L’Encyclopédie/1re édition/TIRER

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
TIRÉSIAS  ►

TIRER, v. act. (Gram.) c’est faire effort pour déplacer quelque chose qu’on saisit de la main ou avec un instrument, & pour l’approcher de soi, ou l’entraîner avec soi. Ce verbe a un grand nombre d’acceptions : on dit, tirer une charrue ; tirer de l’eau d’un puits ; tirer la langue : on dit aux chiens tire, pour les éloigner ; l’armée tire vers la Flandre ; le soleil tire à son couchant ; votre ouvrage tire à sa fin. On tire les vaches soir & matin ; combien tire-t-il de son emploi ? belle conséquence à tirer ; tirez avantage de votre accident ; tirez une ligne sur cet article ; tirez un alignement de ce côte ; tirez la racine de ce nombre ; c’est une sottise que de faire tirer son horoscope, c’est une friponnerie que de se mêler de ce métier ; que tire-t-on de cette substance ? on lui a tiré du mauvais sang ; on tire de la jambe ; on tire à la mer ; on tire une personne ou l’on en fait le portrait ; on tire un coup de pistolet pour voir qui levera la tête ; un cheval tire à la main ; on tire des armes ; on tire sur quelqu’un quand on lui fait des plaisanteries ; on tire cent exemplaires, mille, deux mille d’un ouvrage ; on tire une carte ; on tire au jeu la primauté ; on tire l’or ; on tire le linge ; une piece de drap tire plus ou moins de longueur ; on ne sauroit tirer une parole honnete de cet homme brusque ; ne vous faites jamais tirer l’oreille. Voyez les articles suivans.

Tirer, en terme d’Epinglier, faiseur d’aiguilles pour les bonnetiers, est l’action de redresser sur un engin le fil de fer qui étoit roulé en bottes auparavant, pour le façonner & le rendre le plus droit qu’on peut. Voyez Engin.

Tirer l’épingle, terme d’Epinglier, qui signifie passer par la filiere le laiton dont on se sert pour fabriquer des épingles, afin de le rendre de la grosseur des numéros suivant les échantillons. Voyez Épingle.

Tirer, en terme de Cardeur, c’est éloigner le fil de la broche en retirant le bras, pour lui donner la force & la grosseur qu’on veut.

Tirer un chapeau a poil, terme de Chapelier, c’est en faire sortir le poil en le tirant avec le carrelet. Voyez Carrelet.

Tirer le cierge, (Cirerie.) c’est le fabriquer à la main, c’est-à-dire ne le pas couler avec la cire liquide & fondue, mais étendre la cire amollie dans l’eau chaude le long de la meche. Savary. (D. J.)

Tirer au sec, en terme de Confiseur, c’est l’action de confire une chose en la faisant sécher, pour la garder telle.

Tirer l’émail a la course, (Emailleur.) c’est former avec l’émail des filets extrèmement déliés après l’avoir ramassé dans la cuilliere de fer où il est en fusion avec du crystallin.

Pour tirer l’émail à la course, il faut que deux ouvriers tiennent chacun un des bouts de la pipe brisée pour ramasser l’émail : tandis que l’un le présente à la lampe, l’autre s’éloigne autant qu’on veut donner de longueur au filet ; c’est ainsi que se tire l’émail dont on fait de fausses aigrettes, & qui est si délié & si pliable, qu’on peut facilement le rouler sur un devidoir, malgré la nature cassante du verre dont il est composé.

Lorsqu’on tire le verre encore plus fin, on se sert d’un rouet sur lequel il se devide à mesure qu’il sort de la flamme de la lampe. Voyez la fig. Planche de l’Emailleur, le bas de la planche représente l’établi, la roue du rouet chargée d’un écheveau de fil de verre, & un écheveau coupé.

Tirer, terme d’Imprimeur, c’est imprimer tout-à-fait un certain nombre d’exemplaires d’un livre, ou autre ouvrage d’impression dont on a vu les épreuves nécessaires, & qu’on juge bien correct. (D. J.)

Tirer a la perche, (Lainage.) c’est lainer une piece de drap ou autre étoffe de laine, c’est-à-dire en tirer le poil avec le chardon, tandis qu’elle est étendue du haut en bas sur une perche. (D. J.)

Tirer, (Maréchal.) est l’action des chevaux de tirage ; tirer à la main, se dit d’un cheval qui au-lieu de se ramener refuse à la bride en alongeant la tête lorsqu’on tire les renes ; tirer une ruade. Voyez Ruer.

Un cheval trop chargé d’encolure pese ordinairement à la main ; mais le défaut de tirer à la main vient de trop d’ardeur, ce qui est pire que s’il pesoit simplement à la main. Pour appaiser un cheval trop ardent & sujet à tirer à la main, il faut le faire aller doucement, & le tirer souvent en arriere ; mais si c’est par engourdissement d’épaules ou par roideur de cou, il faut tâcher de l’assouplir avec le cavesson à la neucastle.

Tirer, en terme de Fondeur de petit plomb, c’est mettre le plomb fondu dans le moule pour y former la branche. Voyez Moule & Branche.

Tirer la soie. Voyez l’article Soie.

Tirer les armes, (Reliure.) pour cet effet on passe une couche légere de blanc d’œuf sur la place de l’arme ; ce blanc d’œuf se lave avec un linge pour en ôter la superficie ; on met une couche d’eau pure, puis on pose l’or ; quand le cuir est un peu essoré on met un côté du livre en presse avec l’arme qui doit être un peu chaude, on serre la presse suffisamment pour qu’elle s’imprime également ; le livre étant retiré de presse, on essuie le trop de l’or avec un linge un peu mouillé. Voyez la presse a tirer les armes. Voyez les Pl. de la Reliure.

Tirer l’or, est l’action de réduire un lingot en fil extremement delié en le faisant passer à différentes fois dans des filieres toujours moins grandes ; ce qui désigne plusieurs opérations, dont la premiere se fait par le moyen de l’argue (voyez Argue), où huit hommes tirent le lingot qu’on a introduit dans une fort grosse filiere. Ensuite on le passe dans un ras qui est beaucoup moins gros, puisque quatre hommes suffisent pour l’en tirer. Voyez Ras. Quand le lingot est devenu de la grosseur d’une plume, on le dégrossit (voyez Dégrossir), il passe après cela dans les mains de l’avanceur (voyez Avanceur), & de-là les tourneuses le prennent pour le mettre au degré de finesse que le tireur le souhaite. Voyez Tireur d’or.

Tirer de long, (Vénerie.) il se dit de la bête qui s’en va sans s’arrêter.

Tirer sur le trait, il se dit du limier qui trouve la voie & veut avancer.

Tirez chiens, tirez, c’est le terme dont on se sert pour faire suivre les chiens quand on les appelle.

Tirer une volée de canon, (Art milit.) c’est tirer plusieurs pieces ou plusieurs coups de canon.

Tirer le canon à toute volée, c’est élever la piece & la tirer en rase campagne sans lui donner d’objet ni de but : on mesure cette portée depuis la piece jusqu’à l’endroit où le boulet s’est arrêté.

Tirer un mortier à toute volée, c’est le placer sur son affut de maniere que le mortier fasse un angle de 45 degrés avec la ligne horisontale. Voyez Mortier & Jet.

Si tous les soldats de M. Defolard étoient aussi bien exercés à tirer que des flibustiers, il arriveroit dans les combats, qu’en deux heures de tems la perte de tout le monde termineroit la journée. (Q)

Tirer, (Marine.) on dit qu’un vaisseau tire tant de piés d’eau pour être à flot. Voyez Tirant d’eau.

Tirer a la mer, (Marine.) c’est prendre le large, s’éloigner des côtes, de quelque terrein, ou de quelque vaisseau.

Tirer une lettre de change, (Commerce.) c’est l’écrire, la signer, & la donner à celui qui en a payé le contenu, pour la recevoir en un autre endroit. Il ne faut tirer de lettre de change qu’on ne soit certain qu’elle sera acceptée & bien payée. Voyez Lettre de change, Accepter, &c.

Tirer en ligne de compte, (Commerce.) signifie porter sur son livre en débit ou en crédit ; c’est-à-dire, en recette ou en dépense, un article qu’on a reçu ou payé pour quelqu’un avec lequel on est en compte ouvert. Voyez Compte, Livres, &c. Dictionn. de commerce.

Tirer l’oiseau, terme de Fauconnerie ; c’est le faire becqueter en le paissant.