L’Encyclopédie/1re édition/SOUFRE

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SOUFRE pierre de, (Hist. nat.) on trouve en Franche-Comté des cailloux qui sont d’une forme arrondie irréguliere, & lorsqu’on vient à les briser, on trouve que ces cailloux formoient une espece de croute, qui sert d’enveloppe à du soufre natif.

Soufre, s. m. (Hist. nat. Minéralogie & Chimie.) sulphur ; c’est une substance solide, mais friable, d’un jaune clair lorsqu’il est pur, très-inflammable, & qui en se brûlant répand une flamme bleuâtre accompagnée d’une odeur pénétrante & suffocante. Il se fond très-aisément lorsque le feu ne lui est point immédiatement appliqué, & pour lors il ne s’enflamme point.

La nature nous présente le soufre de deux manieres : ou il est pur & sous la forme qui lui est propre, ou il est combiné avec d’autres substances du regne minéral, qui par leur union avec lui le rendent méconnoissable ; c’est ainsi qu’il est dans les mines où il est combiné avec les métaux.

Le soufre pur que l’on nomme aussi soufre fossile, soufre natif, ou soufre vierge, se trouve abondamment dans quelques endroits de la terre ; ce n’est que dans le voisinage des volcans & des endroits sujets aux embrasememens souterreins que ce soufre se rencontre ; & par-tout où on le voit, on doit supposer qu’il a été produit & sublimé par les feux de la terre ; ils l’ont dégagé des substances avec lesquelles il étoit combiné ; ils l’ont sublimé comme auroit pû faire un fourneau, & ils l’ont porté à la surface de la terre.

M. Rouelle, dans ses savantes leçons de chimie, enseigne la façon dont le soufre se forme par le feu des volcans ; ses idées sont fondées sur la nature du soufre, qui n’est autre chose que de l’acide vitriolique combiné avec le phlogistique ou la matiere inflammable. Suivant ce savant chimiste, ce sont les bitumes qui servent d’aliment aux feux souterreins ; par leur embrasement ces bitumes se décomposent, & l’acide vitriolique, si abondant dans le sein de la terre, s’unit au phlogistique des matieres grasses qui brulent, & produit du soufre ; d’où M. Rouelle conclut que le soufre pur n’est qu’une production secondaire de la nature ; puisque sans les embrasemens souterreins, on n’en trouveroit jamais sous la forme qui lui est propre ; tout celui qui est dans la terre est dans un état de combinaison, comme toutes les mines ; & la terre renferme les parties dont il peut être produit.

Les environs des volcans sont donc toujours remplis de soufre ; il est aisé de sentir qu’il n’est point communément fort pur, comme on peut en juger par sa couleur ; ainsi le parti le plus sûr, tant pour les opérations de la Chimie que pour les usages médicinaux, est de ne se servir de ce soufre, qu’après l’avoir purifié ; alors on est certain qu’il est parfaitement dégagé des matieres métalliques & arsénicales, avec lesquelles les feux souterreins peuvent l’avoir combiné ; on sent aussi que ce soufre est souvent mélangé avec des terres, des pierres, &c. Les échantillons de ce que l’on nomme soufre natif, sont plus ou moins purs, suivant les circonstances ; celui que l’on nomme soufre de Quito, & soufre de la Guadeloupe, est d’un jaune clair & transparent ; il vient des parties de l’Amérique qui éprouvent le plus de ravages de la part des volcans ; on en rencontre aussi de plus ou moins pur aux environs des monts Ætna, Vésuve, Hecla, &c. Certaines eaux thermales, telles que celles d’Aix-la-Chapelle, & de plusieurs autres endroits, déposent une assez grande quantité de soufre.

Le soufre entre dans la combinaison d’un très-grand nombre de mines ; il s’y trouve dans des proportions différentes, & fait prendre aux métaux des formes & des couleurs qu’ils n’auroient point sans cela. Voyez les articles Minéralisation & Mine. Mais la mine la plus ordinaire & la plus abondante du soufre, est la pyrite, d’où l’on est obligé de le tirer par art ; on nomme pyrites sulfureuses, celles dont on se sert pour cet usage ; cependant le soufre est une substance qui entre toujours nécessairement dans la combinaison de toute pyrite. Voyez l’article Pyrite.

Il y a plusieurs méthodes pour tirer le soufre des pyrites ; quelquefois on l’obtient accidentellement par le grillage de certaines mines qui sont fort chargées de cette substance ; ces mines sont sur-tout les pyrites cuivreuses, dont on ne peut obtenir le cuivre, avant que le soufre en ait été séparé. Pour cet effet on forme à l’air libre, des tas de pyrites qui ont environ 20 piés en quarré, & 9 piés de haut ; on arrange ces tas sur un lit de buches & de fagots ; on laisse une ouverture à ce tas qui serve de vent, ou comme le cendrier sert à un fourneau ; on enduit les parois extérieurs du tas, qui forment comme des especes de murs, avec de la pyrite en poudre & en petites particules que l’on mouille. Alors on met le feu au bois, & on le laisse bruler doucement pendant 9 ou 10 semaines. On forme à la partie supérieure des tas ou de ces massifs de pyrites, des trous ou des creux, qui forment comme des bassins dans lesquels le soufre fondu par l’action du feu va se rendre, & d’où on le puise avec des cuilleres de fer ; mais ce soufre ainsi recueilli n’est point parfaitement pur ; il a besoin d’être fondu de nouveau dans des chaudieres de fer ; alors les parties pierreuses & terreuses qui s’y trouvent mêlées tombent au fond de la chaudiere, & le soufre pur nage à leur surface. Telle est la maniere dont on tire le soufre au Hartz : pour s’en faire une idée, on n’aura qu’à jetter les yeux sur celle des Planches de Minéralogie, qui représentent le travail du soufre.

La même Planche représente encore une autre maniere d’obtenir du soufre, qui se pratique dans quelques endroits d’Allemagne. Elle consiste à faire griller les pyrites ou la mine de cuivre sous un angard couvert d’un toît qui va en pente ; ce toît oblige la fumée qui part du tas que l’on grille, à passer par-dessus une auge remplie d’eau froide ; par ce moyen cette fumée, qui n’est composée que de soufre, se condense & tombe dans l’auge, d’où on le retire lorsqu’il s’en est suffisamment amassé.

En Suede, dans les mines de Néricie, on obtient le soufre par la distillation ; on a pour cela un fourneau qui a la forme d’un quarré long ; dans les murs latéraux on laisse deux rangées de dix ou douze ouvertures, pour y placer deux rangées de retortes de fer très-grandes ; on ne les remplit de pyrites que jusqu’au tiers, parce que l’action du feu les fait gonfler considérablement ; une portion du soufre suinte au-travers du fer des retortes ; ce soufre est très-pur, & on le débite pour de la fleur de soufre ; quand au reste du soufre qui fait la plus grande partie, il est reçu dans des récipiens remplis d’eau, qui ont été lutés avec des retortes. Cette distillation se renouvelle toutes les vingt-quatre heures ; on enleve le soufre qui s’est rendu dans les récipiens ; on ôte des tortes le résidu qui y est resté, & l’on y remet de nouvelles pyrites. Le soufre qui a été ainsi obtenu, est porté dans une chaudiere de fer, enchâssée dans un massif de maçonnerie, sous laquelle on fait un feu doux ; par-là le soufre se fond de nouveau, & dépose les substances étrangeres avec lesquelles il étoit encore mêlé. Lorsque les pyrites ont été dégagées du soufre qu’elles contenoient, on les jette en un tas, à l’air libre ; après qu’elles ont été exposées aux injures de l’air, ces tas sont sujets à s’enflammer d’eux-mêmes, après quoi le soufre en est totalement dégagé ; mais on a soin de prévenir cet inconvénient ; on lave ces pyrites calcinées, & l’on en tire du vitriol, qu’elles ne donneroient point si on les avoit laissé s’embraser. Voyez Vitriol.

Le soufre avant que d’avoir été purifié se nomme soufre brut ou soufre caballin ; après qu’il a été dégagé des parties étrangeres, on le prend avec des cuilleres de fer tandis qu’il est encore liquide, & on le verse dans des moules qui lui donnent la forme de bâtons arrondis ; c’est ce qu’on appelle soufre en canon.

Presque tout le soufre qui se débite dans le commerce vient des pays où il y a des volcans & des embrasemens de la terre, parce qu’alors la nature épargne la peine & les frais pour l’obtenir ; il n’y a que les pays où la main d’œuvre & le bois sont à très grand marché, tels que la Suéde & certains cantons d’Allemagne, où l’on puisse songer à le tirer des pyrites, ou des mines de cuivre pauvres de la maniere qui a été décrite. Aux environs du mont Vésuve & dans d’autres endroits d’Italie où il se trouve du soufre, on met les terres qui sont imprégnées de cette substance dans des pots de terre de la forme d’un pain de sucre ou d’un cône fermé par la base, & qui ont une ouverture par le sommet ; on arrange ces pots dans un grand fourneau destiné à cet usage, en observant de les coucher horisontalement ; on donne un feu modéré qui suffise pour faire fondre le soufre, qui découle par l’orifice qui est à la pointe des pots, & qui est reçu dans d’autres pots dans lesquels on a mis de l’eau froide où le soufre se fige.

Après toutes ces purifications le soufre n’est point encore parfaitement pur ; souvent il renferme encore des substances qui pourroient en rendre l’usage dangereux ; pour le dégager parfaitement on est obligé de le sublimer à l’aide du feu ; cette sublimation se fait ou en grand ou en petit. En Angleterre, cette opération se fait sur plusieurs quintaux de soufre à-la-fois ; on se sert pour cela d’un fourneau particulier. On a une grande chaudiere de fer qui est prise dans la maçonnerie, & qui peut contenir deux ou trois quintaux de soufre concassé grossierement ; on ne remplit cette chaudiere que jusqu’aux trois quarts. Au-dessus de cette chaudiere est une espece de chambre quarrée, qui est garnie intérieurement de carreaux de terre ou de fayence vernissés. A quelques pouces au-dessus de la chaudiere est une ouverture ou porte par où le soufre qui le sublime entre dans la chambre quarrée, au fond de laquelle est un trou qui ferme à coulisse, par lequel on peut voir si la sublimation se fait convenablement. Pendant l’opération il faut que toutes les ouvertures soient bouchées, afin d’empêcher l’air d’y entrer.

Le soufre se purifie en petit par la sublimation de la maniere suivante. On met le soufre dans une cucurbite de terre, au-dessus de laquelle on adapte cinq ou six aludels, dont le dernier se bouche avec un couvercle ; le premier des aludels est joint avec la cucurbite, & on les lutte ensemble avec de la terre grasse, afin de retenir la chaleur, & on ne laisse ouverts que les registres du fourneau sur lequel la cucurbite est placée, afin de donner de l’air. Après quoi on donne un feu un peu au-dessus du degré nécessaire pour tenir le soufre en fusion ; par ce moyen le soufre s’éleve & s’attache aux parois des aludels sous la forme d’une poudre d’un jaune clair, extrèmement fine : c’est ce qu’on appelle fleurs de soufre. Alors il est pur, & dans un état de division qui le rend propre aux usages médicinaux, & à passer dans l’économie animale. Il est bon d’observer que les droguistes falsifient quelquefois les fleurs de soufre avec du soufre ordinaire pulvérisé ; par ce moyen ils les alongent, & s’épargnent les peines & les frais de la sublimation.

M. Rouelle regarde le soufre comme un véritable sel neutre, ou comme un acide à qui le phlogistique a fait prendre une forme solide & concrete. En effet ce savant chimiste remarque que le soufre fondu en se refroidissant se crystallise à la maniere des sels neutres. La crystallisation commence vers les parois du vaisseau dans lequel le soufre a été fondu, & à la surface par où il a le contact de l’air où le refroidissement commence, & où il se forme une croûte ; si on creve cette croûte avant que le soufre ait eu le tems de se refroidir entierement, & si l’on vuide le soufre qui est encore en fusion au centre, on verra que la croûte sera remplie de petits crystaux en colonnes ou en stries.

Quoique le soufre soit une substance très-inflammable, il ne laisse pas de brûler très-lentement. Stahl a remarqué qu’en prenant deux gros de soufre pulvérisé, au milieu duquel on place un fil qui sert de meche, & auquel on met le feu avec précaution, de crainte que la flamme ne s’étende sur la surface du soufre, ces deux gros ne perdront dans une heure de tems que 15 ou 16 grains de leur poids.

C’est une vérité reconnue de tous les chimistes, que l’acide vitriolique & l’acide du soufre sont les mêmes ; cependant l’acide sulphureux volatil dont nous venons de parler, n’est point la même chose que l’acide vitriolique ; & le célebre Stahl a observé que l’acide sulphureux volatil, en se dégageant du soufre, entraine avec lui une portion du phlogistique ; de plus il a remarqué qu’il attiroit fortement l’humidité de l’air, & que cette humidité entroit comme partie essentielle dans l’acide sulphureux volatil. Pour que le phlogistique reste uni à cet acide, il faut que le soufre soit brûlé lentement ; sans cela à un feu trop violent cette portion du phlogistique se dégageroit, & l’acide que l’on obtiendroit, seroit un simple acide vitriolique non volatil. On trouvera vers la fin de cet article la meilleure maniere d’obtenir l’acide sulphureux volatil, en parlant des préparations pharmaceutiques du soufre.

On fera voir dans la suite de cet article, que le soufre se dissout dans toutes sortes d’huiles, & dans l’alkali fixe. Quelques auteurs ont prétendu que l’on pouvoit disposer le soufre à la fixité, en le mettant en digestion dans l’acide vitriolique, & en en faisant l’abstraction, & réiterant à plusieurs reprises ces opérations ; mais les acides n’ont aucune action sur le soufre ; il n’est pas plus vrai que l’acide nitreux, ou l’acide du sel-marin rende le soufre transparent, lorsqu’on l’y fait bouillir pendant six heures.

On peut produire artificiellement du soufre ; pour cet effet on n’a qu’à prendre parties égales de tartre vitriolé, & d’alkali fixe bien pur, on les pulvérise avec un peu de charbon ; on met ce mélange dans un creuset, que l’on couvre bien exactement, & on donne un feu très-vif ; par ce moyen, le mélange entre en fusion & produit un véritable foie de soufre ; pour en séparer le soufre, on n’aura qu’à faire dissoudre ce foie de soufre dans de l’eau, & y verser quelques gouttes d’acide, qui fera tomber le soufre en poudre, sous la forme & la couleur qui lui est propre. Ce soufre s’est produit dans l’opération par la combinaison qui se fait de l’acide vitriolique contenu dans le tartre vitriolé avec le phlogistique du charbon. Le célebre Stahl, a trouvé que dans la composition du soufre, l’acide vitriolique faisoit environ du poid total, & même un peu plus, & que le phlogistique y faisoit un peu moins que .

Le soufre a la propriété de s’unir avec tous les métaux & les demi-métaux, à l’exception de l’or, sur lequel il n’agit que lorsqu’il est combiné avec le sel alkali fixe. Comme l’acide vitriolique se trouve abondamment répandu dans le regne minéral, ainsi que le phlogistique, il n’est point surprenant que l’on rencontre le soufre dans un si grand nombre de mines.

Le soufre en poudre, mêlé avec de la limaille de fer, & humecté, produit une chaleur très-forte, & le mélange finit par s’allumer. Le soufre trituré avec du mercure, se change en une poudre noire, connue sous le nom d’éthiops minéral. Si on sublime ce mélange, on obtient du cinnabre. Voyez Cinnabre. Combiné avec le régule d’antimoine, il forme ce qu’on appelle l’antimoine cru. Voyez Régule d’antimoine. Le soufre combiné avec l’arsenic, fait la substance appellée orpin ou orpiment, voyez cet article.

Le soufre, comme nous l’avons déja fait remarquer, n’est point soluble dans l’eau, ainsi c’est une erreur de croire qu’il puisse lui communiquer aucune qualité. Quelques personnes ont cru, sans raison, qu’il étoit propre à rafraîchir l’eau.

On prépare diversement le soufre pour des usages pharmaceutiques : on trouve dans les boutiques, premierement les fleurs de soufre dont il a été déja parlé. 2°. le soufre lavé, & la crême de soufre. Ce soufre lavé se prépare ainsi : prenez du soufre commun entier, deux livres ; faites-les fondre à un feu doux, dans un vaisseau de terre ; versez dessus trois livres d’eau bouillante ; faites bouillir le mélange pendant un quart-d’heure, laissez-le reposer un instant, & decantez ; versez une pareille quantité d’eau bouillante sur le résidu, faites bouillir encore, & decantez ; repetez cette manœuvre quatorze fois ; mettez votre soufre ainsi lavé, dans un vaisseau de terre bien couvert, que vous tiendrez deux heures dans un four, pour que votre soufre coule comme de l’huile ; laissez refroidir le vaisseau, cassez-le, retirez votre soufre & le reduisez en poudre : c’est le soufre lavé. Si vous pulvérisez ultérieurement ce soufre sur le porphire avec une eau distillée aromatique, vous aurez la crême de soufre. 3°. Le lait & le magistere de soufre, ne sont autre chose que le précipité du foie de soufre, soit spontané, soit obtenu par l’acide du vinaigre. Ce n’est par conséquent, comme on voit, que du soufre très-divisé par la pulvérisation philosophique. On voit encore que le soufre lavé, la crême de soufre, le lait ou le magistere de soufre, & les fleurs de soufre, ne sont qu’une même chose, savoir du soufre entier très divisé, mais très-vraissemblablement le lait ou magistere de soufre plus que ses autres préparations, d’ailleurs très-analogues. On prépare d’ailleurs un lait de soufre d’une espece particuliere, & qui differe essentiellement de tous ces remedes purement sulphureux. Celui-ci est un précipité du même, hépar de soufre par l’alun : il se fait dans ce cas une double précipitation, savoir celle du soufre, & celle de la terre de l’alun ; ce précipité est immense eu égard à la quantité de réactifs d’où on le retire.

L’union du soufre à différentes huiles, soit essentielles, soit par expression, fournit divers baumes de soufre, ou rubis de soufre ; ils se préparent en faisant dissoudre des fleurs de soufre dans une huile quelconque, de l’une ou de l’autre espece ; les huiles par expression en dissolvent une très-grande quantité, & l’on peut faire commodément cette opération dans un vaisseau de terre, & avec le secours d’un feu tel qu’il n’échauffe l’huile que jusqu’au point de faire fondre le soufre, ce qui arrive à un degré bien inférieur à celui qui seroit nécessaire pour faire bouillir cette huile ; les huiles essentielles au-contraire ne dissolvent que peu de soufre. Boërhaave a trouvé que l’huile de térébenthine, v. g. n’en pouvoit dissoudre qu’un de son poids. On doit traiter le soufre avec les huiles essentielles, dans un matras à long cou, qui ne soit rempli qu’à demi, & qu’il faut laisser ouvert, parce qu’il faut faire bouillir le mélange, effectuer la dissolution, & qu’il faut prévenir l’explosion énorme dont est susceptible ce mélange, selon l’observation rapportée par Hoffman, phys. chim. l. III. obs. 15. or cette explosion ne peut avoir cependant lieu, que lorsqu’on traite imprudemment ces matieres dans des vaisseaux bien fermés & trop pleins, qui venant à éclater par la simple expansion vaporeuse, repandent jusque dans le foyer du fourneau, cette matiere très inflammable : car il est à-peu-près évident que ce n’est qu’en s’enflammant rapidement, & par conséquent lorsqu’il est déja hors des vaisseaux, que le baume de soufre dont nous parlons, peut produire les effets rapportés dans cette opération d’Hoffman. Au reste, les divers baumes de soufre sont dénommés par l’espece d’huile qu’on emploie à leur préparation ; ainsi le dernier, dont nous venons de parler, est le baume de soufre térébenthiné ; il y a un baume de soufre anisé, il pourroit y en avoir un amandé, ou amigdalé, &c.

On trouve encore au nombre des remedes officinaux, un sirop de soufre, & des tablettes de soufre ; ce sirop de soufre n’est autre chose que le foie de soufre préparé avec l’alkali, délayé dans trois ou quatre parties d’eau, qu’on mêle ensuite avec suffisante quantité de soufre, pour en faire un sirop.

Les tablettes de soufre se préparent ainsi : prenez fleur de soufre, demi-once ; sucre blanc, quatre onces ; cuisez votre sucre avec de l’eau commune (car l’eau rose demandée dans la pharmacopée de Paris, d’après la routine commune, est très-inutile.) en consistance d’électuaire solide ; alors mêlez vos fleurs de soufre, faites des tablettes selon l’art.

Tous les remedes dont nous venons de parler, sont destinés uniquement à l’usage intérieur, excepté les baumes de soufre, qui sont aussi recommandés pour l’usage extérieur ; c’est presque uniquement aux maladies chroniques de la poitrine, comme asthme, phthisie, toux inveterées, que ces remedes sont destinés ; mais ils sont fort peu usités, & vraissemblablement ils sont abandonnés avec raison. Boërhaave, qui a traité assez au long de la plûpart, dans sa chimie, les condamne presque sans restriction ; il dit qu’ils irritent, échauffent, déssechent, qu’ils nuisent aux poumons, à l’estomac, aux autres visceres, qu’ils diminuent l’appétit, & augmentent la soif & les sueurs, & il ajoute qu’il ne se décide point ainsi légerement, mais qu’il a examiné la chose très exactement, quæ non temere effundo, sed explorata loquor meditatus.

Les baumes de soufre sont d’ailleurs recommandés pour l’usage extérieur, comme de puissans resolutifs discussifs, déssechans, contraires à la gangrene, & principalement comme spécifique contre la gale ; mais il est principalement sous la forme d’onguent quand on l’emploie contre cette derniere maladie ; on a coutume même de le mêler dans ce cas, avec quelques autres médicamens. Voici l’onguent pour la gale, de la pharmacopée de Paris ; remede dont le soufre fait l’ingrédient principal, la vraie base du remede.

Prenez sain-doux lavé, six onces ; racine de patience sauvage, cuite jusqu’à consistence de pulpe, & passée par un tamis, & fleur de soufre, de chacun une once & demie ; d’onguent populeum battu avec du suc d’aulnée, demi-once : battez le tout exactement dans un mortier, & faites-en un onguent pour être employé sur le champ. Quant à l’emploi de cet onguent, voyez Gale.

Foie de soufre : celui dont il sera ici seulement question, est préparé comme nous l’avons déja dit, avec l’alkali fixe de nitre ; cette matiere se présente sous la forme d’une substance concrete d’un rouge foncé ; elle tombe facilement en déliquium ; elle est très-soluble dans l’esprit-de-vin, quoique les deux principes dont elle est composée, ne soient solubles ni l’un ni l’autre dans ce menstrue. Boërhaave s’exprime peu exactement, lorsqu’il appelle la dissolution du foie de soufre, dans l’esprit-de-vin, sulphuris dissolutio in alcohole vini. Le foie de soufre dissout toutes les substances métalliques, & même l’or, avec beaucoup de facilité, quoique l’alkali fixe du soufre pris séparément, ne dissolve point l’or. Stahl croit que c’est avec ce menstrue, que Moïse ouvrit & disposa à une prompte pulvérisation, le veau d’or, duquel il est dit dans le xxxiij. chap. de l’exode, v. 20. que Moïse le prit… tulit vitulum quem fecerant, & combussit igne, contrivitque donec in pulverem redegil, postea sparsit in superficiem aquarum, & potavit filios Israel. Ce chimiste a fait un traité exprès, sous le titre de vitulus aureus igne combustus, &c. dans lequel, au sujet de ce fait rapporté dans l’Ecriture, ou plutôt à cette occasion, il examine très-doctement, mais peut-être trop longuement, toutes les manieres connues de diviser l’or. Le foie de soufre est précipité par tous les acides ; il répand pendant cette opération, une odeur détestable, & semblable à celle des œufs pourris : les chimistes se servent quelquefois de ce signe, pour reconnoître l’acide vitriolique, dans quelques substances terreuses ou salines, dans lesquelles ils le soupçonnent ; ils traitent ces substances avec le phlogistique, de la maniere que nous avons rapportée plus haut, en traitant de la composition artificielle du soufre ; ils versent ensuite sur le mélange ainsi traité, un peu d’acide de vinaigre ; s’ils produisent par-là cette mauvaise odeur, ils en concluent la présence d’un foie de soufre, & par conséquent celle du soufre qui suppose nécessairement le concours d’un acide vitriolique, qui est le principe recherché ; cette épreuve qui est usitée, sur-tout dans les travaux sur les eaux minérales, n’est point démonstrative.

La théorie commune, sur la maniere d’être du principe sulphureux dans les eaux minérales soufrées, enseigne que ce principe y est contenu sous la forme de foie de soufre : cette théorie est fausse.

Acides du soufre : l’acide que fournit le soufre consumé par une flamme violente, est du pur acide vitriolique. Voyez Vitriolique acide. Le meilleur appareil que les chimistes aient trouvé jusqu’à présent, pour retirer cet acide, c’est de placer sur un feu vif de charbon, une petite écuelle pleine de soufre, qui s’enflamme bientôt, & deflagre vivement, & de tenir suspendue sur cette écuelle une large cloche de verre, peu elevée au-dessus du sol qui porte le soufre brulant ; cette cloche perfectionnée par les chimistes modernes, porte en-dedans, & à sa partie inférieure, c’est-à-dire à son ouverture, une gouttiere qui s’ouvre en-dehors par un bec ; les vapeurs du soufre brulant étant condensées dans l’intérieur de cette cloche, coulent en petits filets presque insensibles dans la gouttiere, s’y ramassent, & sont versés au-dehors, par le bec, dans un vaisseau convenable qui y est adapté. Cette opération réussit mieux lorsqu’on la fait dans un air humide. Je ne sais quel chimiste moderne a imaginé de disposer autour de cet appareil, un éolipyle, de maniere qu’il soufflât continuellement dans l’intérieur de la cloche une vapeur aqueuse ; de quelque maniere qu’on s’y prenne, du moins dans le procedé connu jusqu’à présent, on obtient très-peu d’acide vitriolique du soufre ; cet acide est connu dans l’art sous le nom d’esprit de soufre par la cloche, spiritus sulphuris per campanam ; & sous celui d’huile de soufre, si on a concentré cet esprit par la rectification. Ces opérations s’exécutent à peine dans les laboratoires des chimistes instruits ; du moins dans la vue d’avoir un acide particulier, soit comme instrument chimique, soit comme médicament ; & ce n’est point assurément une fraude réelle que de substituer l’esprit de vitriol à l’esprit de soufre, demandé encore quelquefois dans les ordonnances des médecins.

L’esprit sulphureux volatil est encore plus difficile à retenir que l’acide dont nous venons de parler ; c’est encore un présent que Stahl a fait à la chimie, que l’acide sulphureux ramassé en abondance, & possédé en un volume considérable dans des vaisseaux. Il a proposé deux moyens pour se procurer cette richesse chimique, dans une dissertation exprès, intitulée, spiritus vitrioli volatilis in copiâ parandi fundamentum & experimentum, laquelle se trouve aussi dans son opuscule. L’un de ces deux moyens est de distiller à dessein, du vitriol, dans une cornue fêlée, ce qui produit, comme on voit, un acide sulphureux, volatil, artificiel, c’est-à-dire, fourni par un soufre artificiel, composé dans la cornue par l’union de l’acide du vitriol au phlogistique introduit par la félure. Le second moyen consiste à faire bruler paisiblement du soufre sous une espece de cloche de terre tronquée, & ouverte par son sommet, qui porte une file verticale d’aludels (voyez les Planches de chimie), dans lesquelles est aposté un aimant de cet acide : savoir, des linges trempés dans une forte lessive d’alkali fixe, lequel se change par l’absorption de cet acide, en un sel neutre d’une espece particuliere, & dont tous les acides minéraux chassent l’acide sulphureux volatil ; si on lessive les linges chargés de ce sel neutre, dans suffisante quantité d’eau, qu’on évapore cette lessive, & qu’on distille par l’intermede de l’acide vitriolique, le sel qu’on en retire, dans un alembic muni d’un récipient convenable, toutes les jointures étant exactement lutées, on obtient l’acide sulphureux volatil en assez grande quantité.

La nature de cet acide est fort peu connue : Stahl croit qu’il est spécifié par le phlogistique, qu’il contient en une assez foible proportion, différente de celle qui constitue, suivant lui, l’acide nitreux ; mais cette prétention n’est point du tout prouvée.

Il est démontré contre Hoffman & ses copistes, que l’acide sulphureux volatil n’est point l’acide propre, & encore moins l’esprit élastique des eaux minérales, dans le premier mémoire sur les eaux de Selters. Mémoire présenté a l’académ. roy. des Sciences. vol. II.

L’acide sulphureux volatil a la propriété de détruire & de décomposer les couleurs ; c’est pour cette raison que l’on expose les laines & les soies à la vapeur du soufre afin de les blanchir ; cette vapeur s’attache si fortement à ces sortes d’étoffes, que l’on ne peut plus leur faire prendre de couleur à-moins de les bouillir dans de l’eau de savon, ou dans une dissolution de sel alkali fixe. Mais il faut prendre garde de laisser ces étoffes trop-long tems exposées à la vapeur du soufre, parce qu’elle pourroit les endommager & les rendre cassantes.

Personne n’ignore que le soufre est une des substances qui entrent dans la composition de la poudre à canon & des feux d’artifice. Voyez Poudre.

L’acide sulphureux volatil a la propriété d’arrêter la fermentation ; c’est pour cette raison que l’on soufre les tonneaux dans lesquels on veut mettre certains vins, cela les empêche de fermenter & de tourner à la graisse.

On a déja fait remarquer que le soufre se trouvoit dans presque toutes les mines des métaux dans des proportions différentes ; alors il leur fait changer de forme & de couleur, il noircit tous les métaux, & les rend aigres & cassans, excepté l’argent qu’il rend si ductile, qu’on peut le plier & le tailler avec un couteau : c’est ce qu’on peut voir dans la mine d’argent nitreuse, qui n’est que de l’argent combiné avec le soufre ; on peut imiter cette mine par l’art. Le soufre n’agit point sur l’or ni sur le zinc quand ils sont bien purs ; mais il agit très-fortement sur le fer, le cuivre, le plomb, l’étain. C’est par ces propriétés que le soufre joue un très-grand rôle dans les travaux de la métallurgie ; on cherche à le dégager par le grillage ; & dans cette opération, lorsque son acide est mis en action par le feu, il sert à détruire les métaux qui nuiroient à ceux que l’on veut obtenir, parce qu’il y en a auxquels il s’unit préférablement à d’autres ; c’est ainsi que dans le grillage de la mine de cuivre il sert à détruire le fer qui accompagne souvent cette mine. Dans le traitement de la mine de plomb, le soufre sert aussi à dissoudre les autres substances minérales qui y sont jointes, & facilite la formation de la matte.

Les anciens chimistes & les naturalistes ont donné très-improprement le nom de soufre à plusieurs substances qui ne sont rien moins que le soufre minéral dont nous parlons. Ils ont donné ce nom à toutes les substances huileuses & grasses des trois regnes de la nature, aux bitumes, & à toutes les matieres propres à s’enflammer.

Les alchimistes ont désigné le phlogistique sous le nom de soufre des métaux ; ils en distinguent deux especes, l’une qu’ils appellent soufre volatil, & l’autre soufre fixe. Cette distinction étoit fondée sur ce que certains métaux perdent très-aisément leur phlogistique, comme le fer & le cuivre, & sont calcinés & réduits en chaux, tandis que d’autres ne le perdent que très-difficilement, comme l’or & l’argent. D’autres par soufre volatil ont voulu désigner le soufre qui se dégage des mines par une calcination légere ; & par soufre fixe ils ont entendu le phlogistique des métaux. Il est aisé de sentir combien cette dénomination est impropre, vu que le phlogistique est un principe élémentaire des métaux, qui, comme Beccher l’a fait voir le premier, les met dans l’état métallique ; au-lieu que le vrai soufre est un corps grossier, fort éloigné de la simplicité d’un principe. Cette erreur des anciens chimistes a été mise dans tout son jour, & refutée par le célebre Stahl. Ce restaurateur de la saine Chimie a fait voir, dans son traité du soufre & dans ses autres ouvrages, qu’il falloit bannir ces façons de parler impropres & obscures.

Nous ne pouvons passer ici sous silence une erreur qui a été quelquefois accréditée par des personnes très-habiles d’ailleurs ; il s’agit des prétendues pluies de soufre, que l’on nous dit être tombées en de certains cantons, où l’on nous assure avoir vu la terre couverte d’une poudre jaune. M. Henckel & d’autres savans ont apprécié ce phénomene à sa juste valeur, en disant que cette poudre n’est autre chose que la poussiere des étamines de quelques plantes, ou que celle qui se trouve dans les pommes des pins, que le vent a répandue dans l’air & que la pluie a ensuite rabattue. Plusieurs personnes, fondées apparemment sur ces prétendues pluies de soufre, ont aussi imaginé qu’il y avoit un vrai soufre répandu dans l’air, & que c’étoit lui qui produisoit les éclairs & le tonnerre ; à en croire la plûpart des physiciens non chimistes, peu s’en faut que notre atmosphere ne soit un arsenal dans lequel on trouve des magasins de poudre-à-canon toute formée. En effet, ils voient dans l’air du nitre tout formé, ils y voient du soufre, il ne leur manquera plus que du charbon pour avoir tout ce qu’il faut pour leur artillerie systématique. S’ils empruntoient les lumieres de la chimie qui seule peut guider dans les connoissances naturelles, ils s’épargneroient un grand nombre de conjectures hazardées qui n’ont d’autre fondement que des chimeres que l’expérience détruit. (—)