; qui danse un couplet, tré- pigne une ariette, et est parvenu à remplacer une roulade par une gambade !

Talons écorchés, cors écrasés, chevilles compromises, souffleur démoralisé, tels sont les résultats de la méthode innovatrice de Cave. Aussi, terreur unanime quand il occupe la scène. Fuite de ceux qu'il poursuit, précaution de ceux qu'il approche, douleur de ceux qu'il endommage, toutes ces impressions particulières doivent singulièrement nuire à l'ensemble de l'exécution et à la satisfaction générale.

Si Cave est si redoutable dans les moments de confiance tranquille où il répond par le sourire de la satisfaction intime aux rires moqueurs du parterre, jugez de ce que ce doit être quand lui-même est à son tour agité d'une crainte légitime ; quand il se trouve en face de Moreau-Sainti. dont les bras harmonieux ont le même inconvénient que ses jambes sagaces, et qui, si vous n'y prenez garde, ne vous

18

�� � 274 HISTOIRE

enfonce pas moins son doigt dans l'œil, bien que ce soit le plus moelleusemcut du monde, suivant les règles de l'art et avec plus de grâce que quiconque.

Aussi, quand ces deux messieurs sont en scène, à voir les battements effrayés

de l'un et les embrassements interminables de l'antre, le compositeur s'informe d se qu'est devenu sa musique, le souffleur se réfugie dans son arrière-trou, le public se demande où il est, el tout le inonde a l'air prodigieusement satisfait.

3 mars 183).

��XII.

��1. ECIPROCITE.

Une heure du matin. — Rue déserte.

— Monsieur, pourriez-vous me dire l'heure, s'il vous plaît?

— Je n'ai pas de montre.

— Seulement l'heure approximative.

— Onze heures.

Le premier individu, tirant vivement sa montre. — Eh bien, vous allez joliment ! 11 est une heure i\a quart.

Le second i.muvidi , tirant la sienne. — Vous avancez de dix minutes!.. Mai-, au fait, monsieur, puisque vous avez une montre, pourquoi votre demande?

— Mille pardons, monsieur; c'est que je craignais que vous ne. fussiez un voleur, et, pour prévenir une question désagréable, j'ai pris l'initiative. Du reste, mon innocence est prouvée par le premier mouvement consciencieux qui m'a l'ai: inconsidérément tirer mon régulateur. Je suis horloger.

— Pardon alors, monsieur, de la sécheresse de mes réponses. Je craignais parcil-

ir vous ne fussiez. Au reste, la même raison m'a fait tirer inconsi- dérément mon régulateur. Je suis aussi horloger. — Ainsi, confrère, vous avancez.

— C'est vous qui retardez.

— Laissez donc!

— Ahl oui.

Les deux interlocuteurs se touchent la main.

— Adieu, confrère qui avancez.

— Adieu, confrère qui retai Cinq minutes après.

Chacun des horlogers, à part soi. — C'est égal, j'ai toujours prouvé au cet; clair comme le jour, que c'est lui qui va mal.

1 ' nars 1331.

�� � DES OEUVRES DE BALZAC. 273

��XIII.

��TOUCHANTE ATTENTION D UN PAPA.

— Mon ami, dit le papa à son fils, Paganini est arrivé ; Paris possède enfin ce prodige.

— Qu'est-ce que c'est que Paganini '? demanda le fils à son papa.

— Comment ! dit le papa à son fils, tu ignores de pareilles choses? Mais qu'ap- prends-tu donc à l'enseignement mutuel ?... Paganini est le généralissime des vir- tuoses apparus depuis le déluge ; c'est le Napoléon des violons.

— Ah ! dit le fils.

Et il alla jouer à la balle.

Le papa, comme absorbé par une combinaison financière, resta quelques instants sileucieux, puis il rappela son fils.

— Mon ami, lui dit-il, tu n'as encore que huit ans ; une longue carrière s'ouvre devant toi, pendant laquelle tu verras oien des choses surprenantes, mais jamais aussi surprenantes cependant que ne l'est Paganini, — à ce qu'assure mon journal. — Ainsi, mon enfant, quoi qu'il en coûte à ton père, je te mènerai ce soir à l'Opéra ; je veux que, dans la suite des temps, tu puisses dire que tu as vu ce divin maestro.

— Papa, est-ce qu'il en coûte cher pour dire cela'?

— Trente francs, mon fils.

— Dieu ! papa, avec trente francs, comme on aurait des chaussons et des sucres d'orge !

— Allons, mon ami, va te faire habiller par ta bonne et prépare-toi à l'ad- miration.

L'enfant se fit habiller, se prépara à l'admiration en dînant comme quatre et alla le soir à l'Opéra.

Arrivé là, l'enfant récompensa la touchante sollicitude de son papa par un long somme qui tenait de la léthargie.

C'est égal ; dans la suite des temps, le petit gaillard pourra dire qu'il a vu Paganini.

17 mars 1831.

XIV.

HÉROÏSME EN ROBE DE CHAMBRE.

L'Autocrate, sonnant. — Esclave, apporte-moi Diebitsch.

— Sire, j'ignore où est le maréchal.

L'Autocrate, ressonnant; un second valet arrive. — Esclave, la schlague à ce butor, et apporte-moi Diebitsch.

�� � 276 HISTOIRE

Le Maréchal. — Siré, Sàbalkanski attend les ordres de Votre Majesté.

L 'Autocrate. — Eh bien, Diebitsch Sàbalkanski (puisque tu as deux si lieaux noms pour toi tout seul), j'ai besoin de t"i.

Le Maréchal. Parlez, sire.

L'Autocrate. — Je vais parler aussi; mais, toi, tu vas te taire. — J'ai conçu un vaste projet pour la réussit" duquel j'ai déjà toute la fermeté de vouloir qui distingue les czars, et, de plus, l'assurance de la protection du Très-Haut; il ne manque plus maintenant que l'appui de ton bras... Lli bien, qu'en dit ton bras?

Le Maréchal. — Mon bras dit oui, sire.

L'Autocrate. — Bien. — Pour éviter de faire longtemps encore une pension royale à notre cousin Charles X, j'ai déridé dans ma sagesse que je le replacerais sursoit trône; après quoi, bien entendu, nous nous inscrirons comme créanciers sur sa liste civile. En conséquence, puisque tu touches annuellement trois cent mille roubles pour l'entretien de la gloire de notre règne, c'est toi que je charge de mener à bien cette héroïque entreprise.

Le Maréchal. — Sire, vous me voyez tout prêt à vous obéir en tous points. Mais je me permettrai de faire observer à Votre Majesté que la Pologne est en pleine révolte.

I." \i tocrate. — Ah ! c'est juste! J'oubliais de te tracer l'itinéraire à suivre. En passait, tu anéantiras les Polonais jusqu'au dernier ; de là tu te rendras à Holy-Rood pour prendre la famille cosmopolite dans un fourgon ; tu iras aux Tuileries, au coin du pont lioyal, asseoir sur le troue des Français leur monarque chéri, et puis, là, tu attendras mes ordres.

I.i M hiéchal. — Comment ! sire, est-ce que vous n'entrerez pas dans Paris à la tête de votre armée.'

L'Ai tocrate. — Non, Diebitsch. Je crains trop les rhumes de cerveau et les conspirations pour m'exposer de la sorte. Tu sais que c'est ce qui a compromis la santé de notre auguste frère Alexandre : il en est mort.

Le Maréchal. —Vive l'empereur Nicolas !

L'Autocrate. — Encore bien dit. — Ainsi donc, Diebitsch, à toi la peine, à nous

la L'Ioire. Tiens, voilà cent mille roubles pour te donner du cœur : tu trouveras

autant de Russes dans ma cour. Fais-en tuer le moins possible ; cependant nova

pas t'en faire faute; il y en a encore. Bonne campagne! que le Très-Haut te

nous aussi !

C'est à la suite de ces héroïques instructions que le maréchal Diebitsch fit, comme un bon et modeste Russe, la réponse suivante que nous garantissons | r

— Vous voulez. BÎre, que je ivnn tte mes botte- de conquérant ; eh Lien, je vous prom ts de ne les quitter que sur la place du Carrousel, pour les faire décrotter par les Parisiens ! •

n mars II

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 277

XV.

FANTAISIE .

Application d'un génie d'homme à une carcasse de baleine et à une bâche de bois.

Il y a quelques années, un industriel s'avisa d'imaginer qu'un cétacé pouvait servir à autre chose que faire de l'huile, de la bougie et des buses, et il fit des fleurs en baleine.

L'œuvre fut si parfaite, que tous les amis de l'industriel étaient dans une admiration dubitative, laquelle l'industriel ne daignait seulement pas convaincre.

Mais, le monarque d'alors s'étant permis de hocher royalement la tête, parce que l'industriel s'engageait à faire toute une serre artificielle avec la baleine des Pays-Bas, alors celui-ci sollicita de l'obligeance d'une des dames, le buse de son corset, dans l'intérêt de l'art, et, entre ses mains, cet inélégant tronçon servit de tige à une rose admirable, ne cédant en rien à la nature par la suavité de l'appa- rence et le charme du coloris.

A ce coup, bruyant concert d'éloges de cour.

Cela seul eût suffi à la fortune d'un artiste ayant déjà vingt mille livres de rente. Or, comme il ne manquait plus que cela à celle de notre industriel, il renonça à la baleine, se disant une dernière fois cétacé.

Adonc, cet hiver, assis au coin de son feu, les jambes étendues comme un homme qui attend la fortune, en jouant avec ses doigts et en se manuélisant le cer- veau, il s'avisa d'imaginer qu'une bûche pouvait servir à une autre chose que faire des cendres et des allumettes, et il en fit des chapeaux à l'usage des deux sexes.

Dire une pareille chose semble folie de notre part; c'est donc prodige de la part de celui qui l'a conçue et réalisée.

Car il n'est aucune étoffe que n'imite à s'y méprendre les fragments de la bûche en question. Velours, gros de Naples, pluche et autres bagatelles ont été transférés du chantier dans les ateliers de nos premières modistes, et Longchamps verra plus d'un élégant minois gracieusement encadré dans une coiffure de bois.

En apprenant cette merveille, le comte de Camerano, grand protecteur des modes, a vite envoyé, rue des Fossés-Montmartre, au grand dépôt de la sylvestrine (c'est le nom des bûches perfectionnées), demander si, vu son titre et son rang, l'industriel ne pourrait pas lui confectionner un complet habillement indigène depuis les bottes jusqu'au chapeau, mettant généreusement pour cela toute une voie de bois à sa disposition.

Avec un peu de peine et beaucoup de bûches, l'industriel y est parvenu.

Mais, vêtu de la sorte, il a été généralementconvcnu qu'en bois blanc, le comte de Camerano ressemblait à un pierrot; qu'en acajou, il avait tout l'air d'une commode ; qu'en bois peint, on le prendrait pour un devant de boutique ; en sorte qu'on ignore encore sous laquelle de ces trois flatteuses apparences M. le comte se présentera à Longchamps. 24 mars 1831.

�� � 878 HISTOIRE

��M 1.

��CHAPITRE PUREMENT ADMINISTRATIF

��Repas de noce. — Vin du cru. — Coup (l'œil d'une mariée. — Coup de tête d'un maire. — Coup de pied du sort.

— Pierre, an repas de noce est un bien succulent passe-temps, mon ami!

— J'sais pas, monsieur le maire ; moi, j'y étais pas.

— Ce que c'est que de ne pas être doué de l'expérience des choses !... Oh ! vin appétissant..., marié du cru... homme légal, suis-je heureux!

— Monsieur le maire, voilà une lettre qui est venue pendant votre absence.

— Dis donc ma délicieuse absence, rustre trop peu poétique î

— Votre absence trop peu poétique, monsieur le maire.

— Après lecture)... Hein:... Qu'est-ce à dire?... Comment?... — Quoi? — ... Pierre, qui t'a remis cette lettre anonyme?

— Le facteur, monsieur le maire.

— Ah ! on se permettra d'effrayer l'autorité constituée, en bicorne eten écharpe, par des moyens insidieux! et encore sur quel sujet, s'il vous plaît? sur l'un des sujets les plus poétiques depuis le 29 juillet... (après la mariée et le vin du cru cependant) : sur l'Association patriotique, qui réalise la grande ronde de Déranger.... gaillard, qui s'y entend, celui-là, en fillettes, en vin du cru et en patriotisme!... Ab ! on croit me faire peur? — Pierre, l'individu qui t'a remis cette lettre était-il armé ? avait-il un visage bien sinistre?

— Monsieur, il était armé d'une boîte, et il avait un visage de facteur.

— Ah! non, je n'ai pas peur..., et je leur prouverai... Vouloir intimider un fonctionnaire public ; mais il y a là crime prévu par la loi... 11 y a conspiration fla- grante!... Ah ! c'est Vopinion du roi qu'il ne faut pas empêcher Chariot casse-tête de revenir tronquer nos institutions et nos individus !... Ah! les motifs de blàmc ont une force particulière à l'égard des employés du gouvernement !... Voyez-vous ça ! On va congédier les fonctionnaires parce qu'ils sont ennemis de l'ancien ordre des choses, de sorte que, persécutés également sous celui-ci ou sous l'autre, il ne leur resterait plus qu'à se faire naturaliser Portugais... à aller se faire pendre pour ne pas mourir de faim. Comme c'est probable!... — Voilà maintenant que l'effort

itané de l'appui le plus sympathique... ou pourrait même dire ici poétique... est un acte de l'opposition lapins déclarée. — Oh ! précieux!... — assurer la ise du pays est le devoir du gouvernement, de la garde nationale, de l'armée i t de- citoyens ; mais ce devoir n'appartient à aucuns autres... Ab ! bien gentil !... Mais, puisque la garde nationale, l'armée el les citoyens forment eux-mêmes cette iation, où diable pêchera-t-on les aucuns autres?... Qu'est-ce que c'est que ça, les aucuns autres/... Ab! on prend les lunettes d'un maire pour une optique & mystifications!... C'est ce que nous allons voir... — Pierre, donne-moi mon bicorne, Pierre; et puis ma canne à dard, Pierre.

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 279

— Monsieur va sortir à l'heure qu'il est?

— Oui, la dignité outragée veut qu'on sorte à toute heure ; s'il pouvait pleuvoir à verse même, ce serait, là la véritable poésie du devoir légal !

— Monsieur, ça tombe justement à sciaux.

— Eh bien, alors, donne-moi mon parapluie, Pierre... — Oui, c'est préci- sément demain matin que paraît le journal de l'arrondissement, et, en mettant au net un tas de belles pensées, beaucoup plus poétiques les unes que les autres, on verra comment je sais répondre aux menaces anonymes !... Allons, en route, et en avant le courage civil et le discernement individuel !

Le lendemain du repas de noce, les rayons d'un soleil printanier éclairaient également de leur équitable lumière et le réveil des nouveaux époux, et celui du maire, et celui d'une foule de bien d'autres encore que nous n'énumérerons pas ici, vu la quantité.

Le réveil des époux fut monotone comme une après-dinée, celui du maire, gai comme un vainqueur de bataille. Depuis longtemps ses journaux l'attendaient : il ouvre celui de l'arrondissement et voit son article, qui lui semble être le plus remarquable publié depuis l'invention de la presse périodique. Il le lit une fois, deux fois, trois fois, puis enfin le laisse là parce qu'à chaque nouvelle lecture il le trouvait toujours mieux. Par devoir, il ouvre le Moniteur...

O lecteur ! pour m'épargner la peine de vous l'expliquer, faites-moi le plaisir de vous figurer vous-même l'aspect tout apoplectique que doit prendre le visage d'un maire, quand ce maire voit rebaussé du titre d'officiel un article qu'il vient de réfuter, nous savons comme !

Cependant, il n'avait reçu qu'une lettre anonyme... C'est que, dans le grand nombre, une était partie sans la signature du sous-préfet.

Et, comme souventes fois il arrive que les plus petites choses décident d'évé- nements de plusieurs pieds de haut, il advint celle-ci, que M. le maire, qui, avant tout, voulait être un homme administratif, rentra dans la catégorie des simples particuliers portant lunettes, parce que, entre une démission et une bas- sesse, M. le maire trouva la démission beaucoup plus poétique.

14 avril 1831.

��XVII.

��CAUSONS UN PKI HOUT I CULTURE.

Bien que depuis le déluge quelques personnes aient eu la louable attentionné cultiver un peu la science horticole en France, afin seulement que l'invention ne s'en perdit pas, il faut convenir que cotte intéressante branche d'industrie y a été fort longtemps négligée.

Cependant, nos visites guerrières à maintes capitales nous ont appris, parmi tant d'autres choses, que, dans chacune d'elles, l'horticulture était non-seulement

�� � un genre de plaisir généralement apprécié, niais encore une source féconde de richesses et de prospérité.

Or, comme, en fait de bonnes idées, nous sommes peu récalcitrants, nousavons goûté du plaisir, nous avons goûté de l’importance végétale, et nous avons pensé que c’étaient choses convenables à importer.

Depuis lors, de généreux efforts, de coûteux sacrifices ont vaincu les premiers obstacles, et aujourd’hui cette science, élaborée péniblement par des hommes modestes et silencieux, a offert des résultats qui atteindront bientôt la supériorité.

De cette amélioration il commence à résulter ce qui existe déjà à Berlin, Vienne, Edimbourg et surtout à Londres : toutes les classes s’intéressent et prennent part à une occupation pleine de charmes et de succès réels; chacun, suivant la somme de ses moyens, veut concourir à l’œuvre de mode; entre la lucarne fleurie de la grisette et le jardin du riche capitaliste s’agitent les progrès ambi- tieux de toute une population de petits propriétaires.

A une pareille armée de praticiens volontaires, il faut autre chose que de sèches théories jetées de loin en loin par un sixième étage. Une nouvelle associa- tion d’homme- spéciaux formant une Académie d’horticulture, et appelant à en faire partie tous ceux qui le désirent, nous semble le moyen le plus efficace pour régulariser au profit de la science, et maintenir toujours dans une salutaire direction un goût général auquel pourrait nuire une foule d’erreurs particulières.

Ce n’est pas dans les colonnes réclamées par le ridicule que nous chercherons à analyser le but de cette entreprise d’un intérêt du premier ordre. Que ceux qui voudront s’associer à ses utiles travaux, connaître ses moyens d’opérations, concourir aux prix trimestriels qu’elle décerne, que ceux-là se dirigent rue Taitbout, n 1 i; ils y trouveront des renseignements curieux.

Quant à nous, puisque nous avons sous les yeux le premier numéro du Jour- nal de l’Académie d’horticulture, nous extrairons quelques lignes d’un article sur la Symétrie îles jardins, par M . Ch. Lautour-Mézeray, dans lequel cet écrivain, qui instruit sans prétention, frappe de sa plume nerveuse les ridicules horticoles : « Depuis le démembrement des grandes fortunes, qui, sous les rapports de l’aisance individuelle, a produit d’heureux résultats, nos mœurs se sont nivelées à la juste mesure, de nos propriétés et de nos appartements; dès lors, un étrange chan- gement dans la signification des mots : un nouvel enrichi a donné le nom de châ- teau à 3a petite métairie; M. l’épicier a parlé de ses domaines, et chacun surtout ahrigué les honneurs dujardin anglais; car c’est sous cette dénomination générique que l’on a confondu les jardins paysagers, les parcs et jardins-parcs. Ces jardins sont aujourd’hui en possession de la faveur du public; il n’_\ a pas de petil propriétaire qui ne bâti le une maison de campagne sur quelques toises de terrain, qui ne veuille avoir son jardin; délaces travestissements d’un genre qui doit, il

est vi i nter les accidents de la nature en petit, mais dont les proportions

doivent toujours avoir leur échelle, lin jardin paysager doit Être riche de perspectives

lérouler en tableaux ; des aspects nouveaux doivent s’y découvrir, les

tes de la vie contrer sans prétention ; ce doit Être enfin une vue de campagne harmoniée et resserree dans un petit cadre. En France, où malheureuscment on ne fait étude de rien, où l’on envie la propriété d’une chose parce que le voisin la possède, on dédaigne de se résigner à une position large et naturelle pour s’exposer au ridicule d’une imitation grotesque et imparfaite d’un état de fortune au-dessus de ses moyens. Aussi voyons-nous les propriétaires de ces petites maisons décorées du nom de campagnes et ensevelies sous les flots poudreux de la canicule, supporter courageusement les fatigues de toute une semaine de travail, dans l’espérance d’aller respirer l’air frais du jardin de la plaine des Sablons. Ce jardin présente trois fois la grandeur d’une salle à manger raisonnable. Il eût été facile d’en faire une pelouse agréable; le malencontreux propriétaire a voulu un jardin : il a vu des boulingrins, un pont, un rocher, une futaie dans les sites délicieux de Trianon... Il fait une taupinière, un pont sans eau, une futaie avec deux peupliers, une rivière avec une mare! J’allais oublier le rocher, — c’est le maçon qui s’en est chargé. »

21 avril 1831.

��XVIII.

HISTOIRE DU PROGRAMME D’UNE CÉRÉMONIE QUI EUT LIEU A UN HOTEL DE VILLE EXTRÊMEMENT ÉLOIGNÉ DE PARIS.

Un Préfet, très-agité. — Diable! diable! j’ai à organiser aujourd’hui même une fête superbe, éblouissante, séduisante, et, pour cela, je n’ai à moi ni temps, ni ouvriers, ni instruments, ni invités, et, ce qui est pire, point d’argent !... Mais j’ai mis tout mon monde en campagne, toute la préfecture court la ville, et, pour peu que mes agents ne soient pas des imbéciles ni mes administrés des gens d’esprit, peut-être pourrai-je parvenir à organiser ma fête... ou une fête quelconque... car, après tout, pourvu que ce soit une fête, voilà ce qu’il me faut...

Premier Agent, tout essoufflé. — Monsieur le préfet, je vous amène le corps des tapissiers. Mais, comme on sait par la ville l’embarras de votre position, ils ne consentent à vous prêter appui qu’autant que vous leur accorderez certaines pré- rogatives... (Tirant un papier de sa poche d’agent.) Au reste, voilà leurs conditions...

Le Préfet. — C’est bon, c’est bon ; jette ça au panier; dis-leur que tout ce qu’ils demandent leur sera accordé, et mets-moi vite ces gaillards-là à la besogne.

Second Agent, aussi essoufflé que le premier. — Monsieur le préfet, je vous amène un orchestre complet; mais MM. les musiciens ne veulent jouer ce soir qu’à condition que...

Le Préfet. — C’est bon, c’est, bon; toutes les conditions possibles, je les accepte. Nous aurons donc des musiciens ?

L’Agent. — Oui, monsieur le préfet, et des rafraîchissements aussi. Le limonadier de la préfecture veut bien en fournir gratis, mais seulement si l’on diminue ses contributions..

Le Préfet. — Va dire à ces bonnes gens-là que je serai le plus complaisant de tous les préfets, et fais vite apporter les instruments et la limonade ; dépêche-toi. 282 HISTOIRE

Troisième Agent. — Ali! monsieur le préfet, la cérémonie est flambée! Pas moyen d'avoir un bal sans danseurs, et les officiers ne veulent pas venir s'il y a des bourgeois, parce que ceux-ci les mit insultés. — Impossible de composer une réunion un peu propre, s'il n'y a pas quelques vieilles têtes de magistrats. Ces vieux entêtés-là ne veulent pas venir s'ils iront point la préséance sur la noblesse. — La noblesse ne viendra point, si elle n'a le pas sur la magistrature. — Jusqu'aux bourgeois qui font les difficiles et resteront chez eux si le candidat libé- ral n'est pas nomme aux élections !

Le Préfet. — Diable: diable! Je n'avais pas prévu tous ces embarras-là!... Eli bien, mon ami, mon excellent ami, tu vas retourner chez tous ces ambitieux. Dis aux officiers qu'il n'y aura pas un seul bourgeois; aux magistrats, qu'ils auront la préséance; à la noblesse, qu'elle aura le pas (dire lequel, par exemple, je n'en sais rien); enfin aux bourgeois, que le candidat libéral sera nommé, par la raison toute simple que les votes sont libres, et que, par conséquent, cela ne dépend pas de moi. Dis tout cela, mon ami, et nous aurons ce soir une fête superbe, éblouissante, séduisante.

Dix heures du soir.

L'hôtel de ville est illuminé, une musique harmonieuse électrise une partie de la société déjà arrivée; l'allégresse est générale.

Trois heures du matin.

Des cris remplacent le son des instruments, les lustres sont brisés, les invités se prennent aux cheveux; le tumulte est au comble.

l)i i \ Mi S1CIENS, sortant du champ de bataille. — Eh bien, Colophane, chacun, ce soir, a été joue comme il faut ; nous avons vu là une fameuse danse! Reste à savoir maintenant qui payera les violons!

28 avril 1831.

��M \.

i x CONCIL1 \ BULE CARLISTE.

Mon compagnon frappa mystérieusement trois coups à une petite porte qui s'ouvrit comme d'elle-même, et nous entrâmes.

— Ali çà, lui dis-je, vous m'avez mené à une loge de francs-maçons?

— Non, me répondit-il à demi-VOÏx, je vous ai mené à un conciliabule, et à un eonciliabulc carliste encore.

Cela io" parut chose digne d'être vue, et je le suivis en Bilence, tandis qu'il montait un noir escalier en colimaçon, qu'il enfilait trois obscur cori idorsel qu'il escaladait une petite échelle qu'on retira quand nous fûmes parvenu, au faite.

- tions dan-, la salle dea séances, qui était tout Bimplemenl un vaste gre- nier, sur les mur duquel on avait attaché quelque tapii erie représentant des

tyrs, des saints et des rois de France.

�� � DES OEUVRES DE BALZAC. 283

L'assemblée était aussi singulière que le lieu de la réunion. Il y avait plusieurs tonsures, des figures que l'on rencontre dans les salons et aux deux Chambres, de vieilles marquises, de jeunes femmes, et jusqu'à d'ignobles faces d'ex-gendarmes.

Pour ma part, j'y reconnus le vicomte de C....ac, le petit baron de V... et la charmante M 11 de B...

Nous prîmes place près de cette dernière, mon guide avec un recueillement religieux, moi avec une curiosité vive.

Un orateur occupait la tribune, si on peut appeler de ce nom une modeste chaise qu'on devait sans doute à la munificence de l'invisible portier de cette habitation. L'orateur était un homme puissant de corps, faible d'éloquence, mais chamarré de rubans de plusieurs ordres.

— Oui, s'écria-t-il en terminant d'une voix éclatante, si j'aime et si je regrette cette noble et malheureuse famille, c'est que je crois sincèrement qu'elle seule comprend et peut faire le bonheur de la France. Car que demandons-nous, nous qu'on accuse sans cesse? le bonheur de la France et les honneurs dus à nos illustres ancêtres. Voilà tout.

Au bruit de cette logique, je me crus un instant à la Chambre des députés.

Une approbation générale, mais toute légère et de bon ton, accueillit l'orateur lorsqu'il sauta à bas de sa chaise.

D'autres lui succédèrent, qui, à peu de chose près, répétèrent le même dis- cours, sans doute pour la plus grande édification des auditeurs. Les finales seules me semblèrent offrir quelque différence.

Un jeune abbé, sentant le musc et le jésuite à quinze pas, vit le bonheur de la France dans le retour de la foi et le triomphe de la religion.

Un vieillard qui avait des culottes de satin noir et des manchettes plissées, assura, lui, que la gloire de la patrie, c'étaient les lumières puissantes d'une noblesse affermie.

Et cependant, malgré ces variantes bien distinctes, chacun des discours fut accueilli avec une égale bienveillance. Ceci m'expliqua comment un gouverne- ment qui n'a que de tels appuis ne peut exister longtemps. Chacune de ces ambi- tions altières qui se réunissent et se flattent pour former un pouvoir le détrui- sent bientôt elles-mêmes en voulant ensuite le posséder chacune séparément.

Avant de se quitter, on arrêta le jour de la prochaine réunion, à laquelle tout le monde promit bien de ne pas manquer, le marquis de F... y ayant promis lec- ture d'une lettre de son correspondant d'Holy-Rood.

On replaça l'échelle ingénieuse qui permettait de conspirer tranquillement loin de la terre et de la garde municipale; chacun descendit comme il put, et, dans cette marche pénible, j'eus la meilleure preuve de ce courage du dévouement quiaffronte tous les dangers pour faire triompher une cause.

Au jour indiqué pour remonter l'échelle, je courus chez mon introducteur, afin de l'accompagner une seconde fois... Mais, ô fragilité des machines humaines! le cher ami n'était plus carliste de la veille. Un poste honorable en province

�� � 284 HISTOIRE

l'avait subitement éclairé sur ses erreurs politiques; Charles X comptait un par- tisan de moins.

Dans l'impuissance de m'instruire davantage, j'apprends toujours à mes lec- teurs ce que j'ai pu savoir, et, dans le cas où l'un d'eux, par trop scandalisé, vou- drait indiquer à M. Vivien le lieu des séances, elles se tiennent rueSaint-Honoré, près la Halle.

5 mai 1831.

XX.

i \i CONNAISSANCE.

Ce dimanche-là, ne sachant où aller, je m'acheminai machinalement vers le théâtre Montparnasse, réceptacle dramatico-champêtre de toutes les grisettes de Paris.

J'entre au parterre, et le hasard me place près d'au jeune et piquant minois, au teint frais, aux beaux yeux bleus, à la taillf svclte et gracieuse.

Mon cœur philanthrope n'a jamais pu résister à la vue séduisante d'un tablier noir servant d'enveloppe à tant d'attraits...

Placé fort proche de ma gentille voisine, j'essayai d'entamer la conversation. J'offris d'abord ma lorgnette. C'est toujours par là que je commence : il est bon de voir déjà les choses du même œil. Ma voisine est une petite brocheuse, qui, moyen- nant ses soixante centimes, vient prendre de l'agrément pour toute la semaine. Paraissant extrêmement sensible, elle répandit quelques larmes brillantes et Qtées sur le sort de l'infortunée Léonie. Je mêlai mes larmes aux siennes, et nous fîmes un duo fort attendrissant.

Bientôt nous fûmes comme d'anciennes connaissances. J'eus même l'ineffable joie de lui présenter l'hommage respectueux de mes sentiments sous la forme d'une orange payée pour être de Malte. Dès lors, mademoiselle Chonchon (c'est le nom de ma belle) de temps en temps appuya son joli bras sur mon épaule, pen- cha sa tète sur ma poitrine. Vous devez penser, mes amis, dans quel état mon pauvre cœur tait. A ses battements précipités, on l'aurait cru gratifié du plus solide anévrisme.

Enfin, la toile baissée pour ne plus se relever, j'offre mon bras qu'on accepte, non sans quelque hésitation, et, d'un air grave comme une patrouille de la garde nationale, je reconduis la jeune fille dans le domicile paternel situé rue de la Huchette. Cependant, chemin faisant, j'obtiens quelques propos de reconnais- sance, quelques promesses vagues, paroles enivrantes qui rafraîchissent les sens c inme une rosée de feu. La soirée était calme, le ciel étoile comme le poitrail d'un I ; pas la moindre averse pour apaiser les passions, pas ]<■ moindre pompier

ippléer la nature... Je pris flamme !

Surmontant ma timidité habituelle de i (| degré au-dessous de zéro, je sai i- la main de mademoiselle Chonchon avec toute la délicatesse d'un gendarme.

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 285

— Mademoiselle ! m'écriai-je, les pieds parfaitement en dehors, mais fort ému en dedans; mademoiselle! cotte main délicieuse, qui semble vous appartenir, je ne consentirai à vous la rendre que quand vous m'aurez permis de vous revoir! Ouf!

Comme je m'y attendais, la pauvre demoiselle parut fort surprise. Mais ce fut moins de. ma proposition que de la pantomime qu'elle m'avait coûtée, car elle m'assigna le plus gracieusement du monde un rendez-vous pour le lendemain soir à huit heures, devant l'église Saint-Sulpice. Puis, là-dessus, elle rentra gaiement chez papa et maman, tandis que, moi, je tirai ma montre pour compter désormais les heures par minutes et par secondes !

Le lendemain, à sept heuresdu soir, j'étais déjà en toilette de bal. Un rendez-vous produit sur moi l'effet des plus violentes contredanses, et c'est toujours dans ce costume que je m'y rends. Arrivé sur la place du Palais-Royal, j'aperçois un groupe d'individus; j'avais une heure à perdre, je m'approche et j'augmente le rassemblement de ma somme d'existence en petits souliers.

Comme j'allais adresser ma question de nouveau venu, je me trouve tout à coup nez à nez avec une énorme colonne d'eau. Croyant au prodige d'une trombe aérienne, je suis extrêmement flatté que le phénomène ait bien voulu me distin- guer de la foule; je regarde en l'air pour le bien apprécier; je cherche, mais je ne vois rien : je suis mouillé, trempé, inondé, transpercé, diluvié; je suis seul main- tenant, chacun a fui le terrain aquatique. — J'en fais autant.

Touchée de mon héroïsme et de ma longanimité, la foule m'essuie, me plaint et m'instruit. Le pompier, homme tout d'enthousiasme et de dévouement, n'est plus qu'une machine ministérielle. Le voilà, faisant de l'ordre public à deux sous la voie! Maladroitement arraché à l'élément terrible qui lui assigne l'estime, tou- jours, — la mort, souvent, — que de haines il allume pour éteindre une gambade ! que d'amours-propres noyés! — Car...

— Ah ! — ni ! — ho ! — bravo ! — ohé ! — fameux ! — hohohoho !

— Qu'est ceci ! une charge de dragons?

— Non, monsieur, une charge de simple particulier.

En effet, un jeune homme qui a acheté un seau plein à un porteur d'eau, tourne la place, arrive derrière l'officier commandant les jets d'eau, et, d'un bras vigou- reux, le coiffe de ce coffre à liquide, qu'il abandonne en fuyant, fflistoriquej. — Hermétiquement imprégné, manquant d'air et probablement de commodité, l'offi- cier s'agite furieux et prononce d'énergiques jurons qui semblent sortir d'une grosse caisse, jusqu'à ce qu'un pompier, quittant sa pièce, vienne rendre son com- mandant à la respiration et à l'hilarité publique.

Je trouvai fort ingénieuse cette tentative de représailles; mais, comme elle n'avait on rien séché mes habits, je rentrai vite pour en changer, ne voulant pas voir mon rendez-vous tomber aussi dans l'eau.

Déjà, depuis cinq minutes, huit heures avaient sonné, lorsque mon pied pal- pitant atteignit enfin la place Saint-Sùlpice, place d'ordinaire solitaire et mysté- rieuse... Elle n'était ce soir-là ni de l'une ni de l'autre nature. Une foule inquiète inondait son pavé. Ne voyant point de pompe, j'approchai.

Enhardi parla figure charmante et la démarche incertaine d'une jeune fille,

�� � 286 HISTOIRE

un élégant l'avait cavalièrement accostée ; mais tout aussitôt un grand gaillard, brutal et cordonnier, était tombé sur le couple à triples coups de tire-pied, et. depuis cinq minutes, les deux champions se rossaient avec une égalité de grâces musculaires qui intéressait trop vivement la foule pour qu'elle les séparât.

La jeune fille, c'était Chonchon ; le jeune fashionable, c'était un ami auquel j'avais confié l'aveu de ma témérité. Je le remerciai beaucoup d'en avoir acc< les conséquences chanceuses, et je m'en allai prendre un riz au lait.

19 mai 1831.

XXI.

LE MEILLEUR RÉPUBLICAIN.

Gloire et envie à M. Bonnichon ! Vive M. Bonnichon ! marchand bonnetier, milicien volontaire, citoyen de la terre promise, consommateur de la manne divine !

Il n'a pour toute influence qu'une figure honnête, un fourniment complet et des bonnets de coton vulgaires. Vous me direz que c'est peu de chose pour une sommité politique ou une gloire quelconque. C'est vrai. Mais le destin a tout fait pour M. Bonnichon.

D'abord, il pouvait naître sur l'horizon glacé, où le knout réchauffe l'homme ; sous le ciel brûlant d'Italie, où un parasol ou un cchafaud servent de rafraîchis- sement. Point. 11 est né Butte-des-Moulins, h Paris: il est Français. Dès lors, le voilà, pour sa part, héritier du luxe de Louis dit le Grand; de la gloire

■on, qui s'est fait grand; des expériences mal comprises de feu M. de Robespierre.

11 a à choisir parmi vingt religions : il se fait républicain. C'est son goût. Mais il vit sous une monarchie. C'est désagréable.

Un jour, le roi de M. Bonnichon divague, le trône fléchit : son roi s'en va, le trône s'écroule, et M. Bonnichon pousse un soupir politique. On parle de répu- blique : il se rappelle celle d'Athènes, colle de Rome, celle de V\\-^ <>i k : et, appli- quant ses lumières en cotonnades à une organisation sociale, il sVn va partout colportant, pesant, balançant, élogiant les avantages athéniens, romains, am. - ricains.

h i, la fortune de M. Bonnichon le sert encore malgré lui. Il est Français. Li Français aé malin créa le vaudeville. On lui crée une république 'Après à sa taille. On lui en donne une supérieure à toutes les autres, car elle ne ressemble à aucune. Le lendemain, il peut mettre sur ses cartes de visite : Bonnichon, bonne- tier, citoyen de la meilleure des républiques.

Jeudi dernier, il est réveillé un peu tôt par un bruit de lui fort connu. C'est le rappel. Harmonie commerciale qui avertit les industriels qu'en les dispense ce jour-là de régler leurs affaires.

— Allons, bobonne, dépêche-toi ! s'écrie M. Bonnichon secouant magnani-

�� � DES OEUVRES DE BALZAC. 287

moment son bonnet. Brosse vite mon uniforme, sors mon schako, décroche mon fourniment. Voilà de la besogne.

— Dieu de Dieu ! que vous êtes audacieux, monsieur Bonnichon ! Dire qu'à votre âge que vous soyez ainsi susceptible d'émeutes. Que c'est hétérogène ! Qu'avec ça, dans les émeutes, on peut faire des mauvaises connaissances, et que chacune vous revient toujours à quinze francs d'extra, l'une dans l'autre.

— Que veux-tu, bobonne ! quand on est sergent de la meilleure des répu- bliques, il faut faire son devoir. Une supposition qu'il n'y aurait plus d'ordre public, vois-tu, il n'y aurait plus de garde nationale. C'est sûr. Eh bien, moi, je ne dois pas souffrir qu'on menace l'ordre public, parce que mon uniforme m'a coûté cent soixante-quinze francs cinquante centimes, et que, s'il n'y avait plus do garde nationale, mon uniforme ne me servirait de rien... Et puis, il faut que je tâche de mériter la croix d'honneur qu'on m'a donnée il y a deux mois.

— Adieu, mon pauvre chat !

— Adieu, chérite ! Ne sois pas inquiète, va ; j'enverrai le tambour te donner de mes nouvelles.

(Par la croisée.) — Bonnichon ! Bonnichon ! !

— De quoi, bobonne?

— Attends donc une minute. Que tu cours comme un étourdi, que tu as oublié ton fusil, que voilà ton fils qui te le descend, avec un morceau de sucre et un mouchoir blanc.

Rue Saint-Denis.

M. Bonnichon, avec sa compagnie, devant un rassemblement. — Messieurs les perturbateurs, voudriez-vous bien, je vous prie, avoir l'obligeance de vous évanouir, s'il vous plaît? Votre présence coupable gêne ici le cours du commerce et des omnibus. Bctirez-vous donc vous-mêmes, estimables perturbateurs ; autre- ment, vous me forceriez à vous y sommer.

Une voix. — Qui donc qui parle d'assommer?

Un ouviuei;. — Si nous nous retirons, aurons-nous de l'ouvrage?

Un ivrogne. — Diminucra-t-on l'impôt vineux?

M. Bonnichon. — Messieurs, la force non armée ne délibère pas, je ne puis en enteudre davantage...

Ici, un pot Je fleurs couvre la tête et la voix de M. Bonnichon.

��Une chambre à coucher.

M. Bonnichon, au lit. (Ou lui pose les sangsues.) — Comment, bobonne, pendant que, là-bas, j'étais martyr de ma cause, on est venu piller ma boutique ? Faire de l'ordre public, et perdre ses bonnets de coton! c'est dur !... Mais tu ne leur as donc pas dit que j'étais sergent de la meilleure des républiques?...

— Ça ne prend pas.

�� � 288 HISTOIRE

— C'est que tu les mets trop haut, chère amie. — ... Que j'ai la croix de la Légion d'honneur?...

— Eu voilà encore une qui tombe.

— C'est que tu en mets trop à la fois, bobonne. — ... Que je suis ami des libertés : de celle de la presse?

— Ah ! celle-là mord bien.

— Oui, je le sens ! — ... Enfin, le défenseur zélé d'un trône entouré d'insti- tutions républic...

— Ah ! les voilà en tin.

— Ohi ! ahi ! holà ! bobonne, comme elles piquent !

•23 juin 1831.

��XXII.

GUILLOTINE A CHIENS.

Ceci n'est point une histoire.

— Est-ce qu'on n'a pas affiché mon ordonnance contre les chiens?

— Si, monsieur le préfet. Il y en a même un superbe exemplaire à votre porte.

— Maison en rencontre dans tout Paris, se promenant la tête haute comme les républicains un jour d'émeute.

— C'est qu'ils n'auront pas bien lu l'ordonnance. On l'a placée trop haut.

— Il est cependant indispensable de se débarrasser de ces animaux-là ; car, à voir le caractère des Parisiens, il paraît qu'ils en mordent terriblemenl par jour.

— Cest bien vrai, monsieur le préfet. Faut-il alors lancer la boulette admi- nistrative, ou bien encore renouveler les massacres delà rue Guénégaud ?

— .Non. Aux hommes nouveaux, des moyens neufs. J'y songerai. Revenez, demain matin.

Le lendemain, c'était jeudi dernier, et voici ce qui arriva :

Parmi les innombrables voitures de toute forme et de toute espèce qui se croisent dans Paris, on en remarquait une inusitée par son aspi et, charrette mystérieuse qui cheminait lentement comme un corbillard de jeune fille.

G qu'il esl par une nouveauté toutes les vingt-quatre heures, plus d*un citadin passait insouciant sans honorer l'équipage d'un regard.

Mais il n'en était pas de même des pauvres chiens. Tous (initiaient leur maître, leur pâtée, leur devoir ou leurs affections, pour courir après la séduisante charrette, soib laque-Ile ('tait attachée une jeune et fraîche chienne de chasse aux formes potelées, au poil ondoyant.

Et, ici, voyez la perfidie. I ne j ilie chienne peut faire tourner la tête au chien le plu- . ' ■ ce qui arriva, la nature el .M. \ îvien aillant.

\ croyez peut-être que, par ce mode de processinn amoureuse, au retour de l'équipage à la préfecture, M. Vivien comptait gratifier, comme les étudiants, ces

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pauvres victimes de quelque touchante allocution? Non. Avant peu, la procession eût été trop Longue, et il y eut une apparence d'émeute.

Or donc, a mesure qu'un chien approchait avec cette confiance qui caractérise la race, un bipède a figure sinistre saisissait le quadrupède curieux, le lançait dans la charrette, et le chien avait vécu.

Après celui-là, un autre ; après ceux-là, d'autres, et tout cela sans bruit, sans efforts, sans cris, et cependant, chaque saut, chaque chien de moins pour la vie ; — Car une toile épaisse cachait les convulsions de ces victimes de l'amour et de la police; un individu blotti dans la voiture les étranglait à leur arrivée par manière de salutation.

Comme on voit, jusque-là tout allait bien, excepté pour les chiens, quand un incident vint troubler l'exécution de cette nouvelle gentillesse d'ordre public.

Dans un moment de disette canine, où la quantité des vivants diminuait en raison de celle des morts, l'homme qui était chargé de les appréhender au corps pour les lancer dans l'éternité s'avisa d'aller prendre comme délinquant un chien paisible, qui, assis sur le seuil d'une boutique, regardait aller les passants.

Entendant faire violence à Azor, sa maîtresse court voir ce qu'on lui veut ; le mari court après sa femme, l'enfant court après son papa; les voisins arrivent, les passants s'arrêtent, on crie, on jure, on pleure, on s'informe, et bientôt la voiture renversée fait rouler sur le pave seize cadavres de chiens !

Une pareille cruauté criait vengeance. Deux agents de police pour les seize meurtres parurent une compensation suffisante, faute de mieux, et on les chercha. Mais ils s'étaient évadés.

Alors, tous les marteaux mis à contribution, la guillotine roulante fut brisée, et un superbe feu de joie célébra ce grand crime. Malheureusement, il ne rendit la vie à aucun chien, pas même à l'infortuné Azor, que sa maîtresse emporta lamentablement dans ses bras, voulant faire empailler sans doute ce triste monu- ment de férocité préfectorale.

30 juin 1831.

XXIII.

LOGIQUE ASSOMMANTE.

Il est serviteur de police depuis plusieurs règnes, mais agent intelligent, rusé, sournois, perfectionnant le métier; c'est dire que, héros d'une profession ignoble, il a su se rendre plus ignoble qu'elle encore.

Aussi, son imagination fertile tient-elle en continuel émoi la sécurité du maître. Tout est-il tranquille, il invente une conspiration, un complot, quelque tentative ténébreuse; puis, à lui tout seul, il court détruire vaillamment cet épou- vantait que son astuce a fait surgir. Y a-t-il un rassemblement, pour peu qu'il s'en mêle, une simple querelle particulière devient une émeute. Enfin, il trouve- rait à exploiter ses talents préventifs et répressifs jusque sur la calotte d'un car-

19

�� � 290 HISTOIRE

dinal; et il parviendra à attraper une gratification là où d'autres ne gagneraient que les étrivières.

Aussi, jugez quelle époque délicieuse pour l'activité de notre homme que celle de notre liberté! Le voilà comme le poisson dans l'eau. Du matin au soir, il ne transpire que dénonciations, rébellions, sommations, suspicions, arrestations. C'est au point que, faute d'une prise dans la journée, par crainte de se rouiller, il serait capable de mettre la main sur le premier collet venu, quitte à trouver un motif après. Cette existence-là n'est qu'une longue crispation de geôle.

Adonc, le duc d'Orléans ne portant plus de chapeau gris, ni monsieur son père .le cocarde tricolore sous son parapluie, il fut décidé que tout citoyen devait jeter par la fenêtre son chapeau gris s'il en avait un, en mettre un noir s'il n'en avait pas, et laisser chez lui sa cocarde tricolore avec son chat, sa femme et son bonnet de coton.

Et, dès le matin, l'œil à la piste, la main démangeuse, le serviteur de la police, entouré de dévouements à tous prix, était sur la place de la Bastille qui flairait la sédition, se carrant comme un soldat français au matin d'une bataille.

D'abord passe un jeune homme, le nez en l'air comme un curieux, les bras ballants comme un oisif.

— Monsieur, je vous arrête, lui dit notre homme en le saisissant par son habit, sans doute pour estimer la finesse du drap.

— Bah! lui répond l'étudiant, et pourquoi donc?

— Parce que vous portez un chapeau gris à cocarde tricolore et que nous avons un roi citoyen.

— Ah! c'est juste, dit le jeune homme. Et, en fredonnant la Parisienne:

«... D'Orléans, toi qui l'as porté... »

il suit, insouciant, les gardes qui le conduisent au violon.

Après celui-là arrive un monsieur, chapeau en tête, comme tous les gens qui ne portent ni casquette ni bonnet à poil.

— Monsieur, lui dit le serviteur de la police, je vous arrête.

— Bah! et pourquoi donc? demande le bourgeois.

Parce que vous n'avez pas de cocarde à votre chapeau; ce qui prouve évi- demment que vous en avez une dans votre poche.

11 fallait que l'homme au chapeau fût un terrible raisonneur, car il paraissait vouloir rétorquer cet argument; mais un détachement de gardes nationaux qui l'emmena ne lui en permit pas le loisir.

La place aussi judicieusement balayée pour éviter les accidents de la foule,

passe un individu, sans doute habitant des environs, car il était venu tôte nue, sans

fanon, comme un voisin. Il lève le nez pour voir s'il ne trouvera pas quelque

visage de connaissance, ou, à défaut do ce, au moins celui de l'éléphant; mais c'est

iteur de la police qu'il rencontre.

— Individu, lui dit celui-ci, vous allez me suivre au corps de garde.

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— Tiens, c’te bêtise! Et pourquoi donc ça?

— Parce que vous êtes nu-tête; ce qui prouve évidemment que vous avez un chapeau gris à cocarde tricolore et que vous l’avez déposé quelque part dans la crainte d’être arrêté !

28 juillet 1831.

XXIV.

COLLOQUE.

— Bonjour, mon petit Pacot; comme tu es beau sous les armes !

— Dis donc, femme, regarde cette tournure de faction. C’est pourtant not’fieu... Eh bien, pourquoi que tu ne dis rien, Pacot? Est-ce que tu as du chagrin, mon ami?

— Fâchez pas, papa. Vous n’avez donc pas lu le programme ? c’est ma consigne.

— Comment, ta consigne ?

— Nous ne hantons plus les ouvriers, les bourgeois; c’est d’une fréquentation insidieuse...

— Comment! ton père, ta mère...?

— Dame, papa, la consigne dit comme ça que, dans les circonstances actuelles, il n’y a plus ni pères ni mères!

Zoé. — Ainsi, je ne pourrai plus voir M. Pacot. Et le sentiment donc?

— Suspendu, payse!

— Comment, monsieur Pacot, vous avez oublié tous vos serments ! Hi hi hi !

— Pas moi. C’est la consigne. Ah! dites donc, payse, si ça vous était inférieur, voulez-vous me faire le plaisir d’aller pleurer au large ; car, autrement, je serais obligé de vous arrêter. C’est aujourd’hui le 28 juillet, la consigne dit qu’on doit rire.

— Mais, mon iils...

— Ah! papa, assez causé! ne me fréquentez donc pas malgré moi, je vous en prie; vous allez compromettre Pacot.

— Mais ta famille, tes amis...

— Dame, la consigne avant tout. Elle dit comme ça que je touche un traitement d’un sou par jour pour faire l’exercice et manger des haricots, puis v’ià tout. Dès lors, je dois mettre la collection d’mes sentiments dans mon sac et mes guêtres par-dessus. Tenez, gare à vous, papa ! v’ià l’ sergent qui arrive pour me dire de vous conduire au corps de garde.

— Si jamais tu faisais un pareil coup, Pacot ! tu vois bien ce poing-là...

— C’est ça, et, si jo ne vous arrête pas, le caporal me fera fusiller. Voilà la situation. C’est bien respectable, la consigne ! Mais pourtant quelquefois c’est un peu dilatoire.

28 juillet 1831. 292 HISTOIRE

��XXV.

��REPETITION DUNE SCENE IMPROVISEE.

PERSONNAGES :

LE PÈRE TROUVAILLE. — Vieille utilité dramatique, ayant l'habitude du public et des planches, et pouvant, au besoin, jouer plusieurs rôles à la fois. ■ J-POULOT. — Jeune débutant, sujet d'espérance, ayant toujours mains et bottes fort propres, cravate et maintien parfaitement empesés.

Le Père Trouvaille. — Eh bien, jeune et intéressant débutant, nous allons donc nous lancer sur le théâtre des succès? Car vous êtes singulièrement favo- risé : vous faites votre entrée dans un rù'.e brillant, triomphal, comme on n'en rencontre pas un dans toute une année théâtrale, et qui, permettez-moi cette légère digression, fait passahlement d'honneur au cerveau qui Ta conçu...

Grand-Poulot. — Oh! oui! mais la scène d'improvisation me parait d'une exécution prodigieusement dilïicultueuse. Si j'allais nie tromper, si le public sif- flait...

Le Pkre Trouvaille. — Impossible ! Nous ferons mettre sur l'affiche : Par ordre: l'étiquette interdit toute démonstration quelconque. Et puis, d'ailleurs, le public sera choisi. Allons, répétons. Prêtez-moi votre mouchoir. Grand-Pollot, après s'être mouché. — Voilà.

Le Père Trouvaille. — Ce mouchoir et le mien vous représentent des dra- peaux (montrant une perruque qui est sur un secrétaire), et ceci figure L'honorable assem- blée de nos auditeurs.

Grand-Poulot, les bras tendus et d'un son de voix fort criard. — Oh ! que je suis heureux!...

Le Père Trouvaille, l'interrompant. — Eh bien, eh bien, qu'est-ce qui vous prend donc? Comment ! nous ne sommes encore qu'au premier mot, et voilà que déjà vous déployez vos gestes dans toute la longueur de leur plus vaste dimension ! Mais que ferez-vous donc dans les passages à effet? Gband-Poi lot. — Eli bien, je recommencerai.

I.i père Trouvaille. — C'est ça! mauvaise écolo! vieux genre! monotonie d'enthousiasme : méthode détestable, qui peut, en outre, compromettre gravement le succès de la représentation. Vous n'avez donc pas étudié la physiologie du geste?

Graxd-Poi lot, d'un sou de voix évidemment nasal. — Non, papa Trouvaille. Le Père Trouvaille. — Eh bien, mon ami, reprenez ce drapeau pour vous moucher, et écoutez mes conseils généraux sur le principe gesticulaire appliqué aux cas particuliers. — D'abord, en toute circonstance, le pouvoir du geste est incontestable et d'une efficacité reconnue. Faute d'avoir lâché la détente de son pistolet pendant que le duc de Modem: était à portée. Menotti fut pendu; et c'est à un seul regard vers le ciel que l'empereui Nicolas devra dâ mourir du choléra-

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 293

morbus, au lieu d'avoir été assomme ces jours derniers par la populace de Péters- bourg. Voilà donc une science qui vaut la peine d'être comprise dans toute éduca- tion élémentaire, mais qui devient indispensable dans l'art dramatique, où le geste, lancé avec discernement, augmente ou modère à volonté l'effet de la décla- mation. Car il est à remarquer que, bien que l'on parle devant un public français,. il s'y trouve toujours mêlés quelques intrus étrangers qui pourraient incivilcmcnt refuser leurs suffrages aux choses désavantageuses à leurs nations. Ainsi, quand vous parlerez de la France, la main sur la garde de votre épée, vous serez sûr d'être vigoureusement applaudi.

Grand-Poulot. — Et pour la Pologne?

Le Père Trouvaille. — Ah ! ici, vous changez vite de position, parce qu'on ne peut pas toujours garder la même, et vous vous contentez de secouer philanthro- piquement la tête, geste qui, pouvant signifier beaucoup, mais ne signifiant, rien, a l'immense avantage de ne pas vous compromettre.

Grand-Pou lot. — Et pour le Portugal?

Le Père Trouvaille. — Oh ! pour le Portugal, libre cours à une indignation spontanée. Un coup de poing sous la tribune serait là du plus brillant effet.

Grand-Poi lot. — Et pour l'Angleterre, la Russie?

Le Père Trouvaille. — Nous en sommes arrivés, jeune et intéressant débutant, au point de la circonlocution gesticulaire, à cette périphrase ingénieuse qui fait éluder la question tout en la traitant. En pareille circonstance donc, quand, la tirade commencée, chacun étudie curieusement vos moindres mouvements, afin de lire dans leur expression l'aveu de ce que vous no direz pas..., eh bien, alors, vous relevez négligemment le col de votre chemise, ou vous buvez un verre d'eau sucrée...

Grand-Poulot. — Oh ! ceci est pyramidalement adroit. Je vais être à présent d'une force herculéenne, si toutefois on ne change rien au programme. Ah çà, n'allez pas me faire faire quelque bêtise, monsieur Trouvaille; autrement, je le dirais à papa.

Le Père Trouvaille. — Soyez donc sans inquiétude. Nous savons nos rôles. La décoration, mon interpellation, votre improvisation, il y a là dedans une trilogie suffisante pour considérablement amuser le public.

4 août 1831.

��XXVI.

UN PROCÈS DE CARICATURE.

Loîo Phiphi à la Cour d'assises.

C'est lundi 22 que Lolo Phiphi a fait son entrée dans le monde judiciaire. 11 s'est présenté avec armes et bagages devant MM. les jurés, soutenu par M e Etienne Blanc, cet ami, défenseur de la Caricature, qui ne l'a point oubliée dans le jour du danger.

�� � 294 HISTOIRE

Lolo Phiphi est un plaisant croquis dont nous avons déjà eu l'occasion de parler. Il représente le Pouvoir, grotesquement figuré par un voyageur en tournée, muni d'échantillons quasi républicains, tels que seringues, cocardes, croix d'hon- neur, etc.. etc. Au bas on lit : Lolo Phiphi. commis voyayeur de la maison Casimir Pompier, Canule et Compagnie.

M. Fonrouge, père putatif de Lolo Phiphi, a déclaré qu'il ne reconnaissait point cet enfant comme issu de ses œuvres, qu'il n'était que son père adoptif. Selon M. Fonrouge, Lolo Phiphi serait né à Londres (à London), l'an de grâce 1831, pendant le voyage d'un roi dans ses provinces. Mais, connue père adoptif, il se déclare responsable des méfaits de son nourrisson, et renvoie la cour à maître Blanc, chargé de disculper les prétendus écarts de Lolo Phiphi.

M Partarieu-Lafosse, substitut de M e Persil, avait mission de prouver que Lolo Phiphi était un insolent. Il s'est contenté de dire : « Voyez cette figure gro- tesque, messieurs les jurés, et, en conscience, décidez si une pareille figure est admissible dans un gouvernement constitutionnel. »

M e Blanc, persuadé qu'on ne doit pas juger les gens sur la mine, a soutenu, lui, que, sous an gouvernement libre, toutes les figures sont libres de se montrer, attendu qu'il n'y a pas encore de loi somptuaire sur la beauté, et que tout le monde n'est pas ooligé d'être aussi joli que M. Mill — M. Desmor.... M. Casimir Pompier et autres beautés de premier ordre de notre époque de perfectionnement.

M Etienne Blanc, enfin, a prouvé clair comme le jour que l'accusé Lolo Phiphi n'est pas si méchant qu'on le dépeint; que M. Fonrouge avait pu l'adopter sans se compromettre, puisqu'il était le second de la famille, et que son frère aîné, le souffleur de bulles de savon, avait obtenu de MM. les jurés la permission d'exister, mC'^.e avec sa figure, ce qui, par le temps qui court, est une faveur insigne. Or, comme il n'y a pas encore de droit d'aînesse, MM. les jurés n'ont pas voulu déshériter le cadet quand l'aîné avait été comblé de caresses. Après une demi-heure de délibération, qui s'est passée sans doute à rire bien fort du procès, MM les jurés ont dit: « Lolo Phiphi est un bon enfant, qu'il existe et poursuive son tour de France ; » ce oue Lolo Phiphi ne s'est pas fait dire deux fois, remer- ciant .M* Etienne Blanc de ses spirituels efforts. — Et de deux !

25 août 1831

XXVII. THÉÂTRE DE L'AMBIGU-COMIQUE .

PREMIÈRE REPRÉSfcNTATION DE

l'assassinat.

Comédie judiciaire du M. d'Aubigny.

Un écrivain quasi philanthrope a publié unvolume surl'art de faire des dettes, science délicieuse, branche d'économie sociale, complément' du savoir-vivre, escroquerie élégante, brillant cheval de louage sur lequel tant d'individus par-

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 29:i

courent la vie. Mais il est une classe d'êtres auxquels est interdite la pratique de cette précieuse théorie: c'est celle des directeurs de théâtre.

Si l'ingénieux débiteur peut échapper aux poursuites de ses créanciers en 'ouvrant pas quand ils se présentent, en exceptant de ses promenades les quar- tiers de ses fournisseurs, en les renvoyant, au cas de rencontre, à un rendez-vous où ils viendront seuls, que peut faire un directeur autour duquel le sort réunit chaque jour ses créanciers en troupe? car chacun d'eux constitue, pour ainsi dire, un des organes de son existence ; et à tout moment il lui faut entendre la prima donna soupirer la nécessité d'une parure, le jeune premier répéter la nomenclature de ses engagements, et la. soubrette demander le montant de ses gages; enfin, pour lui, chaque tirade est une réclamation, chaque pirouette sent le protêt: à force d'être dramatique, la situation finit par être peu gaie.

Après un mois d'administration ambiguë et comique, c'était précisément celle où se trouvait M. d'Aubigny.

« Mais enfin, quand me payerez-vous? demandait un jour un tailleur à mon oncle. — Vous êtes bien curieux, lui répondit mon digne parent. » Et, comme le tailleur estimait fort un bon mot, il lui offrit de lui prendre mesure.

« Il est vrai que je vous dois mille francs, écrivait, la semaine dernière, un ferrailleur à un usurier qui les lui réclamait; mais je vous préviens que, si vous me forcez à vous les rembourser..., je vous tue. » Et, le créancier ayant porté sa lettre au tribunal, les juges lui garantirent le remboursement d'abord et la vie ensuite jusqu'à ce que la mort s'ensuive.

Or donc, M. d'Aubigny, pensant probablement qu'une réponse quelconque compromet toujours, préféra payer en monnaie de rustre et ferma la porte de son cabinet au nez des artistes de son théâtre, qui, après quatre mois de sacrifices faits dans l'intérêt de l'art, venaient réclamer le dividende de cet intérêt.

C'était après une répétition de Cotillon 111 : la cour, confinée dans le couloir, devisait sur une conduite aussi étrange.

— Du Barry, dit Louis XV, si nous mettions tes bijoux en gage?

— Eh ! la France, ne sais-tu pas qu'ils y sont déjà?

— Voilà qui est fort désagréable pour moi qui n'ai plus crédit qu'argent comptant, ajouta le duc de Cossé.

— Et moi qui ai un fiacre à l'heure, sans un sou dans ma soutane, reprit l'ar- chevêque Gentil !

Puis, de minute en minute, la troupe grossissant de voix, d'avis, de plaintes et d'expédients, un machiniste démonta la porte du cabinet silencieux, et M. d'Aubigny, voyant s'avancer vers lui le tambour Mathon, sabre au côté, Caïn avec sa massue, et le traître avec son regard farouche et ses sourcils assassins se crut un homme mort.

— Payez-nous, nous vous en sommons ! lui dit l'allumeur du lustre, les yeux- flamboyants comme un homme à jeun.

— Au meurtre ! s'écria M. d'Aubigny.

Puis, croyant être assommé, il s'élança de son secrétaire, pour fuir : le secré- taire tomba sur la queue de madame du Barry, madame du Barry sur Louis XV.

�� � Louis XV sur M. d’Aubigny; dans la bagarre, celui-ci reçut par la mine la calotte de l’archevêque, par les jambes l’épée du duc de Cossé, appela au secours et tâcha de s’échapper; l’archevêque, qui voulait payer son fiacre, retint son directeur par le pan de sa redingote; mais le pan resta dans le cabinet pendant que M. d’Aubigny courait sur les boulevards criant : « Au meurtre ! à l’assassinat ! » sa plume à l’oreille, et à sa main la perruque de Louis XV, qu’il avait cru prendre aux cheveux.

Comme on voit, afin que la représentation fut complète, il ne manquait qu’un public pour l’applaudir; mais M. d’Aubigny, D’ayant jamais pu l’attirer de bonne volonté, vient de l’assigner, par huissier, à entendre juger devant les tribunaux criminels les coupables conspirateurs qui n’ont tenté rien de moins que l’assassina’ de deux directeurs (dont l’un absent), dans la personne d’une vieille redingote.

25 août 1831.

XXVIII.

SCENE PATHÉTIQUE, HISTORIQUE, PATRIOTIQUE ET ÉCONOMIQUE.

Le Moniteur ayant, omis, par un oubli impardonnable, d’enregistrer l’événement qu’on va lire, nous nous empressons, en l’apprenant, de le rendre à la circulation admirative.

Depuis son retour de la promenade en Belgique, chaque jour M. le duc d’Orléans se rend mystérieusement, par les Champs-Elysées, dans une maison du faubourg Saint-Honoré, où il passe régulièrement une heure vingt-cinq minutes, ni plus ni moins. Quoique ces visites soient faites sous l’incognito de l’air le plus bourgeois, il advint cependant, la semaine dernière, que cet incognito fut trahi. Le propriétaire d’un jeu de siam du carré Marigny, ex-portier à Sainte-Barbe, reconnut son royal élève sous le modeste chapeau rond, et, lier de cette découverte, il en fit part à un invalide, son ami, et à une marchande de pain d’épice, sa voisine. Pour de simples prolétaires, la rencontre d’un prince est une bonne fortune. Aussi ce ne fut plus dès lors que projets d’ovation, de harangue, d’arc de triomphe, même. Mais, pendant tous ces débats d’enthousiasme, le temps s’écoulait impassible, et, après le terme connu de une heure vingt-cinq minutes, M. le duc d’Orléans reparut, venant du faubourg Saint-Honoré. Sa présence devint le signal de l’allégresse la plus spontanée. Le vieil invalide balbutia quelques humbles variantes sur Jemmapes et Valmy, et la marchande de pain d’épice fit retentir les échos de vivat mille fois répétés, pendant que le propriétaire du jeu de siam, se multipliant, battait des mains, sanglotait, éternuait, et se mouchait vigoureusement par manière de feu d’artifice. Chacun avant ainsi continué son pendant un laps de temps convenable, la marchande de pain d’épice acheva le sien en tendant respectueusement la main à Son Altesse royale. L’Altesse y déposa un petit papier, et disparut. Et le trio populaire de bénir une aussi heu reuse rencontre, L’invalide de se promettre la livre de tabac, et la marchande un éventaire nouveau. Enfin, on ouvre le petit papier. — — Il contenait une pièce de quinze sous!

29 septembre 1831.

XXIX.

il vaut mieux jamais que tard.

Il y a quelques mois, quand le prince de Joinville, pour apprendre la marine, parcourut la province en chaise de poste, le maire d’une petite ville se trouva pris au dépourvu. Il n’avait point été averti et n’avait fait aucuns préparatifs. La garde nationale n’était pas sous les armes ; le maire n’avait point préparé son improvisation ; les épiciers de la ville n’étaient pas munis de lampions; on n’osa même donner un bal, attendu que les dames, non averties, n’avaient pas médité leur toilette. Le discours parut faible, la réception peu brillante, et le Moniteur n’en parla pas.

Le maire en devint jaune et s’en prit à l’adjoint; l’adjoint au garde champêtre; le garde champêtre à sa femme; celle-ci à sa fille, qui s’en prit a son amant, lequel s’en prit au sort; en quoi nous le jugeons fort malheureux; car c’est une douce consolation de pouvoir faire retomber sa mauvaise humeur sur un être palpable. Demandez plutôt.

Quelque temps après advint un ami du maire. Le maire lui fit des reproches. Lui, habitant de Paris, ne l’avait pas averti ; à quoi l’ami répondit qu’il n’avait pas manqué de lui écrire à ce sujet, et que la lettre probablement avait été égarée. Le maire n’en crut rien, fit semblant do le croire et le remercia.

La chose se passa et fut oubliée de tous, à l’exception du maire.

Or, l’ami du maire avait raison. Il lui avait, en effet, écrit au sujet de l’arrivée du petit prince; puis il avait prié quelqu’un, qui se trouvait chez lui, de mettre la lettre à la poste. Cette personne la donna à une autre; cette autre à une autre, et enfin la lettre tomba dans les mains d’un homme qui allait à Constantinople. Il oublia de la jeter à la poste et l’emporta à Stamboul.

Un jour, en envoyant des dépêches, il retrouva la lettre et l’expédia en même temps par un vaisseau qui revenait en France.

Or, un matin, le maire reçut une lettre, une lettre lacérée, percée et sentant le vinaigre à dix pas. Il fut véhémentement effrayé, l’ouvrit et la lut. Elle était ainsi conçue :

t Paris... » Mon cher ami,

» Je vous avertis que le prince de Joinville va passer par votre ville. Vous recevrez cette lettre deux jours avant son arrivée. Prenez vos précautions. »

Elle était signée de son ami.

— Il veut réparer sa faute, se dit le maire. C’est bien. A tout péché miséricorde. Cette fois-ci, nous serons en mesure. 298 HISTOIRE

après cotte idée consolante, il en vint une autre au fonctionnaire public, une autre qui lui dressa les cheveux sur la tête et lui blêmit la face, au point que l'ad- joint en fut épouvanté.

La lettre était percée de part en part, tailladée, passée au vinaigre.

— V coup sûr, le choléra-morbus est à Paris. Et cette phrase : Prenez vos pré- cautions ! Plus (le dOUl !...

On assemble le conseil municipal.

On décrète ce qui suit :

1" Un exprès va être envoyé à Paris pour supplier monseigneur le prince de Joinville d'ajourner son voyage ;

2" Un cordon sanitaire va être formé autour de la ville;

3° Un lazaret va être établi hors la ville ;

i Y seront mises tout de suite les personnes atteintes ou soupçonnées ;

5° Le traitement de toutes maladies, ainsi que tout accouchement quelconque, seront ajournes, pour ne pas distraire, des soins importants que demande L'ap- proche du choléra, le médecin et la sage-femme de la ville ;

6° On fera dos prières publiques;

7° Par autorité de police, on s'interdira jusqu'à nouvel ordre, pour ne pas exci- ter la colore du Ciel, les jurons, le vol, le sacrilège, le rapt, l'ivrognerie, le viol, l'assassinat et les calembours et quolibets contre le pouvoir;

8" On brûlera des herbes aromatiques dans les rues.

Trois gardes nationaux do bonne volonté liront le cordon sanitaire et entou- rèrent la ville à une distance les uns dos autres, qui parut un peu grande à quel- ques-uns, lesquels, néanmoins, ne jugèrent pas à propos de remplir les lacunes.

Et la consternation se répandit dans la ville. Les athées crurent, les impies se convertirent, les prêtres liront l'aumône.

La chose dura deux jours, au bout desquels vint l'ami du maire. On voulut le mettre au lazaret. Il força la ligne On se sauva dans les rues. On sonna le tocsin. On s'enferma à double tour. On voulut lui tirer des coups de fusil, il venait de Paris, et probablement il était infecté.

Il alla frapper chez le mairo. Le maire pâlit, sa femme et sa tille crièrent, la ser- vante hurla, le chien jappa. Il continua à frapper. Le maire ouvrit la fenêtre du grenier, et, après l'avoir prié de prendre le dessous du vent, pour ne pas lui envoyer d'exhalaisons pestilentielles, il ( u i expliqua ce qui se passait. L'ami demanda sa lettre. On la lui jeta par la fenêtre. Le vent l'emporta, cl l'ami courut après pendant une heure, répandant la terreur dans toutes les rues par lesquelles il passait. Puis il revint, riant et se tordant. On s'expliqua, et le cordon sanitaire alla se coucher.

1831.

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XXX.
ESSAI D’UN REMÈDE CONTRE LE CHOLÉRA-MORBUS.


Le choléra-morbus était à la barrière do Pesth, en Hongrie, qui marchait de son pas sanglant, la faux en main et la tète haute, sans que les commis de l’octroi lui courussent après, faute d’avoir subi les visites de formalité...

Puis, devant le fléau, bondissait la terreur vagabonde, la terreur aux yeux hagards, aux mains suppliantes, aux cris déchirants. Car, si l’on n’en mourait, il y aurait à devenir fou de se trouver ainsi happé sans rime ni raison par cette main brutale, faisant tout à coup rendre compte de la vie, à vous, petite et heureuse fille, à vous, homme jeune et avide de jours, comme si jamais on songeait à pareille chose avant d’être brisé par les revers ou affaibli par l’âge.

Aussi était-ce dans Pesth un trouble d’assaut, un sac moral. Ici, les uns barricadant leurs maisons pour ne pas ouvrir au choléra-morbus; — là, d’autres fuyant leur logis, pour qu’il ne les rencontrât pas chez eux ; — à côté, des épicuriens s’emplissant d’eau-de-vie et de liqueurs fortes pour ne laisser en eux aucun vide où l’épidémie pût se loger; — et, plus loin, quelques pauvres diables assommant les gendarmes, afin de se procurer encore une dernière satisfaction... Mais, au milieu de ces figures décomposées par la terreur, de ces pensées bouleversées par l’effroi, un seul sentiment domine tous les autres : celui de l’égoïsme, première qualité.

Parmi les nouveaux vassaux du seigneur Choléra se trouvait un primat de Hongrie, lequel ne pouvait se résoudre à mourir comme un simple particulier. Et cela se conçoit. Qu’un vil prolétaire, perdant toujours en ce monde et n’ayant qu’à gagner en l’autre, quitte la vie insouciant, bien; mais c’est à regret qu’on abandonne, pour l’hypothétique peut-être, une certitude de plaisirs et de délices; et le primat, cramponné après l’existence, combattait le fléau depuis longtemps par d’incroyables préservatifs.

Tous les systèmes rêvés sur l’origine du choléra, il les avait suivis; toutes les tisanes ou pilules supposées efficaces, il les avait avalées. Ayant appris que, d’après nouvelle méthode, le choléra s’introduisait par les cheveux, il s’était fait raser la tête, ce qui lui donnait l’air d’un Chinois effrayé. 11 avait aussi tenté d’inutiles efforts pour se procurer une bienfaisante gale, indiquée comme remède; malgré la meilleure envie, il n’avait jamais pu se la procurer, et il en était réduit à se gratter tout le long du jour par manière de consolation.

Il avait donc usé tous les conseils, épuisé tous les médicaments, hors ceux de son confesseur ; l’arrivée du choléra à Pesth lui rendit tout à coup cet oubli palpable comme un remords : il envoya vite chercher le saint homme.

Vous dire ce qui se passa entre eux pendant plusieurs heures qu’ils demeurèrent enfermés, point ne saurais; mais, dans la journée même, le primat déposa deux millions de florins pour la construction de la cathédrale de Gran, ainsi que cent mille florins pour aumônes aux pauvres ; enfin, à part l’air insolite que donnait toujours à sa physionomie son chef tondu comme vous savez, jamais, depuis longtemps, il n’avait paru si tranquille sur l’état de sa santé.

Et, deux jours après, le primat de Hongrie était mort du choléra-morhus.

27 octobre 1831.

XXXI.

UNE CONFIDENCE .

C’était lors de la dernière session. Certain président de certaine cour, comme qui dirait M e Duplex, par supposition, ce jour-là satisfait de lui comme chaque jour, supplia sa femme de venir être témoin de ses succès. Car, si es talents du président n’ont point encore percé au Palais, sa femme, sa honne et son portier l’avaient jusque-là cru sur parole.

L’affaire promettait des détails curieux; le président devait être suhlime; sa femme jugea convenable de briller du reflet de la sublimité conjugale, et elle vint àl’audii

Un* 1 toilette élégante, une figure jolie furent bientôt remarquées au barreau; aussi un jeune avocat se chargea-t-il d’abréger l’attente de la séance, en liant conversation avec la dame.

D’abord ce furent des lieux communs, vulgaires comme la pluie et le beau temps, puis on vint à parler du procès qui allait commencer.

— La cause sera pleine d’intérêt? demanda la jeune femme.

— Elle en comporte tous les éléments, reprit l’avocat; mais, avec un président comme celui qui siège, il y a peu de développements à espérer.

— Comment, monsieur?

— Oui. madame, avec lui, le droit de la défense est singulièrement limité. 11 passe parmi ses collègues pour un médiocre magistrat : on va même jusqu’à dire que son cousin le caporal Ag... lui est supérieur; ainsi, madame, jugez par com- paraison...

Et le front de la jolie dame de se rembrunir, et ses lèvres de se contracter. Heureusement, le cri rauque de l’huissier annonçant la cour vint mettre un terme au colloque. L’avocat regagna son banc après de gracieuses salutations à la confidente de ses opinions particulières, et celle-ci, les prenant naturellement pour de pures calomnies, prêta une attention fort intéressée.

D’après les nouvelles habitudes de la presse relativement à la liberté, et de la liberté rel i la près-,., un journaliste, malade de trop de franchise, était

appelé à rendre compte d’un article.

D’abord parle le suli-titutaussi longuement qu’il veut, aussi passablement qu’il peut ; puis l’avocat commeni e la défense.

Mai- ici concurrence entre le’ président et l’avocat.

— Je parlerai.

— Vous ne parlerez pas...

— J’en ai le droit. DES OEUVRES DE BALZAC. 301

— Et moi aussi...

L'affaire s'engage : le président fait beaucoup d'inintelligible bruit, il s'em- brouille, balbutie, et ne trouve rien de mieux à dire, si ce n'est que, dans tous les mois possibles, le 18 est quatre jours après le 14; il fait de très-jolis efforts pour le prouver, et, admirez la puissance du talent, il y parvient...

Enfin, cette séance d'arithmétique judiciaire se termine, et de tous les divers groupes formés par l'auditoire surgissent de désagréables commentaires sur la scène improvisée par le président. Cependant, une seule opinion vient encore faire douter madame Duplex de tout ce qu'elle a vu et entendu, par de louangeuses observations et des remarques passablement honorables. Elle s'approche du cercle impartial pour se consoler aux sons de la voix amie...

C'était celle de son époux !

27 octobre 1831.

XXXII.

MANIÈRE CHINOISE DE SE MOQUER DES PERCEPTEURS.

Ceci se passait en Chine, fort peu de temps après l'invasion des Tartares. J'ap- pelle Tartares une nuée de brigands qui, leur chef en tête et le nez camus, enjam- bèrent un beau jour la grande muraille (oh! oui, c'était un bien beau jour!), et s'abattirent sur l'empire de Confucius, pour le déchiqueter entre eux. Comme ces animaux étaient fort affamés, les ressources ordinaires furent loin de suffire. On créa de nouveaux impôts, on en créa sur tout. Le Chinois ne put faire un pas, dire un mot, boire de l'eau même sans payer quelque droit. Il paya pour avoir une tête, des yeux et des poumons; autrement dit, il fut soumis à une redevance pour chaque porte et pour chaque fenêtre. L'air respirable devint alors d'un prix exor- bitant. Un centime de plus, et les riches seuls eussent pu s'en passer la fantaisie; c'eût été du luxe. Mais déjà l'homme du peuple, dont le travail suffisait à peine au manger, au logement et à la couverture, l'ouvrier chargé d'une nombreuse famille, ne pouvait y atteindre; il ne pouvait suffire à faire respirer sa femme et ses enfants. Il avait du riz gris, c'était possible, et de l'eau, et de la paille; mais ce n'était pas assez : il lui fallait du soleil, il lui fallait de Tair, et l'air et le soleil étaient si fort renchéris, qu'il se voyait dans la nécessité de s'en passer.

Que fit alors le Chinois? Le Chinois est industrieux : il nous a devancés de bien loin dans la civilisation; il connaissait la poudre, que nous nous assommions encore; il savait imprimer, que nous ne savions pas lire. Que fit-il donc? Une révo- lution? Hélas! non; ce sont de ces choses qu'on ne fait pas tous les jours. Il s'in- génia, sans sortir de l'ordre légal. La loi demandait tant par fenêtre : il boucha ses fenêtres. — La loi faisait commerce de tabac; on ne fuma plus qu'une pipe par famille ; la fumée se repassait de bouche en bouche. — La loi exigeait tant par porte ; le Chinois boucha ses portes et ne sortit plus que par la cheminée. — La loi enfin percevait tant par tête d'homme, comme auparavant par tête d'animal; le Chinois se fit enterrer tout vif. Une famille nécessiteuse, composée de huit indivi-

�� � 302 HISTOIRE

dus, je suppose, se réduisait à un. à deux, à trois, à quatre, selon ses facultés; les autres s'enfouissaient sous des meubles, sous des cuviers, dans des tonneaux; ou bien se faisaient incruster dans Le mur, pour s'immobiliser et échapper ainsi à la capitation. Quand les agents du lise se présentaient pour faire le recensement, ils étaient obligés de changer toutes leurs additions el de les réduire à zéro presque, et, d'ailleurs, il leur fallait entrer par la cheminée. Us furent vexés.

De cette manière-la, le Chinois no paya plus d'impôts, mais n'en resta pas moins respectueux pour L'ordre Légal, bon citoyen et bon Chinois.

Et qu'arriva-t-il de cette impossibilité de percevoir des impôts?

Je ne sais pas. J'en suis là de mes recherches; quand je l'aurai trouvé, je vous en ferai part. En attendant, convenons d'une chose, c'est que, nous autres, nous sommes bien plus heureux que les Chinois. On ne voit pas encore de pareilles choses en France. — Croyez-vous?

8 décembre 1831.

XXXIII. QUELQUES ARTICLES DE LA LISTE CIVILE.

Il est des gens qui semblent faire métier de dépopulariser les troncs populaires. Il faut avoir du temps à perdre. C'est ainsi que, pendant longtemps, on a essayé d'insinuer parmi les contribuables que dix-huit millions étaient le taux indispen- sable du gouvernement au meilleur marché possible; tandis'qu'il est aujourd'hui certain, d'après la demande de ce gouvernement lui-même, que nous en serons quittes pour seulement La bagatelle de 17 millions 996,853 francs.

Dans ce revenu de la royauté bourgeoise, on remarque les articles suivants :

Service médical : 80,000 francs. — Voilà qui dément toutes les apparences el toutes les protestations de constitution solide. I ne pareille acquisition de remèdes annonce un avenir bien malade.

Blanchissage : 100,000 francs. — C'est-à-dire près de 500 francs par jour. Ici l'on s'éloigne considérablement du système adopté par Napoléon, lequel ne consa- crait à cet usage que 15,000 francs par an, et prétendait qu'on lavât son linge sale en famille.

Chauffage : 250,000 francs. — Sans savoir précisément de quel bois se chauffe le roi citoyen, on peul supposer qu'il entre beaucoup de fagots dans ce compte-là.

Cuisine: 780,000 francs. —Dans 780,000 francs, que de dîners à vingt-deux sous !

Cave : 120,000 frani s. — Tout doit se trouver dans cette cave-là : eau à boire et bons pots-de-vin.

l 'a lai s de la couronne : 4,450,000 francs. — O peut que se réjouir de voit

une pareille somme consacrée à l'encouragement des beaux-arts, à L'activité îles fabriques, h l'acquisition des produits commerciaux. Cependant, à considérer l'éco- nomie qui préside à ce genre de dépenses, il paraîtrait malheureusement que le fosse des Tuileries en a enfoui une grande partie.

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 303

Écuries : 900,000 francs. — Los écuries royales sont composées de trois cents chevaux. On n'a pas pu trouver de coursiers qui voulussent s'atteler au char du Juste milieu à moins de mille écris d'avoine. Beaucoup de fonctionnaires publics n'en consomment pas tant.

Menus plaisirs : 4, '208, 000 francs. — Nous sommes fort heureux que la nou- velle cour n'exige point de grosses joies, car, à en juger seulement par les plaisirs menus, Dieu sait ce qu'il en eût coûte! Cependant, avec près de cinq millions, il y a de quoi réjouir tant de monde, que nous espérons que la nouvelle cour daignera bien amuser un peu le peuple à ses dépens.

S décembre 1831.

XXXIV.

SCÈNE D'OCTROI.

Bordeaux, 12 décembre.

L'observation préventive est une des carrières les plus vastes. Avec un peu de poignet et d'imagination, rien ne peut être brillant comme l'avenir d'un gendarme ou d'un douanier. Rêves de dois et de fraudes, projets de conspirateurs, exploits de geôle, que ce doit être délicieux! Dîner de suspicion, dormir l'oreille au guet, vivre toujours en alerte ; c'est la poésie la plus romantique appliquée à l'existence.

Or, ces jours derniers, une de ces existences en redingote verte était, sonde en main, assise sur la borne d'une barrière de Bordeaux, ayant absolument l'air do ne penser à rien, tandis qu'au contraire elle ruminait contrebande.

Il advint que, dans cette situation morale, un cheval se trouva nez à nez avec le douanier. Derrière le cheval était une voiture, derrière la voiture le charretier, et derrière le charretier un gros homme. Cheval, voiture et charretier, dûment visités, continuèrent leur chemin, et le gros homme s'apprêtait à reprendre le sien, quand le douanier le happa au collet, comme par manière d'estimer le drap de sou habit.

— Ohé! lui dit le soldat de l'octroi, pourquoi vous cachiez-vous donc ainsi der- rière cette voiture ?

— Je ne me cachais pas derrière elle ; c'est elle, au contraire, qui me cachait en étant devant moi, et j'attendais qu'elle eût franchi la barrière pour en faire autant, mon volume personnel s'opposant à ce que nous puissions passer tous les deux de front.

— Et pourrait-on savoir quelle matière frauduleuse constitue ce volume extra- ordinaire? dit le douanier, toujours fixé, h son poste et à son idée de contrebande.

— Une hydropisie, répondit le gros homme.

— Une hydropisie?... Voyons les pièces de conviction.

— L'hydropisie ne paye pas de droit. Sans cela, je n'irais pas me promener hors barrière.

— Au nom du roi! montrez vos preuves, ou je ne réponds de rien.

— Douanier, je porte certainement le roi dans mon cœur; mais cela n'est pas visible même sans mon gilet de flanelle ; ainsi laissez-nous aller, moi et mon hydro- pisie, vu l'impossibilité où je suis de vous repasser cette dernière.

�� � 304 HISTOIRE

Et le gros homme, qu'attendait son dîner, voulut s'en aller, ce que trouvant un acte d'insigne rébellion, le douanier se fendit fort élégamment ; puis, comme il tenait toujours sa sonde, en un temps deux mouvements le gros homme vit son malheureux ventre transformé en fourreau, et tomba à la renverse, criant miséri- corde, jurant Dieu et maudissant tous les employés de la douane.

Ébahi d'avoir rencontré chair au lieu de fer-blanc, le bon douanier fut sur le point de se lamenter; mais, comme avant tout il se devait à son service, il reprit sa sonde et alla visiter une diligence pendant qu'en menait l'hydropique à l'hôpital.

A huit jours de là, l'individu homicide et douanier était toujours à la même place, c'est-à-dire assis sur la borne de l'octroi, en redingote verte et sa sonde en main, toujours avec l'air de ne penser à rien.

— Que j'embrasse mon sauveur! s'écria tout à coup une voix bordelaise.

Et, comme le douanier faisait mine de vouloir se sauver en reconnaissant l'homme qu'il avait si indélicatement sondé, celui-ci lui raconta d'une manière succincte et joyeuse comme quoi il lui devait, un grand bien au lieu d'un mal, le système de vérification dont il avait usé à son égard ayant provoqué l'écoulement d'abord si intempestif, puis enfin si salutaire, de la masse d'eau constituant son hydropi

Ce qui fait que, touché de cette cure merveilleuse, l'estimable Bordelais solli- cite aujourd'hui la croix d'honneur pour le gaillard contre lequel il eût réclamé la corde, il y a huit jours. (Historique.)

22 décembre 1831.

XXXV.

��Ci mme quoi, lorsque les commissaires de police portent des éperons, cela entrave le commerce.

C'est une drôle de chose que la peur; elle change la face des hommes et celle des affaires; elle rend taches les brave- et hardis les moins déterminés; elle t'aii descendre- dans leur cave par vingt degrés de chaleur, au risque d'un

rhume de cerveau, e1 décide les carlistes à attendre patiemment que [a France

entière redemande Henri V. Ses effets onl u tonnante variété, el Ml. Geoffroy-

Saint-Hilaire a remarqué, comme une monstruosité du genre, qu'a la suite d'une politique, la peur crowpionisa des représentants qui, jusque-là, avaient marché la voix forte el la tête haute.

Pour moi, j'aime bien mieux la peur de M. Mouchinet, mon marchand de i .Ire . Sa peur, à lui, est franche et. pure comme du macouba, juste comme ses balances, raison née comme une demi-once à si\ blancs.

Jugez plutôt.

I lit le 19 de ce moit Pendant que l'empereur Nicolas poursuivait quelques débris polonais jusque dans la cité Bergère, par l'officieux ministère de M. Gisquet.

�� � DES OEUVRES DE BALZAC. 305

M. Mouchinet était sorti depuis quelques instants avec son voisin l'épicier. 11 était parti l'air satisfait comme quand il fait un calembour. Tout à coup il rentre chez. lui, l'œil effare, son habit de travers, le chapeau sur l'oreille et le bec de son para- pluie tourné vers la terre. Quand le bec du parapluie de M. Mouchinet est en bas, c'est que son propriétaire éprouve une violente commotion individuelle.

— Femme, s'écrie-t-il d'une voix entrecoupée; femme, quel affreux malheur nous menace!

— Qu'y a-t-il donc, mon chat? reprend madame Mouchinet éperdue. Dieu! peut-on effrayer comme ça une innocente mère de cinq enfants. Le banquier qui a nos vingt mille francs aurait-il fait faillite?...

— Non, non.

— Est-ce que M. Duchàtellier va établir un entrepôt de son sternutatif près de notre bureau de tabac?

— Pas davantage.

— Est-ce que ma petite qu'est en nourrice a eu des convulsions?

— Ce n'est pas encore cela. Mais prends vite le maryland, les cigares de la Havane et le tabac turc, et fais-les porter dans le trou pratiqué au mur de la cave!... Joins-y l'argenterie et nos effets précieuses. — Tiens, voilà ma montre et mes bre- loques!... Maintenant, je vais étendre du tabac de fiacre sur le comptoir, encore du tabac de fiacre, cinq caisses de tabac de fiacre ; ça les adoucira peut-être, ces buveurs de sang !

— Dieu! les républicains vont faire le pillage de notre tabac! — Éléonore, des- cendez à la cave les pipes d'écume et le carton des tabatières.

Ici entre dans la boutique un jeune homme à barbe de bouc et en chapeau de cuir.

Le Jeune Homme. — Un quart de tabac maryland, s'il vous plaît?

M. Mouchinet. — Nous n'en avons plus pour le moment : il ne nous reste plus que du tabac ordinaire, monsieur...

Le jeune homme s'en va.

— Dieu! vois-tu, mon épouse, comme il est venu me sonder, ce scélérat-là? Je l'ai vigoureusement éconduit, aussi !

— Mais dis-moi donc, monsieur Mouchinet, dans quel quartier est l'émeute?

— Elle n'est pas encore commencée, mon épouse; mais prépare toujours mon uniforme, car, si on les laissait faire, ils pourraient bien décréter les assemblées primaires cette après-midi, et proclamer la république au réverbère!

— Comment, monsieur Mouchinet, aurcriez-vous des relations incendiaires avec ces hommes immoraux?...

— Oh ! bobonne, je suis toujours marchand de tabac pur ; mais, ce matin, j'ai été chez le commissaire de police, afin d'y avoir un passe-port pour l'épicier du coin, et...

— Ah ! et il vous a dit qu'on savait qu'il y aurait du bruit?

— Non.

— C'est qu'il donnait ses instructions d'ordre public à des ouvriers?

— Mais non.

20

�� � 306 HISTOIRE

— Eh bien, qu'est-ce que c'était donc alors ? car vous me faites dessécher de peur!

— Eh bien, mon épouse..., le commissaire de police avait ses éperons !

X\.\\ [. i , PORTl EU Dl CA \i P i>;: m \ i n i: utE.

Cette physionomie n'est pas assez large pour constituer une figure historique

Cependant, ce vieux grognard, qui a'esl ni c âerge ni suisse, mais gardien à lui

seul de tout un camp, ressort éminemment de la ligne vulgaire des portiers.

Il y a quelque huit jours, ce camp, désert maintenant, retentissait de tam bours et de clairons; chaque pied de son poudreux terrain était foui par de mar- tiales manoeuvres ; chacune de ses lignes parcourues par d'agiles coursiers 5 la vh

istence, la vie de guerre animait toute cette nature monotone; enfin, trente mille hommes alors gardaient eux-mêmes le camp de Maubeuge.

vingt mille francs ont été dépensés d'abord pour l'établissement de cette _• irde d'honneur donl on devait démontrer ensuite l'utilité. Les trente mille hommes ont disparu. On les retrouverait au besoin, épars sur le Rhône et l'Isère. Mais les

cent \iii- r t mille francs sont bien perdus pour le contribuable. Un contribuable cl l'écu qu'il porta au lise ne se rencontrent plus une seconde fois dans la vie. Kl aujourd'hui, de ces dépenses belliqueuses, de tout ce luxe militaire, il ne reste plus rien qu'un simple portier.

Voyez-vous cette figure bizarre, exilée entre deux nations, portier d'un désert, d'un désert sans cour, éta es, ni porte cochère; portier pour ne tirer le cordon : personne; pour répondre à des locataires absents; seul maître de la i'.^*- au gre- 'il y avail un grenier et une cave.

dort-il la grasse matinée sans que les porteurs de journaux, les palefre- niers, le facteur ou les crienrs des rues, viennenl troubler son sommeil. Seulement, il a s momiques par provision, car la laitière et le boulanger ne sont pas as ce qui a le désagrément de le priver des nouvelles du jour, de i chronique débit te par l'épicier, commentée par la pratique, et classée au ran ides entre une livre de beurre cl une once de café. i ; ut. mi peut déjeuner sans nouvelles, le portierd 'pane. Puis, pour tuer le temps jusqu'au dîner, il donne pondant une heure une leçon d'exer- 5on chien, balaye un coin de sou camp pendant dix minutes, et emploi" le d jour à calculer combien d'années et de coups de balai exigera il i ompl it de ta totalité de son domaine. Et, api , quand vient la nuit d'hiver avec ses ombre glaciales, ses brouillards pénétrants, i r lui point de réverbères à garnir pour de brillants esca- liers, point de rhumes a braver pour ouvrir la porl ad - ■ [uip is le m feu, qui sert aussi de lumii odeste cabine, avec le . mirs pour rêveries. Oubli du présent qui agace.

�� � DES OEUVRES DE BALZAC. 307

absence de la réalité qui inquiète; alors, charme de ces songes délicieux qu'on bâtit comme on les veut, sans autres Trais que la pensée. Pour le soldat, l'image du petit chapeau apparaît au milieu dos braises capricieuses de son foyer; il la dévore de l'œil, la caresse de sa pincette, et souvent l'image revient constante au foyer, car son type demeure fidèle au cœur du vieux brave.

Sans horloge qui indique un terme à ses veilles, le portier du camp jette un regard aux maisons qui entourent la sienne : par exemple, celles de Mons et de Maubeuge... Les fenêtres se dégarnissent de clarté, les lumières s'éteignent; il allume la sienne et va se coucher.

Heureux portier!

Cependant, demain, il sera matinal. Une pensée patriotique surgie en son cer- veau nécessite un travail assidu de sa part. Tourmenté par ces bruits de guerre qu'accrédite un spéculateur, qui font trembler un diplomate et qu'un vieux soldat accueille toujours avec joie, lui aussi tient à dire .ses deux mots à l'ennemi. Il veut prévoir tous les cas. Il a donc disposé son fusil de munition et doit planter à la frontière un énorme écriteau où il a tracé cette formule de son nouvel état : Parlez au portier, s'il vous plaît .'

5 janvier 1882.

XXXVII.

PROflRÈS DE L'OPINION PUBLIQUE.

Ce soir-là, c'était fête à la cour. Car à présent la cour festoie que c'est une béné- diction ! Grande soirée, pour la clémence du Russe envers les Polonais; concert pour chanter la gloire du vainqueur de Lyon ; bal paré, où l'on remarquait madame de Feuchères, et auquel ne fut pas invité l'indiscret M. Hcnnequin.

Ce soir-là, c'était seulement un concert de famille, un divertissement inco- gnito, caché de la sorte dans la louable intention sans doute de ne point blesser les oreilles de ceux qui ne se divertissent pas du tout. Aussi la réunion avait-elle lieu dans les petits appartements, au rez-de-chaussée du pavillon Marsan; et les sons mélodieux allaient se perdre en tourbillonnant dans les larges échos du Carrousel, sans troubler la misère, c'est-à-dire le repos des rues de la capitale.

Séduit par ces accents, un garde national, sorti du poste royal, s'arrête et écoute... Un piano parle, une voix l'accompagne, cette voix parait être celle d'une jeune princesse; le soldat, citoyen et dilettante, se laisse ravir par ce charme; il monte sur une borne, colle sa tète contre les volets, et le voilà tout oreilles...

Mais un camarade l'aperçoit, qui vient détruire son estimable illusion :

— Veux-tu bien descendre, lui crie-t-il, qu'ils vont te faire payer, s'ils tr voient.

On nous permettra de taire le nom du grenadier estimateur, dans la crainte que cette révélation ne lui fasse infliger la croix d'honneur.

5 janvier 1832.

�� � 308 HISTOIRE

��XXXVIII.

JUSTE Ml [ il l i l M. i; A I R I..

Considérant que le peuple français s'est comporté d'une manière fort inconve- nante envers Louis M F, qu'il s'est moqué de Louis Wlli. qu'il a chassé Charles X, ... etc. : considérant qu'il importe dune de maintenir une cérémonie expia- toire qui témoigne à l'univers toul le respect, tout l'amour que le peuple français n'a cessé de porter à ses rois;

La Chambre des pairs adopte la résolution suivante:

Ar.Tn m prbmier. — La loi de 1815 sur la commémoration du 21 janvier est et demeure abrogée, attendu que cette loi était injurieuse pour le peuple français; mais, attendu qu'il est essentiel d'effacer jusqu'à la trace d'un événement aussi funeste :

Ar.T. 'J. — Le - 1 jam ier demeure un jour de deuil général. Ce jour-là, les cours, tribunaux el administrations publiques seront fermés. T. a Chambre des pairs pourra seule tenir ses s comme d'ordinaire, ce qui n'a pas d'inconvénient, attendu

qu'elle n'y fait jamais rien.

\i i. ::. — Ce jour-là, les Français auront tous le cœur navré et la larme à l'œil. Il n'y aura ni spectacles, ni concerts, ni bastringues, excepté ceux de la cour el des théâtres de polichinelle.

Art. i. — Attendu qu'il serait de la dernière inconvenance qu'il fit un beau

temps ce jour-là, ce qui pourrait porter le peuple à la gaieté, le gouvernement

prendra des mesures pour qu'il pleuve, qu'il neige el qu'il crotte. La crotte est

itiellcment monarchique. Le ministre des travaux publics est spécialement

responsable de l'état de l'atmosphère pendant ladite journée.

Art. 5 i i dernier. — Enfin toutes mesures seront ordonnées, qui tendront à suspendre ce jour-là toute la \ ie sociale, et à faire qu'il soit comme si elle n'était pas.

routefois, i • ; lirs de France continueront de toucher leurs pensions comme à L'ordinaire et la liste civile n'en courra pas moins son petit bonhomme de train.

1" mars 1

XXXIX.

PL INCHES.

-- X°* 170 et ni. -

Père-Scie. —Pauvre Caricature! Ce n'étail point assez de tenir éveillés les yeux perçants du parquet, d'exciter contre elle tant de haines puissantes ! 11 fallait encore que son propre succès tournât contre elle-même! — Le nombre de nos abonnés nous m - dan la nécessité de faire tirer huit jours d'avance les

lithographies que non-, destinions au numéro prochain, et voyez les contre-temps que cela nous cause :

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 309

Deux fois nous donnons un dessin où se trouve Casimir Porier, et Casimir Pe- rier était mort dans l'intervalle de l'impression à la publication.

Jeudi dernier, nous donnions un nouveau dessin auquel les événements surve- nus dans le même intervalle semblent prêter un caractère qui était loin de notre

pensée.

Aujourd'hui, il faut bien donner notre Père-Scie qui est imprimé, colorié, payé, etc., etc. Eh bien, aujourd'hui, il dépend de M. Persil de faire recommencer à notre gérant les treize mois de prison dont il avait déjà fait plus du tiers ; et, si M. Persil n'entend pas la plaisanterie, s'il est vindicatif, Philipon ne dira plus : « Oui de 13 paye 5 reste 0; » mais « Qui doit 13 paye 18. » Pauvre Caricature!

L'autre dessin est le portrait ressemblant du Sauveur de la patrie. 14 juin 1832.

XL.

CAUSES DE NOTRE INTERRUPTION.

Nous croyons devoir reproduire en partie l'explication que nous avons adressée dernièrement à tous nos abonnés, car il se pourrait que plusieurs ne l'eussent pas reçue.

Le 8 de ce mois, la cour royale a jugé la Caricature journal politique. Vaine- ment M e Blanc, notre ami et notre avocat, a rappelé que la Silhouette, le Sylphe, le Trilby et vingt autres journaux qui se permettaient, comme nous, l'allusion et le sarcasme politiques, n'avaient pas été, pour cela, considérés comme journaux poli- tiques, et n'avaient jamais fourni de cautionnement..., nous n'en avons pas moins été condamnés, attendu probablement que la presse doit être bien plus libre sous la Charte-Vérité, sous la meilleure des républiques, qu'elle ne l'était avant la Révolution.

Or, dans le moment même où cet arrêt était rendu, les compagnons de cap- tivité de notre gérant étaient enlevés de Chaillot par deux cents hommes de troupe de ligne, avec l'appareil majestueux que comporte l'état de siège, c'est-à-dire les soldats chargeant leurs armes dans la cour de la maison de santé, maltraitant les scélérats qu'ils venaient y chercher, et rudoyant les femmes et les enfants de ces infâmes brigands.

Cela se passait le second jour de la mise en état de siège, le lendemain de la saisie du numéro 84. Philipon put donc croire que la bienveillance du pouvoir allait l'envoyer devant une commission militaire. Il déclina la compétence de ce tribunal, en se réfugiant provisoirement chez un ami. C'est la meilleure manière, croyez-moi, de protester en semblable circonstance. L'absence de notre gérant, qui, en tout autre temps, n'eût point arrêté la marche du journal, dut y mettre obstacle cette fois, car l'arrêt de la cour était exécutoire par provision; et, le cautionnement devant être la propriété du gérant qui le dépose lui-même, nous ne pouvions dès lors remplir cette formalité. La Caricature ne put donc paraître ni le 14 ni le 21 .

Toutes ces difficultés sont aujourd'hui surmontées. Nous sommes rentrés en

�� � 310 HISTOIRE

communication avec Philipon, et notre journal reparait à dater d'aujourd'hui, avec la régularité que nos abonnés lui connaissent, et que le dépôt même de notre cau- tionnement ne peut rendre que plus invariable encore.

Quoique cette interruption ait été causée par force majeure, nous nous ferons un devoir de dédommager nos abonnés de la privation d'un numéro. Pendant le mois de juillet, nous donnerons, dans trois numéros, trois dessins au lieu de deux.

Nous invitons ceux de nos souscripteurs dont l'abonnement expire à la fin do juin à le renouveler sans retard, les éprouves du second tirage étant toujours beau- coup plus fatiguées que celles du premier.

28 juin 183-2.

\l.l. LKS F \ l \ 1)1 l. L \ DE I.' \.\ M PE.

I.

Vingt-trois procès dans un an, trois condamnations, 7,000 francs d'amendes et de frais, l'obligation de fournir un cautionnement de 24,000 francs, que jamais Charles X n'avait demandé à la Silhouette, treize mois de prison pour notre gérant, tout cela avait fait de la Caricature un journal passablement méchant, et méchant à bon droit. Mais ce n'était pas assez, nous aurions pu nous refroidir; notre haine, en vieillissant, aurait pu perdre de sa force; il a fallu prudemment raviver notre , et, pour cola, rien n'étail meilleur qu'une criante injustice. Or, notre gérant, que menace une paralysie du nerf optique, et que de fréquentes congestions céré- brales mettent souvent en danger, Philipon, fugitif pendant la terreur de juin, et qui ne s'était livré, avant la levée de l'état de siège, qu'à la condition qu'on le laisserait prisonnier sur parole chez le docteur Pinel, a été brutalement enlevé de cette maison de -anti' et rejeté à Sainte-Pélagie... N'aurions-nous pas été en cas de légitime défense, si, prenant corps à corps des e mis tellement achar-

, nous eussions vengé par la risée publique le mal fait de sang-froid à notre collaborateur?

ne l'avons point fait; car nous sommes insensibles aux coups qu'on nous porte, et c'est avec sagesse qu'on attend sans doute de nous de la douceur pour de la violence, do l'aménité pour de la brutalité'.

Nous avons quitté momentanément le domaine de la politique, et nous sommes retond^'- dans les dieux pour rire, dans l'Olympe de convention. Si notre debul dan- le genre rococo classique n'est pas brillant, si nos tètes ne sonl pas nobles, sj nos costumes ne sont pas d'une exactitude mythologique, '"est la faute de nos modèles et de nos habitudes ; nous serions bien heureux de pouvoir en changer mais nous ii" l'esp

Nous rei tendrons sur ce tableau d'histoire.

On nous assure qu'un Baisisseur fameux, furieux d'une charge' qu'il a prise pour lui, préparc une vengeance déguisée. Ce serait joli!

20 septembre î

�� � DES ŒUV RES DE BALZAC. Ml

��Il nous est arrive d'amuser nos lecteurs en leur rapportant les singulières inter- prétations données à uns croquades par quelque flâneur arrêjté dovanl los carreaux d'Aubert. Nous avons entendu l'explication que nous allons raproduire. Elle est très-loin, sans doute, du sons que les auteurs ont attaché à leur dessin; mais il faul avouer que les erreurs de costume lui prêtent une apparence de vérité qui a pu trompe;- quelques personnes.

<: Oh ! le beau Jupiter, disait le cicérone! comme il est gras! quel bel homme-! c'est la Flatterie qui lui verse l'ambroisie.

Apollon chante à ses pieds. L'artiste a peut-être pensé à M. Viennet; ce qui le prouverait, c'est la cigale qu'on décernait aux mauvais chanteurs, et que 1 je vois près de lui.

Le beau Neptune tient son trident (ou sa tricanule) comme un maréchal de France tiendrait son bâton.

Thémis a l'œil de M. Bart... C'est bien lui qu'on a voulu faire, car sa balance n'a qu'un plateau.

Cette tête de veau que nous voyons sur l'autre plan, qui est-ce? Parbleu! c'est Bacchus, l'amphitryon des centres, c"est Girodinde.

Plus loin, le Moniteur répand ses pavots sur le monde. Excellente image de la nuit!

Assis sur un canon, le dieu Mars brandit un cierge de procession.

Et les Furies secouent, l'une ses mandats de saisie; c'est la bête noire de la presse, la Furie aux bouquets; l'autre, son triangle d'acier, son fer de guizotine : c'est la Furie doctrinaire.

Ici, le dieu Pan, le dieu potager, souffle tranquillement dans son chalumeau ; il a seulement l'air de souffler avec le nez, mais cela n'ôte rien à sa grâce naturelle.

Vulcain-Périgord forge des chaînes et des protocoles; il est assis sur les lilets dont il entortille le monde ; il a l'air de se reposer sur ses lauriers. Une Heur de lis est tatouée sur son bras droit : si nous pouvions voir le bras gauche, nous y trou- verions sans doute un bonnet rouge.

Sur le devant, ce petit dieu qui s'enfuit, c'est Mercure qui vole des pieds et des mains. Sa figure, d'un tiers trop petite, exprime bien le goût des affaires d'argent.

L'Amour du Juste-Milieu est un monstre aveugle, qui traîne un carquois chargé des traits pesants du Nouvelliste et du Journal de Paris.

Dans le coin, une Vénus nous peint la corruption. Elle tient et caresse sur ses genoux JXémésis désarmée et accompagnée de plusieurs autres.

Un vieil abbé enrichi figure l'Avarice.

La Discorde tient sa poire à la main.

La Cupidité, appuyée sur le temple des agioteurs, sourit à l'espoir d'une hausse ou d'une baisse qu'elle prépare.

Sébastian] est dignement remplacé par un paon. C'est un intérim dont personne ne s'apercevra.

�� � Momus, le pauvre Momus, n’est pas prodigieusement gai; il ressemble à M. Dupin, indécis s’il acceptera ou refusera un portefeuille. Sa marotte, c’est un soulier avec lequel il croit avoir sauvé le monde...

Cet homme ou plutôt ce dieu, au\ formes athlétiques, c’est Hercule. Il est revêtu de sa peau de lion et s’appuie sur une lourde massue qui porte cette inscription : Discours.

La tremblante Paix est reconnaissable par son rameau, par le lièvre, symbole de la frayeur, et par son air humble et suppliant.

Dans le fond. Saturne, le Temps, détrôné par son fils, émigré en emportant la meilleure des républiques. Ce dieu se retire aux États-Unis. (Ne serait-ce pas Lafayette?)

Le Zodiaque est une manière comique de nous rappeler qu’en juin, la Balance penchait; qu’en juillet, le Lion dormait; que nous marchions à reculons en août, et qu’en septembre nos dieux n’ont encore pris aucun parti.

Mais ce que j’aime [e mieux, disait toujours l’orateur du trottoir, c’est l’aigle bâtard et ses foudres, c’est Cerbère, agent de police, qui garde l’enfer des patriotes, et, surtout, c’est le siège de la Sagesse, qui reste vacant dans l’Olympe de nos dieux. »

Or, nous n’avons pas besoin d’ajouter que rien de tout cela n’a été dans notre pensée. Nous n’avons voulu faire qu’un pur croquis d’imagination.

27 septembre 1832.


DEUXIÈME PARTIE



ORDRE CHRONOLOGIQUE

DE COMPOSITION ET DE PUBLICATION DES ŒUVRES.

1822-1848.

��Nous réunissons, dans le tableau suivant, le travail annuel de Balzac depuis ses débuts jusqu’à sa mort ; on y verra quel énorme labeur a occupé toute sa vie, et l’on n’oubliera pas qu’il faut y joindre la correction des épreuves de ses livres, les remaniements de leurs différentes éditions, la révision de ses œuvres complètes pour l’édition de la Comédie humaine; ces derniers travaux seuls auraient suffi à remplir une existence.

La date entre parenthèses qui suit immédiatement le titre de l’ouvrage est celle que porte l’œuvre imprimée; la date qui précède ce même titre est celle de la première publication. Nous avons marqué d’un astérisque les ouvrages dont il a été ques- tion page 255, et par lesquels Balzac s’essaya dans le roman sous divers pseudonymes. Ils ont été réimprimés à part et sous son nom (10 vol. in-32, Michel Lévy frères).

��1822

L’Héritière de Birague.

Jean-Louis.

L’Israélite (Clotilde de Lusignan).

Le Centenaire (le Sorcier).

Le Vicaire des Ardennes.

��1823 La Dernière Fée.

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HISTOIRE

1824

Du Droit d’aînesse.

Histoire impartiale des jésuites.

  • Argow le Pirate (Annette et le Criminel).


1825

Code des Gens honnêtes.

  • Jane la pâle (Wann-Chlore).

Molière.


1826

La Fontaine.

Petit Dictionnaire des enseignes de Paris.


1828

Ode à une jeune fille. Illusions perdues.1ère partie : — 1835-1843.)

Vers sur un album. (Illusions perdues, lère partie 1835-1843.)


1829

Mars Les Chouans (août 1827).

Fragoletta, par H. de Latouche.

Décembre (daté 1830) Physiologie du mariage (1824-1829).


1830

7 janvier Étude de mœurs pas les gants.

29 El Verdugo (octobre 1820 ; lire 1829)

11 février Une Vue de Touraine.

12 Complaintes satiriques sur les mœurs du temps.

18 Un Homme malheureux.

26 L’Usurier (fragment de Gobseck : — janvier 1830) DES ŒUVRES DE BALZAC. 317

12 mars Étude de femme (février 1830).

2 et 16 avril. . . Visites.

15 avril Voyage pour l'Éternité (gravure de Grandville}.

22 — .... L'Épicier.

Février-avril . . . Des Artistes.

Avril La Paix du ménage (juillet 1829).

— La Maison du Chat-qui-pelote (octobre 1829).

— Le Bal de Sceaux (décembre 1829).

— La Vendetta (janvier 1830).

— Gobseck (janvier 1830).

— Une Double Famille (février 1830 —janvier 1842).

5 mai Le Bibliophile Jacob.

6 — Le Charlatan.

8 — Les Deux Rêves (Sur Catherine de Médicis, 3* par- tie; — janvier 1828). 8 — L'Oisif et le Travailleur.

13 — ......... Madame Toutendieu.

20 — Mœurs aquatiques (gravure de Grandville).

22 — Des Mots à la mode.

29 — . De la Mode en littérature.

29 — Nouvelle Théorie du déjeuner.

Mars-mai Études publiées dans le Feuilleton des Journaux poli- tiques.

13 mai-5 juin . . Adieu (mars 1830).

12 juin La Jeunesse française.

17 — Étude de Philosophie morale sur les habitants du

Jardin des Plantes.

2G — De la Vie de château.

Juin-juillet Physiologie de la toilette.

Août et octobre . Physiologie gastronomique. 2 octobre Gavarni.

Octobre Le Ministre.

— Un Entr'acte.

— Une Vue du grand monde.

2Zi octobre. ... L'Élixir de longue vie (octobre 1830). Octobre-novem. Traité de la vie élégante.

h novembre... L'Archevêque.

h — ... Ressouvenirs.

/i ... Les Voisins (Petites Misères de la Vie conjugale).

11 ... Une Consultation (Petites Misères de la Vie conjugale).

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��HISTOIRE

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�mars 1833 . . .

��L'Opium.

La Reconnaissance du gamin.

La Colique.

La Comédie du Diable (1"' partie).

Fragment d'une nouvelle Satire Ménippée (la Comé- die du Diable).

Des Salons littéraires et des mots élogieux.

La Tour de la Birette.

Le Garçon de bureau.

La Dernière Revue de Napoléon (la Femme de trente ans, fragment du chap. I er ; — 1828-184Ù).

Sarrasine (novembre 1830).

Des Caricatures.

Une Lutte.

Les Litanies romantique-.

La Danse des pierres (Jésus-Christ en Flandre; — février 1831).

De ce qui n'est pas à la mode.

Le Petit Mercier (Histoire des Treize).

La Mort de ma tante.

Le Dernier Napoléon (la l'eau de chagrin : — 1830- 1831).

Une Garde.

Si j'étais riche.

Vengeance d'artiste.

Kntre-Filets.I. Une Lecture du Messager des Chambres.

I ne Passion dans le désert (1832; lire 1830).

Une Inconséquence.

Entre-Filets. Il et III.

I n Épisode sous la Terreur (janvier 1831; lire 1830).

Souvenirs d'un paria.

Lettres sur Paris.

��18 31

��vier. . . Les Deux Dragons

— La Grisette.

20 — L'Amour.

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��ier Le Marchand de bustes.

. Lue Passion au collège. .. . La Femme de trente ans (chap. V, première partit; — 1828-18M). L'Enfant maudit (l ro partie; — 1831-1836.; La Pièce nouvelle et le Début. Un Lendemain. Histoire de giberne. La Cour des Messageries royales. Une Charge de dragons. Le Réquisitionnaire (février 1831). Une Famille politique. Un Commis voyageur de la Liberté. Mécanisme intellectuel, etc. Saint-Simonien et Saint-Simoniste. Paris en 1831. Un Importun. Un Député d'alors. La Femme de trente ans (chap. IV, l" partie: -

1828-I8aa-) Le Cornac de Carlsruhe. Le Dimanche. Opinion de mon épicier. Longchamps. L'Embuscade

Une Semaine de la Chambre des Députés. De, l'Indifférence en matière politique. Des Signes particuliers, etc. Les Proscrits (octobre 1831). Enquête sur la politique des deux ministères. Tableau d'un intérieur de famille. Le Provincial.

Inconvénients de la presse, etc. Le Patriotisme de Clarice. D'un pantalon de poil de chèvre, etc. Le Suicide d'un poète (la Peau de chagrin: -

1830-1831). Une Débauche (la Peau de chagrin: — 1830-1831). Un Déjeuner sous le pont Royal. Ordre public.

�� � 320 HISTOIRE

1G juin Une Séance à l'hôtel Bullion.

1G — Conseil des ministres.

1G — . Croquis.

17 — La Belle Impéria (Contes drolatiques).

23 — Don Pedro II.

23 — .Manière de faire une émeute.

21 juillet L'n Conspirateur moderne.

21 — Physiologie des positions.

'28 — Rondo brillant et facile.

'i août Le Banquier.

31 juillet-6 août. Le Chef-d'œuvre inconnu (février 1832; lire 1831).

11 août Physiologie de l'adjoint.

11 — Deux Rencontres en un an.

18 — Les Grands Acrobates.

18 — Un Fait personnel.

ld-27 août . . . . L'Auberge rouge (mai 1831).

Août La Peau de chagrin (1830-1831).

8 septembre . . Le Claqueur.

22 — ... Vingt et un septembre 1822.

Septembre... . L'Église (Jésus-Christ en Flandre; — février 1831).

Jésus-Christ en Flandre (février 1831).

La Comédie du Diable (complète).

."> octobre. . . La Femme de trente ans (chap, I 1 ""; — 1828-184/j).

6 — Le Sous-Préfet.

G — .... Exaltation des ministres.

20 — «Moralité d'une bouteille de Champagne. .

3 novembre... Études critiques publiées dans la Caricature, n" I. 10 — . . .'Physiologie du cigare.

17 — . . La Fortune en 1831.

2'i — ... Grand Concert vocal et instrumental.

1 décembre... L'Embarras du choix.

l •*) — ... Les Sis Degrés du crime et les Six Degrés de la vertu.

29 — ... Détails inédits sur la nomination d'un préfet de police.

libre ..... Maître Cornélius (novembre-décembre 1831).

— Le Dôme des Invalides.

18 3 2

ivier I ue Journée du nez de M. d'Argout.

26 — Deux Destinées d'homme.

�� � DES OEUVRES DE BALZAC. 32

19-26 janvier. . . Religion saint- simonienne. Janvier Le Départ.

— Histoire du chevalier de Beauvoir (la Muse du

département; — juin 1843 — août I8lili).

Le Grand d'Espagne (la Muse du département; —

juin 1843 — août 1844).

— Échantillon de causeries françaises (une Conversation

entre onze heures et minuit; — 1832—1844).

— La Maîtresse de notre colonel (Autre Étude de

femme; — 1839-1842).

9 février Départ d'une diligence.

23 — ..... Voilà mon homme.

Février Madame Firmiani (février 1831; lire 1832).

— Le Message (janvier 1832).

Février-mars .. Le Colonel Chabert (février-mars 1832). 15 mars Procès de la Caricature.

31 — Sur la destruction projetée du monument du duc

de Berry.

Mars-avril Le Philipotin.

19 avril Terme d'avril.

19 — La Vie d'une femme.

26 — Facéties cholériques.

Avril .... Contes drolatiques (premier dizain).

— La Femme de trente ans (chap. III ; — 1828—1844).

Mai Le Refus.

— Le Curé de Tours (avril 1832).

— La Grande Bretèche (Autre Étude de femme ; —

1839-1842).

— Le Conseil.

— Enseignement (la Femme de trente ans, fin du cha-

pitre V; — 1828—1844).

— La Femme de trente ans (chap. VI; — 1828—1844).

— La Bourse (mai 1832).

Mai-juin Sur la situation du parti royaliste.

Septembre La Femme abandonnée (septembre 1832).

Octobre Lettre à Charles Nodier (8 octobre 1832).

— Louis Lambert (juin-juillet 1832).

Novembre Voyage à Java (septembre 1832).

Octobre La Grenadière (août 1832).

Décembre-janv. . Études critiques publiées dans laCàricalure (n n « 2 à 8)

21

�� � 322 HISTOIRE

Décembre 1832- janvier 1833.. Les Marana (novembre 1832).

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��3 janvier Études critiques publiées dans la Caricature (n° 9).

Mars Préface de l'Histoire des Treize (1831).

Mars-avril .. . Histoire des Treize (1 er épisode ; — février 1833).

\vril Histoire des Treize (début du 2 e épisode; — 26 janvier

1834).

13 juin Le Prosne du joyeulx curé de Meudon (Contes dro- latiques).

r.) — Histoire de l'empereur, etc. (le Médecin de cam- pagne; — octobre 1832 — juillet 1833).

Juillet Contes drolatiques (2° dizain).

Août-septembre. Théorie de la démarche.

8 septembre.. . . Persévérance d'amour (Contes drolatiques, 3" dizain).

23 — ... Fragments d'un roman publié sous l'empire (La Muse du département; — juin 1843 — août 1844)-

Septembre Le Médecin de campagne (octobre 1832 —juillet

L833.)

Décembre Eugénie Grandet (septembre 1833).

— L'Illustre Gaudissart (novembre L837; lire 1833).

1 s 3 h

Mars Les Jeunes Gens de Paris Histoire des Treize,

fragment du 3 e épisode; —mars 1834 — avril 1835).

Avril Histoire des Treize (fin du 2 ,: épisode ;— 26 jan- vier 1834).

— Histoire des Treize (début du 3* épisode; — mars

183Zi — avril 183.")).

Juin-juillet Séraphita (l re partie ; — 1833—1835).

Octobre. .. À. . . La Recherche de l'absolu (juin-septembre 1834).

— La Femme de trente ans (chap. Il ; — 1828— 1844).

— La Femme de trente ans (chap. IV, 1 K partie; —

1S2S— 1844). Novembre.. Lettre aux Écrivains français du xix e siècle (1 er no-

vembre L834). aventures administratives d'une idée heureuse.

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 323

Décembre 1834- février 1835.. Le Père Goriot (septembre 1834).

1 8 3 5

Janvier Un Drame au bord de la mer (20 novembre 1834).

Juin Melmoth réconcilié (6 mai 1833.)

Août Lettre inédite de Louis -Lambert.

Novembre Histoire des Treize (fin du o" et dernier épisode ; —

mars 1834 — avril 1835).

— Le Contrat de mariage (septembre, octobre 1835).

Novembre - dé- cembre Le Lys dans la vallée (le commencement ; — octobre

1835).

Décembre Séraphita (fin ; — 1833 — 1835).

Brillât-Savarin (1835).

1 S 3 6

3 janvier La Messe de l'athée (janvier 183G).

Janvier-février . L'Interdiction (février 1836).

Janvier-octobre. Études critiques publiées dans? a Chronique de Paris.

Février-juillet.. La France et l'Étranger.

6 mars Le Cabinet des antiques (le début de l'ouvrage; -

juillet 1837).

17 — Facino Cane (mars 1830).

9 juin Ecce Homo (les Martyrs ignorés).

Juin Le Lys dans la vallée (la fin; — octobre 1835).

— Historique du procès du Lys dans la vallée.

9 octobre L'Enfant maudit (2 e partie; — 1831—1830).

Octob.-novemb. La Vieille Fille (octobre 1836). Décembre 1836- janvier 1837.. Le Secret des Ruggieri (Sur Catherine de Médicis,

2 e partie;— novembre-décembre 1836).

1837

Février Illusions perdues (l r * partie; — 1835—1843).

Juillet Les Martyrs ignorés.

�� � 321 • HISTOIRE

Juillet Les Employés (tout l'ouvrage, moins la conclusion :

— juillet 1836). Juillet-août.... Gambara (juin L837).

Décembre Contes drolatiques (3 e dizain).

Décembre Histoire de la Grandeur et de la Décadence de César

Birotteau (novembre-décembre 1837). Six l'ois de Franco.

  • L'Excommunié.

1838 Septembre -oc- tobre Le Cabinet des antiques (suito, les Rivalités en

province; — juillet 1837).

Octobre Splendeurs et Misères des courtisanes (début de la

l re partie; — décembre 1847), Les Employés (conclusion;— juillet 1836). La Maison Nucingen (novembre 1837). Traité des excitants modernes. Novembre 1838- janvier 1839.. Une Fille d'Eve (décembre 1838).

1839

Janvier Le Curé de village (1"' partie: —janvier 1837

mars 1S/j5).

Avril-mai Béatrix (les deux premières parties ; — 1838 — 18^4 .

Juin Illusions perdues (2 e partie. — 1835 — L8M).

Juin-juillei Véronique (le Curé de village; — janvier is;;7 —

mars 1845).

Juillet-août.. .. Véronique au tombeau (le Curé de village ; — jan- vier L837 — mars L8/>5.)

18 aoûl Lettre à propos du Curé de \ illage.

25 — Une Représentation du Mosè de Rossini, à Venise

(Massimilla Doni; — 25 mai 1839).

Aoûl Les Secrets de la princesse de Cadignan (juin 1839).

Sept» m ire Mémoire >nr le procès Peytel.

2/j-25 oovembn . Procès de la Société des gens de lettre

Septembre-dé- cembre Petites Misères de la Vie conjugale (fragments).

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 325

Massimilla Doni ('25 mai L839). Le Cabinet des antiques (parties inédites; — juil- let 1837).

Le Notaire. L'Épicier.

1 8 Zt

Janvier Pierrette (novembre 1839).

1/t mars Vautrin (drame).

Janvieret8juin. Petites Misères de la Vie conjugale (fragments).

25 juillet ... Z. Marcas (mai 1840).

Juillet-septemb. Revue parisienne.

25 août Un Prince de la bohème (1839—1845).

  • Dom Gigadas.

Peines de cœur d'une chatte anglaise.

Guide-Ane à l'usage des animaux qui veulent par- venir aux honneurs.

Monographie du rentier.

Pierre Grassou (décembre 1839).

La Femme de province (la Muse du département; — juin 1843 — août 1844).

La Femme comme il faut (Étude de femme; — 1839-1842).

1841

��Janvier-février . Une Ténébreuse Affaire (janvier 1841). Février-mars.. La Rabouilleuse (l re partie, les Deux Frères; — novembre 1842).

Mars Notes remises à MM. les Députés.

Mars-avril Le Martyr calviniste (Sur Catherine de Médicis,

l re partie).

Mai Le Curé de village (fragments; — janvier 1837—

mars 1845). Août-septembre. Ursule Mirouet (juin-juillet 1841).

Décembre La Fausse Maîtresse (janvier 1842).

Voyage d'un lion d'Afrique, à Paris. Physiologie de l'employé.

��Novembre 1841- janvier 1842. .

��Mémoires de Deux Jeunes Mariées (1841).

�� � ��HIST0I11K

��1 8 ', 2

L'j mars Les Ressources de Quinola (comédie).

Mai-juin Albert Savarus (mai L842 .

Juillet-sep temb. l a Début dans la vie (février 1842). Septembre... . Les Méchancetés d'un saint (fragment de la L" par tie de l'Envers de l'histoire contemporaine;— 1843— 4 865) .

Octobre La Chine et les Chinois, par Auguste Borget.

Octobre-novem. La Rabouilleuse ('2 r partie, un .Ménage de garçon en province; — novembre L842). Les Amours de deux bêtes. Autre étude de femme (1839—1842). Avant-Propos de la Comédie humaine (juillet L842).

��] .S 'i 3

��Janvier

��Mars

��Mars-avri;

Mai -j ni 11' -

Juin-août . ■_'] septembr Septembre

��Tony Sans-soin.

Sur Catherine de Médicis (introduction).

Honorine (janvier 1843 .

Monographie de la presse parisienne.

La Muse du département (juin 1843 — août 18/i4).

Splendeurs el Misères des courtisanes fin de : ' 1" partie el débul de la 2 e ; — décembre 1847).

Illusions perdues ■')" partie; — 1835—1844);

Paméla Giraud, drame.

Madame, de la Chanterie (l-' partir, fragment de la r r partie de l'Envers de l'histoire contempo- raine: — 1843 — 1845 .

��1844

��luillei . Modeste Mignon (mars-juillel 1844). L2 octobre . Gaudissarl il novembre 1844 • Octobre-novem. Madame de la Chanterie (fin;fragmen1 delà L re par

lie de l'Envers de l'histoire contemporaine ;-

1843—1845. Novembre . . Splendeurs et Misères des courti ânes fin de la

_■ partie ; — décembre 1847.)

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 327

Décembre Les Paysans (l re partie; — 1845).

Une Marchande à la toilette (les Comédiens sans le

savoir ; — novembre 1845) . Un Espion à Paris (les Comédiens sans le savoir; —

novembre 1845). Histoire et Physiologie des boulevards de Paris. Ce qui disparaît de Paris. Décembre 1844- janvier 18Z|5.. Béatrix (3 e et dernière partie: — 1838— 1844.)

1845

'28 juillet Une Rue de Paris et son habitant.

19 août Le Luther des chapeaux (les Comédiens sans le

savoir; — novembre 1845). 10 septembre.. . Un Homme d'affaires (1845). Décembre Petites Misères de la Vie conjugale (fragments).

��1846

Janvier Une Prédiction.

Avril Les Comédiens sans le savoir (novembre 1845).

Juillet Splendeurs et Misères des courtisanes (3 e partie; —

décembre 1847).

11 octobre Lettre à Hippolyte Castille.

Octobre-décem. Les Parents pauvres (1 er épisode; — juillet 1846 — mai 1847.) Petites Misères de la Vie conjugale (fragments). L'Envers de l'histoire contemporaine, première partie (fragments).

1847

Mars-avril Les Parents pauvres (2 e épisode; — juillet 1 e 46 —

mai 1847).

Avril-mai Le Député d'Arcis (début de l'ouvrage).

— Splendeurs et Misères des courtisanes (4 e partie ;

— décembre 1847).

�� � 328 HISTOIRE DES OEUVRES DE BALZAC.

��8 ', R

��Avril Profession de foi politique.

i>5 mai La Marâtre, drame.

Voût-septembre. L'Envers de l'histoire contemporaine (2 e partie; décembre 1847).

��POST HUM l'- Octobre 1851.. . La Filandière (1837).

1840 Fragments inédits de la Revue parisienne (1870).

1840 Le Faiseur (Mercadet), comédie (1853).

1840 Code littéraire (1856).

1844 Les Petits Bourgeois (1856—1857).

Avril 1835 Le Monde comme il est, par le marquis de Custine

(1870).

��INÉDIT.

L'École des Ménages, drame (1839). Étude sur la Russie 1849 ou 1850).

�� �


TROISIÈME PARTIE



TABLE DES TITRES

Balzac, on l'a vu dans le travail qui précède, a constamment

changé ou modifié les titres de ses œuvres; nous croyons donc- bien faire en en donnant ici une table alphabétique complète et en renvoyant, pour tous ceux qui n'existent plus, aux numéros de la présente bibliographie où les œuvres sont mentionnées sous leur titre définitif; de plus, nous y ajoutons tous les titres des ouvrages qui ont été annoncés par Balzac sans avoir jamais vu le jour, et nous les faisons suivre des mots : N'a jamais paru, pour que le lecteur ne puisse s'y tromper.

Abbé (1') Troubert. Voir le Curé de Tours.

Absolution (F). N'a jamais paru.

A combien l'amour revient aux vieillards. Voir Splendeurs et Misères

des courtisanes (2 e partie). Actrice (une) en voyage. N'a jamais paru. Adieu. N° LXXIV, page 182. Adultère (un) rétrospectif. Voir Dêalrix. Albert Savarus. N° VIII, page 9. À marches forcées. N'a jamais paru. Ambitieux (V) par amour. Voir Albert Savarus. Amour (f). A CXXVI, page '238. Amours (les) de deux bêtes. N° CXCVII, page 245. Amours (les) d'une laide. N'a jamais paru. Amours (les) d'un vieux banquier. Voir Splendeurs cl Misères des

courtisanes (l re partie). Amours (les) forcés. Voir Bcatrix. Anatomie des corps enseignants. N'a jamais paru. Anglais (les) en Espagne. N'a jamais paru.

�� � 332 HISTOIRE

Armée (F) roulante. N'a jamais para.

Armée (1') roulante, pièce. N'a jamais paru ni jamais été jouée. Annette et le Criminel. N° CCLXVI, page 256. Annunciata. pièce. N'a jamais paru ni jamais été jouée. Apostrophe (F). Voir les Contes drolatiques. Apre- Dresde. N'a jamais para. Archevêque (1'). N° XCV, page 234. Argow le pirate. Voir Annette et le Criminel. Atelier (F). Voir la Vendetta. A Tient»; ans. Voir la Femme de trente ans. Attaché T) d'ambassade. N'a jamais para. Auberge (F) rouge. N° LXXVIII, page 18Zi. Aubergiste (P). N'a jamais para. Autre Étude de femme. ]Y' XXVIII, page 31. Avant-propos. V I, page 5.

Aventures administratives d'une idée heureuse. N° CX1V, page 237. Bal (le) de Sceaux. N° III, page 6. Balthazar Claes. Xoir la Recherche de l'absolu. Banquier (le). N° CLÏ, page 2^0. Bataille (la) de Dresde. N'a jamais paru. Bataille (une , vue de l'Empire, 1809. N'a jamais paru. Béatrix. Y XX, page 22.

Belle Impéria (la . Voir les Contes drolatiques. Belle Impéria (la, mariée. Voir les Contes drolatiques. Berthe la repentie. Voir les Contes drolatiques. Bibliophile le) Jacob. N°CCV, page 246. Bièvre la). Voir la Femme de trente ans.

Bois (le de Boulogne et le Luxembourg. Voir la Jeunesse française. Bonhomme le Rouget. Voir la Rabouilleuse.

lions Proupos (les) des religieuse* de Poissy. Voir les Contes drola- tiques. Bourse la). N° V, page 7. Bretagne (la) en 1799. Voir les Chouans. Bretagne la en 1800. Voir les chouans. Brillât-Savarin. N° CCXIII, page 247. Cabinet (le) des antiques. N° XXXVIII, page 93. Campagne la) de France. N'a jamais paru.

Catherine de Médicis expliquée. Voir Sur Catherine de Médicis (l te partie). Catherine de Médicis prise au piège. Voir Sur Catherine de Médicis partie .

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 333

Causeries du soir. N'a jamais paru.

Célibataires (les). Voir Pierrette, le Curé de Tours et la Rabouilleuse.

Centenaire (le). N" CCLXI1I, page 255.

Ce qui disparaît de Paris. N° CLVIIT, page 2Z(0.

César Birotteau. Voir Histoire de la Grandeur et de la Décadence do César Birotteau.

Charge (une) de dragons. N° CLXXV, page 2Zjl.

Charlatan (le). N° CLXI, page 241.

Charles Pointel. Voir Dovi Gigadas.

Chef-d'œuvre (le) inconnu. N° LXVIII, page 178.

Chière nuictée (la) d'amour. Voir les Contes drolatiques.

Chine (la) et les Chinois, par Aug. Borget. N° CCXX, page 2/i7.

Chouans (les). N° LV, page lû5.

Chrétien (le). N'a jamais paru.

Cimetière (le) du Père-Lachaise et son portier. Voir* Histoire des Treize (1 er épisode).

Claqueur (le). N°CL1I, page 240.

Clotilde de Lusignan. N° CCLXII, page 255

Code des gens honnêtes. N° CXXX1V, page 239.

Code littéraire. N° CCXVII1, page 247.

Colique (la). X° CLXIV, page 241.

Colonel (le) Chabert. N° XX.IV, page 29.

Combat (le). N'a jamais paru.

Comédie (la) de l'amour, pièce. N'a jamais para ni jamais été jouée.

Comédie (la) du diable. N° XCIV, page 233.

Comédie (la) humaine. Voir Avant-Propos.

Comédiens (les) sans le savoir. N° LUI, page 133.

Comédies qu'on peut voir gratis. Voir les Comédiens sans le savoir.

Comiques (les) sérieux. Voir les Comédiens sans le savoir.

Comment aiment les filles. Voir Splendeurs et Misères des courtisanes (l re partie).

Comment feut basty le chasteau d'Azay. Voir les Contes drolatiques.

Comment la belle fille de Postillon quinaulda son iuge. Voir les Contes drolatiques.

Comment on fait un ministère. N'a jamais paru.

Comment se font les petits journaux. Voir Illusions perdues (2 e par- tie).

Commis voyageur (un) pour la liberté. N° CLXXVI, paire 2/il.

Complaintes satiriques sur les mœurs du temps. N° CXX, page 238.

Comte (le^ Chabert. Voir le Colonel Chabert.

�� � HISTOIRE

Comte le) de Sallenauve. Voir le Député d'Arcis.

Comtesse (la) à deux mari-. Voir le Colonel Chaber t.

Confidence (la) des Ruggieri. Voir Sur Catherine deMédicis (2 e partir .

Connestable (le). Voir les Contes drolatiques.

Conseil (le). Voir Autre Étude de femmeet leMessage.

Conseil des ministres. N° CCXXXVII, page 252.

Conspirateur un) moderne. N° CCXL. page 252.

Conspiration (la Prudhomme, pièce. N^a jamais paruni jamais été jouée.

Consultation une . Voir Petites Misères de la Vie conjugale.

Contes Bruns. Voir la Muse du département, Échantillon de causeries

françaises et Autre Étude de femme. Contes (les) drolatiques. N°XC1I, page 225. Contes et Nouvelles. Voir Souvenir* d'un paria. Contes philosophiques. Voir Études philosophiques. Contrai (le) de mariage. V XXVII, page 30. Conversation (une entre onze heures et minuit. Voir Échantillon de

causeries françaises, Autre Étude île femme et le Message. Cornac (le) do Carlsruhe. N° CVI, page, 235. Correspondance. Voir page 277. Corsaire 1") algérien. N'a jamais paru. Cour (la) dc< Messageries royales. V CXLVI, page 2ZjO. Courtisans les), pièce. N'a jamais /"ira ni jamais été jouée. Cousine î > • ■ 1 1 - - la). Voir les Parents pauvres. Cousin l'on- (le). Voir les Parents pauvres. Croisière uni' . N'a jamais paru.

uis. Y' CCXXXVI, page 252. Croquis el Fantaisies. Voir "// Homme malheureux. Curé (le) d'Azay-le-Rideau. Voir les Contes drolatiques. Curé le) de Tours. V XXXIII, page .si. Curé «le village Me . v i,\lll. page L58.

démonstré que la fortune esl tousiours femelle. Voir les Contes

drolatiques. er le) des mystifications. Voir un Début dans In vie.

es de l'inconduite. Voir Gobseck. 1er le) d'estre trop cocquebin. Voir les Contes drolatiques. Danse des pierres (la . Voir Jésus-Christ en Flandre. David Séchard. Voir il/usions perdues '■'>' partie). Débauche une . Voir /" Peau de chagrin.

"m dans la vie. N° Ml. page 9. Débuts d'un homme politique. N'a jamais paru.

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. ,.;:,

De ce qui n'est pas à la mode. N° CXXV, page 233.

Déjeuner (un) sous le pont Royal. N° CLXXX, page '241.

De la mode en littérature. N° CGVI1I, page 246.

De la vie de château. N° CLXII, page 241.

De l'indifférence en matière politique. N° CCXXX1II, page 252.

Départ (le). N° CCXLVII, page 252.

Départ d'une diligence. N° GXC, page 2Z(2.

Député (un) d'alors. N° CCXXX, page 252.

Député (le) d'Arcis. K° LXI, page 155.

Dernier (le) Champ de bataille. N'a jamais paru.

Dernier (lej Chouan. Voir les Chouans.

Dernière (la) Fée. N° CCLXV, page 256.

Dernière (la) Incarnation de Vautrin. Voir Splendeurs et Misères des

courtisanes (4* partie). Dernière Revue de Napoléon. Voir la Femme de trente ans. Dernier (le) napoléon. Voir la Peau de chagrin. Des artistes. N° CCIH, page 246. Des caricatures. N° CLXVIII, page 2Zil. Désespérance d'amour. Voir les Contes drolatiques. Des mots à la mode. N° CCVI1, page 246. Des salons littéraires et des mots élogieux. N° CCX, page 246. Des signes particuliers appliqués à des figures générales. N° GXXVIU,

page 238. Détails inédits sur la nomination d'un préfet de police. N° CCXLVI,

page 252. Deux Ambitieux (les). N'a jamais paru. Deux Amours (les). N'a jamais paru. Deux Bienfaiteurs de l'humanité. N'a jamais paru Deux Destinées d'hommes. N° CXI, page 235. Deux (les) Dragons. N° CI, page 235. Deux (les) Extrêmes. N'a jamais paru. Deux (les) Frères. Voir la Rabouilleuse. Deux Hector (les). Voir Dom Gigadas. Deux (les) Musiciens. Voir les Parents pauvres (2 e partie). Deux Poètes (les). Voir Illusions perdues (l re partie). Deux Rencontres (les). Voir la Femme de trente ans. Deux Rencontres en un an. N° CCXLII, page 252. Deux Rêves (les). Voir Sur Catherine de Médicis (3 e partie). Deux Sculpteurs (les). N'a jamais paru. Devoir (le) d'une femme. Voir Adieu.

�� � Dialogue philosophique et politique sur la perfection du xiv siècle. N’a jamais paru.

Dimanche (le;. N" CXIAI1I, page 240.

Dioah et Rosalie. Voir Albert Savarus et la Muse du département.

Dinah Piedefer. Voir la Muse du département.

Diplomate (le} . IV’ a jamais paru.

Dires incongrus de trois pèlerins. Voir les Contes drolatiques.

Distraction. N’a jamais paru.

Doigt (le) de Dieu. Voir la Femme de (rente ans.

Dôme (le) des Invalides. V (A, page 235.

Dom Gigadas. N° CCI A IV page 256.

Don Pedro II. V CCXXXVIII, page 252.

Double Famille (une . V X. page 11.

Douloureuse Histoire (une). N’a jamais paru.

Drame (un) au bord de la mer. Y’ I.WVII. page 183.

Drame ’Unis les prisons [un). Voir Splendeurs et Misères des courtisanes (3 e partir .

Duchesse la de Langeais. Voir Histoire des Treize (2 e partie).

Du droit d’aînesse. N° CCXX1V, page 251.

Ecce Homo. Voir les Martyrs ignorés*.

Échantillon de causeries françaises. N° (AU, page 235.

École (F) des ménages, pièce inédite. Voir le Faiseur.

Éducation l’j «lu prince, pièce. N’a jamais paru ni jamais été jouée

Église (l 1 . Voir Jésus-Christ en Flandre.

Élection (une) en Champagne. Voir le Député d’Arcis.

Élixir T de longue vie. Y’ LXXIX, page 184.

El Verdugo. VlAWi. page 183.

Embarras (l’J du choix. Y’ CLXXXVIII, page 242.

Embuscade (P). Y 1 CVII, page 235.

Émir 1 1’). N’a jamais paru.

Employés l< . \ ’ LU, page 132.

Enfant l’) maudit. N° LXXII, page 180.

Enfants (les ■ N’a jamais paru.

Enquête sur la politique des deux ministères. N CCXXXIV, pag< i

Entr’Acte (un). N° GLXIII, page 241.

Entrée (1’) en cam] agn ■. Va jamais paru.

Entre-Filets. N° CLXXII, page 241.

Entre savants. N’a jamais paru.

Envers(l’)de l’histoire contemporaine. VIA, page 152.

Environs (les] de Paris. N’a jamais paru. DES ŒUVRES DE BALZAC. 537

Épicier (1') (1 er )- N° CXXXVII, page 23 ( J.

Épicier (F) ('2 e ). N° CLIII, page 240.

Épisode (un) sous la Terreur. N° LVH, page IZ16.

Espion (un) à Paris, le Petit Père Fromenteau bras droit des gardes du commerce. Voir les Comédiens sans le savoir.

Esquisse d'homme d'affaires d'après nature. Voir un Homme d'affaires.

Essais analytiques. Voir Élude de mœurs par les gants.

Esther. Voir Splendeurs et Misères des courtisanes (l re et 2 e parties .

Esther heureuse. Voir Splendeurs et Misères des courtisanes (! 2 e parties).

Étrennes (les). Voir Entre-Filets.

Étude de femme. N° XIII, page 12.

Étude de mœurs par les gants. N° CXIX, page 238.

Étude de philosophie morale sur les habitants du Jardin des Plantes. N° CXL1, page 2/i0.

Études analytiques. Voir la Physiologie du mariage.

Études critiques publiées dans la Caricature. N° CCXI, page 246.

Études critiques publiées dans la Chronique de Paris. N° CCXV, page 247.

Études critiques publiées dans le Feuilleton des journaux politiques N" CCII, page 245.

Études historiques et politiques. Voir Du' droit d'aînesse.

Études philosophiques. Voir la Peau de chagrin.

Étude sur la Russie, inédite.

Eugénie Grandet. N° XXX, page 66.

Eve et David. Voir Illusions perdues (3 ,; partie'.

Exaltation des ministres et Translation de leurs restes clan- les

caveaux du Panthéon. N° CCXLV, page 252. Excommunié (P). N° CCLXVilI, page 256. Exécution (une) militaire. Voir Souvenirs d'un paria. Expiation. Voir la Femme de trente ans. Facéties cholériques. N° CXCiï, page 242. Facino Cane. N° XLV, page 119. Faiseur (le), pièce. N° XCl, page 222. Fait (un) personnel. N° CLXXXHI, page 242. Famille (la) Beauvisage. Voir le Député d'Arcis. Famille (une) politique. X° CCXXVIII, page 252. Fantaisies (les) de Claudine. Voir un Prince de la bohème. Faulze courtizane (la). Voir les Contes drolatiques. Fausse Maîtresse (la). X° XIV, page 12.

no

�� � HISTOIRE

Femme (la abandonnée. N° 21.

Femme la aux yeux rouges. Voir Histoire des Treize 3 e épisode).

Femme la comme il faut. Voir Autre Étude de femme.

Femme (la vertueuse. Voirwwe Double Famille.

Femme (la) de province. Voir la Muse du département.

Femme (la) de soixante ans. Voir l'Envers de l'histoire contemporaine (i M partie .

Femme (la) de trente ans. N° \\ll. page 25.

Femme la) supérieure. Voir les Emplo

Ferragus, chef des dévorants. Voir Histoire des Treize I er épisode .

Filandière la . Y CXVI, page 237.

Fille lu) aux yeux d'or. Voir Histoire des Treize (3 e épisode).

Fille une d'Eve. N° XV, page L3.

Fille la) et la Femme, pièce. N'a jamais paru ni jamais été jouée.

Fils (le) du pelletier. Voir Sur Catherine de Médicis l re partie).

Fleur la îles pois. Voir le Contrat de mariage.

Fragments d'histoire générale. Voir le Cabinet des antiques.

Folle épreuve (la), pièce. N'a jamais paru ni jamais été jouée.

Fortune (la en 1831. V CLXXXVI, page 242.

Fragments d'une nouvelle satire Ménippée, la Convention des Morts. Voir la Comédie du diable.

Fragments d'un roman (Olympia ou les Vengeances romaines . publié sous l'Empire par un auteur inconnu. Voir la Muse du dépar- tement.

Fragoletta, par II. de Latouehe. Y CCI, page 245.

Français les en Egypte, trois épisodes. N'a jamais paru.

France la et l'Étranger. N° CCLV1, page '25;;.

Frélore la). N'a jamais paru.

Frère le] d'armes. Voir les Contes drolatiques.

Frères 'les) de la consolation. Voir l'Envers de l'histoire contem- poraine.

Gambara. N° LXIX, page 178.

Garçon (le] de bureau. N° CLXVH, page 241.

Garde (une). Y CLXX, page 241.

Carde- la) consulaire. N'a jamais paru.

Gaudissart un de la rue Richelieu. Voir Gaudissart II.

Gaudissart 11. Y LI, page 132.

Gavarni. .VCCIX, pag ■ 246

Gendres et Belles-Mères. N'a jamais paru.

Gens les] ridés. Va jamais paru.

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 339

Gillette. Voir le Chef-d'œuvre inconnu.

Gloire et Malheur. Voir la Maison du Chat-qui-pelote.

Gobseck. N° XXI, page 25.

Gobseck, pièce. N'a jamais paru ni jamais été jouée.

Grand Concert vocal et instrumental. V XCLXXXVII, page 242.

Grand (un) d'Espagne. Voir la Muse du département et Autre Étude de femme.

Grande Bretèche (la). Voir Autre Élude de femme.

Grandeur et Décadence de César Birotteau. Voir Histoire de la Gran- deur et de la Décadence de César Birotteau.

Grand Homme ( un ) de province à Paris. Voir Illusions perdues (2 e partie).

Grands Acrobates (les). N° CCXLIII, page 252.

Grands (les), l'Hôpital et le Peuple. .Va jamais paru.

Grand Pénitencier (le). N'a jamais paru.

Grenadière (la). X° XVII, page 20.

Grisette (la). N° CXLV, page 240.

Grisette (la) parvenue. Voir une Double Famille.

Guide-Ane à l'usage des animaux qui veulent parvenir aux honneur^ V CXCV, page 245.

Haute Banque (la). Voir la Maison Nucingen.

Héritier (1') du diable. Voir les Contes drolatiques.

Héritière (1') de Birague. N° CCLX, page 255.

Héritiers (les) Boirouge. N'a jamais paru.

Histoire de Giberne. N° CV, page 235.

Histoire de la Grandeur et de la Décadence de César Birotteau. N° XLF. page 112.

Histoire de la succession du marquis de Carabas dans le fief de Coqua-

trix. N'a jamais paru. Histoire de l'empereur racontée dans une grange par un vieux soldat.

Voir le Médecin de campagne. Histoire des parents pauvres. Voir les Parents pauvres. Histoire des Treize. N°XL, page 107.

Histoire du chevalier de Beauvoir. Voir la Muse du département. Histoire (F) et le Roman. N'a jamais paru.

Histoire et Physiologie des boulevards de Paris. N° CLIX, page 240. Histoire impartiale des Jésuites. _N° CCXXV, page 251. Histoire intellectuelle de Louis Lambert. Voir Louis Lambert. Homme (un) d'affaires. _V XL1X, page 129. Homme (un) malheureux. N'° CLX, page 241.

�� � (40 HISTOIRE

Bonorine. N XIX, page 21.

Hôpital et le Peuple (1*). N'a jamais paru.

Horloges (les) vivantes. Voir Entre- Filets.

Illusions perdues. Y XXXIX, page 96.

Illustre (F) Gaudissart. V XXXV, page 82.

Importun (un). \ CLXXVII, page 241.

Inconnu (un)- épisode de la Terreur. Voir Souvenirs 'l'un paria/.

Inconséquence [une). N° C, page 235.

Inconvénients de la presse en matière de coquetterie. \° CLXXVIII, page 241.

Initié (1'). Voir l'Envers de l'histoire contemporaine (2 e partir .

Instruction (une) criminelle. Voir Splendeurs et Misères des courti- sanes (3 e parti-'). Interdiction (1'). N' XXVI, page 30. Intérieur de collège. N'a jamais //ara. Israélite (i*). Voir Clotilde de Lusignan. Jacques de Metz. N'a jamais paru. Jan -la Pâle. Voir Wann-Chlore. Jean-Loui-. V CCLXI, page 255. Jésus-Christ en Flandre. V LXVI, page 177. Jeunes Gens (les). Voir un Début dans la vie. Jeunes (les) Gens de Paris. Voir Histoire des Treize (3* épisode). Jeunesse (la) française. \ CXL, page 239.

i premier. Voir les Contes drolatiques.

Journée (une) du nez de M. dArgout. N° CCXLVIII, page 252. Joyeulsetez (les) du roj Loys-le-l nzième. Voir les Contes drolatiques. Juge île paix (le). N'a jamais paru. Juge (le) d'instruction. N'a jamais para. Justic (la) paternelle. Voir an Drame au bord de la mer. La Fontaine. N° <:<;, page 245.

Lecamus les) Voir Sur Catlterine de Médicis (1™ partie). i. une) «lu Messager des Chambres. Voir Entre-Filets.

Lendemain (un). N" <;i\ . page 235. Lettre à Charles Nodier sur «>n article intitulé : De la palingénésie

humaine el de la résurrection. V CXXXI, page 238. Lettre à Hippblyte Castille. N° CCXXI, page 247. Lettre à propos du Curé de village. Y CCXVI, page 247.

rivains français du xiv siècle. N" GCXII, page 247.

Lettre sur le procès de Peytel. Voir Mémoire sur le procès de Peytel. Lettres sur Paris. \° CCXXVI, page 251.

�� � DES ŒUVttKS DE BALZAC. 341

Litanies (les) romantiques. N° CLXIX, page 241. Livre (le) des douleurs. Voir Gambara, Massimilla Dont, les Proscrits et Sera pki ta.

Livre (le) mystique. Voir Louis Lambert, Séraphîta et les Proscrits.

Lonchamps. N° CXLIX, page 240.

Louis Lambert. N" LXXXIII, page 190.

Lune (la) de miel. Voir Bëatrix. ■

Luther (le) des chapeaux. Voir les Comédiens sans le savoir.

Lutte (une). JN° XCVIf, page '235.

Lys (le) dans la vallée. N° XXXI, page G6.

Madame de la Chanterie. Voir l'Envers de l'histoire contemporaine

(l r ° partie). Madame Firmiani. N° XII page 12.

Madame Toutendieu. _N° CXXXIX. page 239.

Maison (la) du Chat-qui-pelote. N° II, page 6.

Maison (la) Xacingen. X° XLII, page 112.

Maître Cornélius. N° LXXX, page 185.

Maîtresse (la) de notre colonel. Voir Autre Elude de femme.

Manière de faire une émeute. N° CCXXXIX, page 252.

Marana (les). N" LXXIII, page 181.

Marâtre (la), drame. N° XC, page 222.

Marchand (le) de bustes. X" Cil, page 235.

Marchande (une) à la toilette ou Madame la Ressource en ISZi'i. Voir

les Comédiens sans le savoir. Mariage (le) Prudhomme, pièce. X'u jamais paru ni jamais été jouée. Mariette. Voir Souvenirs d'un paria.

Martyr (le) calviniste. Voir Sur Catherine de Médicis (l re partie). Martyrs (les) ignorés. N° CXV, page 237. Massimilla Doni. N° LXX, page 179.

Mécanisme intellectuel de la mnémotechnie. N" CXXVII, page 238. Méchancetés (les) d'un saint. Voir l'Envers de l'histoire contempo- raine (V e partie). Médecin (le) de campagne. N° LXII, page 156. Melmoth réconcilié. N° LXVII, page 177. Même histoire. Voir la Femme de trente ans.

Mémoire sur le procès de Peytel, notaire à Belley. N"CCXXIII, page 249. Mémoires de Deux Jeunes Mariées. N°1V, page 6. Mémoires de Sanson. Voir un Épisode sous la Terreur et Souvenirs

d'un paria. Mémoires d'une Jeune Mariée. Voir Mémoires de Deux Jeunes Mariées.

�� � (42 HISTOIRE

Ménage (un) de garçon en province. Voir la Rabouilleuse.

Mercadet. Voir le Faiseur.

Message (le). N° XVI, page L3.

Messe [la) de l'athée. V XXV, page 30.

Messe (une) en 17!).'i. Voir un Épisode sous la Terreur.

Ministre (le), article. N° CXLII, page 240.

Ministre (le), pièce. N'a jamais paru ni jamais été jouée.

Ministre (le), roman. N'a jamais paru.

Mitouflet (les . N'a jamais paru.

Modeste Mignon. \ VI, page 7.

Mœurs aquatiques. \ CCVI, page 246.

Molière. N° CXCIX, page 245.

Monde (le) comme il est, par le marquis de Custine. VCfAlY. page 247.

Monographie de la presse parisienne. Y Cl. Ml. page 240.

Monographie de la vertu. N'a jamais paru.

Monographie du rentier. Y CLV, page 240.

Moralité d'une bouteille de Champagne. N°CLXXXV, page 242.

Mort (la) de ma tante. \ XCVIII, page '235.

Mort (la) d'un ambitieux. VoirZ. Marcas.

MOSCOU. N'a jamais paru.

Mu-' (la) du département. \ XXXVI, pane 8'2.

Mye (la) du roi. Voir les Contes drolatiques.

Mystères de province. Voir la Musc du déparlement.

Naifveté. Voir les <'.<>n(rs drolatiques.

.Notaire (le). V CUV, page 240.

Ne touchez pas à la hache. Voir Histoire </<■* Treize ('2 épisode).

v tes remises à MM. les Députés sur la propriété littéraire. V CCXIX,

page 247. Nouveaux Contes philosophiques. Voir Éludes philosophiques. Nouvel Abeilard (le). N'a jamais paru. Nouvelle Théorie du déjeuner. Y CXXI, page 238. Ode. Voir Illusions perdues (r partie). Oisif l')e1 le Travailleur. M CXXXVIII, page 239.

i-Mulier. N'a jamais paru. opinion il" mon épicier. \ CCXXXI, page I2.">i> . opium (l'j \ CLXV, page 241. Ordre public. \ CLXXXI, page 241. Orgon, comédie. N'a jamais paru ni jamais été jouée. Original (1*). N'a jamais paru. Orphelins (l< i). Voir la Grenadière.

�� � DES OEUVRES DE BALZAC. 343

Où mènent ]<>s mauvais chemins. Voir Splendeurs cl Misères des cour- tisanes (3 e partir).

Pair (le) de France. Voir le Bal de Sceaux.

Paix (la) du ménage. N° XI, page 12.

Paméla Giraud, pièce. N° LXXXIX, page 222.

Pantalon (d'un de poil de chèvre et de l'Étoile de Sirius. N° CLXXIX, page 241.

Papa (le) Gobseck. Voir Gobseck.

Paragraphe patriotique. Voir une Garde.

Parents (les) pauvres. N° XLVIII, page 120.

Paris en 1831. N° CXLVII, page 240.

Parisiens (les) en province. Voir l'Illustre Gaudissart et la Musc du département.

Paris marié. Voir Petites Misères de la Vie conjugale.

Partisans (les). N'a jamais paru.

Parvenus (les). Voir les Petits Bourgeois.

Passion (une) au collège. N° CIII, page 235.

Passion (une) dans le désert. N° LVI, page 146.

Pathologie de la vie sociale. X' a jamais paru.

Patriotisme (le) de Clarice. N" C1X, page 235.

Paysans (les). N LXIV, page 160.

Peau (la) de chagrin. N 10 LXV, page 163.

Péché (le) véniel. Voir les Contes drolatiques.

Peines de cœur d'une chatte anglaise. N° CXC1V, page 215.

Pénissière (la). N'a jamais paru.

Pensionnat (un) de demoiselles. N'a jamais paru.

Père (le) Goriot. X° X\UI, page 28.

Père (le) prodigue. Voir les Parents pauvres.

Père (le) prodigue, pièce. N'a jamais paru ni jamais été jouée.

Perle (la) brisée. Voir l'Enfant maudit.

Persévérance d'amour. Voir les Contes drolatiques.

Petit Dictionnaire critique et anecdotique des enseignes de Paris. N° CXXXV, page 239.

Petit Mercier (le). N° CCXXVII, page 252; et voir Histoire des Treize (3 e épisode).

Petit Souper (le). Voir Sur Catherine de Médicis (3 e partie).

Petites Misères de la vie conjugale. i\° LXXXVI, page 208.

Petits Bourgeois (les). JN° LIV, page 143.

Petits Bourgeois (les), pièce. N'a jamais paru ni jamais été jouée.

Petits Bourgeois (les) de Paris. Voir les Petits Bourgeois.

�� �

Petits Manèges (les) d’une femme vertueuse. Voir Béatrix.
Phédon (le) d’aujourd’hui. Voir les Martyrs ignorés.
Philanthrope (le). N’a jamais paru.
Phîlipotio (le). N° CCLI, page 253.
Philosophie de la vie conjugale. Voir Petites Misères de la vie conjugale.
Physiologie de l’adjoint. N°CLXXXII, page 242.
Physiologie de la toilette. N° CXXII, page 238.
Physiologie de l’employé. N° CLV1, page 240.
Physiologie des positions. N° CXXIX, page 238.
Physiologie du cigare. N° CXXX, page ’238.
Physiologie du mariage. N° LXXXV, page 207.
Physiologie gastronomique. N° CXXIII, page 238.
Physionomies el Esquisses parisiennes. Noir Code des Gens honnêtes.
Pièce (la) nouvelle et le Début. N° CI. WIN. page 241.
Pierre et Catherine, drame. N’a jamais paru ni jamais été joué.
Pierre Grassou. Y XLVI1, page 120.
le] Canet. Voir Facino Cane.
Pierrette. Y XXXII, page 80.
Pierrette Lorain. Voir Pierrette.
Polémique judiciaire. Voir Mémoire sur le procès de Peytel.
Pontons [les). N’a jamais paru.
Portraits et Critique littéraire. Voir Molière.
Prédiction (une). V CXCV1II, page 245.
Préfaces et Notes relatives aux premières éditions. N°CCXXII, page 248
Premières Armes (les) d’un lion. Noir Autre Étude de femme.
Premières Fautes. Voir la Femme de Trente ans.
Président (le) Fritot. N’a jamais paru.
Prince (un] de la bohème. N° f., page 130.
Princesse (la) parisienne. Voir tes Secrets de la princesse de Cadignan.
Privilège (le), tableau de Paris au- commencement du wsiècle (1409). N’a jamais pur".
Procès de la Société des gens de lettres contre le Mémorial de Rouen v CCXVII, page 247.
Proces du numéro 63 de la Caricature. Y CCL, page 253.
Profession de foi politique. N°CCLIX, page 255.
Profil de marquise. Voir Étude de femme.
Prophète (le). N’a jamais pu m.
Pro . N iawii. page 190.
Prosne (le) «lu joyeub curé de Meudon. Voir les Contes drolatiques.

DES ŒUVRES DE BALZAC. 343

Provincial (le). N°CL, page 2/iO.

Provincial (le) à Paris. Voir les Comédiens sans le savoir.

Provinciaux (les) à Paris. Voir le Cabinet des antiques.

Pucelle (la) de Thilhouze. Voir les Contes drolatiques.

Qui terre a, guerre a. Voir les Paysans.

Rabouilleuse (la). N° XXXIV, page 81.

Recherche (la) de l'absolu. iN LXXI, page 179.

Reconnaissance (la) du gamin. N° CXLIV, page 240.

Refus (le). N p CXIII, page 237.

Religion saint-simonienne. N° CCXLIX, page 252.

Rendez-vous (le). Voir la Femme de trente ans.

Représentation (une) du Mosè de Rossini, à Venise. Voir Massimilla

Demi. Réquisitionnaire (le). N° LXXV, page 183. Ressources (les) de Quinola, pièce. N° LXXXVIII, page 222. Ressouvenus. N° XCVI, page 235.

Richard Cœur-d'éponge, drame. N'a jamais para ni jamais été joué. Rivalités (les). Voir la Vieille Fille. Rivalités (les) en province. Voir le Cabinet des antiques. Roi (le) des becs jaunes. N'a jamais paru.

Roi (le) des mendiants, pièce. N'a jamais paru ni jamais été jouée. Romans et Contes philosophiques. Voir Études philosophiques. Rondo brillant et facile à l'usage des commençants en politique.

N° CCXLI, page 252. Rosalie. Voir Albert Savants.

Roueries (les) d'un créancier. Voir un Homme d'affaires. Revue parisienne. N° CCLVIII, page 253. Rue (une) de Paris et son Habitant. N" CXVIII, page 238. Saint-Simonien et Saint-Simoniste. N° CCXXIX, page 252. Sarrasine. N° XLM, page 119.

Scènes de la Vie de campagne. Voir le Médecin de campagne. Scènes de la Vie de province. Voir Ursule Mirouet. Scènes de la Vie du monde. N\i jamais paru. Scènes de la Vie militaire. Voir les Chouans. Scènes de la Vie parisienne. Voir Histoire des Treize. Scènes de la Vie politique. Voir un Épisode sous la Terreur. Scènes de la Vie privée. Voir la Maison du Chal-qui-pelole. Séance (une) à l'hôtel Rullion. N° CCXXXV, page 252. Secret (le) des Ruggieri. Voir Sur Catherine de Médicis (2 e partie). Secrets (les) de la princesse de Cadignan. N° XL1V. page 118.

�� � 34G HISTOIRE

Semaine (une) de La Chambre des députés. Y CCXXX.II, page 252.

Séraphita. V LXXXIV, pag • 193.

Si j'étais riche. X" CLXXI, paire 2'il.

Six Degrés (les) du crime et les Six Degrés de la vertu. N° CLXXXIX,

page 242. six Hois de France. X° CCLVII, page 253. Sœur Marie des anges. Va jamais paru. Soldats (les) de la République (trois épisodes). N'a jamais /aine. Sophie Prudhomme, pièce. N'a jamais paru ni jamais été jouée. Sorcier (le). Noir le Centenaire.

Souffrances (les) de l'inventeur. Voir Illusions perdues (3 e partie). Souffrances (1rs) d'un inventeur". Voir Illusions perdues (3 e partie). Souffrances inconnues. Voir la Femme de trente ans. Sous-Préfet (le). N° CLXXXIV, page 242. Sous Vienne (trois épisodes). N'a jamais paru. Souvenirs d'un paria. V XCIII, page 233. Splendeurs et Misères des courtisane-. \" XLIII. page 113. Succession (la) Pons, pièce. N'a jamais paru ni jamais été jouée. Succube (le). \uir les Contes drolatiques. Suicide (le) d'un poëte. Voir la Peint de chagrin. Sur Catherine de Médicis. V 1 XXXI, page 185. Sur la destruction projetée du monument élevé au duc de Berry.

N CCLII, page 253. Sur la situation du parti royaliste. N° CCL\. page 253. Sur le moine Amador qui feut un glorieux abbé de Turpenay. Voir les

Contes drolatiques. Tableau d'un intérieur de famille. V C\ III, page 235. Ténébreuse affaire (une). V LVITI, page 151. Terme d'avril. N°CCLIII, page '253. Théâtre (le) comme il est. N'a jamais paru. Théorie de la Démarche. N° CXXXII, page 239. Tony Sans-soin. Y CXVII, page 237.

Torpille (la . Voir Splendeurs et Misères des courtisanes (l ro partie). Tour (la) delà BiretO' Y' CLXVI, page 241. Traînards (les). N'a jamais paru. Traité de la vie élégante. Y CXXIV, paire 238. Traité des excitants moderne-. N CXXXI1I, page 239. Transaction (la). Voir le Colonel chaheri. Trois Amoureux (les). Voir Modeste Mignon. I rois Cardinaux, histoire 'lu temps de Louis XIII (1639). N'a jamais paru.

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 347

Tn lis (les Clercs de Sainct-Nicholas. Voir Contes drolatiques.

Trois (les) Vengeances. Voir Autre Étude de femme.

I Qg (iT) iusticiard qui ne se remenbroyt les chouses. Voir les Conte*

drolatiques. I ng (d'J paouvre qui avoyt nom le Vieulx-par-chemins. Voir les Contes

drolatiques. Ursule Mirouet. N° XXIX, page 65. Usurier (F). Voir Gobseck.

\ allée (la) du torrent. Voir la Femme de trente ans. Vautrin, drame. N° LXXXVIT, page 221.

Veille (la; et le Lendemain, pièce. N'a jamais paru ni jamais été jouée. Vendéens (les), tableau des guerres civiles au xix e siècle. N'a jamais

paru. Vendetta (la). X°IX, page 11. Vengeance d'artiste. N° XCIX, page 235. Véronique. Voir le Curé de village. Véronique au tombeau. Voir le Curé de village. Vers écrits sur un album. Voir Illusions perdues (l re partie). Vicaire (lej des Ardennes. X° CCLXIV, page 256. Vie (la) d'une femme. N° CCL1V, page 253. Vie (la) et les Aventures d'une idée. N'a jamais paru. Vieille Fille (la). X° XXXVII, page 93.

Vieillesse (la) d'une mère coupable. Voir la Femme de trente ans. \ingt et un septembre 1822. X° CCXLIV, page 252. Visites. N°CXXXVI, page 239. Voilà mon homme. N° CXCI, page 2/(2. Voisins (les). Voir Petites Misères de la vie conjugale. Voyage de Paris à Java. N° CXCIII, page 242. Voyage d'un lion d'Afrique à Paris et ce qui s'ensuivit. N° CXCVI,

page 245. Voyage pour l'éternité. X°CCIV, page 246. Vue (une) de Touraine. X° CLXXIII, page 241. Vue (une) du grand monde. N° CXLIII, page 240. \ ue (une) du palais. .Va jamais paru. Wann-Chlore. N° CCLXXVII, page 256. X. Marcas. X° LIX, page 152.

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QUATRIÈME PARTIE



BIBLIOGRAPHIE DES ÉCRITS RELATIFS À BALZAC



Nous allons terminer notre travail par l’indication des livres et des articles à consulter sur l’auteur de la Comédie humaine ; mais on comprendra que nous n’avons pu tous les mentionner ici, Balzac, pendant une carrière d’écrivain d’environ vingt-cinq ans, ayant été l’objet d’une innombrable quantité d’articles de critique littéraire dont la seule énumération serait déjà fastidieuse ; nous nous sommes borné à citer les travaux d’ensemble sur sa vie ou sur son œuvre, et quelques articles particulièrement intéressants.

Nous avons cru inutile de relever les articles nécrologiques publiés dans presque tous les journaux au moment de la mort de Balzac, en août 1850. Le plus intéressant est celui de Philarète Chasles, qui parut dans le Journal des Débats du 24 août ; c’est là que se trouve pour la première fois, croyons-nous, l’épithète de voyant appliquée à l’auteur de la Comédie humaine, épithète si souvent répétée depuis.

Ce dernier chapitre est divisé en deux parties : la première relative aux livres ; la deuxième, aux articles publiés dans les revues et les journaux.


I

LIVRES


I. Vie et Aventures d’Horace de Saint-Aubin (H. de Balzac), par Jules Sandeau. Cette notice, qui parut en 1836, chez Souverain, dans une édition de la Dernière Fée, n’est autre qu’un fragment remanié HISTOIRE

du roman de Rose et Blanche, publié en L831, sous la signature J. Sand, par George Sand et Jules Sandeau. 5 vol. in-12, chez l>. Renaut. Elle a encore reparu en I0Z1O, niais comme simple nou- velle, dans les Revenants, par Arsène Houssaye et Jules Sandeau. 2 volumes in-8", chez Désessarts.

II. La Canne <le M. de Balzac, par madame Emile de Girardin. Lu volume in-8°, chez Dumont, 1S36.

III. H. de Balzac. Critiques et Portraits littéraires, par Sainte- Beuve; tome III. in-8°, Renduel, \*'M\. Cel article, qui parut d'abord dan- la Revue des Deux Mondes au I5septembre is;i'i. fait aujourd'hui partie des Portraits contemporains du même auteur.

IV. Lettres surles écrivains français, par Van Engelom (Jules Le- comte). Bruxelles, ln-2Zt, 1837.

V. Honore de Balzac, dan- la Galerie de In presse, par divers. Trois volumes grand in-8°, publiés, sous la direction de Ch. IMiilipon et L. Huart, en 1839. Ce portrait, signé \. I)., serait de Balzac lui-même, <"il faut croire ce que dit le bibliophile Jacob Paul Lacroix), page 59 du Catalogue de In vente Dutacq, in-8°, chez Techener, L857.

VI. Écrivains ni Artistes rivants, français et étrangers, par \. Eyma et \. de Lucy; huitième livraison : M. de Balzac. Iu-2/i, à la Librairie universelle, 13, place de la Bourse. L840.

VII. Galerie des Contemporains illustres, par un homme de rien (Louis de Loménie . 10 volumes in-18, chez René, L840-1841. L'article -m- Balzac, publié en 1841, se trouve dans le tome III.

Mil. Les Écrivains modernes de In France, par J. Chaudesaigues. 1 h volume in-18, chez Gosselin, 1841.

I\. Mélanges critiques ni littéraires, par madame Ozenne. I n volume in-8°, chez Didot, 1843.

\. !/. Honoré 'lv Balzac, par Gustave Desnoiresterres. Un volume in-12, chez Permain, 1851 .

\l. //. de Balzac; étude variée, avec notes historiques de Champ- Qeury, par Armand Baschet. I ne brochure in-8° 'le -i\ pages, chez Blosse, éditeur à Pari-, 1851. Cette brochure, reproduction d'un article 'le la France centrale, reparul très-augmentée l'année suivante, chez Giraud el Dagneau, en un volume in-18, >ou< le litre de Honoré ■ if Balzac, l tude sur l'homme et sur l'œuvre.

XII. Les Femmes de Balzac, par madame Surville sœur de Balzac] : préface du bibliophile Jacob, terminée par le discours que prononça Victor Hugo sur la tombe de fauteur de la Comédie humaine, le 22aoû1 1850. Un volume grand in-8°, sans date, chez Louis Janet.

�� � (décembre 1851.) Le discours a été réimprimé aussi dans le tome premier d’Actes et Paroles, par Victor Hugo, in-8°, Michel Lévy, 1875.

XIII. Causeries du Lundi par Sainte-Beuve; tome II, Garnier frères, un vol. in-12, 1852. L’article sur Balzac réimprimé dans ce volume parut pour la première fois dans le Constitutionnel du 2 septembre 1850.

XIV. Honoré de Balzac, par George Sand. Ce travail, fait en 1853 pour être placé en tête de l’édition Houssiaux de la Comédie humaine, 20 volumes in-8°, a été réimprimé depuis dans le volume des œuvres de George Sand intitulé Autour de la table (Michel Lévy, 1875).

XV. Portraits à la plume, par le comte Clément de Ris. Un volume in-18, chez Eugène Didier, 1853.

XVI. H. de Balzac, par Eugène de Mirecourt. Un volume in-2/i, chez Roret, 1854. Dix-septième livraison de la collection des Contemporains par le même, 100 volumes in-2/i.

XVII. Causeries littéraires, par Armand de Pontmartin. Un volume in-18, chez Michel Lévy, 185/j.

XVIII. Balzac; les Célébrités européennes par J.-M. Cayla. Notice grand in-8° à deux colonnes (pages 49 à 64 de la publication) ; chez Boisgard, 1854-1855.

XIX. Histoire du 4/ me fauteuil de l’Académie française, par Arsène Houssaye. Un volume in-8°, chez Victor Lecou, 1855.

XX. Balzac en pantoufles, par L. Gozlan. Un vol. in-24.Hetzel,1856. Cet ouvrage a reparu, in-18, très-augmenté, chez Michel Lévy, 1865.

XXI. Catalogue de la vente Dutacq, rédigé par le bibliophile Jacob (Paul Lacroix), in-8°, chez Techener, 1857. C’est un des documents les plus importants pour la bibliographie des œuvres de Balzac; on sait que Dutacq fut le plus fidèle ami de l’auteur du Médecin de campagne, au sujet duquel on pouvait lire ce qui suit sur le registre de la tour François I er , au Havre :

M. Dutacq est un grand homme incompris. Les noms en deux syllabes accusent les caractères énergiques et téméraires. Sed audaces fortuna juvat. Sou nom offre une allusion naturelle, galanterie de l’état civil, justifiée par le tact qu’il a déployé.

H. DE BALZAC.

Dutacq, avec qui l’auteur voyageait alors, avait ajouté au-dessous ces mots :

Balzac est un graud homme trop compris.

A. DUTACQ.

XXII. Causeries du Samedi, par Armand de Pontmartin. Un volume in-18,, chez Michel Lévy, 1857. XXfll. Balzac, sa Vie et ses Œuvres, d’après sa Correspondance, par M me Laure Surville, née Balzac. Un volume in-18, Librairie Nouvelle, 1858.

\\IV. Honoré de Balzac, par Théophile Gautier. Un volume in-18, chez Poulet-Malassis, 1859. Ce volume portait au titre : « Édition revue et augmentée, » quoique ce travail n’eût paru, jusque-là, que dans V Artiste et dans les journaux qui l’avaient reproduit d’après ce recueil. Le volume contient seulement un très-court fragment ajouté.

\\\ . Portrait intime de Balzac; sa Vie, son Humeur et son Caractère, par Edmond YVerdet. Un volume in-18, chez Dentu, 1859.

XXVI. Lettres satiriques et critiques, par Hippolyte Babou. Un volume in-18, chez Poulet-Malassis, 1860.

XXVII. Grandes Figures d’hier et d’aujourd’hui, par Ghampfleury. Un volume grand in-18, chez Poulet-Malassis, 18GI.

XXY1U. Balzac chez lui, souvenirs des Jardies, par Léon Gozlan. Un volume in-18, chez Michel Lévy, 1862.

XXIX. Cours de littérature, par A. de Lamartine; livraisons 10G, 107 et 108, in-8°, 1864.

XXX. Nouveaux Essais de critique et d’histoire, par Henri Taine. Un volume in-18, chez Hachette, 1865. Ce travail avait paru précédem- ment dans le Journal des Débats, en 1858.

XXXI. Portraits littéraires et philosophiques, par Eugène Poitou. Un volume in-18, chez Charpentier, 1868. Ce travail avait paru pour la première fois, en 1856, dans la Revue des Deux Mondes.

XXXII. Frederick Lemaitre dans Vautrin, par .Henri Lecomte. Une brochure in-I2, chez Colas, 1869.

XXXIII. Études sur la littérature, tome IV, par Edmond Scherer. Un volume in-18 chez Michel Lévy, 1874.

XXXIV. Balzac propriétaire, parChampfleury. Une brochure in -2/j, Paris, Patay, 1875.

XXXV. Balzac au collège, par Champfleury. Une brochure in-2/j, -. chez Patay, 1878.

II ARTICLES

I. La Peau de ckagrin,^v M. de Balzac. Gazette d<’ Franche-Comté, 13 aoûl l8.il.

II. Romans el Contes philosophiques, par M. de lialzac. Gazette de

�� � DES ŒUVRES DE BALZAC. 355

Franche-Comté, 21 décembre 1831. Cet article et le précédent, (le premier anonyme et le second signé B (ernard) D (u Grail), sont de Charles de Bernard ; c'est à l'occasion du premier que Balzac lui écrivit la lettre qui se trouve dans sa Correspondance, page 90. Ces deux articles très-intéressants, n'étant pas encore réunis aux œuvres de leur auteur, nous allons les citer ici :

I

M nic de Staël disait : « J'ai besoin d'un premier mot ; » on trouve dans cet aveu l'histoire de la plupart des écrivains d'aujourd'hui. Beaucoup excellent à enluminer le dessin qu'ils ont calqué, modulent avec esprit et élégance sur le thème qu'ils ont emprunté; bien peu cherchent en eux leurs inspirations. La masse d'esprit qui circule dans la société tue l'originalité individuelle. On vit sur le fond commun, au lieu de travailler sur le sien. Vient-il, à de longs intervalles, quelqu'un de ces hommes forts qni ouvrent eux-mêmes leur route, chacun se jette dans la voie qu'il a frayée, et glane sur sa trace, au lieu de chercher une moisson vierge. Pour combien d'auteurs Waltcr Scott n'a-t-il pas été le premier mot de madame de Staël? Sans lui, nous n'aurions ni Cinq-Mars, ni Plik et Plok, ni peut-être Notre-Dame de Paris. Chaque jour le vieux Shakspeare déteint, pâle et décoloré, sur quelque drame de la nouvelle école. Dernièrement, un jeune homme, d'un talent frais et mordant, M. Jules Janin, a usé beaucoup d'esprit à nous donner une contre-épreuve de Sterne. Ce n'est plus, il est vrai, Yorik que nous connaissions, portant culotte noire et perruque poudrée, mais Yorik actuel et rajeuni, avec virgule à la Mazarin et gilet à la Robespierre; incrédule, blasé, sardonique; disséquant les misères de la vie avec le soin amoureux et subtil que son aîné mettait à en analyser les petites jouissances. Il y a, entre ces deux types, la distance qui sépare le siècle de Louis XV du nôtre, et les amours à joue rose de Wattcau, des cadavres bleus et verts de Delacroix ; cependant c'est toujours Yorik, et le Voyage senti- mental renferme l'idée mère de l'Ane mort et de la Confession.

Voici encore un homme de talent qui va demander, au foyer du voisin, une étin- celle pour allumer le sien. Cette fois, le voisin, c'est Hoffmann, auteur do génie et d'inspiration, qui a creusé lui-même sa mine, et qui doit faire école. Tant qu'il n'in- spirera que des ouvrages comme la Peau de chagrin, nous n'aurons pas a nous plaindre. Il y a originalité dans cotte copie, création réelle dans cette imitation. Comme dans Hoffmann, une trame surnaturelle et fantastique s'y déroule au milieu des événements de la vie positive. C'est l'histoire courte, amère, exaltée d un jeune homme riche de tète et de cœur, pauvre de fortune. Dans une étroite man- sarde du pays latin, entre Bichat et la poésie, se consumait solitairement les vertes années de Raphaël, lorsqu'il devint amoureux d'une femme comme on en a peu vu dans les romans où la sensibilité est une vertu indispensable de l'héroïne, mais comme il s'en rencontre parfois dans le monde. Séduisante, vaine, aristocratique, Fœdora tourne la tête du jeune étudiant. C'est un tableau saisissant que le contraste

�� � 356 HISTOIRE

de ces deux caractères, que cette passion qui, [dans l'âme de Raphaël, vient mêler ses fleurs empoisonnées aux cuisantes épines de la pauvreté; car il aime et n'est pas aimé. Toutce que le cœur d'un homme peut renfermer de sentiment ardent et profond échoue devant l'élégant et froid égoïsme de cette femme, qui vit dans une atmosphèrepassionnée, comme la salamandre dans le feu, sans brûler. Poussé parle double désespoir d'un amour malheureux et d'une insupportable misère, Raphaël va se jeter à la Seine, lorsqu'une idée, reste de bonne éducation, l'arrête. L'eau jaune et sale, le grand jour, les barques philanthropiques de M. Dacheux, les ignobles filets de Saint-Cloud lui font horreur. Il attendra la nuit pour se tuer, et, afin de tuer le temps jusque-là, il entre dans ce magasin d'antiquités du quai Voltaire, que tout le monde connaît. Là, il devient acquéreur, nous ne dirons pas comment, d'un talisman, chose extrêmement rare de tout temps, et surtout au xix e siècle; ce n'est pourtant qu'une simple peau de chagrin; mais que de vertus dans cette peau ! Tous les désirs de son possesseur sont sur-le-champ accomplis. Une petite condition est, il est vrai, attachée à l'exercice de cette puis- sance surnaturelle. A chaque souhait, la peau de chagrin doit se rétrécir, et la vie du maître s'user d'autant: l'une est invariablement liée à l'autre. Après tout, c'est peu de chose auprès du pacte de Faust et Méphistophélès ; et quel est le pauvre diable prêt à se noyer qui s'arrête à pareille bagatelle? Raphaël, à moitié incré- dule, conclutle marché, et. pour première épreuve de son pouvoir, demande une journée entière- de jouissances fortes et raffinées, souhait naturel et pardonnable à qui n'a guère connu de la vie que les privations et la souffrance. Aussitôt, et par enchantement, une fête splendide, une royale orgie, digne de Trimalcion, s'offre à lui avec toutes ses magies, toutessesvoluptes.il veut être riche; un immense héritage lui tomhe du ciel ou des grandes Indes, ce qui revient au même; mais déjà la peau de chagrin est déjà sensiblement rétrécie, et ici l'auteur déroule à nos yeux un étrange spectacle.

\ z-vous dans cette chambre solitaire, au fond de ces appartements dorés, que garde une armée de laquais à livrée éclatante, ce riche assis dans un fauteuil, pàleetcourbé comme un vieillard? C'est Raphaël. Devant lui,dans un cadre, et entou- rée d'une raie rouge qui dessine exactement ses contours, est suspendue la peau de chagrin. Les jours du jeune homme que nous avons vu supporter le malheur avec une ironique fierté s'usent à contempler ce tableau fatal qui renferme sa vie. C'est ayee horreur qu'il observe chaque rétrécissement du talisman diabolique ; pour en arrêter les progrès, il interdit toute pensée à son esprit, tout plaisir à ses sens, tout désir à son cœur; car, pour lui, désirer, c'est mourir. Mais les passions vien- nent le poursuivre jusque dans cette existence d'huître, où il s'esl réfugié pour régéter quelques instants de plus. En vain il se cramponne à la vie, le talisman dé' roîl chaque jour. Pour éviter les chances d'un duel, il souhaite la mort de son adversaire et le tue; mais il est suicide en même temps qu'assassin, et la peau de chagrin, diminuant avec une effrayante rapidité, reste dans sa main, à peine grande conu aille de peuplier. Enfin, succombant sous cette implacable fatalité

qui l'écrase de sa main de fer, et dans un transport de désespoir, il concentre toute la puissance d' délivrer d'un seul coup de cet infernal

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supplice. Il vend son reste de vie pour un dernier jour de bonheur, pour un der- nier baiser de celle qu'il aime, et meurt à ses pieds.

Une haute et grave pensée se trouve sous cette donnée bizarre. La peau de chagrin, en effet, n'est que la personnification de passions ardentes et désordonnées qui colorent la vie, mais la rongent. Une philosophie froide, sceptique, amère ; un style nerveux, franc, quelquefois prétentieux; des caractères largement dessinés d'un seul trait; des scènes de boudoir et do salon neuves et vraies, et par-dessus tout un admirable tableau d'orgie plein de verve et de chaleur, rendent intéressante la lecture de ce livre; c'est une œuvre de haut goût, qui sera mieux comprise par les esprits blasés que par les âmes candides, et que nous recommandons à nos lec- teurs plus qu'à nos lectrices.

IL

11 est des âmes susceptibles, des esprits prudes et délicats, qu'effarouche sin- gulièrement la tendance actuelle de la littérature. Leurs doléances élégiaques sur la corruption du goût, la prétention au bizarre, l'amour du laid et du triste ont sans doute un côté plausible ; mais, s'il est vrai que les ouvrages publiés aujour- d'hui portent presque tous une empreinte d'amertume et de misanthropie pénible au cœur, à qui la faute? En accusant l'art, la société ne ressemble-t-elle pas à ces vieilles coquettes qui s'en prennent à leur miroir de leur laideur et de leurs rides? Depuis un demi-siècle qu'un tremblement de terre nous secoue à plaisir, mœurs et croyances, empires et dynasties croulent de toutes parts. Au souffle des révolu- tions, la civilisation entière s'effeuille comme en automne un arbre fouetté par l'orage. En vain, par un instinct de conservation naturel à l'humanité, qui se débat jusque dans l'agonie, les théories, les systèmes, les doctrines bourgeonnent à l'envi autour de cet arbre qui menace ruine, et aspirent à le remplacer après sa chute ; le sol sur lequel les opinions contraires se disputent l'empire est miné ; la mort est partout, même dans la victoire, et l'on se bat pour le corps de Patrocle.

Il est possible que notre imagination voie trop en noir, et qu'au lieu de pourrir le monde fasse peau neuve. Nul ne sait l'avenir; c'est un champ livré à toutes les conjectures sombres ou riantes. Mais le présent est clair et palpable, et il n'est personne qui n'ait au fond de son cœur le sentiment intime de ses déceptions et v" de sa misère. Le désenchantement et le septicïsme, ces deux maladies du siècle, ont pénétré toutes les classes et altéré la physionomie des nations, surtout de la nôtre. L'ancienne et proverbiale gaieté française ne nous est plus connue que par tradition. Le sourire silencieux et tordu do Méphistophclès a remplacé le rire franc et épanoui de nos pères, le rire qui d'une oreille à l'autre va, comme allait, si l'on en croit le médisant Rabutin, le bec amoureux de la Vallière. Quel goût pourrions- nous prendre à une littérature melliflue et frisée? Quelle saveur trouverions-nous à la poésie de Delille ou de Ducis, aux bergères en corset de Fontcnclle, aux ma- drigaux musqués de Dorât, à une époque dont le type poétique est Byron, et le type grotesque, mais malheureusement trop fidèle, Mayeux. Demander à l'art de rester rose et réjoui, quand la société qui pose devant lui est blafarde et rongée jusqu'au cœur, c'est imiter ces habiles critiques qui reprochaient à Géricault la

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carnation pou flatteuse à l'œil des cadavres des naufragés de la Méduse, et le manque de grâce des poses qu'ils avaient prises pour mourir.

M. de Balzac a vu la société moderne telle qu'elle est, égoïste, blasée, incré- dule, et il la peint telle qu'il l'a vue. La fermeté de son pinceau égale la profondeur de son coup d'œil. On a reproché à ses ouvrages de laisser dans l'âme une im- pression de tristesse et de découragement, et de flétrir l'une après l'autre toutes les illusions qui enchantent la vie. Singulier reproche ! et depuis quand le médecin qui décrit les symptômes d'une maladie est-il responsable des souffrances du malade? Si la \ Le entière n'est qu'une de ces longues et ironiques déceptions dont Sarrasine nous offre une image si frappante et si pittoresque, pourquoi ne pas le dire? Quelle est cette pruderie qui demande grâce pour des illusions qu'elle n'a plus ? M. de Balzac ne fail qu'exprimer ce que tout le monde éprouve, mais il l'exprime avec une chaleur de coloris et une force de talent qui mettent en relief ce qui n'était parfois qu'un sentiment indistinct dans l'esprit de ses lecteurs; d'une idée il fait un drame ; tant pis pour vous si un de vos vices, une de vos misères y surgissent tout à coup devant vous évoquée et incarnée par cette imagi- nation puissante. Dans chacun de ces contes philosophiques se déroule sans pitié une page vivante du cœur de l'homme ; l'orgueil de famille poussé jusqu'au parri- cide dans et Verdugo, admirable tragédie dont la scène ne pouvait se passer qu'en Espagne; la cupidité étouffant l'amour filial dans l'Êlixir de longue vie, où nous trouvons un don Juan neuf et original, même après Molière, Mozart et Byron ; la lutte de l'amour et de l'ambition, du cœur et de la tôté, où, comme presque tou- jours, la tête l'emporte, dans le Chef-d'œuvre inconnu, scènes gracieuses de la vie d'artiste; le patriotisme dans l'exil, tableau de circonstance, si l'on songea la

Pologne, dans les Proscrits, drame où le pinceau de l'aut ■ s'esl trempé d'une

couleur dantesque, pour esquisser la grande figure de Dante; la société tout entière dans la Comédie du diable, immense pandœmonium où chacun a sa part de cri- tique mordante et spirituelle.

Parmi tous les éloges auxquels a droit M. de Balzac, nous en offrons un à cette ureuse impartialité qui, peu soucieuse des suffrages de coterie ou de parti, frappe indistinctement, partout où elle trouve un vice ou un ridicule. Il paraît avoir choisi pour devise littéraire cet ancien cri d'armes des empereurs d'Ail A dextreet àsenestre! Nous le félicitons sincèremenl surcette posi-

tion élevée et indépendante où il a eu le rare courage de se placer, dans un temps où la littérature presque entière s'agenouille devant les préjugés du parterre, et se fait flatteuse du peuple, de flatteuse des rois qu'elle était, sans penser que les car- refours ont plus de boue encore que les salons de cour. Des œuvres de cet ordre n'ont rien de commun avec cette littérature do comptoir el d'estaminet, délices des cœurs sensibles qui fréquentent en hiver les hais du Prado et en été les frais ombragt i avilie. Le talent de M. de Balzac est aussi aristocratique que nerveux, et jamais la philosophie froide et railleuse, fille de Rabelais, et qui aime à dépouiller de leurs haillons les misères de la vie pour les guérir, ne s'est revêtue elle-même plus élégantes et de meilleur goût. B. D.

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III. Malheurs et Aventures de César Birotteau avant sa naissance, par Edouard Ourliac. Figaro, 15 décembre 1837. Voici cet article, qui fut réimprimé à la suite de la première édition de César Birotteau, et qui n'a pas encore été réuni aux œuvres de son auteur :

Chantons, buvons et embrassons-nous comme un chœur d'opéra-comique. Allongeons nos mollets, et tournons sur l'orteil comme un corps de ballet. Réjouis- sons-nous enfin : le Figaro, sans qu'il y paraisse, a dompte les cléments, tous les malfaiteurs et tous les cataclysmes sublunaires.

Hercule n'est plus qu'un drôle, les pommes hospérides, que des navets ; la toison d'or, qu'une peau de lapin; le siège de Troie, qu'une faction de garde national. Le Figaro vient de conquérir César Birotteau.

Jamais les dieux irrités, jamais Junon, Neptune, M. de Rambuteau ou le préfet de police, n'opposèrent à Jason, Thésée, ou les passants de la capitale, plus d'ob- stacles, de monstres, de ruines, de dragons, de démolitions, qu'à ces deux malheu- reux in-octavos.

Nous les avons enfin, et nous savons ce qu'il en coûte. Le public n'aura que la peine de les lire. Cela compte pour un plaisir. Quant à M. de Balzac, — vingt jours de travail, deux mains de papier, un beau livre de plus : cela compte pour rien.

Quoi qu'il en soit, c'est un exploit typographique, un tour de force littéraire et industriel digne de mémoire. Écrivain, éditeur et imprimeur ont plus ou moins mérité de la patrie. La postérité s'entretiendra des metteurs en pages, et nos arrière-neveux regretteront d'ignorer les noms des apprentis. Je le regrette déjà comme eux, sans quoi je les dirais.

Le Figaro avait promis le livre au 15 décembre, et M. de Balzac le commence le 17 novembre. M. de Balzac et le Figaro ont la singulière habitude de tenir parole quand ils ont promis. L'imprimerie était prête et frappait du pied comme un cour- sier bouillant.

M. de Balzac envoie aussitôt deux cents feuillets crayonnés en cinq nuits de fièvre. On connaît sa manière. C'était une ébauche, un chaos, une apocalypse, un poëme hindou.

L'imprimerie pâlit. Le délai est bref, l'écriture inouïe. On transforme le monstre, on le traduit à peu près en signes connus. Les plus habiles n'y com- prennent rien de plus. On le porte à l'auteur.

L'auteur renvoie les deux premières épreuves collées sur d'énormes feuilles, des affiches, des paravents. C'est ici qu'il faut frémir et avoir pitié. L'apparence de ces feuilles est monstrueuse. Do chaque signe, de chaque mot imprimé, part un trait de plume qui rayonne et serpente comme une fusée à la Congrève, et s'épa- nouit à l'extrémité en pluie lumineuse de phrases, d'épithètes et de substantifs soulignés, croisés, mêlés, raturés, superposés; c'est d'un aspect éblouissant.

Imaginez quatre ou cinq cents arabesques de ce genre, s'enlaçant, se nouant, grimpant et glissant d'une marge à l'autre, et du sud au septentrion. Imaginez douze cartes de géographie enchevêtrant à la fois villes, fleuves et montagnes. —

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L’a écheveau brouillé par un chat, tous les hiéroglyphes de la dynastie des Pharaons, ou les feux d’artifice de vingt réjouissances.

A cette vue, l’imprimerie se réjouit peu. Les compositeurs se frappent la poitrine, les presses gémissent, les protes s’arrachent les cheveux, les apprentis perdent la tète. Les plus intelligents abordent les épreuves et reconnaissent du persan, d’autres l’écriture madécasse, quelques-uns les caractères symboliques de Wichnou. On travaille à tout hasard et à la grâce de Dieu.

Le lendemain. M. de Balzac renvoie deux feuilles de pur chinois. Le délai n’est plus que do quinze jours. Un prote généreux offre de se brûler la cervelle.

Deux nouvelles feuilles arrivent très-lisiblemenl écrites en siamois. Deux ouvriers y perdent la vue et le peu de langue qu’ils savaient.

Les épreuves sont ainsi renvoyées sept fois de suite. On commence à reconnaître quelques symptômes d’excellent français ; on signale même quelque liaison dans les phrases. Mais le terme arrive, l’ouvrage ne paraîtra pas. La désolation est au comble, et c’est ici que le travail se complique d’un admirable concours do calamités.

Au plus fort de la hâte, le malheureux qui portait jour et nuit des épreuves à M. de Balzac est arrêté le soir par des bandits qui les lui volent. M. de Balzac avait eu la présence d’esprit de s’aller loger à Chaillot, quelque temps auparavant. Ce malheureux crie et se débat, les malfaiteurs prennent la fuite. On rattrape une épreuve à Neuilly, la seconde dans un champ de betteraves, et une troisième qui descendait à Bouen, tout le long de la rivière. On assure qu’ils ne les ont jetées que faute de les pouvoir lire. A quelque chose malheur est bon.

Le travail est interrompu. Une nuit se perd. Les ouvriers se croisent les bras. Les pressiers s’en battent les flancs. Le prote monte à sa tour : « Anne, nia sœur Anne, ne vois-tu rien venir? — Je vois un porteur qui verdoie et une épreuve qui flamboie. »

Les épreuves arrivent ; mais la nuit est passée. Le temps est proche. Il y a des pleurs et des grincements de dents. Pourtant le prote prend courage et les ouvriers le mors aux dents. L’imprimerie s’emporte ; toutes les mains trottent commodes pattes de lièvre; les compositeurs comme des navettes, les pressiers comme des rouages, les metteurs en pages comme des ressorts. Les apprentis piétinent; les correcteurs tremblottcnt; l’encadreur a des mouvements épilcptiqucs, et le prote des tics fiévreux. C’est une seule mécanique, une machine électrique ou une cage de fous.

L’ouvrage avance; mais tout d’un coup douze ouvriers disparaissent. Un ton- i - Lite- Le plancher s’effondre, et les poêles, les casiers, les charpentes enroulées dan-, un galop furieux, suivent les malheureux dans l’abîme, sous une pluie d’aérolithes inconnus. — Est-ce une mine, un incendie, une trappe, un volcan, le feu du ciel ou le jugement dernier? On recueille les blessés descendus et non montés en diligence dans la cour des Messageries. On a quelque peine à prouver aux autres qu’ils se portent bien. On reconnaît la grêle de Gomorrhe et le feu du ciel pour des A, des B, des P, d Q, et autres innocentes lettres de l’alphabet. Le calme renaît. On repense à César Birolteau. Plus d’épreuves, plus DES ŒUVRES DE BALZAC. 361

de copie. César Birotteou est tombé dans une diligence qui vient de partir pour Louviers. César Birotteau court le monde. On le poursuit. Le coupé lisait le premier chapitre, l'impériale le troisième, la rotonde le second. Les épreuves suivantes tournoyaient aux roues comme do vrais soleils d'artifice qu'elles sont.

On arrête la diligence. « César Birotteau ou la vie ! » Les voyageurs hésitent; mais ils rendent César Birotteau. On leur laisse la vie.

L'ouvrage a repris de plus belle, et M. de Balzac et le Figaro ont tenu parole. César Birotteau va voir le jour au renouvellement du 15 décembre.

Nous l'avons, nous le tenons. La maison est étayée, assurée et barricad