L’Encyclopédie/1re édition/HERMITE

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Briasson, David l’aîné, Le Breton, Durand (Tome 8p. 173-174).
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HERMITE, s. m. (Hist. eclés.) Homme dévot, qui s’est retiré dans la solitude, pour mieux vaquer à la priere & à la contemplation, & vivre éloigné des soins & des affaires du monde. Voyez Anachorete.

Un Hermite n’est point censé religieux, s’il n’a point fait de vœux. Voyez Moine, Vœu.

Saint Paul, surnommé l’Hermite, passe communément pour le premier qui ait embrassé ce genre de vie ; quoique saint Jérôme dise au commencement de la vie de ce saint, que l’on ignore quel est celui qui a été le premier Hermite. Quelques-uns remontent à saint Jean-Baptiste, d’autres à Elie.

Les uns assûrent que saint Antoine est l’instituteur de la vie hérémitique ; mais d’autres veulent qu’il n’ait fait qu’augmenter l’ardeur de cet état ; & que des disciples de ce saint disoient que c’étoit Paul de Thebes qui l’avoit le premier embrassée. On croit que ce fut la persécution de Dece & de Valerien qui donna lieu à ce genre de vie.

Quoique les anciens Hermites, comme saint Antoine, vécussent dans le desert, ils ne laissoient pas d’avoir plusieurs religieux avec eux. Voyez Solitaire.

On les nommoit aussi Cénobites, parce qu’ils ne possedoient rien en propre : Claustraux, parce qu’ils étoient renfermés dans une étroite clôture, & séparés du reste du monde : Asectes, parce qu’ils s’exerçoient dans la pratique de la piété : Clercs, parce qu’ils étoient considérés comme l’héritage du Seigneur ; & Philosophes, parce qu’ils s’appliquoient à acquérir la vraie sagesse qui est la science du salut. Les femmes, à l’imitation des hommes, s’enfoncerent dans les deserts, & prirent, comme eux, la résolution de vivre en commun, & de s’enfermer dans des cloîtres ou dans leurs maisons. On les nomma Moniales, à cause de leur vie solitaire ; & Sanctimoniales, à cause de la sainteté de leur vie, qui étoit d’ailleurs extremement austere.

Hermites de saint Augustin, nom d’un ordre de religieux, qu’on appelle plus communément Augustins. Voyez Augustin.

On croit communément que saint Augustin, évêque d’Hyppone & docteur de l’Église, a été l’instituteur de cet ordre ; mais ce sentiment n’a aucune solidité. Il est vrai qu’il jetta les fondemens d’un ordre monastique vers l’an 388, qu’il se retira dans sa maison de campagne près de Tagaste avec quelques-uns de ses compagnons, pour y mener une vie religieuse ; mais il ne paroît pas que cet ordre ait toujours subsisté, & que les hermites de saint Augustin en descendent sans interruption.

Cet ordre ne commença proprement que sous Alexandre IV. dans le milieu du xiij. siecle, & fut formé par la réunion de plusieurs congrégations d’hermites, qui n’avoient point de régle ou qui n’avoient point celle de saint Augustin. Ces congrégations ont celle de Jean Bonifas, la plus ancienne de toutes, celle des hermites de Toscane, celle des Sachets ou freres du Sac, celle de Vallerfusa, de saint Blaise, de saint Benoît de Monte-Tabalo, de la Tour des Calmes, de sainte Marie de Murcette, de saint Jacques de Molinio, & de Loupsavo près de Lucques.

Ce n’est point Innocent IV. qui fit cette union, comme la plûpart des historiens de cet ordre le prétendent ; il avoit seulement uni ensemble quelques hermites en Toscane, auxquels il avoit donné la regle de saint Augustin, qui faisoient une congrégation séparée de celles dont nous venons de parler. Ce fut Alexandre IV. qui fit cette union, comme il paroît par sa bulle rapportée dans le Mare magnum des Augustins.

Ce pontife travailla à cette union dès la premiere année de son pontificat, c’est-à-dire l’an 1254. Les supérieurs de toutes les congrégations nommées ci-dessus, ne purent s’assembler qu’en 1256. L’union se fit dans ce chapitre général. Lancfranc Syctala, milanois, fut élu général, & l’ordre fut divisé en quatre provinces ; savoir, de France, d’Allemagne, d’Espagne & d’Italie.

Dans la suite, on a encore uni d’autres ordres à celui de saint Augustin, comme des pauvres catholiques, & maintenant cet ordre comprend quarante-deux provinces.

Après tous ces réunions, cet ordre s’est divisé en plusieurs congrégations, auxquelles les relâchemens qui s’y introduisirent donnerent lieu. Telles sont celle des hermites déchaussés de saint Augustin, celle de Centorbi ou la réforme de Sicile, celle des Coloristes dans la Calabre.

Il y a aussi plusieurs congrégations de religieuses, sous le nom d’hermites de saint Augustin, & un tiers-ordre qui porte le nom. Voyez Tiers Ordre.

Hermites de Brittini, est une congrégation formée sous Gregoire IX. qui lui donna la regle de saint Augustin.

Ces religieux établirent leur premiere demeure dans un lieu solitaire appellé Brittini, dans la Marche d’Ancone, d’où on les appella Brittiniens. Ils menoient une vie très-austere, ne mangeoient jamais de viande, & jeûnoient souvent.

Hermite de Camaldoli. Voyez Camaldule.

Hermite de saint Jérôme. Voyez Jéronimite.

Hermite de saint Jean-Baptiste de la pénitence ; ordre religieux en Navarre, dont le principal couvent ou hermitage étoit à sept lieues de Pampelune.

Jusqu’à Grégoire XIII. ils vécurent sous l’obéissance de l’évêque de cette ville ; mais le pape confirma cet ordre, approuva leurs constitutions, & leur permit de faire des vœux solemnels. Leur maniere de vivre étoit très-austere ; ils marchoient nuds piés sans sandales, ne portoient point de linge, couchoient sur des planches, ayant pour chevet une pierre, & portant jour & nuit une grande croix de bois sur la poitrine.

Ils habitoient une espece de laure plutôt qu’un couvent, demeurant seuls dans des cellules séparées au milieu d’un bois. Voyez Laure.

Hermites de saint Paul, premier hermite, est un ordre qui se forma dans le xiij. siecle de l’union de deux corps d’hermites ; savoir, de ceux de saint Jacques de Patache, & de ceux de Pisilie près de Zante.

Après cette réunion, ils choisirent pour patron & pour protecteur de leur ordre saint Paul premier hermite, & en prirent le nom. Cet ordre se multiplia beaucoup dans la suite en Hongrie, en Allemagne, en Pologne, & en d’autres provinces ; car il y avoit autrefois soixante & dix monasteres en Hongrie seulement ; mais ce nombre diminua beaucoup à l’occasion des révolutions & des guerres dont ce royaume fut affligé. Voyez le Dict. de Trév. (G)