L’Encyclopédie/1re édition/RAFRAICHISSANT

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RAFRAICHISSANT, (Thérapeutique.) remede rafraîchissant. On donne premierement ce nom à des médicamens destinés à l’usage intérieur, qu’on croit capables de remédier à un état contre nature, assez mal défini par une prétendue augmentation de chaleur naturelle : ce qui fait que cette qualité de rafraîchissant n’est souvent prise que dans un sens figuré ; car la plûpart des remedes intérieurs auxquels on donne ce titre, sont bien capables de calmer la plûpart des symptômes, de l’état appellé échauffement, & même de remédier entierement à cette incommodité (Voyez l’article Échauffant & Échauffement ; mais ils ne sont point capables de diminuer la chaleur naturelle, ou de ramener à l’état naturel la chaleur excessive contre nature, du moins par un effet direct & immédiat.

Les remedes rafraîchissans internes sont premierement les boissons actuellement froides, comme l’eau à la glace, & les liqueurs glacées ou les glaces. Voyez Glaces, Médecine.

2°. Les liqueurs aqueuses acidules, telles que sont les sucs acides des végétaux étendus de beaucoup d’eau, par exemple, la limonnade (voyez Limonnade), l’oxicrat (voyez Oxicrat & Vinaigre) & enfin les liqueurs aqueuses chargées jusqu’à agréable acidité de quelque acide minéral. Voyez Acide sous le mot Sel.

3°. Tous les remedes appellés délayans. Voyez Délayans.

4°. Enfin les esprits ardens fermentés très-affoiblis, en les noyant d’une grande quantité d’eau ; ainsi un filet d’eau-de-vie dans un grand verre d’eau fournit un mélange vraiment rafraîchissant. C’est à cette classe qu’il faut rapporter la petite bierre, qui prise en petite quantité est véritablement rafraîchissante.

Il y a aussi des rafraîchissans extérieurs : & ceux-ci le sont à la rigueur, ou à la lettre ; car ils diminuent réellement le degré de chaleur animale. Voyez l’article suivant.

Les rafraîchissans sont employés contre les incommodités, & dans le traitement des maladies proprement dites ; il est traité assez au long de leur emploi au premier égard dans les articles Chaleur animale contre nature, Echauffant, & Echauffement.

Quant au second usage des rafraîchissans, savoir, leur emploi dans le traitement des maladies aiguës, on doit le considérer sous deux points de vue, ou comme fournissant le fond, la ressource principale d’une méthode curative générale, telle, par exemple, que celle que professa Hecquet, & qui regne encore assez communément en France. L’usage des rafraîchissans est encore jugé à cet égard dans l’article Chaleur animale contre nature, pag. 36, col. 2, & pag. 37, col. 1.

L’autre usage des rafraîchissans dans le traitement des maladies aiguës, est de remédier par leur moyen à quelques symptomes graves de ces maladies, savoir, la chaleur véritablement excessive, & portée à un degré dangereux (voyez Chaleur contre nature), mais principalement les sueurs symptomatiques excessives, & qui jettent le malade dans un véritable état d’épuisement.

On a recours dans ces derniers cas aux rafraîchissans extérieurs qui sont les plus directs & les plus efficaces, & même aux plus énergiques d’entr’eux : on découvre un malade, on l’évente dans son lit, on l’arrose d’eau à la glace, & même on le couvre de neige ou de glace. Ces secours, quoiqu’on les emploie rarement, sont pourtant le plus souvent suivis des plus heureux succès.

Le plus efficace des rafraîchissans destinés à l’usage intérieur sont les liqueurs acidules qui sont indiquées aussi contre les symptomes des maladies aiguës dont nous venons de parler ; & il est souvent utile, quoique cela soit rarement pratiqué, de donner ces liqueurs rafraîchies, & même à la glace.

Les liqueurs aqueuses actuellement froides, sont aussi comme telles, c’est-à-dire, par leur froideur des remedes qu’on emploie utilement dans le même cas.

Tous les autres’rafraîchissans, dont nous avons fait mention au commencement de cet article, méritent à peine ce nom, & ne produisent absolument que l’effet délayant. Voyez Délayant. (b)

Rafraichissans, terme de Chirurgie concernant la matiere médicale externe. Ce sont des médicamens qui ont la vertu de tempérer & de calmer la chaleur extraordinaire qu’on sent dans une partie ; telles sont les lotions faites avec les sucs de laitue, de pourpier, de grande & de petite joubarbe, l’eau de plantain, de mouron, de fleur de lis blancs, de nénuphar, de morelle, le petit-lait, l’eau de frai de grenouilles, &c. l’onguent blanc, l’onguent de céruse, le nutritum fait avec la litharge, l’huile & le vinaigre ; le cérat rafraîchissant de Galien, camphré ou non camphré, l’emplâtre de saturne, & différentes préparations de plomb ; le sel de saturne, les trochisques blancs de rhasis, &c.

Ces remedes agissent sur les solides & sur les fluides, en resserrant les premiers, ou en les disposant à se contracter, & en diminuant le mouvement intestin des liqueurs. On met les rafraîchissans au nombre des repercussifs, & ils en font effectivement une classe. Ils seront dont nuisibles lorsqu’il y aura à craindre de repercuter, même modérément ; mais l’application de ce remede sera très-utile quand on devra borner la force expansive des liqueurs & la végétation concomitante des solides : ce qu’on observe principalement dans les cancers ulcérés. C’est pourquoi les rafraîchissans en diminuant le mouvement du sang qui afflue sur la partie, & en réprimant l’expansion & l’orgasme des humeurs qui y sont en stagnation, & les repoussant légerement par la contraction ou le resserrement qu’elles occasionnent aux solides, la douleur, la chaleur & l’inflammation de la partie diminuent.

Ambroise Paré recommande l’usage de l’huile d’œufs agitée long-tems dans un mortier de plomb, jusqu’à ce qu’elle soit épaissie & devenue noire : on y ajoûte un peu de camphre & de poudre d’écrevisse brûlée ; ce liniment calme la douleur des cancers. Le sucre de saturne dans de l’eau de plantain, est un très bon remede, ainsi que les sucs de morelle ou de semper vivum battus long-tems dans un mortier de plomb avec un pilon de même métal, &c. Voyez Rafraichissement. (Y)