L’Encyclopédie/1re édition/LISSE

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LISSE, s. f. (Gram. & art. méchan.) ce mot a des acceptions fort diverses. Voyez les articles suivans.

Chez les ouvriers qui ourdissent, ce sont des fils disposés sur des tringles de bois, qui embrassent les fils de chaîne & qui les font lever & baisser à discrétion.

Chez les ouvriers en papiers, en cartons & autres, ce sont des instrumens qu’on applique fortement sur l’ouvrage, & qui en effacent les plis.

Lisses, (Marine.) Voyez Ceintes ou Préceintes.

Les lisses sont de longues pieces de bois que l’on met en divers endroits sur le bout des membres des côtés d’un vaisseau. Elles portent divers noms, suivant l’endroit du vaisseau où elles sont placées.

Lisse de vibord, c’est une préceinte un peu plus petite que les autres, qui tient le vaisseau tout autour par les hauts. Voyez Pl. IV. (Marine.) fig. 1. N°. 167. & 168. Premiere lisse & seconde lisse de vibord. Voyez aussi Pl. V. fig. 1. ces pieces sous les mêmes nombres.

Lisse de plat-bord, c’est celle qui termine les œuvres mortes entre les deux premieres rabattues, on continue cette lisse de long en long avec des moulures pour y donner la grace ; elle a de largeur un pouce moins que la cinquieme préceinte, elle en est éloignée d’une distance égale à cette largeur & on la trace parallelement à cette cinquieme préceinte. Sa largeur dans un vaisseau de 70 canons est de 9 pouces. Il arrive quelquefois que le dessous de la lisse du plat-bord se trouve plus ou moins élevé de quelques pouces que la ligne du gaillard, mais ordinairement ces deux lignes se confondent. La lisse de plat-bord doit être éloignée de la cinquieme préceinte de la largeur environ de cette même lisse, c’est-à-dire, que le remplissage entre la cinquieme préceinte & la lisse de plat-bord, differe très-peu de la largeur de cette lisse.

Lisse d’hourdy s’appelle aussi la grande barre d’arcasse, c’est une longue piece de bois qui est placée à l’arriere, & elle peut être regardée comme un ban qui passe derriere l’étambot, & sur lequel sont attachés les estains. Si on considere les estains comme une portion de cercle, elle en fait la corde & l’étambot la flèche, le tout ensemble s’appelle l’arcasse. Pour connoitre la position de la lisse d’hourdy vûe différemment, voyez Pl. III. Marine, fig. 1. la poupe d’un vaisseau du premier rang, la lisse d’hourdy est cottée B, & la poupe d’un vaisseau, Pl. IV. fig. 1. N°. 9.

La lisse d’hourdy a deux courbures, une dans le sens horisontal, l’autre dans le vertical, c’est ce qu’on appelle son arc, sa tenture ou son bouge.

Pour déterminer sur l’étambot la hauteur où doit être placée la lisse d’hourdy, il faut additionner le creux, le relevement du pont à l’arriere, avec la hauteur du feuillet des bords de la sainte-barbe, qui est la même chose que celle des feuillets de la premiere batterie.

La longueur de la lisse d’hourdy est fort arbitraire ; beaucoup de constructeurs la sont des deux tiers de la plus grande largeur du vaisseau, & pour sa largeur, son épaisseur & son bouge, ils prennent autant de pouces qu’elle a de piés de longueur.

Il y a des constructeurs qui prennent 6 lignes par pié de la longueur de la lisse d’hourdy pour en avoir l’arc ou le bouge ; d’autres lui donnent autant de bouge qu’elle a d’épaisseur. Il ne convient pas d’établir une regle générale pour tous les vaisseaux de différentes grandeurs, cette lisse devant être proportionnellement plus longue pour les gros vaisseaux que pour les petits. Nous allons donner plusieurs exemples, qui mettront en état de fixer la longueur de la lisse d’hourdy pour toutes sortes de vaisseaux.

Pour un vaisseau de 110 canons, de 47 piés 6 pouces de largeur, on prend les deux tiers de la largeur totale du vaisseau, & 3 lignes de plus par pié.

Pour un vaisseau de 102 canons, on prend les deux tiers de la largeur & 8 pouces de plus.

Pour un vaisseau de 82 canons, les deux tiers de la largeur.

Pour un vaisseau de 74 canons, 7 pouc. 9 lignes par pié de la largeur.

Pour un vaisseau de 62 canons, 7 pouc. 8 lignes par pié de la largeur.

Pour un vaisseau de 56 canons, 7 pouc. 7 lignes 3 points par pié de la largeur.

Pour un vaisseau de 50 canons, 7 pouc. 6 lign. & demie par pié de la largeur.

Pour un vaisseau de 46 canons, 7 pouc. 6 ling. par pié de la largeur.

Pour un vaisseau de 32 canons, 7 pouc. 5 lign. & demie par pié de la largeur.

Pour une frégate de 22 canons, 7. pouc. 4 lign.

Pour une corvette de 12 canons, 7 pouces par pié de la largeur.

Ceci est tiré des Elémens de l’architecture navale de M. du Hamel.

Il y en a qui, sans tant de précaution, donnent de longueur à la lisse d’hourdy pour les vaisseaux du premier rang & du deuxieme, les deux tiers de la largeur, & pour les autres vaisseaux un pié de moins.

Il est bon de remarquer que plus on augmente la longueur de la lisse d’hourdy, plus les vaisseaux ont de largeur à l’arriere, & plus on gagne d’emplacement pour le logement des officiers, plus encore on a de facilité dans le cas du combat pour placer de la mousqueterie. Mais cet élargissement du vaisseau présente une surface au vent, qui est toujours desavantageuse quand on court au plus près ; néanmoins on peut négliger le petit avantage qu’il y auroit à raccourcir la lisse d’hourdy relativement à la marche au plus près, pour donner aux officiers plus de commodité, parce qu’il n’y a pas à beaucoup près autant d’inconvénient à augmenter la largeur que l’élévation des œuvres mortes.

Lisses de gabaries, on donne ce nom à la beloire, aux lattes, & en général à toutes les pieces qui sont employées pour former les gabarits ou les façons d’un vaisseau.

Lisses de porte-haubans, ce sont de longues pieces de bois plates que l’on fait régner le long des porte-haubans, & qui servent à tenir dans leur place les chaînes de haubans. (Z)

Lisse, chez les Cartonniers, c’est un instrument à l’aide duquel on polit le carton quand il est collé & séché. On se sert pour cela d’une pierre à lisser, d’une pierre de lisse, & d’une perche à lisser, semblables à celles qui servent aux Cartiers pour lisser les cartes. Voyez les articles Cartier & Cartonnier, & les Planches de ces arts.

Lisse, terme de Corroyeur, est un instrument dont ces ouvriers se servent pour lisser & polir leurs cuirs de couleur, après qu’ils ont reçu leur dernier lustre.

La lisse est un morceau de verre fait en forme d’une bouteille, solide, dont le col est assez long & gros pour servir de poignée, & dont la panse a quatre ou cinq pouces de diametre & deux pouces de hauteur. Voyez la Planche du Corroyeur.

Lisser, c’est se servir de la lisse pour polir & donner plus d’éclat au lustre des cuirs de couleur.

Lisses, terme de Gazier, ce sont des perles d’émail percées par le milieu, & à-travers desquelles passent les fils de la chaîne. Chaque métier a deux têtes de lisses, & chaque tête de lisses porte mille perles, si la gaze doit avoir une demi-aune de largeur. Mais si elle doit être plus ou moins large, il faut augmenter ou diminuer le nombre dès perles à raison de 500 perles pour chaque quart d’aune qu’on veut donner de plus ou de moins à la gaze. Voyez Gaze.

Lisses, tête de, (terme de Gazier) qui signifie le haut des lisses dont se servent ces artisans à l’endroit où elles sont arrêtées sur les lisserons. Voyez Lisses & Gaze.

Lisse, terme de Marbreur, ou plutôt instrument dont ils se servent pour polir le papier marbré & le rendre luisant. C’est, à proprement parler, une pierre ou caillou fort uni que l’on conduit à la main en l’appuyant fortement sur le papier, ou bien que l’on enchâsse dans un outil de bois à deux manches, appellé boîte à lisse. Voy. les Planches du Marbreur, où l’on a représenté un ouvrier qui lisse une feuille de papier.

Lisse, (Maréchall.) est la même chose que chanfrein blanc : on dit qu’un cheval a une lisse en tête. Voyez Chanfrein.

Lisse, terme de Riviere, c’est la piece courante qui couronne à hauteur d’appui le garde-fou d’un pont de bois.

Lisses, (Rub.) instrument servant à passer les chaînes. (Voyez Passer en Lisses.) Elles sont de fil bis de Flandres, voici leur fabrique ; on tend d’abord une menue ficelle fixée en L, ou à-l’entour de la chevillette qui en est proche ; l’autre bout portant seulement & librement sur l’autre bout de la piece D, est tenu tendu par le poids de la pierre M ; c’est cette ficelle qui formera la tête de la lisse ; le bout de fil de Flandres qui est contenu sur le rochet N, est attaché à cette ficelle, au moyen de plusieurs nœuds ; en passant N dans les tours de ce fil, en I du côté A pour revenir en B, ce fil ainsi arrêté est passé simple sur la traverse K par la main droite, & reçu par la gauche en dessous le lissoir ; cette main le rend à la droite qui le passe à-l’entour de la ficelle L, en commençant ce passage par-dessus, & faisant passer N à-travers une boucle formée par le même fil, ce qui forme un nœud coulant qui s’approche du premier fait, & cela à chaque tour que fera N ; les différens tours que l’on va continuer de même formeront la moitié de la lisse ; il faut observer que l’on met un petit bâton que l’on voit en GG, qui s’applique & est tenu contre cette traverse dès le premier tour de fil que l’on fait sur lui ; des diffêrens tours de fil que l’on va faire, l’un passera sur ce bâton, & l’autre dessous, toujours alternativement, ce qui rendra ces tours d’inégale longueur ; on fera voir pourquoi cette inégalité : ceci fait autant de fois que l’on veut & que la lisse peut l’exiger, le bout de fil arrêté comme au commencement ; voilà la moitié de la lisse faite, qui après cela est ôtée de dessus le lissoir pour y être remise d’abord, après avoir écarté les traverses en distance convenable & double pour faire l’autre partie ; pour cela, la partie faite remise sur la traverse en KK, où se place une autre personne, ordinairement un enfant qui est assez capable pour cela ; cet enfant présente à l’ouvriere toujours placée en II, chacun des tours de la partie faite ; l’ouvrier reçoit ce tour ouvert avec les doigts de la main gauche, qui lui est présenté par la droite de l’enfant, qui tient la totalité avec la gauche, observant de ne présenter que celui qu’il faut, & suivant l’ordre dans lequel les tours ont été placés sur la ficelle ; l’ouvriere passe le rochet N à-travers ce tour, comme on le voit en XY, puis elle le tourne à l’entour de la ficelle L, comme quand elle a fait la premiere partie expliquée plus haut ; ces différens tours lui sont aussi présentés l’un après l’autre par-dessous le lissoir pour continuer la même opération, qui de la part de l’enfant se nomme tendre ; on entend par ce qui a été dit en haut, qu’il est tendu tantôt un tour plus long, plus un peu plus court, parce qu’ils ont tous cette figure, & cela alternativement, & c’est ce qui formera la diverse hauteur des bouclettes que l’on voit en HI, l’usage en est expliqué à l’article Passer en Lisse ; il faut laisser la ficelle sur laquelle la lisse est montée, excéder par chacune des quatre extrémités de la longueur de 8 ou 10 pouces, ce qui servira à l’enlisseronner. Voyez Lisserons. A l’égard des lisses à maillons qui sont fabriquées de la même maniere, excepté qu’elles sont de menues ficelles au lieu de fil, voici ce qu’il y a de particulier : tous les maillons sont enfilés dans la ficelle par la partie A, & toutes les fois que l’ouvriere forme un tour, elle laisse un de ces maillons en-dessus ; & lorsqu’il s’agit de former la seconde partie, à chaque tour qu’elle fait, il faut que le bout de cette ficelle ne soit pas pour lors sur le rochet N, puisqu’il faut que le tout passe successivement par le trou B du maillon pour être arrêté à chaque tour, comme il a été expliqué en parlant des lisses ; les hautes lisses qui sont de ficelle, comme celles des lisses à maillon, n’ont d’autre différence de celles-là, qu’en ce que la fonction des deux parties se fait également, c’est-à-dire, sur la même ligne ; conséquemment les bouclettes se trouvent paralleles, comme on le voit dans la fig. AA, BB, à l’endroit marqué CC, juste au milieu de la haute lisse, ici représentée (mais dont il faut réformer le lisseron qui est trop grossier.) Pour revenir à l’inégalité des différentes mailles de la lisse expliquée plus haut, il faut entendre que les soies de la chaîne qui y seront passées, y sont placées ainsi, en commençant par le premier brin ; ayant choisi les deux mailles qu’il faut, on passe le brin de soie ou fil de chaîne dans ces deux mailles, d’abord sur la bouclette de l’une, puis sous celle de l’autre ; de sorte que ces deux mailles font l’effet du maillon qui est de tenir la soie contrainte de ne pas céder, soit en haussant, soit en baissant, que suivant le tirage operé par les marches. Le contraire arrive dans les hautes lisses, auxquelles il faut des bouclettes sur le même niveau : les rames qui y sont passées ne devant que hausser à mesure que la haute lisse qui les contient levera, doivent y être toutes passées sur & jamais sous la bouclette, par conséquent il ne faut qu’une maille pour une rame ; mais les soies de la chaîne devant hausser & baisser, doivent nécessairement être passées chaque brin dans deux mailles de la lisse, pour être susceptibles de ce double mouvement.

Lisses, Hautes, Voyez Lisses : les hautes lisses enlisseronnées sont au nombre de vingt-quatre & quelquefois davantage ; elles sont suspendues dans le châtelet, elles portent jusqu’à deux cents mailles chacune ; de sorte, que si l’on ne vouloit passer qu’une seule rame dans chaque maille, les hautes lisses en porteroient 4800, elles peuvent cependant en porter davantage au moyen de l’emprunt. Voyez Emprunt. Elles servent par le secours des retours à faire hausser les rames qu’elles contiennent, passées suivant l’ordre du patron, pour operer la levée de chaîne nécessaire au passage de la navette.

Lisses, (Manufact. en soie) ce sont des boucles de fil entrelacées, dans lesquelles on passe les fils de la chaîne pour les faire lever ou baisser ; il y en a de diverses sortes.

Les lisses à grand colisse servent à passer les fils de poil dans les étoffes riches. Elles sont composées d’une maille haute & d’une maille basse alternativement, de façon que le colisse a environ 3 pouces de longueur. L’action de ces lisses est de faire baisser ou hausser le fil, selon que l’ouvriere l’exige.

Les lisses à petit-colisse, sont à petites boucles, arrêtées par un nœud ; elles ne servent qu’aux étoffes unies. On donne le même nom à celles dont la maille est alternativement, l’une sur une ligne plus basse que l’autre, afin que les fils disposés sur une hauteur inégale, ne se frottent pas, comme il arriveroit s’ils étoient sur une même ligne.

Les lisses de rabat, ce sont celles sous la maille desquelles les fils sont passés pour les faire baisser.

Les lisses de liage, ce sont celles sous lesquelles les fils qui doivent lier la dorure dans les étoffes sans poil, sont passés pour les faire baisser.

Lisse basse, (Tapissier) espece de tissu ou tapisserie de soie ou de laine, quelquefois rehaussée d’or & d’argent, où sont représentées diverses figures de personnages, d’animaux, de paysages ou autres semblables choses, suivant la fantaisie de l’ouvrier, ou le goût de ceux qui les lui commandent.

La basse-lisse est ainsi nommée, par opposition à une autre espece de tapisserie qu’on nomme haute-lisse ; non point de la différence de l’ouvrage, qui est proprement le même, mais de la différence de la situation des métiers sur lesquels on les travaille ; celui de la basse-lisse étant posé à plat & parallelement à l’horison, & celui de la haute-lisse étant dressé perpendiculairement & tout de bout.

Les ouvriers appellent quelquefois basse-marche, ce que le public ne connoît que sous le nom de basse-lisse ; & ce nom de manufacture lui est donné, à cause des deux marches que celui qui les fabrique a sous les piés, pour faire hausser & baisser les lisses, ainsi qu’on l’expliquera dans la suite, en expliquant la maniere d’y travailler. Voyez Haute-lisse.

Fabrique de basse-lisse. Le métier sur lequel se travaille la basse-lisse est assez semblable à celui des tisserans. Les principales pieces sont les roines, les ensubles ou rouleaux ; la camperche, le cloud, le wich, les tréteaux ou soutiens, & les arcs-boutans. Il y en a encore quelqu’autres, mais qui ne composent pas le métier, & qui servent seulement à y fabriquer l’ouvrage, comme sont les sautriaux, les marches, les lames, les lisses, &c.

Les roines sont deux fortes pieces de bois, qui forment les deux côtés du chassis ou métier & qui portent les ensuples pour donner plus de force à ces roines ; elles sont non-seulement soutenues par-dessous avec d’autres fortes pieces de bois en forme de tréteaux, mais afin de les mieux affermir, elles sont encore arcboutées au plancher, chacune avec une espece de soliveau, qui les empêche d’avoir aucun mouvement, bien qu’il y ait quelquefois jusqu’à quatre ou cinq ouvriers appuyés sur l’ensuble de devant qui y travaillent à la fois. Ce sont ces deux soliveaux qu’on appelle les arcs-boutans.

Aux deux extrémités des roines sont les deux rouleaux ou ensuples, chacune avec ses deux tourillons & son wich. Pour tourner les rouleaux, on se sert du clou, c’est-à-dire, d’une grosse cheville de fer longue environ de trois piés.

Le wich des rouleaux est un long morceau, ou plutôt une perche de bois arrondie au tour, de plus de deux pouces de diametre, à peu près de toute la longueur de chaque ensuble ; une rainure qui est creusée tout le long de l’un & l’autre rouleau, enferme le wich qui la remplit entierement, & qui y est affermi & arrêté de distance en distance par des chevilles de bois. C’est à ces deux wichs que sont arrêtées les deux extrémités de la chaîne, que l’on roule sur celui des rouleaux qui est opposé au basselissier ; l’autre sur lequel il s’appuie en travaillant, sert à rouler l’ouvrage à mesure qu’il s’avance.

La camperche est une barre de bois, qui passe transversalement d’une roine à l’autre, presqu’au milieu du mérier, & qui soutient les sautriaux, qui sont de petits morceaux de bois à peu près de la forme de ce qu’on appelle le fléau dans une balance. C’est à ces sautriaux que sont attachées les cordes qui portent les lames avec lesquelles l’ouvrier, par le moyen des deux marches qui sont sous le métier, & sur lesquelles il a les piés, donne du mouvement aux lisses, & fait alternativement hausser & baisser les fils de la chaîne. Voyez Lames, Lisse.

Le dessein ou tableau que les Basselissiers veulent imiter, est placé au-dessous de la chaîne, où il est soutenu de distance en distance par trois cordes transversales, ou même plus s’il en est besoin : les extrémités de chacune aboutissent, & sont attachées des deux côtés aux roines, à une mentonniere qui en fait partie. Ce sont ces cordes qui font approcher le dessein contre la chaîne.

Le métier étant monté, deux instrumens servent à y travailler ; l’un est le peigne, ce qu’en terme de basse-lisse on nomme la flûte.

La flûte tient lieu dans cette fabrique de la navette des Tisserans. Elle est faite d’un bois dur & poli, de trois ou quatre lignes d’épaisseur par les bouts, & d’un peu moins par le milieu. Sa longueur est de 3 ou 4 pouces. Les deux extrémités sont aiguisées en pointe, afin de passer plus aisément entre les fils de la chaîne. C’est sur la flûte que sont dévidées les laines & les autres matieres qu’on veut employer à la tapisserie.

A l’égard du peigne, qui a ordinairement des dents des deux côtés, il est ou de buis ou d’ivoire. Son épaisseur dans le milieu est d’un pouce, qui va on diminuant des deux côtés jusqu’à l’extrémité des dents : sa longueur est de six ou sept pouces. Il sert à serrer les fils de la treme les uns contre les autres à mesure que l’ouvrier les a passés & placés avec la flûte entre ceux de la chaîne.

Lorsque le basselissier veut travailler (ce qui doit s’entendre aussi je plusieurs ouvriers, si la largeur de la piece permet qu’il y en ait plusieurs qui travaillent à la fois), il se met au-devant du métier, assis sur un banc de bois, le ventre appuyé sur l’ensuble, un coussin ou oreiller entre deux ; & en cette posture, séparant avec le doigt les fils de la chaine, afin de voir le dessein, & prenant la flûte chargée de la couleur convenable, il la passe entre ces fils, après les avoir haussés ou baissés par le moyen des lames & des lisses, qui font mouvoir les marches sur lesquelles il a les piés ; ensuite pour serrer la laine ou la soie qu’il a placée, il la frappe avec le peigne, à chaque passée qu’il fait. On appelle passée, l’allée & le venir de la flûte entre les fils de la chaîne.

Il est bon d’observer que chaque ouvrier ne fait qu’une lame séparée en deux demi-lames, l’une devant l’autre, l’autre derriere. Chaque demi-lame qui a ordinairement sept seiziemes d’aune, mesure de Paris, est composée de plus ou moins de lisses, suivant la finesse de l’ouvrage.

Ce qu’il y a d’admirable dans le travail de la basse-lisse, & qui lui est commun avec la haute lisse, c’est qu’il se fait du côté de l’envers ; en sorte que l’ouvrier ne peut voir sa tapisserie du côté de l’endroit, qu’après que la piece est finie & levée de dessus le métier. Voyez Hautelisse. Dict. de Trévoux.

Lisse-haute, espece de tapisserie de soie & de laine, rehaussée d’or & d’argent, qui représente de grands & petits personnages, ou des paysages avec toutes sortes d’animaux. La haute-lisse est ainsi appellée de la disposition des lisses, ou plutôt de la chaîne qui sert à la travailler, & qui est tendue perpendiculairement de haut en bas ; ce qui la distingue de la basse-lisse, dont la chaîne est mise sur un métier placé horisontalement. Voyez Basse-lisse.

L’invention de la haute & basse lisse semble venir du Levant ; & le nom de sarrasinois qu’on leur donnoit autrefois en France, aussi-bien qu’aux Tapissiers qui se mêloient de la fabriquer, ou plutôt de la rentraire & raccommoder, ne laisse guere lieu d’en douter. Les Anglois & les Flamands y ont-ils peut-être les premiers excellé, & en ont-ils apporté l’art au retour des croisades & des guerres contre les Sarrasins.

Quoi qu’il en soit, il est certain que ce sont ces deux nations, & particulierement les Anglois, qui ont donné la perfection à ces riches ouvrages ; ce qui doit les faire regarder, sinon comme les premiers inventeurs, du moins comme les restaurateurs d’un art si admirable, & qui sait donner une espece de vie aux laines & aux soies dans des tableaux, qui certainement ne cedent guere à ceux des plus grands peintres, sur lesquels on travaille la haute & basse-lisse.

Les François ont commencé plus tard que les autres à établir chez eux des manufactures de ces sortes de tapisseries ; & ce n’est guere que sur la fin du regne de Henri IV, qu’on a vu sortir des mains des ouvriers de France des ouvrages de haute & basse-lisse, qui aient quelque beauté.

L’établissement qui se fit d’abord à Paris dans le fauxbourg S. Marcel, en 1607, par édit de ce prince du mois de Janvier de la même année, perdit trop tôt son protecteur pour se perfectionner ; & s’il ne tomba pas tout-à-fait dans sa naissance par la mort de ce monarque, il eut du moins bien de la peine à se soutenir ; quoique les sieurs Comaus & de la Planche, qui en étoient les directeurs, fussent très-habiles dans ces sortes de manufactures, & qu’il leur eût été accordé & à leurs ouvriers de grands priviléges, tant par l’édit de leur établissement, que par plusieurs déclarations données en conséquence.

Le regne de Louis XIV. vit renaître ces premiers projets sous l’intendance de M. Colbert. Dès l’an 1664, ce ministre fit expédier des lettres-patentes au sieur Hinard, pour l’établissement d’une manufacture royale de tapisseries de haute & basse-lisse en la ville de Beauvais en Picardie ; & en 1667, fut établie par lettres-patentes la manufacture royale des Gobelins, où ont été fabriquées depuis ces excellentes tapisseries de haute-lisse, qui ne cedent à aucune des plus belles d’Angleterre & de Flandres pour les desseins, & qui les égalent presque pour la beauté de l’ouvrage, & pour la force & la sûreté des teintures des soies & des laines avec lesquelles elles sont travaillées. Voyez Gobelins.

Outre la manufacture des Gobelins & celle de Beauvais, qui subsistent toûjours, il y a deux autres manufactures françoises de haute & basse-lisse, l’une à Aubusson en Auvergne, & l’autre à Felletin dans la haute Marche. Ce sont les tapisseries qui se fabriquent dans ces deux lieux, qu’on nomme ordinairement tapisseries d’Auvergne. Felletin fait mieux les verdures, & Aubusson les personnages. Beauvais fait l’un & l’autre beaucoup mieux qu’en Auvergne : ces manufactures emploient aussi l’or & l’argent dans leurs tapisseries.

Ces quatre manufactures françoises avoient été établies également pour la haute & basse lisse ; mais il y a déja long-tems qu’on ne fabrique plus ni en Auvergne, ni en Picardie, que de la basse-lisse ; & ce n’est qu’à l’hôtel royal des Gobelins où le travail de la haute & basse-lisse s’est conservé.

On ne fait aussi que des basses-lisses en Flandres ; mais il faut avouer qu’elles sont pour la plûpart d’une grande beauté, & plus grandes que celles de France, si l’on en excepte celles des Gobelins.

Les hauteurs les plus ordinaires des hautes & basses-lisses sont deux aunes, deux aunes un quart, deux aunes & demie, deux aunes deux tiers, deux aunes trois quarts, trois aunes, trois aunes un quart, & trois aunes & demie, le tout mesure de Paris. Il s’en fait cependant quelques-unes de plus hautes, mais elles sont pour les maisons royales ou de commande.

En Auvergne, sur-tout à Aubusson, il s’en fait au-dessous de deux aunes ; & il y en a d’une aune trois quarts, & d’une aune & demie.

Toutes ces tapisseries, quand elles ne sont pas des plus hauts prix, se vendent à l’aune courante : les belles s’estiment par tentures.

Fabrique de la haute-lisse. Le métier sur lequel on travaille la haute-lisse est dressé perpendiculairement : quatre principales pieces le composent, deux longs madriers ou pieces de bois, & deux gros rouleaux ou ensubles.

Les madriers qui se nomment cotterets ou cotterelles, sont mis tous droits : les rouleaux sont placés transversalement, l’un au haut des cotterets, & l’autre au bas ; ce dernier à un pié & demi de distance du plancher ou environ. Tous les deux ont des tourillons qui entrent dans des trous convenables à leur grosseur qui sont aux extrémités des cotterets.

Les barres avec lesquelles on les tourne se nomment des tentoys ; celle d’en haut le grand tentoy, & celle d’en-bas le petit tentoy.

Dans chacun des rouleaux est ménagée une rainure d’un bout à l’autre, capable de contenir un long morceau de bois rond, qu’on y peut arrêter & affermir avec des fiches de bois ou de fer. Ce morceau de bois, qui a presque toute la longueur des rouleaux, s’appelle un verdillon, & sert à attacher les bouts de la chaîne. Sur le rouleau d’en-haut est roulée cette chaîne, qui est faite d’une espece de laine torse ; & sur le rouleau d’en-bas se roule l’ouvrage à mesure qu’il s’avance.

Tout du long des cotterets qui sont des planches ou madriers de 14 ou 15 pouces de large, de 3 ou 4 d’épaisseur, & de 7 ou 8 piés de hauteur, sont des trous percés de distance en distance du côté que l’ouvrage se travaille, dans lesquels se mettent des morceaux ou grosses chevilles de fer qui ont un crochet aussi de fer à un des bouts. Ces morceaux de fer qu’on nomme des hardilliers, & qui servent à soutenir la perche de lisse, sont percés aussi de plusieurs trous, dans lesquels en passant une cheville qui approche ou éloigne la perche, on peut bander ou lâcher les lisses, suivant le besoin qu’on en a.

La perche de lisse, qui est d’environ trois pouces de diametre, & de toute la longueur du métier, est nommée ainsi, parce qu’elle enfile les lisses qui font croiser les fils de la chaîne. Elle fait à-peu-près dans le métier de haute-lisse, ce que font les marches dans celui des Tisserands.

Les lisses sont de petites cordelettes attachées à chaque fil de la chaîne avec une espece de nœud coulant aussi de ficelle, qui forme une espece de maille ou d’anneau : elles servent à tenir la chaîne ouverte pour y pouvoir passer les broches qui sont chargées des soies, des laines, ou autres matieres qui entrent dans la fabrique de la haute lisse.

Enfin, il y a quantité de petits bâtons, ordinairement de bois de saule, de diverses longueurs, mais tous d’un pouce de diametre, que le hautelissier tient auprès de lui dans des corbeilles pour s’en servir à croiser les fils de la chaîne, en les passant à-travers, d’où ils sont nommés bâtons de croisure ; & afin que les fils ainsi croisés se maintiennent toûjours dans un arrangement convenable, on entrelace aussi entre les fils, mais au-dessus du bâton de croisure, une ficelle à laquelle les ouvriers donnent le nom de fleche.

Lorsque le métier est dressé & la chaîne tendue, la premiere chose que doit faire le hautelissier, c’est de tracer sur les fils de cette chaîne les principaux traits du dessein qu’il veut qui soit représenté dans sa piece de tapisserie ; ce qui se fait en appliquant du côté qui doit servir d’envers, des cartons conformes au tableau qu’il copie, & puis en suivant leurs contours avec de la pierre noire sur les fils du côté de l’endroit, en sorte que les traits paroissent également & devant & derriere ; & afin qu’on puisse dessiner plus sûrement & plus correctement, on soutient les cartons avec une longue & large table de bois.

A l’égard du tableau ou dessein original sur lequel l’ouvrage doit s’achever, il est suspendu au dos du hautelissier, & roulé sur une longue perche de laquelle on en déroule autant qu’il est nécessaire, & à mesure que la piece s’avance.

Outre toutes les pieces du métier dont on vient de parler, qui le composent, ou qui y sont pour la plûpart attachées, il faut trois principaux outils ou instrumens pour placer les laines ou soies, les arranger & les serrer dans les fils de la chaîne. Les outils sont une broche, un peigne, & une aiguille de fer.

La broche est faite de bois dur, comme de buis ou autre semblable espece : elle est de sept à huit pouces de longueur, de huit lignes environ de grosseur & de figure ronde, finissant en pointe avec un petit manche. C’est sur cet instrument qui sert comme de navette, que sont dévidées les soies, les laines, ou l’or & l’argent que l’ouvrier doit employer.

Le peigne est aussi de bois, de huit à neuf pouces de longueur & d’un pouce d’épaisseur du côté du dos, allant ordinairement en diminuant jusqu’à l’extrémité des dents qui ont plus ou moins de distance les unes des autres, suivant le plus ou le moins de finesse de l’ouvrage.

Enfin l’aiguille de fer, qu’on appelle aiguille à presser, a la forme des aiguilles ordinaires, mais plus grosse & plus longue. Elle sert à presser les laines & les soies, lorsqu’il y a quelque contour qui ne va pas bien : le fil de laine, de soie, d’or ou d’argent, dont se couvre la chaîne des tapisseries, & que dans les manufactures d’étoffes on appelle treme, se nomme assure parmi les hautelissiers françois.

Toutes choses étant préparées pour l’ouvrage, & l’ouvrier le voulant commencer, il se place à l’envers de la piece, le dos tourné à son dessein ; de sorte qu’il travaille, pour ainsi dire, à l’aveugle, ne voyant rien de ce qu’il fait, & étant obligé de se déplacer, & de venir au-devant du métier, quand il veut en voir l’endroit & en examiner les défauts pour les corriger avec l’aiguille à presser.

Avant de placer ses soies ou ses laines, le hautelissier se tourne & regarde son dessein ; ensuite dequoi ayant pris une broche chargée de la couleur convenable, il la place entre les fils de la chaîne qu’il fait croiser avec les doigts par le moyen des lisses attachées à la perche ; ce qu’il recommence chaque fois qu’il change de couleur. La soie ou la laine étant placée, il la bat avec le peigne ; & lorsqu’il en a mis plusieurs rangées les unes sur les autres, il va voir l’effet qu’elles font pour en réformer les contours avec l’aiguille à presser, s’il en est besoin.

Quand les pieces sont larges, plusieurs ouvriers y peuvent travailler à la fois : à mesure qu’elles s’avancent, on roule sur l’ensuble d’en-bas ce qui est fait, & on déroule de dessus celle d’en-haut autant qu’il faut de la chaîne pour continuer de travailler ; c’est à quoi servent le grand & petit tentoy. On en fait à proportion autant du dessein que les ouvriers ont derriere eux. Voyez nos Pl. de Tapiss. & leur expl.

L’ouvrage de la haute-lisse est bien plus long à faire que celui de la basse-lisse, qui se fait presque deux fois aussi vîte. La différence qu’il y a entre ces deux tapisseries, consiste en ce qu’à la basse-lisse il y a un filet rouge, large d’environ une ligne qui est mis de chaque côté du haut en-bas, & que ce filet n’est point à la haute-lisse. Dict. du Com. & Chambers.

Lisse, (Tapissier.) les Tapissiers de haute-lisse & de basse-lisse, les Sergiers, les Rubaniers, ceux qui fabriquent des brocards, & quelques autres ouvriers, nomment lisse, ce qu’on appelle chaîne dans les métiers de Tisserans & des autres fabriquans de draps & d’étoffes, c’est-à-dire les fils étendus de long sur le métier, & roulés sur les ensubles, à-travers desquels passent ceux de la treme. Voyez Chaîne.

Haute-lisse, c’est celle dont la lisse ou chaîne est dressée debout & perpendiculairement devant l’ouvrier qui travaille ; la basse-lisse étant montée sur un métier posé parallelement à l’horison, c’est-à-dire, comme le métier d’un tissérand. Voyez Haute-lisse & Basse-lisse.

Lisses. Les Haute-lissiers appellent ainsi de petites ficelles ou cordelettes attachées à chaque fil de la chaîne de la haute lisse avec une espece de nœud coulant en forme de maille ou d’anneau aussi de ficelle. Elles servent à tenir la chaîne ouverte, & on les baisse ou on les leve par le moyen de ce qu’on appelle la perche de lisse, où elles sont toutes enfilées. Voyez Haute-lisse.

Lisse haute, (Tapissier.) ce sont des étoffes dont la chaîne est purement de soie & la treme de laine, ou qui sont toutes de soie, comme les serges de Rome, les dauphines, les étamines, les férandines & burats, les droguets de soie. Ou leur donne le nom d’hautelisse dans la sayetterie d’Amiens.