L’Encyclopédie/1re édition/SÉPARATION

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SÉPARATION, s. f. (Gram. & Jurisprud.) est lorsque l’on met une personne ou une chose à part d’avec une autre.

Il y a trois sortes de séparations, deux qui regardent les personnes mariées, l’une que l’on appelle séparation de biens, l’autre séparation de corps ; la troisieme est la séparation des biens de l’héritier d’avec ceux du défunt.

Séparation des biens, est lorsque deux conjoints ont chacun leurs biens à part & divis.

Quelquefois les conjoints sont séparés de biens par contrat de mariage, ce qui arrive lorsqu’ils stipulent que la femme jouira à part & divis de ses biens ; dans ce cas on autorise la femme à toucher ses revenus, & ordinairement elle paye pension à son mari.

On ne doit pas confondre une femme non commune en biens avec une femme séparée de biens par contrat de mariage ; la premiere est seulement excluse de demander communauté dans les biens acquis par son mari, du reste elle n’a pas l’administration de ses biens à moins qu’elle ne soit séparée.

Les séparations volontaires, soit des biens seulement consenties depuis le mariage, & les séparations de corps & de biens, quoiqu’autorisées par quelques coutumes, ne sont point permises dans nos mœurs. De telles séparations par rapport aux biens sont ordinairement frauduleuses ; les séparations volontaires de corps sont de plus contre les bonnes mœurs. Toute séparation de corps & de biens, ou même de biens seulement depuis le mariage, doit être ordonnée par justice & en connoissance de cause.

La séparation de biens ne peut être demandée que par la femme, en cas de dissipation de son mari. Elle n’est pourtant pas obligée d’attendre que le mari ait dissipé tout son bien, & encore moins la dot de la femme, la séparation seroit alors un remede inutile ; il suffit que le mari soit dissipateur, & que vergat ad inopiam, que la dot soit en péril : l. XXIV. ff. solut, matrim. lib. XXIX. cod. de jure dotium. l. I. cod. de curat. furios.

Si la femme qui demande sa séparation est commune en biens avec son mari, il faut qu’elle renonce a la communauté, autrement l’acceptation qu’elle en feroit feroit présumer qu’il n’y a pas eu de dissipation de la part du mari.

Le défaut de renonciation à la communauté ne seroit pourtant pas un moyen de nullité dans une sentence de séparation, mais faute d’avoir renoncé, la femme demeureroit commune.

La femme qui demande sa séparation doit d’abord se faire autoriser par justice, à l’effet de poursuivre sa séparation.

La demande en séparation doit être formée devant le juge laïc ; le juge d’église ne peut en connoître, s’agissant d’un intérêt purement temporel.

Quand il y a des créanciers, il est à-propos de les mettre en cause pour voir déclarer commune avec eux la sentence qui ordonnera la séparation, afin qu’ils ne puissent pas la débattre comme collusoire.

L’effet de la séparation ordonnée par justice, est que la femme peut seule sans l’autorisation de son mari, faire tous actes d’administration & même ester en jugement ; mais elle ne peut sans une autorisation spéciale de son mari, ou par justice à son refus, faire aucun acte qui emporte aliénation.

La séparation pour être valable doit être exécutée, c’est-à-dire qu’il faut qu’il soit fait inventaire & un procès-verbal de vente des meubles du mari.

Cependant, si les meubles étoient saisis par des créanciers, la séparation seroit censée exécutée à l’égard de la femme, par la restitution de ses propres ou autres actes qui prouvent qu’il n’y a pas eu de fraudes telles qu’une saisie-réelle, &c.

La séparation de biens peut être ordonnée en cas de démence du mari, quoiqu’il n’y ait point de dissipation de sa part.

Séparation de corps & d’habitation ou séparation à thoro, est un jugement qui ordonne que deux conjoints par mariage auront à l’avenir chacun leur habitation séparée.

Chez les Grecs & les Romains, lorsqu’il y avoit quelque cause pour laquelle les conjoints ne pouvoient plus demeurer ensemble, il y avoit la voie du divorce qui dans certains tems & dans certains cas étoit ouverte à la femme comme au mari, dans d’autres au mari seulement.

L’effet du divorce étoit d’opérer absolument la dissolution du mariage, tellement qu’il étoit libre à chacun des conjoints de se remarier.

Le divorce étoit encore autorisé en certains cas du tems de Justinien ; mais parmi nous l’on tient, suivant le droit canon, que le mariage est un lien indissoluble, lequel étant une fois valablement contracté ne peut plus être dissous, quoad fœdus & vinculum ; & quoique les auteurs latins qui parlent des séparations de corps & d’habitation se servent souvent du terme divortium en parlant de ces sortes de séparations, cela ne doit pas s’entendre du divorce proprement dit, lequel n’est point admis parmi nous, quoad fœdus & vinculum, mais seulement quoad thorum & habitationem.

Il y a en effet une différence essentielle entre le divorce & la séparation de corps, en ce que celle-ci ne dissout pas le mariage.

Cette espece de séparation ne s’ordonne que pour cause de sévices & de mauvais traitemens de la part du mari envers sa femme.

Il n’y a guere que la femme qui demande d’être séparée de corps & de biens, parce qu’étant sous la puissance de son mari, elle ne peut régulierement le quitter sans y être autorisée par justice.

Il y a cependant quelques exemples que des maris ont demandé d’être séparés de leurs femmes à cause de leur violence ou autres déportemens, mais ces exemples sont rares & ne sont pas dans les vrais principes ; la femme qui se conduit mal envers son mari ne doit pas pour cela être délivrée de sa puissance, le mari peut faire ordonner que sa femme sera renfermée dans un couvent.

La séparation de corps ne doit être ordonnée que pour des causes graves ; ainsi la diversité d’humeur, & même les petites altercations qui peuvent survenir entre mari & femme ne sont pas des causes suffisantes de séparation.

Les causes pour lesquelles la femme peut demander sa séparation sont :

1°. Les sévices & mauvais traitemens, mais il faut qu’ils soient considérables ; cap. xiij. extr. de restitut. spoliat. Des injures ni des menaces ne sont pas ordinairement une cause suffisante ; cependant entre personnes d’une condition relevée, les juges pourroient y avoir plus d’égard, parce que pour ces sortes de personnes, des injures sont aussi sensibles que des mauvais traitemens pour des gens ordinaires.

2°. Si le mari est convaincu d’avoir attenté à la vie de sa femme.

3°. S’il vit dans la débauche, & qu’il y ait du danger pour sa femme.

4°. S’il accuse sa femme d’adultere, ou autres faits graves contre l’honneur, & qu’il y succombe.

5°. La folie & la fureur du mari, lorsqu’elles donnent lieu d’appréhender pour la vie de la femme.

6°. S’il a conçu contre sa femme une haine capitale.

L’honneur du mariage exige que la demande en séparation ne se poursuive que par la voie civile, & non par la voie extraordinaire, à moins que ce ne fût pour une cause capitale, comme si le mari avoit voulu faire assassiner sa femme.

Tous les auteurs conviennent que le juge d’église est compétent pour connoître de la demande en séparation de corps, pourvu qu’il n’y ait aucun intérêt temporel mêlé dans la contestation ; mais comme on ne manque point de demander en même tems la séparation de biens, comme une suite nécessaire de la séparation de corps, on porte ordinairement ces sortes de demandes devant le juge laïc.

La séparation ne doit être ordonnée que sur des preuves suffisantes, soit par écrit, s’il y en a, ou résultant d’une enquête ou information.

Lorsque la femme a obtenu sa séparation, le mari ne peut l’obliger de retourner avec lui, quelques offres qu’il fasse de la traiter maritalement.

Lorsqu’au contraire la femme est déboutée de sa demande, on la condamne à retourner avec son mari, auquel on enjoint de la traiter maritalement ; mais en ce cas on permet, quand les juges n’adoptent pas la demande en séparation, à la femme de se retirer pendant un certain tems dans un couvent où son mari a la liberté de la voir, afin que les esprits irrités aient le tems de se calmer.

La séparation de corps & de biens exclud les conjoints de pouvoir se succéder en vertu du titre unde vir & uxor ; ce droit de succession réciproque n’ayant été accordé que pour honorer en la personne du survivant la mémoire d’un mariage bien concordant.

Si les mari & femme qui ont été séparés de corps & de bien se remettent ensemble, l’effet de la séparation cesse même pour les biens, & toutes choses sont rétablies au même état qu’elles étoient auparavant la séparation. Voyez les lois ecclésiastiques de d’Héricourt. Le traité de la jurisdïct. ecclésiast. de Ducasse, & les mots Conjoints, Divorce, Dissolution, Mariage.

Séparation de biens d’une succession, est un jugement qui ordonne que les biens de l’héritier seront séparés de ceux du défunt.

Cette séparation a lieu lorsque l’on craint que les biens du défunt ou de l’héritier ne soient pas suffisans pour payer les créanciers de l’un & de l’autre.

Suivant le droit romain, il n’étoit permis qu’aux créanciers du défunt de la demander, afin d’être payés sur ses biens par préférence aux créanciers de l’héritier, soit qu’ils fussent antérieurs ou postérieurs en date.

Mais en France les créanciers de l’héritier peuvent aussi demander la séparation des biens de leur débiteur d’avec ceux du défunt, pourvu que l’héritier n’ait pas encore reconnu la dette, ou que le titre n’ait pas été déclaré exécutoire contre lui.

Cette séparation chez les Romains devoit être demandée dans les cinq ans ; mais parmi nous l’action dure trente ans. Voyez au ff. le tit. de séparat. & Cujac. ibid. & leg. penult. cod. de heredit. act. Bouvot, le Prêtre, Boniface, Loysel, Bacquet, Henrys. (A)

Séparation, (Chimie.) Il est dit à l’article Chimie, p. 417, col. premiere, que la chimie s’occupe des séparations & des unions des principes constituans des corps ; que les deux grands changemens effectués par les opérations chimiques, sont la séparation & l’union des principes ; que la séparation chimique est encore connue dans l’art sous les noms d’analyse, de composition, corruption, solution, destruction, diacrese, ou plutôt diacrise ; que de ces noms les plus usités parmi les chimistes, les françois sont ceux d’analyse & de décomposition.

Quoique les affections des corps aggrégés n’appartiennent pas proprement à la chimie ; & qu’ainsi strictement parlant elle ne s’occupe que de celle des corps unis chimiquement ; cependant, comme plusieurs de ses opérations ont pour objet au-moins secondaire, préparatoire, intermédiaire, &c. la disgrégation ou séparation des corps aggrégés, la division méthodique des opérations chimiques qui appartiennent à la séparation, doit se faire en celles qui décomposent des corps unis chimiquement, & celles qui ne séparent que les parties des corps aggrégés. Aussi avons-nous admis cette division. Voyez l’article Opérations chimiques.

Les deux instrumens généraux de la séparation chimique proprement dite sont le feu & la précipitation. Voyez Feu, Chimie, & Précipitation, Chimie ; c’est pourquoi il est dit dans ce dernier art cle que toutes les opérations de l’analyse menstruelle (or, analyse est synonyme à séparation) sont des précipitations.

Les séparations disgrégatives s’operent, & par les instrumens chimiques proprement dits, savoir, le feu & les menstrues, & par divers instrumens méchaniques, des limes, des rapes, des mortiers, &c. Voyez l’article Opérations chimiques. (b)

Séparation ou départ par la voie seche, (Métallurgie, Chimie & Arts.) c’est une opération par laquelle on cherche à séparer une petite quantité d’or mélée dans un grand volume d’argent, de maniere que l’or se précipite au fond du creuset & se dégage par son propre poids de l’argent que l’on réduit en scories par l’action du feu.

On a vu dans l’article Départ la maniere dont l’or, qui est uni avec de l’argent, s’en séparoit à l’aide des dissolvans humides. V. Départ, Inquart, Quartation, &c. Nous allons faire voir dans cet article comment cette séparation s’opere par la voie seche, c’est-à-dire, à l’aide du feu.

Un grand nombre de livres sont remplis de méthodes & de recettes pour faire la séparation par la voie seche ; mais lorsqu’on vient à vérifier ces procédés, on trouve que la plûpart sont fautifs ou inintelligibles. Parmi ceux que l’on a eu occasion de connoître, on n’en a point trouvé de mieux décrits que celui que M. de Justi, célebre chimiste allemand, a inséré dans ses œuvres chimiques, publiées en allemand en 1760 : on a donc cru devoir le rapporter ici en entier, il servira à faire connoître le progrès que cette opération pénible a fait jusqu’à présent.

La matiere qui contribue le plus à la séparation de l’argent d’avec l’or est le soufre ; cette substance s’unit avec l’argent qu’elle attaque, sans avoir la moindre action sur l’or, qui par-là se dégage de l’argent, & forme un régule à part au fond du creuset. Lorsque cette séparation se fait en grand, on n’obtient jamais un régule ou culot d’or pur, & l’on est très content lorsque la masse reguline est composée de trois parties d’argent contre une partie d’or. Cela vient, suivant M. de Justi, de ce que pour ménager les creusets, on en tire le métal fondu avec des cuilleres, ou bien on le vuide dans des cônes ou des creusets pointus, ce qui ne peut guere se faire assez promptement pour qu’une portion du métal ne se refroidisse pas, alors la matiere n’est point assez fluide, & l’or en coulant entraîne avec lui une portion considérable de l’argent. Voici un procédé par lequel M. de Justi assure avoir obtenu l’or en une masse réguline assez pure ; il prit un demi-marc d’argent qui contenoit de l’or, il le mit en grenaille, & après en avoir fait l’essai avec exactitude par la coupelle & par l’eau-forte, il trouva que la masse d’argent tenoit quatre grains d’or. Il mit cet argent en grenaille en cémentation avec du soufre dans un creuset couvert & bien lutté ; & lorsque l’argent eut été bien pénétré par le soufre, il en fit la précipitation, en y mettant du flux noir, du fiel de verre, de la limaille de fer & de la litharge. Après que le tout fut entré parfaitement en fusion, il laissa refroidir le creuset. Alors il cassa le creuset, & il trouva au fond de la masse d’argent, un petit bouton ou culot d’or, qui avoit la couleur de l’or qui est allié avec de l’argent ; sa petitesse empêchoit qu’on ne pût le séparer parfaitement de l’argent, néanmoins M. de Justi, en se donnant beaucoup de peine, en détacha 3 grains, il en étoit resté environ un demi-grain uni avec l’argent. A l’essai, il trouva que cet or étoit à 20 karats. Ayant réitéré cette expérience, il eut le même succès. Ce savant chimiste ne doute pas que cette expérience ne réussît encore mieux en grand, & il croit que ceux qui s’occupent du travail de la séparation ou du départ par la voie seche dans les monnoies, feroient mieux de ne point tant regarder à la dépense du creuset qu’il faudroit briser, qu’à ce qu’il en coute pour multiplier les séparations afin de faire ensorte que les régules contiennent trois parties d’argent contre une partie d’or, pour en faire ensuite le départ avec l’eau-forte. En effet, il paroît que l’on épargneroit beaucoup de charbon & les frais de l’eau-forte en suivant le procédé qui a été rapporté, ce qui seroit profitable, surtout si l’on peut se procurer des creusets à un prix raisonnable. D’ailleurs, on n’auroit qu’à purifier l’or ; qu’on a dit être à 20 karats, en le faisant fondre avec l’antimoine.

On suit deux routes principales pour opérer la précipitation dans la séparation par la voie seche. Les uns se servent du flux noir, & d’autres sels ou substances alkalines, telles que le fiel de verre, pour servir de précipitant ; d’autres rejettent cette méthode, & se servent du fer pour cette précipitation. Il y a à Leipsick deux familles qui depuis plusieurs années sont en possession du secret de faire la séparation ou le départ par la voie seche, elles se servent de deux méthodes différentes. La premiere de ces familles, qui est celle de Pfanenschmidt, se sert principalement du fer pour la précipitation, sans employer de fondans alkalins. La seconde famille, qui est celle de Stole, se sert de fondans alkalins pour la même opération. Ces deux méthodes sont connues en Allemagne sous le nom des deux familles qui les exercent.

M. de Justi examine laquelle de ces deux méthodes mérite d’être préférée. Pour cet effet, il faut faire attention à deux choses ; 1°. à ce qui rend l’opération plus facile ; 2°. à ce qui la rend moins couteuse. Il n’est pas douteux que les alkalis fixes, tels que le flux noir, la potasse & le fiel de verre sont les substances les plus propres à se combiner avec le soufre ; elles surpassent même le fer dans cette propriété, qui pourtant est de toutes les substances métalliques celle qui a le plus de disposition à s’unir avec le soufre. Ainsi, en joignant le fer avec ces substances alkalines, il n’est pas douteux que la précipitation se fera plus promptement & plus parfaitement, & les matieres salines en nageant à la surface des métaux en fusion doivent empêcher, que le soufre poussé par l’action du feu, n’entraîne & ne volatilise avec lui un grand nombre de molécules d’argent. D’où l’on voit que les fondans alkalins ont leur avantage ; mais d’un autre côté, on ne peut se dissimuler qu’ils n’aient aussi leurs inconvéniens. D’abord ils endommagent considérablement les creusets, & les mettent hors d’état de servir davantage, ce qui augmente les frais dans une opération où l’économie fait tout le profit. De plus, tout le monde sait que les sels alkalis combinés avec le soufre forment ce qu’on appelle l’hepar ou le foie de soufre, qui, à la vérité, facilite la fusion des métaux, mais qui dissout en même tems l’or & l’argent de maniere qu’il est impossible de leur rendre leur forme métallique, du moins sans des peines & des dépenses considérables ; d’ailleurs ce foie de soufre rend ces métaux aigres & cassans, de sorte qu’il faut recourir à des fusions réitérées avec le sel ammoniac, le nitre, le borax, &c. pour dégager ces métaux de la mauvaise qualité qu’ils ont contractée ; toutes ces choses augmentent la dépense, & font qu’une portion de l’argent se perd, vu que l’on ne retrouve point exactement celui qui s’est converti en scories. M. de Justi a trouvé par des expériences que le flux noir & le fiel de verre, surtout quand ces deux fondans sont combinés, produisoient dans le feu une plus grande quantité de foie de soufre que l’on ne pourroit l’imaginer. Outre cela le flux noir, à cause du nitre qui y entre, ne laisse pas d’augmenter la dépense, surtout si l’on travaille en grand ; d’ailleurs il attire très-rapidement l’humidité de l’air, ce qui peut causer beaucoup d’inconvéniens dans l’opération.

D’après toutes ces considérations, M. de Justi donne la préférence à l’opération dans laquelle on emploie le fer au lieu de substances alkalines, vu que ce métal est à très-bon marché, qu’il a une très-grande disposition à absorber le soufre, & que par son moyen on n’est point exposé à perdre une portion de l’argent. Cependant il est à-propos d’y joindre un peu de fiel de verre, qui est une substance peu couteuse ; elle facilitera la fusion, empêchera le soufre de dissiper ou d’entraîner avec lui une portion de l’argent, favorisera la formation des scories, & s’il se forme du foie de soufre, ce ne sera qu’en très-petite quantité.

Si l’on a une certaine quantité d’argent contenant de l’or, dont on veuille faire la séparation par la voie séche, il sera à propos d’en faire l’essai avec beaucoup d’exactitude par la coupelle ou par l’eau-forte, pour savoir combien le marc d’argent contient d’or. Voyez l’article Essai. Pour cet effet il faudra commencer par mettre cet argent en grenaille très-fine, ce qui se fait en le faisant fondre, & en le versant doucement dans un vaisseau rempli d’eau, que l’on agitera sans interruption avec des petites branches de bouleau, alors on en fera l’essai. Il est important que l’argent soit réduit en une grenaille très-fine comme de la dragée, ou tout au plus comme des lentilles, parce que l’on n’aura pas besoin d’y joindre une aussi grande quantité de soufre pour l’opération subséquente, c’est-à-dire pour la séparation ou le départ par la voie séche. En effet, pour qu’elle se fasse exactement, il faut que tout l’argent soit parfaitement pénétré par le soufre ; sans cela, ce métal tombe au fond du creuset, & l’on obtient des masses métalliques trop grandes pour pouvoir en bien faire le départ par l’eau-forte, & l’on sera dans le cas de recommencer la séparation.

Pour mêler l’argent en grenaille avec le soufre, on mouillera cette grenaille avec de l’eau, on y joindra du soufre en poudre fine, on roulera le tout avec la main, de maniere que chaque grain d’argent ait une petite croute de soufre ; si l’argent est parfaitement pur, il sera à propos avant que de le mêler avec le soufre, d’en mettre à part autant de demi onces, que l’on a de marcs dont on veut faire le départ ou la séparation.

Lorsque l’argent en grenaille a été mêlé avec du soufre, on le met dans un creuset que l’on remplira presqu’entierement ; on le couvrira d’un couvercle, & l’on aura soin de bien luter les jointures, de peur que l’action du feu ne fasse partir une grande quantité de soufre qui n’aura pas produit son effet, & qui n’aura point intimement pénétré l’argent. On donnera d’abord un feu très-doux, on placera le creuset sur un support, & on fera un feu circulaire, qui approche peu à peu du creuset, & on le laissera échauffer jusqu’à ce qu’on voye une flamme légere de soufre sortir par les jointures, alors la dissolution de l’argent par le soufre sera faite.

Pendant cette opération on préparera le fourneau à vent. On fera bien de pratiquer dans le cendrier un creux ou une fosse de terre glaise que l’on tiendra bien nette, afin que si le creuset venoit à se fendre, le métal fondu ne vînt point à se perdre.

Alors on ôtera le couvercle du creuset, qui contient l’argent combiné avec le soufre ; & si l’argent ne contient point de cuivre, ce qui est assez rare, on y mettra la demi-once d’argent qui, comme on l’a dit, aura été retenue sur chaque marc. On couvrira le creuset d’un couvercle, dans lequel on aura fait un trou ; par lequel on passera un fil de fer assez fort ; on placera le creuset au fourneau à vent ; on l’entourera de charbons aussi également qu’il sera possible, après quoi on remplira entierement le fourneau, & l’on mettra des charbons ardens par le haut, afin que le feu s’allume de haut en bas. Lorsque le mélange sera entré parfaitement en fusion, ce qui arrivera très promptement, & ce dont on pourra s’assurer au moyen du fil de fer qui traverse le couvercle du creuset, on ôtera ce couvercle, afin d’achever l’opération à l’aide du précipitant qui suit, que l’on tiendra tout prêt pour s’en servir au besoin.

C’est un mélange composé de deux parties de limaille de fer non rouillé, d’une partie de litharge, d’une partie de fiel de verre, & d’une partie de sel marin fondu. Ce mélange est celui dont on peut se servir avec le plus de succès dans la premiere & la seconde fusion de l’argent combiné avec le soufre ; mais dans la troisieme & quatrieme fusion & dans les suivantes, il sera à-propos d’y ajouter encore deux parties de plomb en grenaille.

Dans la premiere fonte on employera autant de demi-onces du mélange que l’on aura de marcs d’argent, dont on voudra faire la séparation ou le départ. On ne mettra pourtant le mélange que peu-à-peu, en le répandant sur le métal fondu, de maniere qu’il en couvre la surface, & à chaque fois on remuera le tout avec le fil de fer qui traverse le couvercle.

Durant cette opération, on donnera toujours un feu violent, afin que le mélange entre parfaitement en fusion ; pour cet effet on fera bien de recouvrir le creuset, & de fortifier le feu à chaque fois que l’on aura mis de la composition précipitante ; il faudra aussi avoir soin que les charbons chauffent également le creuset qui pourroit se fendre, si l’on mettoit auprès de lui un trop grand nombre de charbons non allumés, ce qui arrive, sur-tout lorsque les creusets sont grands.

Si l’on vouloit faire en une seule fois la séparation de l’or, & le mettre en un bouton ou culot, il faudra doubler la quantité du mélange qui sert à précipiter, & peut-être qu’alors on ne pourroit se dispenser d’employer le flux noir dans ce mélange. Mais si l’on veut faire cette opération à l’ordinaire, on mettra autant de demi-onces de la matiere précipitante que l’on aura de marcs à séparer. On laissera le mélange en fusion pendant dix minutes, après quoi on le vuidera dans un cône bien échauffé ; ou si le creuset étoit trop grand, on y puiseroit une portion de la matiere fondue, jusqu’à ce qu’on puisse le remuer avec facilité.

M. de Justi assure que le mélange qui a été indiqué pour servir à la précipitation, procure un avantage considérable, qui est la facilité de séparer la partie réguline ou le culot qui est tombé au fond du creuset, d’avec l’argent qui est encore combiné avec le soufre, au lieu qu’il n’en est pas de même, lorsqu’on emploie le flux noir & le plomb en grenaille dès le commencement de l’opération ; car alors il n’y a d’autre moyen pour séparer le culot, que de faire refondre le tout de nouveau, & alors on retire le culot avec une pincette, parce qu’il n’entre point en fusion si promptement que l’argent uni avec le soufre.

On est obligé de réitérer la précipitation quatre à cinq fois, & même plus, si l’on veut séparer parfaitement l’or, & récouvrer l’argent qui est uni avec le soufre ; pour cet effet, on remet le creuset dans le fourneau ; à chaque fois qu’on a vuidé la partie métallique dans le cône, on en détache les scories, c’est-à-dire, l’argent pénétré de soufre, que l’on remet de nouveau à fondre dans le creuset, & l’on en fait la précipitation de la maniere qui a été indiquée, excepté que pour la troisieme & la quatrieme fois qu’on précipitera, on joindra deux parties de plomb au précipitant, comme on l’a déja dit. Car si l’opération a été faite avec soin, il faudra que tout l’or se trouve dans le premier & le second, ou tout au moins dans le troisieme culot. Les précipitations subséquentes ne se font que pour recouvrer l’argent qui est uni au soufre, & qui est en scories.

Cependant on ne peut guere retirer tout l’argent qui étoit passé dans ces scories, qui contiendront toujours un marc d’argent par quintal, quelque habile que soit celui qui opere ; le seul moyen d’en tirer parti, c’est de porter ces scories aux fonderies où l’on tire l’argent de ses mines. Ceux qui s’occupent du départ ou de la séparation, rassemblent ces scories ou crasses ; ils les portent aux fonderies, les joignent avec du plomb & des fondans convenables, les font passer au fourneau de fonte, & passent le tout à la coupelle : ce qui leur procure souvent un profit assez honnête.

Quant aux différens culots que l’on a obtenus par la séparation, on les met en grenaille chacun séparément, & l’on en fait l’essai par la coupelle & par l’eau-forte, pour savoir la quantité d’or que chacun contient. L’on trouvera communément qu’en suivant le procédé qui a été indiqué, la plus grande partie de l’or sera dans le premier ou le second culot, on n’en trouvera dans le troisieme & les suivans, que lorsque l’opération aura été mal faite. On passera à la grande coupelle ou sur le têt les culots qui contiennent un quart d’or, & alors on en fera le départ ou la quartation avec de bonne eau-forte, & l’on fera fondre la poudre d’or qui sera tombée au fond de ce dissolvant. A l’égard des culots qui tiennent beaucoup moins qu’un quart de leur poids d’or, on les joindra à de nouvel argent tenant or pour un nouveau travail. On rafine sur le têt les autres culots qui ne contiennent point une portion sensible d’or, & on en fait des lingots ou des banes avec l’argent en poudre que donne l’eau-forte précipitée. Si le départ ou la séparation a été faite avec soin, le marc de cet argent ne doit point contenir au-delà d’un dixieme de grain d’or, car jamais par la voie séche on ne parvient à séparer totalement l’or d’avec l’argent. Voyez les œuvres chimiques de M. de Justi, tome I. (—)

Séparation, s. f. dans l’économie animale, action par laquelle différentes liqueurs se séparent de la masse du sang.

La séparation des liqueurs dans des arteres plus petites differe de la sécrétion en ce qu’elle ne s’opere que dans un rameau d’artere qui devient une seconde fois conique convergente, & se continue dans sa propre veine ; au lieu que dans la sécrétion c’est un conduit semblable à une veine, & qui ne reporte point la liqueur à la masse. Voyez Sécrétion.

Séparation en Architecture, est ce qui divise ou sépare une chambre ou un appartement d’avec un autre.