L’Encyclopédie/1re édition/SUC

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SUC, on donne le nom de suc à tous les fluides ou humeurs du corps animal, ou du moins à la plus grande partie. Voyez Fluide, Humeur & Corps.

Le suc nerveux est une liqueur qui, suivant quelques médecins, se trouve dans les nerfs, d’où elle a tiré son nom.

Gliffon, Wharton & Willis sont les premiers qui ayent parlé du suc nerveux. Ils croient qu’il sert de véhicule aux esprits animaux, dont il empêche la trop grande dissipation, & que les parties du corps en sont nourries. Mais la plûpart des médecins modernes nient l’existence de ce suc. Voyez Nerf, Esprit &c.

Suc pancréatique, est une liqueur qui se sépare dans les glandes du pancréas. Voyez Pancréas & Pancréatique.

Suc gastrique, est une humeur ainsi nommée à cause qu’elle se sépare dans l’estomac ou ventricule, elle sert à la digestion.

Suc nourricier, est la matiere & l’étoffe de nos parties, il est différent, selon la qualité, la sécheresse des fibres & des humeurs. Dans les goutteux, il est goutteux ; dans les écrouelleux, il est écrouelleux ; dans les vérolés, il est vérolique ; dans les scorbutiques, il est scorbutique ; dans les galeux & dartreux, il est empreint d’un virus analogue à ces maladies : cela posé.

C’est la dépravation des sucs qui produit la cacochimie, la consomption & toutes les maladies lentes ; il n’y a pas de remede dans aucun des vices qui en proviennent sans changer auparavant la qualité vicieuse du suc nourricier. Et comme celle-ci est occasionnée par l’acrimonie de la lymphe, le vice des digestions de l’hématose & des secrétions, il faut, avant toutes choses, penser à remédier à toutes ces causes, ainsi la cure thérapeutique de la dépravation du suc nourricier consiste à changer les fonctions naturelles, animales & vitales, s’il est possible.

Suc, en Pharmacie, est une préparation faite avec des végétaux.

Le suc est une liqueur qu’on tire des végétaux par incision ou par expression ; on en tire aussi des animaux, mais on leur donne d’autres noms.

Le suc qui se tire par incision est meilleur que celui qu’on retire par expression, parce que la presse fait couler beaucoup de parties terrestres avec la liqueur.

Pour avoir cette espece de sucs, on fait des taillades à la plante ou à la racine ; il sort peu-à-peu par ces ouvertures une humeur qu’on fait évaporer au soleil, ou à une chaleur très-lente : c’est de cette maniere qu’on prépare l’aloës succotrin & le sang-dragon.

Les sucs se tirent par expression en pilant la plante, les feuilles ou la racine dans un mortier ; & l’exprimant fortement, il en sort un liqueur qu’on peut faire épaissir par la chaleur du soleil, ou par le feu : c’est ainsi que l’on prépare l’aloës caballin, le méconium, que nous appellons opium, l’acacia, l’hypocisse, l’elaterium.

On tire d’avantage de suc de la plante, si, avant que de l’exprimer, on la laisse en digestion pendant quelques heures.

Plusieurs plantes sont naturellement si peu succulentes, qu’on doit les arroser de quelques liqueur appropriée lorsqu’on veut en tirer le suc : telles sont la petite centaurée, la verge d’or, l’armoise, l’euphraise & plusieurs racines.

Lorsqu’on veut garder les sucs en liqueur, on les dépure, soit en les faisant bouillir, soit en les coulant, soit en les laissant reposer un jour ou deux au soleil, & en les séparant ensuite de leur sédiment, on en remplira des bouteilles, on y ajoutera de l’huile d’amandes douces à la hauteur de deux doigts, cela empêche l’action de l’air qui y occasionneroit la fermentation & la corruption.

Sucs arsénicaux, (Chimie.) les sucs arsénicaux, ou substances arsénicales, forment trois classes, qui sont l’orpiment, le réalgar, & l’arsenic proprement dit. Voyez ces trois mots.

Ces sortes de substances ont beaucoup d’affinité avec le soufre, aussi bien qu’avec les métaux. Elles conviennent avec le soufre, en ce qu’elles se dissolvent dans les huiles, qu’elles brûlent, s’enflamment, & que pendant ce tems, elles répandent une odeur de soufre plus forte, & souvent nuisible ; de plus, elles s’élevent entierement par la chaleur du feu en une légere fumée, ou comme les Chimistes l’appellent, en une fleur volatile, sans qu’il reste rien ou très-peu de matiere métallique. Elles participent des métaux, & sur-tout du mercure, puisqu’elles en ont l’éclat, ou qu’elles le reçoivent facilement ; qu’elles laissent souvent après l’évaporation un peu de métal, & que leurs exhalaisons blanchissent le cuivre, comme le font celles du mercure. (D. J.)

Sucs bitumineux, (Chimie.) Les Chimistes appellent sucs bitumineux, des corps minéraux inflammables, qui se dissolvent, & se mêlent dans l’huile ; on divise les sucs bitumineux, en bitumes proprement dits, qui sont liquides ou concrets, en soufre & en arsenic. Voyez Bitume, Soufre, Arsenic & Sucs arsénicaux. (D. J.)