L’Encyclopédie/1re édition/ENCASTELURE

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ENCASTELURE, s. f. (Man. Maréch.) maladie dont sont atteints les piés de devant des chevaux.

Elle consiste dans un retrécissement extrème des talons auprès de la fente de la fourchette ; ils se rapprochent si intimement, qu’ils semblent, en rentrant l’un dans l’autre, n’en former qu’un seul. Alors les parties molles situées entre l’ongle & l’os du petit pié, souffrent tellement de la compression occasionnée par ce resserrement, que non-seulement il en résulte une douleur très-vive, qui est décelée par la chaleur du pié & par la claudication, mais des suites & des accidens funestes, tels que des suppurations intérieures, des reflux de la matiere à la couronne, la corruption des portions ligamenteuses, tendineuses, aponévrotiques, &c.

L’encastelure est plus commune dans les chevaux fins & de legere taille, que dans tous les autres : les chevaux d’Espagne y sont très-sujets. Elle ne provient quelquefois que d’un talon, & dans ce cas le resserrement est plus ordinairement dans celui de dedans que dans celui de dehors, parce que le quartier de ce côté est toûjours plus foible.

Nous observons que le trop de hauteur des talons est un acheminement à cette maladie ; les talons bas néanmoins n’en sont point absolument exempts. Elle s’annonce encore dans un pié qui s’allonge trop, & qui outrepasse en talon sa rondeur ordinaire.

Si la sécheresse & l’aridité de l’ongle, si les mains ignorantes des Maréchaux sont les uniques causes de l’encastelure, il est sans doute très-aisé de la prévenir, soit en humectant souvent les piés, soit en en confiant le soin à des artistes éclairés, s’il en est & si l’on en trouve.

Les preuves de l’aridité & de la constitution trop seche de l’ongle, se tirent de la disposition des talons au resserrement, des cercles ou des rainures qui se rencontrent extérieurement autour du sabot, des seymes que l’on y apperçoit, de la petitesse, de la maigreur, de l’altération de la fourchette, &c. Ce défaut naturel augmentant par notre négligence, précipite insensiblement l’animal dans une foule de maux que nous pourrions lui éviter, si nous avions l’attention d’assouplir par le moyen de quelques topiques gras & onctueux les fibres de cette partie.

Prenez cire jaune, sain-doux, huile d’olive, parties égales ; faites fondre le tout ; retirez du feu, & ajoûtez ensuite pareille quantité de miel commun ; mêlez-les sur le champ, en agitant toûjours la matiere, jusqu’à ce qu’en refroidissant elle acquiere une consistence d’onguent : servez-vous-en ensuite pour graisser l’ongle sur tous les environs de la couronne, à sa naissance jusqu’aux talons, en relevant le poil, que vous rabattrez ensuite : garnissez le dessous du pié avec de la terre-glaise. Ces sortes d’applications faites régulierement deux ou trois fois dans la semaine, plus ou moins souvent, selon le besoin & le genre de l’ongle, préserveront l’animal de ces évenemens fâcheux qui le rendent enfin incapable d’être utile.

Mais tous ces soins seroient superflus, si l’on ne fixoit ses regards sur le maréchal chargé d’entretenir les piés. Il est une méthode de les parer & d’y ajuster des fers, dont on ne peut s’écarter sans danger ; & de plus on doit craindre, même de la part de ceux qui sont les mieux conformés, le retrécissement dont il s’agit, lorsque l’on n’est pas en état de guider la plûpart des ouvriers qui gâtent la configuration de l’ongle, & qui le coupent de maniere à en provoquer les défectuosités. Voyez Ferrure, Fer, Pantoufle.

Cette méthode indiquée dans ces articles est véritablement telle, que nul cheval ne peut s’encasteler dès qu’on s’y conformera scrupuleusement ; mais si l’encastelure existe réellement, & que les moyens prescrits, dans le cas de son existence relativement à la ferrure, ne produisent aucun effet ou ne dégagent pas assez promptement les parties comprimées & plus ou moins souffrantes, le parti le plus sûr est de dessoler l’animal (voyez Sole), sans perdre un tems précieux à affoiblir les quartiers en les renettant (voyez Renettes), & à donner vainement des raies de feu (voyez Feu). Cette opération par le seul secours de laquelle nous pouvons élargir à notre gré les talons, étant bien pratiquée, il n’est pas douteux que nous procurerons la guérison entiere d’une maladie qui reparoîtra bien-tôt, si nous ne parons à une rechûte par des soins assidus. (e)