L’Encyclopédie/1re édition/SUDORIFIQUE

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SUDORIFIQUE & Sueur artificielle, (Thérapeutique.) les remedes qui excitent la sueur sont appellés sudorifiques, sudorifera, hydrotica. Voyez Sueur & Transpiration.

Cette sueur qu’ils excitent est appellée artificielle, pour la distinguer de celle que la nature opere quelquefois d’elle-même dans le cours des maladies, & de la transpiration qui est encore une espece de sueur naturelle & propre à l’état de santé.

L’évacuation cutanée ou la sueur est de deux especes ; savoir une insensible à laquelle appartient spécialement le nom de transpiration ou perspiration, (voyez Transpiration.) & une autre sensible, qui coule par grosses gouttes, & quelquefois même par petits ruisseaux, sur toute la surface du corps, & qui est appellée proprement sueur.

Les remedes qui excitent la transpiration insensible, ou plutôt les remedes capables d’exciter l’excrétion cutanée en général, considérés comme excitant la transpiration insensible, sont appellés diaphorétiques & diapnoiques ; & les mêmes remedes considérés comme excitans la sueur proprement dite, sont appellés sudorifiques & hydrotiques.

Nous n’attachons point comme on voit les deux différentes vertus à des remedes différens : nous pensons au contraire que les mêmes remedes sont capables de ces deux effets, lesquels ne different que par le degré ; en sorte qu’en variant la dose & quelques autres circonstances de l’administration, tout remede vraiment capable de procurer l’effet diaphorétique, est aussi capable de procurer l’effet sudorifique, & réciproquement.

Cela n’empêche point que la transpiration & la sueur proprement dite, ne soient comunément des choses très-différentes : car la transpiration insensible n’est & ne peut être qu’une exhalaison purement aqueuse, ou du-moins presque entierement aqueuse ; au lieu que la sueur est ordinairement chargée de matieres salines & de quelques autres substances qui ne sauroient s’exhaler avec la transpiration insensible ; car ces matieres ne sont point volatiles comme elles devroient l’être pour pouvoir être évacuées sous cette forme.

Il est connu, principalement par les observations de Sanctorius, & par celles des auteurs qui ont observé d’après sa méthode, que la transpiration insensible qui est une évacuation très-copieuse, a une influence majeure sur la conservation de la santé, & que les dérangemens qui surviennent dans cette évacuation, causent sur le champ un grand nombre d’incommodités, & sont à la longue la cause de beaucoup de maladies très-graves. Il est connu encore que l’évacuation critique la plus générale & la plus sûre, par laquelle les maladies aiguës sont terminées, c’est la sueur ; & même, selon la doctrine des anciens, nulle fievre n’est parfaitement jugée sans sueur.

Enfin, l’utilité de cette évacuation dans un grand nombre de maladies cutanées, dans les douleurs de membres, & dans toutes les affections séreuses, chroniques, est généralement reconnue.

L’usage des sudorifiques se déduit aisément de ces trois observations.

On doit les employer où ils sont indiqués dans toutes les incommodités qui dépendent immédiatement d’une transpiration supprimée ou diminuée, telles que les rhumes, les enchifrenemens, les légeres fluxions sur les yeux ou sur les oreilles, sur le nez, &c. les légeres douleurs des membres, &c. lorsque ces incommodités surviennent après qu’on s’est exposé à l’humidité de l’air : dans les maladies aiguës qui se terminent éminemment par les sueurs, telles que les fievres proprement dites & les douleurs de côté, & en général, lorsque les signes de la sueur, & sur-tout le pouls, annoncent cette évacuation avec l’indication de l’aider. Voyez Pouls. Enfin, dans les maladies chroniques, douloureuses, séreuses, & cutanées, telles que les maux de tête invétérés, les rhumatismes, l’anasarque, les dartres, la gale, la lepre, &c.

Les sudorifiques ont été mis encore ou rang des remedes éprouvés des maladies vénériennes. Voyez Vérole.

Les remedes sudorifiques considérés très-généralement, ou les moyens d’exciter la sueur, different beaucoup entre eux.

1°. L’exercice du corps ou la fatigue, excitent cette évacuation ; mais ce moyen ne sauroit être mis au rang des ressources thérapeutiques, ou tout au plus peut-on l’employer dans quelques maladies chroniques, comme douleurs rhumatismales, œdemes légers, &c. car en général les malades sont peu en état de faire de l’exercice. Les personnes attaquées de rhume léger en sont à peine capables ; cette maniere d’exciter la sueur est beaucoup plus utile, comme secours diététique & préservatif. Voyez Exercice, Médecine.

2°. On excite la sueur en exposant le corps à une chaleur extérieure ; soit celle d’un air échauffé, comme dans les étuves séches, les laconicons des anciens, voyez Laconicon ; soit celle de différentes vapeurs aromatiques, sulphureuses, métalliques, &c. dans les fumigations, voyez Fumigation ; soit celle d’une vapeur aqueuse, comme dans les étuves, eaux minérales, (voyez sous l’article Minerales eaux), soit enfin, celle de l’eau qu’on verse en masse sur le corps, ce qui s’appelle donner des douches, voyez Douche, sous l’article Minérales eaux ; soit en plongeant le corps dans une eau chaude, comme dans les bains d’eau thermale, voyez l’article Minérales eaux ; soit en couvrant le corps d’un sable très-chaud, du marc de raisin échauffé par la fermentation, ou du marc d’olive échauffé par l’eau bouillante, dont il a été imbibé depuis peu sur le pressoir, & qu’on en a exprimé tout récemment.

On peut rapporter à cette derniere classe de sudorifique l’imposition des couvertures que les Médecins ordonnent quelquefois pour faire suer les malades dans leurs lits, & les gros habits, les fourrures, &c. qu’ils prescrivent à ceux dont ils veulent augmenter la transpiration ; les camisoles d’Angleterre que l’on porte immédiatement sur la peau dans cette vue, &c. Tous ces moyens équivalent à l’application réelle d’une chaleur extérieure : car l’homme vivant communément dans un milieu beaucoup moins chaud que sa chaleur naturelle (voyez ), & les couvertures empêchant la communication de ce milieu plus froid, & conservant par-là autour du corps une chaleur égale à sa chaleur propre ; il est clair qu’elles entretiennent autour du corps une chaleur inaccoutumée & artificielle.

Enfin, un grand nombre de médicamens propres à être pris intérieurement, remplissent la derniere classe des sudorifiques. Les végétaux fournissent un grand nombre d’eaux distillées aromatiques, d’huiles essentielles, de baumes, de résine, d’esprits alkalis volatils, soit spontanés, soit dus à la violence du feu de ses esprits ardens fermentés ; & enfin, plusieurs plantes usitées en substances, & qui doivent évidemment leurs vertus aux principes que nous venons d’indiquer. Entre ces substances végétales, le gayac, l’esquine, l’un & l’autre très-résineux, & le sassafras très-aromatique & très-riche en huile essentielle, tiennent un rang distingué. L’azédouaire, l’angélique, la benoite, la sauge, le chardon bénit, les fleurs de sureau, &c. sont aussi au premier rang. Voyez ces articles particuliers.

Les chaux antimoniales absolues, telles que l’antimoine diaphorétique, le bézoardique minéral, &c. qui sont les sudorifiques les plus renommés du regne minéral, n’ont à ce titre qu’une vertu fort douteuse : la propriété sudorifique, ou la vertu sudorifique des fleurs de soufre & de l’esprit sulphureux volatil, ne sont pas bien constatés non plus ; quant aux terres absorbantes, aux terres scellées qui sont au rang des argilleuses & aux pierres précieuses que les Pharmacologistes comptent au rang des sudorifiques, on peut prononcer hardiment que cette propriété qu’ils leur ont attribuée, est purement imaginaire. Voyez l’article Terreux, & Matiere médicale.

Le regne animal fournit les alkalis volatils sous forme liquide, appellés communément esprits alkalis volatils, tels que celui du sel ammoniac, de la corne de cerf, de la soie, des viperes, du crâne humain, qui sont les plus efficaces de tous les sudorifiques ; ce regne fournit encore l’esprit des fourmis, qui est un remede peu éprouvé ; le sang de bouquetin, plus usité & plus efficace, les cloportes, les vers de terre, les écrevisses, la chair de vipere & de serpent, & celle des tortues, toutes substances dont les vertus échauffantes, animantes, sudorifiques, ne sont pas encore suffisamment constatées. Voyez les articles particuliers.

On ne doit point avoir meilleure opinion des matieres terreuses absorbantes de ce regne, que l’on trouve encore au rang des sudorifiques (telles que les coquilles, la mere de perles, la corne de cerf calcinée, la mâchoire de brochet, les bézoards, &c), que des matieres terreuses du regne minéral.

On trouve encore dans les boutiques plusieurs compositions sudorifiques, tant sous forme solide que sous forme liquide ; les esprits ardents aromatiques, les elixirs, les teintures, les mixtures balsamiques aromatiques, dont l’excipient est toujours un esprit ardent ; les esprits volatils aromatiques, huileux ; la liqueur de corne de cerf succinée ; la thériaque, le mithridate, le diascordium, la confession alkermes, &c.

Les médicamens sudorifiques se donnent ordinairement sous forme de tisanne. Voyez Tisanne. C’est sous cette forme que sont certains remedes sudorifiques de charlatans, tels que la tisane de kalac ou calat, qui est à-présent oubliée, vraissemblablement parce qu’elle est connue, & celle de vinache, qui est un des deux cens secrets actuellement en vogue à Paris, voyez Secret, (Médecine.) & qui n’est vraissemblablement qu’une imitation, ou peut-être une copie de la tisane de kalac, qui ressemble elle-même à toutes les tisanes sudorifiques composées, qu’on a dès long-tems employées au traitement des maladies vénériennes (voyez Vérole), & dont les ingrédiens sont ce qu’on appelle les bois par excellence, c’est-à-dire, le gayac, le sassafras, la squine & la sarsepareille, auxquels on ajoute quelquefois l’iris de Florence, la réglisse, dans laquelle on fait bouillir, assez inutilement, des chaux antimoniales, ou du mercure crud, & enfin à laquelle on ajoute quelquefois des purgatifs. Les sudorifiques élevent le pouls, augmentent la chaleur naturelle, sont véritablement échauffans. Voyez Échauffant. Par conséquent on doit être très-reservé sur l’usage des sudorifiques chez ceux qui sont d’un tempérament vif, ardent, mobile, sec, ou sanguin, & très-plétorique, qui sont sujets à des hémorragies, qui ont la poitrine délicate ou quelque suppuration intérieure, & qui sont dans la fievre hectique ; quoiqu’il ne faille pas croire que des sueurs abondantes & critiques ne puissent être utiles dans les cas ordinaires aux sujets ainsi constitués, nous voulons dire seulement que les fautes dans l’administration de ce secours peuvent être plus dangereuses pour eux que pour les autres.

Quant aux précautions pratiquées & aux contr’indications tirées de l’état de maladie, ces choses découlent d’elles-mêmes de la loi générale, de n’employer ce remede que d’après l’indication propre & directe levée de la tendance de la nature vers cette évacuation ; tendance estimée principalement par le pouls. Nous observerons seulement que ceux qui se gouvernent par cette boussole, ne trouvent pas toujours les sudorifiques contr’indiqués par l’état de très-grande chaleur de fievre très-forte, d’inflammation, d’orgasme ; car non-seulement cet état peut se trouver avec la sueur imminente, mais même la sueur imminente est ordinairement précédée de cet état, & elle en est souvent la plus heureuse solution : tandis que les Médecins qui se conduisent sous les indications artificielles redoutent cet état, méconnoissent l’événement qu’il présage, éloignent cet événement par des saignées ou d’autres remedes à contre-tems, &c. (b)