L’Encyclopédie/1re édition/MERCURE

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MERCURE, s. m. , en Astronomie, est la plus petite des planetes inférieures, & la plus proche du Soleil. Voyez Planete & Systeme.

La moyenne distance de Mercure au Soleil est à celle de notre Terre au Soleil, comme 387 est à 1000.

L’inclinaison de son orbite, c’est-à-dire, l’angle formé par le plan de son orbite avec le plan de l’écliptique, est de 6 degrés 52 minutes. Son diametre est à celui de la Terre, comme 3 est à 4 ; par conséquent son globe est à celui de la Terre à-peu-près comme 2 est à 5. Voyez Inclinaison, Diametre, Distance , &c.

Selon M. Newton, la chaleur & la lumiere du Soleil sur la surface de Mercure, sont sept fois aussi grandes qu’elles le sont au fort de l’été sur la surface de la Terre ; ce qui, suivant les expériences qu’il a faites à ce sujet avec le thermometre, suffiroit pour faire bouillir l’eau. Un tel degré de chaleur doit donc rendre Mercure inhabitable pour des êtres de notre constitution ; & si les corps qui sont sur sa surface ne sont pas tout en feu, il faut qu’ils soient d’un degré de densité plus grand à proportion que les corps terrestres. Voyez Chaleur.

La révolution de Mercure au-tour du Soleil se fait en 87 jours & 23 heures ; c’est à dire que son année est de 87 jours & 23 heures. Sa révolution diurne, ou la longueur de son jour n’est pas encore déterminée, il n’est pas même certain s’il a ou s’il n’a point de mouvement au-tour de son axe.

Nous ne savons pas non plus à quelle variété de tems ou de saisons il peut être sujet, parce que nous ne connoissons point encore l’inclinaison de son axe sur le plan de son orbite. Sa densité, & par conséquent la gravitation des corps vers son centre, ne sauroit se déterminer exactement ; mais le grand chaud qu’il fait sur cette planete ne laisse pas douter qu’elle ne soit plus dure que la terre. Voyez Gravité & Densité, &c.

Mercure change de phases comme la Lune, selon ses différentes positions avec le Soleil & la Terre. Voyez Lune.

Il paroît plein dans ses conjonctions supérieures avec le Soleil, parce qu’alors nous voyons tout l’hémisphere illuminé ; mais dans les conjonctions inférieures, on ne voit que l’hémisphere obscur ; sa lumiere va en croissant, comme celle de la Lune, à mesure qu’il se rapproche du Soleil. Voyez Phase.

Quelquefois à peine offre-t-il à nos yeux une petite trace lumineuse, parce qu’étant entre le Soleil & la Terre, il ne nous présente qu’une fort petite partie de son hémisphere éclairé. Quelquefois il est comme une espece de petite lune dans son croissant, dans ses quartiers, &c. Quelquefois c’est une sorte de pleine lune ; son disque lumineux paroît entier ou presque entier, parce qu’étant au-dessus ou au-delà du Soleil, il offre à nos yeux tout son hémisphere ou éclairé ou du-moins presque tout. Si l’hémisphere ne paroît pas tout entier, c’est apparemment à cause de quelques inégalités de la planete, ou de quelques parties peu propres à réfléchir la lumiere. Si Mercure étoit toujours entre le Soleil & la Terre, à peine montreroit-il à nos yeux une petite partie de son hémisphere éclairé. S’il étoit toujours dans une même distance, à droite ou à gauche, il ne paroîtroit jamais plein. S’il étoit toujours au-dessus du Soleil, jamais on ne le verroit en forme de croissant, toujours il paroîtroit rond ou presque rond, il faut donc qu’il tourne autour du Soleil, le cercle qu’il décrit autour de cet astre environ en trois mois, est excentrique ; il est plus près du Soleil dans quelques-uns de ses points, plus loin dans d’autres. Enfin Mercure a son apogée & son périgée, & ce qui paroît d’abord surprenant, c’est qu’il se montre plus petit dans son périgée que dans son apogée, quoiqu’alors il soit plus près de nous. La raison en est pourtant sensible : c’est que dans son périgée, comme il est entre la Terre & le Soleil, à peine présente t-il à nos yeux quelque partie de sa surface éclairée, & que dans son apogée il nous la montre entiere ou presque entiere, étant alors au-dessus du Soleil qui se trouve entre la Terre & lui. M. Formey.

Le système de Ptolomée est faux ; car on apperçoit bien quelquefois Mercure entre la Terre & le Soleil, & quelquefois au-delà du Soleil ; mais jamais on ne voit la Terre entre Mercure & le Soleil ; ce qui devroit arriver, si les cieux de toutes les planetes renfermoient la Terre dans leur centre, comme le suppose Ptolomée. Voyez Systeme.

Le diametre du Soleil vu de Mercure, doit paroître trois fois plus grand que de la Terre, cette planete en étant trois fois plus proche que nous ne le sommes, & par conséquent son disque nous paroîtroit, si nous étions dans cette planete, environ neuf fois plus grand qu’il ne nous paroît ici.

Sa plus grande élongation du Soleil par rapport à nous, c’est-à-dire lors de l’écliptique compris entre le lieu du Soleil & celui de Mercure, ne passe jamais 28 degrés, voyez Elongation, ce qui fait qu’il est rarement visible, se perdant d’ordinaire dans la lumiere du Soleil ; ou, lorsqu’il en est plus éloigné, dans le crépuscule. Les meilleures observations de cette planete sont celles qu’on en fait lorsqu’elle est vue sur le disque du Soleil ; car dans sa conjonction inférieure elle passe devant le Soleil, comme une petite tache qui éclipse une petite partie de son corps, & qu’on ne sauroit observer qu’au télescope. La premiere observation de cette espece a été faite par Gassendi en 1631, à Paris le 7 Novembre. On trouve dans le recueil des ouvrages de ce célebre philosophe un grand nombre d’autres observations de Mercure, ainsi que des autres planetes. Voyez Passage.

Les taches du Soleil paroîtroient à un habitant de Mercure traverser son disque, quelquefois en lignes droites d’orient en occident, & quelquefois décrire des lignes elliptiques. Comme les cinq autres planetes sont supérieures à Mercure, leurs phénomenes paroîtroient aux habitans de Mercure à-peu-près les mêmes que nous paroissent ceux de Mars, de Jupiter & de Saturne.

Il y a cependant cette différence que les planetes de Mars, de Jupiter & de Saturne paroîtront encore moins lumineuses aux habitans de Mercure, qu’elles ne nous le paroissent à cause que cette planete en est plus éloignée que nous. Vénus leur paroîtra à-peu-près aussi éclatante qu’elle nous le paroît de la terre.

Un des meilleurs moyens de perfectionner la théorie de Mercure est l’observation du passage de son disque sur le soleil. M. Picard a donné sur ce sujet un mémoire à l’Académie en 1677, que M. le Monnier a publié dans ses institutions astronomiques. Le 3 Mai 1661, l’auteur des tables carolines observa à Londres avec M. Huyghens le passage de Mercure sur le soleil. En 1677, le 28 Octobre, vieux style, M. Halley eut le premier l’avantage d’observer dans l’île de Sainte Hélene l’entrée & la sortie de Mercure sur le Soleil ; ce qui donnoit la position du nœud d’une maniere beaucoup plus précise qu’on ne l’avoit établi par les observations de 1631 & 1661, ces deux premieres n’étant pas d’ailleurs aussi complettes à beaucoup près qu’on pouvoit le desirer.

Cependant quoique Mercure ait été vû encore deux fois depuis ce tems-là sur le Soleil, ce n’a été qu’en 1723 que M. Halley s’est déterminé à publier ses élémens des tables de cette planete, dont on peut dire que le mouvement est assez exactement connu aujourd’hui. On peut s’en assûrer en comparant ces élémens à deux autres observations du passage de Mercure sur le Soleil faites en 1736 & 1743, & qui ont été aussi complettes qu’on pouvoit le desirer.

Selon M. Newton, le mouvement de l’aphélie de Mercure seroit beaucoup plus lent que ne supposent les Astronomes, ce qui ne doit pas nous étonner, Mercure n’ayant jamais été si souvent ni si exactement observé que les autres planetes. Ce mouvement, suivant M. Newton, est d’environ 52″ par an. Le mouvement du nœud, déterminé par M. Halley, d’après ses observations des passages de Mercure par le Soleil en cent ans de 1°. 26′. 35″. selon la suite des signes.

L’excentricité de cette planete est très-considérable, & sa plus grande équation du centre est, selon M Halley, de 24°. 42′. 37″. Cependant les Astronomes sont encore partagés là-dessus, & cet élément de sa théorie est celui qui paroît jusqu’à présent le moins connu. Il n’en est pas de même de l’inclinaison de son orbite au plan de l’écliptique, M. Halley l’a établie par des observations décisives & fort exactes de 6°. 59′. 20″.

M. Halley, dans la dissertation qu’il a donnée sur l’observation du passage de Mercure faite dans l’île de Ste Hélene en 1677, a prédit les différens passages qui doivent être observées jusqu’au xix. siecle ; suivant le calcul de cet astronome, Mercure doit être vû dans le Soleil proche de son nœud ascendant au mois d’Octobre des années 1756, 1769, 1770, 1782, 1789, & proche de son nœud descendant au mois d’Avril des années 1753, 1786, 1799. Voyez Passage. Chambers, Wols, & Inst. astr. de M. le Monnier.

M. le Monnier, dans l’assemblée publique de l’académie des Sciences d’après Pâques 1747, a lu un mémoire qui contient les élémens de la théorie de Mercure, déterminés avec l’exactitude qu’on sait qu’il apporte dans l’Astronomie. (O)

Mercure, en Physique, se prend pour le mercure du barometre dans les expériences de Toricelly. Voyez Barometre.

Quoique le mercure ne se soutienne ordinairement dans le barometre qu’à la hauteur de 28 à 29 pouces, cependant M. Huyghens a trouvé que si on enferme le mercure bien purgé dans un lieu bien fermé & à l’abri de toute agitation, il se soutiendra alors à la hauteur de 72 pouces, phénomene dont les Philosophes ont assez de peine à rendre raison. M. Muschenbroeck, dans son Essai de Physique, l’attribue à l’adhésion du mercure aux parois du verre, & dit, pour appuyer son sentiment, que lorsqu’on secoue un peu le tuyau, le mercure se détache, & retombe à la hauteur de 29 pouces. Voyez Barometre. (O)

Mercure ou Vif-argent, (Hist. nat. Minéralogie, Chimie, Métallurgie & Pharmacie.) en latin, mercurius, argentum vivum, hydrargyrum. Le mercure est une substance métallique fluide, d’un blanc brillant, semblable à de l’étain fondu ; le mercure est, après l’or & la platine, le corps le plus pesant de la nature, cela n’empêche pas qu’il ne se dissipe entierement au feu. Quelques auteurs placent le mercure au rang des métaux, d’autres le regardent comme un demi-métal ; mais la fluidité qui le caracterise fait qu’il paroît n’appartenir ni aux métaux, ni aux demi-métaux, quoiqu’il ait des propriétés communes avec les uns & avec les autres. Il paroît donc plus naturel de le regarder comme une substance d’une nature particuliere.

Le mercure se trouve en deux états différens dans le sein de la terre ; ou il est tout pur & sous la forme fluide qui lui est propre, & alors on le nomme mercure vierge, parce qu’il n’a point éprouvé l’action du feu pour être tiré de sa mine ; ou bien il se trouve combiné avec le soufre, & alors il forme une substance d’un rouge plus ou moins vif que l’on nomme cinnabre. Voyez cet article, où l’on a décrit les différentes especes de cinnabre, & la maniere dont on en tire le mercure ; il nous reste donc simplement à parler ici du mercure vierge, & de la maniere dont il se trouve.

De toutes les mines de mercure connues en Europe, il n’en est point de plus remarquables que celles d’Ydria dans la Carniole, qui appartient à la maison d’Autriche. Ces mines sont dans une vallée au pié de hautes montagnes, appellées par les Romains Alpes Juliæ. Elles furent découvertes par hasard en l’année 1497. On dit qu’un ouvrier qui faisoit des cuves de bois, ayant voulu voir si un cuvier qu’il venoit de finir étoit propre à tenir l’eau, le laissa un soir au bas d’une source qui couloit ; étant revenu le lendemain & voulant ôter sa cuve, il trouva qu’elle étoit si pesante, qu’il ne pouvoit point la remuer ; ayant regardé d’où cette pesanteur pouvoit venir, il apperçut qu’il y avoit sous l’eau une grande quantité de mercure qu’il ne connoissoit point ; il l’alla porter à un apothicaire qui lui acheta ce mercure pour une bagatelle, & lui recommanda de revenir lorsqu’il auroit de la même matiere : à la fin cette découverte s’ébruita, & on en avertit l’archiduc d’Autriche, qui se mit en possession de ces mines, dont les princes de cette maison se sont jusqu’à présent fait un revenu très-considérable.

Les mines d’Ydria peuvent avoir environ neuf cens piés de profondeur perpendiculaire ; on y descend par des bures ou puits, comme dans toutes les autres mines ; il y a une infinité de galeries sous terre, dont quelques-unes sont si basses, que l’on est obligé de se courber pour pouvoir y passer, & il y a des endroits où il fait si chaud que, pour peu qu’on s’y arrête, on est dans une sueur très-abondante. C’est de ces souterreins que l’on tire le mercure vierge ; quelques pierres en sont tellement remplies, que lorsqu’on les brise, cette substance en sort sous la forme de globules ou de gouttes. On le trouve aussi dans une espece d’argille, & quelquefois l’on voit ce mercure couler en forme de pluie & suinter au-travers des roches qui forment les voûtes des souterreins, & un homme a souvent été en état d’en recueillir jusqu’à 36 livres en un jour.

Quant à la mine de mercure ou roche qui contient le mercure vierge, on la brise avec des marteaux, & on en fait le lavage, ainsi que de l’argille qui en est chargée ; à l’égard des pierres qui n’en contiennent qu’une petite quantité, on les écrase sous des pilons, & on les lave ensuite pour en dégager la partie terreuse & pierreuse la plus légere, & qui ne renferme plus de mercure ; après quoi on porte cette mine lavée dans un magasin. On ne travaille dans les souterreins que pendant l’hiver, alors on amasse une grande provision de la mine, & pendant l’été on traite la mine préparée de la maniere qui a été dite au fourneau : voici comment cette opération se faisoit au tems de M. Keyssler ; on mêloit la mine pulvérisée ou concassée avec partie égale de chaux vive, & on mettoit ce mélange dans des cornues de fer, auxquelles on adaptoit des récipiens de terre bien luttés, pour que rien ne se perdît. On faisoit rougir fortement ces cornues ; & lorsque par hasard il s’y faisoit une fente, on avoit soin de la boucher promptement avec de la glaise. Chaque fourneau contenoit depuis 60 jusqu’à 90 de ces cornues, & il y avoit ordinairement 10 ou 12 de ces fourneaux qui travailloient ; on commençoit à les chauffer le matin à 5 heures, cela continuoit jusqu’à 2 heures de l’après-dinée ; & à la fin de l’opération, les cornues ou retortes devenoient d’un rouge très-vif. Après la distillation, on trouvoit dans les récipiens de terre outre le mercure une matiere noire semblable à de la cendre, dont on retiroit encore beaucoup de mercure en la lavant avec de l’eau dans une auge de bois placée en pente ; on réitéroit ce lavage tant que cette matiere donnoit du mercure ; & enfin lorsqu’elle n’en donnoit plus, on la remettoit encore en distillation dans les retortes avec un nouveau mélange de mine & de chaux. Mais depuis M. Keyssler, le traitement a été changé, & actuellement on fait la distillation du mercure dans un fourneau semblable à celui dont les Espagnols se servent à Almaden, & qui se trouve representé parmi les Planches de métallurgie, dans celle qui indique le travail du mercure. Voyez Pl. de Métallurg.

Les atteliers, où l’on distille la mine de mercure, sont à quelque distance d’Ydria ; lorsqu’on y travaille, on sent une odeur très-désagréable ; il ne croît rien dans le voisinage, les bestiaux ne veulent point manger du foin qu’on y recueille, & les veaux que les paysans élevent ne deviennent point grands ; les ouvriers sont relevés tous les mois, & le tour de chacun d’eux ne revient qu’une fois l’an. Ces ouvriers, ainsi que ceux des mines de mercure, sont sujets à des tremblemens & à des mouvemens convulsifs dans les nerfs, sur-tout ceux qui recueillent le mercure vierge ; on les tire de-là au bout de quinze jours, & on les emploie au lavage de la mine qui se fait à l’air libre, ce qui les rétablit. Quelques-uns de ces ouvriers sont si pénétrés de mercure, que lorsqu’on les fait suer, le mercure leur sort par les pores de la peau ; en frottant une piece d’or avec leurs doigts, ou la mettant dans leur bouche, on assûre qu’elle devient blanche sur le champ.

Dans les atteliers d’Ydria, on distille tous les jours environ 35 quintaux de mine, qui donnent communément la moitié de leur poids en mercure ; lorsque le débit va bien, on peut obtenir tous les ans jusqu’à 3000 quintaux de mercure distillé, & dans les mines on recueille environ 100 quintaux de mercure vierge. Le quintal de mercure se vendoit du tems de M. Keyssler sur le pié de 150 florins d’Allemagne en gros, & la livre de mercure se vendoit sur le pié de 2 florins en détail, d’où l’on peut juger du produit de ces mines. C’est une compagnie hollandoise qui tire la plus grande partie de ce mercure ; elle en prend 3000 quintaux par an.

Le mercure qui a été obtenu par la distillation se met dans des sacs de cuir épais, qui en contiennent chacun 150 livres ; & quand il est question de le transporter, on met deux de ces sacs dans un tonneau que l’on remplit ensuite avec du son de farine de froment.

Ces détails sont tirés des voyages de Keyssler, publiés en allemand, il a été témoin oculaire de tout ce qu’il rapporte ; cet auteur judicieux remarque qu’il est très-rare de trouver du cinnabre dans les mines d’Ydria, & comme les Alchimistes regardent le mercure comme l’origine & la base des autre métaux, il fait observer que l’on ne trouve aucun autres métaux dans ces mines ; cependant cette observation n’est point constante, & l’on trouve des mines de cinnabre qui sont jointes avec des mines d’autres métaux.

Les mines de mercure ne sont en général point communes, mais sur-tout rien n’est plus rare que de trouver du mercure vierge dans le sein de la terre : cette mine d’Ydria doit donc être regardée comme une grande singularité ; cependant il y a déja plusieurs années que l’on avoit découvert à Montpellier en Languedoc, que cette ville est bâtie sur une couche de glaise qui contient du mercure vierge. Cette découverte, à laquelle on n’avoit point fait beaucoup d’attention jusqu’à-présent, a été suivie par M. l’abbé Sauvage. Ce savant amateur de l’histoire Naturelle soupçonna d’abord que c’étoit accidentellement que le mercure se trouvoit dans cette glaise, que c’étoit par hasard qu’il avoit été enfoui dans des puits ou latrines ; mais à l’occasion d’une cave que l’on creusa, il eut lieu de se détromper, & il vit que cette glaise n’avoit jamais été remuée, & devoit être regardée comme une vraie mine de mercure vierge, dans laquelle cette substance formoit des petits rameaux cylindriques qui s’étendoient en différens sens ; & en écrasant les mottes de cette glaise, on voyoit le mercure en sortir sous la forme de petits globules très-brillans & très-purs. Il est fâcheux que cette mine de mercure se trouve précisément placée au-dessous de l’endroit où est bâtie la ville de Montpellier, ce qui empêche qu’on ne puisse l’exploiter : peut-être qu’en creusant aux environs on retrouveroit la même couche d’argille ou de glaise dans des endroits où l’on pourroit tirer ce mercure plus commodément ; l’objet est assez considérable pour qu’on entreprenne des recherches à ce sujet.

La maniere la plus ordinaire de trouver le mercure, c’est sous la forme de cinnabre : c’est ainsi qu’on le trouve à Almaden dans l’Estramadoure en Espagne, & à Guancavelicu au Pérou. On rencontre aussi des mines de mercure en cinnabre en Styrie & en Hongrie, mais on ne les travaille point convenablement. On a trouvé une mine de cinnabre à Saint-Lo en Normandie, mais le produit n’en est point fort considérable jusqu’à-présent. Il y a aussi des mines de cinnabre dans la principauté de Hesse-Hombourg en Allemagne, & dans le Palatinat à Muchlandsberg, à trois lieues de Creutzenach, où il se trouve aussi du mercure vierge.

Les Alchimistes & les partisans du merveilleux font beaucoup plus de cas du mercure vierge, c’est-à-dire de celui qui se trouve pur dans le sein de la terre, que de celui qui a été tiré de la mine à l’aide du feu ; mais c’est un préjugé qui n’est fondé sur aucune expérience valable : il est certain que le meilleur mercure que l’on puisse employer dans les opérations, soit de la Pharmacie, soit de la Métallurgie, est celui qui a été tiré du cinnabre : c’est ce qu’on appelle mercure revivifié du cinnabre.

Voici les propriétés du mercure lorsqu’il est pur. 1°. Il a l’éclat & le poids d’un métal, & c’est, à l’exception de l’or & de la platine, le corps le plus pesant de la nature. Son poids est à celui de l’eau comme 14 est à 1. 2°. Le mercure se bombe ou est convexe à sa surface ; il differe de l’eau & des autres liquides en ce qu’il ne mouille point les doigts lorsqu’on les trempe dedans. 3°. C’est le corps le plus froid qu’il y ait dans la nature ; d’un autre coté il est susceptible de prendre très-promptement une chaleur plus forte que tous les autres fluides ; mais le degré de chaleur qui fait bouillir l’eau le dissipe & le volatilise entierement. 4°. Le mercure ne se con dense point par la gelée la plus forte, & elle ne le rend point solide. 5°. Le mercure n’a ni saveur ni odeur. 6°. Cette substance est d’une divisibilité prodigieuse ; il se partage en globules parfaitement sphériques, & l’action du feu le dissipe en vapeurs qui ne sont qu’un amas de globules d’une petitesse extrème, qui sont toujours du mercure qui n’a point été altéré. 7°. Le mercure a la propriété de dissoudre plusieurs métaux, & de s’unir intimement avec eux ; c’est ce qu’on nomme amalgame : il s’unit par préférence avec l’or, ensuite avec l’argent, avec l’étain, avec le plomb ; il ne s’unit que très-difficilement avec le cuivre, & point du tout avec le fer. Il s’unit avec le bismuth & forme un amalgame avec lui ; mais un phénomene très-singulier, c’est que l’amalgame du bismuth joint à celui du plomb, fait que la combinaison des deux amalgames devient beaucoup plus fluide qu’auparavant, au point que de cette maniere le plomb lui-même peut passer avec le mercure au-travers d’une peau de chamois. 8°. Le mercure se dissout par tous les acides, c’est-à-dire par l’acide vitriolique, l’acide nitreux, l’acide du sel marin ; il se dissout aussi dans le vinaigre & dans les acides tirés des végétaux : mais il faut pour cela que son aggrégation ait été rompue. 9°. Il se combine très-aisément avec le soufre, & forme avec lui une substance rouge que l’on appelle cinnabre, à l’aide de l’action du feu & de la sublimation. Voyez Cinnabre. 10°. Par la simple trituration on peut le combiner avec le soufre, ce qui donne une poudre noire que l’on appelle éthiops minéral. 11°. Le poids du mercure est plus considérable en hiver que dans l’été. M. Neumann a observé qu’un vaisseau qui étant rempli de mercure pesoit en été onze onces & sept grains, pesoit en hiver onze onces & trente-deux grains. 12°. Le mercure bien pur est privé de l’eau qu’il attire de l’air ; mis dans un tube de verre & agité dans l’obscurité, il produit une lumiere phosphorique ou plûtôt électrique.

En l’année 1760, au mois de Janvier, on a éprouvé à Pétersbourg un froid d’une rigueur excessive : cela a donné lieu à une découverte très-importante sur le mercure ; on a trouvé qu’il étoit susceptible de se changer en une masse solide par la gelée. Pour cet effet on a trempé la boule d’un thermometre dans une espece de bouillie faite avec de la neige & de l’esprit de nitre fumant ; en remuant ce mélange avec le thermometre même, le mercure s’est gelé & s’est arrêté au degré 500 du thermometre de M. de Lisle, qui répond au 183 de M. de Réaumur. Ce mercure ainsi gelé est plus pesant que celui qui est fluide, d’ailleurs il est ductile & malléable comme du plomb. La glace pilée ne peut point, dit-on, faire geler le mercure, qui ne va pour lors que jusqu’au 260 degré du thermometre de M. de Lisle. On n’a point encore pu vérifier ces expériences dans d’autres pays de l’Europe.

La disposition que le mercure a à s’unir avec le plomb, l’étain & le bismuth, fait qu’à cause de sa cherté on le combine avec ces substances ; il est donc nécessaire de le purifier avant que de s’en servir. On le purifie ordinairement avec du vinaigre & du sel marin, & on triture le mercure dans ce mélange : par ce moyen le vinaigre dissout les métaux avec lesquels le mercure est combiné, & il reste pur. Mais la maniere la plus sûre de purifier le mercure, est de le combiner avec du soufre, & de mettre ce mélange en sublimation pour faire du cinnabre, que l’on met ensuite en distillation pour en obtenir le mercure.

Quant à la maniere de purifier le mercure en le pressant an-travers d’une peau de chamois, elle est fort équivoque, puisque, comme on a vu, le bismuth fait que l’étain & le plomb passent avec lui au-travers du chamois ; cotte maniere de purifier le mercure ne peut donc que le dégager de la poussiere ou de la crasse qu’il peut avoir contractées à l’extérieur. Le mercure qui a été falsifié avec d’autres substances métalliques, peut se reconnoître en ce qu’il ne se met point en globules parfaitement ronds ; il coule plus lentement, & semble former une espece de queue à la surface des corps sur lesquels on le verse.

Plusieurs physiciens ont cru que le mercure contenoit beaucoup de particules d’air, mais c’est une erreur ; & M. Rouelle a trouvé que ces prétendues particules d’air sont de l’eau dont on peut le dégager en le faisant bouillir ; mais il en reprend très-promptement si on le laisse exposé à l’air, dont il attire fortement l’humidité. Borrichius a observé qu’une chaîne de fer poli s’étoit chargée de rouille après avoir séjourné pendant quelque tems dans du mercure. Raimond Lulle est le premier des Chimistes qui ait dit que le mercure contenoit de l’eau. On pourroit conjecturer que c’est à cette eau que contient le mercure, que sont dûs quelques-uns de ses effets dangereux, & peut-être est-ce de là que vient la propriété qu’il a d’exciter la salivation & d’attaquer le genre nerveux. Il seroit fort avantageux de n’employer que du mercure qui eût été privé de cette partie aqueuse. Les mauvais effets que le mercure produit souvent sur le corps humain, ont fait soupçonner à quelques chimistes qu’il contenoit une terre étrangere & arsénicale qu’ils ont appellée nymphe ; & ils pretendoient l’en dépouiller, en le combinant avec les acides minéraux, dont ils le dégageoient ensuite pour y introduire une autre terre : par ce moyen ils avoient un mercure parfaitement pur, qu’ils ont nommé mercure animé, dont ils vantoient l’usage, tant dans la Medecine que dans la Chrysopée ; ils prétendoient que ce mercure dissolvoit l’or à parties égales, mais il perdoit ses propriétés lorsqu’on l’exposoit à l’air. C’est à l’expérience à faire connoître jusqu’à quel point toutes ces idées peuvent être fondées. Beccher, Stahl & Henckel, les trois plus grands chimistes que l’Allemagne ait produits, regardent non-seulement le mercure comme une substance arsenicale, mais même comme un arsenic fluide.

Le célebre M. Neumann définit le mercure un mixte aqueux & terreux, mixtum aqueo-terreum, dans lequel il entre une portion du principe inflammable, & qui est chargé jusqu’à l’excès de la troisieme terre de Beccher ou la terre mercurielle, qui est le principe à qui les métaux doivent leur fusibilité ou l’état de fluidité que leur donne l’action du feu. Quoi qu’il en soit de cette définition, il est certain que la facilité avec laquelle le feu dissipe & volatilise le mercure, fait qu’il est impossible de le décomposer & d’en faire une analyse exacte. Si on l’expose à l’action du feu dans des vaisseaux fermés, il se met en expansion & brise les vaisseaux. M. Rouelle a trouvé que cela vient de l’eau qui lui est jointe, vu qu’en le privant de cette eau il ne fait plus d’explosion. Si on l’expose au feu dans des vaisseaux ouverts, il se réduit en vapeurs ou en fumée : en l’exposant pendant longtems à un feu doux, il se change en une poudre grise que, suivant la remarque de M. Rouelle, on a mal-à-propos regardée comme une chaux, puisqu’en donnant un degré de chaleur plus fort, cette poudre reprend très-promptement la forme & l’éclat du mercure. Pour le changer en cette poudre grise, il suffit de l’enfermer dans une bouteille que l’on agitera fortement & long-tems ; c’est ce qu’on appelle mercure précipité par lui-même.

Malgré la difficulté qu’il y a à connoître la nature du mercure, un grand nombre de chimistes l’ont regardé comme la base de tous les métaux, & ils ont prétendu que l’on pouvoit l’en tirer, opération qu’ils ont nommé mercurification ; mais ils assurent que ce mercure tiré des métaux est d’une nature bien plus parfaite que le mercure ordinaire. Beccher admet dans tous les métaux un principe qu’il nomme mercuriel, à qui est dû leur fusibilité.

Plusieurs chimistes ont prétendu avoir le secret de fixer le mercure, c’est-à-dire de lui joindre un nouveau principe qui lui ôtât sa fluidité & lui fit prendre une consistence solide telle que celle des autres métaux ; c’est cette opération qu’ils ont nommée la fixation du mercure. Kunckel assure positivement avoir fixé le mercure en argent.

Les usages du mercure sont de deux especes ; on peut les distinguer en méchaniques & en pharmaceutiques : un des principaux usages du mercure est dans la Métallurgie. En effet, comme le mercure a la propriété de s’unir avec l’or & l’argent, dans les pays où le bois manque & où ces métaux précieux se trouvent en abondance & tout formés ou natifs, on ne fait qu’écraser la roche qui les contient, & on la triture avec du mercure, qui se combine avec l’or & l’argent sans s’unir avec la pierre qui servoit de matrice ou de miniere à ces métaux. Quand le mercure s’est chargé d’une quantité suffisante d’or ou d’argent, on met en distillation la combinaison ou l’amalgame qui s’est fait ; par ce moyen on sépare le mercure, & l’or ou l’argent dont il s’étoit chargé reste au fond des vaisseaux. Telle est la méthode que l’on suit pour le traitement des mines d’or & d’argent de presque toute l’Amérique. Voyez Or.

Dans les monnoies on triture de la même maniere avec du mercure les creusets qui ont servi à fondre les métaux précieux, ainsi que les crasses résultantes des différentes opérations dans lesquelles il reste souvent quelque portion de métal que l’on ne veut point perdre. Voyez Lavure.

Le mercure sert encore à étamer les glaces, ce qui se fait en l’amalgamant avec l’étain. Voyez Glaces. Il sert aussi pour dorer sur de l’argent, voyez Dorure. On l’emploie pour faire des barometres ; il entre dans la composition dont se fait l’espece de végétation métallique que l’on nomme arbre de Diane, &c. On peut joindre à ces usages la propriété que le mercure a de faire périr toutes sortes d’insectes.

Si on enferme du mercure dans l’œuf philosophique, c’est-à-dire dans un vaisseau de verre qui ait la forme d’un œuf & pourvu d’un long col ; que l’on emplisse cet œuf jusqu’au tiers avec du mercure que l’on aura fait bouillir auparavant pour le priver de l’eau avec laquelle il est joint, on scellera hermétiquement ce vaisseau, & on lui donnera un degré de feu toujours égal, & capable de faire bouillir le mercure sans aller au-de-là ; on pourra faire durer cette opération aussi long-tems qu’on voudra, sans crainte d’explosion, & le mercure se convertira en une poudre rouge que l’on nomme mercure précipité perse.

En faisant dissoudre le mercure dans l’acide nitreux, & en faisant évaporer & crystalliser la dissolution, on aura un sel neutre très-corrosif, qui sera en crystaux semblables à des lames d’épées. Si on fait évaporer la dissolution jusqu’à siccité, en donnant un grand feu, on obtient une poudre rouge que l’on appelle mercure précipité rouge. Si on met peu-à-peu de l’alkali fixe dans la dissolution du mercure faite dans l’acide nitreux, & étendue de beaucoup d’eau, on obtient aussi une poudre ou un précipité rouge. Si au lieu d’alkali fixe on se sert de l’alkali volatil, le précipité, au lieu d’être rouge, sera d’un gris d’ardoise. M. Rouelle a fait dissoudre le précipité du mercure fait par l’alkali fixe dans l’acide du vinaigre, ce qui produit un vrai sel neutre, ce qui arrive, parce que l’aggrégation du mercure a été rompue.

Pour que l’acide vitriolique dissolve le mercure, il faut qu’il soit très-concentré & bouillant, alors la dissolution se fait avec effervescence : cette opération se fait dans une cornue bien luttée avec un récipient. Suivant M. Rouelle, il passe à la distillation de l’acide sulfureux volatil, & il reste dans la cornue une masse saline qui mise dans un grand volume d’eau s’y dissout, & laisse tomber une poudre jaune que l’on nomme turbith minéral ou précipité jaune.

Lorsque le mercure a été dissout dans l’acide nitreux, si l’on verse de l’acide du sel marin dans la dissolution, il se dégage une poudre blanche qui tombe au fond, c’est ce qu’on nomme mercure précipité blanc. M. Rouelle observe avec raison que c’est un vrai sel neutre, formé par la combinaison de l’acide du sel marin & du mercure, & que par conséquent c’est très-improprement qu’on lui donne le nom de précipité. De plus, l’acide du sel marin n’agit point sur le mercure, à moins qu’il n’ait été dissous, c’est-à-dire à moins que son aggrégation n’ait été rompue.

Le sel marin combiné avec le mercure qui a été dissous dans l’esprit de nitre & mis en sublimation, s’appelle sublimé corrosif ; si on triture le sublimé corrosif avec de nouveau mercure, & que l’on mette le mélange de nouveau en sublimation, on obtient, en réitérant trois fois cette trituration & cette sublimation, ce qu’on nomme le mercure doux, ou aquila alba, ou panacée mercurielle. Si on réitere ces sublimations un plus grand nombre de fois, on obtient ce qu’on appelle la calomelle.

En triturant exactement ensemble une partie de mercure & deux parties de soufre en poudre, on obtient une poudre noire que l’on nomme éthiops minéral.

Si l’on joint ensemble sept parties de mercure & quatre parties de soufre, on triturera ce mélange, on le fera sublimer, & l’on obtiendra par là ce qu’on appelle le cinnabre artificiel ; mais pour qu’il soit pur & d’une belle couleur, il faudra le sublimer de nouveau, parce qu’on lui avoit joint d’abord une trop grande quantité de soufre.

En mêlant ensemble une livre de cinnabre pulvérisé & cinq ou six onces de limaille de fer, & distillant ce mélange dans une cornue à laquelle on adaptera un récipient qui contiendra de l’eau, on obtiendra le mercure qui étoit dans le cinnabre, sous sa forme ordinaire : cette opération s’appelle révivification du cinnabre.

Telles sont les principales préparations que la Chimie fait avec le mercure, tant pour les usages de la Medecine que pour les Arts. (—)

Mercure, (Principe de Chimie.) le mercure que les Chimistes ont aussi appellé esprit, est un des trois fameux principes des anciens chimistes, & celui dont la nature a été déterminée de la maniere la plus inexacte, & la plus vague. Voyez Principes, Chimie. (b)

Mercure, (Mat. med. & Pharm.) ou remedes mercuriels, tant simples que composés.

Les remedes mercuriels communément employés en Médecine, sont le mercure courant, coulant ou crud ; le mercure uni plus ou moins intimément au soufre ; sçavoir, le cinnabre & l’éthiops minéral, plusieurs sels neutres ou liqueurs salines, dont le mercure est la base ; savoir, le sublimé corrosif, le sublimé doux & mercure doux, ou aquila alba ; le calomelas des Anglois, la panacée mercurielle, le précipité blanc & l’eau phagédenique, la dissolution de mercure & le précipité rouge, le turbith mineral ou précipité jaune, & le précipité verd. Toutes ces substances doivent être regardées comme simples en Pharmacie, voyez Simple, Pharmacie. Les compositions pharmaceutiques mercurielles les plus usitées, dont les remedes mercuriels sont l’ingredient principal ou la base, sont les pillules mercurielles de la pharmacopée de Paris ; les pillules de Belloste, les dragées de Keyser, le sucre vermifuge & l’oprate mésenterique de la pharmacopée de Paris, la pommade mercurielle, onguent néapolitain ou onguent à frictions, l’onguent gris, l’onguent mercuriel pour la gale, les trochisques escharotiques, les trochisques de minium, l’emplâtre de vigo, &c.

De ces remedes quelques uns s’emploient, tant intérieurement qu’extérieurement ; quelques autres ne sont d’usage que pour l’intérieur ; & enfin, il y en a qu’on n’applique qu’extérieurement.

Les premiers sont le mercure coulant, le cinnabre, le sublimé corrosif & le sublimé doux, le précipite rouge & le précipité verd.

Ceux de la seconde classe sont le mercure violet, l’éthiops mineral, le calomelas, la panacée, le précipité blanc, le turbith mineral, les pillules mercurielles, les pillules de Belloste, les dragées de Keyser, le sucre vermifuge & l’opiate mésenterique.

Et enfin, les derniers ou ceux qu’on n’applique qu’extérieurement sont la dissolution de mercure, l’eau phagedenique, la pommade mercurielle, l’onguent gris, l’onguent mercuriel pour la gale, les trochisques escharotiques, les trochisques de minium, l’emplâtre de vigo.

Voyez à l’article Mercure (Chimie) quelle est la nature de tous ceux de ces remedes que nous avons appellé simples. Voici la préparation des compositions mercurielles pharmaceutiques connues.

Pillules mercuriellès de la Pharmacopée de Paris ; prenez mercure revivifié du cinnabre une once, sucre en poudre deux gros, diagrede en poudre une once, resine de jalap & rhubarbe en poudre, de chacun demi-once ; éteignez parfaitement le mercure dans un mortier de fer ou de marbre avec le sucre, un peu d’eau & une partie du diagrede : ensuite ajoutez la résine de jalap, le reste du diagrede & la rhubarbe ; mêlez exactement en battant très long-tems, faites une masse, &c.

La composition des pillules de Belloste n’est point publique ; on croit avec beaucoup de fondement, qu’elles sont fort analogues aux précedentes.

Prenez du mercure, réduisez-le en poudre noire par la trituration. Distillez, remettez en poudre noire. Mettez cette poudre en un matras, versez dessus du vinaigre autant que vous voudrez ; chauffez, même jusqu’à bouillir. Lorsque la liqueur se troublera par des nuages, décantez. A mesure que la liqueur décantée se refroidira, elle formera des cristaux presque semblables à ceux du sel sédatif ; le mercure y est saturé d’acide. Faites-en des pilules avec la manne, & ces pilules seront celles qu’on appelle dragées de Keyser.

Sucre vermifuge ; prenez mercure revivifié du cinnabre une once, sucre blanc deux onces ; broyez-les ensemble dans le mortier de marbre, jusqu’à ce que le mercure soit parfaitement éteint.

Opiate mésenterique ; prenez gomme ammoniac demi-once, feuilles de séné six gros, mercure sublimé doux, racine d’arum & aloës succotrin de chacun deux gros ; poudre cornachine, rhubarbe choisie de chacun trois gros ; limaille de fer préparée demi-once. Mettez en poudre ce qui doit être pulvérisé, & incorporez le tout avec suffisante quantité de syrop de pommes composé, faites une opiate.

Nota qu’on n’emploie quelquefois dans la préparation de cet onguent, qu’une partie de mercure sur les deux parties de sain-doux.

Pommade mercurielle ; prenez graisse de porc lavée & mercure crud, de chacun une livre ; mêlez jusqu’à ce que le mercure soit parfaitement éteint. Faites un onguent.

Onguent gris ; prenez graisse de porc lavée une livre, térebenthine commune une once, mercure crud deux onces. Faites un onguent selon l’art.

Onguent mercuriel citrin pour la gale : prenez mercure crud deux onces, esprit de nitre une quantité suffisante pour opérer la dissolution du mercure. Cette dissolution étant faite & la liqueur refroidie, prenez sain-doux deux livres, faites-le fondre à un feu doux, & mêlez-y peu-à-peu en agitant continuellement dans un mortier de bois votre dissolution de mercure ; jettez votre mélange dans des moules que vous aurez formé avec du papier, il s’y durcira bien-tôt, & vous aurez votre onguent sous forme de tablettes.

Trochisques escharotiques : prenez sublimé corrosif une partie, amydon deux parties, mucilage de gomme adragant suffisante quantité : faites des trochisques selon l’art.

Trochisques de minium : prenez minium demi-once, sublimé corrosif une once, mie de pain dessechée & réduite en poudre quatre onces, eau-rose suffisante quantité ; faites des trochisques selon l’art.

Emplâtre de vigo. Voyez sous le mot Vigo. Le plus ancien usage medicinal du mercure a été borné à application extérieure. Les anciens l’ont regardé comme un excellent topique contre les maladies de la peau ; mais ils ont cru que pris extérieurement il étoit un poison. Il est assez reçu que c’est sur l’analogie déduite de ses proprietés reconnues pour la guérison des maladies de la peau, que se fonderent les premiers Médecins qui l’employerent dans le traitement des maladies véneriennes, dont les symptômes les plus sensibles sont des affections extérieures. Tout le monde sait que cette tentative fut si heureuse, que le mercure fut reconnu dès-lors pour le vrai spécifique de la maladie vénerienne, & que cette proprieté a été confirmée depuis par les succès les plus constans. L’usage principal essentiel fondamental du mercure & des diverses préparations mercurielles, c’est son administration contre la maladie vénérienne. Voyez maladie vénérienne.

Ce sont principalement tous ceux des remedes ci-dessus énoncés que nous avons appellés simples, qui sont usités contre cette maladie. On trouvera à l’article auquel nous venons de renvoyer les usages particuliers de chacun, leurs effets, leurs inconvéniens, la discussion de la préference qui doit être accordée à leur application interieure ou exterieure, & quant aux diverses especes de cette derniere, aux lotions, aux fumigations, aux onctions ou frictions ; & pour ce qui regarde la proprieté singuliere que possedent les remedes mercuriels d’exciter la salivation, il en sera traité à l’article sialagogue. Voyez sialagogue , &c.

Parmi les compositions particulieres pharmaceutiques, celles qu’on emploie vulgairement au traitement général de la maladie vénerienne sont la pommade mercurielle, les pillules mercurielles & les dragées de Keyser. Les observations pratiques & nécessaires pour évaluer leurs bons & leurs mauvais effets, & pour diriger leur légitime administration, se trouveront aussi au mot maladie vénérienne.

Le second emploi des remedes mercuriels, tant à l’interieur qu’à l’exterieur ; c’est contre les maladies de la peau, & principalement contre les dartres & la gale. Voyez dartre. Les pillules de Belloste jouissent de la plus grande réputation dans ces cas ; il y a plusieurs observations fameuses de dartres très-malignes, guéries par leur usage continu, & entr’autres celle d’une maladie très-grave de ce genre parfaitement guérie chez un grand seigneur, déja fort avancé en âge. L’onguent pour la gale que nous avons décrit ci-dessus, guérit cette maladie très-promptement & presque infailliblement.

Une troisieme proprieté géneralement reconnue des remedes mercuriels, c’est leur efficacité contre les vers & les insectes qui s’engendrent dans le corps de l’homme, ou qui se logeant dans les parties de la peau qui sont recouvertes de poils lui causent diverses incommodités. Voyez Vers, Vermifuge, Morpion, Poux, & Maladie pédiculaire.

Quatriemement, les remedes mercuriels dont l’action est temperée sont de très-bons fondans, voyez Fondans, & vraissemblablement fébrifuges en cette qualité ; on a conjecturé que l’anti-quartium ou febrifuge spécifique de Riviere étoit principalement composé de panacée mercurielle.

Cinquiemement, les remedes mercuriels ont été proposés comme le veritable antidote de la rage, par de Sault célebre médecin de Bordeaux ; & ils fournissent réellement la principale ressource contre cette maladie. Voyez Rage.

Sixiemement, le mercure est encore le souverain remede des affections écrouelleuses. M. Bordeu célebre medecin de Paris, a proposé il y a environ dix ans dans une dissertation qui remporta le prix de l’académie de Chirurgie, un traitement de cette maladie dont le mercure fait la base.

Septiemement, ceux d’entre les remedes mercuriels dont nous avons dit que l’usage étoit borné à l’exterieur, & qui sont caustiques ou corrosifs ; savoir la dissolution de mercure qu’on est obligé d’affoiblir avec de l’eau distillée, & qui s’appelle dans cet état eau mercurielle, l’eau phagedenique, les trochisques escharotiques, les trochisques de minium sont, aussi-bien que le précipité rouge & le précipité verd d’un usage très-ordinaire ; lorsqu’on se propose de consumer de mauvaises chairs, d’agrandir des ouvertures, de détruire des verrues, d’ouvrir des loupes & autres tumeurs de ce genre, soit que ces affections soient véneriennes, soit qu’elles ne le soient pas.

Enfin, le mercure crud est regardé comme le principal secours qu’on puisse tenter pour forcer les especes de nœufs des intestins, ou pour mieux dire la constriction quelconque qui occasionne la passion iliaque, voyez Iliaque (Passion). On donne dans ce cas plusieurs livres de mercure coulant, & il est observé que le malade en rend exactement la même quantité, & que cette dose immense n’exerce dans le corps aucune action proprement médicamenteuse ou physique, pour parler le langage de quelques médecins. Il n’agit absolument que par son poids & par sa masse, que méchaniquement à la rigueur. Cette observation prouve 1°. de la maniere la plus démonstrative, que le mercure est en soi, un des corps de la nature auquel on a été le moins fondé à attribuer une qualité veneneuse. 2°. c’est principalement de cette expérience qu’on a inféré que le mercure crud ou coulant ne passoit pas dans les secondes voies. Le raisonnement est venu à l’appui de ce fait, & il a décidé que cette transmission étoit impossible, parce que le mercure n’étoit point soluble par les humeurs intestinales. La même théorie a statué aussi que le cinnabre & l’éthiops mineral (substances plus grossieres & tout aussi peu solubles que le mercure coulant) n’étoient point reçues dans les vaisseaux absorbans des intestins. Cependant il est prouvé par des observations incontestables, que ces trois remedes pris interieurement ont procuré chacun plus d’une fois la salivation ; & quant au mercure coulant, c’est très-mal raisonner sans doute, que de conclure qu’une petite quantité ne peut point passer dans les secondes voies, & sur-tout lorsque cette petite quantité est confondue parmi d’autres matieres, comme dans les pillules mercurielles, &c. que de tirer cette conclusion, dis-je, de ce qu’une grande masse dont l’aggrégation n’est point rompue n’y passe pas ; car l’union aggrégative est un puissant lien, & sur-tout dans le mercure. D’ailleurs, l’efficacité d’une décoction de mercure contre les vers, voyez Vermifuge, prouve que le mercure peut imprégner les liqueurs aqueuses de quelque matiere médicamenteuse. (b)

Mercure de vie, ou Poudre d’Algaroth. (Chimie.) noms qu’on donne en Chimie, au beurre d’antimoine précipité par l’eau. Voyez à l’article Antimoine.

Mercure, (Mythol.)

Le dieu dont l’aîle est si legere,
Et la langue a tant de douceur ;
C’est Mercure.

c’est celui de tous les dieux, à qui la Fable donne le plus de fonctions ; il en avoit de jour, il en avoit de nuit. Ministre & messager de toutes les divinités de l’olympe, particulierement de Jupiter son pere ; il les servoit avec un zele infatigable, quelquefois même dans leurs intrigues amoureuses ou autres emplois peu honnêtes. Comme leur plénipotentiaire, il se trouvoit dans tous les traités de paix & d’alliance. Il étoit encore chargé du soin de conduire & de ramener les ombres dans les enfers. Ici, c’est lui qui transporte Castor & Pollux à Pallene. Là, il accompagne le char de Pluton qui vient d’enlever Proserpine. C’est encore lui qui assiste au jugement de Paris, au sujet de la dispute sur la beauté, qui éclata entre les trois déesses. Enfin, on sait tout ce que Lucien lui fait dire de plaisanteries sur la multitude de ses fonctions.

Il étoit le dieu des voyageurs, des marchands, & même des filous, à ce que dit le même Lucien, qui a rassemblé dans un de ses dialogues, plusieurs traits de filouteries de ce dieu. Mais les allégoristes prétendent que le vol du trident de Neptune, celui des fleches d’Apollon, de l’épée de Mars, & de la ceinture de Venus, signifient, qu’il étoit habile navigateur, adroit à tirer de l’arc, brave dans les combats, & qu’il joignoit à ces qualités toutes les graces & les agrémens du discours.

Mercure, en qualité de négociateur des dieux & des hommes, porte le caducée, symbole de paix. Il a des aîles sur son pétase, & quelquefois à ses piés, assez souvent sur son caducée, pour marquer la légereté de sa course. On le représente en jeune homme, beau de visage, d’une taille dégagée, tantôt nu, tantôt avec un manteau sur les épaules, mais qui le couvre peu. Il est rare de le voir assis ; ses différens emplois au ciel, sur la terre, & dans les enfers, le tenoient toujours dans l’action. C’est pour cela que quelques figures le peignent avec la moitié du visage claire, & l’autre moitié noire & sombre.

La vigilance que tant de fonctions demandoient, fait qu’on lui donnoit un coq pour symbole, & quelquefois un bélier ; parce qu’il est, selon Pausanias, le dieu des bergers. Comme il étoit la divinité tutélaire des marchands, on lui met à ce titre une bourse à la main, avec un rameau d’olivier, qui marque, dit-on, la paix, toujours nécessaire au commerce. Aussi les négocians de Rome célébroient une fête en l’honneur de ce dieu le 15 de Mai, auquel jour on lui avoit dédié un grand temple dans le grand cirque, l’an de Rome 675. Ils sacrifioient au dieu une truie pleine, & s’arrosoient de l’eau de la fontaine nommée aqua Mercurii, priant Mercure de leur être favorable dans leur trafic, & de leur pardonner, dit Ovide, les petites supercheries qu’ils y feroient. C’est pourquoi son culte étoit très grand dans les lieux de commerce, comme, par exemple, dans l’île de Crete.

Ce dieu étoit aussi particulierement honoré à Cyllene en Elide, parce qu’on croyoit qu’il étoit né sur le mont Cyllene situé près de cette ville. Pausanias dit qu’il y avoit une statue posée sur un piédestal, mais dans une posture fort indécente. Il avoit aussi un oracle en Achaie qui ne se rendoit que le soir. Amphion est le premier qui lui ait élevé un autel. On offroit à ce dieu les langues des victimes, pour marque de son éloquence ; comme aussi du lait & du miel, pour en exprimer la douceur.

C’est par ces beaux côtés, qu’Horace nous le peint dans l’ode qu’il lui adresse : « Petit-fils d’Atlas, divin Mercure, lui dit-il, c’est vous qui entreprîtes de façonner les premiers hommes, qui cultivâtes leur esprit par l’étude des sciences les plus propres à lui ôter sa premiere rudesse, & qui formâtes leur corps par les exercices capables de leur donner de la vigueur & de la grace ; permettez-moi de chanter vos louanges. Vous êtes l’envoyé de Jupiter, l’interprete des dieux, & l’inventeur de la lyre, &c. »

Od. x. l. I.

Les Mythologistes font Mercure pere de plusieurs enfans ; ils lui donnent Daphnis qu’il enleva dans le ciel, le second Cupidon qu’il eut de Vénus, Æthalide de la nymphe Eupolemie, Linus d’Uranie, & finalement Autolycus de Khioné. Mais le nom de ce dieu est véritablement d’origine égyptienne. Les anciens historiens nous parlent de Mercure II. égyptien, comme d’un des plus grands hommes de l’antiquité. Il fut surnommé trismegiste, c’est-à-dire, trois fois grand. Il étoit l’ame des conseils d’Osiris & de son gouvernement. Il s’appliqua à faire fleurir les arts & le commerce dans toute l’Egypte. Il acquit de profondes connoissances dans les Mathématiques, & sur-tout dans la Géométrie ; & apprit aux Egyptiens la maniere de mesurer leurs terres dont les limites étoient souvent dérangées par les accroissemens du Nil, afin que chacun pût reconnoître la portion qui lui appartenoit. Il inventa les premiers caracteres des lettres ; & régla, dit Diodore, jusqu’à l’harmonie des mots & des phrases. Il institua plusieurs pratiques touchant les sacrifices & les autres parties du culte des dieux. Des ministres sacrés portoient ses livres dans une procession solemnelle, qui se faisoit encore du tems de Clement d’Alexandrie. Ils se sont tous perdus ; & nous apprenons de Jamblique qu’il étoit difficile de démêler les véritables ouvrages de Mercure trismegiste parmi ceux que les savans d’Egypte avoient publiés sous son nom.

Les fables qu’on débita dans la Grece sur Mercure, ont été cause que c’est un des dieux que les anciens ont le plus multiplié. Cicéron même dans son III. liv. de nat. deor. en admet cinq qui se réduisent à un seul, comme l’a prouvé M. Fourmont, dans les Mém. de littér. tome X. Celui que Cicéron appelle fils du Ciel, est le même que le fils de Jupiter ; Ciel & Jupiter étant chez les Latins, deux noms différens de la même divinité. Celui que Cicéron appelle Trophonius fils de Valens, n’est aussi que le même personnage sous différens noms ; Valens n’étant qu’une épithete de Jupiter, & Trophonius un surnom de Mercure. Le quatrieme Mercure à qui Cicéron donne le Nil pour pere, ne peut être fils de φρουρῶν Νεῖλος ; parce que son culte étoit connu dans la Grece long-tems avant ce roi d’Egypte, & qu’une pareille filiation désigne plutôt chez les anciens, le lieu de la naissance, que les parens de qui les héros la tenoient. D’ailleurs ce quatrieme Mercure n’est pas different du cinquieme, qui selon Cicéron, tua Argus, régna en Egypte, inventa les lettres, étoit révéré sous le nom de Φθα, fils de Kneph, qui n’étoit autre que le Jupiter des Grecs & autres peuples. Il résulte donc que les quatre Mercure de Cicéron se réunissent avec son troisieme Mercure fils de Maïa & de Jupiter Ammon. De même, les trois meres que Cicéron donne à Mercure, n’en font qu’une seule. Je ne crois pas qu’on puisse rien objecter au sujet de Maïa. Comme elle étoit fille d’Atlas, on sent combien elle rapproche Mercure de l’Egypte. A l’égard de Phoronis, qui ne voit que c’est une épithete, pour signifier pharaonide, & marquer par-là que Mercure descendoit d’une maison qui régnoit, ou avoit régné dans le pays ? Quant aux principaux noms que les poëtes lui ont donnés, ils font autant de petits articles, dont l’explication se trouve dans cet Ouvrage.

Au reste, on a trouvé à Langres, en 1642, dans les fondemens des anciens murs de cette ville, une consécration de monument que firent à Mercure surnommé Moccus, Lucius Masculus & Sedatia Blandula sa mere, pour l’accomplissement d’un vœu ; mais j’ignore ce que veut dire le surnom de Moccus donné à Mercure dans cette inscription. (D. J.)

Mercures, (Antiq. greq.) On nommoit mercures, chez les Grecs, de jeunes enfans, de huit, dix à douze ans, qui étoient employés dans la célébration des mysteres. Lorsqu’on alla consulter l’oracle de Trophonius, deux enfans du lieu, qu’on appelloit mercures, dit Pausanias, venoient vous frotter d’huile, vous lavoient, vous nettoyoient, & vous rendoient tous les services nécessaires, autant qu’ils en étoient capables. Les Latins nommoient ces jeunes enfans Camilli, des Camilles ; parce que dans les mysteres de Samothrace, Mercure étoit appellé Casmillus. C’est à quoi se rapporte cet endroit de Virgile :

. . . . . . . . matrisque vocavit
Nomine Casmillum, mutatâ parte Camillam.

Statius Tullianus, cité par Macrobe, observe que Mercure étoit nommé Camillus, & que les Romains donnoient le nom de Camilles aux enfans les plus distingués, lorsqu’ils servoient à l’autel. (D. J.)

Mercure, s. m. titre d’une compilation de nouvelles & de pieces fugitives & littéraires, qui s’imprime tous les mois à Paris, & dont on donne quelquefois deux volumes, selon l’abondance des matieres.

Nous avons eu autrefois le mercure françois, livre très-estimé, & qui contient des particulatités fort curieuses. Le mercure galant lui avoit succédé, & a été remplacé par celui qu’on nomme aujourd’hui mercure de France. Il tire ce nom de Mercure dieu du Paganisme, qu’on regardoit comme le messager des dieux, & dont il porte à son frontispice, la figure empreinte, avec cette légende : Quæ colligit, spargit. Voyez Journal.

Mercure, dans l’Art héraldique, marque la couleur pourpre dans les armoiries des princes souverains. Voyez Pourpre.