L’Encyclopédie/1re édition/GROSEILLE

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GROSEILLE, s. f. fruit du groselier. Il y en a de rouges & de blanches. Voyez Groselier.

Groseille rouge, (Chimie, Pharmac. & Mat. med.) ce fruit contient un suc aigrelet fort agréable au goût & legerement parfumé, qui appartient à la classe des corps doux végétaux dont il occupe une division caractérisée par l’excès d’acide avec le citron, l’orange, l’épine-vinette, &c. Voyez Doux & Muqueux.

Le suc de groseille un peu rapproché par le feu, ou mêlé d’un peu de sucre, acquiert facilement la consistence de gelée : on en obtient une belle, tremblante, & de garde, en le mêlant au sucre à parties égales ; ensorte qu’on ne conçoit point comment on pourroit en préparer un sirop qui demanderoit qu’on employât une plus grande quantité de sucre, & que le mêlange restât cependant sous une consistence liquide. On peut donc avancer sans témérité que le sirop de groseille qu’on trouve au rang des compositions officinales dans plusieurs pharmacopées, est une préparation impossible, du moins si on employe le suc récent ; car l’on peut aisément préparer un sirop avec ce suc altéré par la fermentation acéteuse qui est la seule dont il soit susceptible. Voyez Muqueux & Vin. Mais alors on a un sirop de vinaigre plûtôt que de groseille. Voyez Vinaigre.

On peut employer l’acide de la groseille comme celui de l’épine-vinette à saturer les alkalis terreux, tels que le corail, les yeux d’écrevisse, &c. Voyez Corail, voyez aussi Yeux d’écrevisse.

On prépare un rob avec ce suc, mais on le conserve plus ordinairement sous la forme de gelée. Voyez Rob & Gelée.

Ce suc étendu de trois ou quatre parties d’eau & édulcoré avec suffisante quantité de sucre, est connu sous le nom d’eau de groseille. Le goût agréable de cette boisson l’a fait passer de la boutique de l’apotiquaire à celle du limonadier : comme la gelée a cessé bien-tôt d’être un remede officinal pour devenir une confiture très-agréable qu’on sert journellement sur les meilleures tables, & dont les bons bourgeois du vieux tems font seuls un remede domestique.

Cette gelée est un excellent analeptique ; elle convient très-bien dans les convalescences des maladies aiguës, & sur-tout après les fiévres putrides & bilieuses ; elle fournit un aliment leger, tempérant, & véritablement rafraîchissant. Voyez Tempérant & Rafraîchissant.

L’eau de groseille prise à grandes doses est rafraîchissante & humectante ; elle convient dans les chaleurs d’entrailles, les coliques bilieuses & néphrétitiques, certaines diarrhées (voyez Diarrhée), les digestions fongueuses, & toutes les autres incommodités comprises sous le nom général d’échauffement. Voyez Echauffement. Cette boisson est absolument analogue avec la limonade. Voyez Citron & Limonade. On peut la donner pour boisson ordinaire dans certaines fievres ardentes & putrides ; mais dans ce cas, il faut la faire très-legere, & l’employer avec beaucoup de circonspection, principalement lorsqu’on craint l’inflammation des visceres du bas-ventre.

Il ne faut point donner de l’eau de groseille aux personnes qui ont l’estomac foible, facile à être agacé, ni à ceux qui sont sujets aux rhumes, à la toux, & qui ont la poitrine délicate ; car selon une observation constante, les acides affectent particulierement ces organes, & excitent la toux tant pectorale que stomacale.

Geoffroy rapporte, d’après Hanneman cité par Donat, lib. II. Medic. septentrions. que l’usage trop continué des groseilles a causé la consomption ; & d’après George Hannæus, qu’un homme étoit attaqué de l’enchifrenement aussi-tôt qu’il avoit avalé deux grappes de groseilles rouges. (b)